‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain (volume 2)Chapitre 3 sur 59 · LE RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

LE RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ

P.-F.-X. DE RAM

Le Secrétaire,

Baguet.

Louvain, le 30 mars 1833.

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DISCOURS ADRESSÉ AU ROI PAR M. LE CHAH. DS RAM, RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ, LORS DU RETOUR DE SA MAJESTÉ DE SON VOYAGE EN ALLEMAGNE (5 JUIN 1853).

Sire,

Dans la vie d'un Roi comme dans celle d'une nation» il y a quelquefois des circonstances si providentiellement solennelles et heureuses, que l'émotion seule le* caractérise mieux que la parole.

Aussi l'Université catholique de Louvain se bornet-elle , en ce moment, à manifester ses sentiments inébranlables de respect et de dévouement au Roi et à la dynastie royale , — à ce Roi bien-aimé et vénéré nonseulement par son peuple, mais aussi par les puissances et les nations étrangères.

(Test au Roi, c'est à l'auguste héritier du trône que, dans toute la plénitude de notre reconnaissance et de notre amour, nous adressons aujourd'hui nos félicitations.

La Providence divine continuera à bénir les effort* et la sagesse de Votre Majesté.

Sire , c'est le vœu , c'est la prière de nous tous. Et la Belgique entière , s'unissant à votre paternelle sollicitude , appellera avec vous les bénédictions du Ciel

sur une alliance qui va rendre à nos provinces une auguste petite-fille de cette immortelle Marie-Thérèse, dont la mémoire restera toujours en vénération parmi nous, comme une de nos plus chères traditions nationales.

Vive le Roi ! Vive S. A. R. Monseigneur le duc de Brabant !

DISCOURS ADRESSÉ AU ROI PAR M. LE CHANOINE DE RAM , RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ , A L'OC- CASION DE L'ENTRÉE EN BELGIQUE DE S. A. I. ET R. MADAME LA DUCHESSE DE BRABANT (20 AOUT 1853).

Sire,

11 y a vingt-deux ans t Votre Majesté disait aux Belges : a je n'ai accepté la couronne qu'en vue de remplir » une* tâche aussi noble qu'utile , celle d'être appelé à » consolider les institutions d'un peuple généreux et » de maintenir son indépendance. Mon cœur ne connaît » d'autre ambition que celle de vous voir heureux. »

Depuis vingt-deux ans , chaque jour a confirmé ces paroles royales. Oui , Sire , la Belgique est heureuse ; ses institutions et son indépendance , Votre Majesté les sanctionne et les consolide à jamais par l'union que l'héritier du trône va contracter.

Monseigneur ,

L'Université catholique de Louvain joint ses acclamations à celles qui de tous les points du pays saluent votre alliance avec une princesse de l'auguste et puissante maison d'Autriche.

Les plus nobles qualités de l'esprit et du cœur recommandent Marie- Henriette à l'amour des Belges ; Votre

Auguste épouse et compagne se montrera parmi nous l'héritière de la piété d'une Reine vénérée dont le Ciel s'est hâté de récompenser les vertus.

Madame ,

Votre Altesse Impériale et Royale a quitté le pays qui l'a vue naître, pour unir ses destinées à celles d'un prince sur qui se fondent nos plus chères espérances.

En devenant la Aile d'adoption du plus sage et du plus aimé des Rois , Votre Altesse Impériale et Royale devient aussi la fille adoptive d'un peuple qui unit respectueusement le culte et l'amour de ses princes au culte et à l'amour de ses institutions constitutionnelles.

D'ailleurs , la Relgique n'est pas une terre étrangère pour Vous. Les noms de vos ancêtres brillent avec éclat dans nos annales, et les Relges , conservateurs religieux, de leurs traditions nationales , environnent d'une auréole d'amour et de reconnaissance la mémoire de Votre illustre aïeule , l'immortelle Marie-Thérèse.

Princesse, des acclamations universelles Vous témoignent combien Vous êtes la bienvenue parmi nous. A ces acclamations viendront se joindre nos prières pour que le Ciel répande sur Vous les bénédictions qui font la joie d'un mère , la félicité et la gloire du père.

Monseigneur, Madame,

Permettez qu'en finissant je répète, en les appliquant à la circonstance, les paroles prononcées par le Fonda-

teor de notre indépendance et de notre dynastie : U cœur du Belge ne connaît d'autre ambition que celle de vous voir heureux.

Un jour la postérité redira à son tour : les cœurs du Duc et de la Duchesse de Brabant , comme celui du Roi leur père , n'ont connu oV autre ambition que celle de voir la Belgique heureuse et florissante. K

DE RUARDI TAPPERI VITA ET SCRIPTIS ORATIO, QUAM DIE M MENSIS JULII 4885 HABtJIT PHILIBERTU8 VAN DEN BROECK, 8. T. DOGTOR ET PR0FE8S0R , QUITO MORE MAJOROM AD 6RADUH DOCTOBIS 88. CANONUH PROMOVERETOR VIR BRU- DITISSIHUS ANTONIUS HEU8ER, DCSSELDORPIENSIS , PBB8B. ARCHIDIOECESIS COLONIENSIS.

Ecclesiœ Romance Prineeps EminentisHme , Belgii Primas et Metropolita Illustrissime;

Excellentissime , Reverendissime, Summi Pontificis apud Belgarum Regem Nuncie Apostolice ;

Diœceseon Belgicarum Antistites IUustrissimi, Figilantissimi ;

Magnifiée Catholicœ Vniversitatis Rector providissime ;

Sacrœ FactUtatis theologicœ Decane et Magistri,aliorumque Ordinum Prof essores , viri eximii, doctissimi ;

Doctoralis Laureœ candidate eruditissime;

Sacris Civilibusque in hac eivitate prœpositi, viri plurimum venerandi , spectatissimi ;

Cives academici dilectissimi , ceterique Auditores omnes honoratissimi.

Quantum deceat, imo et proficuum sit, laudes enarrare eorum qui hanc Âcademiain nominis sui fama illustra runt, nulli vestrûm ignotum est : gloriam enim

filiorum esse eorum patres , et ab ipsis discendam *apientiam et doctrinam intellectûs (i) , sacra nos literie univers» doceni , nalura ubique clamât.

Quapropter bene ac sapienter institutom, ut in publicis Academia? consessibus, nunc hujus nunc illins viri, de Lovaniensi Academia benemeriti, commemoratio fieret.

Pium nobiJeque hoc Academise propositum , quum fausta hac die mini pro vice mea obtingat explendum, vestram ut conatibus meis adsit gratiam expostulo benignissimam : rem namque sentio me aggredi vires meas superantem.

Prseconium ergo utcumque annunciabo viri , immortali sane perpetuaque memoria digni , non de theologia dum taxât, sed et de republica christiana optime meriti (2); qui, quum esset genuinae reformationis ecclesiaslicœ ardentissimus zelotes, virtutum quoque omnium nutritiùs ac pietatis christianse orthodoxseque imprimis doctrinae vindex extitit invictus (3). Dicam itaque de vita meritisque Ruardi Tapperi, doctoris verè magni , verè pii.

Ruardus Tapper, Enchusiae, Batavoru m oppido, ex familia spectatissima (4) an no circiter millesimo quadringentesimo octogesimo octavo natus, primos vix poeritiae annos emensus, statim ut Lovanium venit, studiis philosophicis operam navavit, et annum ferè unum de viginti agens secundus inter Artium magistros renunciatur(5).

Ex hinc theologiae graviter incumbens, quum pnesertim Adrianum nostrnm, deinde Papam hnjus nominis sextum, prseceptorem assidue audiisset (6), ad conciliam Universitatis recipitur (7) , dieque décima quarta augusti anni urillesimi quingentesimi decimi noni doctoralem lauream, ona cam Jacobo Latomo, accepit (8).

Quanta tune temporis claruerit doctrina, prudenlia morumque gravitate Ruardos, officia déclarant dignitatesque,qnibus, licet invitus (9), fait continao ornatus.

Eodem nempe doctdratûs sui anno, non tantam taeologise profitendae i verum etiam theologornm collegio moderando praeflciiur (iO). Mox ecclesiam cathedralem Leodiensem canonicus illustrât (1 1), et paulo posteommunibus omnium votissuffragiisque Academia» cancellarius constitnitur (12). Summaeque aedis diri Pétri decanus creatus (13) , anno millesimo quingentesimo trigesimo septimo, repurgandae ab haeresibus patriae provinciam à Paulo III accepit (14), binis etiam interea vicibus ad summum Rectoratûs apicem promotus(15).

At vero variis hisce gravi busqué officils, quorum etiam nonnulla simul explevit, needum ejus labori terminus ponebatur. Quum enim felici tractatione reram , quam foras fama spargebat, magis in dies Tapperu$ nosceretur, nec Aulae , nec Casari, nec demum Pontificibus vir consultissimus latere potuit.

Mirum est quam carus sammis Pontiflcibus exstiterit. Hudc Carolus V Caesar , ob morum sanctitatem , parentis quasi loco babuit. Philippo secundo régi familiaris, Aulae quoque et universis omnium ordinum hominibus t ob vitae integritatem non ob adulationem accepius. Saepe etiam, cum de constiluenda Republica et instauranda per Germaniam et Galliam Belgicam religione ageretur, ad Csesaris et Régis consilia evocatus(16).

Tantisautem totque negotiorum curis, imo potius ob Ecclesiae tum lemporis calamitates cordis mœrore confectus, verè Christo sponsaequc ejus Ecclesiae est immortuus. Nam gravissimorum, quibus Hispaniarum Rex distinebatur, negotiorum causa Bruxellam Lovanio evocatus , ibi apoplectido morbo correptus, frustra tis omnium bonorum suspiriis, misso facto Hispaniarum Rege» lubens in supremi Dei et Régis ae terni senatum subvectus est anno miliesiroo quingentesimo quinquagesimo nono(17), martii die secuoda, aetatis suae anno septuagesimo primo; postquam per annos triginta notera tbeologiam incomparabili doclrina esset professus, chorumque Divi Pétri vitae exemplo et pielate singulari rexisset annis plus minus viginti quatuor (18).

Inter Ruardi opéra theologica, primum , juxta scriptionis ordinem, recenser! débet Quœstio quodlibetica, anno 1520 inScbolisArtium publiée pronunciata; in qua » dilucide exposilis quae sint légitima? consuetudinisconditiones, praesertim quae jura et a quibus con-

suetudine acquirî possint, ad quaestionem negando respondet, utntm judex sœcularis, impediens venerabile Sacramentum Eucharisties ministrari teeleratis ad mortem ducendis , per aliquam consuetudinem a mortali excusari possit ?

Secundo loco veniunt Oratione* numéro decem vario passim tempore habita? , quas doctissxmas vereque theologicas Lindanas jure merito appellat (19).In harum plerisque jugulum petit controversiarum , quas hseretici istius temporis de dogmatibus Religionis Cbristianae excitaverant, prae ceteris autem illarnm , qua? sunt de unitate Ecclesiae Ghristf in Primatu Pontificis Romani, hu jusque infollibilis judicii aucloritate statuenda.

Deinde inter Tapperi opéra a quibusdam referuntur Catechismus catholicœ juv&ntuti educandœ (20) , atque Tractatus de providentia Dci et prœdestinatione. Hujus posterioris autograpbum olim in majori Collegio Theologorum Lovanii adservabatur : sed , quod dolendum, ait Bibliothecae Belgicae scriptor, propter characterum ruditatem ac litterarum compeudia, legi a nemine poluit.

Hisce theologicis scriptis sparsim vulgalis, atque non quidem re sed amplitudine exiguis, non eam Ruardus dici débet théologie» eruditionfs famam assecutns, quam tamen suam fuisse constat. Sed inde a professoratûs exordio ac porro , tan ta m in profitenda viva voce tbeologia propalavit docirinae molera , tantam in judicando integritatem , in solvendis haereticorum argutiis

dexteritatem, tanlumque in providendo consilium , ut , Miraeo teste, theologi fama longe lateque sparsa, Ruardi domiciliam totias Belgii oracalum videretur. Ideoque non raro Carolus V Imperator ad eam petendi consilii gratia allegavit Petrnm de Soto et alterum Petrum Maloendam, Hispanos theologos, Bersaquiom quoque Hannonem, aliosque.

Hac occasione originem sumpsisse videtur Disputatio de conciliatione gratiœ etliberi arbitrii , habita prmum inter Petrum de Soto et Ruardum Tapperum, deinde inter eumdem Ruardum et Judocum Ravesteyn TUetanum , per epistolas varias ultro citroque missas (21).

In illa dispulatione id praesertim agitur quaestionis, qoanam ex ratiohe grati*sit censenda efficax : an ab intrinseco et seipsa, an potius ab extrinseco , a naturali liberi arbitrii consensu ? Petrus de Soto et Ravesteyn gratiam seipsa efficacem propagnabant ; Ruardus contra negabat, docebatque : « Quod non solum liberi arbitrii sit bonus usus graiiae, sed etiam per vira et naturam liberi arbitrii, tractam et suasam in his quae pielatis sunt, ad quae sine divina inspiratione et monitione invalida est et se erigere nequit (22).»

Proxima est haie disceptatio domestica, quam etiam Ruardus eu m Bajo et Hesselio habuisse fertur. Quum enim doctores hos ambos, adhuc quidem juvenes atque alioquin probos et modestos , scientiae tamen sua? Dirais amantes observaret, adeo ut dicere esset solitus, se non

Dis! scbisma ab illis exspectare (23) : illos 4e libéra ho* minis arbitrio, de gratia et operibus bonis dots pro» pugnantes reprimere Ruardus studuit (24).

lnterea quum tam celebris erat fama Tapperi , ut commemoralo ejus Domine stalim perfectae theologiae consummatio audientium animo oboriretor (25) , Ruardus cum aliis theologis , sed prae céleris ipse pri* mus (26), regio edictoTridentumadConciliumaWegaturt Patribus ibidem congregalis, sua eirca omnem fidei materiam hoc sseculo controversam perilia singnlari opem saluberrimam allaturus (27).

In sacro hoc congressu , qualem fama pnenunciaTerat futurum , talem quoque Tapperum videmus se opère exhibentem. Concilium enim non modo plurimum industriaexornavit,sed et <Jiligentia strenue promo?U» In quo quantum fidei catholicse ardorem déclarant t quantam judicii acrirooniam prodiderit, quantaque inde in ipso concilio valeret auctoritale , non tantum agnoverunt qui ei adstipulatisuntsanctissimidectissimique Patres (28) , ipsaque facta déclarant (29) f sed et testantur tria quae supersuutTapperi judicia theologica, Legato Praesidi in concilio oblata (50). Dignus proinde Ruardus qui meruerit haberi, ut primus post pontificios tbeologos sententiam in concilio rogaretnr (51), atque ut lantae sestimationis viro selectus et honoratior fuerit in synodalibus congressibus locus , et nihil ferme in sacroscanones,nequein ecclesiastica décréta referreturv nisi ultimam ipsis manum adhibuisset Ruardus (32).

Ultimum tandem illudqueinter opéra Tapperi theologica amptissimum et prsestantissimum sunt Explicationes in articulos circa dogmata hoc sœculo controver$a, a Facultate theologica Academiœ Lovantensiê collectes.

Scilicet Lovanienses Theologi , qui inoovationis Lutberanae iniliis etiam per censuram sese opposuerant , quoddam deiride scriptum evulgarunt, duobus supra triginta articulis distinctum, in quo quam simplicissime et concise praecipua ortbodoxse fidei capila adeo accurate proponuntur recteque ûrmantur, ut in mullis perstruxisse videalur credendi agendique régula m a Tridentina Synodo praescriptam (33). Quum ergo Ruardus, priusquam Tridentum proficisceretur, illos articulos, quorum etiam auctorçm et scriptorem ipsum fuisse pro certo creditur (34),niaximaex parte in scholis explicabat , aderat forte fortuna sciolus aut .potius im péri tu s quispiam auditor , qui ea excipiebat qua3 suo sapiebant paiato , idque confuse admodum , aliis quse potiora erant omissis. Missa est hsec rapsodia Lugduuum Galliae , ibique typis excusa mendosissime. Eadem deinde , post viri a Tridento reditum, Lovanium perlata, Ruardus dolebat piurimum inconcinnam hanc congeriem sub suo nomiue iti lucem edilam. Sed familiaresamici, qui quidem ipsi simul condolebant, bine* tamen magna m occasionem nacti, quod saepius antea fecerant nunc longe vebementius hortabantur, ut explicaliones suas circa bos articulos ipsemet prselo corn-

mitteret. Ostendebant magnum secuturum animarum fructum , nutantium conûrmationem ac errantium resipiscentiam , si germana articulorum explicatif cum solutionibns argumentorom quibus fidei veritas impuguatui1 , typis excuderetur (35).

0 vere felicem scioli islius culpam ! quod enim frustra in viri modestiam tentassent amici , id ipsa tandem nobis est assecuta; adeo ut per eam quasi solam, ad Dei et Ecclesiae honorera, nostrae Àcademiae gloriam, ipsiusque Ruardi laudem immortalem, tbeologicum jam habeamus opus , non a nostratibus dumtaxat omni calculo laudatnm semperque laudandum, sed, utunius Pallavicini auctoritate hic utar, a doclissimum , quod cum admiratione passim volvatur (36).»

