ACTE I, SCÈINK MI
reine serait plus tendre et plus ardent que Tainour de ton Aniy?
L E I C E s T K H , lu boisant nu front.
Non, quand je te vois, quand je t'entends, non, oh! non, je ne le crois pas! et rien ne t'arrachera de mes bras, rien, ma fommo hion-aimée!
AMY
Ta fommo, oui. C'est bien légitimement que la fille d'un obscur gentilhomme campagnard est pressée sur ce sein glorieux, chargé des insignes de toutes les illustres chevaleries de l'Europe. Mais quand donc serai-je ta femme pour tous, comme je le suis pour Dieu et pour toi ?
LEICESTER
Le plus tôt qu'il me sera possible, chère enfant, (ii se lèvo.) Mais pour l'instant, et malgré tout mon bonheur près de toi, il faut que je te dise adieu.
l ne minute encore, mon cher seigneur! Quand je te demande de me nommer ta femme devant tous, tu ne m'accuses pas, j'espère, de gloriole et de vanité... Et pourtant comment ne serais-je pas fière d'être reconnue |)our l'épouse légitime du plus illustre lord de l'Angleterre! Mais je pense surtout, Dudley, à mon malheureux père. Que dit-il en ce moment? que fait-il? Quelle désolation pour lui le jour où il s'est levé sans recevoir à son réveil le baiser accoutumé de son enfant ! Mon pauvre père! A-t-il cru, a-t-il pu croire que c'était ce \arney, votre écuyer, qui m'avait séduite, qui m'avait enlevée?... ah! cette idée m'est insupportable! il ne te connaît pas, mon Leicester, ot si, dans sa pensée, il n'avait pu abaisser sa fille jusqu'à Varney, jamais aussi il n'avait pu l'élever jusqu'à toi.
3fi AMY ROBSART.
Mon bicn-aimé, tu m'as fait solennellement jurer de ne pas révéler ton nom à mon père; relève-moi de mon serment; permets-moi enfin de courir à lui, de' le détromper, de rendre à ce vieillard sa fille chérie et de la lui rendre épouse du glorieux comte de Leicester.
LEICKSTK R.
Ln joui", oui, un jour, Amy, ce vœu aussi sera réalisé. Crois-moi, tu ne peux aspirer à ce jour plus ardemment que moi. Hélas! maintenant il faut encore attendre et se «ontciitcr d'espérer.
Mais pourquoi? mais qui donc l'entrave, cette union que vous désirez, dites-vous, et que commandent à la fois les lois divines et les lois humaines? '
LEICESTER
• Amy, vous ne connaissez pas la cour, les exigences du rang, les devoirs de la puissance! Et vous me faites de toiles demandes le jour même où je voulais vous recommander de vous tenir cachée plus étroitement que jamais. — .\e savez-vous pas que c'est aujourd'hui, tout à l'heure, que dans ce château je reçois la reine?
AMY
La reine?... Eh bien, quelle occasion meilleure de lui déclarer votre mariage?
LEICESTER
Que dites-vous, malheureuse enfant? Vous ignorez à quoi tient la faveur royale, si capricieuse et si éphémère? Cette déclaration nous perdrait tous deux. Confie-toi à