XIV PRÉFACE
poussière. Lorsque ces paroles ou ces idées sont écrites , imprimées , dessinées , peintes, etc., le manuscrit,, le livre, le dessin , le tableau étant des objets appropriables , sont des propriétés. Maintenant, je trouve que ce n'est pas assez , et je demande à avoir le droit d'empêcher qui que ce soit , et à perpétuité , de reproduire ce manuscrit, ce livre , ce dessin, ce tableau.
Ce n'est plus ma propriété , c'est un pri^ vilége que je colore de ce nom que je réclame. Jamais Raphaël n'a demandé que l'on empêchât d'autres artistes de faire une Belle Jardinière comme la sienne, s'ils le pouvaient. Lorsque Martial se plaint que l'on lui vole les fruits de son génie , il ne fait pas de reproches de ce qu'on fasse de nombreuses copies de ses ouvrages, mais bien de ce que des plagiaires s'eu attribuent la paternité. Les auteurs étaient alors bien éloignés de réclamer contre la reproduction de leurs ouvrages , car ils savaient qu'on ne reproduit que les bons, et que plus on les reproduit, plus on en augmente la célébrité.
Ainsi, à Paris, au quatorzième siècle , chaque libraire était tenu de conûer les manuscrits à quiconque voulait les transcrire, moyennant honnête rétribution et satisfac-
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tion aux règlements de TUniversité , et la même disposition était en viguenr dans nne partie de l'Allemagne. C'est à l'établissement de l'imprimerie que les privilèges durent leor origine. Les libraires, ayant fait des dépenses pour imprimer certains livresy sollicitèrent de l'autorité le droit d'empêcher leurs confrères, dans le même pays, de réimprimer ces ouvrages et de les vendre, pendant un petit nombre d'années jugé nécessaire pour l'écoulement des éditions.
Ces privilèges n'avaient rien de commun avec cette invention toute récente qu'on appelle le droit de propriété des auteurs sur leurs ouvrages. Ce n'est qu'en 1761 , qu'un arrêt du Conseil privé accorda aux petites filles de La Fontaine le privilège des œuvres de leur aïeul. De pareils privilèges furent accordés depuis à d'autres auteurs.
Tous les privilèges, tant d'auteurs que de libraires, furent abolis par l'Assemblée Nationale, en 1789; mais les artistes et les gens de lettres réclamèrent : en 1793 , la Convention leur reconnut un droit de propriété intellectuelle et, en conséquence , leur accorda un privilège temporaire sur leurs ouvrages.
Les auteurs n'y gagnèrent rien. Ils s'ima-