MATHIAS
C'est un fait remarquable que, de toutes les nations de l'Europe, la Belgique et la Hollande soient peut-être celles qui ont contribué le plus, eu égard à leur étendue et leur population, à la diffusion de l'art typographique. A peine l'imprimerie est-elle connue et commence-t-elle à se répandre, que les Néerlandais s'emparent de la merveilleuse découverte, la propagent dans leur patrie, la portent à l'étranger, en Allemagne, en Italie, en France, en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Suisse, en Autriche.
Dès 1472, Thierry Martens s'associe avec Jean de Westphalie ; il produit à Alost, l'année suivante, le Spéculum conversionis peccatorum,q[ii est le premier
ouvrage imprimé en Belgique. Successivement, l'imprimerie est introduite à Louvain, en 1473, par Jean Veldener, qui l'importe aussi, plus tard, à Culembourg; à Utrecht, à la même époque, par Nicolas Ketelaer et Gérard Leempt; à Bruges, en 1475, par Colard Mansion; à Bruxelles, en 1476, par les Frères de la Vie commune; à Delft, en 1477, par Jacques Vander Meer et Maurice Yemantszoon; à De venter, la même année, par Richard Paffroed; à Gouda, encore en 1477, par Gérard Leeu; à Sint-Maartensdyk, en 1478, par Pierre Werrecoren ; àNimègue, en 1479, par Gérard Leempt, qui est également le premier imprimeur de Bois-le-Duc, en 1484; à Zwolle, en 1479, par un typographe dont le nom n'est pas connu; à Audenarde, en 1480, par Arnauld de Keysere, qui s'établit à Gand, en 1483; à Hasselt (Overijssel), en 1480, par Peregrinus Bermentlo; à Anvers, en
1482, par Matthieu Vander Goes; à Harlem, en
1483, par Jacques Bellaert; à Leyde, la même année, par Henri, fils d'Henri; à Schoonhoven, en 1495, par les chanoines réguliers du monastère de Saint Michel, au Hem; à Schiedam, en 1498, par un imprimeur inconnu * .
Presque aussitôt, nos compatriotes tournent leur activité vers l'étranger. Pour ne nous occuper que des artistes originaires des provinces méridionales des Pays-Bas, c'est-à-dire des Belges, qui ont ainsi contribué à la régénération littéraire de
* Voir la carie que J.-W. Holtrop a dressée pour ses Monuments tf^pographiquês des Pays-Bas au XV* sièele (La Haye, 1868).
l'Europe, mentionnons d'abord Gérard de Lisa, de Flandre, qui se rend en Italie et introduit l'art de Gutenberg à Trévise, en 1471, à Vicence, en 1476; il quitte cette ville pour aller à Venise, où brillait alors Nicolas Jenson, mais il revient terminer sa carrière à Trévise, après avoir encore porté l'imprimerie à Cividale, en 1480, et à Udine, en 1484. Arnold de Bruxelles fut un des premiers imprimeurs de Naples, où il arriva vers 1472, et où il forma plusieurs élèves. A Gênes et à Mondovi, l'imprimerie fut introduite, en 1472, par Antonius Mathias, à qui cette notice est consacrée. Citons encore, en Italie, le liégeois Paul Leenen, que l'on trouve établi à Home, en 1474; Jean de Tournai, qui se fixa à Ferrare, en 1475; Daniel van Bomberghen, qui monta à Venise, en 1515, une vaste of&cine pour la publication d'ouvrages hébraïques ; le poète gantois Nicolas de Stoop, qui aurait, parait-il, installé une imprimerie dans la même ville, quelques années plus tard.
En Espagne, nous rencontrons un Mathœus Flander, qui florissait à Saragosse, de 1475 à 1478, et dont il sera parlé plus loin. En 1564, Adrien d'Anvers édite des romans de chevalerie à Estella ; en 1605, Artus Tabemiel travaille à Salamanque, et, en 1610, Jean Flamenco ou de Flandre est directeur de l'imprimerie royale de Madrid. Une famille anversoise, dont le chef fut Pierre Craesbeeck, est, pendant tout le XVII® siècle, à la tête de la librairie portugaise.
