AU BOIS DE GHLIN
• Près des frais taillis, sous l'ombrage, Victor à Louise caitsait;
Parfois dans le sombre feuiUage Un gros baiser retentissait.
L'amant, fort tendre et fort volage.
A Vùix très-basse prùnonçait Maint mot d'amoitr qui s'élançait
Comme un céleste et pur langage
Celait— je crois — au bois de Qhlin, Et Cupidon, farceur malin.
Distinguait tout mieux qu'une taupe; Aux » Je t'aime « qu'on entendit»
Une voix fine répondit :
« Victor, faut nié descleffer m* raupe !...
C'est-à-dire, en français, il ne feut pas abîmer ma robe. Cest bien naturel.
Voici maintenant une réclame très- bien faîte, donnée dans le Figaro du }^^ septembre, en faveur d'un de ses bons rédacteurs, M. Emile Zola, qui vient de publier un petit roman intitulé: V Assommoir. — « Ce n'est plus du réalisme, s'écrie le Figaro d'un ton indigné, c'est de la malpropreté ; ce n'est plus de la crudité, c'est de la pornographie 1 » Et il s'empresse d'étaler aux yeux du public les endroits les plus malpropres de cette pornographie. Puisque le Figaro fait cela dans l'intérêt des bonnes mœurs et avec l'approbation des autorités compétentes, nous pensons pouvoir sans difficulté reproduire lesdits passages. Les voici donc textuellement :
« Gervaise a pour mari un nommé Coupeau, un zingueur qui s'enivre trois fois par semaine. Après l'avoir pris en grippe, Gervaise cherche l'occasion de se distraire avec un voisin, nommé Lantier. Ses réflexions à l'égard de son mari et ses capitulations de conscience sont écrites dans une langue qui aurait besoin du secours d'une forte blanchisseuse.
« Bien sûr, Coupeau pouvait se démolir un membre, tomber sous une voiture et y rester : elle serait joliment débarrassée, elle se défendait de garder dans
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le cœur la moindre amiûé pour un sale personnage de cette tspèce. Mais, à la fin, c'était agaçant de toujours se demander s'il ne rentrerait pas. Et, lorsqu'on alluma le gaz, comme Lantier lui parlait de nouveau du café-concert, elle accepta. Après tout, elle se trouvait trop bête de refuser un plaisir, lorsque son mari, depuis trois jours, menait une vie de polichinelle. Puisqu'il ne rentrait pas, elle aussi allait sortir. La cambuse brûlerait, si elle voulait. Elle aurait fichu en personne le feu au baj(ar, tant t embêtement de la vie commençait à lui monter au ne^. »
c< Gervaise se décide; elle va aller au café-concert avec Lantier, mais avant de sortir, elle recommande son mari à une voisine.
« Elle s'en alla par la porte de la cour et donna la clef à M"» Boche, en lui disant que si son cochon revenait^ elle eût l'obligeance de le coucher. »
« Lantier et Gervaise reviennent du café-concert. Poétique narration de ce retour :
(( Lantief et Gervaise passèrent une très -agréable soirée au café-concert. A onze heures, lorsqu'on ferma les portes, ils revinrent en se baladant, sans se presser. Le froid piquait un peu, le monde se retirait par bandes ; il y avait des filles qui crevaient de rire sous les arbres dans l'ombre, parce que des hommes rigolaient de trop près avec elles, sans doute, Lantier chantait entre ses dents une des chansons de mademoiselle Amanda : C'est dans Vne^ qu'ça me chatouille. Gervaise, étourdie, comme grise, reprenait le refrain. Elle avait eu très-chaud. Puis, les deux consommations qu'elle avait bues lui tournaient le cœur, avec la fumée des pipes et ro(jeur de toute cette société entassée. Mais elle emportait sur-
tout une vive impression de mademoiselle Amanda. »
« Lantier reconduit Gervaise chez elle. En rentrant dans sa chambre, elle trouve son mari couché.
