II
iSa MÉLANGES
« — Oh î la prochaine fois, je prendrai des garanties, et je ferai faire, par mes représentants ordinaires, une constitution qui liera si bien l'Etat qu*it ne pourra plus exécuter un seul mouvement sans ma permission.
<c Vous reconnaissez donc qu'il faut prendre des garanties contre TEtat, qu'il est nécessaire de le lier? Il est donc dangereux ?
a Qu'est-ce que c'est, alors, que cet Etat do/it vous ne pouvez, soi-disant, vous passer, et duquel vous devez toujours vous défier et vous défendre!
a Mais qui sera chargé d'appliquer ces lois contre l'Etat, chargé de vous protéger contre les empiètetements, l'omnipotence et la dictature de l'Etat? L'Etat naturellement, car si vous faisiez vos affaires vous-mêmes, l'Etat n'existerait plus.
« Alors vous dites à' la dictature : En vertu de tes pouvoirs dictatoriaux, c'est toi qui aura mission de te refréner, de te modérer et de te contrôler toi-même. Etat, je te confie le devoir de mettre l'Etat à la portion congrue î
« Cela vous paraît absurde? c'est pourtant là ce que vous recommencez tous les quinze ans, après chaque révolution.
« — Il faut bien un pouvoir central, une autorité suprême, pour faire appliquer et passer dans les lois les volontés du peuple souverain, — reprend le peu pie souverain. — Pourvu que je jouisse de toutes les libertés nécessaires, plus l'Etat sera fort, plus je serai fort moi-même, puisque l'Etat me représente.
« — Vous les avez déjà eues, toutes ces libertés, soit en droit, pendant la première révolution, soit en fait, pendant quelques mois ou quelques jours, après 1848
et le 4 septembre. Vous avez eu et pratiqué le droit de réunion et d'association, vous avez eu la liberté de la presse, vous avez eu, par la garde nationale, la nation armée, — et on vous a toujours retiré tout cela.
« Pourquoi ? — Parce que la liberté et la dictature ne peuvent coexister ensemble, qu'il y a antinomie absolue, qu'il faut que Tune supprime l'autre.
« L'Etat, à chaque fois, est venu dire : — Je ne puis plus gouverner, je ne suis plus le maître. Pour vivre, il me faut certaines conditions. Je suis menacé, je péris.
« Et il avait raison, il disait vrai. Aussi vos représentants, et vous-mêmes, imbus également de la religion de l'Etat, de l'idée de la nécessité de l'Etat, tous, vous avez répondu :
« — Reprends les libertés avec lesquelles tu ne peux fonctionner. Charge-toi de la Police, de la Défense, de la Justice, de l'Instruction, de l'Administration. Moi, je me réserve de te charger de tout. C'est en cela que consiste ma souveraineté.
« Vous espérez toujours que, grâce au progrès, il arrivera un moment où l'Etat sera occupé par des gens représentant exactement vos idées, et, alors, ce jour-là, la dictature de l'Etat, devenant, en fait, votre propre dictature, la question serait résolue.
« Détrompez vous. Si cet accord impossible devait jamais exister, il n'existerait pas plus de vingt-quatre heures, par cette bonne raison que vos représentants, devenus à leur tour l'Etat, auraient aussitôt les mêmes intérêts que l'Etat, et que l'intérêt de l'Etat étant le pouvoir et la centralisation, ou la dictature, et votre intérêt étant la liberté, ou l'autonomie, la scission et l'antagonisme se rétabliraient immédiatement par la seule force des choses.
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ex Cessez donc de chercher à combiner le feu et Teau, le droit du peuple et le droit de TEtat.
« La souveraineté du peuple s*appelle la Liberté. La souveraineté de 'FEtat s'appelle la Dictature. La première s'exprime par le groupement libre des autonomies naturelles. La seconde s'exprime par la centralisation et la compression uniforme sous le même niveau.
a L'une s'appelle YUnion, — c'est l'association.
a L'autre s'appelle VUnité^ — c'est la caserne. »
Maintenant que nous avons coulé à fond les questions de haute politique, occupons-nous un peu de littérature légère. La République des Lettres nous entretient d'un» série de poèmes inédits dûs à M. François Coppée. Nous ne résistons pas au plaisir de reprodufre ici quelques-uns de ces vers qui nous paraissent fort bien faits :
« Non, ce n'est pas en vous « un idéal » que j'aime,
Cesl vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-m4m£.
