IV PREFACE
ritiers, qui les détruiront ou les laisseront détruire par un fanatique; alors il arrive souvent que les bibliophiles, propriétaires de riches et belles collections, les lèguent, afin d'en assurer une religieuse conservation, à la bibliothèque publique de leur ville.
Il semble que, alors, le livre a trouvé un refuge assuré contre tous les mauvais vouloirs; mais hélas I et les bibliophiles le savent parfaitement eux-mêmes, il n'en est pas ainsi. Le parti dominant du jour place toujours ses séides dans toutes les fonctions publiques, et le premier soin de ceux-ci est de faire disparaître, d'ensevelir dans des réserves y dans des enfers^ ce qui contrarie leur parti. On ne brûlera pas les livres, oh nonl mais cela reviendra exactement au même; on les étouffera. La vie d'un livre est d'être lu :
celui qu'on enferme sous clé n'est visité que par les vers, et, soit d'une façon, soit de l'autre, un jour il aura disparu sans que personne, sans que même les bibliothécaires en sous-ordre l'aient jamais vu. Quelquefois, jusqu'au souvenir même de son existence dans le passé s'efface!
En même temps que ces destructeurs de livres font disparaître la pensée humaine qui ne leur convient pas, ils veulent à toute
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force inculquer dans les cerveaux de leurs semblables les idées qHi feur plaisent. Us forment alors des sociétés pour la propagation de ce qu'ils appellent les bons livres , pour la création et la diffusion jusqu'à la profusion de bibliothèques populaires, de 6iblioihèques de la jeunesse^ etc, etc., où ils s'évertuent , non à fortifier et à orner les esprits, mais à les façonner, à les assouplir à leur manière de voir; ce qui, en fin de compte , par la suppression du libre jugement, produit leur abrutissement. On n'a pas besoin de faire disparaître violemment ces sortes de livres ; le dédain public en fait ordinairement justice avant la fin de la génération qui les a vu naître. De plus, il va sans dire, que, à quelques exceptions près, ils sont bannis des collections des bibliophiles, de même que les mets répugnants sont bannis de la table des gourmets.
Pour résister à la guerre à outrance faite aux écrits indépendants par les fanatiques de toute espèce, il y a déjà longtemps que les bibliophiles ont reconnu la nécessité de faire, pour la vitalité de l'esprit humain, ce que les autres font pour son engourdissement; c'est-à-dire, de faire imprimer divers ouvrages inédits ou réimprimer d'anciens
VI PRéFACE
livres devenus très-rares. Ces impressions, ils les font toujours à petit nombre, car ils n'ont, eux, ni but de propagande, ni esprit de parti, ni intérêt commercial pour mobile.
Mais un livre, surtout quand il est volumineux, n'est pas toujours assez intéressant dans toutes ses parties pour valoir la peine d'une réimpression complète, et il suffirait parfaitement d'en conserver les parties ayant une valeur réelle.
En 1836, M. le marquis Du Roure eut, le premier, l'idée de faire un recueil de ce genre, et il le publia sous le titre : Analeeta biblion, ou Extraits critiques de diverses livres rares oubliés ou peu connus. Il en fit paraître successivement deux volumes in-8 de près de 500 pages chacun et contenant ensemble des analyses et des citations de près de 190 ouvrages différents, rangés dans Tordre chronologique, depuis le XIIP siècle jusqu'à l'an 1783, date de la dernière production dont M. Du Roure se soit occupé. Cet ouvrage, qui est devenu très-rare, a au moins triplé de valeur ; mais, bien qu'il ne manque pas d'intérêt, comme IL est écrit d'un style un peu lourd et que, les vues critiques de l'auteur, n'étant pas d'un ordre bien relevé
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il est resté fort incomplet et est beaucoup moins piquant qu'il n'eut pu l'être, il demanderait à être remanié.
L'exemple de M. Du Roure a été suivi avec succès par plusieurs bibliophiles, et nous nous contenterons de citer ici Girault de Saint-Fargeau {Revue des romans. Recueil d'analyses raisonnées^ 2 vol. in-8, en 1839), Viollet-Le-Duc (Bibliothèque poétique, avec le Supplément, 1845-1847), et quelques catalogues raisonnes et bien connus des amateurs.
M. D*** nous écrivait récemment à ce sujet : « L'examen de ce volume (du Procès des raretés) m'a confirmé dans une idée que j'avais déjà depuis longtemps, et que d'ailleurs vous aviez peut-être déjà comme moi ; c'est que Ton pourrait faire des volumes trèsintéressants , utiles et amusants, en réunissant toutes les critiques vraiment piquantes, les bonnes plaisanteries et les gaillardises spirituelles qui se trouvent éparses dans toutes sortes d'ouvrages rares ou de recueils volumineux et diffus que l'on ne possède pas, ou que, les posséderait-on , on n'a pas le temps d'analyser soigneusement. Vous feriez ainsi des volumes charmants, dans le genre du Bibliophile fantaisiste, et pour lesquels