‹ Analectes historiquesChapitre 2 sur 23 · PANNETIERS · texte numérisé non relu

PANNETIERS

Pliilibert de Vauldrey.

Phelippe Loyte.

Pierre de Vauldrey.

Henri d'Ourssan.

Bernard de Paze.

Jehan Foret.

Jehan de Fontelles.

Perceval d'Ensrode.

Waziers.

Claude Fouchier.

Pierre Du Vergier.

Le basiard de Gerammes.

Pierre de Sugnies, Paulequin de la Barre.

Guillaume de Vaulx.

Gérard île Merbaix.

Sydracq, bastard de Lannoy.

Guillaume de Crécy.

Eslioniip Damas.

Hiigtieniu de Salins, Anthoine do ^'aiilx.

Jelian Grecq.

Bruyant Goyon.

Mahieu de Landas.

Jacques de Mailly.

Phelippe de Mont S'-Li(îier.

Lyénart de la Court. Olivier Goyon.

Guillaume de Gu{jn\.

Nicolas de S'-Mori'^.

Jehan de Ballay.

Guillaume Maldoel.

Pierre de la Tour.

Charles de Manneviile.

Le hastard d'Avehis.

Jehan de Villanflans.

Humbert le Gros.

Guillaume de S'-Andoche.

Huffuenin de Chissey.

Edouard de Rivières.

Willequin d'Athun.

Garin de Warluseul.

Guillaume de Ramilly.

Mistodin.

Gillechon de Saint-Liénart.

Jehan d'Avelus.

Jehan de Moillerencourl.

Guillaume de Poitiers.

Aymery d'Anglure.

Charles de la Marche.

Nicolas de Lucv.

ESr.lirRS E.'iCUANCONS.

Jehan de Croy.

Philippe de Yillers.

Claude d'Ococh, dit Gosquiu.

Jehan d'Escuerey.

lîonnet de Hesecques.

Claude de Brancion.

Anthoine de Bailleul.

Phelippe Daulcs.

Jhéromme Ventho.

Estienne du Vernoy.

Jennet de Bournonville.

François de Gougenet.

Jehan de Pérannes.

Guion d'Usye.

Robinet de Framezelles.

Philibert de Ronche, dit Morlet.

Cornuaille.

Jehan de Wittem.

Anthoine de Sains.

François de le Haye.

Guillaume ile Eaugey.

Jacques de Falerans.

Huguenin de Visemeaulx.

Jennet de Courleville.

Pierchon de le Moite, dit Rosée.

Alexandre de Breux.

Gobert d'Apremont.

Pierre de Monclus.

Jehan de Neufchastel.

Charles de Rubempré.

Wernaige.

Le bastard deRavestain.

Loys de Mamines.

Jehan Baudain.

Pierre de Meurchin.

Charles de Nyelles.

Guillaume de Bousanfon, dit Petiot.

Adrien de Gavre.

Gosselin de Noyelles.

Paven de Mons.

Thomas de Rotlielant.

Plielippe des Champs.

Anthoine de la Vitte.

Guilbert du Homme.

Charles de Salins.

Claude Rousselet.

Guiot Copman.

ESClîIERS TRENCHANS.

La Mouche.

Anthoine d'Usye. Phelippe de Salins.

Jehan d'Oignies.

Anthoine de Truvens.

Rondelet de Borqueni.

Urbain de la Penne.

Anthoine <ie Fontaines.

Jennet de le Gauchie.

Ector de Bruielles.

Jehan de Vatraver.s.

MorletdeGouy.

Loys de Moisy.

Sauvaige de Piouvilie.

Charles de Lattre.

Jennet de Hémont.

MichileldeLens.

Jehan Vurry.

Jehan de Vy.

Anthoine Symon.

Anthoine, bastard d'Auxi.

Guillaume de Vernnv,

Henry de Salins.

Lancelol Augnies, Aileaumet de Seninghem.

Cornille de Berghes.

Gauchin de Tinteville.

Pierchon de Croix.

Le bastard de Clèves.

Anthoine de Gapannes.

Anthoine de Helfault.

Jehan Maldonade.

Charles de Longueval.

Jehan, bastard de Clèves.

Jennet des Prez.

Marc de Cucq, Jennet de Fretin.

Le Veau de Bournonviile.

Mélis de Hèvre.

Henry d'Ivory.

Pierre de Crepieu.

Jacques d'Idrequen.

Anthoine de Janly.

Jennet de Wyze.

ESCUÎERS DESCIIIERIE.

Jannequin de Cabannes.

Régnier Mancel.

Honnoural de Péruez.

Girard de Ballay.

Cornille Mettenay le jeusne.

Andrieu de Thouionjon.

Galien de Launey.

Guillaume de Serc^aiz.

Thomas d'Evreghem.

Anthoine le Quien.

Guillaume d'Argenton.

Jehan de Coupigny.

Philibert de Morot.

Jehan Herdewyck.

Adrien de Beauval.

Jacques d'Ivrigny.

George, bastard d'Auxi.

Andtieu d'Albainc.

Loys de Praet.

Adrien de Blois.

Loys de Bonbaiz.

Jehan Verdière.

Pierre de Villers.

Pierre de Molbay.

Ector de Mériadel.

Jacques de Coupigny.

Plielippc de la Viesville.

Guérardin de Cuynglieni.

Ciiarles de Haelewin, basiar

Bughenhet.

Jennet de Helfaidt.

Guillaume Scheitmort.

A^'outer d'Oye. Joosse de Banst.

Jehan de Trapezonde.

Ide

Guy d'Arleux.

Jehan de Gourmont.

Guillaume de Chaucouit.

Guillaume de GrachauU.

Jehan de Bachereau.

Le Veau de Bousanlon.

Christode de Griboval.

Claude de Succre.

Richart Louvelel.

Guillaume de Mailly.

Le bastard do Morkerrke.

Gilles d'Avelus.

Tliiéhaull de Gungny.

Jehan de Humières.

Jehan Goyon.

Anthoine d'Ococh.

Jehan d'Estanoye.

Le baslard de Glimes.

Item, mondit seigneur a aussy retenu et ordonné estre compté par ses escroes les officiers cy-aprez nommez, aux gaiges et en lu manière que s'ensuyt, assavoir :

Frère Nicolas Breugnuin, son confesseur, à xxiv solz, dite monnoye, par jour, tousjours compté;

Maistre Jacques d'Amenrjes, son aulmosnier, tousjours compté à xviii solz par jour;

Maistre Gérard de la Roiche, son conseillier et maistre de sa chambre aux deniers, aussy tousjours compté à xvni solz par jour ;

Maistre Nicolas de Ruttre, son premier secrétaire, tousjours compté aussy à xvui solz par jour;

Maistre Nicolas de Herkenslain, son médicin, aussy tousjours compté à XVIII solz par jour;

Woidler Va7i Huesdan, garde de ses joyaulx, aussy tousjours compté à xviii solz par jour;

Maistre Jekan Brunwck, cirurgien, tousjours compté à xv solz par jour;

Maistre Guillaume Monin, anssy cirurgien, à xv solz par jour, toiisjonrs compté;

Maistre Thierry de Hollande, aussy cirurgien, semblablement à XV solz par jour;

Faslré Hollet, contrerolleur de la despence ordinaire dudit hostel, par demy-an, à xii solz par jour;

Jehan Dubblain, son compaignon, par l'aultre demy-an , aussy à xu solz par jour;

Maistre Jehan de Salengres et Ernoukt de Marcques , clercqz des offices d'icelluy lioslel, comptez ensemble le premier demyan , aussy à xii solz par jour ;

Jehan iCEfforges et maistre Regnault de Beughem , aussy clercqz desdits offices, servanset comptez ensemble l'aultre demyan , audit pris de xn solz par jour;

Thoison d'or, roy d'armes, aussy tousjours compté à xu solz par jour;

Fuzil, bérault d'armes, à ix solz par jour;

Namur, aussy bérault d'armes, à ix solz par jour;

Saint-George, aussy bérault, audit pris deix solz par jour;

Matines, poursuyvant d'armes, à vi solz par jour;

Jehan de la Porte, huissier d'armes, à xii solz par jour;

Guillot Camp, aussy huissier d'armes, audit pris de xn solz par jour;

Jacques Cavrel, sergent d'armes, audit pris de xn solz par jour;

Nicodemus, trompette de guerre, audit pris de xu solz par jour;

Phelippot du Chesne, huissier de salle, par demy-an, à ix solz par jour;

Pierre Pressin, aussy huissier de salle, par l'aultre demy-an, audit pris de ix solz par jour ;

JeJian Bave, ayde des joyaulx de mondit seigneur, tousjours compté à IX solz par jour, dudit pris ;

Anthoine de la Dovière, ayde de la fourrière d'icelluy seigneur, tousjours compté à vi solz par jour;

Philibert Cauche, espicier, compté à xii solz par jour.

Item, aura inontlil seigneur, et a ordonm^ estre comptez, par sesdites escroes, cinquante-six archiers cy-après nommez, à vni solz, dite nionnoye, par jour, eulx estans devers luy et en son service; assavoir :

Petit-Jehan, fouyer.

Lammekin.

Tassin Le Tellier.

Thomas Coucq.

Colin Boulet.

Thomas David.

Hulyauwys.

Laiirens de Warton.

David Goch.

Thomas Biscop.

Guiliaume Sacquel)orn.

Richart Yondoz.

Richart Bevessel.

Piètre de Binchc Bourgoigne.

Le Bieton. Piéran Brulin.

Huguenin Monjol.

Mahieu Venelle.

Adrien Gheynis.

Daniel Monins.

Anthonin Haneron.

Lyonnel Freniin.

Thirion de Clèves.

GuérardinOdel.mt.

Houchet Bourgois.

Willequin de Hazc Phelippot le Bon.

Piriche.

Perchehaye.

Georin de Cotignies.

Guillaume Crupenninck.

Guillaume Parisis.

Thirion Poullet.

Robinet Bonnement.

Palette.

Jehan le Sellier.

Thirion Le Cocq.

Hacquinet de Neufville Le grant Biocade.

Le petit Brocade.

Martin Lesloussois.

Pierre Débonnaire.

Colart Bauvier.

Piérot Bourley.

Pérot <le Londres.

Jennet d'Aisincourt.

Lothin le Rougeault.

Jehan Trocton.

Jehan de Potles.

Pasquier le Beau.

Jehan Porquere.

Érin Fastrechart.

Guillaume Maronnier.

lUathieu Jehan.

Fortespisse.

Et si veult et ordonne mondit seigneur que en la fin de chascun mois soit compté ausdits clercqz d'offices cy- dessus nommez, pour encre, papier el parchemin à niectre par escript, en forme d'escroes, qu'ilz font par chascun jour, les chevaliers,

genlilzliornmes et aiillres cy-dessus nonuiiez, la somme de xl solz, dite moniioye, et au clercq dudit maislre de la chambre aux deniers, en l'absence de son niaislre, et quant icelluy maislie sera royé et ne sera point compté par icelles escroes, ix solz dudit pris par chascun jour.