L'Angleterre nous offre plusieurs noms de Belges, tels que ceux de Guillaume de Machlinia
OU de Malines, qui imprimait à Londres, en 1481, de Steven ou Etienne Mierdman, que les édits de religion forcèrent de se réfugier à Londres, en 1551, d'où il gagna Embden, vers 1554, de même que Gilles Vanden Erven ou Gellius Ctematius, qui imprima dans les mêmes villes, sous le nom de CoUinus Volckwinner. Jean de Berg ou Montanus, de Gand, s'associe, vers 1540, avec Ulrich Neuber, de Nuremberg, et fonde, dans cette ville, un établissement pour l'impression de la musique ; de 1557 à 1587, Materne Cholinus, d'Arlon, fait rouler ses presses à Cologne, et devient membre du Sénat de la ville; en 1570, le graveur liégeois, Théodore de Bry, ouvre une Ubrairie à Francfort. Mais la France surtout reçut beaucoup de nos compatriotes, depuis que Pierre de Keysere eut imprimé à Paris, de 1471 à 1509, succédant à Ulric Gering. C'est d'abord Guillaume Régis ou Le Roy, de Liège, qui est à la tête d'un des plus importants ateliers lyonnais de 1473 à 1493. Puis viennent le célèbre Josse Badins Ascensius, qui, après avoir étudié à Lyon les rudiments de son art, vint l'exercer à Paris, de 1499 à 1535, et ne jouit pas d'une réputation moins grande de savant philologue que d'habile typographe, — ainsi que Jean Louis Tiletantts, ou de Thielt, et Louis Cyaneus ou Blaublome, de Gand, qui imprimèrent également à Paris, dans la première moitié du XVP siècle. En 1567, Gilles Beys, le gendre de Plantin, Hollandais de naissance, mais que son éducation fait Belge, se rend à Paris pour diriger la succur- 3ale que son beau-père y avait établie, et y imprime
lui-même de nombreux ouvrages latins et français. Après sa mort (1595), sa veuve épousa Adrien Périer, avec qui elle continua l'établissement de Gilles. Les fils de Beys embrassèrent tous la carrière de leur père, sauf Jean qui mourut à vingtdeux ans : Adrien travailla à Paris, Gilles à Bordeaux, Christophe à Rennes, puis à Lille. Un autre élève de Plantin, Guillaume de La Rivière, s'établit àArras, en 1591, et un troisième, François Bellet, à Saint-Omer, en 1602. A Douai, les premiers imprimeurs sont des Belges que l'Université douaisienne, instituée en 1563, fit venir de Louvain, ou qui s'établirent spontanément dans cette ville : Jean Boscard, Louis de Winde, Jean Bogaert, Balthazar Bellère, dont l'imprimerie, fondée en 1590, fut continuée par sa veuve, puis par son fils, jusqu'au commencement du XVIII® siècle. Guillaume Stroobant se fixa, en 1596, à Lille, où l'avait précédé le flamand Jean Tack et où l'on trouve, plus tard, le montois Jean-Chrysostome Malte et le tournaisien Simon de Neufville. Au commencement du XVP siècle, Jehan de Liège imprimait à Valenciennes ; il y fut suivi, cent ans plus tard, par Jean Vervliet. En Suisse, un typographe appelé Pierre-Stephanus van Gendt, et dont le nom indique assez l'origine gantoise, réimprime, à Genève, au XVP siècle, les Psaumes de David, d'après l'édition de Baie, 1526; nous trouvons dans cette dernière ville, de 1561 à 1582, Thomas Guarin de Tournai. Enfin, en Autriche, l'imprimeur de l'Université de Vienne, au XVIP siècle, est un Belge, Jean Van Ghelen,
J'ai rintention de refaire un jour le travail que P.-C. Vander Meersch a consacré, en 1856, aux imprimeurs belges établis à l'étranger, et que la mort de ce savant modeste et laborieux a malheureusement laissé inachevé * . Aussi n'ai-je pas à développer ici ce sujet. Il m'a seulement paru indispensable de montrer que nous n'étions point en présence d'un phénomène extraordinaire et isolé, au début de cette étude sur la vie et les travaux d'un Belge qui a eu la gloire d'être le premier imprimeur de deux villes italiennes. Les quelques indications que j'ai données et qui sont loin d'être complètes, permettent d'apprécier la grandeur et l'importance du rôle joué par nos compatriotes dans l'histoire de l'imprimerie ; elles font voir que la présente étude n*est qu'un paragraphe d'un des plus beaux chapitres de notre histoire littéraire.
Jusqu'il y a une douzaine d'années, on ne connaissait sur Antonius Mathias que les renseignements donnés par P.-C. Vander Meersch, en 1856 *. On savait qu'il était né à Anvers, qu'il avait exercé l'art typographique à Mondovi^ de 1472 à 1473, avec un associé du nom de Balthazar Cor-
* P.-C. Vàndeb Meersch. Recherches sur la vie ei les travaux des imprimeurs belges et néerlandais établis à V étranger, et sur la part qu'ils ont prise à la régénération littéraire de VEurope au XF« siècle; précédées d'une introduction historique sur la découverte de l'imprimerie et sur la propagation de cet art en Belgique et en Hollande, T. I [seul paru]. Gand, 1856; in-S».
