‹ Analectes du bibliophile; recueil trimestriel contenant:Chapitre 13 sur 14 · I. ÎO · texte numérisé non relu

I. ÎO

balternes des chrétiens. Quelques années après, ils levèrent le masque: les uns prétendirent qu'il avait reçu par un esprit céleste un livre qu'il avait composé, les autres assurèrent qu'en récitant des vers galants d*un poëte païen, il avait chassé les esprits immondes et guéri une femme possédée, en prononçant ceux-ci : Dans un antre écarté la reine de Carthage, seule avec son amant se sauve de l'orage. Quelques écrivains soutinrent que le seul nom d'Ignace, écrit sur un morceau de papier, faisait plus de prodiges que n'en avait opéré le législateur des Juifs; d'autres prétendirent qu'il n'y avait que le Dieu suprême et Marie sa mère, souveraine des cieuz, qui eussent le bonheur de voir Ignace.

Tome Jlly lettre 85. — En sortant du port de Nagasaki, je vis tout-à-coup quatorze ou quinze de nos palefreniers, qui, troussant leurs robes, exposèrent aux yeux, ce qu^un homme à la Chine ne pourrait découvrir sans être regardé comme un fou, ou un infâme. Les Hollandais qui avaient fait plusieurs fois le voyage , ne furent point étonnés de l'exhibition de toutes ces pièces, et rirent beaucoup de ma surprise.

Lorsque j'étais en Europe, me dit Tun d'eux:

« Je demeurais dans une ville oii le commandant devait à tout l'univers et était souvent persécuté par des créanciers. Il y avait entre autres deux femmes qui l'importunaient tous les matins. C'est en vain qu'il leur assurait qu'il les paierait dans quelque temps, les obstinées créan-

d'ouvrages intéressants. I I I

cières ne manquaient jamais leur visite. Enfin, un jour, le commandant, lassé de leur opiniâtreté, les reçut en robe de chambre, sans culotte. Tout-à-coup, comme elles parlaient avec beaucoup de feu , il tix)ussa sa robe, et parut dans Tétat où vous voyez les palefreniers. Un voyageur qui a mis le pied sur un serpent, ne fuit pas plus vite que les deux créancières à la vue de ce que leur montrait leur débiteur. Je vous paierai , leur cria-t-il , tous les jours avec cette monnaie.

Contes théologiques, suivis des Li« tantes des catholiques du XVIII* siècle, et de poésies érotico-philosophiques, ou Recueil presque édifiant.

Lasciva est nobis pagina, vita proba est.

Mes vers sont libertins, mais mon cœur ne Test pas.

Paris y de V imprimerie de la Sorbonne, et se vend aux Chartreux chez le portier. i783 (1793), In-^ de 304 pages.

Ce volume est un recueil de contes, de chansons et autres poésies piquantes, bien choisies, et dont quelques-unes ne se retrouvent même pas ailleurs. Il en est question dans le «supplément à la Bibliothèque poétique de Viollet-Leduc et dans la Bibliographie de V amour. Il a été réim-

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primé deux fois, et en ce moment même^ toutes les bonnes poésies qui y sont contenues se réimpriment dans la grande Anthologie satyrique qui aura, dit-on, douze volumes. Nous n^aurions donc pas à en parler, si nous ne désirions en faire remarquer les deux épitres dédicatoires, signées D. B. et V Avertissement de réditeur, qui avaient pour objet de faire croire qu'un certain chevalier Du Busca, officier d'artillerie, serait Tauteur de ce recueil. Cependant, d'après les Supercheries littéraires, l, 996, Du Busca ne serait que le pseudonyme du généi'al Fr.-R.-J. de Pommereul, lequel fut aussi préfet, puis directeur de la librairie sous l'empire, auteur d'ouvrages de plusieurs genres et traducteur de nombre d'ouvrages italiens et latins. C'était un homme de goût et d'esprit, et les analectes suivants de son volume suffiraient à le démontrer :

e^ ^Messieurs les Q^uteurs feuillistes, périodistes^ journalistes hebdomadaires , quin^ainiers, menstruels, annuels, mais point éternels.

Mes petits Messieurs, un petit auteur de mes amis, m'ayant assuré que les petits vers, les petites anecdotes, les petits contes, qu'enfin tout ce qui était petit, avait le droit d'être inséré dans vos petites feuilles: je vous envoie ces petites pièces fugitives, en vous priant de leur accorder une petite place dans vos petits recueils. Je promets môme que ceux d'entre vous qui en

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feront un petit éloge^ recevront de ma part par la petite poste, un petit écu.

Je suis^ mes petits Messieurs, votre petit serviteur

Paris, 6 mai.

Êpttre dédicatoire d'un vieux poète au très-révé-' rend père Eli:^ée, très-digne carme chaussé^ au* teur du livre intitulé: Manière prompte et facile de s'exciter à roraison jaculatoire. Ouvrage édifiant à Vusage des personnes des deux sexes.

Mon très-révérend père.

En parcourant avec exactitude le long cours d'une vie passée dans les égaremens et les voluptés, j^ai vu que de toutes les manières dont j'avais offensé la majesté divine, celle qui, ainsi que me l'ont appris vos sermons, a eu le plus droit de lui déplaire, est d^avoir souvent eu le malheur de mal parler et plus mal penser encore des gens d'église, et surtout des religieux. Le cœur vraiment contrit, je tâche aujourd'hui de réparer, autant qu'il est en moi, les erreurs d'une jeunesse inconsidérée. J'ai dû rendre justice aux prêtres séculiers et réguliers, et donner un grand exemple sur la fin de mes jours. Le petit ouvrage que je mets aux pieds de votre révérence doit leur faire oublier toutes mes fautes passées.

114 CUTK^UE, ANALTSES ET BXTRAITS

Pardon, mon très-révérend père^ si j'ai couvert du voile de la fable quelques vérités utiles, mais, pouvais-je ne pas me souvenir qu'en s'instruisant on veut être amusé? D'ailleurs, tout ce monde frivole et profane, qui préfère encore, aveugle en son délire, Ovide à Moïse, et les . charmantes fictions de la théologie païenne aux sublimes idées de la nôtre; m'aurait-il lu, si j'avais négligé de m'en servir? et tout le bien que doit faire ce petit ouvrage, cette espèce de testament, où presqu'en mourant j'ai consigné mon repentir^ fût-il arrivé?

Vous n'ignorez sans doute pas le goût de toute notre jeunesse pour les petites histoires; c'est une fureur. Je me suis vu forcé par elle de choisir ce genre, puisquMl plaisait davantage. Vous savez aussi mieux encore que moi, mon très-révérend père, que jusqu'ici l'on n'a cessé de bercer de contes notre pauvre genre humain: contes moraux, contes persans, contes pour rire, contes de mon cousin Guillaume Vadé, contes à dormir debout, contes, etc., etc. Mais tous ces ouvrages sont ou obscènes, ou impies, ou tendants à semer l'erreur, ou à amollir l'&me par le poison des voluptés. En voici enfin d'une autre espèce, consacrés uniquement aux vérités, ce sont des contes théologiques.

Lisez, mon très-révérend père, et faites lire à vos pénitentes. Puisse cet ouvrage être jugé digne, par votre révérence, d'être associé au sien! Elle est même la maîtresse de le faire courir sous son nom, comme un supplément à

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celui qu'elle vient de publier. Il ne me restera rien à désirer, si, du fond de ma retraite, j*apprends qu'il ait fait dans le monde autant de bien que le sien.

Je suis en me recommandant à vos saintes prières dans le sacrifice de la messe, et à toutes celles des bons pères de votre édifiante communauté ,

De votre révérence,

Mon très-révérend père,

Le trèS'humble et trèS'Obéissant serviteur

Paris, 6 juin.

Q^vertissement de Véditeur,

Sans un événement extraordinaire, il paraît que les contes théologiques n*étaient pas destinés à être mis en lumière. Un convoi parti de Bordeaux pour l'Amérique en 1781, portait quelques officiers français, dont les malles se trouvèrent réparties sur difierens bâtiments. Un coup de vent ayant dispersé ce convoi, plusieurs des bâtiments dont il était composé, furent pris par des croiseurs anglais. L*une de ces prises, que j'amarinai, contenait une malle remplie de livres et de papiers; mon équipage consentit à m*en laisser l'entière disposition. Parmi beaucoup de manuscrits, j'y trouvai celui des Contes théolO' giques par duplicata: l'un parait écrit de la

Il6 CUTIQUBy ANALYSES ET EXTRAITS

main de Tanteur même; il est très-différent da second, dans lequel ces contes paraissent avoir été non seulement abrégés, mais extrêmement corrigés et améliorés. Une note, à la suite du second manuscrit, m^apprend que Tauteur des contes théologiques, est feu M. Du Busca, officier du corps de Tartillerie de France , lequel avait été d'abord oratorien. Il paraît que cet officier mourût vers 1770 et qu'il légua son manuscrit, encore informe, à Tun de ses amis, avec prière de lui faire voir le jour. Cet ami , vraisemblablement propriétaire de la malle et des papiers qui m'échurent, s^étant borné à mettre ce legs en état de paraître, et croyant sans doute aujourd'hui ne pouvoir plus remplir le vœu du légataire, sera certainement très-surpris de le voir mis en exécution. Je me suis fait une espèce de scrupule de remplir sa dette ; en effet, les nombreuses corrections qu'il avait faites à l'original, prouvent qu'il avait eu le dessein de l'acquitter. C'est d'ailleurs un moyen de lui restituer une partie de ses papiers, qui me sont tombés dans les mains; car le libraire de Francfort, où je me suis arrêté en courant l'Allemagne, et auquel j'ai donné ce manuscrit, aux conditions de le publier dans l'année, y joindra pour former un bon volume, beaucoup de pièces d'un genre analogue, que le légataire des contes paraissait avoir recueillies avec soin, et qui, pour la plupart, selon ses notes, ou n*ont point été imprimées, ou sont perdues dans un trop grand nombre de volumes.

d'ouvrages intéressants. 117

Je ne dirai rien de ces contes et pièces, je ne connais pas assez la langue et le parnasse français pour les juger; ils me semblent, comme la nation même, spirituels et gais: il me suffit, au reste, d'en faire par la voie de l'impression, une sorte de restitution à celui auquel les hasards de la guerre les avaient enlevés.

John Loweman.

Voici maintenant une petite facétie en prose, exceptionnelle dans ce volume, qui, hors elle, ne contient que des poésies:

^Monosyllabes écrits pendant la semaine sainte, par le chevalier de ^oufflers au duc de Choiseul.

Mon cher Duc, qui chez vous a la foi? Qui de vous croit au vrai Dieu, à son fils, à un tiers, à ce Dieu qui n'est qu'un, mais qui est trois, et qui n'en est pas moins ud; car on sait qu^un et un font deux et un font trois, mais que trois ne font plus qu'un; rien n'est plus clair.