Maximilien, par la grâce de Dieu, duc d'Austrice, de Bourgoingne, de Lolhier, de Brabant, de Lembourg, de I>uxerabourg et de Glieldres, conte de Flandres, d'Artois, de Bourgoingnc, palatin, de Haynnau, de Hollande, de Zélande, de iNamur et de Zulphen, marquis du saint-empire, seigneur de Frize, de Salins et de Malines, savoir faisons à tous : comment, après le trespas de feu, de noble mémoire, nostre très-chier seigneur et beau-père le duc Charles de Bourgoingne, que Dieu absoille, plusieurs chevaliers, escuiers, hommes d'armes, archiers et officiers qui avoient esté retenuz de son hostel, s'esloient, après leur retour de la journée et romplurequ'ilz eulrent devant la ville de Nancy, en la compaignie de nostredit très-chier seigneur et beau-père, espars en plusieurs lieux, les ungs en places de frontières, et les autres en Bourgoingnc et ailleurs, ou service de nostre trèschière et très-amée compaigne la duchesse, et que, au retour des aucuns d'iceulx, l'on avoit desjà fait les ordonnances des hoslelz de nous et de nostredite compaigne, où avions retenuz aultres es lieux et estais où ilz souloienl servir ledit feu duc Charles, nostre beau-père, à leur très-grant desplaisir, intérest et dommaige, et journellement nous fîiisoient poursuytes bien aigres pour avoir quelque provision pour vivre et eulx entretenir soubz nous et en nostre service, actendu qu'ilz avoient perdu tout le leur ou service d'icelluy feu duc Charles, ou aultrement force leur esloit nous habandonner et quérir leurs vyes en estranges terres et marches.

Pourquoy nous, qui avons eu de ce pitié et compassion, tant de nostre propre vouloir et mouvement, comme par meure délibération de noslre conseil, avons ordonné et cummundé, ordon-

( 24 ) nous et commandons, de grâce espécialc, par ces présentes, à nostrc amé cl féal chevalier, conseillier, chambellan el premier niaislre d'hoslel messire Olivier, seigneur de la Marche, lequel a tousjours eu bonne cognoissance desdits chevaliers, escuiers, ofiiciers et archiers de corps, chascun en son degré, ainsi faisans lesdites poursuites, et qui ont servi nostredit feu seigneur et beau-père en ses guerres, armées et aultres ses affaires, do compter, par les escrocs des gaiges ordinaires de nosire hostel , les chevaliers, chambellans, escuiers, officiers, archiers de corpz et aultres cy-devant nommez, en leurs eslalz, aux gaiges et par la forme et manière que cy-devant est déclarée, et cp^il a esté accouslumé de faire du temps d'icelluy nostredit feu seigneur et beau-père; et ce, oultre et par-dessus les gens de nostredit hostel que avons amené avec nous, à nostre venue de par deçà.

Voulons et ordonnons, en oullre, que par lesdites escrocs soyent comptées aucunes parties accoustumées estre comptées en fin de chascun mois, comme des voyaiges faiz par ledit maistre de nostre chambre aux deniers, ses clercqz et serviteurs, pour le fait de son office, le papier el parchemin desdits clercqz de noz offices dont sont faictes lesdites escrocs, les contrerolles de nosdils maistres d'hoslel et contrerolleur, ainsi qu'il a esté accouslumé de faire par ci-devant, avec toutes aultres parties, tant de desponce comme aultrement; et ce, à commencier le premier jour de novembre prochainement venant.

Si donnons en mandement à nostre premier chambellan, aux chief el gens de nostre grant conseil estans lez nous, ausdils maistres de nostre hostel, et à tons aultres noz justiciers et officiers qui ce peult toucher et regarder, qu'ilz entretiennent et facent entretenir et accomplir de point en point ceste nostre présente ordonnance ou la forme ot manière que cy-dessus est déclairée; et aux président et gens de la chambre de noz comptes à Lille, à présent résidons à Malines, que tout ce qu'il leur apparra estre compté par lesdites escrocs, passé par nosdits maistres d'hoslel, et vériffié par lesdits contrerolles d'iceulx noz maislres

d'hostel et contrerolleur, ilz passent et allouent en la despence des comptes dudit niaislre de nostre chambre aux deniers, et rabattent de sa recepte, en rapportant lesdites escrocs tant seullemenl, nonobstant quelzconcquesrestrinctions, niandeniens ou deff'ences à ce contraires : car nostre plaisir est tel , et voulons que ainsi soit fait.

Donné en nostre ville de Bruxelles, le . . jour de septembre, l'an de grâce mil quatre cens soixante-dix-sept.

(Copie du XVI'"'' siècle, aux Arcliives du royaume, collection des caitulaires et manuscrits : Recueil de pièces du A F"'' et du An'"" siècle , fol. G8-74.)

Lcllre de Charles-Quint au seigneur de la Chaidx (I), sur son arrivée en Angleterre, la réception qui lui a été [aile par le roi, la noblesse el le peuple , le défi adressé par Henri VJJI à François J"', les nouvelles quil a reçues de ses armées d'Italie, etc. : 9juini522 (2).

Pour vous avertir de nos nouvelles, nous arrivasmes à Calais le xxvt"" de may, et le lendemain eusmes si bon vent, que pas-

(!) Charles de Poupet, seigneur de la Cliaulx, chevalier, conseiller, chambellan et premier sommelier du corps de l'Empereur. Charles-Quint venait de l'envoyer en Espagne vers les vice-rois, et vers le pape Adrien, qui n'était pas encore parti pour Rome.

(•2) Sous le n" LXXIX de ces Analectes, nous avons donné une lettre que l'archiduchesse Marguerite écrivit aux villes des Pays-Bas sur la réception faite à l'Empereur en Angleterre; mais nous avons ici beaucoup plus de détails.

sasnies le canal d'Angleterre en quatre heures , et vînmes le soir à Douvres, là où nous vint recevoir le seigneur légat (1), acconipaigné de plusieurs grands personnages de ce royaume; et le jour après, nous vint trouver le roy d'Angleterre, nostre bon frère, lequel alors et depuis a tousjours continué à nous tenir la meilleure compaignie qu'il est possible dire, comme il l'ait encores de bien en mieux, avec telles démonstrations et signes de vraie amour réciproquement que vray père et fils, ou frère et compagnon de tous tems nouris ensemble, pourroient faire l'ung à l'autre. Et, d'autre part, le vouloir et affection du peuple, grand et petit, n'est pas moindre que d'eux déclarer, tant ouverlement par plusieurs manières, et autant qu'il est possible, la grande joie de ceste nostre assemblée, conjonction et vraie amitié, comme pouvez assez penser : par quoy n'en ferons long discours, fors seulement que, à vostre consolation et sachant le plaisir que en aurés, n'avons voulu laisser à vous escrire ce que dit est.

Le vi™*^ jour de ce mois, en gros triomphe, sommes entrés ensemble en ceste cité de Londres, non-seulement en estât de fi'ères conjoints en ung mesme vouloir, mays habillés tous deux d'une parure, et avec toutes les cérémonies icy accouslumées, comme si je deussiz estre receu roy en ce royaume, avec si grande joie et réception du peuple, et tant de somptueux appareils que rien plus se pouroit dire. Et le jour précédent, nous estant aulournoy au parc du palais de Greenwicb,vindrentles nouvelles audict roy, mon bon frère, comme son hérault, nommé Clarance, avoil, depuis huit jours en rà, par son ordonnance, dcrtîé le roy François, comme nostre commun ennemy, laquelle nouvelle rendit trèsgrande joie et plaisir à icelluy seigneur roy, mon bon frère, et semblablement à toute la noblesse et compaignie illec assemblée.

Ledict seigneur roy, mon bon frère, oultre le nombre de gens qu'il a desjà fait passer à Calais, a délibéré en envoler davan-

(I) Lu canliiidl d'York.

taige, afin qu'ilz se pussent joindre avec les nostres, et conjointement faire une bonne guerre guerroyable à nos ennemis, et cependant l'appareil de l'armée de mer pour faire l'emprinse que savez, en laquelle aura environ xvni mille hommes, si nostre armée de par delà arrive à tems, comme croyons; et y aura de bons personnaiges du cousté de deçà , et espérons que , déans huit ou dix jours, ils auront fait quelque bon exploit contre nos enneniys, comme entendrez ci-après.

Vous aurez bien pu entendre comme nos affaires d'Ytalie sont prospères, et y sommes victorieux, grâces à Dieu , car les Suisses et Vénitiens sont tous retirés en leurs maisons, après avoir esté bien frottés, et des François en est desmeuré bien peu, lesquels sont retirés en la ville de Crémone, et ont appointé de rendre la ville, leurs bagues sauves, par traité fait avec les capitaines de nostre armée, en cas que le roy de France ne les secoure, dedans le xxvi"'' de ce mois, à si grosse puissance que pour combattre nos gens; lesquels, incontinent avoir fait le traité de Crémone, sont allés le chemin de Gennes, pour la réduire en nostre obéissance : de quoy espérons bientost avoir bonnes nouvelles, et tenons que de ceste heure ladicte cité de Gennes soit en nostre obéissance, et même que nos gallères se seront trouvées assez à tems pour favoriser ladicte emprinse, en passant à Barcelone. Pai' quoy, considéré la disposition des affaires, avons ordonné escrire à nos capitaines qui sont en Ytalie que, si les François qui sont à Crémone ne gardent de point en point ce que a esté capitulé avec eux, ou qu'ils y faillissent d'une seule petite chose, ils contraignent tellement lesdicts capitaines qui y sont enclos, que, s'il est possible, ils ne puissent échapper ni retourner en France: car nous tenons pour tout certain que le roy François ne passera les monts, pour ce que, desjà après ceste defhance faile, il s'en retourne contre Picardie, pour pourvoir au plus grand danger. Ft cependant nous, et le roy, nostre bon frère, adviserons de divertir les Suisses de l'amilié des François, et accorder quelque moyen avec les Vénitiens, afin que le résidu d' Ytalie puisse eslre

rcduileii paix el vraye obéissance, cl l'Eslal de l'Église, pour en après dresser les communes armées conlie les ennemis de la loy ; qui est, comme syavez, noslre plus grand désir, si nous seroil possible.

Vous pouvez bien connoistre, par ces choses, en quelle bonne disposition nous avons mis les terres et Estât de l'Église, et les affaires de nostre saint père le pape, qui ont esté en si grand liazard que savez, et contre lequel ont este dressées tant de mauvaises pratiques, et ses ennemis et noslres, ouvertement déclarés, parforcé de les vouloir mettre en exécution : à quoy ils ont fait tout leur mieux, mais. Dieu grâce, ils en ont eslé reboutés; raesme des entreprises que Renzo de Cberes(l) el les Ursins, avec la faveur des cardinaux tenant le parti de France, ont par deux fois temptés, à leur honte etdommaige. Et, puisque Sa Sainteté a esté et est si très-bien servi et assisté, ferez bien de l'en avertir, aHn qu'il entende et qu'il sache ceux qui ont esté bons, pour les traiter comme bons, et ceux qui sont mauvais, pour aussi les traiter comme mauvais et rebelles à Sa Sainteté.

Cejourd'huy partirons d icy, et continuerons nostre chemin jusques au port d'Hamplon, pour dès là passer oultre au premier bon vent que viendra, et espérons que cependant pourons avoir audict port quelque nouvelle de ladicte emprinse de mer.

Au surplus, par le billet en chilIVe qui est ci-enclos, vous entendrez en brief ce que a eslé avisé de traiter avec le roy, noslre bon frère, pour le bien de nos communs affaires.

De Londres, le ix™'' de juing 1522.

(Copie du XVIIl'"" siècle, faile sur la minute , aux Archives du royaume.)

(1) iienzo (le Ccri.