At vero, si dolenter hic fateamnr oportet, tam admirable opus fuisse, etiam a nobis, ferme non penitus obliteratum , majori ta m en dolore nos ferit, Tapperum, non quidem meritis aut annis, rei tamen théologie» immatura morte prereplum, opus reliquisse infectum, prioribus nempe viginti articulis , qui pleriqne de sacramentis tractant, solummodo explicalis.

Sed parura sit Ruardo humanae sapientise fastigium consecutum (37) , in cœlorum tamen regno minimum /ortassis quod timebat, fore vocandura. Qui enim vivens et moriens a terne vinculis etiam Iegitimis se opère probaverat plene solutum (38) , ideoque humana dignitate magnum appellari fuerat dedignatus (39); hoc unum, ut magnus in regno cœlorum

baberetur, insatiabili oontinoo ambiebat affectu. JSrgo , non legem docuisse tanium , sed legem quoque adimplevisse, eaque maxime fecisse appetebat theologus vere christianus, quae obi fidei morumque integritatem servant, simul mala omnigena, ex violata orinnda hominibas cavent.

Nimius profecto essem si Ruardi praeclare facta ad hommes iu fidei imita te firmandos eosque ab haeresi praecavendos recensere hic instituerem. Quae ad hune scopum vera remédia proposuerit, quae falsa judicaverit rejicienda , late continentur in aureo , ut Lindanos id vocal , CoroUario, aliisque, quae Ruardus ad Carolum V et Ferdînandum Impera tores, atque ad Reginam Mariant direxit.

Eo tempore quo Tapperus rectoratûs offlcio secundâ vice fungebatur (40), « ut obviaretur peregrinis et adulteris haereticorum doctrinis, atque ad eorum declinanda consorlia, quibus, nisi provide occurratur, incauta juventus facile posset corrumpi, ideirco statuit et ordinavit Rector et Universitas, ut omnes et singuli ad matriculam Universitatis recipiendi , et priusquam ei adscribi posant atque ad usum privilegiorumadmittivpraestarentjuramentum, se exanimo detestari uni versa dogmata Martini Lutheri et aliorum quorumiibet haereticorum, et sequi se velle ac retinere fidem veterem Ecclesiae, sub obedientia unius summi Pastoris Romani Pontificis.»

Quantum ex hoc suo decreto de Ecclesia bene meri-

tus sit noster Tapperus , oracuîo pontiflcîo est déclara tum. Eo enim usque a pium sane , prudens et salubre consilium ac Lovaniensi Universitatc dignum, » Pins IV aperte laodat, ut, quum deinde ex quorumdam nisa , qui nimiura temporaliumemotumentisduci videbantur, idipsum didicerat periclitare , ipse Pontifex motu proprio Yoluerit esse suum (41).

Porro Tapperus non Àcademiam dumlaxat, sed universam quam potuit Christ i fidelium communitatem religioniszelo et amore complectebatur.« Agnoscimus et Ingénue fatemur », dolens fréquenter exclamabat, cr gemimus et deploramus, Ecclesise disciplinant ubique pessuradari fere universara (42). » « Quis enim non videt, inquit, quantus sit sacrorum canomim circa disciplinant neglectus? Quis non gémit nullam fieri eorum executionem ? Quorum si severa esset observatio, florentissima essent omnia, nec reformationis ullius Ecclesia indigeret(43).»

Malis istis eruendis Roardus intentus totus imprimis 8U0 ipse laborabat exemplo. Quum enim repurgandae ab hseresibus patriae provincia esset ipsi demanda ta, officio suo strenuam semper admovit tenuitque manum : quam quidem, etsi plus jusio severiorem dixerint nonnulli, fuisse tamen christianam verequehumanam, exipsius firi actis scriptisque facili negotio judicant saniores (44).

Sed timidos et molles magistratuum animas quum aut exemplo aut etiam caesarea auctoritate saepe saepius

effiagitata vinci et roborari vix posse experiretnr, Ruardus apud Imperatorem eo instantius adauxit precea , eut, cum rari per Belgium Episcopi essent qui gregi advenus nascentes haereses invigilarent, îd nobilioribus urbibusantistites, vitae innocentia et doctrina praediti singulari, tamquam canes pro domo Dei latrantes, in spécula collocarentur. Futura enim quasi vates animo percipiebat, et qua erat mentis sagacitate praevidebat fore brevi, ut lupi rapaces in Cbristi gregem irrumperent , lacerarent, vastarentque demum qua patet ferro flammaque Belgium » (45). a 0 utinam ! continuo apud Principes ingemebat, o utinam Deus vel tandem hoc inspiret animo Imperatoris , quod studeat pnefici suis provinciis dignos Episcopos (46) ! »

Hujusmodi Ruardi precibus, quas etiam principes pro suo pietalis zelo urgebant,ubi deinde Pontifices Romani accesserunt,septemdecim per Belgii provinclas constituti sunt episcopatus : atque ita Academi» et imprimis Ruardo nostro id etiam num debetur acceptum , quod summum et fere unicum ab omnibus nabitnm semper fuit praesidium avitae religionis in nostro Beigio intemerate conservât».

Vos ergo, eruditissimi, doctissimi, ornatissimi Candidati, domèstica haec Ruardi Doctoris nostri exempla haereant mentibus vestris alte infixa! Quem orbis universus miratus est theologum docentem , hune etiam vos cultu assiduo satagite admirari. Virum aeraulemini suo ex nomine solo scopum perfecteattingentem,

qoem Eugenius Papa theologis prsefixit (47) : hune vos doctorem vere magnum, vere christianum amate. Et vero.utLindani, piissimi in magistrum discipull verbis hic finiam. « Quis enim Ruardum non amarit , cujus tanta fuit in perspiciendo solertia, in providendo oonsiliam , in exequendo maturitas , tanta in agendo industria : quae, ut quorumdam alacritate videbatur tardior atque subinde rusticior, ita plurimoram praecipiti dexteriiate rêvera feliciôr ? Quis virum non amarit , cujus tanta in ferendo fuit fortftudo vere christiana, in doeendo miranda copia , in disputando incredibilis ar gutia , scholasticorum Doctorum acumine mirifice exercitata : in sophismatibus nostrae aetatis haereticorum dissolvendis rara doctrina , elenchosque refutandi eximia periUa , miraque dexteritas : in Judicando integritas, in vivendo sanctitas vere evangelica (48) ? »

ANNOTÀTIO.

(i) Bcel. VIII.

(a) J. F. Foppena , bibliolh. Belg. pag. io84*

(3) Liadanna, Epiae. Buremnndea., in Dialogo cai titalam feeit Rmewardut) « qao, uti ait lib. I. pag. 10, anaviaaimam piia ornai* boa a\. D. Rnewardi Tapperi Cacaaaii memoriaan « val poat obitam gratisaianam , bac pertenui opella celebrare posaet. »

(4) • Rnard , of Rieuwert Tjpper , van een aenxienljk gealaeat te ftnckbnixen geboren. • Ita 0. Pan Tritkt , libella cajaadam acrip- «or, la*baeia> typia dati an. 1849* eni tilalaa : (ham'gt van de gmsehiedenù der htrvorming in d* stmd Enkhuiuen , pag. 70. (17)

(5) Foppeaa, 1. c.

(6) Sweertiaa, Atheaae Belg.; Miraraa, llogia Belg-;ipse Rnardoa, Oratio X.

(7) Val. Aadreaa, Faati académies* pag. io5.

(8) Foppena, 1. c.

(9) Foppeaa, 1. c. acribit : « Latere aiqaidem non potuit, quaatumeunaque digaitatea anfngeret. »

(10) Aannaire de rUaiveraité' cata, de Lonrain, 1839. p. a83.

(11) Foppeaat I. c. — Baardam qaoqne Xeaodocbîo Lovaaienei pnefniae tradit Val. Aadreaa , Faati aead., p. m , abi acribit , eidem Xenodocaio a morte Bnardi Tapperi pnafaiaae Judocnm Ravcatejn Tiletaaam.

(la) Raardi Tapperi, qua caaceUarii, imago depicta cooaervatnr ia Maaajo Uaiteraitatia , aab aam. 37. V. Aanaaire t853 , p. 191.

(i3) Minraa, I. e.

(14) Hojack van Papeadrecbt , Aaalecta Belg. Tom. II. Fart. a. pag. 67.

(t5) Val. Aadreaa , pp. 41 •* 4>« Frima acilicet vice Rector electna fait aa. ii3o ; altéra vero an. i$45. pro aecaado aemeatri : edeoqne aoc oficio faagebatnr meaae aorembri, ia qao decretum fait jorameatam ab ont n il aa emittendam , de qao poat «a.

(16) Mirât», 1. c. p. 99 et a5. — Foppens, I. c. — Brandt, BU* torie van Eokhuisen pp. 68 «169 ; « De Burgemeeaters en Raden der f tad Enkhuizen t inquit , hebben II. f apper » ait contempla tie , ex* cellentie en qaaliteit van zjn eervraardigcn perioon « bevryd van de laaten , die de atad op desxelfs moedera goederen mogt te prétenderen hebben. »

(17) Juxta veterem oomputandi modua; nunc antem esset anne t56o« Antiquttns enim norm annus compntari incipiebat in Paacbate ; mortuna antem eat Raardus ante Paacha.

(18) 8weertioa, 1. c. — Foppens, I. c. Juxta ultimam voluatalem tri Testamento expreaaam ( cfr. Annuaire de l'Université, i84<< pag. 178 etsqq. ), a sepeliri suum eorpna mandaverat ante venerabile Saeramenlnn in prssdicta Ecclesia eollegiata 8. Pétri (Lovanii) extra cbo» rntn : nnac (nt in eodieillo legitur diei 29 febrnarii i55g ; Annuaire ibid. p. 197 ) in choro ante aacramentnna in eadem Ecclesia inku» mari cupit, dummodo tamen hoc aie dominia suia executoribua placent et videatur, corna diacretioni relinquens.s — Hoc ultimo loeo , juxta summum altare corpua rêvera faisae depositum, cum elogio aepuicrali laminas inciao , testalnr Foppens, 1. c.

(19) Guil. Lindauus, Episc. Ruremundensis, bas Ruardi Oratienes , una ennt Corollario et Réfutation* Jalsorunx remédiorum collectas vulgavit , Colonise 1077.

(30) Jocber t Gelebrttn Lexicon ( et Biographie universelle , Paris *8a6* Bidi tamen bi scriptores binaa Tappero intulerunt injurias. Narrant nempe Lovaniensem profeaaorem ex testamento Bihliotliecam rejiquisse , noÉ Collegio Tbeologornm Lovaniensi , ut quiaqne son sponte putaret et bistorica ferl veritas, aed Pariaienai Theologices FacuW taCi. Altéra injuria est qund Tapperum , contra B*ji novitatea inaurgen* tero , in Pelagianiami vel semipckigiaaiami errorem incidisse dicattf.

(ai) Ezatat anb hoc titulo Diaputatio ad calcem operis postbumi R. P. Antonint Reginaldi, De mente Ctniilii Tridentini eirta grattant seipsa ejficacem.

(as) Epistola prima Ruardi ad Petrnm de So.to * pag. XV. — Epistola seconda Pétri de Soto ad Ruardnm Tapperum * ut in ejus fia» legitur, data fuit « ex nostra Oiligensi achola, a6 oaaii t55l. Ruirdos vero in fine Epiatolat suai primas acribit : « Latiasimam materiam bane gratis» et liberi arbitrii tractât magiater noster Oriedo... Apud quesn

inventes (ruas scripsi ; et eimdem doctrinam sçhola noafra aeqnitstr «t al> aania mollis secnta est. » Unde confictlnr jam ante natnm Molinam (i553) diu figuisse in Lovaniensi schola doctrinam de gratia, qoja deinde a Holina denominari consuerit. Ejus tamen nltimus «z Lovaniensibus propngnator ezstilisse yidelur Ruardns Tapper : atatim enim snrresil Bajns et post eum ant per enm inrecla ridetur doctrioa Thons istica de gratis prasdeterminatione phjsica et a seipaa efficaci,

(»3) Palaricini , Hist. Codc. Trid. lib. XV. cap. 7. num. g.

(»4) Jocher* Gelehrten Lezicon ; Biographie universelle / Appendix Urtia , adjecta ad noram editionem Concilii Trid., Mechlto 1847.

pag. 435-

(a5) Vernulaeua, academia Lovaniensis, pag. 147 •

(26*) Foppens, 1. c; Val. Andréas, pag. io5.

(37) Vigtius, Epiât, ad Episc. Arelaten. : ezstat ad calcem tom. XIV, pag 27* Mémoires de l'Académie rojale. Mémoire sur la part que le clergé de Belgique, et spécialement les docteurs de l'Université de Louvain ont prise au Concile de Trente, par P. F. X. de Ram, Rec» teur magnifique de Wniv. cath. de Louvain.

(28) Foppena 1 1. c; Vernulaus, 1. c.

(39) Narralur in Proloquio ad opaa Ant. Reginaldi , de mente Concilii Trid. circa gratiam se ipsa ejficacem , pag. 22 , Gaiparum Caaalinm , episc. Leiriensem , in sno opère, De quadripertita justitia9 an. i56a in Concilio Patribas oblato , adversaa aliquam Tapperi opinionem scripsisse, « qaam tamen disputando magia(in ipso Concilio ■n. l55i?) qnam aaserendo ridetur protulissev (tanta erat riri auctoritas ! ). Opinio hase Tapperi fait , a homioem per snlos habitua infosoa fidei , spei et cliaritatia , cnm solo geoerali aaxilio jbsque gratta actuali ad opéra pietatis actn exrqaenda posse progredi. a — ■ Quidam Theologi , ait Liebermann tom. IV. pag. 76 , et inter ceteroa Thomassinus in Commentariis de gratia , in ea ridentar aententia fuisse , qood justis sanctificaos gratia ad peragendnm bonutn svpernatnrale «officiât... Optima quidem haec et minime reprehendenda; venus , etc. »

(3o) Le Plat , afonnm. ad îiist. Conc. Trid. tom. IV. pag. 279 , 3ii , 337. Primo m hoc jndicium Buardi est , de sacramentis pœnitentiaf et axtremm Unctionis; secundnm de satisfaction* ; tertium de artieulis nonnultis ad missat sacrificium spectantibus .

(3i) Le Plat , op. cit. pag. 336.

(3s) Lindanua , in Prasfat. ad orationea R. Tapperi , nt legttur iu appendice tertia ad ediliooem noram Conc. Trid. MecMinia 1847 , pag. 433. — Vernulvua , pag. 147.

(33) P. P. X. de Ram , Disquisitio de dogmatiea déclaration* a Theol. Lovan. édita an. i544 $ /. Rutat tom. XIV Mémoire* de V Académie royale ,- articnli illî triginta duo etîam legvntur in bots editione Conc. Trid. Mecbtin. pag. 43g.

(34) P. P. X. de Ram , 1. c. % IV.

(35) In prarfatione qnam ipae Ruardoa bnie euo operi praifeeit. Rxalat in editione an. i&55. Dolendam pmfationem hanc fniaae prattermiasam in altéra editione omnium quat haberi potmerunt Ruardi operum. Colonies i58a. Continet enim , prasttr pcroarnm in baereticoa atalntamm juetam vindicationem , compendioaam qnamdam aed plurimia Palrum auctoritalibna refertam adreraaa baereticoa qnoacnmque demonatralionem catbolicam.

(36) Pallavicini, niât. Conc. Trid. lit. XII. cap. 10. nom. ai.

(37) Veruulatua, pag. 147.

(38) Rona % quai , nt ipae in teatamento ano acribit , copioae aibi fneraut ab altiaaimo Domino in bnjua vitas perrgrinatione conceaaa, fere omnia in pauperum aaatentalionem alioaqne pioa uaua legarit, tîz allia aorori alitaque conaangnineia reaerTatia. Porro eo naque ae pacia amantiaaimnm declaravit , a ut quicumqne , inquit, ex propinquia meia tel conaangnineia tentaterit directe rel indirecte quoria quasaito colore impedire banc yenditionem ( anorum bonorum ) rel pretii applicationena , aut in aliqno alio libcram teetamenti mei executiouem , illum toIo , ait , ipao fncto privalum ease auo legato. •

(39) Poppena 1. c. ait : qnantnmcumque dignitatea refugeret. (4<>) Val. Andreaa, Paati academici, pag. 36a.

(4i) Prête apoatolicum, datnm 5 febr. i5i6. Biatat apud Val. Andreaa , Paati acad , p. 36a. Cfr. Vernulasua v acad. Lot.» pag. 19$. (4a) Rnardi Tapperi Oratio X«

(43) Oratione eadem et paaaim in aliia atque in Corollario.

