‹ Analectes historiques (volume 3)Chapitre 14 sur 20 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Lettre de ï archiduchesse Marguerite anx communemaîtres et échevins de Maliues , pour qtiils fassent rendre grâces à Dieu de la conclusion de la paix de Cambrai, le prient de donner santé et prospérité à i Empereur, et de préserver les Pays-Bas d'une maladie pestilentielle qui règne dans les pays voisins : 26 septembre 1 529.

MaRGCERITE, AnCHlDUŒSSF, n'AuSTRICE, DUCESSE ET CONTESSE DE BOURGOINGNE, ETC., RteENTE.

Très-chiei's et bien ariiez, jiar autres lettres vous avez entendu que l'Empereur, nionseiïçneur et neveu, eust noslre besoni^nyé à (lanibray en la paix d'eulre luy et les royzile France et d'Angleterre pour agréable, qu'il l'eust t'ait publier, et que tost il nous en envoyeroit ses lettres de ratiflicacion. Nous vous avertissons qu'il l'ait fait, et que. Dieu mercy, mondict seigneur de sa personne soit en bonne disposicion , et ses affaires de par delà en bon train. Dont vous requérons avenir les bourgois et nianans de la ville de Malines, et les requérir et leur ordonner que de ce et du bénéfice que avez et plus receverez de ladicte paix, qui sont choses qui procèdent de la bonté de Dieu, nostre créateur, ilz luy rendent grâces, et le pryent de l'entrelènement de ladicle paix et de mondict seigneur en santé et prospérité, et pour ce continuent les processions, oroisons et autres œuvres dévocieuses par eulx encommencées, pour le ten)ps que Sa Majesté sera de par delà, et jusques il ait acbevé son emprinse; el oultre, faicent faire pryères à Dieu que, par sa bénigne grâce, il vejille préserver les subgectz et habitants des pays de par deçà et ceulx qui y conversent, de certaine maladie que l'on dit de suerye, qui régnées pays à nous voisins, et d'autres maladies peslilenciales

ftl contaeçieiises. Et n'y veulliez faillir. A lanl, Nostre-Seigneiir vous ait en garde. Kscript à Bruxelles, le xxvi"'^ jour de septembre, Pan XXIX.

Marguerite.

Du Blioul.

Suscription : A noz cliiers et bien aniez les escou^ette, communeniaistres, eschevins et conseil de la ville de Malines.

(Original , aux Archives de la ville de Malines )

Relation de In victoire remportée par Charles-Quint mr Barberousse, et de la prise de Tunis : 20 et 21 juillet \h7tl).

L'Empereur, ayant, le xnu"'^ de juillet, prinsla Coulelte, avec toutes fortresses, gallères, munitions et toutes aultres choses y estans, a fait reposer el rafieschir son aimée six jours; et, le XX"'* juillet, parlist Sa Majesté de ladicte Goullelte avec toute son armée el vingt pièces d'artillerie, entre canons et aultres de champ, et est thiré contre Thunes (I). Et venant emprès Thunes, à six miles, a rencontré le Barbaroussa avec son armée, estant de cent mile combalans (2), ou envieron , quy estoit en une

(1) Tunis.

(2) Vandenesse en porte le nombre ;\ 150,000 dans son Journal MS. des voyages de Charles-Quint. Dans sa lettre du 24 juillet à son amliassadeur en France (Papiers d'Etat du cardinal de Granvelle. t. II, p. 005) , VEmpereur, après avoir dit que Barherousse avait plus de 100,000 hommes, ajoute : « Voyres certifficnt les rhresiiens raplifz «[u'ilz passoienl cent e^ » cinqiianle mille. »

