‹ Amy Robsart. Les jumeauxChapitre 31 sur 156 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ELISABETH, VARNEY, un huissier ,« la porte du fond. La reine s'assied ; Varney est resté à genoux.

ELISABETH

Allons, relève-toi et parle. Qu'as-tu à dire pour ta défense ?

Je conviens que mon crime serait grand, madame, si, abusant de la faiblesse d'une jeune fille, je l'avais séduite, enlevée et déshonorée, comme sa glorieuse majesté me fait l'injure de le croire.

ELISABETH

Qu'est-ce à dire, Richard Varney? Est-ce que je suis mal instruite? Est-ce que le coupable serait un autre que toi?

VARNEY

Non. La reine est bien instruite, mais sa majesté n'est pas instruite de tout. Miss Robsart n'est point déshonorée, madame, à moins qu'il ne soit déshonorant d'être la femme d'un écuyer de milord comte de Leicester.

ELISABETH

Comment ! tu l'as épousée ? Amy Robsart est ta femme légitime ?

VARNEY

Elle est ma femme légitime. Cela est vrai, n'en déplaise à sa majesté.

ACTK II, SCENE V. 63

ELISABETH

Prenez garde de nie tromper, monsieur I Si vous l'avez épousée, pourquoi alors accuser le noble comte ? Que luf imputez-vous? Il ignorait tout peut-ôtre?

VARNEY

Lord Leicester ignore tout, en effet. Mais, je le répète, il est la cause de tout. Que votre majesté en juge ellemême.

Allons ! je vous écoute.

VARNEY

Depuis longtemps, le noble comte, l'honneur de la cour d'Angleterre, a renoncé au mariage. Un souci secret, dont nul n'ose pénétrer la cause, lui fait fuir toutes les femmes. On dit que mon malheureux maître... Dois-je, madame,, répéter ce que l'on dit?

ELISABETH

Parlez ! parlez !

VARNEY

On dit que milord cache au fond de son âme une passion profonde, dont l'objet serait tellement au-dessus de lui qu'il ne lui est pas permis d'espérer.

ELISABETH

Ouoi ! mais il me semble qu'il n'est point de femmes auxquelles le noble comte ne puisse hautement prétendre.

VARNEY

Hélas! votre majesté doit savoir qu'il en est encore au-dessus de lui.

ELISABETH

Que dites-vous? Que voulez-vous dire? Je ne vous comprends pas, Varney.

VARNEY

Toutes conjectures sont ici téméraires. Mon pauvre maître, souvent, quand il croit n'être point vu, baise une boucle de cheveux... Il faudrait lever mes regards bien haut pour en voir de pareils.

h^LISABETH.

C'est bien, c'est bien... Et vous dites que votre maîti'e ?...

VARNEY

Milord, voué tout entier à la passion qui le possède, ne veut entendre parler de mariage ni pour lui, ni même pour aucun des gens de sa maison.

ELISABETH

Pauvre noble comte !

VARNEY

C'est pour cela qu'étant devenu éperdument amoureux d'Amy Robsart, j'ai cru, madame, devoir cacher notre mariage, afin de n'être pas remercié par milord. J'avais donc raison de dire que, dans ce mystère et dans mon crime apparent, tout est de la faute de mon maître.

i^;lisabeth.

La faute n'est pas si grave !

VARNEY

Je n'attendais qu'une occasion favorable pour me déclarer à lui et, si maintenant votre majesté daigne lui dire

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