‹ Analectes belgiques: Notices et documents pour servir à l'hiaroiewChapitre 31 sur 68 · LE P. NICOLAS DE LE VILLE · texte numérisé non relu

LE P. NICOLAS DE LE VILLE

Prieur des Célestins d'Héverlé-lez-Louvain.

Le Monastère d'Héveilé et ses Prieurs.

Le monastère de Notre-Dame des Célestins à Héverlé, près de Louvain, fut fondé en 1521 par le gouverneur de Charles-Quint, Guillaume de Croy, seigneur de Chièvres, et Marie-Madeleine de Hamale, sa femme, qui firent venir de France, et notamment de Metz, des religieux pour le peupler. La fondation fut approuvée en janvier 1522, par Charles-Quint, et, l'année suivante, par le pape Adrien VI *. Le couvent dut sa principale célé-

1 Cf. sur le prieuré d*Héverlé, outre les ouvrages de N. de Le Ville: J. - B. Gbamate , Antiquitates Ulustrissimi di*catus Brabantiœ : Arscotum duccUus (Bruxelles, 1606), pp. 33-34> avec une vue de

brité aux fastueux mausolées que la famille de Croy éleva à ses membres dans l'église ' . Il fut supprimé à la suite de l'édit de Joseph II (13 avril 1784).

Voici la liste des prieurs qui dirigèrent cette maison depuis son origine jusqu'au premier quart du XVIIP siècle :

I (1521-1529). Denis Le Fèvbe, né en 1488. Après avoir fait ses études à l'Université de Paris et y avoir enseigné pendant dix ans le latin et le grec, il entra, en 1^516, dans l'ordre des Célestins au monastère de Marcoussis, près de Montlhéry (Seine-et-Oise). Il était pro-prieur à Metz quand il fut appelé à Héverlé, qu'il dirigea depuis sa fondation jusqu'en 1534. En 1529, il céda le priorat au vicaire-général Antoine Panneton, pour le reprendre Tannée suivante. Il fut nommé ensuite prieur du couvent d'Avignon (1534- 1537), puis vicaire général de la province de Gaule et prieur de Paris, oii il mourut en 1538. On lui doit des commentaires sur la règle de saint Benoît, une vie de saint Pierre Célestin, fondateur de son ordre, des élégies sur la

l'abbaye; — Cobn. van Gbstbl, Historia sacra et profana archiepiscopatus Mechliniensis (La Haye, 1725), 1. 1, p. 220 ; — A. Sandebus, Chorographia sacra Brahantiœ (2« éd., La Haye, 1726-1727), t. II, pp. 143-191, avec une vue reproduite dans Le grand théâtre sacré du Bradant, erronément attribué à J. Le Roy (La Haye, 1729), 1. 1. p. 152.

Il ne reste des archives du monastère que quelques fragments conservés aux Archives générales du royaume, à BruxeUes, et dont voici l'énumération, d'après une obligeante communication de M' Goovaerts : 1® dix-neuf titres de rente ; 2° deux registres terriers, 1682-1701 ; 3** cinq registres de la Cour censale du couvent d'Héverlé à Putte et Wavre-Notre-Dame, 1554-1736; 4° livre d'annotations pour l'administration des biens du couvent supprimé, 1789-1794.

^ Cette église fut complètement dévastée, en 1796, par la populace de Louvain. Cf. Ed. van Evbn, Dévastations dans l'église des Célestins d'Héverlé'lez-Louvain en 1796, dans le Messager des Sciences, 1887, pp. 278-292 et 411419, et tiré à part (Gand, 1887).

Passion du Christ et sur la prophétie de Siméon, des epigrammata, des tragédies et des comédies, enfin un poème sur la Conception de la sainte Vierge; ce dernier a été imprimé, ainsi que la vie de saint Pierre Célestin. Denis Le Fèvre eut comme sous-prieur Jean de Ranchicourt, d'Arras.

II (1549). Antoine Panneton.

III (1530-1534). Denis Le Fèvre.

IV (1534-1538). Jean Jacquet, de Virton, licencié en droit. Ce fut le premier qui prononça ses vœux à Héverlé. Appelé en France, il mourut à Avignon en 1551.

V (1538-1539). Jean Collemont. Il fut successivement prieur de Sens, où il avait prononcé ses vœux en 1506, d'Héverlé et de Metz, où il mourut dans un âge avancé.

VI (1540-1542). Guillaume Mannenville, de Rouen. Après avoir fait sa profession à Paris, en 1498, il fut envoyé au couvent de sa ville natale, dont il devint prieur. En 1540, il fut nommé prieur d'Héverlé, où il mourut en

VII (1542-1548). Fbançois Labban, ou de Labben. Il entra dans Tordre à Lyon, en 1512, et fut successivement prieur d'Avignon (1525-1531), d'Héverlé (1542-1548) et de Mantes (1565), où il mourut. Il aida à la revision delà Bible française, dite des docteurs de Louvain (Louvain, Barth. de Grave, 1550; in-fol.).

VIII (1549). Sébastien Vandeb Hulst. Il avait prononcé ses vœux à Héverlé en 1535. Il redevint prieur de 3559 à 1567, et mourut en 1576.

IX (1549). GiLBEBT Tavebnieb. Entré dans l'ordre à Paris, en 1534, il mourut à Mantes en 1551.

X (1550-1551). PiEBBE Sohieb. Il avait fait sa profession à Paris, le 30 novembre 1520, et avait été un des premiers Célestins d'Héverlé. En 3552, il retourna à Paris, où il mourut en 1556.

XI (1552-1559). Philippe van Hove. Il avait fait sa profession à Héverlé. Il mourut le 5 janvier 1559.

XII (1559-1567). SÉBASTIEN Vandeb Hulst.

XIII (1567-1570). Lambeet Bobmans. Il avait prononcé ses vœux à Héverlé, le 18 mai 1545. Il mourut de la peste en 1578, à Louvain, où les religieux s'étaient réfugiés pendant les troubles.

XIV (1570-1573). David Innés.

XV (1574-1577). Jean Hollants. Il fit, en 1548, sa profession à Héverlé, et mourut le 31 mai 1584. Il passa quelques années en France et écrivit, paraît-il, des traités religieux.

XVI (1577-1593). Augustin van Dobmael. Il eut la direction du couvent pendant les troubles. S'étant réfugié à Louvain, il y vit périr de la peste le plus grand nombre de ses religieux.

XVII (1594-1607). PiBERE Angeli, ou Engels [?].

XVIII (1607-1622). Jean Keebemans, de Bruxelles. Il mourut à Héverlé en 1649.

XIX (1622). Jacques Villers, d'Amiens, où il avait fait sa profession en 1606. Il demanda bientôt de pouvoir retourner en France, et dirigea successivement plusieurs couvents de son ordre; il mourut en 1627.

XX (1623). Adam Riolen, du couvent de Paris, oii il fut rappelé à l'expiration de la première année de son priorat à Héverlé.

XXI (1624-1638). Louis Nicque, de Soissons. Il entra dans l'ordre au couvent de Ville-Neuve, près de Soissons. Après six ans de priorat, il retourna en France, où il dirigea plusieurs couvents.

XXII (1631). Jean Lestoc, d'Amiens, où il fit ses vœux en 1606, et où il mourut en 1658.

XXIII (1632-1638). François Liegault, né à Roye, en Picardie. Il entra dans l'ordre au couvent de Marcoussis,

où il enseigna la philosophie et la théologie, et dont il devint prieur, après avoir rempli les mêmes fonctions à Héverlé et à Sens. Il devint ensuite prieur de Paris et vicaire-général de Gaule.

XXIV (1638-1649). Nicolas de Le Ville.

XXV (1649-1650). Jean Kebbemans, neveu du XVIII* prieur.

XXVI (1657-1661). Nicolas de Le Ville.

XXVII (1664-1668). Nicolas de Le Ville.

XXVm (1669-1670). Joseph Ronat.

XXIX (1670-1673). Feançois Thomas.

XXX (1674). PiEBEE GuiAUX. Il fut nommé, mais n'occupa pas son priorat.

XXXI (1 674-1694). Jean Halphuyze.

XXXII (1694-1700). Gebmain Willemaes.

XXXIII (1701-1705). PiEEEE Vandee Doot.

XXXIV (1705-1722). Michel van Rivieben.

I XXXV (1722-....). Feançois Samieb.

ut Vie dû P. de Le ViUe.