La première édition de cet ouvrage a paru en livraisons : Qand, 1844-1850 ; 10 fascicules in-8<^ (Extr. du Messager des sciences historiques de Belgique),
2 F,-C. Yàndbb Mbebsoh, ouvr. cité, pp. 358-366,
dero, et qu'il y avait édité deux ouvrages qui sont les premières impressions mondovistes. En 1877, un érudit italien, M"" Marcello Staglieno, donna, dans les Atii délia Società Ligure di Storia Patria * une dissertation Sui Primordi delVArte délia Stampa in Genova, qui éclaira d'un jour nouveau la biographie de Mathias. Mais ce travail échappa à l'attention des savants belges*.
Il m'a donc semblé qu'il ne serait pas inutile de consacrer quelques pages à notre compatriote. J'ai utilisé les documents publiés par M"" Staglieno, et les indications qu'a bien voulu me fournir M*" Oderda Luca, de Mondovi. Je suis heureux de renouveler ici mes remercîments à M*" Oderda Luca ainsi qu'aux syndics de Mondovi et de Gênes, qui ont satisfait, avec une obligeance extrême, aux demandes de renseignements que je leur ai adressées.
Au commencement de l'année 1471, Antonius Mathias^ y d'Anvers, arriva à Gênes avec un autre imprimeur appelé Lamberhis quondam Laurencii,
* Vol. IX, fasc. ni. Cette dissertation a été tirée à part : Gênes, typogr. de l'Institut royal des Sourds-Muets, 1877; in-8<>, 38 pp.
* Quand M^ Alphonse De Decker publia, en 1881, ses recherches sur les imprimeurs anversois établis à l'étranger, il ne fit, pour Mathias, que recopier les notes de Vander Meersch.
' Le premier acte où se rencontre son nom, l'appelle Antonius quondam Ser Andrée Matie de Antuiterpia, Antoine, fils de feu Ser Andries Mathias d'Anvers. La particule Ser, forme flamande du mot sire, se rencontre devant beaucoup de noms belges, tels que Serclaes, Sersanders, etc.; elle doit indiquer une famille distinguée. Quant à Matie on Mathiœ, c'est une forme latinisée de Matthijs ou Matthifssen; ce nom indique que le grand-père d' Antonius s'appelait Mathias. Nous avons conservé la forme Mathicuf, sous laquelle notre imprimeur a été désigné jusqu'à présent.
c'est-à-dire Lambert fils de Laurent ou Laurenszoon, de Delft*. D'où il venait, c'est ce que l'on ignore absolument. Tout au plus peut-on conjecturer qu'il avait appris son art en Allemagne, et qu'il y était devenu assez habile pour prendre le titre de magister impressoriœ artis. Les deux étrangers se proposaient d'introduire l'imprimerie à Gênes. Conune ils avaient besoin de secours pécuniaires pour réaliser leur projet, ils s'adressèrent à trois docteurs en droit, Francesco Marchese, Luca Grimaldi et Francesco Pammoleo, avec lesquels ils formèrent, le 20 février 1471, une société. Voici les principales stipulations du contrat qui fut dressé, à cette occasion, devant le notaire Lorenzo de Costa :
Les trois jurisconsultes promettent de donner aux imprimeurs 50 ducats d'or, somme qu'ils pourront augmenter, s'ils le jugent nécessaire, pour leur permettre d'exercer leur art et subvenir à leur entretien : in arte de qua infra dicetur convertendis per dictos Lambertum et Antonium in artiz ficiis necessaris in arte impressure litterarum et seu in victu et vestitu ipsorum Lamberti et Antonii, et aliis expensis pro dicta arte facienda necessariis, judicio et arbitrio ipsorum Lamberti et Antonii. De leur côté, Laurenszoon et Mathias s'engagent à imprimer les ouvrages désignés par les docteurs, pendant les trois années que doit durer la
* Ce Lambert Laurenszoon, de Delfk, inconnu des bibliographes, mériterait de faire l'objet de quelques recherches; il imprimait à Gênes en 1472, comme on va le voir, c'est-à-dire cinq ans avant que l'imprimerie fût pratiquée dans sa ville natale.