DeiLv Ictlrcs de Cliaries-Quint à la reine Marie, sa sœur, sur l'accouchement cl la mort de F Impératrice : 21 avril, 2 mai

Première lettre.

Madame ma bonne soeur, coste sera pour vous advenir comme aujourd'luiy , environ le midi, rimpératrice s'est actoucliée d'ung fils, lequel est Irespassé : mais. Dieu grâces, elle se porte bien et, selon l'advis des médecins, est hors de danger, lecjuel à la vérité a esté grand, et l'ay fort craint, selon qu'elle a tousjours [)Our la pluspart esté indisposée dois qu'elle a esté ensainte. Je prie à la divine bonté la préserver en le surplus, et vous donne , madame ma bonne soeur, vos désirs.

Escript à ïholède, le xxi'"'= d'avril 1551).

Charles.

Deuxième lettre.

Madame ma bonne soeur, ceste sera pour vous advertir du Ircspas de l'Impératrice, laquelle, lorsque je la peusoye, avec l'advis des médecins, eslre hors de daugier, comme vous p^cripvis dois son accouchement, tumba, le tiers jour d'icelluy, en lièvre que l'a lellement travaillée, avec un caterre tumbant sur la poiclrine, que hier, w"'" jour de sondict accouchement, elle a lendu l'esprit. Dont je suis en l'anxiété et tristesse que pouvez bien penser, d'avoir lait une si grande et extrême perte; et n'y a riens que m'en puisse consoler, que la considération de sa bonne et catholicque vie, et la très-saincte et religieuse fin qu'elle a l'ait. Vous remectant de l'ère entendre à mes pays et

jjubjects de par delà cesle tanl pileuse nouvelle, el piiei' Dieu pour elle; et je feray le mieux que pourray pour me conformer au sainct plaisir du Créateur, auquel je supplie la vouloir avoir en son sainct paradis, comme je tiens pour certain qu'elle soit, el vous donne, madame ma bonne soeur, vos désirs. Escript à Thoiède, le ii™* de may 1559.

Charles.

(Copies du XV111"«= siècle, faites sur les originaux, aux Archives du roj'aumc.)

Lettre de Chuiics-Quint ù la reine Marie sur la prise de Duren (4) : 23 août io43.

Madame ma bonne soeur, ceste sera seulement pour vous advenir, ensuyvant mes dernières, comment j'arrivy icy avec l'armée le xx!!""^ du présent, que je campiz près de Duren, el, le lendemain, envoiay ung hcraull avec sa cotte d'armes et ung trompette pour sommer ladicte ville, comme vous pourrez voir |>ar la copie de la sommation que je vous envoie, et, au pied d'icelle, aussi la relation dudit liérault, par laquelle pourrez veoir l'extrême rébellion de ceux de dedans ladicte ville, laquelle à deux beures après midy que les Espaignols et Ytaliens assaillirent d'eux-mêmes (2), et sans attendre la brècbe fusse faicle compétente, et que le temps d'assaillir fût pour les cinq heures;

(1) Sous le n" XCiV de ces Analectcs, nous avons donné une longue lettre de l'Empereur à son fds, sur son expédition dans les pays de Juliers el de Gueldre. La prise de Diacn y est rapportée avec assez de détails.

(!') Le copiste doit avoir ici omis quehiucs mots.

( 51 ) et dura l'assault deux s^rosses heures continuellement, que fut fort aspre et cruel; et soubslindrent ceux de dedans vivement avec leur artillerie, harquebuseiie, feug artificiel et traisnées de poudre qu'ils avoient mis du long des murailles, et tellement que la chose fut fort douteuse, et jusques à ce que lesdicts Ylaliens et Espaignols les repoussèrent, entrans en la ville; que lors, sans plus de résistance, tous les gens de guerre se mirent en fuyte, pensans se saulver par la porte à l'opposite de l'assault, à laquelle l'on ne pouvoit approcher, pour le marécaige. Toutesfois, ils furent poursuivis si vivement que plusieurs saultarent par les murailles, et furent tnés dedans les fossés; et tous autres qui eschapparent de ladicte ville furent actaints par les gens de nostre cousin le prince d'Oranges, qui estoit arrivé le jour devant et logé au coustel de ladicte porte, tellement que peu, tant de ceux de la ville que des gens de guerre, sont échappés; et y sont esté tués, tant en ladicte ville durant ledict assault, que depuis, par lesdicts Espaignols et Ytaliens entrans en icelle, et noies aus fossés et à l'entour de ladicte ville, environ de six à sept cens, et le reste prisonniers. Dont l'on est après pour chastier les plus coulpables, comme vous entendrez, et le surplus, parle conseiller messire Cornelio Sceppero, lequel partira demain; et cependant n'ay voulu délaisser vous envoyer ces deux mots. Et à tant, madanie ma bonne soeur, je prie au Créateur vous donner vos désirs.

De Duren, le xxv"'^ d'aoust 1545.

Charles.

Relation de ce que Lévin Algw»! , liérault d'armes de l'Impériallo Majesté, a liesoigné vers ceulx de la ville de Duren, y estant envoyé par Sadicte Majesté avee iing trompette , le xxiix™» jour du mois d'aoust, l'an lo45.

Comme ledict Flandres s'est allé devant les portes de ladicte ville environ les dix heures devant midy dudict jour, trouvant illec un capitaine, comme lui sembloit, entre autres soldars et paysans, a demandé après leur coronel; et irelluy capitaine hiy

(Icninriilnnl qu'il liiy voulnif , rospondit que In Mnjofsti'^ Inipôrinllo, son pt leur spiejnonr, Iny avoil cnchargô de Iny et aux aultres de la villo siiinifuM' el drclnircr anlcnnc cliose do par S. M. illecq ])ri'scnte. Sur qnoy fnst dit qu'il estoil dedans la ville, et icelluy capitaine, commandant à aulcuns harqnebiUiers et femmes es- I ans hors la ville, du costeldes rempars et schanstkorben (I) faites devant la porte, qu'ils se relirassent dedans, et aulcuns d'iceulx harquohutiers disants illecq estre ordonnés pour le guet, deinandoit audit Flandres que chose il luy vouloit , et le manderoit au coronel. Sur quoy respondist que Ton le fist un peu venir illecq en personne, pour luy déclairer, comme dessus, aulcunes choses de par la Majesté Impériale, aussi en présence d'eulx tous. Cependant que l'on entra dedans devers le coronel, les aultres, qui estoient derrière ledict schanstkorben, disoient : Il fault despeacJier vilement ces gens-icy, afpn qu'ils ne regardent d'unrj costel et d'aultre, et voient ce que ïon y fait. Sur (juoy lesdicts harquebtltiers qui non s'estoient retirés dedans la ville : Non, non, disnient-ils, ils le peullcnt bien regarder, car c'est chose digne de veoir. Après, Venant de la ville ung aullre capitaine que ledict Flandres pense avoir esté le coronel, et icelluy commandant à ceux qui resioient hors la ville de se retirer dedans, deniandoit audicl Flandres que chose il vouloit; et respondant qu'il luy vouloit, et aux aultres de la ville, déclairer, de par la Majesté Impériale, aulcunes choses, si luy vouloit donner audience et le ouyr, dit incontinent icelluy capitaine : Nous ne sçavons lire; retournez dont vous êtes venu; nous sommes qui sommes. Ledit Flandres, non ayant aultre responce, se retourna devers Sadicte Majesté, estant aux champs, guères loin de ladicte porte, et racompta à icelle S. M. le tout, comme s'estoit advenu. Sadicte Majesté, oyant les orgueilleuses parolles, rébellion et nonchaillance des susdicts, et par ce assez entendant que lesdicts de l;idicte ville estoient délibérés, fist après approucher son artillerie;

(1) Scha}izJiorb, «fabion.

et le lendemain, xxiv"'^ jour dudict mois, ;iii malin, l'on coninienclioit à tirer et battre, de manière que, le mesme jour, entre les quatre et cinq heures après midy, fust, par l'ayde de Dieu et vaillance des Espaignols et Italiens, gaignée la ville par force

au premier assault.

(Copies du XVIII'"' siècle, faites sur les originaux, aux Archives du ro)^aunie.)

Lettre de Cliorles-Quint à la reine Marie, sur la soimiission du duc de C lèves et des états de Gueldre : G septembre 1,145.

Madame ma bonne soeur, il est arrivé à cest heure un des serviteurs du duc de Brnnswyck, lequel partit la nuit devant-hier pour retourner devers le due de Clèves, et escript qu'il sera iev anjourd'huy endedans les deux heures, ayant accepté les moyens d'accord pourparlés avec ledict duc de Brunswyck : ayant là irouvé les députés des nobles, villes et pays de Gbeldres, qui, comme il escript, sont appareillez de me recevoir à seigneur et prester le serment de fidélité, moyennant que ledict duc de Clèves quicte cclhiy qui hiy ont fait, et demandent sauf-conduit pour venir; lequel j'ay incontinent fait despêcher, et enchargé au sieur don Fernande de Gonzaga, ayant baillé audicl de Clèves sauf-conduit pour venir, de l'aller recevoir, et avec luy le sieur de Naves, et qu'il l'ameyne en ung pavillon du sieur de Granvelle; et aussi supplie pour pardon Martin Van Rossem, et que, ce moyennant, il le desservira de corps et de biens; et semblablement supplient ledict duc de Clèves et susdicts commis de Gbeldres que je mande au sieur de Buren de cesser son emprinse, puisque le dommaige qu'il feroit au pays de Gbeldres seroit à moi-mesmes. Et, saichant que ceste nouvelle vous sera

agr^ahle, tk'pesrlio incontinent co courrier exprès; aussi que faites escrire et advenir en diligence ledict sieur de Buren, afin qu'il suspende de passer plus oultre de faire doiumaige jusques il aye nouvelles de moy. Et pour ce que, entre aultres choses, ledict duc do Clèves a fait offrir de traiter alliance perpétuelle entre ses pays et les miens de par delà, il sera bien (}ue nie faites envoyer information des points et articles qui pourroient à ce servir, et aussi sur le surplus que vous semblera l'on doibje articuler avec ledict duc, pour tant mieux capituler et asseurer la chose si avant qu'il sera convenablement possible. Mais il fauldra que cecv se renvoyé en toute diligence; et oultre ce, sera bien que regardez d'avancer l'assemblée des estais de par delà ( I ) le plus que faire se pourra , et envoler les lettres dressées à ceste fin. A tant, madame, etc. Du camp devant Venlo,

le vi'"^ de septembre 1545.

Charles.

(Copie (lu XVIH'"' siècle, faile sur l'oriîïinal , aux Arcliives du royaume.)

Trois îetti'es de Charlex-Quint à la reine Marie , anr son expédition en France ; 4, 5, 6 novembre 1543.

Première lettre.

