CCCLXXVI
Lettre, de Charles-Quint un magistrat de Valenciennes , lui ordonnant de faire faire des processions générales pour remercier Dieu de la santé et prospérité qu'il lui a données jusqu'alors , et le prier de lui accorder la grâce de bien gouverner ses pays et sujets : 15 janvier 1514 (1515, n. st.).
Très-chiers et bien-amez , pour ce que de nous-meismes ne sçaurions déservir ne rendre louanges souffîsans à Dieu,nostre créateur, des grâces, honneur, santé et prospérité qu'il nous a distribués et eslargis jusques ores, ne mériter de povoir obtenir continuation dieelle sa grâce pour ladvefiir, nous, voeullans aulcunement sattisfaire et nous mectre en quelque debvoir devers luy, comme la raison le veult, escripvons vers vous, ordonnons, et néantmoins enjoingnons expressément et acertes, que, incontinent ceste veue, vous ordonnez, de par nous, à touttes gens d'église et aultres de nostre ville de Valenciennes faire processions généralles en la plus grant révérence et dévotion que faire se polra; louant Dieu de la santé et prospérité qu'il nous a envoyée jusques ores; priant nous donner grâce de y continuer, croistre et cslever en vertus et bonnes meurs, -et de régir et gouverner nos pays et subjects en bonne paix, union et concorde, et conduire nos affaires à son honneur, à nostre salut, et au bien, utilité et tranquillité de nosdits pays et subjects et de la chose publicque en iceulx, sans y faire faulte. Très-cbiers et bien-amez, Nostre Seigneur soit garde de vous.
Escript de Bruxelles, le xiii' jour de janvier, l'an XV' XIIII.
Chaules.
Haneton.
(Archives de l'État , à Mous : MS. Cocquéau, l. m, fol. 25.)
CCCLXXVII.
Lettre de Charles-Quint au conseil de Flandre , lui ordonnant de faire faire des processions et des prières pour remercier Dieu des victoires obtenues pur ses armes contre les Fronçais, en yararrc el en Italie : :2ï juillcf iri2l.
De PAU L EMPEnEL'R.
Chicrs et féaulx, nous croyons que seavez assez les granls niaulx et inlollérables injures etoffences que le roy de France nous a faiet en plusieurs manières, et entre aultres d'avoir, contre la forme de noz traictiez, surprins et occupé puis naguerres nostre royaulmc de Navarre, sans cause ny raison, ainsy que Dieu, nostre créateur, qui est le vray et le juste juge, a bien monstre en donnant à congnoistre audict roy de France son grant tort, selon que sommes certainement et au vray adverty par ung de nos gentilshommes, lequel puis trois jours en chà est arrivé vers nous, venant de nostredict royaulme de Navarre, là où il a esté présent en la victoire que nostre armée d'Espaignc a , par l'ayde de Dieu , gaigné contre lesdicts Franehois (1), par laquelle victoire nostredicte armée d'Espaignc non-scullcment a delTaict el vaincu les Franchois, prins prisonnier le seigneur d'Esparroz (2), leur capitaine général, et j)lusieurs bons personnages, en gros et grant nombre, de-
(1) Les Espagnols, qui élaieiU coniniandés par le connélablo et Taniiraiile de Caslille, remporlèrenl celle victoire sur les Français le 50 juin 1S2I , près (le Pamplune. Les derniers laissèrent sur le champ de bataille 0,000 morts. Les Espagnols ne perdirent que 500 hommes. (Sandoval, Ilistoria de Carlos V, liv. X, t. I, p. 578.)
(2) 11 était frèn^ de Laulrech. Los historiens espagnols le nomment de Asparros.
mourez mors et prisonniers, et l';irtillerve desdicts Franciiois gaigné, mais ont incontinent reconequis nostrcdict royaulme de Navarre et icelhii rédnyct en nostrediete obéyssance : délibérez nosdiets subjects d Espaigne de pousser oultre, marcber en France et culx venger des grans oultraiges que lesdicts Franchois ont faict à nous et à eulx d'ainsy nous avoir envabv, cuydant nous prendre au despourveu , et nous veuillans grever à tous eostez, s'il estoit en leur pooir, combien que ledict roy de France se soit nommé plusieurs fois nostre bon vassal et nostre bon père. D'aultrc part, nous avons eu, du cofté dltalye, certaines nouvelles que l'armée de nostre sainct-père et la nostre sont joinctes ensamblc pour procéder contre lesdicts Franchois, ennemis du sainct-siége appostolicque et de nous, et les expulser de l'usurpation par eulx faicte des terres et seigneuries qu'ils occupent, tant à l'Esglise que au Sainct-Kmpirc; et considérant le bon commencliement que y est, et que la pluspart des subjects sont rebellés contre culx pour les maulvais Iraictemens que leur faisoient, espérons que, à l'ayde de Dieu , n'en aurons moindre bonne issue que de celle de nostre royaulme de Navarre. Et combien que ne nous voiddrions resjouyr de IclTusion du sang chrestien, laquelle avons jusques oires évité, délibéré d'employer les biens et forces que Dieu nous a donnez à l'exaltation de nostre saincte foi catholicque, néanlmoings, estant si rudement et injustement offencé par ledict roy de France, et provocqué à la guerre, nous dcbvons bien consoler nous-mcsmes qu'il plaist à Dieu estre avecq nous, et tcnuz sommes luy rendre grâce, de nostre possibilité, par nous et nos bons et loyaulx subjectz.
A ceste cause, et que sçavons la grande joye et plaisir que aurez d'entendre de la bonne prospérité de nostre estât, et que vous redoublerez vostre cœur et affection au souslèiicn)ent et poursieulte de nostre juste querelle, vous avons bien voullu escripre ceste, vous requérant et néantmoins ordonnant bien acertcs que faictes faire dévotes processions et regrations à Dieu, nostre créateur, avec(] intercessions et prières, en général et
piirlit'ulicr. (juil pliiisc à Sa Divine Majesté nous estrc tousjours en aycle et propice en nos affaires et entrcprinses, niesnieincnt à reste guerre, à laquelle sommes tant iiuleuement |)rovocqucz par nos ennemis, contre lesquels délibérons nous dcffendre et rcvanger, et poursuyr nostre bonne querelle de tout nostre povoir avecq nos bons amys, allez, confédérez et loyaulx subjectz, sansy espargnierchoscquclconcque, aflin que la prospérité qu'il plaira à Dieu nous donner redonde au bien et repos de toutte la christienté et augmentation de la foy catliolieque, qu'est la chose en tout le monde que plus désirons.
Donné en nostre ville de Gand, le xxui" jour de juillet XV' XXI.