société, et, en outre, pendant tout le temps qu'ils resteront à Gênes : Versavice dicti Lambertus et Antonius,.. promisserunt et solvere convenerunt prefatis dominis Francisco^ Luce et Francisco presentibus et acceptantibus cum eorum personis et industria ac artificio, bene fideliter et diligenter laborare in artificio impressure litterarum et ea opéra exemplare seu imprimere seu libros et volumina cuiuscumque facultatis videbitur dictis dominis Francisco et sotiis magis expendire ad utilitatum dicte societatis, et in dicto artificio ac societate perseverare per et usque ad annos très proxime venturos, et ultra per tantum tempus quantum dicti Lambertus et Antonius steterint in dicta civitate Janue et districtu, et diligenter solicite ac fideliter se exercere in dicta arte ad comodum et utilitatem dicte societatis. Après que les débours auront été prélevés sur le produit de la vente des livres, il devra être attribué, sur chaque centaine d'exemplaires, sept exemplaires aux jurisconsultes; le restant appartiendra aux éditeurs qui pourront en disposer à leur gré : declarato semper quod de quibuscumque centum voluminibus scribendis vel imprimendis per dictos Lambertum et Antonium^ deduci debeant prius pecunie que tune tempus exbursate fuerunt per dictos dominos Franciscum, Lucam et Franciscum, et facta dicta dedutione et restitucione.,,, de residuo fiât divisio sub hac forma, videlicet quod de quibuscumque centum voluminibus.,. septu7n volumina spectent et pertineant ad dictos dominos Franciscum, Lucam et Franciscum, et quemlibet ipsorum pro tertia parte, residuum vero spectet etpertineal ad dictos Lamber^
tum et Antonium, qui de dicto residuo disponere possint pro eorum libito et voluntate^ et similiter fieri debeat pro rato de pluri et majori quantitate quam de cetera imprimi continget. Il est défendu aux imprimeurs de prendre un autre associé, sans l'assentiment des docteurs, ainsi que de travailler dans une autre ville : item acto... quod dicti Lambertus et Antonius non possint neque valeant in dicta arte recipere aliquem alium sotium, vel cum alia persona aliqua alia pacta facere ocaœione dicte artiSy absqiie consensu dictorum dominorum Francisciy Luce et Frandsci nec durante dicto termina possint ad alia loca se tr ans ferre ad labarandum.
Les imprimeurs se mirent à l'œuvre ; mais la somme de 50 ducats, sur laquelle ils avaient reçu une avance de 24 ducats, dès le jour du contrat, parut bientôt insufi&sante. Le 8 juillet, les trois docteurs s'engagèrent à fournir les fonds supplémentaires; en échange, leur part était portée de sept à dix volumes. C'est ainsi qu'une année après la constitution de la société , Francesco Marchese se trouvait avoir déboursé 348 livres et 16 sous, Luca Grimaldi 341 livres 15 sous et 8 deniers, et Francesco Pammoleo 278 livres: soit, en tout, 968 livres, 11 sous et 8 deniers, somme considérable pour l'époque, comme le fait remarquer M'^ Staglieno. Cette somme fut remboursée peu à peu, probablement sur le produit de la vente des livres; nous possédons deux actes dç\ 16 juin 1472 relatifs à cet objet. Dans l'un d'eux, Lambert Laurenszoon promet de payer, dans les six mois, le» 22 ducats qu'il doit encore aux docteurs, et
pour 14 desquels le boucher Lazzarino Chicherio se porte garant, à la demande de Balthazar Cordero, de Mondovi. Dans le second acte, il déclare remettre à Francesco Marchese, en garantie du payement, pacca sex replarum in papiro et tria volumina dite cremesis in carta, c'est-à-dire six paquets de papier (?) et trois volumes en feuilles; il s'engage en outre à acquitter le loyer de la maison où l'atelier est installé, entre les mains des propriétaires, Carlo Impériale et Luca Sacco.
Nous avons un témoignage certain de l'activité de Laurenszoon et de Mathias dans un acte du 22 février 1472, par lequel Laurenszoon se reconnaît débiteur des trois docteurs, tant en son nom qu'en celui de Mathias. Il leur promet de les rembourser et leur annonce, à cette occasion, que Mathias va leur rendre un compte fidèle de l'état des affaires sociales, notamment du produit de la vente des livres qu'ils ont envoyés à Naples, en Lombardie et ailleurs : reddetur bona, vera et legalis ratio cum reliquatits restitutione, tam de libris transmissis in Lombardiam ac alio, quant Neapolim, eœ libris per eos impressis. Ce texte, absolument clair, montre d'une manière péremptoire que l'imprimerie fonctionnait régulièrement à Gênes, en 1471-1472. n renverse la thèse des bibliographes antérieurs qui attribuaient tous à Mathias Moravus, d'Olmutz, l'honneur d'avoir introduit, en 1473, l'art typographique à Gênes, et il restitue le mérite de cette introduction à Antonius Mathias et à Lambert Laurenszoon.
Aucune de leurs impressions n'a été retrouvée.
mais il n'en est pas moins établi qu'ils faisaient rouler leurs presses à Gênes avant Mathias Moravus, et aussi avant que l'imprimerie fût connue dans leur patrie, tout comme le flamand Gérard de Lisa, à Trévise, et Arnold de Bruxelles, à Naples.
L'association cessa pourtant avant le terme fixé , car le 20 juin 1472, Lambert Laurenszoon vendit à Balthazar Cordero la moitié qui lui revenait dans le matériel de l'imprimerie, pour la somme de 35 ducats d'or; Cordero devait, de plus, rembourser aux docteurs les 22 ducats dont Laurenszoon était débiteur, et acquitter d'autres menues dettes de ce dernier. Laurenszoon, en cédant sa part du matériel, s'engageait à ne plus exercer l'art typographique et à ne l'apprendre à qui que ce soit : sponte et ex certa scientia promissit et soientniter convertit dicto Baldasari,.. dictam artem impressure litterarum nullo unquam tempore in aligna mundi parte exercere, seu eœerceri facere, eamque neminem edocere in totum seu pro aligna parle.