Ce Dieu est de tous les temps, et du temps où il n'y a pas eu de temps; il est dans le temps, il est hors du temps, il n'est point né ; il ne meurt point, c'est lui qui le dit, de plus il dit qu'il est né et qu'il est mort.

Ce Dieu est en tous lieux et où il n'y a point de lieu, il est dans les cieux et hors des cieux. Tout est plein de lui, hors ce qui n'est pas plein. Tout est lui hors ce qui n'est pas lui.

Que ce Dieu est bon! il a fait le Ciel pour nous tous : y va qui veut, c^est un peu haut, et pas trop gai. Il a fait un grand feu pour ceux qui ne sont pas là haut; il faut que bien des gens aient froid, car on y court à qui mieux mieux.

Ce Dieu n*eût pas de corps tant qu'il fut chez lui ; mais il en prit un, quand il vint chez nous: il prit ce corps dans un corps tout neuf, sans qu'on y eût rien mis. Il est mort, ou il a fait le mort, deux ou trois jours. Ce qu'il y a de sûr, c'est que ceux qui l'ont vu mort, l'ont vu au bout de deux ou trois jours fort vif et fort sain. Ils en ont eu peur. Mais qui Ta vu? c'est Jean, c'est Luc , c'est Marc , c'est qui veut ; ce n'est pas moi. Ils l'ont vu deux mois; an bout de ce temps-là il fut au Ciel ; et c'est où on va le voir le plus tard qu'on peut.

Zimmermann (Joh. George). VomderEimsamheit (De la Solitude). Leipzig, 1784-5, 4 vol. in-8y figures.

Cet ouvrage fut traduit en français par J.-B. Mercier, Paris, 1798, in-8, et 1817, 2 vol. in-12; et par Â.-J.-L. Jourdan, Paris, Baillière, 1825, in-8, 7 fr. — Traduction nouvelle par X, Marmier, avec une notice sur l'auteur. Paris, Fortin- Masson, 1845, in-12, 3 fr. 50.

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Table de rédition de Marmier: Introduction (signée X. Marmier), 27 pp. prél.; — Réflexions préliminaires, p. 1. — Du penchant à la Société, p. 5. — Du penchant à la Solitude, p. 17,

— Des inconvénients généraux de la Solitude, p. 39. — Des inconvénients de la Solitude pour rimagination, p. 51 — pour la passion, p. 66.

— Avantages de la Solitude, p. 77 — pour l'esprit , p. 119 — pour le cœur, p. 207, — Conclusion, pp. 291-298:

Zimmermann naquit à Brugg, en Suisse, en 1728. Se destinant à la médecine, il flt de bonnes études à Berne, puis à Gœttingen, et il voyagea en Hollande et en France. Il exerça d'abord la médecine dans sa ville natale, puis, s'étant distingué par divers écrits, il obtint la place de premier médecin du roi d'Angleterre à Hanovre. Son esprit était mélancolique, il tomba même dans un état habituel de fièvre misanthropique. Cet homme qui, comme J.-J. Rousseau, parlait tant de la paix de Tâme dans ses écrits, mourut comme lui dans le délire et sans la moindre consolation, en 1795. Deux de ses ouvrages ont conservé une certaine réputation, et, Tun comme l'autre, ont été traduits en français ; le premier est le Traité de l'orgueil national. L'auteur part de ce principe que tous les hommes sont dominés par l'orgueil , enfant d'un sot amourpropre, leur donnant une fausse idée de leur valeur et corrompant leurs idées sur le mérite des choses. C'est ainsi que chaque agglomération d'hommes, chaque famille^ chaque village, chaque

I20 CBITldUB, ANALYSES BT EXTRAITS

ville^ chaque peuple , croit avoir quelques qualités particulières et supérieures qu^il refuse à ses voisins.

Malheureusement, Zimmermann examinant les prétentions ou croyances des divers peuples qui couvrent la terre, tombe lui-même dans un grand nombre d*erreurs, et ne peut se préserver d'un certain chauvinisme ridicule. Son Traité de V orgueil national nous paraîtrait tellement arriéré aujourd'hui que ce serait du temps perda que de s'occuper à en faire une analyse et une rdfutation.

L'autre ouvrage estimé de Zimmermann est le Traité de la Solitude, Il le commença en 1766, à Tâge de 38 ans, et le continua plus tard; mais les quatre volumes ne furent terminés qu'en 1785. Il a été souvent traduit, mais jamais en entier, car ces quatre volumes sont pleins de longueurs fastidieuses, de répétitions, etc., sans parler des nombreuses erreurs et des contradictions manifestes.

Zimmermann est l'apôtre de la solitude, mais il n'en fait valoir les avantages qu'après avoir d'abord parlé ainsi: « L'homme est né pour « vivre en société; il a des devoirs à remplir « dans le monde, devoirs de citoyen, de famille, « de relations affectueuses. Il ne doit pas briser ^ la chaîne de ces devoirs pour se retrancher ^ dans la retraite avec un froid égoïsme ou une ^ sauvage misanthropie. Si la solitude calme et ^ apaise les passions les plus fougueuses, il est « possible aussi qu'elle les entretienne et leur

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« donne un essor plus impétueux. Il faut^ pour « en goûter la salutaire influence^ y porter det a pensées de travail , des idées de raison. Rien a de meilleur, en certains moments de la vie, a qu*une solitude sage et dignement occupée; a rien de plus dangereux qu'une solitude où Ton (( ne porte que de mauvais penchants qu'on ne (c cherche point à corriger, et des habitudes de « désœuvrement. »

C'est à peu près dans ce peu de mots que consiste toute la substance de l'ouvrage; le reste n'est guère qu'une amplification, une suite de variations brodées sur le thème original : détails sur la magnificence de quelques grandes scènes de la nature, description des vices, des inconvénients et des dangers de la société actuelle, des douleurs, des ennuis qu'on y éprouve souvent^ et de la fatigue qu'elle vous inspire quelquefois.

Au lieu de chercher à améliorer et ^ harmoniser la société, tâche des socialistes modernes, Zimmermann ne pense qu'à la fuir, et il oublie tous les devoirs sociaux dont il se targuait dans ses prémisses.

Zimmermann a remarqué qu'on peut s'isoler du monde sans se séparer de lui et sans mener une vie d'ermite : « Ainsi, dit-il, on peut rester a seul au milieu d'une réunion nombreuse. » Il ne nous paraît pas avoir poussé cette observation assez loin. Ce n'est pas toujours par des mouvements d'orgueil ou par des préoccupations d'esprit qu'on se trouve isolé naturellement de ceux qui vous entourent, c'est parce que eux et

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Toni avec momentanément des occupations différentes, quMl ne faut pas, à moins d'une utilité évidente, se déranger les uns les autres. L'isolement donc, par lui-même^ est loin d*être nécessairement anti -social, comme il paraît le croire. Il ne faut, du reste^ lui demander aucune idée bien avancée; elles paraissent généralement lui avoir échappé. Il raconte un grand nombre d^anecdotes dont quelques-unes sont curieuses et même peu connues , mais il les commente souvent d'un façon saugrenue. Il prend à chaque instant le ton dévot et à tout propos vous débite des capucinades. A son avis^ les monastères seraient Tune des plus utiles et des plus louables conceptions des hommes, etc.

Mais c^est surtout en ce qui concerne les relations sexuelles que Ton retrouve chez Zimmermann toute la sensiblerie niaise et filandreuse, sous les apparences de laquelle les moralistes du temps passé dissimulaient leur désir de rendre leurs femmes de pures esclaves. Ainsi, il fait nombre de phmses dans ce genre: a C'est « dans la solitude surtout qu^il est doux d*éa voquer les souvenirs de Tamour. Ah! la pre- « mière rougeur pudique qui s'est répandue sur a nos joues, le premier serrement de main, la « première colère que l'on a éprouvée en se a voyant troublé par un importun dans un tendre a entretien, sont autant d^impressions ineffa-

« cables! Celui qui a connu ces jouissances

« de l'amour les retrouve toujours dans son sou- « venir. Herder parle d'une certaine mytho-

d'ouvrages intéressants. 123

« logie asiatique qui raconte que les hommes « ne se montraient d*abord, pendant plusieurs a milliers d*années, leur, amour que par des re- « gards, puis par quelques baisers, puis par de « simples attouchements. Wieland éprouva dans a Tardeur de la jeunesse, ce chaste et noble « amour pour une jeune personne de Zurich. Il a savait que le mystère de l'amour expire en partie dans le premier baiser et dans le premier soupir. Un jour, je demandai à cette pera sonne quand Wieland Tavait embrassée pour « la première fois : Il m*a, dit-elle, baisé la main a pour la première fois quatre ans après m'avoir tt connue. » — Dans Touvrage de Zimmermann on pourrait citer cent mignardises de ce genre. Quant à la conclusion de l'ouvrage, elle n'a rien d'hyperbolique , et la voici condensée en quelques termes clairs : « Partageons donc notre « temps entre le monde et la solitude, entre les distractions sociales et les jouissances intel- « lectuelles; nous échapperons ainsi à la folie .« de celui qui court continuellement après les « plaisirs, et à la misanthropie du farouche (( anachorète, d

114 CftlTIQUB, ANALYSES ET EXTRAITS

Le Pot au noir et le pot au blanc , on la Vérité dévoilée, la fourberie démasquée et la religion papiste

renversée. A Rome^ 1787, in-8 de 206 pp.

Nous avons rencontré ce volume dans une bibliothèque particulière, mais il est fort rare. On peut penser qu'il a été Tobjet d'une destruction sourde. Dans la Bibliothèque Leber, il s'en trouvait un exemplaire daté de Londres^ 1788 ; c'est sans doute un simple changement de titre, selon la mode invétérée des libraires éditeurs. L'auteur, qui est inconnu, mais que Ton peut supposer être le baron d'Holbach , cherche , pages 36 et suivantes de son volume, à évaluer les tueries d'hommes occasionnées par la religion chrétienne depuis Constantin jusqu'à nos jours; il trouve dix millions de victimes faites par les guerres contre les sehismatiques, les hérétiques, les infidèles^ etc. Il est certainement beaucoup trop modéré dans ses évaluations. Ainsi, par exemple, il ne porte qu'à 200,000 le nombre des victimes de l'inquisition , tandis que dans l'Espagne seule, sans parler ici de la Sicile ^ de la Sardaigne, de la Flandre, du Portugal, de l'Amérique et des Indes, Llorente, ce célèbre historien qui, de 1789 à 1791 , a été secrétaire-général de l'Inquisition en Espagne et qui a eu à sa disposition les archives du saint-office, nous révèle que, seulement depuis 1481 jusqu'à 1821, le nombre de ces victimes se chiffre déjà par 340,000. n oublie, de plus, les affreux procès de

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magie et de sorcellerie, si nombreux en France, en Espagne et dans d*aatres pays catholiques, entraînant totfjours, à la suite des tortures de la question, des pendaisons, des décapitations, des noyades, des enfouissements tout vif, etc., et surtout des brûlements à petit feu.

