CHAPITRE n
Comment Panurge partant de Salmîgondin pour aller en Phrygien rencontra Hégémon, lequel luy voulut estre et servir de guide. Leur embarquement au port de Sigée^ avec le nom des isles et mers qu'ils passèrent^ les grands périls et ha^çards qu'ils souffrirent à cause des tempestes. FA comment Panurge fut sauvé miraculeusement des flots par un dauphin et porté contre toute espérance en Vlsle Imaginaire,
HéciMON. « Je suis celuy qui guidois Jupiter par la mer Pontique, le tenant par une de ses cornes, lorsque métamorphosé en taureau, il emportait la troisième partie du monde, à sçavoir Europe. Plus le guidai dans le bois qu*il y enleva la fille dlnache et en plusieurs autres lieux où je Tai fait barelicoquer son beau plein saoul, avec déesses, demi- déesses^ nymphes, driades, oréades, hamadriades et nanoydes. Et jamais sans moi il n'auroit de son calibis, calibistonné Alcmène, d'où sortit ce musamo de Hercule. ».
Calibis; le mot callibistri est dans Rabelais, livre II, chapitre 16. Dans le Nouveau Panurge, il est répété assez souvent et toujours avec de nouveaux dérivés. Rétif de la Bretonne emploie aussi le mot callibistrer dans le singulier ouvrage qu'il a intitulé : Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé, à la page 3669.
« ... Ils me promirent qu'à la bonne heure, ils me rendroient sain et sauve aux isles Canaries ; parquoi, me demandèrent comme sçavans en quelle des sept
je voudrois prendre terre et leur dis que c'estoît à Sainct-Borondon ou Imaginaire. »
Le nom de Saint Borondon et ilsle Imaginaire montrent ici un souvenir de la légende de Saint Brandan, célèbre au moyen-âge. On raconte que ce moine irlandais s'embarqua pour aller à la recherche d'une île délicieuse située dans TOcéan, et où tous les arbres étaient chargés de fruits délicieux, toutes les pierres étaient précieuses. Le saint ne put aborder qu'après sept ans de navigation à cette île qu'il regardait comme le paradis terrestre. Voir la Légende de Saint Bran^ daines, publiée par M. Achille Jubinal. Paris, 1836, et le curieux ouvrage de M. Thomas Wright, Saint Brandon, a medial legend, Londres, 1844, in-8<>.
«... Nostre vaisseau s'attachoît tantost aux cornes de la lune, et puis soudain redescendoit jusques au fond desabismes; nos patrons se rendent à la merci des vagues, leur science prend fin, le courage leur manque, adieu pauvre Panurge. Hégémon criant miséricorde, de peur, de crainte, d*estonnement, print un grand flux de ventre et chia fort copieusement. L'incagade de Fargueiroles, ny de Mornay ne fut jamais plus copieuse, l'une à Nismes, et l'autre à Fontainebleau. »
On trouve dans un autre ouvrage de Reboul, intitulé : la Cabale des reforme^, tirée du puits de Démocrite, page 67, de très-longs et très-dégoûtants détails sur Vincagade de Falgueiroles, qui « sonna du luth renversé à brayes avalées avec un tel tintamarre quil n'en fut jamais de pareil. »
« Neptune, grand dieu de la mer, Vouê qui commandez ses riwtifes, Faictes un peu ses vents ccOmer,
D*OUyRAGE8 IlfTéRBSSAHTS 65
Et me gtirdez de ses t%€tufiy»ge$.
Si j'durrive à Saint Borondon
Je votts donneray mon bourdon,
Pattvres huguenots, que le cœur vous tremble.
Quand l'aigle et le lys se sont Joints ensemble.
Chterindon, guerindon, guerindaine, guerindûn, »
Nous voyons apparaître pour la première fois Guérindon ou Guéridon qui reparut souvent par la suite, et d*abord comme interlocuteur de Panurge et d*Antitus, dans un opuscule politique imprimé en 1634, sous le titre de Conférence et qui a été réimprimé dans le tome viii des Variétés historiques et littéraires. Edouard Fournier fait plusieurs conjectures sur Torigine de ce mot, sur les causes de son succès, etc.
«... J'apperçeu de loin la terre, et y eusse desjà voulu estre ; quand mon cheval , habile nageur m'y jetta. Et de bonne fortune me trouvoi en llsle Imaginaire, où tendoit de tout temps mon voyage, ainsi sauvé quand et moy. Dieu mercy, ma besace et mon bourdon, et ma bouteille. Pour ma gibessière, elle pendoit toujours à ma ceinture, croyant que si quelque poisson la dévoroit, que par hasard, on la pourroit trouver dans son ventre, comme fist autrefois Maguelonne de sendal où estoient plies les bagues, desquelles elle avoit fiancé son Pierre de Provence. » Le Roman de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, fille du roi de Naples, imprimé pour la première fois à Lyon, vers 1480, a obtenu en France de nombreuses éditions, et a été traduit en espagnol, en allemand, etc. — On peut consulter à son égard, la Bibliothèque des romans , août 1779, pages 91 à 160 ; V Histoire de la littérature provençale ^ par
Fauricl, etc. Cette composition célèbre a été reproduite dans la collection publiée par M. Silvestre, d'anciens ouvrages firançais ; elle forme la i8« livraison publiée en 1845. ^^^^ ^" feuillet H 2, comment les anneaux que Maguelonne a jetés dans la mer se retrouvent dans le corps d'un poisson enveloppés dung sendal rouge en fasson dune petite pellotte,