ACTE I, SCÈNE V
garder longtemps captif dans cette tourelle abandonnée ? Je n'aime pas à rester ainsi seul, la nuit, avec les chouettes et les orfraies.
VARNEY
Ou'est-ce à dire? Le sorcier aurait-il peur comme un enfant dans la solitude et dans l'obscurité? Tu ne fais pas encore de l'or, Alasco, et tu ne crains pas les voleurs. Quant aux démons, ils te doivent au moins de te laisser tranquille en ce monde.
ALASCO.
Il n'y a pas que ce monde, il y a l'autre ! et, cette nuit même, j'ai vu...
VARNEY
Quoi donc? Ton patron Satan, muni de ses cornes longues de douze coudées et de sa queue, qui fait autant de tours sur elle-même que l'escalier en spirale du vieux clocher de Saint-Paul de Londres?
ALASCO.
Ne ris pas, Varney, et parle plus bas. Oui, cette nuit, à minuit, j'ai vu un spectre.
VARNEY
Me prends-tu pour Lcicester, Alasco ?
ALASCO.
Parle bas, te dis-je ! Varney, j'ai eu, dans ces temps derniers, un disciple, un élève...
Oui, un compère.
Silence donc!... C'était un être bizarre, capricieux et malin; l'esprit d'un diable, l'agilité d'un sylphe; ressemblant plutôt à un enfant qu'à un homme, plutôt à un lutin qu'à un enfant. Il se nommait Flibbertigibbet.
VARNEY
Vrai nom de lutin, en effet.
ALASCO.
Il avait l'œil fureteur et l'esprit pénétrant; il s'était rendu maître de certains de mes secrets...
VARNEY
L'imprudent !
ALASCO.
11 fallut me séparer de lui. Je quittai Pelham, laissant à sa disposition mon laboratoire, mes alambics, mon fourneau... Mais, dans un compartiment caché de ce fourneau, n'avais-je pas oublié un petit baril de poudre !
VARNEY
Ingénieuse négligence !
ALASCO.
J'apprenais, deux jours après, l'explosion du laboratoire. Mon pauvre élève y avait sûrement trouvé la mort.
Le pauvre élève emportait du moins tes secrets dans sa tombe.
ALASCO.
Oui, mais il les en rapporte! Yarney, c'est lui, c'est