« Ici, nous prions le public de nous excuser, quoiqu'il n'y ait pas de notre faute, si nos citations lui causent des nausées. D'ailleurs, nous ne soulignerons plus. Nous voudrions atténuer au contraire.
« Cou peau est revenu, malade, excessivement malade. Lantier et Gervaise s'en aperçoivent :
« En effet, ça puait ferme. Gervaise, qui cherchait des allumettes, marchait dans du mouillé. Lorsqu'elle fut parvenue à allumer une bougie, ils eurent devant eux un joli spectacle. Coupeau avait rendu tripes et boyaux; il y en avait plein la chambre; le lit en était emplâtre, le tapiç également, et jusqu'à la commode qui se trouvait éclaboussée. Avec ça, Coupeau, tombé du lit où Poisson devait l'avoir jeté, ronflait là-dedans, au milieu de son ordure. Il s'y étalait, vautré comme un porc, une joue barbouillée, soufflant son haleine empestée par sa bouche ouverte, balayant de ses cheveux déjà gris la mare ignoble élargie autour de sa ' tête.
c< — Oh I le cochon 1 le cochon I répétait Gervaise, indignée, exaspérée. Il a tout sali... Non, un chien n'aurait pas fait ça, un chien crevé est plus propre. »
c< Pleine de dégoût, Gervaise finit par écouter les propositions du galant Lantier. Mais ne les citons pas ; il n'y a pas de ciseaux assez osés pour découper les détails de cette séduction d'un chapelier sur une blanchisseuse. Tout cela est odieux, répugnant. M. Zola a l'air de l'avoir fait exprès.
« Gervaise, d'abord bourrelée de remords, finit par accepter sa situation.
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« Ses paresses ramollissaient, son besoin d'être heureuse lui faisait tirer tout le bonheur possible de ses embêtements. Elle était complaisante pour elle et pour les autres, tâchait uniquement d'arranger les choses de façon que personne n'eût trop d'ennui. N'est-ce pas î pourvu que son mari et son amant fussent contents, que la maison allât son petit train-train régulier, qu'on rigolât du matin au soir, tous gras, tous satisfaits de la vie, etc. »
« Suivent plusieurs alinéas sur les raisons que donne Gervaise pour excuser sa faute.
* <c Elle avait pour mari un soulard, un saligaud. Puis tout le quartier en faisait autant, la femme de l'épicier avait pour amant un grand baveux qu'on n'aurait pas ramassé sur une pelle. Cette épicière s'appelle d un nom cher au père Duchesne et qui n'a pas de rime dans le dictionnaire. Pourquoi M. Zola a-t-il éprouvé le besoin de rendre sales les noms propres eux-mêmes î
« Enfin, disait Gervaise, le quartier est pourri. La cochonnerie (ici un verbe atroce) partout, »
te Aussi l'ouvrage s'en ressent-il. Gervaise va chez une de ses pratiques qui lui fait des reproches :
« — Ah I vous perdez joliment la main. On ne peut plus vous faire des compliments tous les jours... Oui, vous salopez, vous cochonnez l'ouvrage, à cette heure... La crasse y est, vous l'avez étalée simplement. Merci 1 si le linge n'est même plus propre. »
ce Bientôt toutes les pratiques quittent Gervaise. Elle s'en moque. Le récit qui suit a l'air d'une véritable gageure :
ce Maintenant Gervaise se moquait de tout. Elle avait un geste vague de la main pour envoyer coucher
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le monde. Les autres pratiques se fâchaient et portaient leur linge ailleurs. On finit par se lasser de réclamer une paire de bas pendant trois semaines et de remettre des chemises avec les taches de graisse de l'autre dimanche. Gervaise, sans perdre un coup de dents, leur criait bon voyage, les arrangeait d'une propre manière, en se disant joliment contente de ne plus avoir à fouiller dans leur infection. Ah bien 1 tout le quartier pouvait la lâcher, ça la débarrasserait d'un beau tas d'ordures : puis ça serait toujours de l'ouvrage de moins. En attendant, elle gardait seulement les mauvaises payes, les rouleuses, les femmes comme M"« Gaudon, dont pas une blanchisseuse de la rue Neuve ne voulait laver le linge, tant il puait. La boutique était perdue. Enfin, un plongeon complet. Ça sentait la ruine. »
