‹ Analectes du bibliophile; recueil trimestriel contenant:Chapitre 14 sur 14 · MORALE · texte numérisé non relu

MORALE

De cette triste aventure La morale la voici :

Cest, retenez bien ceci.

Que dans la magistrature.

Quand on respecte la loi.

Faut aUer pisser chez soi.

Caeu, jaiUet 1864.

Ml^LANGES. 171

Un amateur de la littérature macaronique se propose de faire réimprimer (à petit nombre, bien entendu) le très-rare recueil de proverbes rimes par Titalien Barthélémy BoUa , et publié en 1605, à Francfort [apud Joannem Saurium), sous le titre de Thésaurus proverbiorum Italico^Bergamascorum rarissimorum et garba^ tissimorum^ in gratiam melancholiam fugientium.

Bolla se qualifie^ sur le titre de son livre, d'homme incomparable^ cherchant la galté par terre et par mer, et écrivant dans le but d'ouvrir les yeux des aveugles. M. Delepierre en a parlé avec quelques détails [Macaroneana andra^ Londres, 1862^ pp. 49-^}. En attendant que ce curieux et piquant Thésaurus revoie la lumière^ nous citerons un petit nombre des adages qu'il renferme , en mettant une traduction française au lieu et place de la version latine que contient l'original :

Al tempo de la spiga la star la moglie.

A l'époque de la moisson, ne t'approche pas de ta femme.

La moglie del Zatta pigliava le mosche con le chiappe del culo.

La femme de Zatta prenait les mouches avec son cul (Il y a là quelque allusion difficile à découvrir aujourd'hui).

La femina non è tanto malada che non posse tener la schena a basso.

Une femme n'est jamais assez malade pour être hors d'état de se coucher sur le dos.

Ove sonno femine et oche, non vi sonno parolle puoche»

Là où il y a des femmes et des oies, il y a grands caquet âges.

Tira più un pelo de donna che cento para di huovi.

Un cheveu de femme a pour tirer une force supérieure à celle de cent paires de bœufs (Théophile Qautier a développé cette idée dans une de ses pièces de vers).

— Un membre de la chambre des communes racontait dernièrement que, dans ses voyages^ il lui est arrivé, je ne sais combien de fois, de sottfifrir de Tintolérance ou du caprice des femmes. Rien de plus commun que de rencontrer toute une série de wagons pris d'assaut par des demoiselles; impossible d'y pénétrer sans essuyer des rebuffades toujours dures à un cœur sensible. Le compartiment des dames seules reste vide: notre voyageur se présente à la portière. Le règlement lui interdit d'en prendre possession. Peut-on au moins contraindre les dames à l'occuper? Le même règlement dit non. Avouez que voilà vraiment une situation embarrassante.

Un autre voyageur quotidien (un daily tra^ veller), écrit 'au Times qu'ayant à conduire en

Irlande deux de ses parentes qui désiraient voyager seules, il a prié un employé de suspendre à la portière de leur wagon une plaque portant la mention réservé, — a C'est inutile, monsieur, lui répondit l'employé; les voyageurs ne respectent jamais cet écriteau. Mais rien n*est plus simple: ayez Tobligeance de conduire vos parentes au compartiment des dames. Elles y seront seules ; les dames n'y montent jamais, »

— Ailleurs^ c*est une jeune miss qui s'installe dans le wagon des fumeurs et qui refuse de céder sa place à un fumeur authentique.

Immédiatement^ des dames ont riposté et expliqué pourquoi elles redoutaient en wagon la compagnie de leur sexe.

Une correspondance du Times s'est exprimée en termes précis à cet égard:

« Depuis dix ans que cette femme estimable a l'habitude de voyager seule, elle n*a eu qu^à se louer des hommes ; elle déclare qu'elle juge leur société comme étant d'un prix inestimable et qu'elle a toujours reçu leurs bons offices avec reconnaissance (Hum !). Il est rare que les femmes soient en mesure de donner avec précision un renseignement quelconque : de leur côté, les employés sont trop affairés ou trop distraits pour répondre autrement qu'en courant et il y a autant de chances d'être trompés par eux que de tomber juste.