vallée, attendant l'arniée impériale, aveo pi'opoz de le oombatre, deffaire el mectre en fuyle. Véant Sa Majesté son enneniy disposé et en délihéiacion do faire halaille et journée, a arresté et remiz de nouveau en ordre son armée, leur faisant une très-bonne exhortation, aflin que chascun y feist son debvoir et s'acquitast en lioninie de bien; et, ce faict, fiest niarcbier son armée en très-l)el ordre, (^e voianl, le Barberoussea donné aux siens bien gaillardement le signe de la bataille, et assailly l'armée de Sa Majesté de granl couraige. Et, combien que les nostres faisoienl tout debvoir de les résister, si en est demouré bon nombre, et fut la bataille fort dure et cruelle une bonne espace de temps : mais, finabiement, les nostres, tirant grant nombre de bacquebuttes et toute Tartillerie, oullre ce qu'ilz en tuèrent granl nombre des ennemys, les aultres furent tous tant espoventez qu'ilz se misrent en fuyte. L'armée de Sa Majesté, estant lasse, y demoura ceste nuyt. Kt cependant le lieutenant du cbasteau de Tbiines, estant chrestien renvé, accompaigué d'aulcuns de ses conipaignons, misi en liberté certain nombre des chrestiens esclaves, estans es prisons et fossez dudict cbasteau. Et ceulx-cy, avecq l'ayde dudict lieutenant et aultres, myrent en liberté bien n"" âmes, entre grans et petyls et femmes, lesquelz estans ensemble commencbèrent à cryer : Impeiiol Imperiol vive Clirisle et les chrestiens ; et le cbasteau fist signe de tenir pour Sa Majesté, Et, faisant Sadicte Majesté faire information de la conduicte de la cité, trouva qu'elle se tumultuoit et niutinoit, et que les cbrestiens s'estoient mis en liberté. Quoy voyant, list faire une bonne exhortation , et, icelle faicle, sans aulcun retardement, ayant ses gens mis en ordre, marclioit contre la cité, laquelle fust prinse sans aulcune difficulté (l*. Et sy sont entré les nostres, tuant el Mores et Turcqz à la première fureur, et depuis se meisrent à saccaiger; lequel saccaigement dura deux jours, sans y povoir

(1) Le 21 juillet.

remédier. Et lurent prins prisonniers envieron x\x"' Mores et Tnrcqz, qu'on vendra pour esclaves. Et, les deux jours passez. Sa Majesté fist faire fin au saccaigement, et commander que personne ne fust sy liardy de vyoler dames. Et se sont mis tous reposer.

Et, comme dit est, entre gens de piet et cheval, Barharoussa avoit c'" hommes; et xx'" chrestiens sont mis en liberté, entre lesquelz sont vu'" femmes.

Que Turcqz que Mores, sont mors xi'".

Barharoussa est enfuy vers les montaignes ; les Arbonnois et une bonne hende de Sa Majesté les suyvent tousjours, et ont tué mil chevalx.

E'F^mpereur et sa court se tiennent au chasteau, et entend à capituler avec le roy de Thunes. L'on dit que Sa Majesté retournera en Cecille.

(Archives (iii royaume, collection des cartulaires pl manuscrils : registre intitulé T'aria corner' nant lf$ Pays-Bas . fol. 7.)

Lettre écrite aux bourgmestres de Nivelles, par Philippe d'Orley, bailli du Brabanl }}'allou, sur la prise de Montreuil par les troupes de l'Empereur : 23 juin I3ô7.

Messieurs les burghemestres rentiers, je me recommande bien à vous. Je tiens que estes assez advertys de la prinze de Saint- Paul (1), laquelle ville a esté prinze d'assault, et y sont mors trois

(1) Voy. p. 19.

cens gentilzlioninies et bien vingt-deux ou vingt-trois cens aultres gens de gherres. Aultres nouvelles. Ce xxni" jour de ce mois, commenchasmes à faire la iiatterye à la ville de Monstroux (I), laquelle dura environ une bonne demye heure, et cela fait, ceulx de la ville demandèrent à parlementer, de sorte que ladicle ville se rendit; et sont les chevaulcheurs Avydiez avecque leurs chevaulx et hainas, et les piétons à leurs picques sur leurs colx, avecque leurs enseingnes ployez, et point de tamburins songnant (2). Monsieur de (lanaples estoit cliief de ladicte ville, et avoit cent hommes d'armes et deux mille piétons. Ladicte ville sera rasée et bruslée. On ne scet encoire devant quelle ville les seigneurs voldront aller. Et vélà les nouvelles que vous seroye (5) mander pour le présent : vous prye en advenir madanie de Nyvelle (4) de ces nouvelles, à laquelle voelliés faire mes bonnes recommandations.

Item, niovennanl que ne ayons faulte d'argent, de boullès et de pouidres, il y a longs tamps que les Franchovs ne furent si esthonnés, et ne sçanriez croire la belle gendarmerye que nous avons, tant de piel que dechevaulx, et tous gens de gherres expérimentés. Du camp à Monstroux, ce xxm""^ jour de juing XV^ XXX Vil.

Vostre bon amy ,

Phelippes de Orley.

{Livre des mémoires , fol. 2ôG v , aux Archives (le la ville de Nivelles.)

