ACTE m, SCÈÛIE II
des oubliettes ; en sorte que, si je voiUais me débarrasser de ton disciple, au lieu de fermer la porte, je la lui ouvrirais, en ayant soin d'ouvrir d'abord le verrou de la chausse-trape, et je l'enverrais bien vite effrayer les caves du donjon d'une visite en ligne perpendiculaire.
Mais alors comment pénétrer jusqu'à lui? Le comte a, devant toi, défendu à Poster de le laisser communiquer avec qui que ce soit, et tu dis que sa prison n'a qu'une porte.
VARNEY
Oui, une seule porte visible. Mais, écoute; il en est une autre, masquée comme celle-ci, qui communique par un couloir secret à la tourelle même qui te sert de laboratoire. — Je connais seul tous les détours de ce château.
ALASCO.
Comme Belzébuth seul connaît tous les détours de ton àme.
VARNEY
C'est possible. Voici la clef de la porte secrète dont je te parle. Va trouver Flibbertigibbet, fais-lui nos propositions; s'il les accepte, enrôle ton lutin à notre service; s'il les refuse, profite de ta visite pour mêler à son eau pure...
ALASCO.
(i'est bon, c'est bon ! Est-ce tout ?
VARNEY
Oh! non; voici ta part à toi. Il faut que tu prépares à l'instant un breuvage soporifique, une potion qui, admi-
«0 AMY UOBSART.
nistrée, dans un cas donné, à une femme, par exemple, puisse l'endormir sur-le-champ, et si profondément qu'elle se laisse enlever en voiture, toute une nuit, sans se réveiller et, par conséquent, sans crier et sans résister.
C'est entendu. Faut-il s'arrêter au sommeil?
VARNEY
Vieil empoisonneur ! je te commande une boisson innocente, entends-tu? innocente! Comprends-tu ce mot-là?
ALASCO.
Ainsi il n'est pas nécessaire que la maison de la vie soit attaquée?
VARNEY
Garde-t'en bien, sur ta propre baraque! Si ta composition n'est pas aussi inoffensive qu'un verre d'eau, j'en jure sur mon âme, je te ferai subir autant de morts que tu as de cheveux sur la tête. Tu ris, vieux spectre?
ALASCO, ôtant sa mitre.
Sans doute. Comment tremblerais-je de ta menace? Je suis chauve, et tu jures sur ton âme.
VARNEY
J'entends marcher dans la galerie. — Allons, viens faire ta mixtion léthargique, — innocente surtout, apothicaire du diable! Je rentre avec toi pour te montrer le passage
secret, (n le pousse dans l'escalier, y entre après lui et referme la porte.)