■at

Parmi ces religieux, il en est un, le P. de Le

Ville, qui a particulièrement attiré mon attention, et dont la vie mouvementée ainsi que les nombreux ouvrages m'ont paru mériter une étude détaillée.

as ■ Né à Arras *, vers 1600, Nicolas de Le Ville fit

^^ ^ C'est par inadvertance que Faber Ta fait naître à Wavre.

is. Cf. Fb. Fabeb, Histoire du théâtre français en Belgique (Bruxelles,

sa profession au couvent des Célestins d'Amiens, le 28 juin 1624 *, entre les mains de son grandoncle, Nicolas Cuveron, qui remplissait alors les fonctions de vicaire-général. Après avoir occupé la dignité de sous-prieur dans le monastère d'Esclymont, près de Chartres, enBeauce,et dans celui de Colombier près d'Annonay, dans le Vivarais, il fut désigné, le 29 décembre 1637, pour succéder, comme prieur des Célestins d'Héverlé, à François Liegault. Il quitta Paris ', où il se trouvait alors à la disposition de ses supérieurs, et se rendit en Belgique par Amiens et Arras, accompagné d'un frère oblat, Denys Roelants, de Bruxelles. Il fut installé comme prieur d'Héverlé, le 29 janvier 1638, par l'abbé de Parc, Jean Maes, qui était le visiteur du couvent. Le P. Liegault retourna aussitôt en France, accompagné du sous-prieur Coffinier. Pour remplacer ce dernier, de Le Ville fit choix du P. Chrétien van Ermeghem, qui ne devait pas tarder à succomber à la fièvre (12 février 1639), et auquel succéda le P. Célestin Warremborre (12 avril 1639). La nomination du P. de Le Ville fut vue de mauvais œil par l'abbaye bénédictine de Vlierbeek, qui avait conçu le dessein

1878-1880), t. rV, p. 272. Dans le recueil cité par Faber, la Cynosure de rame, le P. de Le Ville dit lui-même : t Arras, lieu de ma naissance >.

A Cf. [Becquet], GalUcœ Cœlestînorum congregrationisy ordinis S. Benedictif monasteriorum fundationes, virorumque vita aut scriptis illustrium elogia historica (Paris, 1719), pp. 212-213.

2 Tous les détails qui suivent, jusqu'à Tannée 1661, sont empruntés à l'autobiographie du P. de Le Ville qui forme la fin de ses Annales cœnobii Heverlaniy conservés en manuscrit à la Bibliothèque royale, à Bruxelles.

d'incorporer les religieux d'Héverlé, et l'on voulut tirer parti contre lui de l'édit du 2 octobre 1638, qui ordonnait d'expulser tous les Français établis dans les Pays-Bas. Un officier du magistrat de Louvain vient le sommer, le 12 de ce mois, de faire partir du couvent tous les religieux français, c'est-à-dire, ajoute-t-il, tous ceux qui ont fait leur profession en France. Cette interprétation paraît abusive au P. de Le Ville qu'elle vise directement, puisque né, à Arras, à un moment où cette ville faisait encore partie des Pays-Bas, il a prononcé ses vœux en France. Il se rend en hâte à Bruxelles et envoie une supplique au Conseil privé, qui lui donne gain de cause, le 15 octobre. Deux moines d'Héverlé, Jean-Baptiste Le Guisnes et Roisin, Français de naissance, mais qui avaient fait leur profession à Héverlé, demandèrent, en même temps, au Conseil privé de pouvoir rester, à ce dernier titre, en Belgique. Sans attendre l'avis du Conseil, le prieur leur conseilla de rentrer en France, poussé par la crainte d'être envoyé à Amiens, lieu de sa profession, si la requête des deux pères étaient accordée. Ces derniers obéirent à leur supérieur et rentrèrent dans leur patrie. Craignant les entreprises de l'abbé de Vlierbeek qui avait écrit à Rome et en Espagne, le P. de Le Ville mit tout en œuvre pour sauvegarder les droits de son couvent. Il reçut des assurances formelles qu'il n'avait rien à redouter; mais, pour écarter tout danger d'incorporation, il fit signer par ses religieux un acte solennel, passé devant un notaire public, en présence de l'abbé de Parc et

de deux témoins assermentés, acte dans lequel ils déclaraient vouloir vivre et mourir dans l'ordre des Célestins (23 décembre 1638). Le P. Nicolas Desnos, qui était alors provincial de France, en marqua toute sa satisfaction dans une lettre qu'il adressa quelque temps après aux religieux d'Héverlé, et il ne fut plus question d'incorporation.

A l'assemblée de la province de France, dont dépendait la maison d'Héverlé, tenue en 1640, le P. François Liegault, prédécesseur de N. de Le Ville, fut élu provincial, honneur dont Héverlé put être fière.

En 1642, la duchesse Dorothée de Croy *, femme de Charles, duc de Croy et d'Arschot, vint habiter le château d'Héverlé et manifesta beaucoup d'affection à l'égard des religieux. La faveur de P. de Le Ville inspira même de telles jalousies qu'il essuya, le 28 septembre, un coup de feu, au moment où il rentrait du château au couvent, à sept heures du soir. Il ne fut heureusement pas atteint et put se réfugier au château. L'auteur de l'agression demeura inconnu .

Mais des dissentiments allaient bientôt s'élever entre la duchesse et le prieur et troubler la quiétude du paisible monastère.

La règle stricte de saint Benoit, à laquelle sont assujettis les Célestins, leur interdit, d'une ma-

* Voir la notice consacrée à la duchesse dans la Biographie natio' naUf t. IV (1873), col. 558-559 (art. du général Guillaume). On trouve une pièce de vers français de Dorothée de Croy en tête de la Vallis mariana de M. Bourgeois (Mons, 1636). Cf. Bulletin du bibliophile belge, t. IX (1852), pp. 382-383, et les sources y indiquées.

nière absolue, l'usage de la viande. Un induit pontifical avait, il est vrai, accordé jadis aux moines d'Héverlé la permission d'en manger; mais il avait été révoqué en 1627. En causant avec les religieux, Dorothée de Croy s'aperçut que plusieurs d'entre eux désiraient le rétablissement de la licence; elle écrivit dans ce but au provincial, à qui les moines adressèrent également une supplique, invoquant l'époque tourmentée pendant laquelle ils vivaient et la cherté des denrées. La duchesse ajoutait que l'ancien état de choses n'aurait pas dû être modifié sans le consentement des légitimes héritiers des fondateurs du monastère, et que la dispense ne pouvait que faire augmenter le nombre des religieux. Le tout se fit à l'insu du visiteur, et surtout du prieur dont on craignait, à juste titre, la résistance.

Aussitôt que le P. de Le Ville apprend ces projets, il s'adresse aux * comices provinciaux pour leur faire remarquer qu'il n'y a aucune nécessité de rétablir l'induit : le poisson est moins cher qu'avant la guerre, et le couvent n'est pas plus pauvre puisqu'il vient encore d'acquérir récemment quinze arpents de terre. D'autre part, l'induit obtenu jadis, et qui était révocable au gré des supérieurs, n'a eu que de mauvais effets : sept Célestins ont préféré quitter le couvent d'Héverlé et se retirer en France plutôt que d'adopter une vie qui les eût séparés de leurs confrères, et les eût privés des privilèges propres à leur ordre ; les choses sont allées de mal en pis jusqu'à ce qu'une réforme ait été établie. Le prieur en

conclut que le rétablissement de l'induit ne peut être qu'une nouvelle cause de troubles. Il ajoute, au point de vue formel, que deux religieux qui ont signé la requête n'y ont aucun droit, puisqu'ils ont fait leur profession après la réforme, et qu'ils se sont engagés solennellement à pratiquer l'abstinence régulière. Enfin, la volonté des fondateurs s'est clairement manifestée par ce fait qu'Anne de Croy a fait don au couvent d'un vivier et lui en a loué un autre à un prix minime pour faciliter l'exécution de la réforme. Tout ce que le P. de Le Ville veut bien admettre c'est que les supérieurs peuvent accorder une dispense temporaire de manger de la viande, mais en dehors du réfectoire.

Sur ces entrefaites, eut lieu à Paris l'assemblée provinciale, et il y fut décidé que le droit d'accorder la dispense serait réservé au visiteur d'Héverlé, l'abbé de Parc, à la condition qu'il y eût nécessité. Celui-ci se rendit donc au couvent; mais, ému par les arguments du prieur, il ne crut pouvoir assumer la responsabilité d'une réforme qu'il ne jugeait pas indispensable, et en référa à l'avis du provincial. Celui-ci accorda alors le droit au prieur, qui était le meilleur juge du cas où la dispense serait nécessaire.

La duchesse fut loin d'être satisfaite de ce résultat, et elle tenta d'obtenir une nouvelle bulle par l'entremise du savant Erycius Puteanus, historiographe royal, dont un enfant avait été tenu sur les fonts baptismaux par le pape lui-même. Pe Le Ville de se rendre auprès de Puteanus pour

le dissuader de se charger d'une pareille mission. n y parvient et continue, pour plus de sûreté, ses démarches en s'adressant à l'archevêque de Malines et à la princesse de Chimai, Claire-Eugénie d'Aremberg. L'abbé de Parc se joint à lui, et l'archevêque et la princesse déclarent qu'ils ne consentiront jamais à ce relâchement. Chargée de l'administration des biens de son père, le duc d'Arschot, alors en Espagne, la princesse adresse même, dans ce sens, une lettre officielle au couvent. La haine que la duchesse de Croy avait vouée au prieur pour sa résistance, ne fait que croître de jour en jour. Elle répète qu'elle ne demande le rétablissement de l'usage de la viande que pour le bien du couvent, où plus aucun religieux ne se présente à cause de l'abstinence trop rigoureuse. Les événements, cependant, lui donnent tort; le 12 juillet, le frère Pierre Sodalis, de Louvain, prononce ses vœux ; peu après, deux autres novices se présentent, au grand contentement des habitants de Louvain à qui les ennemis du prieur avaient fait accroire que celui-ci ne voulait pas admettre leurs compatriotes. Dorothée de Croy obtient enfin du provincial, à force d'efforts, que l'ancien état de choses soit rétabli ; mais le prieur reçoit de son côté des instructions de son supérieur disant que ce rétablissement est laissé à sa discrétion. Le visiteur envoie aux religieux un message les engageant à se contenter de la permission que leur accordera, quand il le jugera nécessaire, le prieur, et à vivre en paix dans leur couvent. Rien ne manque à la lutte, pas même les

lettres anonymes que le P. de Le Ville reçoit et qui lui dénoncent, notamment, un des frères comme étant le principal fomenteur de troubles. Mais enfin son énergie triomphe. La duchesse feint de se résigner ; elle se réconcilie avec le prieur, et, paraissant oublier tout ce qui s'est passé, elle l'invite à venir lui tenir compagnie et à jouer avec elle aux échecs pour passer le temps. Mirandum, remarque philosophiquement le prieur, quomodo tanta principissa sic dissimulare potey^at!...