(1) Monlreiiii.

(2) Songnant , sonnant.

(ô) Seroye, saurais.

(4) L'abbesse de N'ivelles

Lettre des mayeur et échevina d' y-frrus à Ici reine douairière de Hongrie, régente des Pays-Bas , touchant la décadence de ta sayetterie dans cette ville, par suite des mesures qu'a prises le roi de France : iô novembre 1537.

Madame, sy très-liumblement que faire poons, nous nous recommandons à voslre bonne grâce.

Madame, deppuis certain tamps en chà nous avons percheu, et perchevons journellement, que le faict de la saielrie se diminue fort en ceste ville : quy est le plus gros faict et principal nienbre d'icelle ville, et dont plus des deux pars des bourgois, marchans, manans et habitans en vivent, comme font pluiseurs du plat pays d'Artois. Kt seroit advenue ladicte diminution au moyen que ladicte marchandise de saietrie n'a widenge, et que le roy de France a faict publier et deft'endre par tout son royaulme que l'on ne y amaine aucunes sayes des païs de l'Empereur, nostre sire, en banissant partout icelles sayes de sondict royaulme, dont paravant se y menoient grand nombre, tant par Engleterre, Cambray que par ailleurs, en vertu des sauf-conduitz octroies aux marchans de dechà et dudict pays de France, quy, au lieu de ce , sont constrains y mener pluiseurs aultres n)archaiidises, et ramainent vins et aultres choses dudict pays de France.

Madame, pour ce qu'il n'est possible de considérer cause, du moins vaillable ou raisonnable, quy puist avoir n)eu ledict roy de France à faire ladicte deffence, n'est à intention et désirant amplier la ville d'.\miens , où s'est encommencbié le faict de ladicte saietrie depuis quelque tamps, et estaindre et exterminer icelle saietrie des pays de par deçà, quy porteroit grand dommaigp et préjudice à ladicte ville, meismes seroit la destruction

(l'icelle, pai'oe (jue les marchans prend loionl le chemin oudiot lien d'Amiens, en délaissant et hahandouanl la saiellrie de ce pavs, comme ilz onl faict jnsques à présent deppuis lesdictes deffences, dont n'a esté faict le cas samblable ansdits Franchois, ains se amainent de leur pays toutes sortes et manières de marchandises :

Madame, désirans faire nostre ac(juict et descherge, voyant la povreté du poeuple et petit gaignaige quy est sur le faict de ladicle saielrie, de sorte que à la fois le povre poeuple ne scet à quy vendre sa saie, au moien desdicles deffences, et ont esté pluiseurs contrains de cesser à habandonner le meslier, à cause que lesdictes saies ne sont recoeullies, supplions, le plus humblement que faire poons, à Vostre Majesté escripre lettres audict roy de France, ou faire escripre au lieutenant général d'iceluy roy, à colle fin que lesdictes deffences soient révocquiés, et (jue ladicte marchandise de saietrie j)uist avoir widenge et escheil (1) audict pays de France, con)me ont les autres marchandises en vertu des sauf-conduilz octroies ausdicts marchans, ou autrement faire à vostre trés-noble discrétion , et que l'affaire le désire.

Madame, plaira à Vostre Majesté nous cttmmander voz trèsnobles plaisirs, que serons preslz d'accomplir, à layde de Dieu, auquel prions, Madame, vous donner santé et longhe vie. D'Arras, ce xxni'"''jour de noven)bre XV' XXXVII.

Voz très-humbles et obéissans servyteurs,

Maiel'r et Eschevins de la vii.i.e d'Arras.

Sitscription : \ la royne.

(Original, aux Archives du rovaume.)

(1) Escheil. échelle (?).

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Lettre aiUoyrupIte de François l" à la reine douairière de Hongrie , servant de créance au S' de Saussac , ([u'il lui envoie ( I ) : sans date ( novembre 1558).

Madame ma bonne senr, estant puys naguères revenu devers moy le S"^ de Bryssac, que j'avoye envoyé avec le Pelloux ('2) devers l'Empereur, j'ay byen voullu dépescher le syeur de Saussac, porteur de cestes, pour vous aller fayre entendre de ma part la responce que m'a apportée icelluy Bryssac sur les arlycles quy luy Curent bayllez à son partement, iesquelz vous furent communyquez à la l'ère (ô) : vous pryant croyre ledyt Saussac de ce qu'yl vous dyra et exposera de ma part, tout aynsy que vouldrye/, fayre nioy-mesmes; nevoullant au surplus oublyerde vous dyre

(1) Voir le l'ac-siinile. Nous jmuriions lépéler ici robservatioii que nous avons faite à propos de la déclaration «rolivier de la Marche.

