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que, si ses subjectz ne luy veuillent obéir ou se rigler selon ladicte relip;ion parliiy choisye, que les aullres princes d'Empire de la mesme ligue, encoires qu'ilz fussent d'aultre religion, le doibvent assister à la répression de ses subjectz, le Roy nostre maistre, pour maintenir en ses Pays Bas, qui luy sont patrimoniaulx, la religion anchienne vraye catholicque, laquelle successivement et sans altération luy at esté transmise et donnée en main par ses prédécesseurs, princes de si haulte et glorieuse mémoire, aura-t-il n)oins de liberté et pouvoir en cela que le moindre prince d'Allemaigne? Tout bomme de bon jugement en pourat légièrement tesmoigner, pour confondre et détester l'abominable rébellion de ceulx qui s'eslièvent contre leur prince naturel , deffenseur et protecteur de l'anchienne et vi aye religion , pour en vouloir stabilir et introduire en ses pays nne aultre, faulse, nouvelle et pernicieuse.
Le duc de Bavière et aultres princes calholicques d'Allemaigne entretiengnent ainsy, en vertu du freid dessusdicl, leurs pays et subjectz, au milieu d'aultres princes béréticques, paisiblement en la profession de nostre religion catbolicque, sans y admettre aultres sectes et doctrines erronées dérogantes à icelle. Sa Majesté pour plus grandes raisons doibt en ce estre plus respecté et advantagé.
Touchant l'ordre que l'on pourat tenir en ladlcte communication, pour plus grande auclborité de Sa Majesté, et par quel bout Ion commencberat, il me samble que l'ouverture en est jà donnée par la requeste présentée par lesdicts altérez à Sadicte Majesté. Hz supplient d'estre ouys en leurs querelles et justifications et d'estre recheus en grâce : par là l'bonesleté et auclorité du prince est gardée; puisque les subjectz supplient, son olfice est d'ouvrir l'oreille pour entendre ce qu'ilz demandent. Kt nous, qui sommes membres du mesme corps, debvons compatir au membre blessé, et intercéder vers Sa Majesté, nostre cbief, affitt qu'il les recboive en grâce, et tant faire par toulz moieus qu'un membre si principal comme Hollande et Zeelande, non -seulement utile, mais tant nécessaire à tout le corps des Estalz
do Sa Majesté, ne soît coppé, oins pliislost préservé et léiinv à son cor[)S, duquel par déso!)éissance et rébellion il sesloit distraict, et que le Uoy reclioiveà bras estendus, comme le bon père évangélicque, son enfant prodigue ayant paillarde avecque les sectes d'hérésies et despendu son bien inutilement, retournant présentement à poenitance et lassé, comme j'espère, de uienger avecque les pourcheaulx les siliques (1) des erreurs et doctrines pestiférés; queSadicte Majesté, usantde miséricorde parsa nayfve clémence, pour l'honneur de Dieu, à l'intercession des princes chresliens voisins et amys, à l'humble prière et instance de ses estatz, regarde bénignement leur requeste; qu'il députe quelques commissaires, personnaiges confulentz et d'atithoiité, pour entendre de pins proz ce quilz demandent, et leur faire donner de grûce tel contentement que la ravson pourat comporter, la religion catholicque et son auclhorité suprême tousjours saufz.
Et pour venir sonimièrement anlx poinctz de leur requeste (jue Vostre Excellence nous at fait lire, comme elle se réfère principallement à deux fins : premièrement de faire retirer hors de ces Pays-fîas loutz soldaiz, gens de guerre et aultres estrangiers , et après, par assamblée des estatz généraulx adviser à l'ordre et politie que serat trouvée convenir pour général redressement des affaires de ses pavs et milleur maintènenient d'iceulx, à qtioy ilz se soubmetteut, il samble que Sa Majesté, pour son aucthorilé, et adin qu'il ne semblasse avoir esté contrainct de ce faire, ne doibt consentir ny à l'un ny à l'anltre, au respect qu'eulx, cstantz encoires ennemis et hors du corps du Roy, le demandent et pressent, et qu'il souiïirat d'y respondre, en termes généraulx, qu'eu l'un et l'aullre Sa Majesté adviserat à ce que serat expédient de faire pour son plus grand service, bien et repos de ses pays
(1) Du mot lalin siliqua. cavouhe , espèce de fève dont se nourrissent les pourcpaiix.
