CHAPITRE X
Créophile fait lefasché de ce qu'un faquin ne luy a fait la révérence. Taumaste et Épistémon disputent avec luy de Vhonneur. Panurge en donne la définition. Créophile demande à Panurge oit consiste Vhonneur des femmes ; il en donne luymesme la définition.
Créophile. — « Ha ! je m*en vais vous compter le tu autem, mon grand maistreHertrîpa m'en faisait ces jours passés la leçon. Les femmes logent leur principal honneur entre les cuisses ; tellement que tant elles les tiennent serrées, Thonneur y demeure, mais en même temps qu'elles les élargissent, adieu leur honneur s'envole.
Taumaste. — « Par ma foy, si les femmes n'ont d*autre lieu pour loger leur honneur, je conjecture qull ne peut être guère honneste, d'autant que ce lieu est vingt-trois heures trois quarts et demy du jour pour le moins, ord, sale, vilain et puant.
yO CRITIQUE ET EXTRAITS
Créophile. — « Vous dites vray, mais ce qui plus me fâche c'est qu'elles tiennent cet honneur quoique breneux, si cher, qu'un galant homme, un gentil homme de ma qualité, un homme de bien et d'honneur, sera déshonoré s'il fait semblant d'approcher le leur. Si un homme de qualité leur demande ce point d'honneur, elles feront les mauvaises, crieront, tempesteront comme des forcenées ; vous diriez à les ouyr parler, que leur honneur consistant à leur consistoire est tout sacré. Si un homme de respect y met seulement le bout du doigt, il le profaneroit. Et cependant, Madamoiselle la mauvaise s'adoucira, remettra, et résignera purement, simplement, libéralement et courtoisement son honneur au pouvoir de quelque gros guillebaud. Un faquin, un porcher, pourveu qu'il porte un bon manche à sa cognée, sera le bien venu, et adieu le précieux honneur des femmes. »