On a cru, à tort, que Balthazar Cordero était Français ; il était né à Mondovi ; son père s'appelait Biaise et appartenait à une des familles les plus distingués de cette ville, où un Nicolas Cordero remplissait, en 1383, les fonctions de syndic. Au moment de la conclusion du contrat du 20 juin 1472, Balthazar avait atteint sa vingt-cinquième année ; c'est le seul renseignement que nous possédions sur son âge.
Deux jours après, le 22 juin, une nouvelle société se forma entre Antonius Mathias et Bal-
thazar Cordero, aux conditions suivantes : Cordero versera 71 ducats d'or et fournira à tous les frais de l'exploitation pendant la durée de l'association, fixée à quatre ans. Les bénéfices se partageront par moitié entre les deux associés, après, toutefois, que les débours de Cordero auront été prélevés. Mathias exercera son art avec Cordero, en tout lieu qu'ils choisiront de commun accord; il l'apprendra, en outre, à Jean- Thomas, frère de Cordero, de manière que ce dernier puisse, au bout des quatre années, pratiquer pour son compte : versavice dictus Antonius, acceptans predicta omnia.,,, promisit dictam artem impressure litterarum in societate dicti Balthasaris et cum eo, ac in quocumque loco ellegerint ipsi Balthasar et Anthonius, /acere et m ea se exercer e, et ultra infra dictos annos quatuor, dictam artem intègre edocere et instruere Johannem Thomam Corderium, fratrem dicti Balthasaris, adeo quod dictus Johannes Thomas ^ elapsis dictis annis quatuor, possit et sciât a seipso dictam artem facere, nisi processerit deffectu dicti Johannis Thome, Pendant le temps de son apprentissage, Jean-Thomas sera nourri et vêtu aux frais de la société, mais il ne lui sera pas permis d'enseigner à un autre l'art typographique avant l'expiration des quatre années. Le matériel et toutes les acquisitions faites pendant la durée de la société deviendront la propriété, pour moitié, de chacun des associés, qui ne pourront en demander la division que de commun accord. Une clause à noter, parce qu'elle est bien conforme aux habitudes des premiers
typographes, est celle par laquelle Mathias et Jean-Thomas Cordero s'obligent à garder leur art secret : acto... quod omnia sécréta dicte artis usque ad dictos annos quatuor proximos remanere et stare deheant pênes dictos Antonium et Johannem Thomam et non pênes alios. Afin de garder mieux encore le secret, tout différend devait être réglé par un arbitrage confié à deux amis.
Sur ces entrefaites se déclara, à Gênes, une violente épidémie. Cordero persuada à Mathias de se réfugier à Mondovi et d'y emporter les presses et les caractères, afin d'imprimer dans cette cité, jusqu'à ce que la fin de la peste lui permit de retourner à Gênes. Ils se transportèrent, en fait, à Mondovi, s'y établirent à l'endroit nommé Piano délia valle, et y publièrent successivement la Suynma confessionum de l'archevêque de Florence saint Antonin, et les Satires de Juvénal suivies des Héroïdes d'Ovide *.
Voici la description de ces ouvrages, d'après les exemplaires appartenant à la Bibliothèque nationale, de Paris * :
1. [Anthonini de Institutione confessorum sive Samma confessionum]. Mondovi, Antonius Mathias et Balthazar Cordero, 1472.
* Dans sa Biblioteca istorica délia antica e nicova Italia (Imola, 1886-1887), M' Carlo Lozzi cite une dissertation d'A. Dello Stesso : Deir unîversitày degli studi e délia tipografia a Mondovi (Mondovi, 1804). Nous regrettons de n'avoir pu rencontrer cet opuscule, fort rare d'ailleurs, qui fournit peut-être des renseignements sur Mathias.
2 Le De InstittUione confessorum se trouve encore à Turin, dans la hihliothèque du roi d'Italie, ainsi qu'à GrôuQS dans celle de l'Université et dans celle du marquis Marcello Durazzo. Du Juvénal-Ovide, nous ne connaissons que l'exemplaire de la Bibliothèque nationale.
— Iii-4°, 128 ff., à 27 lignes par page, lignes longues ; sans signatures, chiffres ni réclames. Car. rom. Initiales en couleur faites à la main.
F. 1, r* : Incipiunt rubrice faper traélatû de inftruéiione feu || direétione fîmplicium confefîbi;^.
F. 4, r° : C Incipit traéiatus uenerabilis pris fris Anthonini archi / || epifcopi florentini ordinis predicatorum de inftitutiôe confefîbrum.