L'auteur reproduit plus loin le tableau effrayant des barbaries exercées contre les Yaudois, d'après Samuel Morland, ambassadeur d'Angleterre en Savoie:

a Jamais , dit-il , les chrétiens n'ont commis tant de cruautés contre les chrétiens. L'on coupoit la tête aux Barbes (c'étoient les pasteurs de ces peuples); on les faisoit bouillir; on les mangeoit; on fendoit avec des cailloux pointus, aiguisés sur de la pierre ponce, le ventre des femmes jusqu'au nombril; on coupoit à d'autres les mamelles ; on les faisoit cuire sur le feu et on les mangeoit ; on mettoit à d'autres le feu aux parties honteuses: on les leur brisoit et l'on mettoit en place des charbons ardents ; on arrachoit à d'autres les ongles avec des pinces ; on attachoit des hommes demi-morts à la queue des chevaux, et on les traîaoit en cet état à travers les rochers. Le moindre 'de leurs supplices étoit d'être précipités d'un mont escarpé, d'où ils tombaient souvent sur des arbres auxquels ils restoient attachés , et sur lesquels ils périssoient de faim, de froid ou de blessures. L'on en hachoit en mille pièces, et l'on semoit leurs membres sanglans et leurs chairs meurtries dans les campagnes. On empaloit les vierges par

les parties natarelles; on les portoit en cette posture en gaise d'étendard.

« On traîna entr'autres un jeune homme nommé Pelanchion par les rues de Lucerne, semées partout de cailloux. Si la douleur lui faisoit lever la tête ou les mains, on les lui assommoit; enfin, on lui coupa les parties honteuses, qu*on lui enfonça dans la gorge^ et Ton Tétouffa ainsi; ensuite on lui coupa la tête, et Ton jeta le tronc sur le rivage.

« Les catholiques déchiroient de leurs mains les enfans qu'ils arrachoient au berceau ; ils faisoient rôtir les petites filles toutes vives, leur coupoient les mamelles, et les mangeoient; ils coupoient à d*autres le nez, les oreilles et les autres parties du corps; ils remplissoient la bouche de quelquesuns de poudre à canon, et y mettoient le feu; ils en écorchoient tout vifs; ils en tendoient la peau devant les fenêtres de Lucerne; ils arrachoient la cervelle à d'autres qu'ils faisoient rôtir et bouillir pour en manger.

« Les moindres supplices étoient de leur arracher le cœur, de les brûler vifs, de leur couper le visage, de les mettre en mille morceaux, et de les noyer.

a Mais ils se montrèrent vrais catholiques et dignes romains, quand ils allumèrent un four à Garcigliane, dans lequel ils forcèrent onze Vaudois à se jeter les uns après les autres dans les flammes, jusqu'au dernier, que ces meurtriers y jetèrent eux-mêmes.

« On ne voyoit dans toutes les TaUdeB que des

d'ouvrages INTéRESSANTS. 127

corps morts oa mourants: les neiges des Alpes étoient teintes de sang. L*on troovoit ici une tête coupée, là un tronc, des jambes, des bras, des entrailles déchirées et un cœur palpitant. » Ck)mme le fait observer Tauteur du Pot au noir, les Yaudois, pour être traités avec tant de barbarie^ n*étaient cependant coupables d^aucun méfait. Ce qu*on leur reprochait, c'était de n'avoir pas abandonné leur demeure et le lieu de leur naissance, et de ne point s*être exilés d*un pays qu^ils possédaient de père en fils depuis 1500 ans et dans lequel ils avaient toujours librement exercé leur culte. Leur crime était de vouloir s*en tenir aux traditions de Téglise primitive et de vouloir maintenir, avec leur indépendance, une certaine rigidité de mœurs, choses qui déplaisaient essentiellement aux bons papes, aux bons prêtres, aux bons capucins et aux bons évêques, qui veulent, eux, avant tout, que Ton leur obéisse.

Dans les dernières pages du volume, 196 et suivantes, Tauteur fait observer que les jésuites et les papes ont adopté les opinions de saint Thomas d^Aquin, le père de V église, le docteur universel, le docteur angélique, Vange de Vé' cole, exprimées dans son Commentaire sur la cinquième des politiques^ textes 11 et 12. Voici comment Naudé traduit ces propositions de saint Thomas , pires que toutes celles avancées par Machiavel dans son Prince:

« Pour maintenir la tyrannie, il faut faire mourir les plus puissants et les plus riches,

IlS CRITIQUSy ANALYSES ET EXTRAITS

parce que de telles geos se peuvent soulever contre le tyran par le moyen de Tautorité qu'ils ont.

< Il est aussi nécessaire de se défaire des grands esprits et des hommes savans^ parce qu'ils peuvent trouver par leur science les moyens de miner la tyrannie.

« Il ne faut pas même qu^il y ait des écoles, ni autres congrégations, par le moyen desquelles on puisse apprendre les sciences ; car les savans ont de rinclination pour les choses grandes, et sont, par conséquent, courageux et magnanimes; et de tels hommes se soulèvent facilement contre les tyrans.

€ Pour maintenir la tyrannie, il faut que les tyrans fassent en sorte que les sujets s'accusent les uns les autres , et se troublent eux-mêmes ; que l'ami persécute l'ami, et qu'il y ait de la dissension entre le même peuple et les riches, et de la discorde entre les opulents; car en le faisant, ils auront moins de facilité de se soulever à cause de leurs divisions.

a II faut aussi rendre pauvres les sujets, afin qu'il leur soit d'autant plus difficile de se soulever contre le tyran.

a II faut établir des subsides, c'est-à-dire, de grandes exactions et en grand nombre ; car c'est le moyen de rendre bientôt pauvres les sujets.

a Le tyran doit aussi susciter des guerres parmi ses sujets, et même parmi les étrangers, afin qu'ils ne puissent négocier aucune chose contre lui.

« Les royaumes se maintiennent par le moyen

d'ouvrages intéressants. 129

des amis, mais un tjran ne doit se fier à personne pour se conserver en la tjrannie.

« n ne faut pas qu'un tyran, pour se maintenir dans la tyrannie, paraisse à ses sujets être cruel, car s'il leur parait tel, il se rend odieux , ce qui les peut faire plus facilement soulever contre lui ; mais il doit se rendre vénérable par l'excellence de quelque éminente vertu, car on doit toute sorte de respect à la vertu, et s'il n'a pas cette qualité excellente, il doit faire semblant qu'il la possède.

a Le tyran se doit rendre tel qu'il semble à ses sujets qu'il possède quelque éminente vertu qui leur manque, et pour laquelle ils lui portent respect. S'il n'a point de vertus, qu'il fasse en sorte qu'ils croyent quMl en ait. »

Un pot sans couvercle et rien dedans, ou les Mystères du Souterrain de la rue de la Lune, histoire

merveilleuse et véritable, traduite du frafi'^ çais en langue vulgaire^ par Louis Randol (Eusèbe Salverte). Paris, Logerot, an vu (1799), in-8 de viii-160 pages (les six dernières contiennent un catalogue de romans) et une gravure.

Ce livre est une critique assez amusante des romans noirs; le sujet du roman est le diable nouant l'aiguillette. On sait que l'on portait

|3o CRITIQUE, ANALYSES ET EXTRAITS

autrefois des haui-de-chaasses attachés a?ec nne aigaillette , et qae Ton disait d'an homme qui n^avait pu s'acquitter de certain devoir que le diable avait noué son aigaillette. Cet accident, malheoreasement assez commun, n'a guère le don d'éveiller l'intérêt ; toutefois le volume est bien écrit, humoristique ; il rassemble , dans un bref récit , aux déconfitures diaboliques d*amants près de leurs dames et aux mécomptes de ces dernières, plusieurs anecdotes piquantes et peu connues et des aperçus spirituels.

Une vieille, grimpant un escalier d'une maison de la rue de la Lune, prononce ces paroles : Un pot sans couvercle et rien dedans ; à l'instant; deux amants touchant au moment suprême, se trouvent dans la situation qu'expriment ces mots fatidiques.

Cette phrase, colportée malignement, produit le même effet sur tous les galants qui l'entendent. De là une suite d'aventures. Les hommes raisonnent savamment sur la cause de ces accidents, mais ils ne la découvrent pas. Les femmes, tout en se déclarant satisfaites de l'amour platonique, cherchent des dédommagements entreelles, mais elles s'en fatiguent vite et déclarent que si elles ne s*en mêlent, les hommes divagueront éternellement sur la cause et l'effet sans aboutir à rien. Elles consultent une magicienne à la mode, qui leur découvre que c'est un tour joué par le diable et qu'il n'y a qu'un homme dans de certaines conditions qui puisse le déjouer. Elles trouvent cet homme. Il est coiffé par la

d'ouvrages INTéRE88AMT8. l3l

TÎeille du fameux pot, mais cette fois elle dit: Un pot sans couvercle et quelque chose dedans. Le diable ne s'attendait pas à cette variante de la phrase^ il est vaincu et tout rentre dans le devoir.

Voici quelques anecdotes prises au hasard dans ce livre :

Un jeune homme poursuit une femme de son amour. C'était à une fête ; il la bloque dans un cabinet éloigné, la dame fait une longue résistence. Enfin elle faiblit! mais l'amant est à bout de force, il sent qu'il manque à son bonheur ce qu'il faut pour le sceller, alors il feint d'entendre du bruit.... Dieux! on vient!.... Il s'élance^ rajuste tout, et disparaît. La dame rentre au salon. Il la querelle sur sa longue résistance^ qui, ditil, a tout fait manquer. Elle le croit, et ne sut jamais qu'elle avait échappé à un affront auquel toutes les femmes sont sensibles, quoiqu'elles en disent.

La grande Almérine rit avec son petit amant de la phrase fatale. A force de rire des autres, on se monte l'imagination, le lieu était propice; au début de l'action , la belle avançant la tête vers son aimable nain : Petit, lui dit-elle, quand vous aurez fini, vous viendrez m'embrasser. Entendez-vous? Cette fois, le petit ne vint pas,.... car...

Car l'accident qui était le sujet des propos du jour trottait dans sa mémoire, et, ma foi !...•

l3s CUTI QUE, AHALTftEft BT EXTRAITS

Mob, riin des dignet amants de nos merveilleuses, jure qu'en rencontre pareille, il dirait tranquillement: Madame, en avez-vous un antre! Celui-ci ne me fait pas d* effet. Il est le même soir dans le cas d*emplojer ce mot insolent, mais loin d'ayoir ce beau sang-froid, il fait des excuses plus sottes encore que sa position, et s'attire deux soufflets d*une beauté peu endurante.