Le P. de Le Ville profita de la paix pour res taurer dans son couvent les études qui y avaient été délaissées depuis longtemps. H fait venir de Louvain Marquet pour donner un cours de théologie, et accroît considérablement la bibliothèque. Le 24 juillet 1644, Jean Calabres fait sa profession ; il est suivi, le 28 août, par Guillaume Cremers, et, le 28 mai 1645, par Gaspar Deens. Le prieur s'était attaché à leur instruction, et c'est en leur honneur qu'il fit paraître ses ApplausTis Cœlestini (1645).

Cependant la duchesse revient à la charge.

Elle s'adresse d'abord à l'abbé de Parc pour le prier d'user de son influence sur le prieur. Ce dernier rédige, à la demande du visiteur, une consultation théologique, démontrant, d'après la règle bénédictine, les constitutions des Célestins et les principaux docteurs, que la dispense demandée ne peut légalement être accordée, d'une façon générale, au couvent d'Héverlé. L'abbé de Parc ajoute des arguments tirés de divers théologiens et conclut, à son tour, que la dispense ne

peut être accordée qu'avec le consentement du provincial ainsi que du visiteur, dans des cas spéciaux, et, en tout cas, que les religieux ne peuvent manger de la viande que hors du réfectoire. Visiteur et prieur sont d'accord sur ce point; mais la duchesse veut plus. Elle demande d'abord l'ancien induit pontifical; puis, voyant qu'on ne peut le lui remettre, elle recourt à l'internonce, à Bruxelles, et cite, par trois fois, le prieur d'Héverlé à comparaître devant Jui pour restituer l'induit et permettre de nouveau de manger de la viande dans le réfectoire. Pour être plus sûre de réussir, elle propose à l'internonce, Antoine Bichus, abbé de Saint- Anastase, d'être lui-même le visiteur d'Héverlé. L'abbé de Parc et le P. de Le Ville font remarquer à l'internonce qu'il n'a aucune juridiction sur le couvent, ce que ce dernier refuse d'admettre. Ils craignent d'autant plus d'avoir l'internonce comme visiteur, que les anciennes visites de nonces ont laissé de fort mauvais souvenirs. L'appui que l'archevêque de Malines promet au prieur ne lui parait que fort illusoire et il craint que les deux prélats ne disputent à ses dépens au sujet de leur autorité : res illa, dit-il, me anooium valde reddidiê, apprehendens ne hi duo p^^œlati nostris expensis et damno de sua autoritate litigarent. Le P. de Le Ville ne cesse de faire des démarches ; il s'adresse au seigneur de Wavre, pour réclamer de nouveau l'appui de la princesse de Chimai, au R. P. Charles d'Aremberg, capucin, oncle du duc d'Arschot; il se présente trois fois chez ce dernier et trois fois il n'est pas reçu. Il commence à

s'apercevoir que les forces ne sont pas égales et qu'il finira par succomber dans la lutte. En effet, le provincial lui envoie l'induit daté du 9 janvier 1646, et accordant aux Célestins d'Héverlé la permission de manger de la viande, dans le réfectoire, trois fois par semaine.

De Le Ville essaie encore de temporiser : après avoir fait examiner l'induit par les docteurs de Louvain, et spécialement par l'augustin Michel Paludanus, il le soumet à l'abbé de Parc afin que celui-ci lui ordonne de l'appliquer. L'abbé renvoie la chose au provincial, à Paris. Irritée de ces retards, la duchesse envoie des lettres pressantes au P. Barbey, qui était alors provincial, et ce dernier donne son consentement à l'exécution de l'induit, n ne reste plus qu'à obéir, et cependant le P. de Le Ville tente encore d'arracher à Dorothée de Croy une concession : qu'il lui soit au moins permis de laisser passer les Pâques avant d'introduire la réforme. Vains efforts : la duchesse exige impérieusement l'exécution immédiate de l'induit. C'est ainsi que le jour même de Pâques, en 1646, la viande fit sa réapparition sur la table du réfectoire.

Je me suis étendu un peu longuement sur cette lutte entre le P. de Le Ville et la duchesse de Croy; mais elle m'a paru former un épisode curieux et intéressant de la vie monastique au XVII® siècle. Je n'ai fait, d'ailleurs, que résumer le prieur luimême qui a tenu, nous dit-il, à écrire l'histoire complète de cette restauration, afin de faire voir à la postérité tout ce qu'il a souffert : ut noverit

posteritas qitantas ob rem hanc difficultates atque molestias passus sim, et pour que ses successeurs puissent, dans des temps meilleurs, rétablir la stricte observance : atque aliqui meliorihus postea temporibtùs eœsurgant, qui vi inductum hune esum carnium plausibili belli tempore, quœ sola causa militabaf, in Domino restaurent.

Cette même année 1646 vit paraître ses Poemata Cœlestina, suivis, en 1647, des Elegiœ et commentarit in mysteria Incarnationis, Passionis et Glorificationis Jesu Christi, Dans ce dernier ouvrage, le P. de Le Ville décrit, notamment, les superbes verrières qui ornaient le cloître d'Héverlé. Il en rédigea également une description française en 1648, sous le titre de : Description du cloistre des Célestins d'Hevere-lez-Louvain, qu'il fit suivre d'une Petite histoire des hommes illustres de Vordre des Célestins. De cette description restée manuscrite, le baron de Reiffenberg vit, vers 1838, chez le libraire De Bruyn, à Malines, une copie dont je n'ai pu retrouver la trace.

Cependant, les effets de la lutte soutenue contre la duchesse par le prieur, ne tardent pas à se faire sentir pour celui-ci. La position devient insoutenable tant vis-à-vis de Dorothée de Croy que des religieux même, dont il a refusé si obstinément d'écouter les désirs. A la fin de l'année 1648, le P. de Le Ville reçoit l'ordre de rentrer en France, et de se tenir, dans un des couvents de Paris, de Marcoussis, de Rouen ou du Mont-de-Châtres, à la disposition du provincial; on lui faisait, d'ailleurs, entrevoir l'espoir d'obtenir un autre priorat.Il obéit

et se met en route pour le Mont-de-Châtres {Mons- Caslrorum),d&ïis la forêt de Compiègne. En passant par Amiens, il apprend que Ton vient de désigner les titulaires des priorats vacants. A cette nouvelle, il conçoit le dessein de renoncer à la charge de prieur, préférant le repos aux agitations de ceux qui doivent conduire leurs semblables. Mais les moines d'Amiens , couvent où il a prononcé ses vœux, lui font remarquer que ce serait un déshonneur pour leur maison, et que, pour prouver qu'il n'est nullement en faute, il doit solliciter un autre priorat. Lors de la visite du provincial au Mont-de-Châtres, en 1649, le P. de Le Ville est entendu par son supérieur; celui-ci lui donne complètement raison et lui dit de garder son rang de prieur, jusqu'à ce qu'il en puisse exercer effectivement les fonctions. Les lettres d'obédience de prieur d'Héverlé avaient été adressées au sousprieur, le P. Moutarlot, de Dole, qui était arrivé à Héverlé, peu avant le départ du P. de Le Ville, et avec Tespoir de lui succéder; mais ces lettres ne lui furent pas remises, grâce aux intrigues des religieux qui n'aimaient guère le nouveau venu. Comme il n'y avait, en somme, pas de prieur à Héverlé, le P. de Le Ville se rendit au chapitre provincial, afin d'y siéger à ce titre. En le voyant arriver, le P. Gueau, provincial, fut fort embarrassé ; il tenta de l'écarter en lui disant que deux prieurs du même monastère ne pouvaient avoir voix au chapitre. Notre prieur répondit qu'il n'avait pas été dépossédé de sa dignité, qu'il avait donc le droit de siéger à l'assemblée, et il

invoqua l'avis des visiteurs présents. Le P. Gueau le pria alors de bien vouloir attendre jusqu'au lendemain; il espérait, en effet, recevoir un message du P. Moutarlot, lui notifiant le choix d'un délégué en qualité de prieur d'Héverlé. Mais, comme nous l'avons vu, le P. Moutarlot n'avait pas reçu ses lettres d'obédience; il n'eut donc pas lieu d'envoyer de substitution, et le P. Gueau fut bien forcé d'admettre au chapitre le P. de Le Ville qui y fut renommé prieur d'Héverlé.