(44) Rt *ero t ut bic poaitira biatoricorum teatimonia omittamoa, ipaa Ruardi opéra aatia aperle manifeatant , ipaam in boc ano inquiaitoria officio exceaau non peccatae. In jndicio primo qaod in Conc. Trid. Legato praraidi obtulit de aacramentia panitentiaa et ea-

tréma unctionis , ■ minas docti , inquit , sape clamant proposition?» case bssretiess , «pu» diligent er excussas, taies non invenirentur.» Hon ergo ex judieii levitate quosdam , qui aot karetici non essent sut saltem non vehementer suspecti « fuerit ipae nt taies peraecutua. Sed neque «x pnrjudicata passion** ant animi acerbitate proeesaerit : qni enira obique in ejns seriptis spirat animi paeati sensus, strenouna qnidena eum fuisse ainunt imo et probant « non rero effraoatnm ; et in Corollario , ad Garolnm -V Caisarein directo , expresse monet, Canaris ordinstionea de impressoribus librorum , ▼enditoribus , et emptoribos , opns esse recognoscere , ne forte ( ait « nimis sint aérera et boni indices eaa non audeant exequi, et judicent magia esae conminatioues, quam efficaces ordînationes. a Jam rero hase eum aeveritatia excessu consister» haud poase ridentnr.

(45) Mireras « Elogia Bel*;., p. aa. Vernulaua, acad. Lov., p. 147.

(46) Ruardi Refutatio quorumdana falsorum remediorum « etc. (4"7) Sugenioa IV, in Diplomate* quo nonis martii an. i43i. Fa-

cultatem theologicam , qua hacueque caruerat Unirersitaa, iostituit , iU fines» scopumque concessionis describit : a If os qui (heologia facnltatem -hnjusmodi ad Christi fidelium adificatioaem rt salotom soi* maman , nec non propubandos errores instaurari alndiia geaaimua aeaidtiis, etc.

(48) Gvil. Lindauus, in Dialogo citato, pag. la.

NOTICE SUR LE R. P. THOMAS DU JARDIN, DOMINICAIN, DOCTEUR EN THÉOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN, PAR LE PÈRE MOULAERT, PRIEUR DU COUVENT DES DOMINICAINS A TIRLEMONT.

La vie , les travaux apostoliques et littéraires du Père Du Jardin sont pen connus jusqu'ici , quoiqu'une de ses œuvres soit encore entre les mains de tout le clergé. Nous croyons rendre, service, en faisant connaître de plus près cet homme de bien qui pendant une longue carrière a très-bien mérité de l'Église et de l'État.

Le Père Du Jardin appartenait à une famille très-distinguée , et bonorée de la conGance de plusieurs souverains (1), mais qui, lors des troubles religieux du XVI* siècle, avait par malheur abandonné la véritable Église de J.-C. , pour embrasser le Calvinisme. Le chevalier Nicolas Du Jardin, le père de celui qui

(i) Le trisaTeul du R. P. Thomas , Philippe Du Jardin , était ambassadeur du Roi de Danemarck i Amsterdam , lorsqu'il s*j maria , en i56o, arec la demoiselle Reimricb Cromholt , fille ainée du bourgmestre Adrien. Leur fils Philippe , ambassadeur dn Roi de Pologne à Danttig j épousa « en i58fi, Catherine Heuhsener, nièce, psr sa mère , de Hans ter Reecke , chevalier de Pologne et bourgmestre président de Danttig. Leur fils unique s'allia ensuite avec NU* Harsholten .i Zwol , province d'Over-Yasel , en Hollande. Ils eurent trois fils , dont on seul survécut ; c'est le chevalier Nicolas , père de notre Dominicain, né i Rreda le a juin 1620. V. S'poort d*r catholjcke , p. io^5 , col. 1.

fait l'objet de celle notice, appartenait à la même secte, lorsqu'enl640,àl'âgede 20 ans, pendant un voyage d'agrément en Italie , il reçut à Rome les premières impressions de la grâce divine. Arrivé à Paris, il y abjura ses erreurs et rentra dans le sein de la religion catholique. Le Père Thomas raconte lui-même tout an long , dans un de ses ouvrages (1 }, celle heureuse conversion , et comment le chevalier Nicolas son père , obtint plus tard , la conversion tant désirée des auteurs de sa vie, grâce qu'il n'avait cessé de demander à Dieu par de ferventes prières.

Notre zélé converti s'était marié, en 1649, avec noble dame Françoise- Agnès Helman , fille du seigneur de Muylkercke ; et Dieu avait déjà béui cette union par la naissance de deux fils et de deux filles, lorsqu'en 1654 la mort lui enleva , en peu de temps , et son père et sa mère. Nicolas songea alors à s'expatrier , pour éloigner ses enfants chéris de tout danger dans la foi. Il quitta La Haye en 1655, et s'établit d'abord àMalines. Bientêt il vendit la majeure partie de ses biens situés en Hollande, acheta avec le produit de cette vente la seigneurie de Hanseghem etdeHemsrode (2), et transporta défioiti-

(i) Spoere der catholjrcle , pag. 1074*76*

(a) Noua IrouTon» dana le Théâtre de la Noblesse de Flandre % par Leroux « p. 3ia« que messire Nicolas Du Jardin, écujer, seigneur d'Emcrvde , natif de Hollande , obtint confirmation de noblesse , mereède de chevalerie et supports , le i\ février 1659. Le» ie» sont quatre étoiles d* argent sur fond de sable , arec la de-

vement son domicile à Gand, le 5 avril 1659. Il y mourut très-pieusement en 1671, et fut enterré dans l'église des Dominicains , où on voit encore son épitaphe (1).

Le R. P. Du Jardin , fils puiné du chevalier Nicolas , naquit à La Haye , en 1653 , et reçut au baptême le nom de Jean Philippe. Élevé avec un soin tout particulier par ses pieux parents , il laissa entrevoir, dès son jeune âge , des dispositions pour la vie religieuse. Au terme de ses éludes , il sollicita , malgré l'avis contraire de ses proches, la faveur d'être admis chez les Frères Prêcheurs de Gand , sa patrie adoptive ; il y reçut l'habit de S. Dominique , sous le nom de frère Thomas ( sous lequel il est le plus connu), le 4 novembre 1669, à l'âge de 16 ans (2).

vise : In tenebris huent. V. Batavia dtso'ata% du P. De Jonghe, p. 161, Vue du couvent de la Ha je.

(i) La voici :

« Ifobili ac generoso Domino D. PhUippo Du Jardin « domino de » Vryehoeff defuncto 5 martii i654* et conjugi su» Sara de Raei do- » mine de Vryehoeff defuncta a3 januarii i653. (lises i654) hoc » monumentum olim poauit Lugduni Batavorum in ecclesia 8. Panera - » tii horum filiui uniena nobilia et strenuus D. Nicolaua Du Jardin » Squec Toparch» de Hemarode, etc. defunctua 14 januarii 167a qui » cum c on juge aua Francis ca Heiman domina de Hemarode , etc. • defancta 21 maii 1696 hîc ante chorum aepnltns est. R. I. P. • Belgium Domin.,p. 45-'L* pierre sépulcrale se trouve encore aujourd'hui a ccUe* du maître-autel de l'ancienne église dea Dominicains a Gand. Les armoiries en ont été rasées lors de la révolution française du dernier siècle.

(2) « Bodem anoo ( 1669)* 4 novembris , indutus fuit habitu clérical t

Pendant son noviciat , il se distingua tellement par sa modestie et toutes ses autres vertus , qu'il sembla surpasser de beaucoup en piété tous ses condisciples. Ayant prononcé ses vœux l'année suivante, les supérieurs de l'ordre , vu ses talents et son aptitude particulière pour les sciences , l'envoyèrent successivement à Loovain et à Paris. Ses succès y furent si extraordinaires qu'à son retour , nonobstant sa jeunesse , on lui confia une chaire d'Écriture- Sainte dans le couvent de son ordre à Louvain (1) ; il n'avait pas encore reçu la prêtrise à laquelle il fut élevé en 1676 (2).

Chargé ensuite , selon la coutume de son ordre , de donner un cours de philosophie et de théologie , tandis qu'il enseignait avec distinction et qu'il se perfection-* nait en même temps dans les sciences ecclésiastiques * il se vit proclamer bachelier en théologie , dans le chapitre général de son ordre en 1686 , et peu de temps après, à savoir le 21 janvier suivant, il fut promu solennellement au grade de docteur de la même faculté, dans l'Université de Louvain , en compagnie de son confrère François d'Enghien , tous- deux du couvent de Gand. Ce

» Fr. Joaones Philippns On Jardin , pro conruîtn Gandins i et voca- » tas fait Thomas, sab ad m. R. P. Pr. Tlioma Van Dauveghem » Priore Gandensi. » — Et plus loin : • Eodèm an no (1670) 4 novem- » bris professas esl Pr. Thomas Do Jardin clericus, sub RRmo. » P. Joanne Tlioma de Rocaberti Hagro Général! , et adm. R. P. P. • Aagastino Clippelio , Priore Gandensi. » ' (1) Script. Ord. Prœd. t. a. p. 8x3.

(a) Gocthals, Histoire de* lettres en Belgique , t. 4- P- a^7*

dernier grade ne lui fut accordé dans son ordre que quelques années plus lard, à la prière des Pères de la Province (1).

Nous le trouvons ensuite comme premier Régent de l'élude des Dominicains à Louvain , depuis 1694 ju»t qu'en 1697, donnant en même temps des preuves éclatantes de son zèle et de son profond savoir (2).

Le P. Du Jardin , comme premier professeur , avait k peine terminé son cours triennal de théologie à Louvain,

(1) Il faut savoir, que le doctorat en théologie, obtenu dans tint Université séculière , n'emportait pas le névé grade don» Tordre des Dominicains qui seul conférait plusieurs privilèges au titulaire. Chaque province de l'ordre avait un nombre déterminé* de Docteurs qu'on ne pouvait dépasser. Lors d'une vacation , ce n'était que sur la demandé expresse d*s Père* de la prepince, que le Père General, on an chapU tre général, pommait le nouveau Docteur. Four preuve « le D. Père Vincent Van Severen , nommé Docteur en théologie de Louvain le a6 Février 1713, et mort i Gand, le 16 septembre 1719 » était seulement licencié* dan* l'ordre. — Chose eitraordinaire , Tordre de S. Do- ■unique comptait A cette époque florissante cinq de ses enfants dé» corés dn gloriroz titre de Docteur en théologie i la seule Université* de Louvain ; c'étaient les PP. H t' Serterts , Docteur régent , proclamé en 1698. 11. Yen Bilsen , en 1709* Th. Dn Jardin, et ?. d*Enghien en 1687, et V. Van Severen en 171a ; ces trois derniers dn couvent de Gand. Le nombre des Docteurs de Louvain ne montait guère an delà de dix «huit, dont huit, sous le titre de Docteurs régents, composaient ce qu'on appelait la Stricte Faculté.

(a) C'est pendant sa régence qu'il composa son livre intéressant De effieio sacerdotis , dont nous parlerons plus loin. Le Père Général Antonin Cloche, dans son approbation donnée le 9 novembre 1697, nomme le P. Du Jardin Sfudiï Gea. Lov. Regens Primarius , quoique son temps fnt eapiré depuis les vacances.

que par suite de la mort du P. Antonin Grondoni, mattre on docteur en théologie et Prieur à Malines , arrivée le 2 novembre 1 697, il fut choisi peu de jours après pour lui succéder dans la même dignité. II se trouva chargé, en toême temps , de la direction des Sœurs de Saint-Joseph dans la même ville (1). Quelques mots touchant cette intéressante communauté ne seront ni déplacés ni inutiles.

Tout le monde connaît les Tertiaires de S. Dominique et de S. François , dont quelques-unes forment des Communautés, ou des congrégations, mais dont la plupart vivent dans le siècle, observant néanmoins certaines règle» qui leur sont prescrites. Le R. P. Grondoni , Prieur à Malines , homme savant et d'une grande piété, et qui en plusieurs endroits avait été directeur des religieuses de notre ordre (2), désirait beaucoup d'établir dans la ville métropolitaine une communauté de Tertiaires , dont l'occupation principale serait la direction d'un pensionnat de jeunes demoiselles. A cet effet il bâtit sur un coin de son couvent , et à côté de l'église (3), une maison assez ampfe avec oratoire et jardin , et y institua le 24 juin 1697 neuf de ces dévotes , qu'il plaça sous la protection de S. Joseph , et sous la direction de sœur Anna Catherine Van Acfatéren , la première supérieure ,

(() Belg. Domin. p. 3ia~i3.

(a) Belgium Domin. p. 348* (S) V. la planche du couvant d« Malinc», Belg. Domin. , p. 3oi

qui mourut le 25 octobre 1716. Outre la règle et les prescriptions du tiers-ordre , les sœurs allaient recevoir quelques autres statuts adaptés à leur nouvelle destination , lorsque la mort prématurée du R. P. Grondoni, arrivée le 2 novembre suivant , les en priva. Le nouveau Prieur Du Jardin , non moins zélé que son prédécesseur, termina heureusement l'œuvre du P. Grondoni. Cette congrégation d'un nouveau genre ressemblait, sous plusieurs rapports , à celles érigées vers la même époque en Italie , par la vénérable sœur Claude des Anges , morte à Rome en odeur de sainteté le 29 juin 1 715 (I ).

Cette communauté naissante plaisait beaucoup à l'archevêque Humbert de Precipiano , qui la recommanda vivement au général des Dominicains , Antonin Cloche, qui approuva les statuts particuliers projetés par le P. Grondoni et revus par son successeur Du Jardin ; il les admit , le 18 juin 1701 , à l'obéissance de Tordre et à la participation de ses faveurs et privilèges. L'institut de Saint-Joseph jouit pareillement de l'affectueuse protection de Mgr. Reginald Cools , évêque d'Anvers , du même ordre. Cette maison , après un siècle d'existence, éprouva , durant la première révolution française , le sort de toutes les institutions religieuses du pays.

Le P. Du Jardin après avoir terminé honorablement

(i) V. Saero Diario Dominicano , Roma, Salrincci , i838 , t. a, p. 3g'J-g8 ; Regel van ket dtrde Orden van dam H. Dominiems, Gent , J. Rousseau (1849)* P* 3i"3a.

son priorat à Malices , Tint s'établir définitivement dans son couvent de Gand et ne le quitta plus. Il y gagna tellement par ses vertus et son savoir l'affection de ses confrères , qu'ils l'élurent jusqu'à trots fois pour la direction de leur maison (1). Il était Prieur pour la deuxième fois lorsque fut achevée la nouvelle église des Dominicaines de la même ville (2). Il y célébra la première messe et y prêcha le 45 septembre 1715.

Nonobstant les occupations multipliées de sa charge f le P. Du Jardin trouva assez de temps pour composer et publier des ouvrages importants, soit pour la défense de la foi, soit pour l'instruction et l'édification des fidèles. Son grand amour du prochain embrassait toutes sortes de personnes : ecclésiastiques , simples fidèles, hérétiques, tous forent l'objet de ses soins assidus et de son zèle infatigable. Pendant sa régence à

(i) Dana 1? registre des professions do courent de Gand, noua trouvons le P. Du Jardin comme prieur, depuis septembre i^o3 jusqu'à septembre 1706, et dep ois septembre 171 3 jusqu'au 3 mai 1717» qu'il fat nommé Provincial des Pava-Bas et Préfet apostolique des Hissions de la Hollande.

(a) Leur couvent fut érigé à Gand, en 1638, dans un endroit nommé het Nieuwlanel, par 1rs soins du H P. Provincial Van de Woestjne, S. Th. Mgr. En 1711 commença la bâtisse de IVglise , de la sacristie et de la grande porte d'entrée du courent , terminéea trois ans plus tard. Les parloirs et une partie des corridors ne furent construits qu'en 1769. Ce courent , une des victimes du zèle philosopha que de Joseph H, fut supprimé le 1 mat 1783. Dis maisons furent élevées sur une partie du terrain, en 1788, 1790 et 1791. Le restant sert actuellement pour la manufacture de coton de H. Van Loo.

Louvain (1694 — 97), il avait composé pour les jeu Des ministres du Seigneur une instruction remarquable touchant les devoirs de confesseur, leur apprenant comment , en qualité de juges et de médecins des Ames , ils devaient se conduire dans cette charge redoutable. Cet ouvrage intéressant fut approuvé comme à l'envi et recommandé , non-seulement par les docteurs de l'Université de Louvain, mais aussi par les professeurs de théologie de tous les ordres religieux de Belgique , et servit de contre-poison à un ouvrage très-dangereux du rigoriste Jean Opstraet (i ).

Le zèle du pieux dominicain n'en resta pas là. Connaissant par l'expérience de ses propres parents l'état malheureux de tant de personnes , que la naissance , les préjugés ou une ignorance crasse retiennent comme ensevelies dans l'erreur, il ne laissa échapper aucune occasion favorable pour ramener au vrai bercail , par ses sermons et ses écrits , ces brebis égarées , et pour prémunir les bons catholiques contre la séduction des doctrines perverses. Dans une de ses nombreuses publications, il nous apprend lui-môme comment il avait commencé son apostolat , en prêchant la controverse devant un auditoire très-nombreux composé de protestants et de catholiques : ceci eut lieu , d'abord à Louvain en 1692, puis à Gand, l'année suivante, ainsi

(i) GV»t son Pas ter bonus % se* idea, officium et praxis pastorum, 1689, io-ia, défendu par décret du 8. Office du 17 février 1766.

qu'en 1704. Ces conférences furent beaucoup goûtées , et on pria le zélé prédicateur de les communiquer an public au moyen de la presse. 11 satisfit à ces désirs en 1710.