(2) Le S"' de Peioux était fçentiihonime de la clianibre de l'iinipereur, qui l'avait envoyé en France, d'où il était revenu en Espagne, accompagné du S"" de Brissac , que François I" chargea «rune mission spéciale auprès de Charles-Quint.

L'ambassadeur ordinaire du roi auprès de l'Empereur était l'évêque de Tarhes, Casldnau.

L'instruction du seigneur d<- Brissac est du G octobre 1338. (MS. S'-Gerin. tMO H, à la Bibliothèque impériale, à Paris.)

Il revint eu France au commencement de novembre, comme on le voit par une lettre de l'évêque de Tarbes, du 20 de ce mois, au connétable. (Ribier, Lettres et Mémoires d' Estai, t. I, p. 203.)

(3) La reine Marie s'était rendue à la Fère, an mois d'oclobie, pour y a\oir avec François 1" une entrc\uc, où ils réglèrent dilTérenls points relatif-' à l'exécution de la trêve de iNicc, De là le roi la juena à Compiègne.

que je vous ay souvenles foys souhaylée de par deçà, depuys voslre parlement, pour avoyr vosire part du passe- temps et playsyr de la chasse et de la vollerye que nous avons eu (1), aynsy que plus à playn vous fera entendre cedyt poi-leiir. Quy sfardera que pour cesle heure vous n'aurez plus longue Icclre de celluy que vous trouverez pour jarnays

Voslre meylleur frère et cousin ,

Françovs.

Suscripliou : \ madame ma nieylleure seur la royne de Honguerye.

(Oiifjiiial autofjraphe, aiu Archives du Toynume.)

Sept lettres écrites à Charles-Quint par Eustache Chappnis (2), son ambassadeur à Londres, sur le juiji'nienl, la eondanuiution et l'exécution de Catherine Hotrard, cimpdènie fcinnic de Henri VIJI : 10 novembre J541-9 février 1542.

PREMIÈRE LETTRE

Sire, tant et si très-hunjblement que puys, à la bonne grâce de Voslre Très-Sacrée Majesté me recommande.

Sire, dois les caresmeaux passez, j'escripviz à Voslre Majesté que ce roy , soy faignant indisposé, demeura dix ou douze jours sans veoir la royne , ne permettre qu'elle enlrast en sa chambre,

(1) On sait que la chasse élail une des grandes passions de la reine.

(2) M.Empis, dans son livre : Les six femmes de Henri FIJI (Bruxelles,

el que cependant il se tiiiicloil et consniloit du divorce onlre luy el hulicto l'oyne: mais survenant quelque piésuniption que ladicle royue estoit enceinle, ou (jue les moyens nVsloient encore bien dressez, l'afrèie se sopîl (1), el a dormy juscpies au cinquiesme de ce n)ois, auquel jonr , de bon lualiu , ledict roy entra en conseil, et y fusl jusques au midy. Et soudain, l'aprcs-disner , il entra en sa petite barge (^j,luy sepliesme ou huicliesme, et s'en vint de Hantencourl (ô) icy, et là demeura la reste dudicl conseil, pour auquel enlrevenir et assister estoient partiz d'icy les chancellier et le duc de Norphoc le soir précédant, à beure de minuyt et à grande diligence. P^t d'empuys que ledict roy fust deslogé, larclievesque de Canlorbéry entra deux ou trois fois en la cbambre de la royne, que l'on présuppose estre pour l'interroger ou admonester de la part du conseil : mais, à ce qu'il sen)bloit, il n'y exploicta grandement.

Lesixiesme, sur le lard, reviendrent lesdicts du conseil, et furent assemblez piesque toute la nuyt au logis dudict roy, et le lendemain, jour el nuyt, au logis de l'évesque de Vinceslre; et là fusl adviséde fère vuyder la pluspart de ceulx qu'estoient à Hantencourl avec la royne, et seeler les colfies, et garder les portes, el enlie autres que y seroit demeuré ledict arcbevesque : c'est le principal et celuy (|u'a le soing du tout. El quant el quant fut deifendue la cbambre du roy au frère de ladicle royne; el peu devant avoit esté mise en la Tour une damoiselle de la privée

Hosez, 1854, "2 vol. in-li2), a fait de Cliapiiuis, qui élail, je crois, Itoiirjjiiijjrion , flou Capucins j toiil coiiiine s'il avait <';(é esj)a{jnol on italien.