« Tout cela ne fait rien à Gervaise, qui s'en battait rceil. On va plus loin, on fait des scènes à Gervaise. Les clients gueulent après elle :
<c Bien sûr, de pareilles scènes la laissaient tremblante ; seulement, elle se secouait comme un chien battu, et c'était fini, elle n'en dînait pas plus mal le soir. En voilà des insolents qui l'embêtaient 1 »
c< Quant à Coupeau, le mari, il prend les choses avec philosophie. Nous quittons le style malsain pour le style répugnant et grossier. On pourrait croire que M. Zola a été très-malade, en écrivant ceci :
€( Coupeau, dans le quartier, disait que Lantier était un ami, un vrai. On pouvait baver sur leur compte, lui savait ce qu'il savait, se fichait du bavardage, du moment où il avait l'honnêteté de son côté. Quand ils sortaient tous les trois, le dimanche, il
obligeait sa femme et le chapelier à marcher devant lui, bras dessus, bras dessous, histoire de crâner dans la rue; et il regardait les gens, tout prêt à leur administrer un va-te-laver, s'ils s'étaient permis une rigolade. Sans doute, il trouvait Lantier un peu fiérot, Taccusait de faire sa Sophie devant le vitriol, le blaguait parce qu'il savait lire et qu'il parlait comme un avocat. Mais, à part ça, il le déclarait un bougre à poils. On n'en aurait pas trouvé deux aussi solides dans La Chapelle. Enfin, ils se comprenaient, ils étaient bâtis l'un pour l'autre. L'amitié avec un horeme, c'est plus solide que l'amour avec une femme. »
Le Figaro termine enfin sa réclame par quelques citations relatives à la politique, mais de celles-là nous vous ferons grâce.
L'Événement nous a donné une liste assez curieuse des dames de théâtre qui, depuis le temps de Louis XIV jusqu'aujourd'hui, ont fait de riches mariages, contracté de nobles hymens. La voici: «( 16S4. — MU* Roland, danseuse : marquise de Saint-
Génies.
1707. — La Famchon Moreau, cantatrice : marquise
de Villiers.
1723. — QyiNAULT-DuFRESNB, dauseuse : duchesse
de Nevers.
1742. — La Grognbt, danseuse : marquise d'Argîns. 1752. — La Rosaly, choriste : présidente Massen de
la Maison-Rouge.
1753.— LaDefresnb, figurante : marquise de Fleury. 1755. — La Sulivant, figurante : lady Crawford. 1760. — La Lbduc, figurante: veuve du marquis de
Tourvoy, 4pouse en secret le comte de Clermont, prince du sang.
1761. — La Grandpré, figurante : marquise de Senneville.
1762. — La Lbmaure, cantatrice: baronne de Montbniel.
1763. — La Liancourt, figurante: baronne d'Au-
1765. — Rem, figurante, épouse Lenormant d'Etaples, veuf de la Pompadour.
1765. — Chou -Chou, figurante: présidente de Meinières.
1766. — La Mazanelli, figurante: marquise de Saint-Chamont.
1768. — Charlotte, figurante : comtesse dHérou-
ville.
1771. — La MARQ.UI8B, figurante : marquise de Vil-
lemombie.
1778. — Levassbur (Rosalie), cantatrice: baronne
du Saint- Empire, devint, en 1790, comtesse de
Mercy-d'Ai^enteau.
1784. — La Clairon, cantatrice: comtesse d'Ans-
pach.
1790. — Clairval (dite Guignon)^ cantatrice : présidente Campistron-Malibran.
1825. — AuGusTA MéNÉTRiBR, coiyphée: marquise
de Cussy.
1830. — La Sontag, cantatrice : comtesse Rossi. 1832. — M ARiBTAGU0Ni7danseu8e: comtesse Gilbert
des Voisins.