Toutefois, craignant que cette situation anormale ne fit trop de tort à sa maison d'Héverlé qu'il chérissait malgré tout, le P. de Le Ville renonça à sa charge, à la condition de pouvoir en conserver le rang et le titre. C'est ainsi que le P. Kerremans, neveu d'un ancien prieur d'Héverlé, fut mis à la tête de cette maison, tandis que le P. de Le Ville allait se livrer à l'enseignement de la philosophie au couvent de Marcoussis (Seine-et- Oise), toujours avec le titre de prieur d'Héverlé. C'est à Marcoussis qu'il rédigea sans doute les biographies des supérieurs de la province française des Célestins : Vitœ superiorum gallicœ Cœlestinorum congre g ationis ; Becquet (ouvrage cité) nous apprend, en effet, qu'un manuscrit en était conservé dans la bibliothèque de ce couvent.

C'était peut-être un remaniement de la Petite histoire des hommes illustres de Vordre des Célestins, signalée plus haut.

Le priorat du Mont-de-Châtres étant devenu vacant, le P. de Le Ville y fut appelé au mois de novembre 1649, Il dirigea ensuite le monastère de

Sens, où il avait jadis rempli pour la première fois le divin ministère : ttbi olim, dit-il *, primo divinis operatus fiterat, puis celui d'Esclymont, où il avait débuté comme sous-prieur, au commencement de sa carrière ecclésiastique.

Cependant, à Héverlé, les choses allaient de mal en pis; le nouveau prieur n'avait pas su s'attirer les sympathies des religieux, et la ruauvaise administration des biens du couvent entraînaient ce dernier vers sa perte temporelle. Le P. Kerremans lui-même ne vit d'autre remède à la situation que le rappel du P. de Le Ville, ardemment souhaité jusque par les religieux. Il écrivit dans ce sens au provincial. Instruit par l'expérience, le prieur d'Esclymont hésita avec raison avant de se décider à accepter le poste qu'on lui offrait; mais son amour pour Héverlé l'emporta. Il revint, pour la seconde fois, à Louvain, au mois de mars 1557. Il était accompagné du P. Bugghens, sous-prieur, qui avait aussi quitté le couvent pour se retirer en France. Ainsi, la paix spirituelle rentra enfin au monastère, si longtemps déchiré par des querelles intestines.

Aussitôt l'activité intellectuelle de notre auteur reprend et il fait paraître successivement la Cynosure de l'âme (1658), les Dévotes conceptions (1659), les Hieroglyphica mariana (1660) et les Heverlea celestina{\^^\). En même temps, il met tout ses soins à tâcher de rétablir les finances du couvent.

A ce moment, ses supérieurs le rappellent de

1 Heverlea Celestitia, p. 196.

nouveau en France pour lui confier le priorat du monastère de la Sainte Trinité près de Mantes, dans le diocèse de Rouen. C'est dans cette dernière ville que parait son Hymnus novemdialis in B. Petrum de Luxemhurgo{l^^Z)^ qu'avait précédé une pièce de circonstance dédiée à Célestin Telera, abbé général de la congrégation des Célestins (1661).

Elu une troisième fois prieur d'Héverlé, en 1664, d'après la chronique du couvent communiquée à Sanderus par le prieur Samier * , il occupa cette dignité jusqu'en 1668. Affaibli par l'âge, il se décida alors à l'abandonner « et fut remplacé par J. Ronat, qui prit possession du priorat le 4 février 1669. Le P. de Le Ville se retira au couvent d'Amiens, où la mort vint le surprendre dans le cours de cette même année '.

Comme on a déjà pu en juger par leurs titres, les ouvrages du P. de Le Ville sont presque exclusivement consacrés à l'histoire et à la glorification de son ordre. Ils n'ont guère d'intérêt qu'à ce point de vue, car le poète est peu remarquable et je suis loin de vouloir le comparer à Sidronius Hosschius, son illustre contemporain. La description détaillée qu'on en trouvera plus loin, fournit, je pense, tous les renseignements désirables sur chacun d'eux.

* A. Sandebus, Chorographia sacra Bràbantiœ, 2* éd., t. Il, p. 189. 2 Sponte, dit Becquet, ouvr. cité, p. 213.

' Becquet, ouvrage cité , et J.-Fb. Foppens, Bihliotheca hélgica (Bruxelles, 1739), t. II, p. 925.

BibliosTaphle dei ŒavrM da P. de Le Ville.

ODVBAOElf IMFBIlfÉB.

APPLAVSVS C^LESTINI || AVTORE || V. P. |1 NICOLAO DE LE VILLE |( PRIORE || COELESTINORVM HEVERLEN- SIVM. Il

Ivbilale Beo omnis terra, Jeruite Domino m

lœtiiia.

Introite in confpeStt eius in exuUatione. Pfai. 99. ||

LOVANII II Ex officina Evbbardi bb Wrm Anno 1645. || Superiorum permiffu. ||

Pet. in-4°, 36 S. nun chiffrés; 2 cahiers (S, 1-10) aana signatares; 3' cahier, signé ){-)(3[)(4]; 4" cahier (ff. 15-16), sans signatures; 5" et 6" cahiers, signés A-A2[A4] et B-B2[B4]; 7' cahier (fF. 25-31), sans signatnres; 8° cahier, signé [A]A2-[A4]; 9* cahier

(ff. 35-36), sans signatures. Frontispice représentant le fondateur de Tordre des Célestins, Pierre Célestin, signé : Theod. Ion. van Merlen JctUpsU. Martinm vanden Ende excudit.

F. [2] : dédicace à la Vierge, à Pierre Célestin, à saint Benoît et à Pierre de Luxembourg. F. [3] r° : Ad sanctissimos Gœlestinœ œngregationis pcUronoSj et protectores. (12 vers). F. [3] v*» : Ad ivvenes gvorvm in gratiam hi applavsvs habiti 5vn<. (4 vers); fleuron. F. [4] : Ad lectorem benevolvm. (6 vers); approbation du censeur Jacques Pontanus. Ff. [5]-[6] : Prœludium (76 vers), terminés par un quatrain : Vbtvm ad divinvm amorem; fleuron. F. [7] : Applavsvs ad vota F. Pétri Sodalis Cœlestini Heverlani, 11 strophes de 4 vers chacune, et dont voici la première :

Inclyti Murionadae, parentum A cohors, laeto, veneranda, plaufu facra nunc pergat celebrare Pétri vota Sodalis.

A la fin, le chronogramme suivant :

notas MThï Yltœ Vias faCIs DeVs.

IntraVI In bas nVtV tVo.

Ff. [8]-[10] : Applavsvs L [II et III] Ad sacras pimitias [sic pour : primitias] P. Pétri Sodalis Beligiosi Cœlestini. 1. lan. 1645. Trois pièces de 34, 20 et 84 vers, terminées par un chronogramme en quatrain. Ff. [11]-[16] : PU) et religioso F. loanni Calabers fortvnœ bona pavperiati, iwenile decvs castUati, corpvs et mentem obedientiœ. Totvm se Beo Opt. Max. apvd Cœlestinos solemni vota consecranti, carissimo discipvlo director applavdit 24. lulij 1644. Cinq pièces de 56, 34, 82, 76 et 24 vers, terminées par un chronogramme en distique. Ff. [17]-[24]; Epithalamivm in sacras nvptiasF. GruiliélmiCremers, et Cœlestinœ réligionis.die 28.Aug.Anno 1644. L'épithalame,de 82 vers, est suivi (f. [18] v**) d'un acrostiche de 20 vers, d'une idylle (f. [19]) de 251 vers, d'un chœur (f. [24]) de 6 strophes de 4 vers chacune, d'un chronogramme en distique, et de deux vers adressés par le prieur d'Héverlé à son ancien élève. Ff. [25-28] : Probo, ac religioso ivveni ivgvm Domini ab adolescentia svsceptvm votis solennibus [sic] in sacro Cœlestinorvm cœtv in reliqvos vUœ dies stabilienti Antonio Findenier nepoti svo dilectissimo Atiuncultis applaudit. 28.Maij.l645.AxiSkgrammQ (distique) et pièce en écho de 53 vers,

suivie d'un EpUhàlamivm sacrvm de 12 strophes, de 4 vers chacune, d'un Votvm ad manachos Cœlestinos de 34 vers, d'un acrostiche (18 vers), de quatre EpigramnuUa et d'un chronogramme en distique. Ff . [29-30] : Votvm ad B. Yirgmem Mariam pro devoto adolescente F. Gainant cvm inter Cœlestinos votis regvràlibvs adolescenliam svam castUati consecraret. (60 vers), suivi de : Svspiria animœ ad Christvm aspirantis. (16 vers). Ff. [31]-[36] : Probo, ac honesto adolescenti F. Gasparo Deens tvtam salvtis viam inter Cœlestinos aggredienti. Cinq pièces de 78, 26, 40, 58 et 33 vers, suivies de six epigrammala, d'un accrostiche en distique et d'un chronogramme, également en distique.

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 1821].