Kiislache Cliappuis était conseiller et maître aux l'eqiictes ordinaires de rEnipcreur. Il avait été envoyé en Anjfleterre, en 1556.

Comparez, avec les détails contenus dans ces lettres, la relation deLinjjard, Histoire d'Jiigkterre, o""" édition. Paris, 1843, l. II, pp. 28f» el suiv.

(1) Se sopit., s'assoupit.

(2) Barye , barcpie.

(ô) liamptuncourl.

cliamlire, que se noiuiue (lecille, el unir ^enliiliouiiiie appelle M* Duren (I), huissier de la chanjbie de ladicle royue.

Et ce que jusques icy ay peu entendre après extièrne inquisition , est que ledict roy prétend cl veull dire que ledict Duren avoit promis et fiancé avant que luy, cl que son mariage ne vault riens. El m'a esté donné d'entendre que dedens deux jours le roy le fera publier, et que, dedens trois mois, tous les eslatz du royauhneseroienl assemblez, laquelle convocation des estalz fait suspeconner que ce soit pour révoquer la déclaration et décret par eulx faiz sur la nullité du mariage de Clèves (:2) ; el s'augmente la suspicion du mariage avec ladicle de Clèves. pour aultant que ces choses sont esbruitées dois le retour dudict Vinceslre, el qu'il semble estre là guydé , conjecturant que, estant en Allemaigne, il aura eu aullres informations el persuasions quant aux causes pour lesquelles cedicl roy s'esloil divorcyé avec icelle; et du nioins ainsi le lient el fa escript l'ambassadeur de Erancc, lequel disoit hier que le jciisne duc do Clèves estoit des bien eniparentez princes du monde , el que la réconciliation du mariage de ce roy avec sa seur faciliteroit antres alliances très-importantes et de terrible conséquence, veullanl entendre du mariage de la princesse (5). Toutesfois, jusques icy, je ne puis croyre que cedicl roy retourne à la reprendre, el que, si ainsy estoit qu'il y inclinasl, il conviendroit bien adviser les moyens pour l'en détorner. De ce qu'en succédera advertiray Voslre Majesté , faisant fin à ceste pour la liaste du courrier.

Sire, je prie le Créateur, etc.

De Londres, le x novembre loil.

EUSTACE ChAPPUïS.

(1) Dereiiari.

("2) Henri ^111 avait lépiitlio \\)nf de (Jlè»cs, pour t|iou>cr (.allieriiip HowaiiJ.

(5) La |»iiiiiLN3t .Maiic, lillc «lu Henri \ llj cl de C;itli<Tinc ti" Ar.ifjitii.

DEUXIÈME LETTRE

Sire, avant-hier m'envoya dire par iing des miens nions'' l'admirai, et hier nie le confirma mons'' de Priveseel (I) , (jue ceste royne avoit confessé avoir eu affère, avant (jn'elle fust mariée, à ce M* Duren qu'est en la Tour, et que du moins, en trois années qu'avoient duré leurs amours, ilz avoient dormy ensemble passé huittante nuyclz, sans que entre eulx y eust propoz ny paroUe de mariage, et que dernièrement avoit esté sceu comme messire Colpepre (2), gentilhomme de la chambre de ce roy et son compagnon delict, avoit receu certains présens amoureulx d'elle, et s'estoit retrouvé avec elle, en privé, depuis deux mois en çà, deux fois, par l'espace de cinq à six heures à la fois, et de ce estoit moyenneuse la dame de Rochefort, qu'est aussy mise en la Tour. Et, demandant audict S"' de Priveseel qu'esse que ledict roy déterminoit de fère en ce cas , il me dist que il en useroit plus palientemcnt et miséricordieusenient que pluiseurs pourroient penser, voire pins que ne vouldroient les propres parens d'elle : veuillant dénotter nions'' de Norphocq, que dict (Dieu sçait pourquoy) qu'il vouldroitque ladicle royne l'usl bruslée. Encoiies ne sçais-je qu'elle soit menné à la Tour; et se disoit de la meclre en ungcloistre que fust jadis de nonains, auprès de Richemont, soubz la compagnie et garde de quatre femmes et quebjues hommes.