Dans une compagnie de femmes où il s'en trouvait de goûts différents , on discutait la question de savoir quels sont les baisers les plus toluptueux. Moi, dit une adversaire des Lesbiennes, je suis pour les baisers qui ont un manche.

Un vieux seigneur florentin avait apporté à Paris les goûts de son pays. Vos fantaisies, lui dit son pourvoyeur, nous compromettent diablement. Que ne prenez-vous des filles? Vous en trouverez de bonne volonté, et qui auront pour vous toutes les complaisances.... — Ah! fi donc! mon ami, fi donc ! c*est comme si tu me servais à table un gigot sans manche

En somme, le volume est assez original pour comporter une réimpression. Déjà VAnthologie scatologique en avait reproduit une historiette (pages 134-135). Si on ne la fait pas, tout cela va passer, en changeant quelques noms propres et quelques phrases, sous les noms de nos chevaliers de lettres modernes, qui réclameront les bénéfices de la loi sur la propriété littéraire, précisément pour les choses qu'ils y auront puisées.

d'ouvrages intéressants. i33

Recherches historiques sur la personne de Jésus-Christ, sur celle de Marie, sur les deux généalogies du Sauveur, et sur sa famille; avec des

notes philologiques^ des tableaux synoptiquesy et une ample table de matières ; par un ancien bibliothécaire (Et.-Gabr. Peignot). Dijon , Victor Lagier , 1829 , in-8 de xxiii- 275 pp.

Publié vingt ans avant la mort de Tauteur et lorsque, pour prix de sa conversion à Tultramontanisme, il eut obtenu la place de proviseur du collège royal de Dijon et d^inspecteur des études à l'académie de la môme ville, ce volume est un pur hommage à la doctrine catholique.

Or, on sait que les prêtres n'aiment pas beaucoup que d'autres qu'eux-mêmes se permettent d'enseigner les mêmes choses qu'eux , et que généralement, ils étouffent les ouvrages de ces concurrents dans le silence, ou bien ils y trouvent quelques graves défauts ; aussi le livre de Peignot s'éteignit-il dans le silence. Il est devenu assez rare et n'a pas été réimprimé.

Dans sa préface^ Peignot débite nombre de capucinades dont aucune ne vaut la peine d'être relevée; quelques détails sur Mahomet, tirés d'un ouvrage de M. Reinaud [Description des monuments du cabinet du duc de Blacas) pourraient seuls faire exception. Ainsi Mahomet (ou pour mieux dire Mohammed) n'était point, comme on l'a prétendu, un simple conducteur de chameaux;

il était d'une race illustre ^ de la tribu des Koraisch. U porta Taillamment les armes contre une autre tribu qui avait violé le territoire de la Mecque. U n*était point non plus un homme obscur quand Kahadidjah le prit pour époux. Bien que les Musulmans lui donnent jusqu'à 99 noms et surnoms de vertus (chaste, clément, miséricordieux, etc.) , il était loin de les mériter ; à 58 ans, il avait douze femmes , et il en épousa un grand nombre de nouvelles. D'un autre côté, il ordonnait de massacrer tous ceux qui ne se soumettraient pas à sa loi, etc.

Les Musulmans appellent Jésus lêsa; le Coran dit qu*il était né sans père, comme Adam avait été crée sans mère , et qu'il fut produit par la seule parole (verbe) de Dieu. Selon les Musulmans, Jésus opérait ses miracles avec son souffle ; il n'a pas été crucifié. Les Juifs croyant le faire périr, ont attaché à la croix un corps humain qui lui ressemblait. Il a été enlevé au ciel au moment de la passion. Il reviendra vers la fin des siècles pour confirmer la loi de Mahomet, et alors les deux religions n'en feront plus qu'une seule. A l'époque où Mahomet commença ses prédications , en 610, les juifs et les chrétiens se disputaient vivement la prééminence en Arabie, et Mahomet ne voulait se mettre en contradiction ouverte ni avec les uns ni avec les autres, mais il prétendait, en les réunissant, fonder une religion nouvelle qui succédât aux deux anciennes. On ne peut disconvenir qu'il n'y ait réussi jusqu'à un certain point, puisque

d'ouvrages intéressants. i35

l'islamisme est encore aujourd'hui pratiqué dans un grand nombre de pays. Peîgnot lui-même dit qu'on trouve dans le Ck)ran des idées sublimes f et y comme exemple , il cite celle-ci : « Tout ce qui existe, je Vai fait pour toi^ dit Dieu en s'adressant à l*homme ; mais toi, je fai créé pour moi. » Il en résulterait que Thomme jouerait le rôle d'une marionnette créée pour amuser Dieu qui s'ennuyait de toute éternité.

L'auteur commence ensuite son Introduction par ces mots : c De tous les livres qui existent, le plus beau, le plus curieux, le plus intéressant, le premier enfin pour un vrai chrétien , est sans contredit celui des Evangiles, ce livre par excellence qui renferme la vie et les instructions de N. S. Jésus-Christ. » — a Le cœur se nourrit avec délices du miel de ces pages sacrées...]^ Voilà un homme heureux s'il parle bien sincèrement!

Malheureusement , à la page suivante , Peignot avoue, que ni Tannée de la naissance de Jésus, ni celle de sa mort, ne sont connues dans l'histoire. Les Evangiles font bien foi de son existence sous les règnes d'Auguste et de Tibère, mais ils ne furent admis qu'en l'an 325 pan le concile de Nicée. Quant à Tacite, Suétone et Josèphe, historiens qui le nomment aussi, on conteste ces passages comme étant des interpolations.

Une lettre de Lentulns , produite seulement an XY* siècle , mais que l'on regarde comme fiibriquée dans le moyen-âge , donne quelques

l36 CKIT1QUE, ANALYSES ET EXTRAITS

détails sur la personne da Sauveur. Elle est supposée écrite du vivant de Jésus. Peignot suppose cette pièce calquée sur des descriptions antérieures, qui auraient eu pour base la tradition. Ce Lentulns n^est nullement connu dans Thiatoire, et c*est à tort qu^on le donne comme proconsul en Judée avant Ponce-Pilate ; c'était ValériuB Gratus qui remplissait alors ces fonctions.

Nicéphore Calliste a consacré aussi un chapitre de son Histoire ecclésiastique à faire le portrait de Jésus. Un troisième portrait est tracé par Ssint Laurent Justinien, premier patriarche de Venise, mort en 1455, dans son traité De casto connubio. Enfin Tabbé Fleurj, dans son traité des Mœurs des chrétiens, a consacré quinze pages à un tableau résumé de la vie et de la personne du Christ.

D'autres auteurs se sont occupés seulement de sa beauté, de ses perfections ou imperfections physiques. Nie. Rigault, Franc. Yavasseur, Pierre Pijart, Pierre Haberkorn , etc. , ont écrit de nombreux ouvrages sur ce sujet intéressant.

De la page 39 à la page 85, Peignot parle des différents portraits de Jésus-Christ , que Ton croit avoir été exécutés de son vivant et môme sur sa propre figure. Ainsi, il existe à Rome, dans la basilique de Saint-Pierre, une sainte face du Sauveur. On la conserve précieusement et on la montre tous les ans au peuple le jeadi et le vendredi saints , ainsi que la lance et la croix. On nomme ce portrait Veronica (vraie

d'ouvrages intéressants. i3y

image). C^est une représentation de la face de Jésus empreinte sur un linge. Les uns croient que ce linge est le suaire qui fut mis sur le visage du Christ après sa mort, d'autres que c'est le mouchoir avec lequel une femme essuya son visage quand il montait au calvaire chargé de sa croix. Plusieurs auteurs ont aussi publié des ouvrages sur cette sainte face, etc. ; mais nous passons tous ces détails qui paraîtraient une viande bien filandreuse pour les bibliophiles.

Page 85. De la statue érigée à J,*C. par Vhé^ morrhoïsse. Saint Mathieu, Saint Marc et Saint Luc nous apprennent qu'une femme, tourmentée depuis douze ans d'un flux de sang auquel avaient résisté tous les efforts de la médecine, se glissa dans la foule qui suivait Jésus , et qu^ajant seulement touché la frange de son vêtement , elle fut guérie à Tinstant. c Fides tua te salvam fecity> , lui dit Jésus. — L'évangile n'en dit pas davantage, mais Eusèbe, auteur chrétien du IV^ siècle, ajoute que cette hémorrhoïsse guérie par Jésus fit faire deux statues d'airain , l'une la représentant, et l'autre représentant le Sauveur qui lui tendait la main. Eusèbe prétend qu'il a vu lui-même cette statue ad similitU" dinem vultûs Jesu formatam. Beaucoup d'autres écrivains religieux répétèrent cette histoire en y ajoutant de nouveaux détails ; les païens avaient traîné cette statue de J.-C. dans la ville par les pieds et l'avaient brisée. Los chrétiens eu recueillirent les morceaux et les conservèrent religieusement, etc.

par la ville pour faire des coffres, des portes, etc. Peignot termine son article sar la sainte Vierge par une trentaine» de pages de recherches infructaeases sur les portraits qui ont pu être faits d'elle par le peintre Saint Luc, etc.

Nous arrivons enfin à la généalogie de Jésus. On sait que celle donnée par Saint Mathieu est tout-à-fait différente de celle donnée par Saint- Luc : Peignot entreprend le difficile travail de les concilier, ou pour mieux dire, de faire semblant de les concilier, car elles sont véritablement inconciliables. Il ne trouve d^autre moyen que de supposer que Tune des listes est celle des ancêtres de Joseph et Pautre de ceux de la Vierge. Mais , puisque JosQph n'est pour rien dans la paternité de Jésus, pourquoi les évangiles donnent-ils sa généalogie .au lieu de celle de Marie ? Parce qu'il avait reconnu cet enfant et qu'il Pa élevé et traité comme son propre fils. — Allons, c'est bien, n'en parlons plus.

Passons maintenant aux parens de Jésus.— — « Jésus-Christ, conçu par l'opération du Saint- Esprit, nous dit Peignot, a été fils unique de Marie ; cela est reconnu par toute la chrétienté; mais à quel degré lui étaient parens ceux qui sont nommés ses frères et sœurs dans l'évangile ? h Voilà sur quoi l'on n'est pas d'accord. Ici l'auteur entre dans le plus grand détail et nous expose minutieusement les idées sur ce sujet de saint Jean Damascène, de S. Epiphane, de Thoynard, de Tirinus, etc.

D*OUyRAGES INTÉRESSANTS. I4I

Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin Et je me sauve à peine au travers du . . latin,

car Peignot ne nous le ménage pas. Enfin à quoi conclut-il à sa dernière page (p. 250) ? Hélas ! à rien de bien clair. N^admettant pas d'abord que Marie ait eu d'autre enfant que Jésus^ « et écartant de même , ajoute-t-il , V opinion qui fait Saint Joseph père des six prétendus frères et sœurs de Jésus-Christ^ parceque nous aimons à lui conserver le caractère de pureté et de chasteté sous lequel on Vhonore , et qui lui a sans doute valu la gloire de son union avec Marie», il condui jusqu'à meilleur dvis^ que ces six jeunes gens devaient être simplement les neveux et les nièces de Josepb.