Cette publication fit grand bruit, surtout au-delà des frontières hollandaises, et jeta la consternation dans le camp des adversaires. Les ministres Calvinistes de Walcheren virent avec dépit le danger où se trouvait leur secte , et engagèrent vivement un des leurs, Jacques Leydekker, Prédicant à Middelbourg en Zélande, à réfuter l'intrépide dominicain. Celui-ci accepta l'ingrate besogne , et donna au public , en novembre 1711, Y Eglise réformée défendue , spécialement contre la Papauté , etc.; livre infâme , rempli de toutes les calomnies contre la religion qu'il avait pu ramasser, soit chez des écrivains catholiques , soit chez leurs adversaires.

Cette attaque scandaleuse coûta cher à son auteur. Le P. Du Jardin y répondit , et vengea noblement la cause de la vérité catholique par un ouvrage important, écrit en flamand , intitulé : V Eperon des catholiques armé dé soixante poinçons (piquants ) contre les trépignements effrénés du sieur Jacques Leydekker , Prédicant à Middelbourg, Gand, 1715, in-folio. Celte œuvre remarquable contient d'abord les soixante points controversés entre les catholiques et les protestants, dans lesquels on défend avec solidité la religion catholique-romaine contre les erreurs des derniers temps. C'est l'ouvrage déjà

publié en 1710. Mais chacune de ces soixante vérités ainsi démontrées est suivie ici de l'objection faite par Leydekker , et en même temps de la réponse de notre auteur, réponse solide et souvent très- piquante.

Le pseudo-ministre fit paraître un nouveau pamphlet plus virulent encore que le premier ; mais il fut si bien mis au pied du mur par son terrible adversaire , qu'il dut plier bagage et n'osa plus se mesurer avec lui ( 1 ).

(i) Cfr. le* Voor-uf'bemerkinçen , à la tête du ter roi. de ton École de la vérité. flous pensons qu'il ne sera pu désagréable i nos lecteurs de parcourir les lignes suivantes % dans lesquelles le P. Tkomas raconte lui-même, arec un «tjle atlrajrant qui lui est propre, comment il travaillait à la conversion des liérltiques , ses compatriotes, m Ra dat ik «tegt hy (*) « in *t jaer 1691 , eerst binaen Loven , daer

• na 1693 eu 1704 binnen Ghendt, in de tfgeuwoordigkejt Tan een » talrijke menigte, aoo Caibolijke , sis Oncatholijke Toehoorders , ter m verdedigiog vsn net Roomsch Calboljk Geloof , en ter bestrijding n der dwaeliogen deser laetste tijden , de Geloof-gesckillen gepre* ■ dikt kad : ik offerde aen Godl , den Vader des Lickts , den Gérer

• van aile goede gaven , mijnen arbejt op , die ik in sijnen Wju-

• gaert met eene tujvere mrening besteet badt, kem onophoudelijk » biddende , dat 't gène ik dieu tijd, en andere stonden in de kertea s mijnder toeboorders gesajt ksd ky tond belitrven met synen Goda delijken aegen te begunstigen , en den wasdom te verleenen. Verre

• was van mjn gedacltten die gepredikte Geloof-gescliillen door den n Druk gemeen te maken. Nogtans op bel gedurîg aenkonden van voor- .» treffelvke, acktbaere en Geleerde Munnen (v? iena vragen praemen was)

• liel m}' voorstaen , dat missebien in die gepredikte Gelaof-geschit-

(*) In de vooRAF-BtMsaaiNCEN van zjnen boek , scholi der waikhitt of Cstfaoljke onderwvsingen van eenen vader aen sjnen sone » over de geloof-gescliillen , veibandell tutsch'-n Pr. Do Jardin S. T. D. en Hr. Jac. Levdekker. Gendt, A. Gract 1717* 1. D.

La conversion des hérétiques n'était pas la sente occupation du courageux athlète de la foi : les fidèles en-

» len ieta voordeeliger yoor onse Nederlanders , en Toornaemelyk voor » mijne Landtgenooten sonde acbnylen , aïs dat ik selfs oordeelde. Ik » ateldese op orden, en gafse den Drukker in handen tôt den druk :

• Haer qualyk vtarense afgedrukt, of buyten myn eygen verwachtinge.

■ «y wicrden allemael op korten tydt uyt-verkocht , tegen t* gemeyn lot

• der boeken , die van Geloof-geschillen liandelen...

» 1k giste, door het dapper afhaelen van 't Boek, dat'er de Lésera

■ smaek in venden , en dat 'er eenig voordeel Toor de Catnolijke Ee- » ligie te Terwachten stont door de bekeeringe Tan eenige van onae » verleyde Nabueren, die nyt de*e Geloof-geschillen sonder voor-

• oordeel gelesen te hebben, haest souden moeten b* keunen, dat alleen » de Roomseh Catholjrlce door het hemelaeh licht Tan het waere Geloof

• beslraelt w orden, en dat sy (Luthersche, Calvinistsche, Hennonisten, » ena.) in de schaduwe de* doots sitten en ait den vloet beweegt en m omgevoert xjn met den wind der valsehe Itère door de bedriegerye » der menschen , door schaikheyt lis tel} k tôt dwalingen gebracht. m Bph. 4- ▼• *4*

» M en Tersekerde my , dat eenige der aensienelykate Calvinisten ge- » tnygden , dat sy door de lesing van nay n boek in hun geloof verlegen a> waren , en dat'er eene heymelyke spraeke liep , dat , ten ay het boek

■ Tan Pr. Du Jardin beantvr oordt wiert , sy in hun gewis van de waer- » heyl des Catholijke Geloofs overtnygt Tfierden Hier over wiert met » de Ministers raet gealaegen; en Hr Jacobus Leydekker , een fflan » Teroudertin het achriJTen, predikant tôt Middelburg , vriert aensogt

■ door de Classit Tan "Walcheren , in Hartio 1710, om mynboek te » wederleggen. Na beraedt Tan eene maendt nam h v het aen, en op den

• tydt Tan een jaer « en balf , of daer outrent T*as sy n boek gemaekt en

• gedrukt : maer aile Lésera, die de reden plaets gaven , oordeelden , » dat het beter had geweest voor het belang van het Protestantendom , » dat den Basch-scbrijver Hr. Jac. Leydekker, met ayn boek had achter-

■ gebleren , en tnen bekende in dit voorval de waerheyt van het ge- » meyn spreekw oort : Al te groote spoet % neyt oftelden goet.

tonrés de nombreux ennemis réclamaient aussi ses soins. Après avoir combattu avec succès les erreurs désolantes

» DU bock genaeml : De hervormde Kerk verdedigt ; in het gemeea tegen het Pautdom , en*, opgepropt met al 't gène hy ajt eenige ioo Catholyke , a If Oncatholyke «ehrijv era hadde by eem geraept , wiert my van hem ter liant gedaen den i3 november 1711. 1k wiert den ketterachen aert Tan den acbrijver gewaer, aoo haest ik het hoek oprngealaegen hebbende , bj na too veel laster^fliUen ait redene vondt... — Ik docht dal aoodanige lotte achry vert , die hon bujrtenspoorige manière Tan achrijven voor plauierige loepjena , «m vermakelijke njttpanningen den léser aenprjaen , met Sweepen , en Spooren moeaten beteugelt worden , en bequaem gemaekt , om na de reden te loyaleres « en de waerneyt te bevatten : hierom gaf ik in 't licbt een boek , waer in ik de antwoort van Hr. Leydekker verydelde , en om dat ik hier , en daer den Middclburgichen Dominé na verdiencten omhaelde met eenige toeny pende tpoorslagen, hebbe aen 't boek met recbt den naem van Spoore der Calholjken gegeyen. — Dese gaf hem alag op slag ; ateek op ateek ; hy klaegt 'er OTer in syn tweede boek ; hem dankl « om de kloekheyt waer mede sj hem aentaat , dat ty met galle geacherpt is : niet te min den Dominé, redelooser dan te vooren , gaf in *t licht een tweede boek : het bad ayn ejgen von nia op het voorhooft gebrandtmerkt met dese woorden : Al stiet gj den dwaesen in eenen mortier met eenen ttamper in het midden van het gestootan graen , sjne dwaesheyl xoude van hem niet afwjrken. Paov. 27, ai , en het gaf met korle woorden heel den inhoudt van 't boek te kennen , ala het van onder den titel atelde : Een navolger van Lucifer heejï %jn hondgeblaf geseherpt tegen de Kerle. Hoe wel deaen Titel den Dominé toekomt. Soo ala aen Luciferianua (aen wie Hieronymua dit verwy t ) is meer als eens in de Spoore betoont , en 't kan daer nagesieu worden.

m Tôt nwer aiele taligheyt , leeraugtigen léser , wordt nn geopent de Sehole der Waerheyt t in de welke aile de catholijke Waerheden eenvoudiglijk en reglainnelyk by wyse van aamenapraken voorgekonden worden : en verwondert u niet dat het ayn minaaeme Lee-

des Luthériens, des Calvinistes , des Mennonistes, etc., il lni fallut attaquer les doctrines non moins funestes du Quiélisme qui inquiétaient les fidèles. C'est ce qu'il fit depuis 1 706 jusqu'à 1710. parla publication de quatorze Dialogues spirituels où il réfute solidement, à l'aide des Saintes-Écritures , des écrits des Saints Pères et des auteurs ascétiques les plus estimés , les erreurs principales du faux mysticisme. Ceci n'empêcha pas depuis une autre Autoinette Bourignon de propager en Flandre , surtout à Moorseele et dans d'autres paroisses des environs de Courtrai , le Quiétisme le plus extravagant. En 1715, n'ayant pu réussir à ériger une communauté de sa façon dans cette dernière ville , elle parcourut la campagne , enseignant partout , de vive voix ou par lettres , des doctrines perverses déjà condamnées dans les Bégards, dans Molinoset autres, et séduisant par son hypocrisie et sa modestie affectée une foule de personnes pieuses , mais simples et peu instruites. Ses intrigues criminelles furent enfin découvertes, et on la dénonça à l'autorité ecclésiastique qui , en 1 752 , pria notre infatigable Dominicain de réfuter cette dangereuse visionnaire. Malgré ses soixante-dixneuf ans, il se mit aussitôt à l'œuvre, et fit approuver son écrit , contenant la condamnation de ces erreurs,

» sen van ren teerhertig Vader aen sijneti hertgeliefden Son* ï 't is » met voordagt , op dat êj in het hert van eenen goedtaerdigpn leaer » eeuea dirpen iadrnk souden hebben...u

non-seulement par l'Université de Louvain , mais par les professeurs en théologie de tous les ordres religieux.

Ce n'étaient pas les seules tempêtes qui dans ces temps périlleux menaçaient la barque de Pierre. Un autre méchant , du nom de Quesnel , infectait la doctrine pure de Jésus-Christ , et causait parmi les fidèles t mais surtout parmi le clergé , des troubles et des divisions très-funestes. Plus d'un pays catholique eut à souffrir de ce remuant hérétique. Nonobstant la bulle Unigenitus, du 8 septembre 1743, par laquelle Clément XI condamnait cent et une propositions , tirées de l'ouvrage de Quesnel , intitulé : Nouveau testament avec des réflexions morales , etc. Paris, 1693, 1694, 4699, l'opiniâtre Janséniste comptait parmi le clergé séculier et régulier plusieurs adhérents soit publics soit secrets.

Le R. P. Général des Dominicains , Antonin Cloche , vu la grandeur du danger, envoya à tous les provinciaux de l'ordre une lettre circulaire très-remarquable , datée de Rome, du 26 février 1747 , qui , la même année , fut reçue avec enthousiasme dans le chapitre provincial tenu à Vilvorde. Mais lorsque le 3 mai 4719, dans le chapitre tenu à Louvain , le P. Thomas se vit placé à la tête de sa province et de la mission hollandaise , il voulut donner une preuve plu3 éclatante encore de l'attachement et de la soumission entière de son ordre au Saint-Siège; il fit accepter solennellement, par les

52 pères (1) présents, la boite Unigenitus, et condamner les erreurs du malheureux Quesnel (2).

Son zèle pour le bien être de la religion ne s'arrêta pas là. Il publia en latin, en 1725, une Dissertation théologique en faveur de la même bulle, où il montre clairement la nécessité de l'accepter sans aucune restriction, sous peine d'hérésie, comme étant une règle infaillible de la foi. Peu après parurent d'autres écrits sur la même matière. En voici la raison. Les remuants Jansénistes avaient, en 1714 , répandu avec profusion , par

(i) Ils étaient délégués par les 16 couvents de la Province Dominicaine des Pays-Bas que nons indiquons ici avec l'année de leur insti* tution : fiand (laai), Louvain (1228), Bruges (ia33), Anvers ia43)v Msestricht (ia54 ou, selon d'autres, ia34). Matines (iG5i j mais a Bois-le-Duc ia86), Calcar (1450), Brnielles (14*9) » Mons (1630)* Braine-le-Comte (1613), lfamur (1649) , Sittard (i6-j6), Tongres (i634), Vilvordr (i6i3), Lierre (1619); enfin celui de Luxembourg érigé en 1993, qui ajant été, à cause des guerres continuelles, annexé pendant quelques années i la Province des Bavs-Ba* , passa de non* veau a son ancienne Province ( Teutoniœ ) par décision du chapitre général de Rome, du 3t mai 17*1. On 7 trouve aussi des délégués de la Mission hollandaise, entre autres le R. P. Jeao Van Bilsen , frère du P. H. Van Bilsen ,8 T. D., qui était archiprêtre a Bois-le-Doc , mort le 3i décembre 1729. Acta in Capii. Pr ovine! F. F. P radical, eelcbralo Lovami dU% maii 1719» circa reeeptionem et venerationem Const. Ukioimtus. Antv. P. Jouret , 17 19.

(a) L'admission solennelle de la Bulle Unigenitus se fit aussi psr tous les prêtres séculiers et réguliers de l'archevêché de Salines, d'après la lettre pastorale de l'archevêque Thomas-Philippe d'Alsace , donnée en 1718. Voves Sjrnodieon Belg. tom. II, p. 5.

tous les Pays Bas et an grand scandale des fidèles , la traduction flamande des cent H une propositions dam" nées de P. QuesnH. Mais comme elles n'étaient accompagnées d'avenue remarque , elles devaient naturellement induire en erreur bien des personnes simples et illettrées. Un auteur hollandais avait déjà dévoilé en partie cette supercherie damnable (1). Cependant notre infatigable Dominicain, non entièrement satisfait de cette réplique insuffisante, entreprit de réfutera fond les attaques continuelles de ces remuants Jansénistes et Quesnellistes. M publia, d'abord en flamand en 1724 , puis en latin et en français, son livre intitulé : Venin des CI propositions du P. Quesnel. Dans l'Épi Ire dédicatoire à l'évêqoe de Gand, il fait une bien triste description de la position de l'Église dans ce temps malheureux.* Aussi, a Monseigneur , dit-il , n'est-ce point sans raison que a Votre sollicitude Pastorale doit être alarmée à la vue a des maux redoutables dont l'Église est présentement a agitée... Le froment choisi de la parole divine... est a presque étouffé par la variété des fausses doctrines a que des hommes livrés à leur propre sens débitent de

(i) Voici lé titre de l'ouvrage :

ywpfl cor de loi stetlingen getrokken ujrt de tedelyke opmer* ktngen van P. Quand over ieder fers van 't Ifieuw Testament in *t nederduyts kenneljrker gemaekt aen île eenvoudige roomsche catholyken tôt waerschouwing tegen het nederduyts berigt tôt groote verergernisse onlangs uytgestrojt in bejde de Nederlanden , door F. J. A S. A.s 1714, in- 12.

» tons côtés... Tout semble se renverser. Ceux-ci affec- » tant une sévérité Pharisaïque mêlent la pure doctrine » de l'Évangile d'un grand nombre d'erreurs , qui en » font envisager les Préceptes comme impraticables et » impossibles même aux justes... Ceux-là tout au con- » traire, en s'opposant sans discernement et sans mesure » par un zèle purement charnel à une conduite si bi- » zarre, marchent sans scrupule dans la voie large, et » pensent être de bons catholiques , en menant une vie » toute païenne. Les uns ont peur d'avaler un mouche- » ron , pendant qu'ils engloutissent un chameau... Les » autres boivent l'iniquité comme l'eau , et enivrés de » leur prétendu zèle contre les rigoristes, ils ne sentent » point que leur propre corruption les séduit et leur fait » preudre pour des sentiments de religion l'esprit de a libertinage qui les possède... »

a On sera peut-être surpris ( dit le P. Du Jardin dans » la préface du même livre) de voir paroître ce livre en » françois dans le cœur de la Flandre : et en effet je ne » l'a vois d'abord composé qu'en flamand pour l'opposer » à une infinité de libelles flamands, dont les auteurs » téméraires osoient porter leurs mains sacrilèges sur » l'oing du Seigneur, en vomissant mille calomnies con- » tre la bulle canonique Unigenitus , afin d'abuser ainsi » le peuple Incrédule. J'ai entrepris ensuite de le donner » en latin pour les mêmes raisons et pour prémunir les 9 jeunes théologiens contre toutes les surprises et em- » bûches que les adversaires pourraient leur tendre...