et subjectz. Mais après que les affaires se meltront en bonne apparence de tranquillité et quiétude, par où Sa Majesté n'aurai ((lie faire d'entretenir ichy si grand nombre de genlz de guerre, si icelle se Irouvoit servye, de son propre mouvement ou à la re- <|ueste de ses estatz bons, retirer dieby toutz estrangiers, pour s'en servir ailleurs, et d'aultant soulager le pays, certes cela serviroit grandement pour oster toute diffidence, tantdes voisinsque subjectz, et confirmer la bénévolence des bons; et par la confidence que Sa Majesté monstreroit d'avoir par là en ses subjectz de pardechà, il leur augmenteroit et l'obligation et l'envie de se niieulx et avec plus grand zèle employer en tout ce que concerneroit son service. Et en ce cas de retraicte de toutz soldatz estrangiers, il fauldroit que toutz les estatz aussy, continuantz en leur bonne intention de maintenir jusques à la mort la religion catholicque et obéissance fidèle de Sa Majesté, asseurassent du payement des garnisons ordinaires, tant de cheval que de pied, de naturelz, et de ce que seroit requis pour la deifence des pays contre ceulx qui y vouldriont entreprendre, avecque entrelènement des places frontières, cbasteaulx et forteresses, ensemble leurs munitions, et qu ilz advisassent davantaige par quel nioïen, peu à peu, ilz pouriont descbarger les debtes èsquelles Sa Majesté se trouve obligé pour les affaires de par dechà, afin que cependant il puisse plus seurement pourveoir à ses aultres affaires. Estant les choses appaisées, et que le commerce commenchasse avoir son train ordinaire, la richesse relourneroit bientost au pavs, et par là l'on auroit meilleur moïen d'assister Saditce Majesté en ses nécessitez.
Et quant à l'assamblée des estatz généraulx, icelle se doibt entendre selon que s'est uzé ;quand feu l'empereur Cbarles cédast ces Pays-Bas à Sa Majesté, et en l'an ( I ) à l'ayde noven-
(1) Ce blanc existe dans le manuscrit. C'est des étals de 15;3" que Rassenghien vent jiarler.
nalle, à sçavoir de députez des eslatz de chascunne province en nombre compétent, tant pour les ecclésiaslicqties, nobles, que villes représentanlz la commune, et aussy que les articles et poinclz sur lesquelz l'on auroit à traicter fussent limitez et spécifiés, sans pouvoir proposer aultres. AuUremenl, ce seroil un désordre et confusion , tant des personnes que matières, cbascun proposant son opinion, et n'auroit-on jamais acbevé; mais élisant assemblée des estalz comme dessus, sur articles préveuz et limitez, n'y pouroit avoir grand danç^ier, de tant que, pour les poinctz principaulx de la religion et obéissance du Roy, l'on est bien asseuré des estalz bons, qui sont en plus grand nombre, qu'il n'y aurat inconvénient.
Et pour le dernier poinct, après que Sa Majesté aurat proposé et accordé aux altérez touts moïens de pacification justes et ravsonnables, s'iiz ne s'en veuillent contenter, persislanlz ou en quelque poinct concernant la religion ou aullre important l'aucthorité suprême de Sa Majesté, pour ce que au besoing l'on voit le bon serviteur, attendu les grands et urgentz affaires que Sa Majesté at ailleurs, et qu'il importe tant pour nostre propre bien et repos que Dieu et Sa Majesté soient obéis et servis comme il convient, il me samble que tous ensamble debvons par effect monstrer le bon zèle qu'avons à nostre religion saincte et catholicque et au service de nostre prince naturel, emprenantz le faict et les fraiz de ceste guerre intestine à nostre cliarge et des estatz bons de par decbà : qui al cent escus qu'il en donne les cinquante, et qui at deux robbes qu'il en vende l'une, pour achever ceste guerre, et remettre les rebelles si déshontez et présumplueulx aulx termes de la raison.