On ignore le lieu et le temps de la mort de saint Joseph. Les uns disent qu'il avait quatrevingts ans quand il épousa Marie et qu'il est mort âgé de 92 ans ; d'autres ne donnent que 50 ans à Joseph lors de. son mariage avec la Vierge, et ajoutent qu'il est mort 29 ans après la naissance de Jésus.

Le volume est terminé par une table alphabétique de matières et des noms propres cités; elle contient 20 pages.

14» CBITIQCCy ANALYSES ET BTIILAITS

I«*Szooai]ll11]lié, organe [hebdomadaire] des libres penseurs lyonnais. Denis Brack, directaar. Ljon, da 24 ami 1869 aa 8 octobre 1870, C8 Bvméroa în-foL

La préliee, dans le 1** n*, est brève, la voici:

« r'Jri— iMMui'i OQTre sas brms à tous les libres penseurs. « îloaateft», haiBoar et Tsillanoe , Toîlà notre derise. « FMrw. wêm. plvBes! »

Dcns Bback*

Cette petite déclaration de principes fat mal accueillie par les gens qoi pensent bien, et non pas librement, car le n9 2 commence ainsi :

« Hier matin, 29 avril , la boite de VExeomr mumié a été brisée à coups de hache. — Provisoirement, le concierge da n* 23 de la place Tholoian noas remettra nos lettres. On peut aoasi noos écrire à l'imprimerie Regard, rue de la Barre. »

Du reste , aussi longtemps que ce journal a continué à paraître, les persécutions de toat genre ne lui ont pas été épargnées.

Dans le n* 3, on remarque un article du ba^ ron de Ponnat sur l'invention de la vraie croix 3 mai}. Il paraît que c^est seulement en Tan 326 que son gisement fut révélé en songe à l'impératrice Hélène, mère de Constantin. Elle alla i\ Jérusalem , fit démolir un temple de Vénus , fouiller les fondations. On y trouva trois croix. Celle de Jésus était indiquée par on écriteau il-

d'ouvrages intéressants. 143

lûible signifiant: Jésus de Nazareth, roi des Juifsj etc.

Dans le n^ 5, une petite pièce de vers : transaction honnête (Cinquante francs payés comptant, etc.) , attira au directeur, Denis Brack , une condamnation à 15 jours de prison et 200 francs d'amende.

Dans le n^ 13, nous remarquons un article de M. Ch. Leballeur-Villiers^ intitulé : X'Jffbmme sous les religions:

« n est remarquable que toutes les religions s'efforcent d'inspirer aux hommes la soumission, la crainte, l'épouvante.

« Il n'y a pas un seul dieu , parmi tous ceux adorés sur le globe, dont l'essence soit la bonté. Tous sont sévères, menaçants et môme cruels.

Partout , par leurs prêtres , ils s'emparent des jeunes intelligences sur lesquelles ils greffent des idées fausses et saugrenues. »

Ce qui inspire à l'auteur ces réflexions, c'est le Catéchisme de 1860, avec approbation des évéques. En voici quelques passages:

a Demande, — Qu'est-ce qu'un mystère?

tt Réponse, — C'est une vérité que nous ne pouvons comprendre, mais que nous devons croire fermement, parce qu'elle nous vient de Dieu.

cD. — Que devint l'âme de Jésus-Christ lorsqu'elle fut séparée du corps?

c JR. — Elle descendit aux enfers, c'est-à-dire dans les limbes, pour délivrer les Ames des justes et les conduire au ciel avec lui {simple observa^ tion :— Autrefois^ avant que Galilée eût établi

144 CftITIQUE, ANAI^TSES ET EXTRAITS

que la terre était ronde, e*est dans ses entrailles que le catéchisme plaçait son enfer,,.,).

«i D. — Ceux qui ne sont pas de Téglise^ peuvent-ils être sanvés?

« jR. — Non , hors de l'église point de salut. Celui qui n'a pas l'église pour mère^ n'a pas Dieu pour père; etc., etc. d

Dans le no 19, on remarque un article de A.-S. Morin (dit Miron)^ intitulé : Les couvents bi'sexuels. On y parle des nombreux couvents d*hommes et de femmes voisins les uns des autres, et dans lesquels on a découvert des souterrains qui leur donnaient le moyen de se visiter aussi souvent quMls le jugeaient convenable et sans exciter Tattention et la malignité du public. «Maintenant, poursuit Miron, on se gêne moins et, dans beaucoup de maisons, les religieux des deux sexes vivent ostensiblement sous le même toit. Il a suffi de poser en principe que le service de la lingerie et celui detHofirmerie ne peuvent être convenablement remplis que par des femmes et que les religieuses ont plus de capacité sous ces deux rapports que les autres femmes. Dès lors, elles sont établies à demeure dans les séminaires et dans nombre de couvents des religieux.

t Réciproquement, dans les couvents de femmes , le prêtre, supérieur ou aumônier , a son logement. Quelquefois, un directeur ne suffit pas, ot il y a un groupe de moines. A Boissy-le-Sec (Eure et Loire), le même b&timent réunit trappistines «t trappistes ; ces derniers, bien entendu,

D^OUYRAGES INTéRBSSANTft. I45

sont chargés eiclnsivement de diriger la conscience des nonnes. Il est admis^ dans le monde dévot, que les personnes consacrées à Dieu sont étrangères aux passions humaines et peuvent avoir des relations familières sans qu'il se commette infraction au vœu de chasteté. Parfois, il est vrai, on parle de religieuses enceintes^ obligées de changer de couvent, d^accouchements clandestins, etc., et Ton désigne certains confesseurs^ etc.; mais le clergé étouffe tous ces bruits et trouve toujours une explication telle quelle à tous les faits scandaleux^ ou môme criminels.»

Dans le n"» 23 (25 septembre 1869), nous remarquons la condamnation de deux frères instituteurs dans les écoles communales de Beauvais, Almerée et Almir, Tun à dix ans de travaux forcés pour avoir commis 14 attentats à la pudeur sur la personne de jeunes garçons âgés de moins de treize ans, et l'autre aux travaux forcés à perpétuité pour avoir, en quatre mois, rendu trente-deux enfants victimes de sa lubricité. Denis Brack , auteur de l'article , dit que ces faits et des condamnations analogues arrivent très-souvent, et que lui-même, en juillet 1865, se trouvant à Versailles, il a entendu condamner aux travaux-forcés à perpétuité un frère du nom de Qesbert; dans son école à Dourdan (Seine et Oise), sur 140 élèves, 82 avaient eu à subir les atteintes des frères!... Il cite un grand nombre de condamnations de frères pour les mêmes causes, et il y a des faits vraiment horribles. Ainsi , à

Monlfaucon (Haute-Loire), le frère Pouhols, dans une sotte colère de jalousie, a mutilé un jeune garçon de quinze ans. A Saintes (Charenteinférieure), dans une seule école, une centaine d^enfants furent odieusement souillés par les fi-ùres, etc. D'après une statistique spéciale, les frères et instituteurs congréganistes ont commis proportionnellement douze fois plus de crimes que les instituteurs laïques.

Nous distinguons aussi dans le no 32 un petit article de Brack : V Infaillibilité papale, C^est, en peu de mots, une histoire résumée de la papauté. Depuis Simon Bar Jonas, dit Saint Pierre^ jusqu'à Pie IX, il 7 a eu 293 papes dont 31 ont été désignés comme usurpateurs, antipapes. — Sur les 262 papes légitimes, 64 ont péri violemment:

18 sont morts empoisonnés,

Etienne VI a été étranglé, ainsi que Benoit VI,

Jean X étouffé,

Léon III et Jean XVI mutilés,

Luce II tué à coups de pierre,

Jean XIV affamé,

Grégoire VIII dans une cage de fer,

Célestin V avec un clou enfoncé dans les tempes.

Clément V brûlé sur un lit d'agonie,

Boniface VIII s'est suicidé.

Pie IV est mort d'excès dans les bras d'une femme, 26 papes ont été déposés, exilés ou expulsés,

sans compter les papes* d'Avignon,

D^OUYRAGES INTERESSANTS. I47

2S ont appelé l'étranger en Italie pour les soutenir sur leur siége^ 35 papes furent hérétiques!....

En somme : 90 papes morts tragiquement, expulsés, etc. ; 35 qui auraient mérité de l'être comme infidèles à Tinstitution pontificale ; et 28 qui auraient subi les mêmes châtiments si l'étranger ne fut pas intervenu pour les sauver: donc, sur 262 papes, 152 furent indignes. Quelle garantie d'infaillibilité pour l'avenir!

Le n® 38 contient encore un bon article de Mirou sur le Saint Prépuce. L'abbaye de Coulombs, diocèse de Chartres, possédait cette précieuse relique, qui avait la vertu de rendre fécondes les femmes stériles, et de procurer d'heureux accouchements aux femmes enceintes. En 1422, Henri V, roi d'Angleterre et maître d'une grande partie de la France , l'emprunta aux religieux de Coulombs et la fit toucher à sa femme, qui accoucha heureusement ; fidèle à sa parole, il renvoya le joyau en France. Le saint Prépuce existe donc toujours dans l'église de Coulombs, devenue paroissiale, et les femmes enceintes y viennent en foule encore aujourd'hui pour le baiser respectueusement. Mais d'autres églises se vantent également de posséder le seul vrai prépuce de N.-S. Jésus-Christ, coupé le jour de la circoncision : la cathédrale de Puy en Ve* lay, la collégiale d'Anvers, l'abbaye de Saint- Sauveur de Charroux, l'église de St-Jean de Latran, à Rome, Téglise de Hildesheim, en Saxe^ et la cathédrale de Metz où la relique était au-

I4S CUTKlUKy A2IALTSES ET EXTRAITS

robjfil d*aii culte très-pompeux. Aux rogmtioiity on porUit ce saint prépuce en proces- ■ioB. A S&int-Jean-de-Latran , lors du sac de Rome, en 152f7, un soldat enleva du sanctuaire de cette église une caisse de reliques; il la ca> dia, et on ne la retrouva que trente ans après. On ne saTsit pas ce qu*elle contenait. La dame du lieu y aidée de deux de ses parents et d'un prêtre, ouvrit cette caisse, j trouva diverses reliques; mais arrivée à un petit paquet sur lequel on lisait le nom de Jésus, elle sentit ses mains devenir tout-à-fait raides, et elle s'écria que ce paquet contenait le saint-prépuce. Une jeune vierge de sept ans, diaprés le conseil du prêtre, fit l'ouverture du paquet. Le saint-prépuce exhalait une odeur des plus suaves ; on le plaça dans le sanctuaire , et il opéra un grand nombre de miradea, etc., etc.