» Sa Grandeur ( révoque deGand ) a souhaité qu'il pa- » rût aussi en françois à la faveur de 6on illustre protec- » tion et libéralité; afin que comme ces mêmes erreurs » ont principalement répandu leur venin par ces trois » langues , l'ont eût aussi à la main un contre-poison , » qui en préservât et en guérit par les mêmes voies. »

Le Père Thomas sachant , par sa propre expérience , qu'il est nécessaire d'employer d'autres armes que la seule et simple persuasion , pour retirer de leurs mauvaises voies des hommes obstinés dans l'erreur ou pour en préserver les autres, s'adressa à Dieu et à la S. Vierge, pour lui venir en aide. L'église , dans l'office divin, dit de la Mère de Dieu : Gaude t Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti in universo mundo ( Off. SS. Nom. Hariae ). Il prit donc son recours vers cette Vierge puis* santé , et ne cessa , à l'exemple d'un S. Dominique , d'un S. Pie V, d'un S. François Xavier et de tous les Jioro mes apostoliques des derniers temps, d'exciter les fidèles à la salutaire dévotion du S. Rosaire , composant à cet effet , en différentes langues , de petits traités , pour en faciliter l'usage (4).

Benoît XI II, ce docte et saint Pontife de l'ordre de S. Dominique , avait accordé les honneurs de la canonisation , en 1726, à la bienheureuse Agnès de Monte Politiano, religieuse de son ordre. Cet heureux événement ut célébré avec pompe , pendant huit jours, dans l'é-

(i) Vojp* la liste de les ouvrage! , a la fia de cette Notice.

glise des Dominicaines à Gand. Notre vénérable vieillard, voulant concourir à cette fête, y prêcha, le 4 8 avril i 728, un sermon d'une piété et d'une simplicité vraiment admirables (I).

Souvent , pendant sa longue carrière, le Père Thomas avait dit à ceux qui jouissaient de son intimité , qu'il fallait qu'un enfant véritable de S. Dominique passât sa vie entière à prêcher et à écrire, et qu'il ne cessât qu'à la mort (2). Quant à lui , il tint parole. Ni son grand âge ( il avait quatre-vingts ans ), ni les infirmités qui en sont les compagnes ordinaires , ne purent ralentir son zèle pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Nous avons déjà vu plus haut qu'un an avant sa mort, il avait pris la plume pour combattre le Quiétisme qui dé-

(i) «De H. Agnes, dit le pieux prédicateur , i» in onte tael zoo Teel aïs bel Hejrlig lammckc^ en dit lammekt-n , volgens 'l geen in *t Loek der Ve ropcnbaring geschreven ataet , lieeft liet Goddelyk lammeken overal getroaTteljk gevolgt , en bysonderlyk in aeven plaet- •en , in de woeityn , on te Tasten ; op drn berg der acht saligbeden, dat is in het klooster ; op den berg der vjf brooden en twee TÏftchskeni , wanneer sj bj mirakelen spyze aen baere religieusen besorgde ; op den berg Thabor, wanneer sj in het gebed door aller* \ej bujtengewoouc weldaden begnnstfgt wiert , opgeheven m ordende Tan de aerde en omringeld Tan vurtge atralen. Maria tôt liaer siende naderen en urt bare handen Lel kindeken Jesns ontvangende ; in den bof Tan Olyven, door de pjnen die sy onderstond ; op den berg Tan CalTarieo , door haere geeatelyke dood in het uytspreken der kloosterlyke beloften en nadirn door haere heylige dood in het jaer i3i 7 ; eyndelyk in den hemel. »

(2) Script Ord. Prad. t. a. p. 8c 3.

solait une partie des Flandres. Le P. Du Jardin , au bord du tombeau, publia en 1733, une dernière œuvre digne de terminer et de couronner une vie si bien , si saintement remplie; à savoir, neuf Dialogues spirituels touchant V amour de Dieu et V oraison mentale, dans lesquels il expose d'une manière lucide et très-facile la pratique de cet eiercice de dévotion si salutaire et même nécessaire à tous ceux qui veulent progresser et persévérer dans la vertu.

Arriva enfin le jour où le digne vieillard put dire avec le grand Apôtre ; J'ai bien combattu, foi achevé ma course, j'ai gardé la foi. H ne me reste plus qu'à attendre la couronne de justice qui m' est réservée , que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce jour; il mourut saintement comme il avait vécu, le 1 5 juin i 733. Quoique ce soit une chose précieuse devant les yeux du Seigneur que la mort de ses saints , cette perte ne fut pas moins l'objet de regrets universels, tant pour le peuple, que pour ses confrères et ses nombreuses connaissances, qui perdaient en lui un ami véritable, l'ornement de son ordre et un défenseur intrépide de l'Église et de l'État. Nous lisons dans le Nécrologe des Dominicains de Gand ce qui suit, fol. XXIV. R°: c L'an 1733, le 13 juin, décéda le Fr. Thomas Du Jardin, » âgé de 80 ans, docteur en théologie de l'Université »de Louvain et dans l'Ordre, jubilaire de la vie reli- » gieuse, de préirise et presque de doctorat, renommé » par ses écrits, autrefois premier régent de l'étude de

» Loavain , une fois prieur du couvent de Matines et 9 trois fois de celui de Gand ; différentes fois diffiniteur » près des Conciles Provinciaux , et une fois prieur Pro- » Yincial de la province des Pays-Bas.»

Les restes du vénérable religieux furent déposés dans le caveau de sa famille, dans l'église des Dominicains de Gand (1).

Nous croyons ne pouvoir mieux terminer cette notice, qu'en transcrivant ici l'éloge qu'a fait de cet homme si remarquable à tant de titres un ecclésiastique hautplacé qui devait le connaître parfaitement M. Stevart, doyen du Chapitre métropolitain de Mali nés, et censeur de livres, après une approbation très-flatteuse de Y Instruction courte touchant V office du Prêtre, en tant que juge et médecin, dont, en 1727, on donnait une nouvelle édition à Matines, poursuit ainsi :

« J'aime à ajouter quelques mots à la louange de cet » homme très-savant et très-humble (dont je verrais » avec plaisir la jeunesse se renouveler comme celle » de l'aigle ) , à savoir : qu'il a grandement mérité de » l'église de Belgique , non- seulement par l'ouvrage » mentionné plus haut, et dont ceux qui ont charge j> d'âmes ont expérimenté l'érudition et Futilité, au » grand profit des fidèles ; mais aussi par les insignes » élucubrations par lesquelles il a broyé et pulvérisé «Jacques Leydekker, le pseudo -ministre de la parole

(i) Bel g. Dotn. p. 45.

» divine dans la ville de Middelburg, ce vain discoureur » et calomniateur virulent , l'imitateur fidèle et le fils » non dégénéré de l'archicalomniateur Calvin, ainsi que » quelques furibonds Quesnellistes, que tous il a mis en » déroute, forcés qu'ils étaient à s'enfuir du combat tout » meurtris et confondus. Plût à Dieu, que dans lesOr- » dres religieux , et surtout dans l'Université de Louvain » (qui , de l'aveu des souverains Pontifes Pie IV et Gré- » goire XIII, comtof fil toujours avec fermeté et constance » pour la fin catholique, et qui s'est illustrée par les tra- » vaux assidus qu'elle a entrepris pour la défendre et » pour réfuter les impiétés des hérétiques ) ; plût à Dieu, » dis -je , qu'il y eût beaucoup de ces hommes , le fouet » de Calvin et de Quesnell , qui , enflammés d'un saint » zèle, s'opposassent comme un mur, pour la maison » de Dieu , à ces hérésies naissantes, et, par l'union de » leurs forces et de leurs plumes , attaquasseut coura- » geusement ces ennemis opiniâtres, et leur fissent mor- » dre la .poussière après les avoir confondus (1). »

(i) « Paacnla ad bac adtcxere lubet in commendatinnem mi doc-

• tiaaimi et humillinii (cujua utinam jnventua ut Aquilae renoraretnr)

• acilicet : eumdem de Ecclecia Belgica praeclare meritum , non tan-

• tum ob prajfatntn libellom, cujna erudiliooem et ulilitalem ma-

• gno eu m a ni ma ru m lucro conacienliarum moderatorea experti aunt , » aed etiam ob insignes lucubrationea , quibua Jaeobum Lejdekherum » in oppido Middelburgenai verbi divini paeudo-Hinistrum , inanem » Blateronem ac yirulentum Criminatorem , maledicentiMÎmi Culrini » fidelem imitatorem et filium non degenerem , neenon furibundoa

• quoadam Quesnellianos , contudit atqne confregit , lerga rertere « ac » cruentatoa , triumphatoa , et inglorioa ex arena diacedere compuliU

Voici la liste des ouvrages dus à la plume du Père Thomas, non compris plusieurs livres de piété qu'il a traduits de langues étrangères.

1° De Ofpcio sacerdolis , qua Judicis et Medici in SacratnentoPœnitentiœ Instructif) Brevis, Bruxelles, 1 701 , in- 8°, Gand,in-8°, de 550 pages. Cet ouvrage, réimprimé dès le commencement , non seulement en Belgique, mais en Allemagne et en France, le fut cependant d'une manière plus soignée à Malines , chez L. Vaoder Elst, en 1728, pages 448, in-24°. Le succès de ce beau livre fut si grand et si constant, que les différentes éditions en sont presque innombrables. Il vienj d'être inséré dans le tome 32e du Theologiœ cursus complctus (pp. 1195-1550), édité, à Paris en 1845, par M. Higne.

2° Sermoon van de devotie tôt den lydenden Jésus , uytgebeelt in ft portraict van yt groot miraculcus Beelt van de vermaerde abdye tôt Gembloux , ghepredickt .in de collégiale kercke van S. Pharaïldis tôt S. Nicolaes binnen Gendt , 1703 , den 26 february op den jaerlyck-

« Otinam hujoamodi plures Caiviuo et Quesnellc Maaliges reperiren- » tar in Ordinibus Religiosorum , et praecipae in Universilate Lova- » menai {quat% atlestantibns summii Pontificibus Pio IV. et Grego- » rio XIII. constans etjirma semperfuit Fidei Calholicœ prapugnatrix m et eu jus opéra et labor in Catholica Jide tuenda% atque harelico- » rum impielatibus confutandis illustrés est ) qui , sancto ûnflammati » celo , aeae adrersum immergenles liseresea œururu opponerent pro » Domo Deî , et nnilîs TÎribn» junctisqué calamis , perdue)!*-» Ecclen aias hoatea alacriter impeterent, confnoderent , et contererent. Dalnm

• M'cMinias 37 julii j 717. — H. Slevart S. T. L. Can. Grad. et De-

• canus Eccl. Primat, etc.

sehen feestdegh «m htt broedersckmponderdentytei van den lydenden saligmaeker Jesus-Ckrisius, ten opsight van het toorgenoemde pwlraict in de selve kereke opgertcht, 1689, doorSym H. Innoeentius denXI. Wort bethoont indit SermooH, dot de devotie tôt den lydenden Jésus is eenen chragtigen wûddel on de sondaers te brengen lot eene waere penitentie en vergiffenisse der sonden,als oock om derechtveerdigemeer enmeer te ontstekenindegoddelykeliefdeendedesetvein hun te volmaecken. Gand , J. Dauchaert, 1703, in -là*.

3° Catholyke bemerkinghen op seker schrift uytgegeven den 28 april 1707. Onderdennaem vayi de Godtsgeleerde Faculteyt tôt Helmstadt, wegens het alsdan aenstaende, nu aengaende houwelyck van syne Majesteyt van Spaignien Caret den III. Met de doortuchtighste Princes van WolffenbutteU In weclke bemerkingen wordt bctoont valtch te zyn, dot het Gheloofder P rota tant en in den grondt over-een-komt met hetcatholyck gheloof, buyten het welck gheen saligheyt is te bekomen. Gbendt , Max. Graet, 1708. in 8° de 40 pages.

4° Geatelycke V Saemen spraecken tusschen Philaletes en Philothea. . . Waer in de voornaemste mis-slaegen van het vervalscht inwendig levenworden ontdeckt, en wederleyt , en de voornaemste Maximen van het oprecht inwendig leven worden aengewesen. . . . Derden druk, Gendt, by M. V. D. Ween, 1710. 2. D. in-18°, blz. 1-136,1-200.

Six des quatorze Dialogues spirituels, dans lesquels

on réfute les erreurs principales de la fausse mysticité (Dialogue 1er et 3e au 7e), furent imprimés, sans nom d'auteur, dans un ouvrage du P. L. Meyere, intitulé Den eenigsten , korsten... wegh tôt de waere deught endevolmaektheydt, 2e édit., Gand, 4705 (lisez 1706), pp. 582- 713. Les mêmes dialogues , corrigés , et augmentés de huit autres sur le même sujet, parurent pour la deuxième fois dans la 3* édition du dit ouvrage. V. Groot-Beggynhofvan Gent, p. 104-3.

5° Geloof-geschillen , in de weicke de waerheyt van het Roomsch-Catholyek geloof tegens de dwalingen deser laetste* tyden bondighlijck wordt verdedight, volgende naer elck eene catholijcke sede-bemerckinge tôt stichtinge van den Catholijcken Léser. Ghendt, M. Graet, 1710, 2 volumes in-4°, de 1-1224 pages, et 20 autres non numérotées contenant la préface et la table des matières.

6° De Heylige schriftuer, verbetert nae den laesten Roomschen text, met een voorreden, etc. Anvers, P. Jouret,1714, 2 vol. in-folio. Cette publication, opposée à celle de Gilles De Witte, se fit par les soins des Pères Du Jardin et F. d'Enghien , tous deux docteurs en théologie de l'Université de Louvain. La traduction diffère fort peu de celle publiée, en 1598, chez Jean Moerentorf, autrement dit Moretus; mais les deux Dominicains sont auteurs de la préface.

7° Spoore der Catholycke , ghetcherpt door sestigh pointen teghen het buyten-spoorigh stampen van den

Hr. Jacob Leydekker, predikant tôt Middelburgh ; in de welcke de waerheyt van het Roomsch-Catkolijck gheloof tegen de dwalinyhen deser laeste tyden bondighlyck wordt verdedigt : eerst in het licht ghegheven anno il iO, ende nu hier andermael ghedrukt , benevens de Samen-spraeck tusschen den Autheur der selve Pr. Thomas Du Jardin... en den voorghemelden Hr. Jacob Leydekker. Gand , Aug. Graet, 1715; 3 vol. in-folio, de 1076 pages.

8* Brie f van Hr. Jacob Leydekker, predikant tôt Middelburgh , ghesonden met den boeek van hem ghemaeckt teghen de Geloof-gheschillen van P. Thomas Du Jardin . . . benevens de antwoorde die den voornoemden pater met syn nieuw ghedrukt boeck aen den voorseyden predikant heeft ghesonden. Gand, Aug. Graet, 1715, in~12° , de 12 pages très -compactes. C'est un extrait du précédent ouvrage, adressé au Dominé Leydekker, avec prière de le lire pour sa conversion.

9° Scholeder Waerheyt of€atholykeonderwyzingen van eenen vader, aen sijnen sorte , over de geloof-geschillen, verhandelt tusschen Pr. Thomas Du Jardin S. T. D... en Hr. Jacobus Leydekker predikant tôt Middelburg. Gand, Aug. Graet, 1717; 2 vol. in -24°. Le tom. 1er contient 472 pages et puis 72 autres pages non numérotées , contenant la préface et une réplique au dernier pamphlet publié par le dominé Leydekker en réponse à V Éperon des catholiques , indiqué ci-dessus n. 7°. V École de la vérité n'est qu'un abrégé du grand

ouvrage qui précède, fait en faveur des missionnaires et des fidèles exposés aux attaques des réformés.

1 0° De indulgentiis ac septem vitiis capitalibus. Gandavi , Pétri de Goesin 1719, iu-8°.

11° Verclaeringe van den Jftaet, onlanckx door Sijne H. Clemens den XI vergunt tôt vervoorderinge van het inwendig ghebedt, ofte meditatie. Gand , 1719, in -8°.

\1° Dissertatio theologica de BuUâ Unigenitus, in quâcompendiose ostenditur Bullam , ut primum Romœ édita fuit , ab omnibus fidelibus, propter infallibilem Romani Pontificis authoritatem , acceptandam fuisse, prœveniendo ctiam acceptationem Ecclesiœ. Dato , sed minime conccsso... Romanum Pontificem in docendé fide non esse infallibilem : intérim illi, tanquam supremo Ecclesiœ visibilis capiti obediendum , Bullam' que ab omnibus necessario sequendam fore , quamdiu ab Ecclesia non rejicitur et falsitatis non convincitur : eamdem Bullam Unigenitus , cum jam omnium totius Europœ episcoporum (si paucos Appelantes Gallos emcepcris) calculo recepta et probata sit , hodie saltem à nemine sine manifesta hœrcscos nota posse rejici aut improbari : proinde omnes teneri eam tanquam certissimam optimi Dei regulam admit t ère. Gand, 1723, in<4°.

13° Responsio brevis apologetica F. Thomœ Du Jardin . .., ad Interrogata Brevia cujusdam anonymi circa Dissertalionem de Bullâ Unigenitus in très partes divisam, Louvain, 1723, in-8°. Les Interrogata, attri-

buésaPh.VerhuIst, furent condamnés par le Recteur Magnifique de l'Université de Louvain , Guillaume del Vaulx , le 8 mail 723 , et puis déchirés et brûlés publiquement aux Halles deux jours après la sentence. Cf. Het aengewesen vergift van de 101 SteUingen van P. Quesnel, édit. Gand , 1724, p. 300-304.