1846. — La Sota, danseuse: épouse un frère du roi
d'Espagne.
• 1847. — Lola Montés, danseuse : 6eiite comtesse de n 17
194 BÉLANGES > fcJL-
Lansfeldt après un mariage morganatique avec le
roi Louis de Bavière.
1848. — Maria, danseuse : baronne d'Henneville. 1853. ~" Alboni, cantatrice : comtesse Pepoli. 1853. — Adélaïde Ristori : marquise del Grillo.
1853. — DuMiLATRB ainée : comtesse Clarke dei CastiUo.
1854. — Thérèse EssLER, danseuse: épouse le frère du roi de Prusse.
1854. — Sophie Cruvblu : baronne Vigier.
1868. — Adblina Patti : marquise de Caux.
1870. — Fanny Esslbr: épouse don Fernando, père
du roi de Portugal.
La Catalani, cantatrice, devenue marquise de Valabrègue.
La Naldi, cantatrice, qui épousa, vers 1830, le général de division comte de Sparre.
La GRisi,qui accorda sa main à M. Gérard de Melci, dont elle se sépara quelques années plus tard.
M'*« Waldman clôt cette liste brillante; cette excellente cantatrice du Théâtre -Italien, va terminer sa carrière artistique par un riche mariage. Elle va épouser le comte Massari de Ferrare. »
V Evénement donne aussi (31 juillet), d'après des renseignements puisés à la grande chancellerie, la liste complète des femmes qui ont été décorées de Tordre de la Légion d'honneur:
tt En 1853 :
ce 10 M''<» Rendu, en religion sœur Rosalie, supérieure des sœurs de Saint- Vincent de Paul ;
c< 2» M<»« Abicot, femme du maire de la commune d'Oison (Cher), pour avoir défendu la mairie contre plusieurs hommes armés ;
« 30 M"« Dusouillet, en religion sœur Sainte- Hélène, supérieure de l'hospice de Jouarre (Seine-et- Marne) ;
c< 40 M"« Chagny, en religion sœur Barbe, supérieure de rhôpital de la Grave, à Toulouse ;
« 50 M"® Massin, en religion sœur Jeanne- Claire, supérieure des Filles de la Charité, à Compiègne.
<c En 1865 :
« 60 M'*« Rosalie, dite Rosa Bonheur, peintre.
<c En 1875:
ce 'f Sœur Perrin, à Toulouse, en récompense de son dévouement pour les inondés.
« 80 M"»» Lefèvre, en religion sœur Onésime, supérieure des sœurs de Saint- Joseph de Cluny,à la Martinique.
« Sur ces huit femmes, deux seulement appartiennent à la société civile, où, quoique puissent en penser les cléricaux, on trouve encore de grands et superbes dévouements qui méritent d'être récompensés. »
Malgré ces belles récompenses de croix d'honneur, c'est peut-être en France où les femmes sont véritablement le plus esclaves, le plus méprisées et par conséquent le plus timides.
Un ouvrage qui vient de paraître à Londres et qui a pour titre : Les Femmes sous le règne de la reine Victoria, nous apprend qu'il existe à Londres 1,077 femines exerçant le métier de libraires; 7,557 celui de relieurs ; 741 celui d'imprimeurs ; 741 celui de vendeurs et de colporteurs de journaux ; 135 sont bibliothécaires. En outre, en Angleterre, en dehors de ces 10,241 femmes, on compte 355 femmes auteurs. — Mais, le pays où les femmes sont le plus
estimées et aussi le plus avancées est encore FAmélîque. Voici un article d'un correspondant des Droits de l'Homme qui suffirait à le démontrer :
New- York, 26 juin 1876.
« L'Amérique, vous le savez, est la terre promise des femmes. Nous commençons à les énianciper politiquement. Moralement et civilement, elles sont libres depuis longtemps.