Et d'aultant que l'on voit par expérience le peu de service que l'on tire des soldatz eslrangiers, le peu de confidence qu'il y at, quelles foulles ilz font au j)ays, combien ilz coustent plus que les naturelz du pays, de sorte qu'ilz ne samblent servir sinon de piller el appovrir le pays, emporter l'argent et le butin dehors, cherchantz de traîner la guerre pour leur prouffict et gaing par-
ticulior, que au lieu d'icoulx (que l'on ne peult plus nourrir ny souslenlr) l'on enlreliègne quelque nombre de soldatz, tant de cheval que de pied, natiirelz du pays, et selon le nioïen que l'on aurat de payer, les contenant en bonne discipline militaire et faisant la guerre chresticnnement. Par ce moïen , l'on se trouverai bien et fidèlement servy et à meilleur marché, et l'argent qui s'emploieratàleur payement demeurerat et se despcnderatau mesme pays: par où facillement, par aultre voye d'ayde et contribution, l'on le ferat relourner en la bourse pnblicque du prince et de ses estalz, et ne serat le pays jamais povre ny despourveu d'argent , pour mener la guerre plus longuement et avecque meilleur ordre.
Aiant bonne et ferme espérance qu'après estre ostée par les moïens susdicls toute mauvaise impression et diffîdence des voisins et des su bjeclz, et que nostredicle ferme résolution et des bon s estalz de par declià serat bien entendue et exécutée, que Dieu nous aiderat à les faire amiablement retourner en nostre troupeau, ou que par force peu à peu loulz lesdicts rebelles se trouveront contrainctz à recognoistre leur debvoir, mesmement par l'assistance des bons, vivantz et détenuz encores soubz la tyrannie des hœréticques et séditieulx, quand ilz entendront qu'il n'est plus question de desbatre previléges ou se défier de Sa Majesté, condescendant à toute chose raysonnable, mais que l'on combat seulement pour la religion calbolicque et fidélité deue à son prince naturel. En quoy, pour si juste querelle, Dieu ne fauldrat nous assister, et toutz les princes voisins correspondre et prester faveur à l'extirpation de sédicieulx si desroysonnables.
Je supplie très-humblement Vostre Excellence prendre cest ad vis de telle part qu'il procède, selon l'enlièie et syncère affection que je porte au service de Dieu , de Sa Majesté et prospérité de ses Estatz, qui est la sienne, et me pardonner si, pour le peu de tamps que Vostre Excellence nous at donné pour délibérer sur poinetz si imnortanlz, j'ay en quelques endioictz, par avoir
trop, trop peti ou indiscirtcmenl parlé, moins satisfaiet au désir de Vostre Excellence.
(Copie (lu xvi™^' sièclo, aux Archives du royaume )
Lettre de Jean Bodin (1) sur l'entreprise du duc d'Anjou contre la ville d'Anvers: 21 janvier 1583.
Monsieur, me doublant que le bruit du tumulte d'Anvers a esté presque aussitost porté en France que desguysé diversement, j'ay pensé de vous escrire au vray ce que j'en ay pu recueillir de plusieurs personnes, et sans affection quelcon(|ue.