F. 128, V* : Explicit sûma côfeffionû feu îterrogatoriû pro Hplicibus côfefforibus editû ab Archiepifcopo || flôrëtino uidelicet fratre Antonino ordïs predi / || catoij?. Finita ï môte fgali : âno dni. M, CCCC. || LXXII. die. xxiiii. menfis oétobris ||
Que genuit quondâ germana Antuuerpia potes Mathiae Antonius uirtute infignis & arte Baldafar & focius corderius omnia fupra Ytile opus cunétis finxerunt Antonianam Arte noua formse : quae correéliflîma certe Ordine cun(5ta fuo nos crimina noftra fateri Instruit : & lepram inter lepram nofcere quanq5. Hoc opus hoc noftrâ fie continet ecce salutë.
Vander Meersch attribue à Mathias et Cordero une autre édition du De institutione confessorum de saint Antonin, parue en 1472, sans nom de ville ni d'imprimeur, mais imprimée avec les mêmes caractères, pet. in-4°, 119 fif. non chiffrés, à 29 lignes par page *. Nous n'avons pu la rencontrer.
2. [Junii Juvenalis Satyrae. Ovidii Epistolœ Heroides]. Mondovi, Antonius Mathias et Balthazar Cordero, 1473. — In-4°, 136 £f., à 27 lignes par page, lignes longues ; sans signatures, chiflEres ni réclames. Car. rom.
F. 1. r^ : lunii luuenalis aquinatis fatira / || rura liber primus incipit.
^ P.-C. VAin>£B Meebsch, ouvr. cité, p. 854.
F. 72, V» : IVVENALIS Fœliciter Explicit || Dec. Gratias. Amen.
F. 73, r° : Incipit liber Ouidii epiftolai^?.
F. 136, r° : Explicit. Liber Ouidii epiftolai^?. || In monteregali : in piano ualis. {| Per Antoniû mathiœ quôdam {| Andrese : de Stuuerpia. Et Baldifalê || corderiûqj fociû. Anno Dni. M. {| GCCC. LXXIII. Die. xviii. Il menlis Februarii. : ...
Ces ouvrages rarissimes sont les premiers livres connus imprimés à Mondovi * . La troisième impression mondoviste, de date certaine, est due à Lorenzo Vivalda qui donna, en 1480, un Psautier avec les cantiques et les hymnes. Une souscription publique a permis de placer, sur une maison du Piano délia valle, une plaque de marbre portant : Qui la prima tipografia in Pie monte con edizione di data certa 1472 per Baldasare Corder o Mondovista. Il est regrettable que l'amour-propre de clocher ait fait omettre sur cette plaque le nom d'Antonius Mathias.
Des différends durent alors s'élever entre les deux associés, car Cordero, qui jouissait d'une grande influence à Mondovi, fit emprisonner Mathias et ne le délivra qu'après lui avoir extorqué de nouvelles conventions tout à son avantage. Aussitôt mis en liberté, Mathias, abandonnant le matériel, s'enfuit de Mondovi et retourna à Gênes.
^ Le filigrane du papier employé pour leur impression représente les lettres S et D, sur une tige, surmontées d'une couronne. Il est identique à celui dont M' C.-M. Briquet donne la reproduction, sous le B? 208, dans son ouvrage sur les Papiers et filigranes des archives de Gênes (Genève, 1888).
Mais Cordero l'y rejoignit et le fit de nouveau emprisonner. C'est alors que Mathias adressa à la Seigneurie, le 18 novembre 1473, une requête où il exposait la violence et la fraude dont Cordero s'était rendu coupable à son égard, et où il en demandait justice. Le vice-gouverneur de Gênes abandonna le jugement de l'affaire aux syndics de la ville ; nous n'en connaissons pas le résultat. Quoi qu'il en soit, Cordero quitta Gênes, car, selon Cibrario, il imprimait à Turin en 1474*. Mathias continua à travailler à Gênes , avec un de ses compatriotes, Henri d'Anvers, typographe inconnu des historiens et que je crois être le premier à signaler en Belgique. Dans une reconnaissance du 30 octobre 1473, Mathias se déclare, en effet, solidairement débiteur avec Henri d'Anvers, magister impressure litterarum, pour une somme de vingt ducats, de Martino dal Pozzo, de Milan, qu'il a eu à son service : Antonius quondam Andrée Mattie de Antuerpia sciens se et Enricum de Antuev'pia magistrum impressure litterarum, et quemlibet ipsoriim in solidum teneri et ohligatos esse magistro Martino de Puteo de Mediolano, de ducati viginti incirca occasione mutui et mercedis dicti Martini,,, Le 22 mars 1474, nous voyons encore Mathias prendre à son service Battista de Teri, de Florence, et se qualifier dans l'acte de magister impressure littei^arum in Janua,
Deux mois plus tard, Mathias n'a plus la force
* Auguste Dufoub et François Rabut, LHmprimerie, les imprù meurs et les libraires en Savoie^ du XV^ au XIX^ siècle (Chambéry, 1877), p. 16.
de résister aux difl&cultés de tout genre qu'il a rencontrées à Gênes : le 25 mai 1474, il vend ses presses, ses caractères et tout son matériel à un Allemand, Michel Scopus, d'Ulm, qui le revend lui-même, le 15 octobre suivant, à Martino dal Pozzo, qui avait été l'élève, sans doute, de Mathias. Dès lors, on perd la trace de notre compatriote.