U° Het aengewesen vergift van de 101 SteUingen van Paschasius Quesnel gedoemt door Ctemens XI. Paus van Roomen, in syne Leer-Bulle Unigenitus. Ende de overtuygde pitigt aUer katholycken , om die Lecr- Bulle , als zijnde van ontfeylbaer gesag , sonder Appel aen-te-nemen. Door F. Th. Du Jardin. Gand, Jean Eton, 1724 , in-12 ; 306 pages et 20 pages d'introduction non numérotées. — 2e édition, Anvers, 1733.

La traduction latine a pour titre : Notœ in Propositions Paschasii Qttesnelli a Clémente XI. per Constitution nem Unigenitus damnatas, quibus accedunt ejusdem Constitutionis Vindicte , Authorc R. A. et Ex. F. P. Th. Du Jardin, Ord. Prœd... Gand, P. DeGoesin, 1729, 270 pages; première édition, quoique l'approbation porte la date du 28 janvier 1724 , comme l'ouvrage flamand. — 2e édition, Louvain , 1736, in-12 ; 240 pages.

Le titre de l'édition française est : Venin des CI Propositions du P. Quesnel exposé aux simples fidèles par F. Thomas Du Jardin. . . et mis nouvellement en François par ordre de Mgr. Vévéque de Gand. Gand , P. De Goesin, 1730, in 12 ; 428 pages, ainsi que 128 pages

non numérotées qui contiennent VEpitrc dédicatoire à révêque de Gand , Philippe Vander Noot ; une Préface ; une traduction de la Constitution Vnigenitus ; le Mandement et la Lettre Pastorale de Mgr. Vander Noot, du 3 décembre 1718 , touchant la Constitution Unigenilus ; enfin des Avis préliminaires,

45° V anus Quesnellistarum Triumphus ex Brevi S.D.N.D Benedicti, divina providentiâ Papœ XI H, ad universos ff. Ordinis Prœdicatorum professores, Romœ datoft nov. 1724, adversus calumnias doctrinœ SS. Augustini et Thomœ intentatas ; iterum verus Thomistarum Triumphus ex eodem Brevi per..., Gand, 1725, in-12.

16° Rosctum Jesu-Marianum , sivc exercitatio Théologicarum ac prœcipuarum aliarum virtutum circa quindecim Mysteria Redemptionis humanœ per Jesum Mariœ Rosario comprehensa. Gand , J. Eton , 1 725 ; 198 pages, in-24.

Item, en français : Rosier spirituel ou actes des trois vertus Théologales et de plusieurs autres, sur les quinze Mystères de notre rédemption compris dans le S. Rosaire de la B. V. M., composé en flamand et en latin par Fr. Th. Du Jardin. Gand, P. De Goesin, 1728; 224 pages in-32.

Item , en flamand : Geestclyken Rooselaere ofte oeffeningen der voornaemste deugden op de vyftien Mysterien van onse verlossinge, met een deel vermeerdert door

Benedictus oVHooge, Prcdikheer. Gand, 1 780, ia-i 2(1).

1 7° Lof-sermoon de van H, M. Agnes de Monte Politiano, religieuse van de Orden van den heyligen patriarch Dominicus,... gepredikt in de kerke van de Predik-heercssen toi Ghendt den 18 aprt'M728. Gand, P. De Goesin , 1728, in- 12, de 16 pages.

18° Geestelyke Samen-spraeken tusschen Philaletes en Philothea , datais : Tusschen den Minnaer van de Waerheyt, ende de Godt-minnende Ziele, waer in de dwael-leeringen van sekere nieuwe Leermeestersse van *t vervalseht inwendig leven in 7. Artikels begrepen, tvorden wederleyt uyt de H. Schrifturc, de Pauselyke Vonnissen, de HH. Vaders, en andere verligte Leeraers van de onvervalschte verborgen Godt geleertheyt. Door Fr. Th. Du Jardin. . . Gendt, P. de Goesin, 1732 , in- 1 8, de 146 pages. La même année parut une 2e édition, portant : Tweedendruck. Ghendt, by Petrus de Goesin, . . ende Michiel de Goesin,... 3e édition, Louvain, 1742, même format. ,

19° Geestelyke Samcn spraeken tusschen Philaletes en Philothea,... wegens de goddelyke lie [de t dry soorten van inwendig bebedt, Meditatie , Aspira tie , en Comtemplatie, de verstervinge , de dorrigheden,de biegte, de H. Communie en de misse. Gendt , P. de Goesin, 1 733, in-18, 168 pages. Réimprimé en 1848, à Gand, chez

(l) Voyez sur le P. d'Boogke. Grool-Beçgjrnhofvan Gend , Gand, »85o , p. ii3-u4.

J. Rousseau , sous ce titre : Geestelyke Zamcnspraken wegens het inwendig gebed, door den E. P. Th. Du Jardin,. . . En tête du livre se trouve une notice biographique d'une vingtaine de pages sur l'auteur.

DISCOURS DE H. LE CHANOINE DE RAM , RECTEUR DE L'UNI- VERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN , PRONONCÉ A ISQUE LE 38 JUIN 1853, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU MO- NUMENT CONSACRÉ A LA MÉMOIRE DE JUSTE LIPSE.

Monsieur le Ministre (1), Messieurs,

Un peuple qui a foi dans son avenir aime et honore tout ce qu'il y a de grand et de noble dans son passé.

C'est ainsi que, depuis l'époque de son indépendance, la Belgique s'est attachée avec une ardeur toute nouvelle au culte de ses souvenirs nationaux.

Elle a mieux compris pour quelle large part elle a contribué dans les siècles passés au progrès des lettres, des sciences et des arts; elle apprécie plus que jamais le mérite des hommes éminenls qu'elle a produits et dont la vertu et les*talenls ont ennobli l'humanité.

Aussi, que voyons-nous depuis 1830? Non-seulement de puissantes cités, mais même de modestes communes élevant de toutes parts des monuments à la gloire des hommes célèbres qu'elles ont vus naître dans leur sein .

Aujourd'hui , c'est encore une commune rurale qui

(i) La cérémonie était présidée par M. Piercot, ministre de l'intérieur. Les discours prononces i la même occasion , et la description an la cérémonie de l'inauguration sr trouvent dans le Moniteur Belge du 4 juillet.

nous donne un exemple digne des plus grands'éloges : Isque consacre un monument à la mémoire de son Juste Lipse.

La Belgique entière aimera à reconnaître, dans l'érection de ce monument, non-seulement un noble témoignage d'affection envers un de nos concitoyens, mais aussi un acte éclairé de patriotisme.

Vous, Messieurs, dans ce jour solennel, vous sanctionnez ce jugement du pays par votre présence , par l'autorité de votre nom, par votre respect pour tout ce qui tend à faire revivre les anciennes illustrations du pays.

Pour moi, Messieurs, il m'est bien doux de pouvoir prendre part à l'inauguration d'un monument auquel l'Université catholique de Louvain ne saurait être indifférente.

Vous savez combien Juste Lipse illustra l'ancienne Aima Mater depuis Tannée 1586 jusqu'au jour de sa mort arrivée en 1606.

Les troubles religieux et politiques du seizième siècle Téloignèrent, pendant quelques années , de sa patrie et de l'école où il puisa , dans son jeune âge, les premiers éléments de la science.

Des universités étrangères s'étaient empressées de se l'attacher par les plus brillants avantages ; mais l'amour du pays et l'attachement aux croyances de ses ancêtres le ramenèrent parmi nous.

Cet amour de la patrie lui fit constamment refuser les propositions les plus flatteuses de la part de plusieurs

princes qui voulurent l'attirer chex eux. Le souverainpontife Clément VIII , le sénat de Venise, Ferdinand de Médicis, le roi de France Henri IV et plusieurs autres compétiteurs illustres trouvèrent Juste Lipse inébranlable.

La chaire d'histoire à l'Université de Louvain comblait ses désirs et son ambition.

Dans cette tribune, il acquit des droits incontestables à l'admiration de ses contemporains et aux hommages de la postérité.

Aujourd'hui , Messieurs , qu'un éclatant hommage est rendu à sa mémoire , sous les auspices d'un Roi qui a consolidé notre indépendance et qui nous a fait jouir du bienfait de la nationalité, nous aimons à nous rappeler que Juste Lipse, pour ainsi "dire au début de sa carrière pendant les deux années qu'il enseigna l'éloquence et l'histoire à l'Université d'Iéna , trouva , il y a presque trois siècles , un admirateur et un protecteur dans un prince de la maison de Saxe-Cobourg.

La solennité qui nous réunit ne me permet pas de suivre Juste Lipse dans toutes les phases de sa carrière.

Sa vie et ses travaux ont été souvent appréciés et à des points de vue différents. Plus d'une fois , la critique et les éloges leur ont été prodigués, de nos jours comme autrefois. Mais , en laissant de côté toute exagération , Juste Lipse n'apparatt pas moins comme un des savants les plus prodigieux du XVI* siècle.

L'admiration de ses concitoyens l'avait investi d'une espèce de dictature dans la république des lettres. L'autorité de son nom, de sa parole et de ses écrits , exerçait partout une immense influence. La vivacité de son esprit, la profondeur et l'étendue de ses connaissances, la solidité de son jugement , la richesse de sa mémoire, le charme de sa diction et de son style fascinaient la jeunesse et les savants, les princes et les hommes d'État.

Aux avantages qu'une nature heureuse et une étude opiniâtre lui avaient procurés venaient se joindre de grandes et nobles qualités du cœur.

Sa vie et ses écrits témoignent en faveur de ses vertus et de ses talents.

Et nous, compatriotes de Juste Lipse, pourrions-nous ne pas nous associer aux éloges qui lui ont été décernés par ses contemporains? Les sentiments d'équité et de patriotisme nous feraient encourir le reproche d'ingratitude , si par un étroit esprit de critique nous voulions diminuer la réputation qu'il s'est acquise légitimement.

Il m'en coûte, Messieurs, de devoir passer rapidement sur ses litre» aux hommages de la postérité et d'être sobre de détails sur une vie comblée de gloire.

Cependant , il est un fait que je ne puis passer sous silence, bien qu'il ait été plus d'une fois retracé avec les couleurs les plus vives. Je me bornerai à le rapporter dans sa simplicité historique.

En 1599 , les archiducs Albert et Isabelle avaient été

inaugurés à Louvain, et ils y avaient juré solennellement le maintien de nos anciennes franchises.

La Belgique, se livrant à l'espoir d'un meilleur avenir, voyait en eux non plus les gouverneurs-généraux d'une puissance étrangère, mais des souverains, les chefs d'un gouvernement national , les fondateurs d'uue dynastie.

Ces princes., aimant les sciences et les arts, vinrent inopinément s'asseoir sur les bancs de l'école où Juste Lipse enseignait au milieu d'un nombreux auditoire. Us le prièrent de ne pas interrompre sa leçon et de ne voir en eux que deux écoliers de plus.

Juste Lipse continua l'explication du traité de la Clémence de Sénèque qu'il tenait en main. Bientôt entraîné par l'ardeur de son génie, il commenta admirablement son texte et de la manière la plus convenable à la circonstance.

Il fit voir que la clémence était la seule vertu spéciale qui pût distinguer les grands des autres hommes. Il peignit l'autorité qui comprime les cœurs et la bonté qui les gagne, la justice sévère qui glace les peuples, le pardon et les bienfaits qui les réjouissent et les raniment. Il termina la plus magnifique des improvisations en formant des vœux pour la prospérité du règne de ses augustes auditeurs, et en priant le ciel de leur accorder des rejetons pour perpétuer cette nouvelle dynastie, espoir et salut de la Belgique qui commençait à respirer

après tant d'aimées d'oppression, de guerres, d'anarchie et de désordres.

Ses vœux patriotiques ne furent pas exaucés. L'accomplissement en était réservé à une autre époque.

Ce fut sous le règne d'Albert et d'Isabelle, lorsque l'espoir d'un gouvernement national ranima nos ancêtres, que Juste Lipse obtint une distinction bien rare dans les annales de la science. Et c'est sous le règne de Léopold Ier, lorsque la Belgique, fi ère et heureuse de son indépendance, voit croître et grandir une dynastie nationale , que l'on consacre un monument à la mémoire du professeur de Louvain.

Eu présence de ce monument nous rendons gloire à celui dont il rappelle le souvenir.

Qu'on me permette d'ajouter qu'une part de la gloire acquise par Juste Lipse rejaillit sur cette ancienne école qui, pendant plusieurs siècles, nourrit dans son sein presque tous ceux que la Belgique de 1830 compte parmi les illustrations de son passé.

Plus qu'on ne le pense peut-être aujourd'hui, l'ancienne Aima M ater savait inspirer à ses enfants, avec l'amour de la science et de la foi , et avec le respect dû à l'autorité, les sentiments généreux et énergiques du patriotisme.

11 me reste, Messieurs, un devoir à remplir, c'est de rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à faire revivre la mémoire de Juste Lipse.

Honneur à vous, dépositaires du pouvoir , magistrats

de la province et de la commune, qui avez participé avec un zèle égal à l'érection de ce monument. En y consacrant vos soins, vous avez été inspirés par une grande et noble pensée, et cette pensée trouvera sa plus douce récompense dans le sentiment du devoir accompli, dans l'approbation de tous vos concitoyens et dans le souvenir de la postérité.

RAPPORT SUR UN MÉMOIRE ENVOYÉ AU CON- COURS DE LA CLASSE DES LETTRES DE L'A- CADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE, EN RÉPONSE . A LA QUESTION SUIVANTE : UN MÉMOIRE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX D'ÉRASME, DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA BELGIQUE (1).

L'Académie , dans sa sollicitude pour tout ce qui appartient à la gloire littéraire du pays , a mis au concours (1853), pour la seconde fois, un mémoire sur la vie et les travaux d'Érasme, un des restaurateurs des belles-lettres au commencement du XVI6 siècle.

On connaît l'inscription consacrée à sa mémoire :

MAGNO SCIENTIAMJM ATQOE LITERATUR£ politioris V1NDICI

et instauratori. Cet éloge ne paraît aucunement outré, lorsqu'on considère que c'est principalement à Érasme que l'on doit la renaissance des lettres dans le nord de l'Europe , les règles d'une saine critique , le goût pour l'antiquité et les premières éditions de plusieurs Pères de l'Église. A ce titre il a incontestablement droit à la reconnaissance de la postérité, et cette reconnaissance serait plus vive encore, si l'on n'avait à lui reprocher une trop grande hardiesse de penser et d'écrire au sujet de certaines matières théologiques qui lui étaient peu fa-

(i) Extrait du Bulletin de l'Académie, ton». XX, part, i", p. «jl — Voyei les Analectea de j85a , p. a5i » et de i853, a33 , a3^ et ?45.

milières, un esprit de critique qui le porta à traiter ses adversaires avec aigreur et dédain, et à grossir les vices d'une époque déjà trop féconde en abus. Les défauts d'un caractère, si admirable pour nous sous tant d'autres rapports, n'avaient pas échappé à Érasme lui même. Sur la fin de ses jours, il se repentit de s'être appliqué à trop de genres différents de littérature et d'avoir embrassé la polymathte ; il en consigne le douloureux aveu dans une lettre à son ami Budaeus. Ailleurs, en faisant un retour sur quelques-unes de ses publications et sur les libertés qu'il s'y était permises, il nous lègue un autre aveu dans les termes d'une amende honorable : Ut ingénue, quod verum est, fatear, sum naturapropensior ad jocos quam fartasse deceat, et linguœ liberioris quam nonnumquam expédiât (1).

Un écrivain anglais peu connu aujourd'hui a fait une vie d'Érasme considérée par rapport au temps qu'il passa en Angleterre, et contenant l'histoire des savants qu'il y eut pour amis et une notice sur l'état où la science et la religion étaient alors aux universités d'Oxford et de Cambridge (2). Ce qui a été fait d'une manière peu complète pour l'Angleterre devait se faire, mais mieux, pour le pays qui a vu naître Érasme.

Notre histoire littéraire de presque.toute la première moitié du XVIe siècle se rattache en grande partie à la

(i) Epist. lib. I, ppist. 3.

(a) Samuel Ktrigt publia cette notice eu 1726.

vie et aux travaux d'Érasme. Tout ce que la Belgique comptait alors d'hommes distingués dans les lettres eut des rapports avec lui ou se ressentit de son influence: aux uns il donnait des conseils et des encouragements, d'autres les lui prodiguèrent à leur tour; avec les uns c'étaient les relations d'une vive et constante amitié, avec d'autres , très-peu nombreux, une lutte soulevée à l'occasion des malheureuses dissensions religieuses du luthéranisme. Son séjour à Louvain , ses rapports si intimes avec les professeurs les plus distingués de l'université à laquelle il rendit bien souvent des témoignages sincères de son admiration et de son dévouement, et plus tard ses contestations avec quelques docteurs de cette école , où se concentrait alors toute l'activité littéraire et scientifique du pays, occupent une part trèslarge dans la vie mobile et pour ainsi dire errante d'Érasme. Au milieu de ses voyages, comme pendant qu'il séjournait en pays étrangers, il n'oubliait jamais ses amis de la Belgique ; dans ses lettres , il aimait à s'entretenir avec eux de ses travaux; il leur confiait ses joies et ses espérances , ses chagrins et ses désappointements. Quinze jours avant sa mort, préoccupé de la triste idée de mourir dans une terre étrangère , à Bâle , loin de sa patrie, il s'écriait douloureusement dans une lettre adressée à son ami le professeur Gocleniusde Louvain : Utinam Brabantia esset vicinior (1)!