Charroux est une al>baye fondée en 788 par Charlcmagne qui lui fit présent de dons considérables, et, entre autres reliques, d^un morceau de chair rouge {caro ruhra , d'où est venu le nom de ehamntx) détaché par la circoncision de la chair du Christ. Des bulles de plusieurs papes j attachèrent des indulgences ; mais malheureusement, au XY* siècle, cette relique disparut, à la suite de la prise de Charroux par les Huguenots. Un ouvrier maçon, en abattant un pan de mur , la retrouva en 1856 , et le 14 janvier 185Q, Tévéque de Poitiers déclara que ces reliques étaient bien celles possédées par l^ancienne abbaye, et il rétablit randen céré-

d'ouvrages iNréRESSANTS. 149

monial. Oa se moqua beaucoup de lui, mais il publia en 1863 une réfutation des mauvais plaisants. Il y déclare^ que comme chrétien, il pardonne à ses ennemis; mais, comme pontife, il serait bien aise que le bras séculier se char" geàt de les châtier.

Dans le n® 43 de V Excommunié, nous remarquons des articles de MM. J.-M. Cayla, Pierre Lagarguille, etc. ^ sur les jésuitesses et sur les jésuites de robe courte. Les jésuitesses s'appellent dames du sacré-cœur. Elles élèvent les jeunes personnes^ les riches héritières, les filles de la noblesse, et, comptant des succursales dans presque toutes les grandes villes de France, et même dans nombre de villages, elles ont des auxiliaires innombrables portant toutes sortes de noms et costumes, pour l'enseignement des femmes. Elles n*ont point besoin de capacité; leurs lettres d'obédience leur tiennent lieu de diplôme.

Quant aux jésuites que Ton appelle de robe courte, ce sont ceux qui, bien qu'affiliés réelle-' ment à la confrérie de Loyola , n'en portent point l'habit et composent sa police secrète. Ces auxiliaires, ou coopérateurs, comme on les appelle, sont répandus en grand nombre dans tous les rangs de la société. Il est difficile de les reconnaître et d'échapper aux pièges qu'ils vous tendent. Les uns, prenant hypocritement toutes les formes, tous les visages nécessaires, s'introduisent dans les familles où le froc n'aurait aucune chance d'être admis. Affectant Tindiffé-

iBo CRITIQUE, ANALYSES ET EXTRAITS

rence en matière religieuse et politique, inûnuants , polis , obséquieux , ils sMmposent par tous les moyens possibles , et même, en cas de besoin , par quelques petits services rendus à propos. Il surprennent les secrets des familles, brouillent les amis , divisent les parents. Un jour , tout vous devient revêche , rien ne vous réussit, une sorte de fatalité vous poursuit. Vous voyez vaciller autour de vous le crédit, la considération, Testime, sans que rien le justifie, et celui qui vous perd ainsi continue à vous parler et à vous sourire d'un air béat. — La seconde catégorie des jésuites de robe courte, les cyniques ceux-ci, sont hommes d'affaires, courtisans , journalistes , valets plus ou moins galonnés. Ils mènent de front les plaisirs et les austérités ; ils boivent plus de vin de Champagne qu'ils n'usent d'eau bénite ; ils manient à la fois l'épée et le cierge , le revolver et le goupillon. Ils sont Tavant-garde , les fier-à-bras , les engueuleurs des jésuites. Ils font le plus de bruit possible. Ils injurient, calomnient, provoquent leurs adversaires pour empêcher toute discussion , tout éclaircissement. A ce vilain métier, certainement, ils s'attirent le mépris des honnêtes gens de tous les partis, mais les honnêtes gens ne sont pas toujours en majorité, ou du moins, ils sont faibles souvent. Les cyniques ont de dispendieux besoins à satisfaire , ils absorbent énormément de toutes choses et ils coûtent les yeux de la tête aux chers frères. Le général a mis plusieurs fois sur le tapis la ques-

d'ouvrages intéressants. i5i

tion de les supprimer, mais on a reculé devant cette mesure extrême dans la crainte de les voir passer à Tennemi avec armes et bagages.

Ce n« 43 de VEœcommunié est consacré uniquement aux jésuites ; il a obtenu un tel succès qu'il a dû en être fait cinq tirages successifs. Dans le n^ 45, on trouve aussi sur eux quelques autres détails. Il est question d'abord de plusieurs de leurs œuvres: la Société des enfants de Marie , pour diriger des jeunes filles de 14 ans et au-dessus ; la Société des mères chré^ tiennes^ réunissant environ 10000 femmes! Un sermon est donné chaque mois aux femmes seules; les maris en sont rigoureusement exclus. Il est clair, ajoute Karl Brunner, l'auteur de l'article, que c'est un moyen de fabriquer des mères chrétiennes. — Ici se place naturellement Varchiconfrérie^de Saint-Joseph, C'est dans l'église de ce nom que l'on se réunit. On y porte les fameux cordons que vous savez... — N'oublions pas la Société des familles dont le centre est à Lorette, capitale jésuitière, et qui rayonne sur toutes les paroisses.

Nous voyons ensuite les Mémoires autogra^ phes de la Vierge^Mére, publiés par un R. P.

jésuite. Marie y raconte sa propre histoire dans le style d'une bonne bourgeoise, d'une grisette^ et avec mille détails ridicules. U Excommunié fait d'amusantes citations des articles: Mon physique; — Mon éducation; — Je suis de-* mandée en mariage; — Je me résous au mariage; — la Visite de Vange; — Saint-Joseph

l52 CRITIQUE, ANALYSES ET EXTRAITS

h* est pas content; etc. Voici, par exemple, le récit de Tannonciation. La Vierge avait pris quelques moments pour vaquer à la méditation

et à Toraison. a Un petit bruit inaccoutumé

se fait entendre. Je crus que c'était saint Joseph qui m^appelait. Je me retourne, et je vois un homme ctincelant de lumière qui m'adresse ces paroles: « Ave, gratta plena. — Je vous a salue, pleine de grâce! > — Aussitôt, le trouble s'empare de mon âme, et mon trouble augmente lorsque ces paix)le6 sont accompagnées d^un compliment « Lominus tecum. — Le Seigneur

est avec vous et vous êtes bénie entre toutes les femmes! » — L'ange s'aperçut de mon trouble et ajouta : <c Ne craignez point, Marie ; vous avez a trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez et a mettrez au monde un fils que vous appellerez a Jésus. » — Je répondis à l'ange : a Ce que vous Q dites est impossible, parce que j'ai fait vœu a de virginité. » L'ange me répondit que ma virginité ne serait point violée, que le Saint- Esprit formerait en moi le corps de l'enfant dont je serais mère, que cet enfant serait saint et serait appelé fils de Dieu.... — Je n'avais plus

d'excuse »

Dans le n* 48, nous remarquons un nouvel article de Miron sur saint Joseph, le bon vierge. tt On a divinisé Marie, dit-il. Le journal intitulé le Rosier de Marie a pour épigraphe: « Tout c dans le monde se fait par Marie, rien sans « Marie, » Dès -lors on a senti le besoin de grandir son mari. On parle de lui confectionner un

d'OUVKAGBS WTéRBSftANTS. l53

cœur^ à l'instar de ceux de Jésus et de Marie. En attendant, les pèros Maristes exploitent son cordon^ précieuse amulette dont ils se sont réservé le privilège, et qui opère une infinité de miracles, comme on peut s'en assurer par le petit livre du père Huguet, intitulé: Vertu mi" raculeuse du cordon de sainU Joseph, Le môme père publie aussi une feuille mensuelle intitulée : Propagation de la dévotion à saint Joseph, feuille qui n'est remplie que de narrations des merveilleux effets du cordon. — Dans la plupart des pensionnats dirigés par les bonnes sœurs, les lettres qu'écrivent les élèves ont pour entête les trois initiales J. M. J., c'est-à-dire: Jésus^ Marie^ Joseph; nouvelle trinité qui menace de supplanter Tancienne. « Les titres de saint Josepl) sont des plus solides. D^abord, en sa qualité de père nourricier de l'enfant Jésus, il le débarbouillait, le nettoyait, changeait les langes ; tout lui passait par les mains. Jadis ^ le porte' coton était un grand ofSicier de la couronne. Joseph portait bien autre chose que du coton! De plus, il était d^une chasteté incomparable, à rendre des points aux rosières les plus candides. .Aussi lui met-on à la main un lis, symbole de sa pureté immaculée. Il est donc digne de faire pendant à la bonne vierge et d'être proclamé le bon vierge, »

Le n^ 49 est consacré aux crimes des Jésuites. Nous y trouvons, entre plusieurs articles remarquables, une analyse du livre publié en 1648 par le jésuite Pierre Jarrige, recteur du collège

l54 CRinQ.UB, ANALYSES ET EXTRAITS

de Bordeaux. C^est un in-12 de 108 pages intitulé : les Jésuites mis sur Vëchafaud, Cet ouvrage est divisé en 12 chapitres. Le premier, qui n*est guère qu*une introduction^ est consacré à démontrer que la coutume des jésuites est d'attaquer toujours ceux desquels ils peuvent avoir une juste appréhension qu'ils révèlent leurs crimes, — Le chapitre II contient les crimes de lèse-^najesté commis par les jésuites. Le chapitre III révèle les usurpations et anti dates (faux) commises par les Jésuites, Jarrige, à la fin de ce discours, annonce que plas tard il publiera a comment les révérends pères prennent occasion, en confessant les concubines des prélats, de s'emparer de Vesprit et des bénéfices de leurs rufflens. » Le chapitre IV concerne les meurtres des petits enfants trouvés commis par les Jésuites, dans T hôpital dirigé par eux à Bordeaux. Les chapitres V à X formulent diverses accusations d* Impudicités dans les classes des Jésuites, dans leurs visites, dans leurs maisons, dans leurs voyages et aux maisons des champs, et dans les couvents des nonnains. Dans ces chapitres, Tauteur accuse les Jésuites de n^avoir respecté ni TAge, ni le sexe de leurs victimes. Il cite des faits nombreux , des noms propres , invoque les témoignages vivants. Dans le chapitre XI, il accuse les Jésuites de faire de la fausse monnaie, offre d*en fournir la preuve juridique, et nomme même quelques membres de Tordre coupable de ce crime. Le chapitre XII reproche aux Jésuites

d'outrages INTéRESSAMTS. l55

lenrg vengeances et ingratitudes, — Bref, Jar- Tige trouve dans son seul collège des faussaires, des faux-monnayeurs, des meurtriers, des sacrilèges^ des sodomistes, etc., coupables, non pas d'un ou de deux attentats , mais de vingt , de cinquante, de cent, a Qu'on juge à présent, s*écrie-t-il , la Société entière sur un pareil échantillon ! t — Après ces douze chapitres viennent des Réflexions sur les doujge discours pré" cédents,