« Je ne suis ni un bloomeriste rêvant la culotte aux femmes et le jupon aux hommes, quoiqu'après Sedan..., mais passons; ni ne suis pas davantage partisan du concile de Mâcon, lequel, si j'ai bonne mémoire, discutait sérieusement si la femme appartenait à l'espèce humaine.
a 11 n'y a que l'Eglise pour avoir de ces audaces. Il n y a qu'elle pour béatifier et diviniser en 1^76 ce qu'elle bestialisait plusieurs siècles auparavant. Mais, comme elle est infaillible, il n'y a rien à dire. Il est clair que les Pères de Mâcon sont d'accord avec ceux de notre temps, quoique disant tout le contraire, puisque tous deux sont infaillibles. Galimatias double.
(c Sans donc appartenir aux extrêmes, je ne puis m'empôcher, en visitant l'Exposition des femmes à Philadelphie, de trouver que la femme n'occupe pas dans la société la place qui lui appartient, et d'être reconnaissant envers ma grande République, qui, d'une manière pratique et non par de vaines déclamations, a fait du relèvement de la femme un fait et non une utopie.
« Visitons l'exposition des femmes.
« Il y a trois ans, alors que le congrès votait l'Exposition centenaire universelle de Philadelphie,
il faisait appel au dévouement des femmes américaines, spécialement celles de Philadelphie, pour venir en aide à la commission de l'Exposition. Le congrès, comme l'Eglise, savait que, si l'homme règne, la femme gouverne.
c< Son appel fut entendu, et l'Union se couvrit de comités féminins. On organisa des cavalcades, des thés, des parties de toute nature, en un mot. On pratiqua sur une vaste échelle tous les genres d'extorsion connus, ayant pour but de faire passer l'argent de la poche à la caisse. Il est vrai que la majeure partie de cet argent fut dépensée en joyeusetés. Il en resta néanmoins assez pour faire construire le pavillon des femmes qui leur a coûté 165,000 francs. Il leur est même resté une soixantaine de mille francs en plus.
« L'exposition féminine à Philadelphie n'est pas exclusivement réservée aux femmes américaines ; le comité a fait appel à toutes les femmes du globe, et les premières qui ont répondu, c'est la reine d'Angleterre et ses filles ; la première a envoyé une nappe de lin filé par elle, et les secondes des broderies.
a La France des boulevards qui n'a ni reine, ni princesses, mais des Montijo de tout rang et à tout prix, n'a rien envoyé et ricanera en apprenant que les deux peuples les plus riches et les plus libres s'abaissent au point de s'intéresser aux travaux de la femme. L'Angleterre pourtant qui s'entend assez bien en aflfiaires, a jugé à propos de s'occuper très-sérieusement de la femme. Elle a fondé une école royale d ouvrages d'art à l'aiguille qui a envoyé d'excellents spécimens.
(c Les pays représentés à l'Exposition des femmes
1 gS UÉUMGES
sont, avec les Etats-Unis et TAngleterre, la Suède, la Norwége, le Canada^ le Japon. Ceux qui ne sont pas représentés, sont la France, la Belgique, TAutriche, Tltalie, TEspagne et la Russie.
« Une des choses qui tout d'abord attirent l'attention, c'est une grande boîte portant pour inscription : Materia medica, (Prière au correcteur de ne pas trop écorcher le latin). Cette boîte, qui contient une multitude de fioles étiquetées contenant des médicaments, est renvoi de la Faculté de médecine féminine de Pensylvanie, la première institution de cette espèce. Elle compte en ce moment soixante-dix aspirantes au doctorat.