Madame ma bonne soeur, ceste sera pour vous advertir, ensuyvant ce que vous escripviz hier, environ les huit heures du

(1) L'Enipereup veut parler ici de l'assemblée des étals généranx qu'il avait fait convoquer à Louvain, et qui se transporta plus tard à Dicst , où la goutte l'avait forcé de s'arrêter.

matin, par Vander Aa, comme je vinz avant-hier logier en campagne avec l'armée, à une lieue prez des ennemys, lesquelz firent quelque escarmouche, où ilz perdirent aulcuns gentilshommes et aultres gens, sans que les miens receussent aucun dommaige; et hier matin, feis marcher ladicte armée en ordre, l'ordonnant en avant-garde, hataille et rière-garde, et la vins mectre à veue des ennemis, et si prez que l'on pouvoit tirer en leur camp; et y eust grosse et longue escarmouche, laquelle fut vivement repoulsée par nez avant-coureurs, et s'échauffa la chose tellement qu'il sembloit que lesdicts ennemys viendroient h la bataille: mais, comme ilz furent, comme dit est, repoulsez jusques aux tranchiz, et y perdirent plusieurs gens qui furent tuez et aultres prisonniers, ilz se retirarent du tout, sans jamais oser sortir, combien que je leur feis monstrer et tenir longuement à veue ladicte armée, tant l'avant-garde, bataille que rière-garde, et leur offrir les trois, de sorte qu'ilz veirent le devant, le flanc et derrière de ladicte armée, voire dez environ les noeuf heures du matin jusques à trois heures aprez midi, et qu'ils sçavoient bien qu'estions si prochains voisins dez le jour devant; mais ilz furent si bien saoulez de ladicte escarmouche et rembarement que l'on leur feit, qu'ilz n'en voulsirent plus menger, et se contentarent de canoner et tirer aulcuns coups d'artillerye qui ne feirent aucun dommaige. Et depuis, sur les vespres, vins loger à une petite lieue au milieu des champs, sans baye, buisson, rivière, fossé ny aiiltre empeschement , et la pluspart à la veue de leurdict camp, où j'ay demeuré jusques à maintenant, et entends y estre la reste de ce jour, afin d'actendre si lesdicts ennemys reprendroient quelque couraige et souvenance de tant de braveries, qu'ilz ont fait partout, de me vouloir venir sercher et bailler ladicte bataille. Et vous certiffie, pour vérité, qu'il est impossible de veoir gens plus délibérez et déterminez de venir à ladicte bataille, ny de meilleur visaige ni affection, que ceste mienne armée monstra hier et démonstre continuellement, veoire et de toutes les nations; et, quant ausdicLs ennemys, je

n'en sçaiirois dire davantnijro, sinon qiio tons roulx que l'on a veu s'en sont enfiiys, fors les prins et tuez; et si ilz ne se veullent monstrer aull renient, je regarderay pour demain ce que devray faire, pour non perdre icy temps, puisque j'anray si amplement satisfaict à ce que lesdicts ennemys ont nionslré tant avoir désiré; et vous en advertiray. Et cependant vous recommende la provision des viluaillcs. A tant, madame, etc. Du camp près Neuvely, le iv'"® de novembre 1543.

Deuxième lettre.

Madame ma bonne soeur, vous avez receu mes lettres par Tboison d'or, que je vous escripvis hier malin , el par icclle entendu comme je vins samedy présenter la bataille au roy de France, qui cstoit en ce lieu, el fis tenir mou armée à sa voue et de la sienne jusques au vespres bien tard; et cstoit de sorte <pi'il en pouvoit manger, s'il eustvouisu, et à son arbitraige de s'en essayer, tant en l'avant -garde, bataille que rière-garde. Mais, depuis que l'on eust rccbassé et repoussé nue grosse troupe de ses gendarmes et chevnulx liarquebousiers jusques dedans ses trenchiz, dont ils receurent notable dommaige, on ne vit plus personne; ny ledict jour, ny la nuyt suivante, ny encoires hier, se voulsist approucher nully des siens, combien que madicle arn)ée fut logée prochaine d'une petite lieue, et qu'il eust devant ses yeux partie d'icelle. Et, comment il s'apperceut (|ue l'on faisoit des ponts pour passer plus près de luy, il a prins j)Our son plus seiir expédient de s'en partir : ce qu'il a faict ceste nuyt, avec si grosse crainte qu'il s'est fait cbief de l'avant-garde, pour retourner plus seurement en son royaulme; et, comme m'ont cerlifïié ceux de ce lieu, fut si effrayé que luy et ses conducteurs vouloient partir le matin, soit qu'ils ouyrent ou se figurarent quelque bruyt en nostre camp; et dès lors firent extrême garde, et si grande qu'ils deffendirent aux habitants de cedirt lieu de non partir de leurs logis, et suspendirent le

pavtpmont do leur bogaige; et fut lodict roy de France liiyinesnie avec ses mignons le solliciteur par les rues pour faire avancer le parlement, entrant la nnyt, et fit pourveoir que l'on ne sonnast trompettes ny tembonrins, voire estouppcr les campanes (I) des mulets de cbarge; et y eut si grand désordre et confusion , pour la diversité des nations, que, pour les rencheminer, il ne trouva aultre expédient que de mettre le feu aux fanxbourgs de cedict lieu; et commença à cheminer dès les huit heures du soir. Et peut-l'on bien penser que, s'il n'eust eu si grosse affaire sur son logis, qu'il ne l'eust abandonné en tel temps, combien qu'il eust son camp très-bien fortiffîé et environné des tranchées et rempars, et luy et ses gens de cheval à couvert, et cesledicte ville de Chasteau-Cambrésis; et tant que, à la vérité, le véant aujourd'hui, tous les gens de bien se sont esbahis de sa estrange retraicte, et tant plus que encoires vendredy, et le jour que je vins, il bravoit, et tous les siens, d'y vouloir soustenir. Et, comme le sieur de Granvelle vous a cejourd'huy escript , ayant entendu ladicte retraicte, que l'on n'eust jamais pensé, et mesme de telle sorte, j'ai fait encheminer ladicte armée pour suyvre la sienne, et se sont mis devant aucuns gens de cheval à ceste fin : mais il a faict telle diligence à gaigner le devant, que luy et toute son armée es- !oient jà passé le bois distant environ cincq lieues dès là où madicte armée estoil campée, et Dieu scet à quel désordre; et, comme ont certiffié plusieurs prisonniers , gentilshommes et aultres, qui ont esté prins, à qui mieux pouvoit fuyr; et a-l'on trouvé tentes, bardes et artillerie par chemin. Et voyant que les gens de pied de mon armée ne povoienl plus marcher, et aussi qu'il se faisoit tard, et que j'ay entendu, tant par lesdicls prisonniers que aultres, que desjà ledict roy de France s'estoyt retiré du costel de Guyse , et ses gens en divers lieux, comme ils avoient peu, je l'ay faict retourner icy; et y a passé aucuns

(1) Esloupper lex campnnes. éloufTor les sons ries rlnclifltps.

gens (le cheval qu'ils laissèrent sur le derrière, et ont escarmouche ensemble, où iceiilx François, encore qu'ils fussent sur leur garde, et emparés dudict bois avantagieusemcnl, et que les nostres y fussent allez à bride abattue, à la desrobée et sans ordre, toutesfois n'ont eu du meilleur, et ont perdu plusieurs de leurs gens morts sur la place, et aultres prisonniers. Et suis retourné en cedict lieu passé une heure de nuyt, et, comme vous pouvez penser, non sans estre las; et ne vois que j'en puisse partir demain, pour attendre que ladicte armée se puisse rejoindre, qui a eu aujourd'huy très-rude journée et nécessité de victuailles, pour avoir cheminé continuellement et en diligence, et que iceulx vivres ne pouvoient suyvre si tost. Et je regarderay, avec les gens de bien, ce que se debvra faire au surplus, et vous en advertiray par Vander Aa. Cependant je dépesche ce porteur, afin que ne demeuriez en suspens de ce qu'est succédé depuis que ledict sieur de Granvelle vous a escripl. A tant, madame ma bonne sœur, je prie Nostre- Seigneur vous donner vos désirs. Du Chasteau de Cambrésis, le v""" de novembre 1545.

Troi<ilènie lettre.

Madame ma bonne soeur, suivant ce que vous escrivis au soir, j'ay aujourd'huy consulté ce que se devroit faire, et me suis arreslé de ensuyr la résolution , prinse dimanche, d'aller à Crèvecoeur, et espère y conduyre ceste armée en deux jours, pour après faire d'icelle comme l'on entendra cependant les nouvelles de l'ennemy, et m'en iray demain à Ligny, et que le conte du Roeulx se avancera pour l'emprlnse de Corbie, si elle se pourra conduyre; et aussi auray-je bonne advertence en ce que touche le recouvrement du pays de Luxembourg, selon les nouvelles que l'on en aura du séneschal de Haynnau et conseiller Schepperus, et comme l'on entendra que l'on y pourra faire quelque bonne oeuvre, estant esbahy que jusquos à maintenant l'on ayt rien entendu, depuis de ce que vous ay eçcript, touchant la

venue du conte Guillaume de Furslenbeig au pays dudict Luxembourg, ny aussy desdicls séneschal et S^.hepperus; et de là regarderay-je aussy ce que l'on devra faire de ladicte armée, ou s'en descharger d'icelle, retenant seulement le nécessaire pour les frontières durant cestuy hyver; et sera ce quartier-là au propos de la retraite, à la inoindre foule des subjets.

En outre, j'ay trouvé que ceux de cesle ville, ou par crainte, ou à faulle de bonne volonté, n'ont baillé advertissement quelconque de la retraicte des François, comme ils eussent bien pu faire, et mesme dez que l'arrière-garde estoit partie, qu'estoit hier à quatre heures du matin : dont jamais nul de ladicte ville feit semblant, jusques environ les huit heures du matin , que don Fernande de Gonzaga vint aux tranchiz de ladicte ville, et lois le vint trouver le chastellain d'ycy , auquel l'on inculpe que luymesme l'avoit empesché, deffendant aux habitants qu'ils ne sortissent de leurs maisons. Et je le manday au soir querre, en arrivant en ce lieu, et le feis mettre prisonnier aux fers, où il est détenu, et entends le vous envoyer, pour le mettre quelque part en bonne garde, pendant que l'on s'informera comme la chose est passée. Et il auroit bien mérité d'estre chastié de la vie, si ceste faute se trouvoit inexcusable, comme l'on la luy impute.

Et au surplus, vous savez comme l'évesque de Cambray refusa à mes gens les recevoir en ladicte ville au commencement des guerres, et il en a aussi mal ou pis usé maintenant, sans avoir regard au devoir auquel il m'est tenu , pour avoir ce bien par mon moyen et estre sujet de l'Empire, et aussi comme ceux de la cité se sont mis en contradiction de recevoir les gens de guerre (jue je y voulois envoyer sous le sieur de Bugnicourt, nonobstant les hostilitez et violences usées en ce pays de Cambrésis par les François, qui, en reconnoissance de ce, leur ont encores, au partir d'icy, bruslé les faubourgs de ceste ville. Et, après avoir communiqué cestuy affaire secrètement à aucuns non suspects , leur semble que je devray faire une citadelle audicl Cambray, où le roy do France l'a déjà quelquefoi:^ des-

signé , dcmonslranl y avoir bon goust , et qu'il semble cstre mieux que je le face, que luy en laisser lu conimodilé, avec l'assislence de ceux qui favorisent son parly, dont pourroil advenir la perdition de ladicte cité et dudict pays pour le sainl-onipire, et au grand inconvénient de mes pays de par deçà, et que ladicte citadelle se pourroit faire avec la contribution de ceulx de iadicle cité et pays dudict Cambrésis, pour aucune satisfaction des ternies qu'ils ont tenus envers moy, aultres que de bons sujets du saint-empire, voire contre la neutralité et bonne voisinance de mesdicts pays, et, attendu la violence usée par ledict roy de France, pour l'en empescber ci-après et ses successeurs, et que la cbose se pourroit conduire au contentement du saintempire, avec les remonstrances susdiclcs, et le tesmoignage qu'en onl veu les princes d'Allemaigne estans en ceste armée, soit par forme de conservatoire ou autrement, par privilège du saint-empire, et avec reconnoissancc d'icelluy, et délaissant, au surplus, l'évesque en tous ses droits. Et loutesfois ay-je délaissé ainsi la chose suspendue jusques je vienne audict Crèvecoeur, pour lors v piendre résolution , ayant eu sur ce vostre advis : vous priant le m'envoyer bien ample, y gardant le secret requis; et je temporiseray avec ceulx de ceste ville et dudict Cambray jusques lors, sans moustrer niajcontenlement ny eslre du tout content d'eux. Je vous envoyé la copie d'un plarcarl que j'ay aujourd'buy laicl publier en ceste ville : ne sçay s'il s'en ensuyvra quelque effet. Dont vous ay bien voulu advenir, comme aussy feray de ce (pi'cn succédera. Et à tant, madame ma bonne soeur, je prie Dieu vous donner vos désirs. Du Cbasteau-Cambrésis, le vi^^^dc novembre 1543.