Il est impossible cependant que Mathias, à moins de mourir immédiatement après son départ de Gênes, ait cessé complètement d'exercer un art si difficile et si peu pratiqué encore à cette époque. S'il m'est permis de hasarder une conjecture, je demanderai si Mathias ne s'est pas rendu en Espagne. De 1475 à 1478, en effet, un Belge faisait rouler ses presses à Saragosse et signait ses livres du nom de Matthœics Flander, c'est-à-dire Matthieu ou Mathias le flamand. Ses impressions consistent en deux ouvrages, dont je résume la description d'après Vander Meersch S n'ayant pu les rencontrer moi-même.
1. [Guidonis de Monte Rocherii Manipulas curatorum]. Caesar.- AugustdB, MathaBus Flander, 1475; in-fol., à longues lignes. Car. goth.; initiales faites à la main. Le volume se termine par deux fip. de table précédés de cette souscription : Ihiis.... Marie.... filins.... Clero et populo impressio perutilis utriusque opère aed Matthei Fland. industria felici termina clama est Aragofiensium regia in urbe César augmta XV octohris, anno salutis millesitno quadrigentesimo septuagesimo quinto.
2. [Benedictus de Pientinis liber de expositione vel declaratione Misse]. [Cœsar.-Augustse, per Mattheum Flandriœ], 1478; in-fol.,
* Ouvr. cité, 1" éd., pp. 193-206.
à deux colonnes; initiales faites à la main. 6 ff. non chiffré pour la table, et xciii ff. chiffrés suivis d^un f. avec cette souscription : César Auguste mis subordinationibus suaque manu porrecta adiutrice : Dei amore fecit imprimi sul) anno Dni Millesimo quadringentesimo septuagesiwo octavo die sexta décima junii.
Peut-être la comparaison attentive des deux éditions de Saragosse avec les ouvrages imprimés par Mathias à Mondovi permettrait-elle d'identifier l'imprimeur saragossais avec notre Antonius Mathias. Je n'ai malheureusement pu rencontrer jusqu'ici les deux ouvrages de Mathseus Flander ; et je le regrette d'autant plus que, si ma conjecture se trouvait être vraie, un Belge aurait eu la gloire d'être le premier imprimeur de Gênes, de Mondovi et de Saragosse. Ce fait honore assez notre patrie pour pousser les bibliographes à faire de nouvelles recherches dans ce sens.
JEAN VAN DOESBORGH,
Imprimeur anversois du commencement du XYI« siècle.
Le début du XVP siècle constitue une des époques les plus importantes de l'histoire littéraire des Pays- Bas; il mériterait de faire l'objet de recherches approfondies et de trouver un bibliographe spécial, qui suive l'exemple de Weller et nous donne une continuation des Annales de Campbell.
Anvers occupait alors une place prépondérante comme centre typographique; elle comptait des ateliers de la plus haute importance, tels que celui de Gérard Leeu * , dont les anciennes chroniques et les romans de chevalerie, ornés de nombreuses et intéressantes gravures sur bois, sont recherchés
i Cf. ma notice sur cet imprimeur dans la Biographie nationale^ t. XI (Bruxelles, 1890-1891), col. 642-645.
au même titre que les Vérard et les Caxton.
Parmi les confrères de Leeu, qui, comme lui, imprimèrent des ouvrages en langue anglaise, il faut citer Jean van Doesborgh, dont la personnalité, peu connue jusqu'à présent, vient de faire l'objet d'une étude très fouillée de la part d'un bibliographe d'outre-Manche , M^ Robert Proctor * . Comme cette luxueuse monographie est éditée à petit nombre pour la Bibliographical Society de Londres, je crois faire œuvre utile en en présentant aux lecteurs français un résumé, que j'ai pu enrichir de quelques données nouvelles.
Nous connaissons peu de choses au sujet de Jean van Doesborgh, dit M"^ Proctor. Comme l'indique son nom, il était natif d'une petite ville néerlandaise, située non loin d'Arnhem, au confluent de rOude et Nieuwe Yssel. S'étant rendu à Anvers pour se livrer à la carrière typographique, il y succéda à Roland Vanden Dorpe, le premier éditeur de la Cronike van Bradant, qui mourut en 1500, et dont la veuve ne continua l'ofi&cine que pendant un laps de temps fort court. Vanden Dorpe habitait, dans les derniers temps de sa vie, la maison dite de la Balance de fer {aen dijseren waghé)^ près de la Cammerpoorte, le quartier des imprimeurs. C'est là que nous trouvons Jean van Doesborgh établi, en 1508, avec l'outillage de son prédécesseur.