« Non loin de cette boîte médicale, on voit exposée une collection de mâchoires ou parties de mâchoires artificielles. C'est l'exhibition de Mm«X..., artiste dentaire graduée du collège dentaire de Philadelphie. Un peu plus loin, nous trouvons des appareils électro -magnétiques envoyés par deux « médecines » de Philadelphie.
c< Si nous sortons de la médecine, nous voyons l'esprit tendre et pratique de la femme s'appliquer à soulager les animaux, ou à sauver des existences précieuses dans les sinistres maritimes.
c< Une dame expose une ombrelle à l'usage des animaux de trait. C'est une espèce de couverture en étoffe légère qui se tient partout à trois pouces audessus de la peau de l'animal. Notons en passant que l'Amérique est le premier pays où il existe une société protectrice des animaux, fondée par une femme. Une autre a inventé un matelas de sauvetage. Cest la paraphrase de l'appareil avec lequel Boyton traversa la Manche. Figurez- vous le bran-
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card usité sur les champs de bataille, deux bâtons et une toile les reliant parallèlement.
« Un système de signaux télégraphiques dû à une dame est placé par le gouvernement dans sa secdon spéciale.
a Je n'en finirais pas si je voulais m'arrêter devant chaque objet et le décrire, surtout dans l'innombrable variété des articles purement féminins ou d'un usage journalier domestique, tels que objets de table et de cuisine. J'ai pourtant remarqué une machine qui remplace la laveuse de vaisselle, une autre raccommode les gants et les chaussettes. Puis, c'est un système rationnel et mathématique pour la coupe des vêtements, etc., etc.
« Dans le département artistique, il est impossible de porter un jugement, la femme artiste, émancipée déjà, ayant, sans vergogne, passé du côté des dames à celui des hommes.
« Néanmoins, la sculpture sur bois a atteint sous la main de la femme une perfection que lui envieraient les ouvrages les mieux réussis de la Renaissance. Les bois sculptés de l'école de Cincinnati, sont simplement des chefs-d'œuvre, et des chefsd'œuvre accomplis par des enfants.
« Et ce qui doit sérieusement donner à réfléchir à Paris et surtout à l'école allemande, c'est que tout est fait d'après nature. Depuis le pétale de la fleur jusqu'à la griffe de la bête ou à la plume de l'oiseau, tout est sculpté sur nature. Rien de chic, de tradition d'école, ou même de reproduction.
« En résumé, l'exposition des femmes à Philadelphie, la première en son genre, est loin d'être complète et par&ite. Mais, si on la juge comme la
première étape de la femme dans la voie qui doit ramener à Tégalité sociale par Tégalité des fonctions, elle est très-remarquable. » « g. -p. jones. »
Après la femme industrielle, Aurélien Scholl, dans Y Evénement, nous entretient de la femme morale: mais celle-ci Teffraye beaucoup :
« Dans la convention des femmes tenue à Syracuse (Etats-Unb), et où ont brillé M°»«« Antoinette Brown, Julia Ward How, Livermore, Phœbé Haneford, et autres, M™« Croby, de New-York, a traité de la Femme dans le journalisme, et exprimé Topinion que tt le genre masculin est totalement impropre à remplir les hauts devoirs du journalisme. »
« Chères concitoyennes ! s'écrie l'une des dames de New- York, notre régénération sociale ne peut s'effectuer que par la résistance active et la résistance passive. La résistance active, c'est la presse; nous pouvons exprimer nos opinions sans danger pour nos personnes. Ne laissons échapper aucune circonstance, aucun de ces mille événements ordinaires de la vie où la tyrannie de nos maîtres se montre sous un jour odieux.
<( Mais n'oubliez pas que cette œuvre généreuse ne peut être une œuvre isolée, qu'elle réclame la combinaison de nos efforts. Qui pourrait nous disputer le succès ? Notre parti compte dans ses rangs la moitié de la population d'un pays...
ce Quant à la résistance passive, il est un principe absolu, c'est que, dans un Etat légalement constitué, ceux-là qui n'y sont pas représentés ne sont pas tenus à contribuer à ses charges.
« Chères concitoyennes 1 notre émancipation est dans nos mains, elle dépend de nous I »
ce Une chose certaine, c'est que les ressources de la société ne sont pas pondérées et distribuées comme elles devraient l'être. La protection porte sur des abus, et les revendications les plus justes ne trouvent que le dédain...
c< Cependant, si j'avais à répliquer à M"»« Croby, de New- York, je lui rappellerais l'histoire toute récente de mistress Parkinson.