P. F. NICOLAI II DE LE VILLE || ATREBATIS || RE- LIGIOSI C^LESTINI || Peioris C^nobii Hbvbblbnsis, || POEMATA C^LESTINA.

[Voir la marque reproduite dans la description précédente]. LOVANII, Il Typis Pbtri vander Heydbn I| 1646. ||

Pet. in-8°, 8 ff. limmaires, signés [§ 1] § 2-§ 5[§ 8], et 256 pp.

Les* liminaires contiennent : ff.[2]-[4] : dédicace à la duchesse Dorothée de Croy; f. [5] : Strena ad eandem illvstrissimam dvcissam. Cùm eipoënuitafua in initio anni 1646, Au&or offeret. (12 vers). Ff. [5] v**-[6] : huit pièces de vers sur l'œuvre de Nicolas de Le Ville ; les deux dernières sont signées par I. Wagon, Oratorii prèsbyter, et Charles de Vignacourt, professeur de droit canon, à Louvaîn. F. [7] r° : approbation de l'abbé de Parc, à Héverlé, Jean Maes, ou Masius, du 27 décembre 1645. F. [7] v" : approbation du censeur Jacques Pontanus, du 18 décembre 1645. F. [8], index et errata.

Pp. 1-24 : Cœlestinœ poeseos liber primvs de trivmphante soli" tvdine 8. Pétri de Mvrrone pontificis maximi didi Cœlesiini V, institutoris congregationis Cœlestinorum anno JDomni [sic] 1260, Biographie poétique du fondateur de l'ordre des Célestins. Pp. 25-52 : Cœkstinœ poeseos liber secvndvs de B. Boberto Salen-

tino discipvlo S. Pétri Cœîestini. Hymnvs m B. Bobertvm Salentinvm. Pp. 53-80 : Cœlestinœ pœseas liber tertivs de qmbvsdam viris iUvstribvs Calestini histUvti deqve fvndatore Heverlensis cœnobii eivsqve nepotïbvs^ avt svccessaribvs. Cette partie contient : un acrostiche sur le nom de Pierre Gélestin (p. 53); une épigramme sur le bienheureux Robert de Salente, suivie d'un acrostiche et de trois anagrammes sur le nom du même personnage (p. 56); de petites pièces sur les Gélestins François de Altria, Thomas de Sainte-Cécile, Onufrius, Jean Bassandus, Arnulphe de Monte Albo, David Gorguanus, Jacques Gallipetus, Pierre Bartius, Nicolas a Prato, Pierre Barbey et Nicolas Guveron, ainsi que les épitaphes de plusieurs princes de la maison de Groy. Pp. 81-131 : Âpplavsvs P. F. Nicolai JDe Le Ville CœlestinL Réimpression partielle des Applavsvs Cœîestini publiés en 1645; les poésies sont rangées dans un ordre différent. Voici l'indication des pièces de Pédition de 1645, qui ont été supprimées dans celle-ci :f. [3],^^ sanctissimos Cœlestinœ cangregationis paironos et protectores; f. [10] V", chronogramme en Thonneur de Pierre Sodalis; ff. [19]- [24], Téglogue : Antithèses matrimonii et réligionis, reproduite ailleurs, et les petites pièces qui la suivent; f. [28) v**, les quatre petites pièces en l'honneur de A. Findenier; f. [30], Svspiria animœ ad Christvm aspirantis ; f. [36], les petites pièces en rhonneur de Gaspard Deens, sauf Taccrostiche et le chronogramme; ces petites pièces sont reproduites plus loin dans les Epigrammaia, Outre ces suppressions, il faut remarquer l'addition de deux pièces nouvelles dans l'édition de 1646 : pp. 81-83, Ode dedicatoria ad nobilissimvm principem B. Petrvm de || I/oxernbvrgo (15 strophes de 4 vers chacune); pp. 89-94 : DopAntô ecloga ... A%f,âùre, B. P. Theadoro B, 0. P. (158 vers).

Pp. 132-160 : Applavsvs Parthenii. Quinze pièces en l'honneur de la Vierge ; la onzième est suivie de deux quatrains. La treizième est la reproduction de l'églogue parue dans les Applavsvs Cœîestini de 1645, ff. [17]-[24], et la quinzième (p. 159 chiffrée par erreur 195) celle des Svspiria animœ ad Christvm aspirantis du même recueil (f. [30]) .

Pp. 161-245 : Apollo Cœlestinvs ... sev liber de remediis vitiorvm. Cinquante pièces morales sur la vanité de la vie et la nécessité de bien se préparer à la mort.

Pp. 246-256 : Epigrammata Cœlestina, Cette partie contient quarante-quatre petites pièces, dont neuf avaient déjà été imprimées dans les Applausvs Cœîestini de 1645. A la page 255,

cinq âaigmes de amore, de mora, de spe, de corde et de mosa; k la Bnit« de cette dernière, le mot Finis et la marque de l'impritneoT Henri Haatenioa.

[Bibl. de ITlmyerBité de Gand, B.-L. 1822].

Citons, à titre de curiosité, ce quatrain, d'un nïuf orgueil (p. 248) :

DE VNIOO OJLESTINOBTM CŒNOBIO IN BELGIO.

Relligiofa fuoa quâ fpargit Belgica fines,

CEeleftinomm Hevria fola tenet clauftrum; miraris amice?

Ad CEBlum anSta via eft.

Citons encore cette petite pièce (p. 249) :

AD UONACBTH PBALATIB SB SVBDKHTIH.

Cur capia in cUuftro Prœlati jnfTa fabire?

Afper ia i rigidoa fEepiiie efTe folet.

Ad claiiftrû fagid mulier mihi ne imperet nnqai,

Sit licet hcec moUia, dura fed illa jabet.

Non lie eft dtirum Prfelatam audire frementem,

ConJDgia ut coutos, femineumjue meloa.

ni.

p. F. Il NICOLAI DE LE VILLE || C^LESTINI, || priobis HKVBRLKNSI8 || ELEGLE || ET II COMMENTARn jj In myftei-ia Incarnationis, Paffio-||mB, A Glorificationis || LESV CHRISTI DOMINI II NOSTBi, Il Figuris prœfignata, à prœnuntiata prophetiis. Il Sive || Ambitus Glauftralis Heverlenfis. ||

[Marque typographique d^André Bouvet, représentant une ourse léchant ses petits; au-dessus, une inscription hébraïque; en-dessous : Informia farmo],

LOVANII, Il Typis ANDBKiB BouvbtI, 1647. ||

Pet. in-8^ frontispice et 7 ff. lim., cotés [)-(l])-(2-)-(4[)-(7], 393 pp. et 1 p. non cotée, signées A-T6[T8]. Dans les liminaires, l'ordre des cotes )-(4 et )-(5 a été interverti par erreur. Le frontispice, gravé sur cuivre, représente la Vérité, dont Pimage se réfléchit dans un miroir tenu par l'Allégorie, tandis que la Prophétie l'examine avec une longue vue.

6] r° : dédicace à Jean v** : censures ecclésias-

Les liminaires contiennent : £f. [2]- Masius ou Maes, abbé de Parc; f. [6' tiques de Jean Masius, abbé de Parc (28 août 1646), et de Jacques Pontanus (10 septembre 1646); f. [7] : Synopsis Myfteriorum & Allegoriarum.

Le recueil comprend quarante élégies, accompagnées de commentaires, sur les divers épisodes de la vie du Christ, comme le titre l'indique. Il sert à décrire le cloître d'Héverlé, et, en particulier, les superbes verreries exécutées par Jean de Gaumont et détruites lors du pillage de l'église en 1796.

Au v° de la p. 303 : Adtnonitio ad lectorem & erratum cor- Tcctio

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 1823].

Dans sa dissertation De la peinture sur verre aux Pay5-Ba5 (Bruxelles, 1832; Nouveaux mémoires de V Académie de Bruxelles, in-é"*, t. VII), p. 15, le baron de Reiffenberg cite les Elegiœ, mais en leur donnant erronément la date de 1667, erreur déjà commise par Foppens et reproduite dans les

Comptes-rendus de la Commission royale d'histoire de 1838 (t. II, p. 370). Il se trompe également quand il croit que cet ouvrage a été fondu dans la Chorographia sacra Brabaniiœ ; c'est le résumé figurant dans ÏHeverlea Celestina du P. de Le Ville qui a été repris par Sanderus avec tout le texte de ÏHeverlea, comme on le verra plus loin.

LA II CTNOSURE || DE L'AME, || OU || POESIE MORALE. || Daius laquelle FAme amourenfe de fon falat, jj peut confiderer les voyes plus affurées || pour arriver au Ciel. || pâb le || P. F. Nicolas de lx Ville, || Prieur des Celeftins de Hevre les Lovain. ||

[Marque typographique d'André Bouvet, variété de celle qui figure sur le titre des Elegiœ et Commentarii],

A LOVAIN, Il chez Andbe Bouvet, imprimeur juré jj devant la Maifon de Ville. 1658. ||

Pet. in-8«, 8 ff. non chiffrés signés [§ 1] § 3-§ 6 [§8]; 263 pp. de texte et 9 pp. non chifirées. Le f . § 5 étant coté erronément § 6, il y a 2 ff. cotés § 6 dans les liminaires.