Charles.

(Copies (lu XVIII'"'^ siècle, faites sur les originaux, aux Archives du roj'aume. )

Relation du tmih^port des ossenierUf; du duc de Bourgogne, Charles le Hardi, de Nancy à Luxembourg ; précédée de la commission et de l'instruction données par la reine Marie à Martin de Cupere, abbé de Crespin, évêque de Chalcédoine et su/fragant de Cambrai : 4 août — 25 septembre 1550.

M\R1E, l'AR LA GKACE UE DlEU , ReYNE DOUAIGIÈRE DE HONGUERIE ET

DE Bohême, etc., Régente.

Très-chier et hien-amé, rEmpereur, monseigneur, ayant entendu la responce de noslre bonne niepce madame la douaigière de Lorraine, par laquelle icelle, avec les estatz du pays, ont accordé la restitution des ossemens de feu de très-louable mémoire le duc Charles de Bourgoingne, que Dieu absoille, et que l'on désiroit qu'il se iist sans pompe, Sadicte Majesté s'y est voluntairement condescendue, et vous a commis et député pour, avecq le justicier des nobles de Luxembourg, aller celle part, à l'effect que dessus, acompaigniez seulement par ensemble de vingt chcvaulx. Dont vous advertissons; et ordonnons bien expressément, de par Sadicte Majesté, que, le plus tost que pourrez, venez devers nous, prest el monté, pour d'icy passer oultre, et prendre les instructions selon lesquelles vous aurez à conduire en l'exécution de vostrcdicle charge, sans en faire faulte. Et nous regarderons de vous faire dresser devez vacations, comme de raison. Révérend père, très-chier et bien-anié, INostre- Seigneur soit garde de vous.

Escripl à Bintz, le un'"'' jour d'aoust 1350.

MAiat.

D'EsrLLGULM.

Itibliuctiuii de ce que vous , danip Miirlin , évcsiiue de Calccdonc , abbc de Crcb|)in cl suffraganl de Cambray, et messire Chrislofflc de Schouwenibourg, justicier des nobles de Luxembourg, aurez à faire en Lorraine , où la roync présentement vous envoyé, pour transférer dudil Lorraine es pays de par dci;à les osseniens de feu de trcs-recommandéc mémoire le duc Charles de Bourgoingne.

Premiers, présenterez à la duchesse douaigière deLorrayne les lettres de Sa Majesté portans crédence sur vous; et pour l'exposition d'icellc, direz que, conforme au consentement baillé quant au transport desdis ossemens, Sa Majesté vous a illecq envoyez pour cest effect, chargez le faire à la moindre pompe et bruyt que faire se pourra; luy faisant part de vostredicte charge quant à ce; et la requerrez, de la part de Sadicte Majesté, vous en donner toutte bonne et favorable adresse, mesmes à vostre briefve despesche.

Vous ferez provision d'un charriot portant couverture de drap noir, pour y mectre le luseau(l) avecq lesdis ossemens, couvert d'ung velours noir, avoecq une croix de tafetas ou damas blanccj par dessus; et au millieu, sur le coffre ou luseau, y aura ung carreau de velours noir sur lequel y aura Timaige du crucifix, et deux religieulx ou deux prebstres séculiers, l'un à l'entrée dudict charriot, et l'autre derrière, habillez de noir, pryans pour les àmcs des trespassez.

Et, après que aurez le consentement de ladicte duchesse de transporter ledict corps et ossemens, avant les lever, ferez chauler une messe solempnelle des trespassez, à laquelle, s'il y avoit ung hérault vestu de sa cotte d'armes, il offriroit seul ung chierge d'une deuiy-jivre. Et, après ladicte messe faicte, lèveront ledict corps et ossemens, et le mectront sur ledict charriot, quysera tout preist devant l'église, acoustré comme dessus, et les chartons tous vosliis de noir.

Vous baillerez ou ferez délivrer à l'église où ledict corps a sy

(I) Luseau, bièie, ceicueil.

longuement reposé, pour la labrique, cent pièces d'or nommées demy-réaulx , ou la valleur, avoecq espoir que leur donnerez que cy-après l'on leur envoyera quelques aornemens , en commémoration dudict feu seigneur duc.

Vous envoyerez devant où vous logerez pour le soir, affin que l'église soit ouverte à vostre venue, pour en icelle mectre reposer la nuyct ledict corps et ossemens sur tréteaulx, et aux deux extrémitez deuxchiergesardans, où lesdicts religieulx, ouquel- (jues aultres personnes de la famille (l) de vous commissaires, demeureront toutte la nuyct pour la garde dudict corps et ossemens, et pryer Dieu pour les âmes des trespassez.

Quant vous viendrez au duché dudict Luxembourg, et partout ailleurs soubz l'obéissance de l'Empereur, vous ferez sonner les cloches où vous arriverez , affin que le peuple soit incité à pryer pour les âmes des trespassez.

Tous les matins, avant partir ou lever ledict corps et ossemens des églises où la nuyct il aura esté, vous ferez célébrer bien et dévotement une basse messe de requiem; et après icellc, sur le tombeau ferez dire ung de pi'ofiindis , avecq la collecte et aspersion d'eaue benoitte.

A chascune église où ledit corps ou ossemens aura reposé, se fera quelque aulmosne d'une livre de gros.

S'il y avoit ung hérault, estant ledict corps sur l'obéissance de Sa Majesté Impériale, il yroit tousjours à cheval , vestu de sadicte colle d'armes , devant ledit charriot.

Item , en passant chemin par les cloistres et monastères estans es lieux où ledict corps ou ossemens seront menez, sur le midy et au soir, ferez faire prières et oraisons pour les âmes des trespassez , et leur ferez quelque aulmosne à vostre discrétion.

Ainsi faict et ordonné à Bruxelles, le xxvi™" jour d'aoust 1550.

Marie, d'espleguem.

(1) La famille est ici prit, poui' la suile.

Kelation de l'cvéque de Chalcédolue.

Danip Martin, évesque de Calcédoine, abbc de Crespin, etc., rernonslre en loutte révérence à la Majesté Réginale connue, sieuvant la commission sur liiy despeschée, dont appert par lettres deSadicte Majesté en datte du iiii""^ d'aoust de cest an XV' L, et par l'instruction à luy délivrée le vm""^ de septembre, dattce du xxvi™" dudict mois d'aoust, ledict remonstrant, acompaignié de Thoison d'or, Ânthoine de Bellaincourt (1) , s'est party de la ville de Bruxelles, le x""^ jour dudict mois de septembre, et est arrivé en la ville de Luxembourg le xMn™% en laquelle ville messire (Ihristofle de Scbouwembourg, chevalier, justicier des nobles de Luxembourg, auquel le remonstrant avoit envoyet advertencede sondict arrivement, est venu trouver icelluy remonstrant le xv""= jour d'icelluy mois. Et après que ledict S*^ justicier avoit faict ses apprestes, se sont ensamble, à vingt chevaulx, partis de ladicte ville de Luxembourg le xvn""* jour, et , le xix""" du meisme mois, sur le midy, sont arrivez en la ville de Nanchy.

Où ilz ont trouvet que la ducesse estoit , dès le xvi"* du matin, acompaigniée de la ducesse douaigière d'Aerscbol, du S"" conte de Vaudemont et du S"" de Bassompière, partye vers Ausbourg. Et, estant adverlis que ladicte dame princesse avoit délaissié trois députez pour ausdicts commis de Sa Majesté donner adresse sur l'exploict de leur commission , assavoir : Pierre du Chaslel, S"^ de Gerbeviller, séneschal de Loraine (lequel n'estoit lors en ladicte ville, et convint attendre sa venue jusques au xxi""" jour, sur le midy), et Evrard de Pfaffenboff, S"' de Tbelot, bailly du conte de Vaudemont, chevaliers, et maistre Jehan Billoquel , prévost

(1) Pour Beatilaincourt. Il élait seigneur de Bcllenville.

Nous avons déjà cité, au n'^ CXXXV de ces Analectes , la Notice sur la vie et les écrits d'Antoine de Beaulaincoiirt , lue à la séance générale des anliquaires de la Moi inie, le 20 juin 1 854, par M. de Linas, in-8'^ de 1 5 pages.

de l'église collégialle de Sainct-George, en ladicle ville de ISanchy, ausquelz trois députez , pour l'absence de ladicte dame duchesseetS'' conte de Vauderaont, etactendu la chergeque lesdicls commis entendoient à eulx estre donné par icelle dame duchesse etS"" conte, iceulx commis ont, ledict xxi"'^ de septembre, délivré les lettres de crédence qu'ilz avoient de Sa Majesté, et ce en la chancellerie que est en la court, aucquel lieu lesdicls commis avoient esté mandez venir.

Et, après avoir par lesdicts députez visité lesdictes lettres, et oy la crédence desdicts commis, ilz ont dict qu'ilz communicqueroient ensemble, et leur viendroient faire responce en leur logis : ce qu'ilz feirent environ demy-heure après, déclairant, par la bouche dudict seigneur séneschal, qu'ilz avoient entendu le désir de l'Impériale et Réginale Majesté, et qu'ilz avoient cherge desdictes dame duchesse et seigneur conte de Vaudemont de y satisfaire. Par quoy ilz estoient prestz de faire la délivrance des ossemens dudict feu monseigneur le duc Charles de Bourgoingne, quant bon sambleroit ausdicls commis. Lcsquelz respondirent que le plustost que faire se pourroit, et mieulx aymoient : tellement que lors par commun accordt fut prins l'heure de sept heures au lendemain matin, déclairant par lesdicts commis de quelle sorte ilz entendoient procéder et faire : à quoy lesdicls dépuiez dirent qu'ilz piocédassent et feissent tout ainsy qu'ilz vouldroient, et qu'ilz s'en tenoient pour contens.

Il est que, ce mesme jour, ainsi que lesdicts commis estoient au soupper chez ledict seigneur séneschal, icelluy seigneur leur dict que ceulx de la ville de Melz avoient envoyet par-devers luy, requerrant de sçavoir quelle chose iceulx commis voulloient qu'ilz feissent, ou quelle chose ilz averoient à faire, quant lesdicls ossemens se Iransporleroient par icelle ville; et icelluy séneschal, ne saichanl que respondre, en donnist ausdicls commis advertence, lesquelz respondirent que sur ce n'avoient quelque cherge.

