J. BODIN
Au-dessus est escript : A monsieur Trouillard , procureur du roy au baillaige de Laon.
(Copie, à la Bibliothèque impériale, à Paris : MSS. Dupuy, n"» 157-158.)
Rapport (lun bourgeois d' Anvers sur les événements arrivés en celte ville et dans quelques autres : 4 février 1585 (1).
Déclaire avoir esté en Anvers lorsque les Franchois y volurent faire les niaistres, mesmes y a perdu ung sien frère, lequel fut tué à la porte. Ceulx de la garde du duc d'Alenclion commencèrent la feste à la Quidorpeporte, à deux heures après disuer, masacrant les bourgois qui y eslioiit; iceulx furent adsislez de deux ou trois cens gentilhomnies qu'icelluy duc avoit laissé, partie dedans et dehors la porte, à la faveur desquelz entrèrent trois régimens d'infanterie françois, cheminant à noeuf de front par la rue de Saint-Jacques. Et après suivèrent six compaignies de chevaulx quy priudrent les deux costez du rampart, n'ayant peu suivre les Suisses, suyvant Tordre qu'ilz aviont, à cause de quelques fossez quy leur donnoient empeschenient. Les hahitans dicelle ville, prendant les armes, se trouvèrent en bon nombre vers le marchiet à chevaulx, du costé de la nouvelle ville; une partie desquelz s'achemina vers la Bourse, où qu'ilz trouvèrent fort peu de résistence, et encoires moins une aultre plus grande troupe quy allil par les ramparlz droit à la susdicte porte, laquelle ilz trouvèrent ouverte, et sans aucune garde, commenchans jà
(1) On lit en lête de cette pièce :
« Raport et relation du iiii™" en febrrier, faicte par ung bourgois d'Anvers, parti d'icelle ville lundy dernier et arrivé en Gravelinghes, à la marée de ceste nuict »
Il est inutile de faire remarquer que ce rapport est l'ouvrage d'une personne dévouée à la cause royale, et, par conséquent, hostile au prince d'Orange et à ceux qui suivaient son parti. La manière dont les faits y sont préscnlés le montre suITisammenl.
quelque cavaillerie et infanterie à se retirer dehors la ville, que tost fut enipeschiet par les uiontaignes d'iiornnies et chevaulx niortz en icelle porte; et de ceste sorte furent à tous costés les François mis en route, et beaucoup qui se jetèrent de haut en basses les murailles aux fossés; et ne se poeult fermer icelle porte jusques à deux heures de nuict, pour la difficulté qu'il y avoit. Toulte la bourgoisie fut de la garde la nuict entièie, et le lendemain la moictlé furent receuUicr les mortz; et en a veu mettre en une fosse assos près de ladicte porte six cens, et aultres trois cens en Tattre de Saint-Jacques.
Dict encoire, oultre ce, qu'il en a veu retirer bon nombre des fossés, fort bien accoustré et passementé d'or et d'argent.
Dict que le prince d'Orenge fut cause que l'on envoia lendemain au duc d'Alenchon aulcuns vituaills et les bardes de sa maison: ce qu'a continué trois jours entiers, au grand niescontentement desbourgois, que, pour mieulx mectre icelluy Orenge en son tort, envolèrent ung bateau cliargiet de grain vers Bruxelles, sachant bien que les François le desvalizeriont, comme ilz font toutte chose, sans les laisser passer, lequel bateau fut arresté à Vilvoorden. A esté occasion de retrancher enthièrement au duc d'Alenchon tous vivres; et ont communication avec ceulx de Gand, affîn qu'ilz fâchent le mesme : de manière que les François, là où il les a laissé aux environs de Dermonde, souffrent grande nécessité, estant bruict que d'iceulx en sont mortz de pur fain bien la moiclié. Quand icelluy duc partit de Vilvoorden, passant à Duflle, le raport fut faict en Anvers qu'en estiont bien demourez douze cens.
Le bruict est audict Anvers que tost l'on s'acommoderoit avec Sa Majesté, ne feut les mauvais offices du prince d'Orenge. Ce nonobstant, espère que la multitude de ceulx qui voeuUent le parti de Sa Majesté emporteront la reste, d'autant que lui semble que de six les cincq sont pour Sadicte Majesté, mais que est à noter se sont de calité.