IjOs liminaires contiennent : f. [§ 2] : frontispice allégorique, représentant une âme pieuse conduite au ciel dans une barque dont le pavillon porte l'emblème des Gélestins, tandis que des âmes mondaines se dirigent vers une barque dont le diable tient le gouvernail. La croix conduit Pâme comme la constellation de la petite Ourse, ou Gynosure, guide le marin *; ff. § 3-§ 6 : épitre adressée à la princesse Dorothée de Groy, et datée du

* Le P. de Le Ville dit dans sa dédicace à la duchesse de Groy : « ...je viens Vous offrir cet' œuvre en vers que j'appelle La Cynofure de rAme, parceque je chante en ce livre les adrelTes & les routes qu'il faut tenir en ce monde, pour fe preferver contre les périls & les naufrages que l'Ame y rencontre. J'y monftre l'Ëftoille qu'elle doit regarder, l'eftat le meilleur & le plus aiTuré qu'elle doit suiure, pour arriver au port de falut. >

cloître d'Héverlé, le 1" septembre 1658; f. [§ 7] r» : Sur VmbUme de la Cynojure de VAme, Epigramme; f. [§ 7] v<> ; Censure et soumission de Vautheur. Sonnet; f. [§ 8] r** : permission de Fr. Liiegaolt, provincial des Célestins de France, du 31 juillet 1657; ^' [§ 3] ^° • approbation du censeur Jacques Pontanus, datée de Louvain, 16 août 1658.

Lesr pp. 1-127 contiennent la Poésie morale. P. 128 : marque de Timprimeur Bouvet*. Pp. 129-172 : Saincte Dorotee tragédie. Pp. 173-217 : S. Ursule tragédie. P. 218 : grav. représentant sainte Elisabeth, reine de Hongrie. Pp. 217-263 : Sainte Elisabeth tragi-comédie.

"Les 5 pp. non chiffrées qui suivent le corps de Touvrage comprennent la table des matières; Pavant-dernier f. contient une Remarque sur Vimpression du livre; enfin, le dernier f., blanc au V, porte au t° une troisième variété de la marque d'André Bouvet et la souscription : A LOVAIN, || Chez ANDRE BOUVET, || près les degrez de TEglife de S. Pierre, || devant la Maifon de Ville.

1658. Il

[Bibl. royale de Bruxelles, II; 61842] >.

Les vers français du P. de Le Ville ne présentent pas de qualités transcendantes, au point de vue littéraire, mais ils donnent des exemples typiques de ce très curieux genre de poésie religieuse qui florissait au XVII® siècle. En voici un échantillon (p. 16) :

De la Vierge Marie.

STÂKCES.

Isis je pourois faire état de ta fageffe,

Si ton front ne portoit les cornes d'un grâd bœuf.

Pour te faire adorer ainfi qu'une deelfe,

L'egypte eût bien mieux fait d'y mettre un petit oeuf.

*■ Une marque typographique placée dans le corps d'un ouvrage est une particularité rare, croyons-nous.

* Cet exemplaire, rel. en maroquin rouge par Bozérian jeune, est celui de la bibliothèque de Soleinne (n° 1326 du cat.) qui passa suc-

L^œuf eftSt bISc & rôd marque la cônoifsâce, Que tu pouYois avoir des beaux globes des cieux. Le bœuf qui eft pefant dénote Tignorance :

Mieux ainfi tu portois la lune fur tes yeux.

Saint Jean vit le Soleil entourer une femme, Qui tenoit fous fes pieds la lune & un dragon. Ce prodige me monftre une Reyne fupreme, Que Tenfer & les cieux révèrent tout de bon.

Quitte la lune Ifis. cet aftre eft à Maris.

Elle approche bien mieux de la Divinité.

Sa fagelfe ne fouffre aucune tromperie.

Jésus eft fon Soleil d^où provient fa clarté.

Rarement trouve-t-on des allusions aux événements contemporains, aux faits journaliers dans ces vers dévots. Notons cependant ce passage d'une satire intitulée : Du me/pris des riche/ses (p. 93).

L*étudiant plein d^argêt enfant d^un boulâger, Marche dedans Lovain comme un côte étrSger; Mais comme il fent le bled, je crains que la fuperbe, Ne luy falfe manger bien toft fon bled en herbe.

La vertu a chez le P. de Le Ville l'accent parfois rude quand elle châtie le vice, comme dans cette élégie Du mépyns des voluptés chamelles (p. 109) :

Que doit on efperer des voluptés chamelles, Que des flammes d^enfer, les rigueurs éternelles.

cessivement entre les mains de Baudeloque, du poète Turquéty, de Ch. Pieters (n? 1145 du cat.), du libraire Miard et de J. Helbig; à la mort de ce dernier, il devint, avec les autres livres de ce bibliographe^ la propriété de la Bibliothèque royale (1892). H fut payé 16-50 fr. à la vente de Soleinne et 20 fr. à celle de Pieters. De Soleinne en possédait un second exemplaire, relié en vélin (n° 229 des doubles).

La Bibliothèque royale possède elle-même un second exemplaire, relié en parchemin [est-ce le double de Soleinne?], payé 26 fr. à la vente Camberlyn en 1882 (n« 189 du cat.); il porte la cote U, 38878,

Coartifanne mondaine ou eft votre blanceur, Où eft de vos appas la charmante douceur?

Flore, Heleine, & Lais qu'eftes vous devenues? Vous n'avez rien laifsé que des marques connues, Qui font horreur à ceux qui fcavent les regrets Que vous avez caufés à vous [vos] jeunes muguets. Cachez, filles, cachez du teint cet avantage. Qu'étalez bien fouvent n'aiant autre héritage. £t vous enfans de joye, avant de les aimer, Pour en faire un bon choix, à les bien eftimer, Avifez de flairer leurs puantes terrafles.

Attendant qu'aux tombeaux vous voiez leurs carcaiTes.

Ou encore (p. 18) :

Pour fe tenir en fon eftat Toutte la nature travaille.

Le puis-je dire ô l'attentat!

L'ame feule vit en canaille.

Les « tragédies » du P. de Le Ville n'ont guère de dramatique que le nom, et leur représentation ne pourrait plaire qu'aux amateurs de bizarreries. Dans sa dédicace à la duchesse de Croy, l'auteur explique ainsi le choix de ses héroïnes : « J'ay « grossi cet œuvre par trois Tragédies de Dames « illustres, qui sont comme les fruits & les efifets a de la connoissance, qu'elles ont en [sic pour eue] <( de semblables veritez que j'avâche en la Cyno- « sure. S. Dorotée dont Vous portez le nom, « ayant pour enseigne l'auréole de la Virginité, « tient le première [sic] lieu. Sainte Ursule « contrainte par une maxime d'estat à se marier, « dans un mariage non acomply marche au a milieu. Et S. Elisabeth en sa viduité renonçant

« aux honneurs, l'oserois-je dire? me mettent « [sic] devant les yeux le cours de Vostre vie. « Qu'heureux fut le temps, lors que dans Vostre « jeunesse, comme une Diane sacrée (Vous Fille « de Madame Diane de Dommartin) esloignée des « plaisirs des hommes, Vous n'esgayjez vostre « esprit qu'en la compagnie des Muses, ravie dâs « les extases que vous aviez des innocentes consi- « derations [?]. L'estat de Vostre Tres-illustre « famille vous fit après vous résoudre à un hymen « qui s'est veu sans enfans. Mais la fin de vos « jours vous fait suivre patiemment avec S. Elisa- « beth les incômodites d'une viduité, que vous « sacrifiez totalement à Dieu. . . » .

DEVOTES CONCEPTIONS, || OV PENSEES || SVR LES EMBLEMES, PROPHETIES, || Figvbbs, bt Pabollbs || db la ste. ESCBiTVBE, || Qui fe R'apportent [sic] à || LA GLORIEVSE VIERGE II MARIE || COMPOSEES PAR LE || V. P. || NICOLAS DE LE VILLE || Prieur des pères Celeftins de Hevre || lez Lovaîn.

[Marque typographique de Cyprien Coenestein, représentant un cœur d^où sortent des tiges garnies de feuilles, avec cette devise : Pax et amor ].

A LOVAIN, Il Chez Cyprian Coeneftein Imprimeur lure. 1659.

Pet. in-8°, vin fF. lim. non cotés ni signés, 237 pp. et 3 pp. bl.

Les liminaires contiennent : f . [2] : la dédicace à Thérèse- Constance Pynse Vander Aa, femme de l'ancien bourgmestre de Louvain, François de Saint- Victor, seigneur de Bommallette, datée du 20 juin 1659 ; f. [3] : épigramme (10 vers) à Marie et Philippine de Saint- Victor, belles-sœurs de la précédente; f. [4]r®: permission du provincial des Célestins, François Gervaise, datée

du 20 octobre 1658; f. [4] v": approbation dn ceneenr Antoine Dftve, datée du 1" mai 1659; f. [SjV : sonnet du même A. Dave; ff, [5]v°-[7] r>; pièce de vers latins et chronograimnes de Jacques Le Roy; £f. [7] v»-[8] : table des chspitrea. Au bas du f. [8] v°, la marque typographique n° 1 de Cypnen Coenesteyn ;

Outre la préface en vers et une petite pièce intitulée : Le motif qui à [sic] porté Vaulkear à compofer ce liure, le recueil comprend (pp. 1-233] cent trente-sept chapitres glorifiant la Vierge d'après des textes de l'Ecriture, et autant de poésies de forme variée : stances , odes, épigrammes, élégies, sonnets, dialogues, etc. Pp. 234-237 : Table des matières. Les pages [238]-[240], qui complètement le cahier P, sont blanches.

