SCÈNE III
LEICESTER, ALASCO.
ALASCO.
Mo voici à vos ordres, ftiilord.
LEICESTER, lui montrant le parchemin.
Vieillard, sais-tu que tu as exprimé là de bien audacieux rêves? Le ciel, cette nuit, était sans nuages, et tu as pu y lire comme dans un livre ouvert. Les astres, n'est-ce pas, ne t'ont point confirmé ces prédictions téméraires?
ALASCO.
J'ai revu, au contraire, dans votre étoile, mon fils, ce qu'elle m'avait déjà révélé. Comte de Leicester, ton ambition est grande, mais ta fortune sera plus grande encore.
LEICESTER
Donc tu aurais vraiment entrevu dans l'ombre de ma destinée...?
ALASCO.
Dois-je le répéter?... Un trône. Et quel trône? Le premier du monde!
LEICESTER
Vieillard, pèses-tu tes paroles?
Vous demandez la vérité, milord. Je sais qu'il n'est pas toujours prudent de la dire à ceux qui sont les. maîtres
de la terre... (En ce moment le regard de Leicester rencontre l'œil faux et perçant d'Alasco fixé sut lui. Le comte met vivement la main à son. poignard.)
LEICESTER
Misérable! tu me trompes! De par la foi de mes aïeux, tu te joues de moi! Tu vas me payer cher ton impudente raillerie.
ALASCO.
Il ne raille pas, celui qui a l'œil sur le ciel et le pied sur la tombe! Mon fils, écoutez. C'est aujourd'hui pleine lune rousse dans le grand arc chaldéen. Il m'a été annoncé que, ce jour-là, votre indigne serviteur courrait un danger mortel, mais qu'il en sortirait sain et sauf. Je suis vieux, faible et sans défense, et vous êtes jeune, fort et armé; mais j'aurai plus de confiance que vous dans la double prédiction : votre étoile n'a pas menti, et vous ne me tuerez pas.
LEICESTER
Oh! une preuve! une preuve!... La preuve que je ne suis pas la dupe d'un imposteur!...
ALASCO.
La preuve?... C'est qu'en vous prédisant ce royal avenir, je n'ignore cependant pas quels obstacles lui oppose le passé.
LEICESTER
Comment ! quels obstacles ? Que veux-tu dire ? Qui t'a
dit?... •• ^ : -■•:■''/ /•■-•.;■;■■■