ACTE V, SCÈNE II
Je ne puû oo m prendre...
FLIBBERTIGIBBET.
C'est bien simple, (u désigne du doigt rentrée masquée.) il y a ici une porte.
AMY
Vraiment ? Et où mène-t-elle ?
FLIBBERTIGIBBET.
Je vous l'ai déjà dit; elle mène, par un escalier secret, au laboratoire d'Alasco, et, de là, à la grande chambre iVoù vous vous êtes évadée une première fois, et d'où, grâce à Dieu, ou au diable, vous vous évaderez une seconde. Mais dépèchons-nous ! Je ne sais par quel heureux hasard le vieil Alasco était dehors. Il ne peut tarder à rentrer, et le passage deviendrait difficile. Venez, venee,
madame. . . ( II fait un pas vers la porte secrète.) A M Y.
Je te remercie, mon pauvre ami, mais je ne puis te suivre.
FLIBBERTIGIBBET.
Comment?...
AMY
llâte-toi de fuir, toi. Si l'on te surprenait ici...
FLIBBERTIGIBBET.
C'est bien de moi qu'il s'iiçitl Mais vous?...
Moi, je reste.
FLIBBERTIGIBBET, frappant du pied.
Ah çà! est-ce que vous croyez que je suis venu ici pour m'en aller comme je suis venu ? Est-ce que vous croyez que je vous laisserai dans cette atmosphère humide et froide, avec des hiboux et des chauves-souris, des araignées autour de votre lit et des geôliers à votre porte, tandis qu'il y a hors d'ici un air pur et libre, des plaines des fleuves et des forêts ? Si vous vouliez vous laisser mourir dans ce cachot, il ne fallait pas me sauver la vie. Allons ! suivez-moi ! suivez-moi !
AMY
Je ne puis, pauvre ami. Ne suis -je pas condamnée à mort par celui à qui mon souffle et mon âme appartiennent? Quand j'aurais la liberté, qu'est-ce que je ferais de la vie ? Dudley ne m'est-il pas infidèle ? Dudley ne mVt-il pas voulu empoisonner? Dudley ne m'abandonnait-il pas à son Varney ? Dudley ne va-t-il pas épouser Elisabeth ?
FLIBBERTIGIBBET.
Ta, ta, ta! c'est vieux cela, madame. La décoration a changé. Votre Dudley n'est pas infidèle, il n'a point tenté de vous empoisonner, il ne vous livrait pas à son écuyer Satan -Varney, et, loin de songer à épouser la reine, il machine en ce moment contre elle un acte de haute trahison, je veux dire votre délivrance.
AMY, joignant les mains.
Serait-il possible ?
FLIBBERTIGIBBET.
C'est Varney seul qui a tout tramé, tout imaginé, tout supposé, et tout fait, — seul, tout !
Ah ! Je te l'avais bien dit! — 0 uion Dudley, que je suis coupable envers toi !
FLIBBERTIGIBBET.
Ce n'est pas tout. Votre père sait votre mariage ; il s'est réconcilié avec votre mari; tous deux ils se concertent en ce moment pour vous sauver: ils sont là tous deux qui vous attendent dehors. Voulez -vous toujours rester? Voulez-vous les faire attendre ?
Oh! non I vite! vite! mène-moi vite près de milord! vite près de mon père !
FLIBBERTIGIBBET.
Enfin!... Ne perdons pas une seconde! suivez-moi.
Il court à la porte masquée et cherche à la rouvrir, elle résiste. Il tente de nouveaux efforts, ils sont inutiles. La porte ne s'ébranle ni ne s'ouvre. Il revient consterné vers Amy qui le regarde faire en tremblant.) Fermée! la pOrte est
fermée et verrouillée en dedans ! Alasco et Varney seront revenus. Cette chambre laissée vide, c'était un piège.
AMY
Ainsi, vous voilà perdu avec moi pour m'avoir voulu sauver. Malheureuse que je suis 1 ma mauvaise fortune
FLIBBERTIGIBBET.
Ne lue parlez donc plus de moi, par grâce! Je n'ai rien à perdre, moi. C'est vous qui perdez tout !
AMY
Oui, me voilà retombée dans la nuit de mon cachot î La dernière lueur d'espérance est éteinte.
FLIBBERTIGIBBET, se redressant.
La dernière ? Non pas, chère noble dame ! Il ne faut jamais désespérer. Votre père et votre mari s'occupent, à cette heure même, de votre salut. De cette fenêtre, si
l'on pouvait voir... (ll approche une escabelle de bois de la croisée, y monte et se hausse sur la pointe des pieds pour voir dehors.) Le SOleil dCS-
cend derrière les arbres du parc. Nous n'avons plus guère qu'un quart d'heure de jour. Ah! qu'est-ce que j'aperçois, là-bas, dans l'ombre du crépuscule ? Deux hommes enveloppés de manteaux. Ils se dirigent vers la tour. Ils s'arrêtent au pied du mur. Ils le mesurent des yeux... Madame, milady, c'est eux !
AMY
Qui, eux?
FLIBBERTIGIBBET.
Votre père ! votre mari !
AMY
Mon mari ! mon père ! Ne vous trompez-vous pas? Laissez-moi voir I
FLIBBERTIGIBBET saute à bas de l'escabellei
Voyez, madame.
AMY, prenant sa place à la fenêtre.
Ah! Dieu, oui, le voilà! c'est bien lui, mon Dudley! Ah ! qu'on voit mal à travers ces barreaux ! (Appelant.) Mon père ! milord !