La coustunie de ceste ville est que les babitans rapportent au bourçjniaistre, cbacun jour, le soir, les estranpiers qui sont arrivez le jour, et leurs qualitez; et de trois en trois mois, il se faict une recberche par cbacuno maison par les quarleniers, tant qu'une nuict dure. Diuiancbe au soir, sur les neuf beures, les bourp;maistres trouvèrent, par le rapport, qu'il y avoit bien trois mil François dans la ville, la plusparl soldats: qui fut cause qu'ilz commandèrent aux babitans de mettre lumières aux fenestres; et sur les deux beures, le bruit courut par toute la ville qu'on la vouloit surprendre. Toulesfois, la nuict passa sans autres elfects: mais on entra en suspicion grande, pour ce que, dès la nuict du
(I) Bodin était au service du duc d'Anjou, en qualité de son secrétaire des commandements, de maître des lequêtes de son hôtel et de son grand maître des eaux et forêts ( Biograptne de Michauil) : le blâme qu'il inflige à la folle entreprise de ce prince n'en a que plus de poids.
Il faut, an surplus, comparer sa relation avec celle que les bourgmestres cl échevins d'Anvers lirent publier, sous le litre de Corte verclartnrjc , etc., et avec les récits de Van Meleren, Bor et autres historiens.
saniedy, on avoit voulu faire ouvrir la [)orle pour porler des vivres aux soldatz qui sont aux fauxbourgs : ce que les hahitans refusèrent.
Le malin, Son Altesse (I), adverty de ce bruict, alla visiter iiionseigneur le prince d'Orange, qui estoit encore an licl (comme il a de coustume de négocier souvent au lict), auquel il demanda s'il luy playsoit voir l'armée, où il alloit pour eslongner les soldatz de la ville, et lever la suspicion qu'avoient les hahitans. 11 supplia Son Altesse de Texcuser, tellement que Son Altesse s'en retourna en sa maison; et après avoir esté à la messe, il vint un hourgmaistie, qui parla à luy l'espace d'une demye heure; et cela faict, il se mit à lahie, où il disna fort légèrement. Sur les unze heures, il se relira en sa chambre presque seul; et cependant toute la suitte de ceux qui pouvoient porter les armes, hormis ijuelques-uns, se trouvèrent en sa court avec leurs chevaux, pour accompaigner et voir l'armée.
Son Altesse, estant sorty de sa chambre, dit ; « Le peuple icy » entre en deffiance sans propos. » Puis après il monte à cheval sur le point de midy, lorsque tous les hahitans ordinairement se mettent à table; et passant par la grande rue et le marché, se monstra fort joyeux, et, riant tanlost à l'un tantost à l'autre, sortit de la ville; et lorsqu'il fut sur le pont, les genlilzhomnics et la garde françoise qui le suivoit retourna tout court en la ville, après avoir tué trois des gardes de la porte qui peurenl atteindre, et le reste, fuyant à val de roule, cria à l'arme. Ceux qui estoient dehors, gens de cheval, jusques à six cens, et sept compaignies de gens de pied et autres, comme ilz avoient commandement d'obéir, mettent la main aux armes, tuent les premiers qu'ilz rencontrent, et crient : Ville gagnée, vive la messe. Les habitans sortent des maisons en armes, et se présentent avec leurs picques et longs bois et font teste aux François, Pendant la meslée, partie des soldatz pillardz s'amusoient à piller deux ou trois maisons;
(1) Le duc d'Anjou.
quelques autres mirent le feu à deux maisons près des remparts, pour amuser le peuple; mais ilz avoient, au lemps des Espagnols, esté jà trompés de ceste sorte, et voyant que partie des soldatz françois venoieut dessus le rempart, ilz tirèrent 1 artillerie et en tuèrent plusieurs; et lesdicts voulans entrer du (oslé vers la ville par une rue qui respondoit sur le rempart, ilz trouvèrent li s cliaisnes tendues et corps de garde où ilz furent repoussés. Cependant le fort du combat estoit en la grande rue, où quelques Anglois, au nombre de six ou sept, se meslèrent avec les habitans, leur donnant courage; et enfin les François, ayant sonstenu un peu de temps, furent contrainclz se retirer vers la porle, qu'ilz trouvèrent empeschée des uns qui vouioient entrer, et les autres sortir; et là y eut une grande tuerie d'hommes et de chevaux françois amoncelez les uns sur les autres.