(l) Lettre du 18 juin j536, eptst. i»9y.

Érasme s'était fixé à Bâle en 1521 . La faveur accordée dans cette ville au luthéranisme le dégoûta d'un séjour qui lui avait été d'abord très-agréable. Les protestants le méprisaient comme un homme auquel manquait le courage de se déclarer pour la vérité; les catholiques, d'autre part, lui reprochaient ses ménagements envers les chefs de la réforme et son séjour dans une ville qui s'était ouvertement prononcée pour les nouvelles doctrines. Flattant et caressant tour à tour les deux partis , Érasme se voyait réduit par sa faute à dire comme Montaigne : Je fuspelaudéà tontes mains; au Gibelin f estais Guelfe ; au Guelfe festois Gibelin. Alors aussi, fatigué de cette vie de haine et de troubles, il s'efforça de sortir de la fausse position qu'il s'était faite : il comptait que l'air natal pourrait lui rendre le repos de l'esprit et la santé du corps , et qu'il approchait du terme auquel il lui aurait été permis de se fixer définitivement en Brabant, où le rappelait avec instance la reine Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas (1). Cette princesse lui avait fait donner une gratification de trois cents florins pour les frais du voyage.

Nous pensons que c'est à ce point de vue belge que l'Académie a voulu que fût traitée la question sur la vie et les travaux d'Érasme.

Il a été parlé ailleurs d'uu travail analogue , mais resté inédit, de feu M. de Reiffenberg (2).

(i) Regina Maria % Jaeminarum hujus aevi laudalissima y revoeat me in Brabantiam. Lettre du 3 mat t53a à Josae Sasbont, épis t. iaig. (a) Bulletin de l'Académie, tom. XIX, part, a «p. 8a.

Le seul mémoire présenté sur cette question au concours de 1853 fut reconnu, d'après l'avis unanime des commissaires, comme n'ayant pas satisfait aui légitimes eiigences de l'Académie.

À un nouvel appel pour le concours de 1853, un seul champion a eu le courage de répondre. Dans ce manque d'empressement pour éclaircir et pour mettre eu relief notre ancienne et si glorieuse histoire littéraire, il y a quelque chose d'affligeant ; et je ne puis m'eropêcher d'en attribuer la cause, non pas à la difficulté même de la question, mais à ce regrettable affaiblissement des études classiques qui , malheureusement, se propage de plus en plus et qui produit je ne sais quelle espèce d'indifférence à l'égard de nos écrivains les plus illustres par leurs travaux sur la littérature ancienne.

L'auteur du nouveau mémoire a pris pour épigraphe ces paroles d'Érasme : Non amo veritatem seditioiam. Nous présente-t-il une oeuvre plus parfaite que celle de ses devanciers? L'Académie en jugera d'après une analyse que nous tâcherons de rendre aussi complète que possible.

Le mémoire forme, sans Y Avant-propos en deux pages, 52 pages in-8° d'une écriture assez serrée. C'est, dira-t-on , une étendue matériellement peu en rapport avec un sujet assez vaste.

Dans V Avant-propos , l'auteur parle des sources auxquelles il a puisé. Ce sont les écrits de Nisard (1)et

(i) H. Nisard , dans un article imprime dans la Revue de Paris et re-

d*Audin(l)qull dit avoir interrogés, en comblant les lacunes , que ces écrivains ont laissées , par des recherches faites dans plusieurs de nos recueils nationaux ainsi que dans des écrits publiés en Hollande. le n'ai pu voir dans le corps du mémoire, où les citations sont très-rares, quels sont ces recueils et ces écrit t. Le travail de Nisard , travail laissant beaucoup à désirer comme œuvre d'érudition, paraît être le guide principal de l'auteur; les investigations faites en Allemagne sur les luttes religieuses et littéraires du XVI* siècle lui sont inconnues, et il ne cite pas même une biographie d'Érasme publiée par Rrhard dans V Encyclopédie d'Ersch et Gru-

ber(2).

Le Dictionnaire de Bayle, dit-il, lui a fourni quelques détails notamment sur les opinions religieuses d'Érasme; mais l'enseigne du scepticisme peut-il nous inspirer quelque confiance au sujet de la question ? Pour ce qui me concerne, je m'en tiens à ce qui a été dit par Dœllinger (S) sur la position d'Érasme vis-à-vis de ses

produit en tête de la traduction de. Y Eloge de la Folie , ont a para dans la collection de Goaselin, dite Bibliothèque d'élite % a examiné, dit Andin , tous dei points de vue neufs et avec une admirable eagaeité' l'action d'nVasme sur ton siècle , mai* on peut lui reprocher un enthousiasme trop vif pour son sujet.

(i) Histoire de la ete, des écrits et des doctrines de Martin Lum Mer, 2 toI. in-8.

(a) Âllgememe Bneydopaedie der Wissenschaften and KUnste , ireaect., t. XXXYI.pp. i35-ata.

(3) Dans son ouvrage : La réforma % son développement intérieur et las résultats qu'elle a produits dans le sein de la société luthérienne, traduit de i allemand par Perrot , t. I , p. 1*19. Paris, 1848. iu-8o«

contemporains et de la réforme. Le savant professeur de Munich a très-bien exposé comment Érasme favorisa d'abord ouvertement Luther et son entreprise, corn» ment il lui retira ensuite graduellement son concours, comment éclata sa rupture avec Luther et quels jugements il porta sur sa nouvelle doctrine , sur ses résultats, sur son caractère» sur ses preneurs et ses partisans.

Pour l'appréciation des opinions religieuses, un ouvrage de liarsollier (1) eût été plus utile à l'auteur du mémoire que le Dictionnaire de Bayle.

Le guide le plus sûr pour une biographie d'Érasme , c'est , dit-il ensuite, Érasme lui-même ; ses lettres , ses préfaces fourmillent de détails intéressants. En cela l'auteur a parfaitement raison ; seulement nous regrettons qu'il n'ait pas puisé plus largement à ces sources, et qu'il ait trop négligé de les mettre en œuvre avec une critique habile.

Le corps du mémoire renferme, d'un seul trait et sans distinction de chapitres ou paragraphes, des détails biographiques sur Érasme; le point de vue belge, qui doit être pour nous la partie principale du travail, n'y occupe qu'une place secondaire.

Il y a , au début, un passage que je crois devoir citer : « Cet homme illustre , dit l'auteur , n'est pas seulement

(i) apologie ou justification d'Erasme Paris, 1713. Une réfutatio» de cet écrit, en général trop favorable à Érasme , se troave dans les Mémoires de Trévoux. Juin 17 14. Le père Gabtiel (Vieilb de Toulon), augustin décnaussé, en fit une Critique, imprimée à Paris en 1719*

» une gloire de la Hollande, sa patrie; comme tous ceux » a qui il a été donné de deviner on des grands besoins » de l'humanité, il est aussi une gloire européenne. » Érasme , qoi brilla pendant les désordres dn XVI" » siècle , et qui , malgré sa modération , eut des jours de » colère et de passion, Érasme, l'éloquent restaurateur » des lettres, le sage défenseur de l'Église romaine» » Érasme , au milieu des fureurs des sectes, proclama le » premier les bienfaits de la tolérance , et, à ce litre, il » mérite l'éternelle reconnaissance de tous les peuples.» J'espère bien qu'il n'y a de ma part ni intolérance ni ingratitude, si je trouve ce passage trop plein d'emphase et trop vide de raison.

De la page 3 à la page 10, l'auteur parle de la jeunesse d'Érasme , de ses premières études, de ses protecteurs, de son séjour à Paris et à Orléans.

A peine une page est consacrée au séjour qu'il fit a Louvain en 4502, aux rapports qu'il y établit, à cette époque et plus tard, avec des littérateurs et des théologiens dont les noms se retrouvent à chaque instant dans les lettres d'Érasme.

De la page 1 i à la page 26, on lit un aperçu des ouvragespubliés par Érasme avant etimmédiatement après son voyage en Italie.

11 y aurait des détails curieux à ajouter à ce que l'auteur dit (p. 26-29) de la controverse qu'Érasme eut , au sujet de son Eloge de la Folie et de l'édition du Nouveau Testament, avec deux docteurs de Louvain, Martin Dor-

pius et Jean Brian, d'Ath, que l'auteur par une désignation incomplète nomme simplement Atentis.

J'ajouterai , en passant, que plus d'un nom est mal écrit dans le mémoire; ainsi le fondateur du collège des Trois-Langues , Jérôme Busleiden , l'ami intime d'Érasme, y est nommé, page 53, Buffidius.

L'érection de ce collège consacré à l'enseignement des langues latine , grecque et hébraïque , méritait une mention toute spéciale, à cause de l'influence salutaire que cet établissement exerça sur le progrès des belleslettres en Belgique. L'histoire de la vie et des travaux des premiers professeurs du collège des Trois- Langues est en quelque sorte celle d'Érasme même. Que de renseignements précieux ne pourrait-on pas recueillir dans ses lettres, ou dans d'autres écrits contemporains, sur Adrien Barlandus, Conrard Goclenius , Pierre Nannius , Butger Resci us et pi usieurs autres ?

Page 33, l'auteur fait assez bien ressortir les rapports qu'Érasme eut avec Despautère et l'historien Jacques de Meyer, et plus loin, page 35, tout ce que le chancelier Sauvage et d'autres protecteurs firent pour le retenir en Brabant ou pour le fixer à la cour de Bruxelles.

En 1521 , Érasme quitta sa retraite d'Anderlecht pour se rendre à Bftle (page 39). Les pages 41 à 51 renferment ce qui concerne ses derniers travaux jusqu'à sa mort, arrivée le 12 juillet 1535. Sur son séjour à Bàle, sur les derniers moments de sa vie , qui s'éteignit entre les bras d'un prêtre belge, Lambert Coomans , de Turn-

hou t, nous avons publié quelques renseignements que l'auteur du mémoire aurait peut-être pu consulter avec quelque fruit (1).

On voit que l'auteur s'est renfermé dans un ordre chronologique. Gel ordre est celui d'une biographie ou d'un article de revue ; mais je doute qu'il convienne à un mémoire, où il fallait entrer pins avant dans les questions de personnes, d'érudition et de critique littéraire.

N'aurait-il pas mieux valu consacrera chacune de ces questions, ou au moins aux principales, un chapitre par-» ticulier ? Si l'on voulait , par exemple, faire une étude sérieuse des rapports d'Érasme avec Adrien VI , depuis que celui-ci fut son maître et son ami à Louvain, jusqu'à l'époque où le fardeau de la tiare le fit mourir à Rome, on y trouverait des enseignements d'un haut intérêt pour l'histoire.

Les discussions littéraires et même quelquefois tbéo* logiques, où figurent des noms belges, auraient ainsi une place déterminée selon leur importance plus ou moins grande ; chaque chapitre serait une espèce de scène ou d'acte représentant diverses phases de notre vie littéraire au XVI6 siècle. L'auteur, dans le plan qu'il a suivi, indique ces discussions, mais il ne les approfondit point. Ce qui lui manque, c'est qu'il n'est pas encore

(i) Bulletin de l'Académie « t. IX, p. $61 , p«t. ir% et p. 4^7» part, imi, Voyei aussi les AnaUettt de i85? , p. a5i , et de i853ft P«g. a45-

entièrement maître de son sujet ; pour le devenir, il aurait a faire de nouvelles recherches et de nouvelles études sur Érasme et sur ses contemporains belges.

Après avoir insisté sur les imperfections du mémoire , j'aime à reconnaître qu'il y a plusieurs pages qui sont bien écrites. Mais, est-ce une raison suffisante pour que l'Académie décerne le prix Y Je ne le crois pas ; et même ce ne serait qu'après avoir entendu l'avis des autres commissaires que je pourrais me résoudre à demander , non l'impression du mémoire , mais une mention honorable ou une médaille d'encouragement , si l'Académie juge convenable de maintenir la question au programme du concours de 4 854.

Après avoir entendu les rapports des commissaires (MM. de Ram, Baguet et de Saint- Génois) sur le travail envoyé an concours, l'Académie a décerné une médaille d'argent à l'auteur, qui sera invité à se faire connaître (If. E. Rotier, avocat à Gond).

NOTICE ANALYTIQUE DES LETTRES DE NICOLAS CLEYNAERTS; SUPPLÉMENT A SA BIOGRAPHIE (t).

Nicolas Cleynaerts, né à Diest en Brabant, dans Tannée 1495, est nn des professeurs de l'université de Louvain, le plus digne d'être rappelé à la mémoire des amis de la solide littérature , par ses mœurs et ses sentiments autant que par son érudition et l'agrément de son esprit, et particulièrement le plus fait pour exciter la reconnaissance de la jeunesse , puisqu'il a vécu péniblement pour elle, et qu'il a comme sacrifié sa vie à lui faciliter, par l'étude des langues savantes, l'accès de toutes les connaissances humaines. Les nombreux travaux qu'il a exécutés sur le grec, sur l'hébreu et l'arabe ne servent plus directement aujourd'hui; mais ils furent d'un grand usage autrefois, et MM. de Port- Royal, aussi bien que le professeur Furgault, ont même tiré de grands secours de sa grammaire grecque. Ses lettres familières à ses amis, écrites en latin avec beaucoup de grâce, de vivacité et de sensibilité, n'ont pas été traduites que nous sachions , et c'est dommage ; elles mé-

(i) Extrait des Analecla- Biblton du marquis de Roure, tom. I p. 448. — Vojes la notice snr Nicolas Clejoarrts, par H. le prof. F. Nèvc , dans les AnaUeUt de i844t p* "9«

ritaient au moins autant de l'être qne celles dn spirituel évêque de Bayeux, Busbec, cet ambassadeur de Marie d'Autriche en France dans les années 1582, 83 et 84, qui nous a donné des détails anecdotiques si précis sur la cour de Catherine de MédicisetdetienriIII(l).En retraçant les principales circonstances de la vie aventureuse et laborieuse de Clénard, d'après ses lettres, nous allons donner, tout à la fois, un aperçu de ces lettres mêmes, tant parce qu'elles nous ont plu infiniment que parce qu'elles sont devenues très rares, surtout de l'édition publiée par Piantin, en 1566, plus riche que ses devancières de toute la seconde partie fournie à l'éditeur par le savant Charles de L'Écluse sur des manuscrits autographes, laquelle édition de 1566 est la quatrième an rapport de Brunet.

Nicolas Cleynaerts, dont l'enfance et la jeunesse avaient été studieuses et hâtives, était donc, dès l'âge de 28 à 29 ans , un des plus fameux professeurs de grec à Louvain , respecté des grands , aimé de ses disciples, et lié intimement avec les premiers personnages lettrés de son pays et de son temps , dont il possédait la confiance et savait ne point exciter l'envie , tels que François Ho-

(i) Vojt%% en français, plusieurs lettres de Bosbec ( Aager de Guiselin, seigneur de), tom. XI, partie ae des Mémoires du père Desmoleta , faisant suite a cens de Sailengre. Ou y trou? e de précieuses circonstances sur les guerres des Pays-Bas et la folle eipé» dilion dn duc d'Alencon , entre antres choses.

venus, habile helléniste, le docte abbé de Tongerloo Arnould Streyters (1) , Rutgerus Rescius, Joachim Polîtes, célèbre jurisconsulte; tels encore que ce vénérable Jacques Latomus , théologien de Louvain devenu chanoine de Cambrai , quUvait été son maître , qui eut le regret de lui survivre deux ans , et dont on disait que , pygmée par le corps , il était géant par l'esprit , parce qu'il avait su démêler et confondre la mauvaise foi de Luther , d'iEcolampade et de Tbyndalle à travers toutes les ruses de leur argumentation. Terminons cette liste honorable et incomplète par le nom de Jean Vasée ou Vasœus de Bruges, qui fut, par dessus tous, l'émule et le* compagnon de Cleynaerts, puisqu'il l'accompagna en Espagne et en Portugal , comme nous Talions voir, et qu'il courut avec lui la carrière de l'enseignement dans ces contrées lointaines (8). Tout en professant le grec à

(') Vojex dan* le* Analectes de i&4i« p* t54« ■■• lettre d« la faculté de» Arts de l'Université de Louvain à Strejten mr la réforme i introduire dans l'enseignement, et pour réclamer sa protection.