[Bibl. de t'Univereité de Gaod, B-L. 2161'] '.

Au point de vue de la valeur littéraire, les Dévoies Conceptions ne s'élèvent pas au dessus de la Cynosure de l'âme, et l'auteur dit avec raison (f. [UI] des lim.) :

Ce Liure, dont le but eft l'honneur de Uarie, Aura peine & paroiltre aux efprits de la cour, n veut une vertu dans un Cloiftre nourrie, Qui puilTe mieux iuger du prix du St. Amour,

< Ceet l'exemplaire offert, en 1668, par l'anteur aux récoltets d'Audesarde, comme en témoigne une dédicaco autographe.

Un ex. fut vendu 12 k. a la vente Serrure (1872, n° 1019); un autre ex. est coté 15 fr. dans le cat. Ciaudin (Paria, novembre 1884,

Comme le dit Antoine Dave, dans son sonnet aux lecteurs, ce n'est point « un livret à la mode » , et le P. de Le Ville ne l'adresse pas aux

Peu chaftes courtifans qui n^allez dans Peglise

Que pour y rencôtrer les dames que l'on prife (p. 46).

Ils goûteraient peu l'aridité de cette poésie mystique, dont voici un exemple (p. 10) :

Dans la divinité ie tiens qu'aux trois perfonnes La fagelfe eft commune en toutes fes coronnes. Car comme elfentielle, elle eft un attribut, Où le Père & le Fils font en femblable but, Auffi le fainét Efprit d'une efgale richeife, Demeure couronné de la mefme fageffe.

Ce divin attribut fe trouve en vérité Poffedé du grand Dieu de toute éternité.

Mais il dans ce difcours d'une autre intelligêce, Nous voulons méditer qui eft la fapience :

D'un mot notionel receu de nos doéleurs, On l'approprie au Fils parmy tous les autheurs. C'eft le Fils qui du Père eft le verbe agréable, Il en eft la fagesse, & parole admirable.

C'eft par luy que le Père au dehors a produiét Et les cieux & la terre, k le jour k la nuiét.

L'aridité, d'ailleurs, n'est pas compensée par la beauté de la forme; la langue est souvent embarrassée, — l'auteur lui-même parle de son « discours languissant » (p. 101), — et la versification est des plus médiocres. Par contre, les paraphrases de certains passages du Cantique des cantiques ou des Psaumes ne sont pas sans offrir un intérêt de curiosité, que leur titre suffit à éveiller. Le

bon prieur d'Héverlé s'exprime avec des libertés qui peuvent choquer une oreille peu habituée à entendre appeler un chat un chat, et il serait peutêtre difficile d'en donner ici des exemples ' . Je signalerai senlémeùt les vers suivants, comme bizarrerie... îhlisicale (pp. 222-223) :

Chantez, & ie refonne, viue, viue Marie.

GhaffoiM 4é nos motets Pennemy des accords.

Vous tiiôndrez le delTus, & mon ame rauîe, Enflera lés tuiaux de fon fenfible corps, Pour vous feroir de balfe, & d'une douce tierce, Vous, mon ame, A mon corps, dirons viue la Vierge.

Comme dans la Cynosure de Fâme, le P. de Le Ville ne recule pas devant l'expression forte et crue quand il s'agit de guérir le pêcheur de ses vices. Il ne faut pas être surpris de rencontrer des mots tels que filouter (p. 22), les infections des humains (p. 51), à côté d'expressions naïves dans le genre de celle-ci, appliquée au Christ (p. 108) :

Voyons le plus beau des poupons.

Viens a moy, viens mon frère, Qui fucce les tétons De ma pudique mère.

HIEROGLYPHICA || MARUNA || SIVE || Liber de facris Imaginibus, atque Si-|{militudinibus, quibus in Cantico || Canticorum à Salomone B. Virgi-||ni8 MARLE Virtutes, atque || Perfeaiones depinguntur. || AVCTORE || VENERABILl PATRE ||

^ n faut pour enfanter accepter la carefîe (p. 99).

F. NICOLAO DE LE VILLE || ATREBATE, || pbiobk cklbs-

TINOBUM HEVBRLKNSIUH. ||

[Grossière figure sur bois : La "Vierge tenaivt dans son sein VEnfant Jésus],

LOVANH, Il Typis Andrbab BouvbtI, || Anno M. DC. LX. ||

Pet. in-8% 8 ff. bon chiffrés, signés [§ 1] § 2 § 5 [§ 8], 303 pp. et 1 p. non chiffrée pour la marque typographique d'André Bouvet ».

Les liminaires contiennent : ff. [2]-[5] r*' : la dédicace à François Liegault, vicaire général et prieur des Gélestins, à Paris, datée d'Héverlé, le 19 mai 1600; f. [5] v** : permission du provincial des Célestins, François Gervaise, datée du 16 novembre 1659; f.[6]r<» : approbation du censeur Antoine Dave, donnée à Louvain, le 1" janvier 1660; ff. [6] v«-[8] v* : Index Hieroglyphicorum, allarumque rerum quœ in hoc Lihro continetitur.

L'ouvrage comprend quatorze chapitres expliquant les symboles relatifs à la Vierge, depuis sa taille jusqu'à ses vêtements, et finit par un épilogue de corona B. Y, Mariœ.

La dernière page, non chiffrée, contient la marque de l'imprimeur et la souscription : LOVANII, || Typis ANDBBiE BouvetI, || Anno m.dc.lx. ||

[Bibl. de l'Université de Gand, B.-L. 2989].

V. P. F. NICOLAI II DE LE VILLE || ATREB ATIS || PRIORIS GELESTINORVM || HEVERLENSIVM || HEVERLEA GELES- TINA. Il

[Marque typographique de Gyprien Goenestein, figurant à la fin des liminaires des Dévotes Conceptions^ et reproduite plus haut].

LOVANH, Il Typis GYP. GOENESTENII. || Anno 1661. ||

Pet. in-8°, VIII ff. liminaires non cotés ni signés, 279 pp.» 7 pp. non cotées et 1 f. blanc, signés A-Siij [Siij]. En regard de la p. 1

* < Œttinguer dit : Labeville, et in-8. > Fb. Pbebnnbs, Dictionnaire de bibliographie catholique (Paris, 1858-1860), t. IV, col. 11.

da texte, une gravure représentant le fondateur de Tordre des Célestins, Pierre Célestin, et signée : loan vander Sande fec, et exe.

Les liminaires contiennent : ff. [2j-[4] r° : la dédicace à François Gervaise, provincial des Célestins de la province de France, datée du 1" janvier 1661 ; ff. [4] v**-[5] r* : une pièce de 34 vers, intitulée : Avctor Ad Lectorem; f. [5] r° : Chronicon In AppUmsum Betierendi Admod, Domini, & Prioris V. Cœndbij Heuerlenjis. Nicoîai De Le Ville Huius Libelli Au^toris, suivi d'un autre chronogramme, In Ckronici Avctorem; ff. [5] v** [6] r° : Anagrammata In Opufcula V. P. Nicolai De Le Vile [sic] Célestini (trois pièces signées Petrus Brice C. B, B. N. A., et loannes de Mons G. P, A.; f. [6] v» : Anagrammata In horum Anagrammatum Auctores, par N. de Le Ville (16 vers) ; f. [7] r^ : Facvltas B. P. ProvinciàliSy signée François Gervaise, du 16 novembre 1659; fF. [7] v°-[8] V** : Approbatio censoriSf signée Antoine Dave, du 31 mai 1660. A mi-page du v* du f. [8], un cul de lampe.

Le texte comprend huit chapitres dont voici les sujets :

I) vie de S*-Pierre Célestin; II) fondation du monastère d'Héverlé; El) généalogie de la famille de Croy ; IV) monuments principaux du monastère; V) description du cloître; VI) liste des prieurs; VII) monastères en rapport avec celui d'Héverlé; VIII) privilèges des Célestins d'Héverlé.

Pp. [280]-[286] : Index ....; p. [286] : Ohservatio in errata; le bas de cette dernière page est occupé par le cul de lampe qui figure à la p. [8] des liminaires.

[Bibl. de PUniversité de Gand, Ace. 2924]».

Avant la destruction de l'église d'Héverlé, cette description était fort recherchée, et servait en quelque sorte de Baedeker aux visiteurs *. Elle a été reproduite dans le second volume de la première édition de la Chorographia sacra Brabantiœ de Sanderus (Bruxelles, 1656-1669). On sait que, dans cette édition rarissime, chaque monographie

A Un ex. en fut vendu 6 fr. à la vente Serrure (1873, n*» 3631). Un autre est coté £r. 7,50 dans le 10^ cat. de Ch. Fonteyn aîné (Louvain, nov.-déc. 1893), n» 122.