Le Icndejnain, .xxii""^ dudict mois de septembre, au malin, à

sept heures, se sont trouvez en ladicte église collégialle de Sainct-George lesdicts commis de Sa Majesté, et aussi les députez de ladicte dame duchesse; lesquelz commis feirent au grant hoslel d'icelle église chanter une messe de requiem, pendant laquelle iceulx commis se tindrent es fourmes du choeur du coslé dextre, et lesdicts députez du costé senestre; et ledict Thoison d'or, vestu de sa cotte d'armes et ayant son collier, fut seul à l'offrande, et offrit une chandeille de demye-livre de chire, en laquelle estoit mis img demy-réal d'or.

Et, ladicte messe chantée et célébrée, les seigneurs d'Esglise ayant célébré icelle messe, acompaigniez de tout le collège et clergié d'icelle église, se sont retirez par-devant la sépulture et monument de mondict feu seigneur le duc de Bourgoingne, et y chantèrent commendations avoecq les collectes en tel cas acoustumées et requises.

Ce fait, lesdicts commis firent requérir par ledict Thoison d'or ausdicts députez de leur faire la délivrance desdicts ossemens : sur quoy dirent qu'ilz estoient prestz, et de fait menèrent les commis de Sadicte Majesté par-devers ladicte sépulture et monument, et, illecq venus, déclairèrent, en démonstrant ung lieu estant à l'endroit de la croisure de ladicte église, du costé de bize, distant du mur ouquel est une reniembranche de mondict feu seigneur le duc, et certains épitaphles, de environ trois pielz, couvert de quarreaux comme la reste du pavé d'icelle église, qu'icelluy lieu estoit le lieu ouquel mondict feu seigneur le duc avoit esté et estoit inhumé entre les deux quarreaux, en chascun desquelz estoit insculpé une croix de Bourgoingne, et qu'ilz avoient tousjours oy dire que c'estoit le vray lieu de ladicte sépulture, cl non autre.

Que lors les quarreaux et pavement, estant depuis ledit mur jusques et comprins les deux quarreaux insculpez desdictes crois, furent levez et la terre saincte ouverte; et, après avoir faict fouyr environ de quattre pielz de parfondeur, l'on a trouvé une pierre environ piedt et demy de longueur et ung pied de lar-

( 47) genr; et tost après a esté trouvé, allendroit où avoit esté le plus grant desdicts deux quarreaux, ung trou ; et ayant par le machon prins, atout (!) une torsse, inspection oudict trou, a esté trouvé que illecques y avoit eu quelqu'un inhumé, et que l'on n'y véoit lors que les ossemens, parce que le luyseau que l'on trouvoit y avoir esté, estoit pourry.

Après avoir faict ledict trou plus grant, l'on a trouvé les ossemens de la teste, dont les mâchoirres du costé senestre estoient rompues de forche; sont aussi esté trouvez les ossemens des brachs, costez et jambes, et pareillement de l'eschyne; mais, (juant aux mains et piedz, n'ont esté trouvez quelques ossemens, ne d'aucunes petittes costes que l'on estime estre consumiuées, parce que le tout a esté trouvé en terre fort humide. El, ainsi que petit à petit l'on a trouvé lesdicts ossemens (iceulx tous entaschiez de terre), sont esté mis en ung blancq linge, et, atout icelluy linge, mis en ung nouvel luyseau de bois, lequel fut mis sur riiostel de Sainct-Sébastien , estant auprès de ladicte sépulture, vers Orient.

Et a esté couvert d'ung pale (2) de velour noir atout une croix, fit par-dessus, au millieu, a esté mis ung quarreau de noir velour, et sur icelluy ung crucifix avoecq deux chirons(o), l'un au chief et l'aultreaux pietz; et sont esté ordonnez deux religieulx carmes, que ne sont touchez desdicts ossemens. Et fu le tout achevé tost après unze heures sur le midy.

Ce fait, lesdicts commis, lesquelz, dès le jour précédent, avoient invité pour le disner lesdicts députez avoecques aulcuns gentilzhommes, et ledict prévost avoecq ses chanoines, se sont reihirez au logis d'iceulx commis, où, avant soy mettre à table, a esté délivré par lesdicts commis audict prévost, pour et au

(1) Atout, avec.

(2) Pale, poêle.

(5) Chirons, (lambeaux de cire.

proflfit de la fahricqiie de ladicle esglise, cent demy-réaulx d'or en espèces.

Après le disné, ledict prévost a délivré ausdicts commis quittance de la réception desdicts cent demy-réauh, requérant, comme il avoil encoires fait auparavant, avoir diceulx commis acquit |)ar escript,et signé, delà délivrance desdicts ossemensdudict feu monseigneur le duc Charles : sur quoy les commis déclairèrent n'avoir de ce faire cherge. Ce non ohsttmt, ledict prévost et san;hlablement lesdicts députez avecques luy persistoient en ladicle réquisition : tellement voyant lesdicts commis que ce différent estoit cause de retardement de leur parlement, lequel esloit tout prest de mectre en train, iiz se seroient finablement condescenduz à délivrer acquit tel comme porte de mot à aultre le double exhibé avoecq ceste remonstrance, moyennant touttesfois la lettre et cerlifiication réciprocque que lesdicts députez délivrèrent ausdicts commis soubz leurs seingz manuelz, avoecq cesle rendue es mains de Sa Majesté.

Sy faict en cest endroit à noter que lesdicts députez requéroient et insistoient avoir desdicts commis, au nom de Sa Majesté, lettres par lesquelles le duc de Lorraine, leur prinche, et les estatz fussent tenuz pour acquittez des prommesses faictes à Sadicte Majesté : ce que lesdicts commis nullement n'ont volu faire.

Par ainsi, combien que ledict xxn"*" jour par lesdicts différenlz estoit fort avant venu , sicomrae entre qualtre à cincq heures sur le vespre, néantmoins lesdicts commis, pour certaines causes et considérations, se sont partis de ladicle ville de Nanchy, chevaulchant jusques à ladicte église; et illecques ont esté mis lesdicts ossemens et luyseau couvert dudict pale sur ung chariot, l'un desdicts religieulx derière icelluy luyseau, et l'autre au-devant, tenant ledict quarreau de velour et crucefix au devant de luy, et ledict chariot aussi couvert, et les harnas des chevaulx, de drap noir.

Et le soir sont lesdicts commis, à sept heures ou environ, ar-

rivez en ung villaige nommet le petit Fa, distant de ladicte ville environ deux lieuwes , et ont illecques mis ledict luysean dedens la cappelle dudict lieu avoecq deux chierges ardans, et lesdicts religieulx et aucuns des serviteurs veillans toutte la nuyct.

Le matin, xxui™^ jour dudict mois de septembre, après avoir faict célébrer une messe et lire la psalme de profuiidis , etc., et payé une gracieuseté au proffît d'icelle chappelle, selon que porte l'instruction, se sont partis environ syx heures et arrivez, sans avoir faict quelque séjour en chemin, entre une et deux heures, en la ville de Metz.

Et, auparavant qu ilz entrèrent en icelle ville, leur est venu au-devant à cheval, ayant deux serviteurs à pietz, ung des nobles d'icelle ville, disant que l'on estoit fort mary qu'ilz esloienl ainsy surprins, et que messeigneurs de la ville avec la clergie entendoient la venue au prismes debvoir estre à trois heures, et qu'ilz avoient pour ce faict leurs aprestes.

Lequel bon seigneur est retourné avoecques lesdicts commis, et les a accompaignlé jusques en l'abbaye de Saincle-Lucie, que est une abbaye de dames, là où l'abbesse et ses religieuses avoecq son de cloche estoient attendant, et y accourrurent des en ffans vestuz de supplyz, en nombre de xxv, portant la croix, et chascun une torsse avoecq les blasons ou armoiryes de ladicte ville; et estans entrez en l'église, en laquelle desjà le corps ou ossemeus dessusdicts estoient mis, l'on a alummé lesdicles torsses, et se sont lesdicts commis trouvé en icelle église, tous les aultelz tenduz de noir : de laquelle abbaye estoit abbesse la fdle dudict séneschal de Lorraine.

Le mesme jour, à l'après-disner, sont venus trois notables seigneurs d'Esglise par-devers lesdicts commis en leur logis (lesquelz iceulx commis estimoient estre chanoines), disant qu'ilz venoient, de par les collèges et clergie de ladicte ville de Metz, faire leur excuse; déclairant qu'ilz avoient esté prévenuz, de tant qu'ilz estoient advertis que l'advenue desdicts commis debvoit :iu prismes estre à trois heures après midy, et que néantmoings

( so )

ilz reqiierroient sçavoii le j)aitcnionl, pour faire leurs dehvoirs au convoy desdicts osseniens, comme en tel cas est requis. Lesdicts commis respondirentqu'ilz n'avoientsur ce quelque cherge, et, en remerchiant lesdicts collèges et clergie de leur bonne vueille et affection, dirent qu'ilz en feroient rapport.

Le lendemain, xxnn™^ jour dudict mois, après avoir célébré la messe en ladiete abbaye, lesdicts ossemens sont esté remis sur ledict chariot, et aussi lesdicts religieulx, comme dit est. Et se sont lesdicts commis, environ six heures du matin, partis de ladiete ville de Metz (ayant donné, au proffit de l'église de ladiete abbaye, aussi quelque gracieuseté), acompaigniez desdicts enffans portans torsses ardantes et ladiete croix, et la conduitte de deux officiers d'icelle ville, jusques hors de la ville, et oultre le pont lie la rivière , ausquelz enffans fu donnet par lesdicts commis une gracieuseté.

Et, venant en la duché de Luxembourg et soubz l'obéissance de Sa Majesté, lesdicts commis ont l'aict attachier, sus la couverture noire dudict chariot, quattre blasons, et ledict Thoison d'or s'est vestu de sa cotte d'armes, chevauchant tousjours audevant dudict chariot, et y avoit ung homme, lequel cheminoit longtemps devant, taisant, par touttes les églises où l'on prendoit passaise, sonneries cloches. Et ainsi sont lesdicts commis arrivez, environ xi heures devant raidy, au-devant delà ville de Thionville, là où toutte la clergie et prévost, et ceulx de la loy , les notables et toutte la commune d'icelle ville, estoient atendans ei tenatis chascun une torsse (avoecq ung blason armoyé des armes de mondict feu seigneur le duc) ou ung chiron en la main , et, après avoir receu lesdicts ossemens solempnellement avoecq aspersion d'eauwe benoiste , les ont conduict processionnèlement jusques au-devant la principale église parochiale de ladiete ville, où lesdicts commis prindrent lesdicts ossemens, et les portarent dedens le cœur; et y fut chanté une messe solemnèle de requiem, et faict ung sermon par le curé d'icelle église.

J.e mesme jour, environ deux heures, lesdicts commis ont re-

mis lesdicts ossemens sur ledict chnriot, et se sont partis, accompagniez de ladicle clergie, prévost, ceiilx delà loy, notables et tout le commun tenant torsses et chirons ardans jusques hors de la ville, et sont arrivez, après sept heures du soir, au-devant de la ville de Luxembourg, où ilz ont trouvé le seigneur conte de Mansfelt, gouverneur de la duché dudict Luxembourg, le vice-président et ceulx du conseil , avoecquesla clergie , ensamble le prévost, ceulx de la loy, notables et toutte la commune de ladicte ville, ayans torsses avecq blasons et chirons en la main; et, après avoir solempnellement receu lesdicts ossemens, sont entrez processionnellement en la ville, et allez jusques dedens le doistre et sur le chimentière des cordeliers, là où lesdicts commis prindrent lesdicts ossemens et portèrent en l'église, au millieu du coeur, les mectant sur des tréteaux, et y furent chanté commendations par les religieulx dudict cloistre; et trouvèrent lesdicts commis le cueur, ensamble tous les aultelz, tenduz de noir et blasons y attachiez, et au millieu y avoitung tabernacle, aussi couvert de noir drap , aorné de torsses et chirons en très-grande quantité.