« Cette dame, munie de ses brevets d'institutrice, fit annoncer l'année dernière, dans tous les journaux, qu'elle partirait en juin pour l'Europe avec une dizaine d'élèves. Le but du voyage était d'apprendre l'histoire, en visitant les sites rendus fameux par les événements qui s'y sont passés, d'étudier l'art dans les musées de l'Europe. Le prix de la pension pour le voyage était fort élevé et accessible seulement à de riches héritières.
M™« Parkinson s'embarqua un matin avec dix compagnes de 17 à 30 ans, blondes, au profil pur, à l'œil rêveur.
ce Elle parcourut successivement les Iles Britanniques, la Belgique, la Hollande, le Rhin, les Etats du Nord et du Sud de l'Allemagne, l'Autriche,* la Suisse, l'Italie, la Turquie ; le retour se faisait par la France.
ce A Londres, Miss Deborah S... se lia avec un officier de marine et refusa d'avancer.
ce A Bruxelles, miss Jenny N... s'amouracha d'un aimable Bruxellois et disparut avec lui.
ce Miss Edith W... et son amie, la charmante Julia Robinson, se fixèrent à Rome, la première avec un monsignor, la seconde avec un sculpteur.
ce Miss Augusta Simpson devint folle d'un officier autrichien.
«c BeUy Smith épousa Mastur-Pacha, qui n'avait encore que deux femmes légitimes.
« Anna Bofifens se fit enlever par un ténor de rOpéra- Comique, et Ketty Milns se voua à l'éducation d*un book-maker.
ce EInfin, la pauvre M*»® Parkinson, n'osant revenir seule à New-York, s'est décidée à ouvrir un cabinet de lecture au Havre.
<c Frailty-y thy nameis woman! »
« Les faits ci-dessus exposés suffisent, dit en terminant Aurélien Scholl, pour démontrer quelles seraient les conséquences de l'émancipation des femmes dans l'ordre social actuel.
ce Le nombre des enfants nés hors mariage dépasserait bien vite celui des enfents légitimes, et grèverait l'Etat d'une charge qu'il ne pourrait supporter.
ce La paternité de l'Etat deviendrait immense, universelle, et la famille individuelle disparaîtrait dans la famille publique. Les théories qui transformeraient le monde de fond en comble ne sont pas près d'être appliquées aux civilisations actuelles. On ne peut encore que les discuter pour les sociétés à venir. »
A cela, madame Croby répondrait bien facilement :
c< C'est précisément ce que nous fiedsons. Nous discutons afin d'arriver à une société meilleure. — Quant à la fragilité des femmes, celle des hommes est-elle donc moindre?
ce Qu'un monsieur... Parkinson, si vous Voulez, obtienne une dizaine de jeunes gens de familles riches ayant terminé leurs études, pour leur faire connaître de visu toutes les capitales de l'Europe, pensez-vous qu'aucun de ces Messieurs revienne
vierge au point de départ? — Vous auriez une singulière considération pour ce jeune homme ! — Donc les garçons ont le cœur aussi sensible que les filles ; mais, ne craignant pas de rapporter avec eux les produits de leur amour, ils n'ont pas besoin de se marier en route et peuvent, sans difficulté, revenir tous les dix à la maison paternelle. »
Fin de la deuxième llTraison.
AELE DES NVATIERES
jA;
PAOBB
Liste de livres a titres singuliers et bizarres i
Critique, analyses et extraits " d'ouvrages
INTÉRESSANTS ancîens et modernes .... 57
Le Nouveau Panurge, avec sa navigation, etc. »
L* Amour divisé, par le sieur Dalibray. ... 79
La Récolte ou tnoisson que Satan a faite, etc. 94
Vie de Scipion de ^cci, par de Potter . . • . m
Wieland 134
Paul-Louis Courier 149
Quelques erreurs des commentateurs du Moyen
DE PARVENIR l6o
MÈLAUGES. Analectes de la presse périodique . 169
MAY 1 1 193e