L'on me dicl que celle de Clèves s'est grandement ralégré de ce cas, et que, pour eslre plus voysine dudict seigneur roy, elle doibt venir à Richemont , si desjà n'y est. Je ne vouluz riens loucher d'elle audict S"^ Priveseel, pour tous bons respeclz, attendant l'occasion se addonnera mieulx, mesmes me retrouvant en la court.

(1) L'ambassadeur fait ici un nom propre du litre de lord privy-seal , qui était donné au [jarde du sceau privé. C'était lord Russell qui remplissait cette charge.

(2) Culpepper.

La princesse (I) a eslé renvoyée avec le prince ("2), et toutes les autres dames en l(Mirs maisons.

De Londres, le xix™* de novembre loiL

LUSTACE ClIAPPUïS.

TROISIÈME LE'rrnE.

Sire, le clercq du conseil nie l'iisl envoyé, le jour S'-André, de la pari de ceulx dudicl conseil , pour m'advertir que, le jour ensuyvant, seroint jui;ez Colpeper et Durem, et me prier vouloir envoyer ung des miens pour y assister; et le mesnie ont-ilz deu fera en l'endroit de l'ambassadeur de France, le secrétaire de Vcnize, et Ibomnie qu'est icy tousjours du duc de Clèves.

J'envoyay audict jugement ung des miens, où se trouvarent tous ceulx du conseil du roy; et, après très-longue dispute, que dura bien six heures, lesdicts deux geiililzbommes furent jugez et condampnez à estre escartelez, comme Iraytres. Ledict Durem confessoit bien avoir cogneu la royne, avant qu'elle fust ne fiancé ne promise audict seigneur roy, mais il ne pensoit avoir mesfaicl : car yl y avoit parolles de mariage entre eulx deulx. Colpeper nya constamment n'avoir oncques riens eu aifère avec elle, ne jamais l'avoir de riens sollicité, et qu'elle l'avoit faict importuner, par madame de Rocbefort, de se vouloir trouver en ung lieu secret en Lincon, et que lors elle luy avoil dit, comme paravant avoit fait dire par ladicte de ilocbefort, qu'elle languissoit et moiiroit de la grande amour qu'elle lui portoit. L'on pense qu'ilz seront exécutez aujourd'buy.

Ladicle de Rocbefort cust eslé coiidampnée joincteinent, sans une frénésie oîi elle est tumbce dois le ni'"* jour qu'elle fust

(1) Marie.

(2) Edouard, fils du roi.

prinse : bien est vray que poribys elle relourne en soy; et ledict seigneur roy faict tenir grand soing à la giiéiison de ladicte frénésie, et Ta faict envoyer avec la femme de l'amiral, et l'a faict visiter par médecins, désirant sa salut, pour aprez fère une exécution exemplayre.

La royne est tousjours en Syon (I), et se croit que ledict seigneur roy, pour nionstrer sa clémence, ne innovera riens en son endroit davanlaige, jusqiies à ce que les estatz du pays, qui sont appeliez, en ordonnent autrement.

L'on pensoit que ledict roy, qu'estoit allé à l'esbat icy autour, pour divertir ung peu sa fanlasic, deust aller du couj^tel où estoit celle de Clèves : mais il a prins autre chemin ; et jusques icy, ne me puis appercevoir que ledict roy ail fantasie de la reprendre.

El, pour ce que ledict clerc du conseil est de longtems fort mon amy, je ne vouluz délaisser de liiy dire, à toutes aventures, que, si ledict seigneur roy laissoil ceste royiie, pour avoir esté cogneue auparavant qu'il l'eust, selon commung hruyct qui cou roi t aux lieux de par delà (2), il avoit bien peu laisser ladicte de Clèves, et que cela n'estoit difiicile à croyre en l'eaige qu'elle estoit, et considérant qu'elle pàlissoit ung peu en cas de vin (5) et autres condicions, comme l'on s'estoit assez peu appercevoir : ce qu'il ne me nya, me disant qu'il ne pensoit que ledict seigneur roy y voulsist retourner, ne aussi eu prendre quelque autre, n'estoit que le parlement le contraigne.

De Londres, le ni'"" de décembre 1541.

EUSTACE (jlAri'U\S.

(1) « La reine fui transférée à Sionlioiise, où deux apparlemenls lui furent exclusivement réservés, et où l'on donna des ordres pour qu'elle fût traitée avec tout le respect dû à son rang. » Lingard.

(2) C'est-à-dire aux Pays-Bas.

(3) Ce j)assage est peu intelligible. La copie dont nous reproduisons le texte, ne paraît pas avoir été faite avec beaucoup de soin.

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