* Jan van Doesborgh^ printer ai Antwerp» An essay in bibliographe by Robert Proctor. Londres, Chiswick press (printed for the Bibliographical Society), décembre 1894. In-4<», viii-101 pp.; front., iKI pi. et 1 f. pour la marque de la Chiswick press.
La même année, il est inscrit sur les registres de la gilde de Saint-Luc comme enlumineur (verlichtere). Quoiqu'en ait dit Campbell, cette qualification n'est pas incompatible avec la profession d'imprimeur; d'ailleurs, M"" Proctor le démontre, plusieurs productions de Doesborgh sont antérieures à 1508.
Jean van Doesborgh a fait usage de deux types de caractères : le premier est semblable à ceux qu'employaient Jacques de Breda, Henri de Lettersnider, Roland Vanden Dorpe et Henri Eckert, au XV® siècle, et presque tous les imprimeurs du commencement du XVP siècle ; le second , que l'on ne rencontre que dans deux volumes, est plus petit.
Ses marques typographiques sont au nombre de trois : la première n'est autre chose que celle de Vanden Dorpe, représentant Roland sonnant du cor; la deuxième, variante du même sujet, est la vignette de la veuve de Vanden Dorpe ; la troisième, absolument propre à Jean van Doesborgh, représente une femme, avec la moitié de la figure blanche et l'autre noire, la Fortune (Avontuere), assise, les yeux bandés, entre le Bonheur (Gheluck) et le Malheur (Ongeluc), figurés sous la forme de ménestrels; au-dessous la devise grecque rvwSi aeavToVy plus ou moins défigurée.
Par l'étude attentive de ces marques et de leur variété, M^ Proctor est parvenu à fixer la chronologie des éditions non datées de Doesborgh. C'est ainsi que The fifteen Tokens, qui ont seuls la marque n^ I, sont probablement la première impression de notre typographe, et semblent remonter
à 1505; Va7t Pape Jans landende, seul orné de la vignette n"* II, doit être placé à sa suite, vers 1506, et le Vander Nieuwer werelt, qui ofire déjà la mention du gnotochyauton sous le dessin, pourrait être de 1507.
La première des éditions datées est le Reyse van Lissebone de 1508 ; la dernière est la Cronike van Bradant, imprimée en juin 1530. A partir de ce moment, on ne rencontre plus le nom de Jean van Doesborgh, à Anvers. Il est possible qu'il se soit rendu en Hollande : Ledeboer le cite à Utrecht, en 1540.
. Jean van Doesborgh eut des rapports avec Henri Eckert, à qui il prêta les bois de la chronique de Brabant et le saint Augustin du Dieren Palleys, D'autre part, Vorsterman et Nicolas de Grave ont copié de ses illustrations, du moins pour autant qu'elles lui appartiennent. On ne peut soutenir, en effet, qu'il fût scrupuleux dans le choix et l'emploi de son matériel : il acheta des bois à Anvers, en France et probablement en Allemagne — il est rarement possible d'établir que ses gravures ont été faites spécialement pour l'ouvrage où elles se rencontrent, — et il ne se gêne. point pour mettre. Jonas et la baleine là où il S'agit d'un navire dans le texte. Il ne faisait que suivre ainsi l'exemple de ses contemporains.
Les impressions de Jean van Doesborgh, au nombre d'une bonne trentaine, présentent un véritable intérêt, quoiqu'elles soient en général de peu d'étendue, à part la Cronike van Brabant. Elles appartiennent pour la plupart, à la catégorie
curieuse des livres populaires, et plusieurs oflfrent la particularité d'être des traductions anglaises. Deux de ces dernières, celles du Dieren palleys et une évaluation des monnaies d'or et d'argent, ont pour auteur Laurent Andrewe, de Calais, qui fut, après 1527, imprimeur et libraire à Londres, ce qui a fait supposer qu'Andrewe apprit son art chez Doesborgh. Ce dernier traduisit lui-même en anglais la version flamande de VArt de bien mourir, mais cette œuvre dénote une déplorable ignorance de la langue, de même que la version des New lands. Il reste encore à découvrir la personnalité du traducteur des autres ouvrages anglais imprimés par notre typographe, tels que le Par son of Kalenhorowe, parfois attribué, mais sans preuves, à Richard Arnold.
Voici d'ailleurs, la liste complète des impressions de Jean van Doesborgh, telle qu'elle a été établie par M"^ Proctor, dont je résume les consciencieuses descriptions, en y ajoutant les détails que j'ai pu trouver personnellement :