Le xxv""* jour dudict mois de septembre , environ sept heures du matin, ledict évesque de Calchédoine, commis, acompaignié dudict Thoison d'or et de son chappellain, lequel est doyen de chrisliennelé à Bruxelles, s'est trouvet audict coeur des cordeliers; et, en la sacristie d'icelle église , aussy en présence desdicts deux religieulx carmélites et du provinchial des cordeliers, tant seullement, ont esté lavez lesdicts ossemens, et bien essuez d'ung blancq linge. Et, ce faict, ledict évesque, commis, a iceulx ossemens mis en ordre, en ung blancq linge faict de cotton, audict luyseau ; et, ainsy couvert dudit pale et quarreau de velour avecq la croix, sont esté rapportez et remis au millieu dudict coeur, encloz d'ung parcque quarré de bois, que icelluy commis avoit faict faire; et y sont encoires reposans , tant qu'il plaira à Sa Majesté de aultrement en ordonner. Et si est pareillement ladicte cotte d'armes illecques déleissié.

Et, siévant la résolution le soir précédent prinse avoecq ledict seigneur conte gouverneur, à neuf heures a esté célébrée et chantée solempnellement une messe de requiem, en la présence dudict seigneur conte, de sa compaignie, de pluiseurs nobles, desdicts vice-président et aultres dudict conseil, de toutle la clergie, dudict prévost, de ceulx de la loy, notables et aultres de ladicte ville, en nombre innumérable; et, après que l'évangile lu chantée, ung sermon a esté l'aict par ledict provinchial. Et après, ledict Thoison d'or fut seul à l'offrande, comme il avoit esté en ladicte ville de Nanchy. Et pendant ladicte messe furent célébrées par pluiseurs prebstres séculiers et religieulx messes en ladicte église , et entendent lesdicts commis que par ceulx de ladicte ville de Luxembourg fu donnéà chascun d'iceulx prebstres quallre patars. Et à l'après-disner, ayant par lesdicts commis prins congié dudict seigneur conte, ilz se sont mis en retour dudict Luxembourg vers Brabant.

(Copies (lu temps, aux Areliives du royaume, colleclion des carlulaires et manuscrits : Rrcueil de pièces du XT'"^ et du XFI^' siècle . fol. 201-209.)

Relation du voyage de la reine Isabelle d'Espagne à Bayonne 9 avril — 26 juin 1565 (1).

Comme la royne Irès-chrestienne de France, mère du roy de France et de la royne calholicque, avoit, passé trois ans, fait instance vers le roy calholicque à ce qu'elle se peust entreveoir quelque part avecq ladicte dame royne catholicqne , sa fille, lorsqu'elle se trouveroit aux frontières de France qui confinent à Espaigne, pensant bientost faire ung voiaige vers Lyon , et doiz là s'approcher dudict royaulme d'Espaigne, lequel voiaige fut allors rompu et remis à aultre commodité, pour les affaires survenuz en France, ladicte dame royne de France, faisant dernièrement ledict voiaige de Lyon , et passant oultre vers Thoulouze, réitéra l'instance que dessus, et plus vive que devant, à la fin de l'entreveue, alléguant que, si en cesle conjuncture, et lorsqu'elle se trouvoit si proche des Espaignes, elle ne porroit avoir ce bien de veoir la royne sa fille , il luy restoit peu d'espoir de la veoir de longtemps ou jamais, puisque ordinairement la court de France résidoit tant dedens payz et vers l'aultre boult du royaulme, et que, oultre l'affection qu'elle ne povoit délaisser

(1) Celle relation fut rédigée par le secrétaire d'État Josse de Coiirtewille, qui Teiivoya, le 2G juin, au président Viglius, (Voyez, aux Archives du royaume, collection de l'audience, le recueil intitulé : Lettres de Courtevnlle à Figlius , fol. 110.)

Le garde des sceaux Tisnacq et le secrétaire Courtewille avaient reçu de Philippe II l'ordre d'accompagner la reine à Bayonne, en leur qualité respective de trésorier et greffier de la Toison d'or. On avait jugé nécessaii-e la présence de ces deux officiers de l'ordre à l'investiture ((ui devait en être donnée à Charles IX.

d'avoir comme de mère à fille, plus en esloit-elle désireuse depuis la tant dangereuse maladie dont ladicte royne catholicque estoit quasi miraculeusement eschappée. A quoy ladicte royne catholicque la secondoit aussi du désir réciprocque qu elle avoit de veoir ladicte dame sa mère, et le roy de France, et aultres ses frères. De sorte que le roy catholicque, voiant l'instance tant raisonnable, y a voulu complaire à toutes deux; et ainsi s'est arresté (pie ladicte entreveue se lèroit vers Fontarabie el Bayone, que sont les deux dernières forteresses d'Espaigne et France sur la coste de la mer occéane.

Doncques ladicte dame royne catholicque partit de Madrid le ix'"*^ d'apvril vers Castille la Vielle, et passa la saincte sepmaine et le saint jour de Pasques en ung beau monastère de l'ordre de Saint-Jérôme, nommé la Mejorada, à quelques lieues de Médina del Campo, où elle lit son entrée après Pasques, et puis à Vaille- (lolid, et fut receue partout avecq une incroiable démonstration de bonne veuilK' et affection , et obéissance de bons subgeclz.

Le roy catholicque et le prince son filz la vindrent trouver audict Vailledolid, où elle séjourna quelque temps, et en partit le xiiii""" de may. Et le roy et ledict seigneur prince l'accompaignarent jusques à Sigalès, qu'est ung lieu plaisant, à deux lieues de là, où mourut la feue royne Marie d'Hongrie, et y demeurarent la nuicl ; et le lendemain vint Sa Majesté Royalle et ledict seigneur prince bien loing avecq la royne, qui après passa oultre avecq une compaignie fort honorable, laquelle se renforcha de jour à aultre, de manière que, avant que arriver sur les frontières de France, elle se trouvit accompaignée des personaiges dédairez à la fin de ceste relation ( I ).

Ceulx de Bourgos aviont fait fort grandes apprestes pour la recevoir; mais, pour la suspicion de la peste que l'on y disoit

(1) Celto liste des personn.iffes qui accompagnaient la reine d'Espagne, manque.

( o5) eslre, ores que pluiseiirs s'ell'orçassent de peisuader qu'elle n'y fust, la royne n'y entrast, ny aussy en Victoria, pour la mesme double, ains destournast du droit chemin beaucoup de lieues, assavoir par Soria et Panipelona : que fut cause de prolonguer le voiage tant que, au primes le ix™* de jung, nuit de la Pentecouste , elle arrivit à Segura, \illette de la province de Guipuscua, une lieue du port de Saint-Adrien (1), tirant vers France, où elle séjourna le lendemain , pour estre, comme dessus, jour de la Pentecouste.

Le lundy, xi'"" de jung, se partit de Segura, et vint au gisle à Tholoze, que l'on appelle ordinaiiement Tholozelte, pour différence de la ville de Tholoze, qu'est audict pays de France.

Auquel lieu, comme au lieu précédent et tous aultres de ladicte province de Guipuscua jusques à l'entrée de France, elle fut receue de grande multitude de gens de guerre naturelz de la mesme province, tous bien en ordre, et la plus grande part harquebuziers.

Le duc d'Orléans, frère second du roy de France et de ladicte dame royne, vint au devant d'elle avecq une grande et belle compaignie de seigneurs et gentilshommes franchois , entre lesquelz y avoit x chevaliers de l'ordre, et toute la troupe d'une parure, assavoir: de velour cramoisy rouge pachemenlé d'argent, que donnoit fort beau lustre. H avoit fait compte de venir rencontrer la royne audict Tholozette; mais, pour l'estroitesse des chemins entre tant de montaignes et vallées, fut conseillé de l'attendre à Hernany, trois lieues de Tholozette, où il vint au-devant de la royne, environ trois traits d'arbalestre , et là disnarent ensemble, que fut au xn"^® de jung.

Le soir après passarent à Saint-Sébastien, chiefve- ville de ladicte province de Guipuscua , une bonne lieue de là, où il faisoit beau veoir et oïr la saulve de l'arquebuserie et de l'artillerie,

(I) Santander.

non-seullenicnl pour le hou ordre que l'on y Uni, lanl par nier que en la ville, mais pour eslre ladicte ville en assiète tant belle, assavoir : à bas et à doz d'une montaigne, et deffendue d'ung. cbasteau qu'est sur le plus hault d'icelle, et le tout environné de la mer et ainsi inaccessible, sinon par ung coslel seul, où entra ladicte dame royne.

Le lendemain xni™% se partirent après disner, et vindrent à Iron, dernier bourgage d'Espaigne, à ung bon quart de lieue de Fonlarabie, où Ton n'oublia aussi de l'aire tous debvoirs et démonstrations d'alégresse.

Le joeudl xnu'"', sur le midy , vindrent nouvelles que jà le roy de France et la royne mère estiont près de la rivière que sépare les royaulmes d'Espaigne et France. Et sur cela en ung moment la royne calholicque montit à clieval et passa à diligence, et jà Irouvit le roy et la royne sa mère, laquelle passoit la barque; et là se fit la réception et le recueil que l'on peult assez comprendre de mère à fille, non veue de si longtemps, tant creule en eage et en estât depuis son parlement de France. Et oultro ce que les indices extérieurs le démonslrlont assez, ladicte royne mère, souppant le soir après en son quartier, déclaira à table qu'elle avoit proposé de dire quelque cbose à sa fille à son arrivée, mais que, en la voiant, elle l'oubliast de tout, et se Irouvit comme esperdue et muette.

Ainsi doncques s'en vindrent Leurs iMajestez le mesme soir à SaintJcban de Luz, première ville ou bourgaige de France. El, pour désempcscber le cbemin, le roy et ladicte dame royne mère partirent le lendemain mattin pourBayone, et demeura cbez la royne calholicque ledicl seigneur duc d'Orléans et madame Marguerite, leur soeur maisnée, que poeult cstre de unze ou xu ans.

Après midy, assavoir le xv""^ de j ung, la royne calholicque poursuivit son chemin vers Bayone, accompaignée conmie dessus, et de tout son Ireyn qu'esloit fort grand. Et à chesquc boult de champs luy vindrent nouvelles troupes de qualité principale

à l;i recevoir; et ainsi entra en Bayone, au grand contentement du peuple franchois.

A l'entrée fut fait ung arc triumphal en forme de porte , où il y eust une pointure de royne, aiant ung homme armé dessoubz le pied, entre deux nymphes, avecq une inscription en lattin au costel droit : Sacer hymen paccm nobis contulil , et au costel gauche : Deus nobis haec olia fecil.

Et en bas de ladicte ymage y avoit aussi , en franchois :

Élizabelh, de roy fille excellente, Vous avez joint ung jour deux rois puissansj France et l'Espaigne, en gloire permanente, Exlolleront voz âges triumphans.