Monseigneur le prince d'Orange arrivant quand c'estdit pres- (jue faict, il feil cesser le canon et sauva ceux qui restoient de la deffaicte, comme il est d'un naturel fort doux. La tuerie dura près d'une heure etdemye; plusieurs blessés, les autres entiers, se jettoient pardessus les remparts, (jui noyièrent,et en a esté pesclié plus de cent, et encores on est après a en pescher, pour le prolht qu'un pescheur y a trouvé, ayant gagné plus de seize cens escus qu'un gentilhomme avoitsur luy. Bien peu restez espèrent, promeltans ranson à ceux qui avoient esté en Arras, et entre autres fut le S"" de Fervasque, lequel se jetta dans une maison où il fut sauvé et proniist dix mil escus; l'évesque de Constance autant, combien qu'il ne portast les armes, mais il siiyvoit Son Altesse, et fut pris par les rues,
LesFiançois pensoient que les habitans catholicques deussenl sortir pour leur ayder, quand ilz auroient ouy crier Vioe la messe ; mais ilz furent bien trompez, car il ne s'en trouva qui s'en monstrassent plus furieux que eux. Les autres François, qui estoient restés en la ville en nombre de trois cens ou environ, la plus grand part domestiques de Son Altesse, ne furent offensés, ni de faict ni de paroUes, ains au contraire ilz furent traitez dou-
cernent; et de ma part, je puis dire avoir receu toutes les courtoisies qu'il est possible, non -seulement de mon liosle, mais aussi visité de trois advocalz, mesme de Tadvocat fiscal et deux conseilliers du privé conseil, qui me sont \enuz visiter et consoler et m'asseurer de leur assistance. Nous n'en eussions eu si bon marclié des autres nations; seulement ilz ont baillé garder les rVançois à leurs liosles. Les morts furent despouillez tout nudz par les habitans et menu peuple, et s'en trouva seize cens morlz, de conle faict, entre lesquels esloient deux censgenlilzbommes, ou quoy que ce soit, babilles de velours à broilures ricbes; et y en eut d'autres qui tirent les morts: entre autres, un genlilbomme servant endura que l'on le despouillast de sa cbemise qui estoit bonne, et la niiict il despouilla un corps mort de la sienne toute sanglante, et fut conduit par un capitaine de la ville en son logis par compassion , et pensé de sa playe.
Le mesme jour, monseigneur le prince d'Orange assembla le conseil de la ville, et après avoir déploré la calamité advenue, mist en propos de se réconcilier avec Son Altesse , lequel , le jour ensuyvant, envoya un bourgmaistre et quebiues autres habilans ijui l'avoyent accompaigné, et demanda qu'on luy envoyast des gentilzbommes de sa suilte, ensemble l'évesque de Constance et autres et siens serviteurs domestiques, avec ses meubles.
Ceux qui y estoient allez raporlèrent que, lorsque Son Altesse fut sorty de la porte, qu'il fit signe au S' de Rocbepot de commencer ; et alors ledict S"" de Rochepot tua le capitaine de la garde, et M'' des Pruneaux les autres. Le S"' de Viliiers, maréchal de camp de ce païs, luy dit: « Ha! ha! monseigneur, que l'aictes- )) vous? » — « Je me veux, dit-il, faire le maislre de la ville par » le moien de mes hommes. )> Il luy répliqua, quant tout cela seroit delfaict, ce seroit peu de chose, et qu'il ne congnoissoit les habilans, qui estoient près de dix mil hommes bien armés. Toutesfois, Son Altesse par lettres a escript à messieurs de cesle ville que cela estoit advenu à son grand regret, par la faute de Hochepot et de Fervasque.