N<" 52 et 55 , VEcole des jeunes filles^ ou Lettres d^un athée ; par Adolphe Rojannez. L'auteur fait remarquera son élève que, d'après les dévots personnages qui se sont emparés de Tesprit des femmes, elle n'est qu'un être impu» et maudit , source du péché , cause de tous les maux du monde, origine de tous nos malheurs et de tous les fléaux qni nous accablent; c'est elle qui a fait condamner l'humanité à la misère, aux fatigues, à la maladie, à la mort. La femme est esclave, car, dit saint Paul, elle a été faite pour l'homme, et non point l'homme pour la femme. C'est un ôtre tellement inférieur et avili qu'elle est incapable 4*exercer le sacerdoce. Non seulement, elle doit se confesser à un homme, tandis qu'elle-même ne peut recevoir la confession de personne ; mais encore elle n'est pas admise à l'honneur de servir la messe et elle est exclue du chœur des églises comme indigne d'approcher du Sanctuaire. Non seulement, les prêtres proclament la déchéance de la femme, mais, faisant du célibat l'état le plus saint, le mariage

n'est toléré qae pour les imperfections du plus grand nombre des fidèles. Le célibat est supérieur au mariage parce que , selon eux , tout contact avec la femme est une souillure!

a Or, mademoiselle, pour nous autres monstres et misérables athées sans foi ni loi , la femme est la source de toute noble inspiration, de tonte consolation, de tout bonheur, de la vraie moralité. L*amour d'une femme est l'un des plus grands biens auxquels nous aspirons. Nous protégeons leur faiblesse; nous défendons leurs droits ; nous la voulons heureuse et respectée ; nous cherchons à la dégager des ténèbres dans lesquelles on a plongé son esprit, à rinstruire, à la relever à ses propres yeux^ à lui apprendre à faire usage de sa raison et k rechercher la justice et la vérité dont elle pourra dès-lors transmettre les premières notions à ses enfants, espoir de l'avenir, au lieu de les abrutir avec des menaces de croquemitaine. »

Le n^ 65 contient la Physiologie des Ignorantins. En 1863 , la France contenait 8600 ignorantins élevant 444,000 garçons , et 38,000 ignorantines élevant 1 million 167,000 filles! — et ces chiffres, en 1870, étaient encore considérablement augmentés ! Or, cet enseignement ne brille que par son ignorance ; il n'y a guère que les frères directeurs qui aient un brevet de capacité. Chez les sœurs, c'est pis encore. Sur huit mille supérieures, la plupart n'ont pas le moindre brevet et n'ont qu'une simple lettre éTobédience. L*éducation de la jeunesse se trouva ainsi livrée

D'ourmAGBS niTtaEftSAim. i5j

à une puissance occulte, abrutissant autant qu'il lui est possible, au lieu de les instruire, les générations de l'avenir. Pour apprécier les dangers multiples de cette éducation faite par les ignorantins, il est bon de lire avec attention tout ce numéro 65 et même le n* 66.

Dans ce dernier numéro, Miron raconte l'histoire du jeune jésuite Stanislas Kotska. Il aimait tant la Vierge qu'un jour qu'il était malade, elle lui fit l'amitié de venir le voir. Elle tenait dans ses bras l'enfant Jésus, et elle le déposa sur le lit, afin de causer librement avec le malade. Malheureusement, cette remarquable conversation n'a pas été reproduite par les historiens.

L'Ecscommunié est, on le comprend, un recueil destiné à devenir très-rare. Condamné plusieurs fois , il allait être forcé de cesser de paraître, lorsque les événements de la guerre lui en firent une nouvelle loi. Parmi les collaboratrices, on distinguait plusieurs dames, mesdames Pauline Souci, Paule Minck, etc.

Liste de publications remarquables faites hors

de France.

Les personnes lettrées connaissent bien tontes les publications faites en France et qui méritent, à un titre quelconque, d'être remarquées; le Journal de la librairie^ très-bien fait^ les tient constamment au courant. Mais^ quant aux publications faites à l'étranger et qui ne sont pas annoncées en France, il serait utile qu'une certaine connaissance en fut accessible aux esprits qui s'y intéressent, et c'est un petit service que nous voudrions pouvoir leur rendre. Si l'essai de ce genre que nous faisons aujourd'hui est bien accueilli , nous tâcherons de continuer et d'être aussi complets et exacts que possible.

HOLLANDE. — Un petit volume in^lB, publié chez R. C. Meijer , à Amsterdam , est un des ouvrages nouveaux les plus curieux que nous ayions reçus de ce pays ; il est intitulé : Letter^ kundige Kunststukjes (Curiosités littéraires) . Ce volume, dont le texte est en hollandais, contient des poésies de toutes sortes de langues : en poi> tugais, en espagnol, en latin ^ en allemand, en anglais, etc. Toutes sont très-originales et bien choisies. Nous ne résistons pas, pour en donner

MéLANGBS. 1 59

la preuve, à citer quelques petites pièces françaises; commençons par une chanson de Panard:

Nous ne pouvons rien trouver sur la terre

Qui soit si bon ni si beau que le verre.

Du tendre amour berceau charmant^

C'est toi , champêtre fougère ,

C'est toi qui sers à faire

V heureux instrument

Où souvent pétille,

Mousse et brille

Le jus qui rend

Qaif riant.

Content.

Quelle douceur

Il porte au cœur!

Tôt,

Tôt,

Tôt,

Qu'on m'en donne,

Qu'jOn Ventonne ;

Tôt,

Tôt,

Tôt,

Qu'on m'en donne,

• Vite et comme il faut:

L'on voit sur ces flots chéris

Nager l'allégresse et les ris.

Maintenant une pièce de 25 vers se terminant par les diverses lettres de l'alphabet. Elle est due à Camille Debans:

Quand Adam fut créé, tout seul il s'ennuy A

Dans de vagues pensées trop souvent aàsor B

Il suppliait son Dieu de les faire ces O

Dieu crut à ses désirs devoir enfin eé D»

i6o HÉuuraBs.

VBowoM «n fut pour ta côte. . . Eve alors fut créé E

Eve était eiduiaonte et bette au premier eh F

Depuis la création sa race a peu chan G

Et de plaire et séduire éUe s'est fait la t H.

A force de s*aimer le monde s'arrond I

L'amour, ce doux plaisir, cette douce ma J

Ne donnait que bonhsur et jamais de tra K

La femme était constante et le mari fid L Que faire! Ils étaient seuls, il faut bien que Von s' M

Pas de rivaux d'amour, pas d' ennui ^ pas de h If

Oh t c'était le beau temps des plaisirs, du rep

Tandis que de nos jours on voit l'homme occu P

Courbant sous le destin, par le besoin vain Q

Et pour qui le travail devenu néces M

S*assied à son chevet, le poursuivant sans ces S -

Eh! bien, soit; travaillons et vive la gai T

Que jamais le chagrin ne nous trouve ab€Ut U.

J'ai vu soixante hivers; je pense avoir trou V

Des amis que je tiens en réserve au beau fi X

Je crois à ce bonheur; comme moi croyez Y Et qu'un Dieu protecteur novks soutienne et no%ts Z.

Epitaphe de Maurice de Saxe, mort à l'Âge de 55 ans. Le dernier vers fait allttsion à sa religion; il était protestant:

Son courage l'a fait admirer d'un choc i

H eut des ennemis, mais il triompha 2

Les rois qu'il défendit sont au nombre de 3

Pour Louis son grand ccsur se serait mis en 4

En amour c'était peu pour lui d'aller à 6

Nous l'aurions s'il n'eût fait que le berger Tir 6

Mais, pour avoir souvent passé douze, hic ja 7

n mourut en novembre, et de ce mois le 8 Strasbourg contient sa cendre en un tombeau tout 9 Pour tant de Te Deam pas un De profua iO

Vers à double sens, selon que Ton les lit entiers ou que Ton les coupe par la césure:

Vive à Jamais La famille royale Oublions désormais La race impériale Soyons donc le soutien Du comte de Chambord Cest à lui qu'appartient La raison du plus fort

Vempereur des Français Est indigne de vivre:

La race des Capets Doit seule lui survivre!

De ce Napoléon.

Chassons Vâme hypocrite Cette punition^ A son juste mérite.

Voici des bouts-rimés bien remplis par un poëte nommé Mouzin:

€bux qub jb hais.

Je hais celui qui trompe et flétrit une femme.

Je hais Tibérius, Néron, Catilina,

Et les autres tyrans. — Je hais Vhomme dont V âme Devant quelque danger lâchement fouina;

Celui qui pour avoir des honneurs, rampe et jongle ; Celui qu'on paye afin qu'il soit bon citoyen ;

Celui qui veut toujours au prochain rogner V ongle ; Celui qui, baptisé, devient juif ou païen.

Du sol qui fait mûrir la douce mirabelle ,

De ma chère Provence, où naquit Mirabeau,

Je hais les ennemis. — De ma vie encor belle, Je hais tel qui voudrait éteindre le flambeau.

Je hais un ignorant qui blâme V Orestie,

Qui méprise Dumas, Méry, Karr, Oabrio,

Et tant d'autres à qui la gloire est répartie.

Je hais les gens qui font abus de V agio ;

Les riches qui, voulant faire aux pauvres la figue, Leur refusent du pain et dînent d'un faisan ;

La tourbe des jaloux qui contre nous se ligue;

l62 lOÎLANGES.

£« proiigttê qui jette au» chUm U parmesan;

Uwoar* qui vimàrait dîner d^wnê noisette;

Le gourfMfid trop gorgé de vin et de p&té;

Le fat qui, tane rougir, insulte la grisette,

Bt lé Ueteur qui dit: * Que Mouzin soit b&té ! »

Enfin, pour terminer ces citations, donnons la petite ôpttre adressée par Théophile Gautier à ■on ami Charles Qarnier:

Oarnier, grand maître du fronton, De V astragale et du feston, Mardi, lâchant là mon planton.

Vu fond de mon lointain canton, Tirai chez toi, tardif piéton, Aidant mes pas de mon hdton, Et précédé d'un mirliton, Duillius du feuilleton, Je viendrai, portant un veston Jadis couleur de hanneton, SoiM mon plus ancien hoqiMton, Les gants et le col en carton, Les poitrails à la Benoiton St les diamants en bouton Te paraîtraient de mauvais ton Pour ce fraternel gueuleton.

Qu'arrosera le piqueton.

Que ce soit poule ou caneton, Perdrix aux choux ou miroton.

Pâté de veau froid ou de thon, Nids d'hirondelle de Canton Ou gousse d'ail sur un croûton, Faisan ou hachis de mouton, Pain bis, brioche ou paneton, Argenteuil ou Brane^mouton, Cidre ou pale-ale de Burton, Chez Lucullus ou chez Coton,

KéLANGES. l63

Je m'emplirai jusqu'au mentofif Avalant tout comme un glouton, Sans laisser un seul rogaton Pour la desserte au marmiton.