Oncques ne fut plus belle la venue Du cler soleil après Tobscure nuict , Que vostre grâce en vertu maintenue Qui a en paix l'effort de Mars réduict.

Et passant de là par une rue toute tendue, et couverte par le hault de toile, où de lieu en lieu pendiont les armes d'Espaigne et France pointes ensemble, vint au palais, où semblablement y eust une aultre porte au-dessus de laquelle estoit l'image de la royne mère avecq ses trois filz et trois filles; embas de laquelle estoit aussi mis en franchois :

C'est à l'enlour de royalle couronne Que le jardin hespérien floronne :

Ce sont jardins de si belle féconde, Qui aujourd'huy ne trouve sa seconde; Ce sont rameaux vigoureux et puissans; Ce sont florons de vertu verdissans.

Royne sans per, de grâce décorée, Vous surmontez Pallas et Cythérée.

Depuis l'arrivée, n'y eust mention que de festins, récréations et passe-temps de diverses manières; et, entre aultres choses notables, le mardy ensuivant, que fut xix"*^ de jung, l'on courut à la vergette en ung lieu fort à propos, au lieu de faire joustes,

dont ny la royne mère, ny la royne calliolicquc, ont jamais prins plaisir depuis le désastre quavint à Paris au l'eu roy Henry, à la jouste en laquelle il receut le coup mortel.

Le roy avec son frère le duc d'Orléans nienarent une compaignie deux fois autant grande que les aultres , pour ce qu ilz veniont ensemble; entrarent tous, deux à deux, l'ung accouslré en homme, l'aultre en femme, et chesque paire accoustrée à la vielle façon de quelque divers pays, les ungs à la vielle franchoise, les aultres à l'espaignolle, les aultres à l'italienne, les aultres à la morisque, les aultres aultrement.

Les pareurs dudict seigneur roy et de son frère le duc d'Orléans estiont pluiseurs seigneurs principaulx, et entre aultres le duc de Monlpensier et le prince de la Roche-sur-Ion, frères, tous deux de sang royal, le duc d'Alve, connestable de France et aultres.

Après entra le filz aisné et unicque dudict seigneur duc de Montpensier, que l'on appelle le prince Daulpliin,-avecq sa compaignie.

Le mesmes fit le duc de Guyse, filz du dernier Ircspassé, avecq la sienne.

Le duc de Longueville suyvoit après avecq fort bonne invention.

Après luy, le duc de Nevcrs, frère du duc de Mantua, qui s'est naguaircs marié à l'héritière de Nevers.

Et enfin le duc de Nemours, qui estoit veslu en dame italienne, comme tous ses compaignons, à la coiffe, bonnet et plume blanche, et la robe de thoile d'argent , sur chevaulx blancqz, et devant eulx quatre trompettes, aussi accouslrez de blancq et montez sur chevaulx blancqz.

L'ordre y fut fort bon, et courrurcnt de fort bonne grAce, et tous vindrent en fort riche et bel esquipaige.

Le jeudi xxi""^ dudict mois, jour du saint sacrament, auquel, comme au jour précédent, ledict seigneur roy, avecq les royncs ses mère et sœur, et son frère le duc d'Orléans, avionl oy en-

semble la giiinde messe, et este en la procession généralle qui s'y fit avecq ledict sainct sacrament, ledict duc d'Alve, au nom et par charge du roy catholicque, donnit l'ordre de Bourgoigne audict seigneur roy de France, devant les vespres, avecq grande solempnité et cérimonies (i), ausquelles vespres ledict seigneur roy de France allit accoustré des liabillemens de Tordre de Bourgoigne , aiant à son coustel gauche ledict seigneur duc d'Alve, et devant luy quatre héraulx du roy catholicque et les trésorier et greffier (2) dudict ordre immédiatement, de la mesme façon que le roy catholicque est accoustunié de marcher à la feste de Saint-Andrieu ; laquelle fut aussi observée au coeur de l'esglise où ledict seigneur roy alla , tant à l'endroit de l'assiète que aultrement. Les roynes mesmes l'accompaignarcnt, suivant derrière : mais, pour non empescher l'ordre susdict, oyrent vespres en une chapelle prochaine, où la royne mère est accoustumé de faire sa dévotion, quand elle n'entre au coeur.

Lesdictes vespres achepvées , ledict seigneur roy de France, oslant le manteau de l'ordre, pour ce qu'il hiy pesoit, et faisant remettre le collier sur sa casacque, qui esloit de velour carmoisy, passa au cloistre, où il toucha, ainsi accoustré, les malades d'escrouelles , ung à ung, qui estiont là assemblez, de compte fait, jusques au nombre deXV*" moins cincq; et après, retourna au palais à pied , avecq le mesme ordre qu'il estoit venu à l'esglise.

Le soir après, y eust ung tournoy à pied en une salle grande, où, à force de haches allumées, il faisoit fort cler ; et à tous coslelz y avoit lieu fort à propos pour le veoir à plaisir. Les entrepreneurs sortiont d'ung chasteau où ilz déteniont une dame enchantée, et receurent tous survenans à ung coup de picque et cincq coups d'espée. Et après, chesque survenant tâcha d'en-

(1) Voyez, sous le n" CXL de ces Analectes , la leUie du (;arde des sceaux Tisnacq au président Viglius, du 23 juin la65. {■!) ïisnac(| et Courtewille.

lier au chasleau, où d'abbordoe il rencontra les guardes vestuz de noir et fort fantasticquement, qui dell'endirent renlréeavecq inslrumens allumez, et pluiseurs furent prins à l'entrée.

Aucuns passarent plus oullre au donjon (que l'on estime avoir esté les principaulx, et que cliascun savoit jusques à où ilz aviont à passer); et y arrivant, comm'ilz pensionl mettre le pied dedens, se trouvarent sur ung instrument qui les tournast incontinent à l'aultre boult, et là furent accablez et emmenez. Les princes passarent le donjon , et, venant sur ung pont que menoit vers la tour où estoit la dame, rencontrarent ung géant qui les repoussa; et au milieu du combat , se avala (I) le pontet eulx avecq : de sorte qu'ils furent là prins comme les premiers.

Le duc de Vendosme, filz du trespassé, qu'ilz appellent en France le prince de Navarre, eagé, comme il semble, de x ou XI ans, passa le pont, et contrefeit le géant de se rendre, mais fut après repoussé comme les aultres. Le duc d'Orléans passa encoires plus oultre, et monstra le géant plus de peur que dti premier, mais furent cachez tous deux d'une nuée, et ainsi esvanoit le duc. Le roy, qui combatit le dernier, passa le tout, delïit le géant, et livra la dame. Et ainsi finit la feste vers minuit. Les inventions estionl singulières, et tous firent fort bien.

Le semmedy xxni'"^ nuit de Saint-Jehan , se donnit le bancquet en une ysle près de la rivière, où il y avoit dix tables, et à chesque table ung prince franchois qni recoeuUa les Espaignolz, avecq telle disposition que, en servant, l'ung n'empeschoit l'aultre. En allant, contrefirent le combat de la balayne, comme l'on est accoustumé, quand il y vient balaynes à Bayone, qu'advient souvent. Il y eust cyreinnes chantantes, bergiers et bergières dansans les brantz de Poitou et aultres, et nymphes chantant : tous en bel ordre et avecq bonnes intentions; après s'aluraa le feu de Saint-Jehan.

(I) Se avala, s'abaissa.

Le diiuence xxiiu""^, après vespres, escaniiuchaienl xvi basteaulx avecq gens de guerre, huit contre huit, chassant les ungs les aultres à coups de harquebouze en forme de caynas (1) , jeu ordinaire d'Espaigne, Et tiroit cependant la grosse artillerie qui estoit mise viz à viz.

Le lundy xxv™^ de jung, après midy, au mesmc lieu où auparavant l'on avoit couru la vergelte, se fit ung tournoy à cheval, seullement à l'espée. Le commencement fut à deux jeusnes hommes qui vindrent chantant devant la royne à l'honneur de V^ertu, et concluant qu'il y avoit des chevaliers qui la soustiendriont; et après sortit ung chariot où toutes les Vertuz estiont dedens, comme ordinairement l'on les point, et là y eust-y aussi aultre chant sur le mesme; et après en sortirent quelques nymphes qui porliont force chaînes d'or à la royne et aux princesses et dames y estans présens. D'ung aultre costel, vint ung aultre jeusne homme chantant aussi, en louange de l'Amour, concluant de mesraes qu'il y avoit des chevaliers qui la deffenderiont. Et puis y vint aussi ung chariot à quatre chevaulx blancqz , avecq fort bonne invention : il y avoit aussi toutes choses dedens que l'on point ordinairement quand l'on point l'Amour, et Cupido, sur le hault, qui chantit aussi fort mélodieusement; et puis sortirent aussi qui portarcnt des chaînes d'or aux daines, de manière que quasi toutes en eurent leur part. Et enfin entra le roy avecq huit chevaliers qui entreprindrent de maintenir la Vertu; et le duc d'Orléans entra aussi avecq aultres chevaliers, pour deil'endre la querelle de l'Amour. Et, la révérence faite aux dames, d'une part et d'aultre, commença le tournoy, premier ung contre ung; après combalirent en croix, assavoir : quand les deux s'estiont rencontrez en la droite carrière, sitost qu'ilz départiont l'ung de l'aultre, au meisme lieu se joindoient deux aullres de travers, faisant ainsi

(1) C'est-à-dire cahas. Coiirtewille veut parler du jeu des cannes.

en (oiirant une croix; après courrurenl aussi en croix deux contre deux, puis quatre contre quatre, s'entrelachant comme une croix et se joindant tousjours de la traverse, quand les aul- Ires s'ouvrirent avecq ung fort bon ordre, et sans empescher l'ung l'aultre. Enfin combalirent huit contre huit, et lors y eust force fuz artificieulx , et avecq beaucop de nouvelles et estranges inventions.

Chesque jour se fait ainsi quelque chose de nouveau. Le parlement se dict estre conclud pour le lundy n""= de juillet.

Le mardy xxvi"'®, se donnit à la royne catholicque la roze de par le pape en l'esglise, à la grande messe qui fut chantée en ponlilical.

(Oritjinal, aux Arciiivcs du royaume, collection des carlulaiies el manusciils : Recueil de pièces du, XF'"" et du A FI'"' siècle, loi. 185-188.)

Liste des pairs , prélats , prieurs, collèges, doyens, gentilshommes, officiers et députés des villes qui étaient appelés aux états de Hainaut en 1568, ainsi que des châteaux qui existaient dans cette province {{).

Le grand bailly de Haynnau at acoustumé d'appeler aux estais aucune fois plus, aucune fois moins de nombre; sy esse que ceulx quy sont icy dénommez se trouvent le plus ordinaire-

Ci) Cette liste fut formée à la demande du duc d'Albe, Le regi.slre d'où elle est tirée contient un billet par lequel le secrétaire d'État Vander Aa en fait la demande au seigneur de Noircarmes, gouverneur et grand bailli de Hainaut, et une lettre que Noircarmes écrivit, en conséquence , le 22 février 1567 (1308, n, it.), à Séveriii I'raui;.ois, conseiller au conseil onlinaire, à Mons.

ment, pxcepté aucunes maisons quy sont tombées en filles, comme celle de Molemhais et aultres; toutesfois tous genlilzliommes ayans fiefz y poeuvent estre, quand ledict grand bailly les appelle. Le nombre change d'an en aultre, à l'occasion de ceulx quy meurent.

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