« Pour les gentlemen, c'est tout différent: la plupart d'entre-eux sont des indicateurs vivants. Ce n'est pas tout : les portières et les glaces sont dif-

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ficiles à ouvrir et à fermer; une faible femme y use ses forces ou y casse ses ongles. 11 est arrivé à la correspondante du Times de se blesser la main et d'abîmer une paire de gants dans une de ses luttes contre une porte obstinée. Les gentlemen sont évidemment mis au monde pour ouvrir les portières récalcitrantes. Enfin leur conversation est généralement instructive ou amusante, tandis que des femmes réunies bavardent comme des pies sur des sujets futiles, sur des cancans de la vie privée et sont hors d'état de se hausser à des questions générales. M

— La Pall Mail QcuieUe a profité de Tocca- •ion pour imaginer assez plaisamment le code des devoirs que chaque voyageur est tenu de remplir en chemin de fer k Tégard de toute femme jeune ou vieille, jolie ou laide :

a Art. i**^. Toutes les fois qu'un train s'approche de la station, un gentleman doit se lever, s'approcher de la portière et empêcher ses compagnes de descendre avant que le train soit complètement arrêté.

a Art. 2. Les passagers mâles doivent être de force à ouvrir et à fermer les portières ou les glaces réfractaires. Si le trajet est long, il y a dans cet exercice de quoi occuper utilement leur journée.

a Art. 3. Dans tout wagon où les femmes sont en majorité, le gentleman doit se placer au centre afin de surveiller avec succès la portière de droite et celle de gauche ; si le temps est variable , il n'est que juste d'exiger de lui qu'il ouvre et ferme la fenêtre environ toutes les cinq minutes; c'est le

MÉLANGES. Ijb

plus sûr moyen de procurer aux voyageuses une ventilation agréable sans les exposer à des rhumes de cerveau.

a Art. 4. Le voyageur doit toujours répondre correctement aux renseignements qu'une femme lui fait Phonneur de lui demander.

a Art. 5. Si une femme vient à s'adresser à un employé, le gentleman doit se tenir à Pafiut, rectifier le dire de remployé s'il se trompe, et le compléter sMl est insufiisant. Tout gentleman devra donc se munir, quelques jours avant le voyage, d'un indicateur et s'en meubler scrupuleusement la cervelle.

« Art. 6 et dernier. Toutes les fois que le gentleman ne sera pas occupé à la manipulation des portes et des fenêtres, il sera tenu de charmer les loisirs du voyage par une conversation instructive et variée. »

Fin de la Première Iiivralson.

TABLE DES MATIËRES

Préface . pag. i

Tant mibux pour ellb, conte, par Voîsenon » 1

Critique , analyses et extraits d*ouvrage8 INTÉRESSANTS , ancîens et modernes . . »* 51

Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, traduction d'Amyot, revue par Courier . » »

Traité des superstitions; par J.-B. Thiers.

Le Tracas de Paris , poôme , par François Colletet > 81

La Promenade de Versailles , ou Entretiens de six coquettes. 1736 . n 98

Lettres chinoises , par le marquis d'Argens.

Contes théologiques, recueil presque édifiant. 1783 » 111

De la solitude^ par Zimmermann. 1784 . . n 118

Le Pot au noir et le pot au blanc, ou la Vérité dévoilée. 1787 »> 124

Un pot sans couvercle et rien dedans ; par Eusèbe Salverte. 1799 ■» 129

Recherches historiques sur la personne de Jésus Christ, par Et.-Gabr. Peignot. 1829 . » 133

L'Excommunié , organe des libres-penseurs.

1869 vTv^' . ^ 142

MELANGES />/ \** "Î^^ÎX- . » 158

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