‹ Analectes du bibliophile; recueil trimestriel contenant:Chapitre 5 sur 14 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

C'est donc forts de notre impartialité, de notre bon droit, et de l'utilité de notre entreprise, que nous commençons aiyourd'hui la publication des Analectes du bibliophile^ et que nous espérons qu'elle sera bien accueillie, non-seulement par ceux à qui elle s'adresse, mais même par ceux qu'elle critiquera; car notre critique leur sera toujours, grâce à notre sincérité et à l'exactitude de nos citations, plus avantageuse que notre silence.

Depuis quelques années, les ennemis de la liberté de la presse ont trouvé un nouveau et excellent moyen d'étouffer les publications nouvelles; c'est de prétendre que ces publications forment des propriétés particulières, ou pour mieux dire des monopoles, et qu'il est interdit, dans tous les pays à la fois, à tous autres qu'aux possesseurs de ces monopoles, de faire réimprimer, ne fût-ce que quelques lignes, ni traduire lesdits ouvrages.

Qu'en arrive-t-il ? C'est que , autrefois , aussitôt qu'un ouvrage nouveau paraissait, il était cité dans toutes les gazettes, réimprimé et traduit dans beaucoup de pays, et que aigourd'hui, de peur des procès, on n'en parle dans les gazettes que si l'on est payé pour cela, on ne vous réimprime ni ne vous traduit, et que votre ouvrage, pour lequel

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votre libraire a fait , d'accord avec vous, imprimer des titres de dix éditions successives, a bien de la peine à écouler réeUement les mille ou deux mille exemplaires auxquels il a été tiré.

Un homme qui a la conscience chargée d'un grand nombre de paradoxes , Alphonse Karr, a inventé celui-ci : « La propriété littéraire est une propriété. » Si cet aphorisme était vrai, M. Alphonse Karr aurait seul le droit de le reproduire ; il n'y a que ceux qui le croient faux qui pourraient se permettre cette reproduction ; mais c'est, au contraire, ceux qui le prétendent vrai (et qui sont probablement persuadés du contraire) qui se la permettent, et cela sans autorisation préalable , sans payements de droits I En vérité, il y a ici, dans le fond, une singulière comédie.

Déûnissons les termes : il n'y a , il ne peut y avoir propriété (négligeant, bien entendu, les acceptions figurées de ce mot), que là où il y a une matière appropriable.

La parole qui sort de ma bouche , les idées que j'exprime ou que je rends d'une manière quelconque , ne m'appartiennent pas plus que le souffle qui sort de ma bouche et les traces que mon pied laisse sur la

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