Pendant ce banquet de Platon, Mêlant Athéne à Charenton, On parlera de Wellington Et du soldat de Marathon, D'Aspasie ou de Mousqueton Et du Saint-Pire et du Santon; Chacun lancera son dicton.

Allant du char de Phaëton Aux locomotives Crampton, De V Iliade à V Oncle Tom, Et de Babylone à Boston.

A très^gr and* peine satHra-t-on Si c'est du basque ou du teuton.

Du sanscrit ou du bas^reion

Puis vidant un dernier rhyton.

Le ténor ou le baryton, Plus faux qu'un cornet à piston, Sur l'air de: Tontaine, tonton, Chantera Philis ou Oothon, Jusqu'à Vheure où le vieux Titon Chasse Vaurore au frais téton.

Mais il faut finir ce centon A la manière d'Hamilton, Ou j'ai, pour mieux rimer en ton Fait de la muse Jeanneton.

Dans mon fauteuil à capiton, En casaque de molleton, Coiffé d'un bonnet de coton.

Je m'endors et je signe: Ton,..

Ami de cosur et de plume

TBéOPBlLB OaUTIBR.

164 ii£langb8.

BELGIQUE. — Voici la note de quelques publications faites en janvier et en février de la présente année 1876 :

Manuel cT économie domestique^ à T usage des écoles de filles; par Gh.-H. Barlet. Liège, chez L. Dethier, in-12 de 82 pages.

L'Ecole populaire et le rationalisme con-temporain; pST Eug. Bernimolin. Tome I'% in-8 de 396 pp. à 2 colonnes. Liège. — L^ouvrage aura un second volume et coûtera 10 francs.

Histoire des éeSques et archevêques de Cambrai, par Tabbé Alph. Bourgeois. Tournaj, veuve Casterman, gr. in-8, 7 francs.

Histoire synchronologique des souverains pontifes et des évêques et archevêques de Camr brai\ par Tabbé A. Bourgeois. Tournay, V. Casterman , gr. in-8 de 754 pp., 12 francs. — La maison Gasterman est, comme en France, Marne, à Tours; Ardant et Barbou fr. à Limoges; Poussielgue, Yaton, Meyrueis, Lecoffre, etc., à Pans, .une grande fabrique de livres de piété et de mysticisme. Dans ces mois de janvier et de février seuls, cette maison a publié 40 à 60 petits volumes d éducation, de poésies saintes, de petits romans religieux, etc.

Annuaire de V horticulture belge. Gand, chez A. Hoste, in-18 de 180 pp., 2 francs.

Œuvres complètes de Saint Alphonse de Liguori^ traduites de Titalien, etc.; par Léop. J.

MéLANOBS. l65

Dajardin , prôtre. Tournay , Gasterman , 3 vol. in-18, 7 fr. 50 c.

Essai sur l'industrie et le commerce belges , français et étrangers, leur état actuel et leur avenir i par Henri Houtain. Gand, lib. Ad. Hoete, in-8 dd 272 pp. avec tableaux et cartes. 4 francs.

Le Droit pénal de la république athénienne^ précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaire ; par Thonissen , prof, à rUniversité de Lonvain . Bruxelles , Bruylant- Christophe, iU'S de ix-49 pp., 9 francs.

Louise Lateau devant V Académie royale de médecine de Belgique. Rapport médical sur la stigmatisée de Bois-d 'Haine; par le D. Warlomont. Qand , Muquardt , in-8 de xz-260 pages, 4 francs.

La Filleule du Maréchal^ parodie satirique de la filleule du Roi; par Georges Cavalier, représentée pour la première fois au grand théâtre politique de Versailles, le 25 février 1875. Bruxelles , Âbel Blanche , in-8 de 32 pages. — M. Âbel Blanche est le fils de M. J. Blanche, bibliophile distingué , mort récemment à Bruxelles. M. Georges Cavalier est un homme d'esprit bien connu sous le sobriquet de Pipe^en» bois. Il a fait représenter au théfttre des Galeries Saint-Hubert, au commencement de cette année-ci, une petite revue de Tan passé intitulée: A VAmigo ! — Quant à la Filleule du Mare" cJmI^ c'est une satire politique.

I&6 IfiLANGES.

Annuaire de V Académie royale des Sciences^ des lettres et des beauacharts de Belgique» 1876, 42* année. Bruxelles , in- 18 de 354 pages et 3 portraits, 1 fr. 50 c.

Traité d* Algèbre élémentaire; par Y*. Falisse et J. Graindorge. Mons^ Manceaux, in-8 de 304 pp., 4 francs.

Essais sur les grandes époques de notre histoire nationale^ et mélanges politiques et littéraires; par le baron de Ûerlache. 4^ édition [tome lY , de ses Œuvres complètes), Bruxelles, H. Goemaere, in-8 de 504 pages, 3 fr. 50 c.

AidS'-mémoire de médecine militaire. Recueil de notes sur l'hygiène des troupes, les subsistances militaires, etc.; par Em. Hermant, médecin de régiment. Bruxelles, Muquardt, in- 18 de 524 pages, 5 francs.

ITALIE. — Liste de publications françaises faites dans le premier trimestre de 1876:

Procès Luciani et consorts. Assassinat de Raphaël Sonzogno commis à Rome le 6 février i875. Débats , etc. Milan , à la typographie Sonzogno, et Paris, à la Librairie illustrée, 1875, in-16 de xxxn-504 pp. , 4 francs.

Etude sur la question d* Orient, La Turquie et les réformes. Le panslavisme et le pangermanisme, L'Autriche'Hongrie , etc.; par Rob.

North. Rome^ in-8 de 148 pp., 2 francs.

IcéLANGES. 167

Un mot sur la Turquie et ses réformes; par Ant.-G. Cezune. Impr. du Popolo Romano y à Rome, et à Paris , galeries de TOdéon. In-8 de 32 pages.

Théorie des formes binaires ; par le chev.

Faà di Bruno. Turin, gr. in-8 de xiii-320 pp. et 3 tabl.^ 16 francs.

Raccolta di 120 principali disegni origi" nali di MichelangelOy Raffaelo, Leonardo da Vinci y Tiziano e d'altri celebri artisti,esi^ stenti nella R. Accad, di Belle Arti in Yene^ jgia, Venise, fac-similé format in-4, en héliotyple, de 120 tableaux. 2 toI. rel. perc. , 120 francs.

Magasin des arts et de l'industrie. Organe du progrès de toutes les branches de VinduS' trie artistique, 1" année. Milan , chez Ulric Hoepli, in-4®, 16 fr. par an.

Le Trésor littéraire et scientifique de la langue française; par Louis Arnulf. Savone^ typogr. André Ricci, in-16 de 264 pp.

Que faire f roman, par N.-G. Tchernychewski.

Milan, Robecchi, in-16 de 530 pp., 4 fr.

Recueil d'anecdotes , de dialogues , etc, , à l'usage des écoles complémentaires ; par Christine Griserl. Turin, in-8 de vin-132 pp. , 1 fr. 75 cent.

Gallicismes^ idiotismes et isophones; à l'usage des écoles militaires; par A. Monastier. Turin, in-12 de viii-236 pp. , 2 fr. 50 c.

l68 MiLANOm.

Œu9r€S dé Rabelais, prôcédëM de sa biographie et d'une dissertation snr la prononeiation da français an XVI* siècle , et accompagnées de notes explicatives du texte ; par A.-L. Sardon. Turin, J. Qay, tomes II et III, ouvrage terminé. 30 fr. les 3 vol. — Le premier volume est orné du portrait authentique de Rabelais et d'un autographe de lui; le 3* volume est terminé par une table curieuse des anecdotes, contes et historiettes contenus dans l'épopée rabelaisienne.

Les Abyssiniennes et les femmes du Soudan orientaly d'après les relations de Bruce^ Browne^ Baher^ Caillaud^ etc. Turin, Jean Gaj, in-8 de 128 pp. , 5 francs.

Un abrégé de Vhistotre de Venise ; par le baron Van den Steen, Venise, in-16 de 232 pp., 3 francs.

Bibliographie des ouvrages relatifs aux pé" lerinages , auœ miracles , au Spiritisme^ et à la prestidigitation^ imprimés en 1875. Turin , in-8 on in-12| 5 francs.

Saisie de liwres prohibés faite auœ couvents des cordelière à Lyon, en 1684. Turin, in-8, 5 francs.

Itinéraire de Rome et de ses environs; par Ant. Nibbj. Rome, in-12 de xxii-458 pages, avec 18 vues, 8 plans, une carte des environs et beaucoup de vignettes dans le texte. 12 francs.

On a la dans le premier volume dn Fantaisiste^ pablié à San-Remo en 1873, une analyse et des extraits de quelques ouvrages de M. Julien Tra* vers, bibliothécaire de la ville^ à Caen^ auteur de 10 volumes de poésies, intitulés: Gerbes Gla^ néeSj et de plus, d'un poëme en 4 chants intitulé: les Francs-péteurs. Ce dernier ouvrage lui a attiré quelquefois de mauvaises plaisanteries; il répondit à Tune d'elles^ dit-on, par la petite facétie suivante. L'amateur qui en possède le manuscrit autographe , la croit encore inédite, et il nous semble, ainsi qu'à lui, qu*elle mérite d'être sauvée de l'oubli:

M. DE PISSEUILHAC

Voici la drôle à'histoire Qui circule en ce moment.

Un magistrat éminent^ Plein d'esprit, chose notoire.

Dont le nom finit en ac, Fut pris la main dans le sae.

Dans le quartier St-Oilles (C'est le quartier des Travero), Ce monsieur qui fait des vers Et qui parle en fort beau style.

Le soir passait ses loisirs Dans de singuliers plaisirs.

La chronique nous rapporte.

Mais en croyons^nous le bruit f — Que chaque soir, à minuit.

Le long de certaine porte, Qu'il plût ou qu'il fit très -beau.

Il pratiquait un cours d'eau.

170 MiLAHCn.

VhwMUU propriétaire Dont il inondaii U mw«7, Blêtté dans ton juite orgueil.

En prévint le commUtaire Qui fit iurvêiller eéant Ce drainage impertinent.

« Contre cet acte bléiMable TSchex de me protéger, Dit'-il; je veux me venger De ce fait impardonnable.

En taieiteant Vinstruwtent D'un pareil tubmergement. »

Le Commiuaire se fâcha

Et jure eur tet grande dieux

Que dans une nuit ou deux.

Il aura saisi le lâche

Qui eomtneltait nuitamment

L'huwMe désagrément.

Tel fut de sa surveillance Le scandalettœ résultat Que ce fut un magistrat Qu'on surprit en délinqttanee.

n maudit en ce moment Cet espiègle amusement.

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