2 Éd.* van Even, ouvr. cité, p. 19 du tiré à part, note 1,

forme un opuscule distinct, avec un titre particulier. Je crois donc nécessaire de décrire exactement VHev^erlea de Sanderus :

ANTONII SANDERI || PRESBYTERl || S. THEOLOGLE LICENCIATI, Il CATHEDRALIS ECCLESIiE IPRENSIS || CANONICI, ET NUPER POENITENTIARII || EX SCRIPTIS || R. PATRIS NICOLAI DE LE VILLE || HEVERLEiE PRIORIS II HEVERLEA CELESTINA || BREVI CHORO- GRAPfflA, ET IMAGINE ^NEA || ILLVSTRATA || AD || lUj^nm. ET EXCELL"»»»». s. R. J. PRINCIPEM B PfflLIP- PVM FRANCISCVM || DVCEM ARENBERGICVM || DVCEM CROIVM, ET ARSCHOTANVMII HEVERLEiE BARONEM Ac.

[Armoiries de Philippe-François d^Arenberg, duc de Groy, gravées sur cuivre, signées F. Troyen Feci£\,

BRUXELKS: Il Apud PUlippum Yleugartium Anno 1662. ||

In-fol., 1 f. non chiflFré (titre); grande gravure sur cuivre, signée : Lucas Vorstermans fecit, et représentant le monastère d^Héverlé, avec quelques-uns des tombeaux de la maison de Croy ; 52 pp., dont la dernière est blanche. Les pages sont fautivement

cotées comme suit : 1-33, [34, p. blanche 40, et 40-44. Signatures : A-M2; le f.

plus que le dernier.

, 32-35, 35-38, 37, 40, 14, 17] n'est pas signé, non

Réimpression quasi-textuelle de VHeverlea Celéstina, Sanderus n'a laissé de côté que le premier chapitre, contenant la vie de saint Pierre Célestin, et le septième où le P. de Le Ville donne une courte notice sur les autres couvents que son ordre possédait en France. Par contre, Sanderus a reproduit jusqu'à l'approbation de VHeverlea Celestina par le censeur A. Dave.

On retrouve la même description d'Héverlé dans la seconde édition de la Chorographia sacra (La

Haye, 1726-1727); elle y occupe les pages 143 à 191 du tome IL Dans cette seconde édition, se trouve la suite de la liste des prieurs d'Héverlé, depuis N. de Le Ville, qui a été fournie à l'auteur par le prieur François Samier, mais on n'y rencontre plus l'approbation de VHeverlea Celestina.

vm.

REVERENDISSIMO, || ET EXIMIO DOMINO, || D. CELES- TINO TELERA, || S. TH. DOCTORI, || ABBATI GENERALI || CONGREGATIONS || CELESTINORVM, àc. \\ ANAGRAM- MATICO POEMATE APPLAVDIT || F. NICOLAVS DE LE VILLE, Il CELESTINORVM MEDVNTENSIVM PRIOR. ||

S. 1. n. n. n. d. (c. 1661). In-4<>, 4 ff. non chiffrés sans signatures ni réclames.

Au f. [1] v**, neuf anagrammes sur le nom de Tabbé général

Célestin Telera; au f. [2] r*^, neuf chronogrammes donnant la date

de 1661. Aux ff. [2] v°-[4] r°, une pièce de yers latins commençant

ainsi :

Cvm fugeret lacob rubri per fluminis vndas,

Nec caperet tantos hofpita terra viros.

Lœta Maria piam refonanti pollice mouit

Barbiton ac hilares iuffit adeffe choros.

et finissant par ces quatre vers :

Laudibus yt yeftris valeam nunc ponere metam. Musa sile. TELERA plura fed optât amor.

Vincat amor, iuuat audentes fors. Prsefide dicam Vrbis te poterant orbis k acta régi.

[Bibl. nationale, à Paris, Rés. p. Z 328].

HYMNVS II NOVEMDIALIS jj IN || B. PETRVM || A

LVXEMBVRGO, || Authore V. P. F. NICOLAO || DE LE

VILLE, Priore || Célestinarum Meduniensium. \\

[Marque typographique : le chiffre des Jésuites, c^est-à-dire le monogramme du Christ surmonté d'une croix et surmontant trois clous, dans la couronne d'épines, cantonné aux quatres coins des lettres BEOs].

RHOTOMAGI; \\ Ex Typrographiâ IVLIANI PHILIPPI, || via Poternœâ. propè Palatium. || M. DC. LXIII || Cum Approbatione éb SuperL Permissu.

Pet. in-8*, 2 ff. non chiffrés, 35 pp. chiffrées et 1 p. non chiffrée. La signature B2 est cotée erroné ment B3.

Le second feuillet non chiffré renferme une épître Ad Lectorem. La dernière page [36], non chifirée, contient VApprohatio, signée Gaulde, et datée de Rouen, 15 novembre 1663, et la Faeultas H. P. PromndàliSy signée F. Bourrée, et datée d'Ambert, 29 nov.

Pp. 1-26 : Hymnus îiovemdialis, divisé en neuf parties, dont voici les titres : Natales (pp. 1-3), Indoïes (pp. 4-5), Cananicatus (pp. 6-8), Episcopahis (pp. 9-11), Ckirdinalatus (pp. 12-15), hesideria (pp. 16-18), Infirmitas (pp. 19-21), Mors (pp. 22-23), Beatitas (pp. 24-26). Pp. 27-32 : Echo de Invocatmie B, Pétri a Luxemhiirgo (dialogue eu vers entre Echo et Infirmtis), Pp. 33-35 : Exhortatio ad sectandas virtutes B. Pétri a LuxemhurgOy dont voici la ff n :

Petrus exemplum vobis praebet.

Pétri teneras fpectate preces.

Triftes Pétri fumite fletus.

Sanctos Pétri cemite mores.

[Bibl. nationale, à Paris, Yc 8316] *.

^ La bibliothèque de la ville d'Amiens possède également un exemplaire de ce livret, auquel le catalogue imprimé donne erronément la date de 1643. Y. Catalogue méthodique de la bibliothèque communale d* Amiens, Belles Lettres. (Amiens, 1854), p. 278, n<* 1879.

Gomme il m'a été impossible de consulter personnellement VHymnus novemdialis, j'ai dû faire la description qu'on vient de lire, d'après les renseignements qu'ont bien voulu me communiquer, avec une obligeance dont je tiens à les remercier ici, MM. Henri Michel, conservateur de la Bibliothèque d'Amiens, et £.-G. Ledos, attaché à la Bibliothèque nationale, à Paris. C'est également à M' Ledos que je dois la connaissance de la pièce précédente, adressée à CéL Telera.

OUVRAGES MANTJSCBITS.

Annales cœnobij Heuerîani congregationis Cœlestinorum, coUecti per fratrem Nicoîaum de Le Ville, cœlestinum eiusdem cœnohij priorem.

In-folio sur papier, de 298 pages écrites, plus une table de 6 pp. ajoutée plus tard. Sur le plat de la reliure en parchemin, se lisent ces mots à moitié effacés : Hic liber scriptus ad eorum quœ in hoc monasterio gesta suntmemoriam,,..

Manuscrit autographe provenant du couvent d'Héverlé, envoyé à Paris sous la domination française, puis restitué à la Belgique.

[Bruxelles, Bibl. royale, Mss. 1280]'.

Les Annales contiennent l'histoire détaillée du monastère d'Héverlé, depuis sa fondation jusqu'en Tannée 1661. On se rappellera que c'est à cette époque que le P. de Le Ville abandonna son second priorat. Il n'eut probablement plus le courage de reprendre son manuscrit lors de son troisième priorat.

C'est de ce manuscrit que l'auteur a extrait, pour la plus grande partie, ses Heve?^lea Celestina.

Historia Cœlestina,

Se trouvait au couvent d^Héverlé ainsi qu^à celui d^Amiens d'après Foppens et Becquet (/oc. cit.)\ ce dernier nous apprend

* Qu*il me soit permis de remercier M' Ouverleaux, conservateur de la section des manuscrits de la Bibliothèque royale, pour Tobligeance avec laquelle il m'a signalé et communiqué ce manuscrit.

qu'elle fut écrite à Héverlé, en 1643 : scripta Hevriœ anno 1643. Les manuscrits des Célestins d* Amiens se sont perdus pour la plus grande partie ', et celui du P. de Le Ville n'est pas parmi ceux qui nous ont été conservés.

in.

Description du cloistre des célestins d'Hevere lez Louvain, suivie d'une Petite histoire des hommes illustres de Tordre des Célestins (1648).

« In-folio sur papier, de 46 feuillets écrits ; le 47* a été déchiré. » Copie vue par le baron de Reififenberg chez le libraire De Bruyn, à Malines '. Elle provenait, sans doute, des Célestins d'Héverlé.

YUœ superiorum Gallicœ Cœlestinorum congregationis.

n en existait des copies aux monastères d'Amiens et de Marcoussis (Bboqust, loc, cit.).

De auscultatione transnaturali mystica atque rdigiosa.

Ms. in-8° (Bbgqust). Au couvent d'Héverlé, d'après Foppens et Becquet.

* J. Gabnieb, Catalogue descriptif et raisonné des manuscrits de la Bibliothèque communale de la vUle d'Amiens (Amiens, 1843), p. xxxvu.

* Compte-rendu des séances de la Commission royale d'histoire, t. II (Bruxelles, 1838), pp. 370-371.

Page 1