Déclaire aussy que le poeuple a volu que le prince d'Orenge
fût deslogiel du cliiisteau, et l'ont faict niectre où que soleil eslre l'archecluc iMalhias, et ce pour doubtc qu'il ne mît les François dedans la ville par ledict chasteau , et luy baillé quattre enseignes de bourgois de garde.
Lundy dernier, environ les trois heures après disner, arriva en Anvers par la mer ung ambassadeur du roy de l'rance, lequel eût esté tué sur le cay par les habitans, sy on n'eût fermé les portes; ceuix du magistrat avec le prince dOrenge le firent entrer la nuict suyvante, environ les dix heures, et traitèrent avec icelluy que, pour communicquer et s'acorder, con)nie il senibloit, par le moien dudict prince d'Orenge, lequel faict son possible pour refaire l'apoinctement, fût lendemain faict assemblée dudict prince d'Orenge, estas et magistrat de la ville : de quoy estant la commune advertie, se sont joinctz Iroiz coronelz de bourgois, chascun de dix compaignies, et avec leurs armes sont allé droict en la maison de la ville, et, entrez en la chan)bre du conclave, ont demandé ce qu'il y avoit tant à communicquer, et que pour riens ilz ne voloient eslre soubz les traistres françois, aussy qn'ilz voloient sçavoir ce que l'on faisoit. A quoy fut respondu que s'advisoit les meilleurs et aparentz moiens de ce que se poroit faire; mais, pour le soudain parlement de celuy quy faict le raport, n'a sceu le siiccez de ce particulier.
Dict que à la Haye en Hollande se tient une assemblée généralle des provinces, en laquelle se doibt déterminer ce que se debvra faire de l'événement présent, comnie en toutes les villes se joinctes {sic) personnes principalles pour entendre à leur salut, estant la plus grand part du poeuple affectionnés et résolus se remettre du costédu Roy, disant qu'ilz ayment mieulx avoir deux coups de verges de leur père et prince naturel, que ung dos François, leur anchiens ennemis.
Hier, troiziesme du présent, est arrivé à (dallais, fîoulloingne et aultres villes de France, ordre signé du duc d'Alenchon, prince d'Orenge, eslaz et notables bourgois d'Anvers, qu'il eussent à relaxer les habitans du Pays-Bas, d'autant que l'apoinctement estoit.
Cejourd'hny, en conformité, est arrivé sur iing bateau do Flescliynes (1) ung mesagier de Flandres, nonié Froidures, despeschiet d'icelluv duc, d'Orenges et aultres vers le roy de France , pour luy signifier les nouvelles, ensemble qu'il voeulle agréer le contraict qu'il sestfaict; et, selon que se entent, ledict duc d'Alenchon fera sa résidence à Bruxelles, avec garde de Suisses, et s'y debvra mectre aux villes où sont François aussy Suisses, sans jamais prétendre mettre garnison en Anvers.
Cejourd'huy, aune heure, ont tiré coups de canons à Duncquerqueet Berghes; il se présume que sera à cest elFect.
(Original, aux Archives du royaume.)
Lettre du prince de Parme au marquis de Henty , grand bailli de Hainaut, et au conseil du Roi à Mons, touchant les titres à attribuer au Roi dans les provisiotts de justice : 20 oclobrc, 4385(2).
Alexvndue, Prince de Paume, etc.. Chevalier de l'Ordre, Lieutenant, Gouverneur et Capitaine général.
Monsieur le marquis, très-chiers et bien-amez, comme par la nouvelle succession du royaulme de Portugal et autres dont, ces. années passées. Dieu a esté servy d'accroistre les Estatz et royaulmes du Uoy mon seigneur. Sa Majesté a trouvé bon de selon ce faire changer son tiltre en Espaigne, et ordonné que le mesme se face aussy en ces pays de par deçà, suyvant le Ibr-
(1) Flessingue.
(2) La même lettre fut adressée aux conseils de justice des autres provinces.