Le jour iiit'Siiie, Soii Allesse ;) deiiiaiulé des vivres à messieurs de la ville, qui luy en ont donné. Monseigneur le i)rince d'Orange, comme j'ay entendu, luy a escrit qu'il sçavoit bien qu'il y avoit terme et accord entre Son Altesse et le roy d'Espagne, pendant le temps le mariage de la fille d'Espagne et de luy se traictoit. S'il est vray ou non , je ne sçay; mais il a esté trouvé un pacquet de plusieurs lettres sur ceux qui sont morts, que le mariage esloit asseuré. Aussi semb!oit-il fort estrange à tout homme d'entendement qu'il eust laissé passer les navires à Gravelines, qui estoient en l'eau jusqu'à la gorge, s'il n'y eust de ce intelligence.
La nuict du lundy à mardy, les François se firent maistre de la ville d'Armonde (I), petite mais de conséquence, pour tenir ceux de Gant en grand'peine. Hz vouloient faire le semblable à Halot (^2), à Bruges, à Nieuport, mais ils furent cliassés; htiict jours auparavant s'estoient f;ûct maistres des donnes (5). Les Anglois et vieilles compagnies françoises se sont départies du nouveau camp de Son Altesse; et jà auparavant en avoit désapoiiicté quelques capitaines.
Messieurs de ceste ville, après avoir tenu deux jouis conseil , ont envoyé des députés à Son Altesse plaindre vers luy, avec grande instruction pour le rappeller en ceste ville; mais le bruict de cela estant dès hier porté à Son Altesse, dit qu'il ne vouloil point de ville où il ne fust le maistre. Je ne puis croire que Son Altesse ait faict entreprise si détestable, et ne veux rien présumer de mon prince et maistre qu'en tout honneur, mais bien ceux qui luy ont imprimé cela ont cherché sa ruine, pour le faire ennemy de ceux qui sont de la religion. Je luy ay dit quehjuefois assés franchement qu'en épousant sa niepce, que toutes les loix divines et humaines y résistent, et qu'il n'en peut advenir que
(1) Termonile.
(-2) Alost.
(ô) Dounes y dunes.
( Sli )
iiiallieur. J'ai préveu et prédit ce niallieiu' en Angleterre à monsieur de Sainct-Aldegonde et des l'rnneaux, lorsque je leur dis que leurs négociations tiroicnt après soy la ruine de nostre prince et du Bas-Païs, congnoissanl la contrariété de meurs et d'humeurs des deux peuples, et la différence de cela à la possession de liberté, laquelle jamais ils ne voudroient quicler, ayant eu les citadelles, pour cstre maistres du prince : car il est bien certain que celuy est maistre de l'Estat qui est maislre de la force publicque, et ne preste obéissance que ce qu'il luy plaist, en sorte que la souveraineté, ne soulfrant jamais division, se trouveroit partie entre le prince et les subjeclz, qui causeroit la ruyne d'un Estât; et vault mieulx le laisser en pleine liberté que la trancher par moitié, et mesme le prince estant au meillieu du peuple forcé ne peult nuyre : joinct aussy qu'il n'y a plus ou fort peu de noblesse au païs, et n'ont voix ne crédit aucun aux estais. Néantmoins c'est la principale liaison entre le prime et le peuple en toutte monarchie. Sçachant ces maximes indubitables en termes... et les ayant en partie déclarées, j'en ai esté mal voulu; et mesme le S'' de Fervasque m'en a appelé espagnol, estant en Angleterre . Et pour mon particulier, j'ay bien à louer Dieu qui m'a saulvé la vie, car c'est la treizième fois que j'ay esté près ung point de la mort sans mourir. Je reste prisonnier pour récompense de mes services, si Son Altesse n'y a esgard. Toutefois je vous prie de ne vous en mettre en peine, car j'espère que Dieu m'aydera. Et d'aultant que je suis pressé du poste, je prie Dieu vous donner, etc. Le xxi'"'^ jour de janvier 1583.
Vostre affectionné serviteur, frère et amy,