Telle Dieu vous a faite et telle je vous veux.
Et rien ne m'éblouit, m l'or de vos cîteveuœ,
Ni le feu sombre et doux de vos larges pruneOes,
Bien que ma passion ail pris sa source en elles.
Comms moi, vous devez avoir plu^ d'un défaut;
Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut.
Je ne poursuis pas là de chimère impossible,
AUez, mxiis seulement, si vous êtes sensible
Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré
Que j'ai conçu pour vous et que je garderai,
El si nous triomphons de ce qui nous sépare.
Le rêve, chère enfant, où mon esprit s'égare.
C'est d'avoir à toujours chérir et protéger
Vous, comme vous voilà, vous sans y rien changer.
Je vous sais le cœur bon, votw n'êtes point coquette ;
Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite.
Et le OMgrin qu'un jour vous me pourrez donner. J'y tiens pour la douceur de votts le pardonner. Je veua> joindre, si j'ai le bonheur que j'espère, A l'ardeur de l'amant l'indulgence du père Et devenir meilleur quand vous me ferez mal.
Voyez, je ne mets pas en vous •» un idéal »• Et de l'humanité je connais la faiblesse; Mais je vous crois assez de cœur et de noblesse Pour espérer que, grâce à mon effbrt constant, Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant! «
Malheureusement, ces jolis vers rappellent quelque peu le discours du nouveau marié Sganarelle dans la pièce du Cocu en herbe et en gerbe^ de Dumas (de Bordeaux, en 1686 . Voir au commencement du présent volume, page 43, le passage de quatorze vers dont nous parlons :
Cest tout ce qu'il me faut pour rendre heureux mon sort^ etc.
V Événement, du 2 septembre, nous donne un sonnet charmant, composé probablement par quelque poète de la cour de Louis XIV pour le compte de M"« de La Vallière. Le voici :
M Tout se détruit, tout passe et le cceur le plus tendre
Ne peut d'un même objet se contenter toujours ;
Impasse n'a point vu d'éternelles amours.
Et les siècles futurs n'en doivent pas attendre,
La raison a des loU qu'on ne peut pas suspendre ;
De nos errants désirs rien n'arrête le cours ;
Ce qu'on aime aujourd'hui déplaît en peu de jours ;
Notre im*galité ne saurait se comprendre.
Tous ces défauts, grand Roi, sont joints à vos vertus;
Vous m'aimiez autrefois et vous ne m'aimez plus :
Ah ! que mes sentimens sont différents des vôtres!
Amour, à qui je doi^ et mon mal et mon bien.
Que ne lui fites-vous un cœur ^omme le mien.
Ou que ne fites-vous le mien comme les autres ? »
l86 lliLAlfGB8
Les journaux sont pleins de Y Amant étAmanda; c^est donc trop connu pour le répéter ici. Nous aimons mieux donner Un joli portrait de coq :
• Crète rouçê, ceU briUant, plumage vemitU,
L'éperon haut, le corps droit «t Vair militaire,
n poêait, fredonnait ; puis, sur ses pieds dressé.
Le ténor du nuMn lançait sa note claire.
Vingt pouies l'entouraient, cherchant à lui complaire.
Lui, dédaigneux et fier comme un suUan lOasé,
tramait pour ces beautés que rigueur et colère.
Même fr€»ppait du bec son sérail empressé.
Les pauvrettes souff^'aient ; mais sans se plaindre, Bn somme
Toutes en rafftOaient; U étcUt si bel homme.
Sous son riche uniforme tsuœ tons verts mêlés d'or I «
Le Don Quichotte est presque méchant en publiant les vers que voici, mais qui sont de circonstance :
LB8 RÉSBRVISTSS.
• Pendant un mois, les réservistes Vont servir ieur ehatrmant pays.
Certains sont gais, d'autres plus tristes; Les moins contents sont les mctris.
Leurs épouses, que Dieu conserve.
Peuvent céder à quelque amant :
En cas de malheur, pour l'enfant Elles ont un père en réserve. »
Enfin, il faut donner un petit échantillon de poésie semi-flamande, signé O. G., et que nous rencontrons dans les petits journaux de Bruxelles :