(a) drapé , dans les tomes 16 et 19 de ses Soirée* littéraires, articles des auteurs belges et bataves, donne, sur Jacques Latontua et Jean Vasée , des détails qu'on peut consulter. Il y est dit , du premier , notamment qu'il a' laissé des poésies latines recommanda- Lies par l'élévation des idées et des sentiments , et mis le Cantique des Cantiques en vers latins ; et , du second , qu'il se tira bien de diverse* négociations dont U fut chargé , tant en Espagne qu'en Portugal* et que, s 'étant marié dans ce dernier pars, il j laissa son fils , en le recommandant ta cardinal Henri , devenu roi • en &54&»

Louvain , dans la fleur de son Age, Cleynaeru fat saisi d'une passion invincible qui devait , plus lard , fixer sa destinée. Cette passion était la soif de la langue arabe. Depuis longtemps , une secrète ardeur pour l'arabe l'agitait , et nous verrons dans peu pour quelle chimérique et noble cause ; toutefois il y résistait encore , et d'autant mieux qu'il n'y avait alors, en Belgique , ni maîtres, ni livres , ni manuscrits arabes ; mais la fortune ayant voulu qu'un jeune homme lui apportât , un certain jour, le psautier en arabe , syriaque , hébreu , grec et latin , voilà tout d' un, coup la tête de notresavant partie. H lira le texte arabe, il apprendra l'arabe , il le saura. Le lire ? eh comment 1 il ne connaît pas les caractères. Quand il parviendrait à le lire , à quoi bon , puisqu'il ignore le rapport des signes avec la pensée qu'ils retracent? Enfin, quand il irait jusqu'à l'intelligence de l'arabe écrit, à quoi cela servirait-il pour son but, puisqu'il est avéré que l'arabe écrit diffère plus de l'arabe parlé que le grec d'Homère ne diffère du grec des corsaires candiotes ? N'importe , lisons toujours. Notre but est si jrelevé! il s'agit d'aller combattre Mahomet chez lui, non plus avec l'épée et vainement comme au temps des croisades, mais avec la parole et victorieusement, comme Athanase fit avec Arius et ses sectaires ( car tel

pois s'en alla mourir à Salamanqne , en i56o. La Grande Chronique d'Espagne* écrite en latin par Jean Vasêc, est estimée, et va pins liia que l'hutoire de ttariana , qni s'arrêta en i5i6.

était le fameux dessein que nourrissait Cleynaerts, et rien de moins ). D'impossibilités , il n'en est point pour le génie opiniâtre , Salluste noos l'apprend. Le psautier arabe est ouvert , c'est assez : lisons.

Il faut voir , dans la-curieuse lettre de Cleynaerts ans chrétiens, qui est la dernière de son recueil, et petitêtre la dernière de sa vie , le merveilleux récit de la méthode analogique et comparative, a l'aide de laquelle il vint à bout , seul , de connaître d'abord quatre lettres arabes, S , M, L, T, puis six autres , puis toutes , puis de trouver quelques mots , puis d'en former un essai de lexique et de syntaxe : cela tient du prodige. A la vérité, il savait l'hébreu , langue qui a beaucoup de rapports avec l'arabe; sans quoi le prodige même passerait toute croyance. Nous n'entrerons pas ici dans l'exposé des procédés suivis par le disciple lui-même , il suffit d'en indiquer la clef. Ce fut donc par l'examen attentif et comparé des noms propres d'hommes et de lieux , lesquels, distingués des autres mots dans les livres, offrent, dans toutes les langues , des consonnances et par conséquent des lettres communes, ce fut par celte voie étroite et ténébreuse que l'intrépide Cleynaerts fit son entrée dans l'arabe , saisissant , par exemple , la lettre r des Orientaux , à la faveur de IV latin d'Israël , de Tyrus, de Sisara , d'Oreb , d'Âssur , d'Agarenl ; leur lettre b, par le secours du 6 latin de Moab, de Gebal , de Jobin , de Zeb , de Zébée, etc., etc. L'alphabet arabe

ainsi trouvé , l'analogie et la comparaison avec l'hébreu

le conduisirent , après des efforts Incroyables , à l'intelligence assez courante du psautier ; mais ce fut tout , et c'était encore bien peu pour contro verser avec les musulmans dans la langue de leur prophète. Que faire alors? il fallut se résoudre à une Tie nouvelle, quitter ses habitudes sédentaires et sortir de Louvain a la recherche de quelques auxiliaires étrangers. Après avoir fait ses adieux à sou cher Latomus , Gleynaerts poussa jusqu'à Paris. Pour un savant de la Campine tel que lui, c'était presque atteindre les colonnes d'Hercule. Une relation inattendue qui s'offrit à lui, dans cette capitale, fut cause qu'il franchit un jour le non plus ultra des anciens. Un franciscain portugais, nommé Roc Almeida, qu'il vit à Paris, chez des savants de ses amis , lui fit des récits tellement pompeux de l'université de Salamanque , des ressources que l'on y rencontrait pour tous les genres d'étude , même pour l'étude de l'arabe , que dès ce moment on peut dire que son plan fut formé. Pourtant restait encore un grand obstacle à vaincre. 11 était destiné à la cure du béguinage de Diest Renoncer à cet établissement solide et commode , s'expatrier pour longtemps et tromper ainsi le tendre espoir de sa famille , c'était beaucoup sacrifier à l'idée incertaine de réfuter Mahomet , chez les mabométans. Heureusement pour sa passion, la chicane vint à son aide ainsi que l'occasion ; mais n'anticipons point sur les faits.

Le voilà donc à Paris , vers 1530 , satisfait du présent

et plein de foi dans l'avenir, « Tout me succède ici par j» delà mes veaux , • écrivait-il à lioverius. « Le ciel et » les mœurs des hommes m'y plaisent beaucoup..., on » y trouve un grand nombre de savants...; il me sera p utile d'y séjourner..., je suis nourri sur le pied de » cinquante couronnes par an. J'ai pris un élève qui est b neveu de Latomus (Barthélémy) , et qui me donne » trente couronnes... J'ai vendu ces jours-ci 500 exem~ » plaires de mes institutions grecques et hébraïques. » Ainsi je ne crains plus de mourir de faim... Quant à » l'époque de mon retour, elle est bien incertaine... «Nous sommes tous sous la main de Dieu, et des » chrétiens peuvent également partout vivre et mou- 9 rir... »

Le retour de Gleynaerts en Brabant fut plus prompt qu'il ne l'aurait voulu , les béguines de Diest l'ayant ainsi décidé. Ces religieuses avaient été mises en cause à cette époque. 11 fallut lei défendre, il fallut disputer la cure de Diest et ne plus songer, pour le moment, qu'aux Arabes Flamands et aux plaideurs de mauvaise foi. Les choses allèrent ainsi jusqu'au printemps de 1551. Alors arriva en Brabant don Fernand Colomb, parent de l'immortel Christophe, à qui nous devons , après Dieu , les Amériques. Il venait acheter des livres pour sa riche bibliothèque de Séville. H marchait dans la compagnie d'un excellent homme, très -bon poète latin portugais, nommé Resendius, qui connaissait et goûtait déjà Cleynaerts comme

une des meilleures conquêtes à foire pour la Péninsule ibérique, sa patrie. Fernand Colomb, appuyé du poète Reseudius, prit si bien ses mesures et plaida* si éloquemment pour l'université de Salamanque , que le sort fut Jeté cette fois , et Cleynaerts engagé et emballé pour l'Espagne avec son cher ami Jean Vasée* lequel devait suivre Colomb jusqu'à Séville. Le voyage fut heureux sans doute; mais il eut ses mécomptes pendant la marche , comme ses regrets an départ. Consultons notre correspondance (4). a Depuis que je vous b ai quitté , mon cher Latomus, tons les hommes sont » pour moi des étrangers».; je passai deux jours à Paris, b étranger parmi des amis mêmes , à cause de votre » souvenir... De Paris, nous prîmes notre chemin par b l'Aquitaine...; avec quel bonheur je vis à Tours le b siège de saint Martin !... Ce fut la veille de la fêle de b ce grand saint que nous entrâmes enfin en Espagne... b Bien nous prit d'avoir des provisions , car nous n'eus» Bsions pas mangé... On a raison de dire qu'en France b l'argent se dépense bon gré mal gré, tandis qu'en b Espagne on ne peut pas en dépenser , quoiqu'on le b veuille... Notre patron Fernand et notre poète fai~ Bsaient de leur mieux pour qu'il ne nous manquât b rien ; mais le géuie de cette terre ingrate triom-

(i) Erora , 26 mars t535 , h Jean Latomus, 1 Cambrai et Salsman* que , 5 et 6 novembre i5Si, A Jean Vaeeei Séville.

» pbait de tonte sollicitude pour les pauvres Braban- » çons... Figurez-vous que , dans que auberge , près de i» Vittoria , l'ami Vasée ayant laissé tomber son verre » qui se cassa , ce fut une perte irréparable, et qu'il 9 nous fallut boire dans notre main comme Diogène... » Tirez les conséquences de ces prémisses... L'Espagne » en fournit d'abondantes et de tout à fait propres à » nous guérir des délicatesses de la pairie flamande... »ABurgos, nous eûmes aussi froid qu'à Louvain... : »à peine y pûmes-nous découvrir un fagot de sar- » ment... »

C'est ainsi que nos voyageurs arrivèrent à Salamanque vers le mois d'avril 1551. Là, Gleynaerts s'arrêta. Pour Jean Vasée , il suivit don Fernand à Sévi lie , selon qu'on était convenu , demeura près de trois ans dans cette ville sans profit pour sa fortune , et au grand détriment de sa santé , car il y pensa mourir d'une inflammation générale; après quoi il vint en Portugal rejoindre son ami , qui l'engagea à s'y marier , et lui fit avoir un bon établissement dans l'école fondée par le cardinal Henri , à Braga. Dans la suite , il céda sa place au collège de Braga à son fils Augustin Vasée , et alla se fiier définitivement à Salamanque , où il ne cessa de professer qu'à sa mort , survenue en 1560.

Revenons à Nicolas Gleynaerts. Sa réputation ne tarda pas à s'établir dans la cité universitaire des Espagnes, et ,' dès le commencement de novembre de cette même année 1531 , deux docteurs en théologie s'empresse-

rent , au nom de leur corps , de lui offrir cent ducats par année , sons la condition facile de donner aux jeunes, clercs des leçons de grec et de latin, quand et comme il voudrait. Il accepta cette charge avec l'espoir d'obtenir bientôt une chaire en titre , et surprit bien utilement son auditoire, lorsqu'au lieu de l'étourdir de subtilités scolastiques il se mit à lui faire des lectures raisonuées de saint Jean Cbrysostôme. Une autre fonction , qui n'enchaînait guère plus sa vie , et qu'il prit à la prière de l'évéque de Cordoue , acheva de lui ouvrir les ressources et le crédit dont il avait besoin : ce fut l'éducation nominale plutôt que réelle du fils du duc d'Albe , vice-roi de Naples. « Je me suis fait es- » clave , écrivait-il alors à son ami Yasée ; mais je ne » m'en repens pas... Nous voici , par là , tous deux assu- » rés du nécessaire. »

Trois années s'écoulèrent ainsi , pendant lesquelles Cleynaerls put s'estimer heureux; d'autres Flamands, ses amis, Hoverius notamment, pour être venus, à son exemple, tenter fortune dans la Péninsule, ne furent pas si bien traités. Il s'était fait une société savante et intime de plusieurs Espagnols de mérite , au premier rang desquels nous nommerons le franciscain Victoria ; il passait de longues heures au travail , et , malgré le tumulte inévitable des universités, il avait su s'affranchir des affaires et des devoirs du monde , et vivre en homme de plomb, fiché sur $e$ livres, comme il le disait lui-même, avare de visites, sobre de di&-

cours et même d'écritures , puisqu'il eut à s'excuser de n'avoir écrit que deux fois , en quatre ans , à Latomus , et qu'en tout sa correspondance ne comprend pas cinquante lettres.

Au début de l'année 1534, changement complet de position et de plan pour l'avenir. La mobilité dans les idées et les destinées des solitaires est assez commune» L'imagination 9 chez eux, s'échauffe toujours plus ou moins, et leur fait payer, autant et plus qu'au commun des hommes , le tribut commandé à l'instabilité. Jean 111 , roi de Portugal , fils et successeur du grand Emmanuel , prédécesseur et aïeul de cet insensé de roi Sébastien , avait , ainsi que sa femme dons Isabelle , un goût très-vif pour les gens de lettres. Le poète Re~ sendius, qu'il tenait à sa cour en grand honneur et dan» sa familiarité, fut chargé, par lui, d'attirer Cleynaerts à Evora , lieu de sa résidence royale. Il s'agissait de confier à un homme célèbre, honoré des respects de l'Eu*' rope savante, son jeune frère, le cardinal Henri, archevêque de Braga, dont l'éducation s'achevait, et qu'il fallait rendre digne des premières charges de l'Eglise. C'est ce même cardinal Henri qui , après la déconfiture du roi Sébastien , en 1578 , arriva vieux à U couronne , pour la déposer, en mourant deux ans après» entre les mains de Philippe U d'Espagne, qui avait épousé une fille du roi Jean 111 , dont il est ici question» La raison, l'habitude, peut-être aussi la reconnaissance auraient dû , ce nous semble, retenir Cleynaerts à

Salamanqne; mais quoi ! c'est un roi qui supplie , c'est un cardinal-archevêque dont l'intérêt commande; et pais l'amitié pressante de Résoudras, et puis les chances d'une fortune de cour qui facilitera les vastes projets que l'on nourrit contre les musulmans. Evora , d'ail* leurs , n'est qu'à peu de distance de Salamanque , à deux jours de Lisbonne , à cent lieues tout au plus du royaume de Fez , avec lequel il y a grand commerce , en sorte qu'on acceptera les grosses offres du roi Jean III; que, durant quatre ou cinq ans, on sera presque satisfait d'avoir pris ce parti (1 ), et qu'on écrira, entre autres choses , à don Martin de Vorda, k Jean Va» sée , à Jacques Latomus , ce qui suit :

c Écoutez une fable , une fable , non , mais une bis* w toire... Qui l'eût dit ? je suis devenu homme de cour... » Le roi de Portugal m'a fait demander, par Resendius, »de venir à Evora élever son frère, moyennant de * grosses offres... J'ai accepté malgré messieurs de Sala* » manque. Je suis donc à Evora... Deux jours après mon » arrivée , j'ai salué le roi et la reine , et j'ai reçu cin<- » qoante ducats de gratification... J'ai salué également » mon élève le prince Henri , archevêque de Braga , et 9 son frère Edouard , qui , tous deux , sont fort réjouis 9 de ma venue... Cette cour me platt... Elle est remplie

(i) ftvora, 8 dra kaienda* d« mai i534« a don Martin, de Vorda. — Krora , 3i décembre 1 534 1 * 'ean Vaaée. — Erora, 26 mars i535^ a. Jacquet Latomus.

b de savants en grec et latin , pins qu'à Salamanque b même... Je vis avec Resendius..., ainsi le veut le roi... b 11 me sera plus commode de donner une heure par » jour au frère du roi que de disputer toute la journée » avec des universitaires. Ma vie est ici des plus stub dièuses comme des plus tranquilles... J'ai plus d'ap- » pointements qu'un chanoine d'Anvers , et rien qu'une b heure à donner par jour ; encore avec des vacances b les fêtes et dimanches, et aussi les jours de chasse ; b car vous saurez que je ne chasse point... Il serait beau b voir un théologien chasser autre chose que les bénéb fices... b Et ailleurs : « Maintenant que j'ai du loisir b puis-je mieux l'employer qu'à écrire à mon cher Lab tomus , à lui découvrir mes sentiments et mes penb sées?... La vie tranquille que je mène est celle qui me b convient , hormis que j'ai seulement les biens de l'exil b et non ceux de la patrie... Il se pourrait que j'allasse à* » Fez m'avancer dans la langue arabe... Fez n'est qu'à b cent lieues d'ici... Il offre un marché célèbre, trèsb fréquenté de nos marchands... Les lettres arabes y b sont en grande réputation... En attendant que je » puisse visitercette ville , je vais mettre à profit un » médecin d'Evora , très-habile dans la langue des s Arabes... Je n'attends , pour cela , que des livres qui b doivent me venir de Murcie... Vous avez su comment b j'avais quitté Salamanque pour me rendre en Portab gai , appelé par le roi. Certainement cette université b me plaisait fort. J'y avais des amis sincères et savants»

» lesquels ne demandaient qu'à me retenir et qu'à am'enricbir selon leurs moyens; et probablement » cela serait advenu à voire disciple tout stupide qu'il » est , vous le savez , quand il s'agit de se remuer pour » acquérir... Une proposition royale a tout changé , non » que j'aie cédé à la cupide avarice ; mais j'ai cru que je » mènerais à Evora une vie plus libre et plus retirée... » A Salamanque , on est toujours en présence , soit à » visiter , soit à recevoir..., métier que je n'ai jamais su . » faire, et je suis trop vieux pour me reforger , étant né » surtout sous le ciel de la Campine... A Salamanque , » un professeur est une manière d'oracle qui doit ré- » pondre à tout venant, et porter ainsi les chaînes de » tous les insipides questionneurs que la pédanterie du » sol lui adresse... Ici j'ai , du moins , plus de loisir que »je n'osais même en espérer... Je me rends chaque '» jour chez le prince frère du roi , pendant la deuxième » ou la troisième heure de l'après-midi , après quoi je » rentre chez moi et n'ai plus que faire en cour... J'avais » cent philippes , j'ai maintenant cent doubles ducats » et plus , autre différence...» ( Suivent des renseignements précieux pour les érudits , sur le rapport des monnaies de la Péninsule, à celte époque, avec celles du Rhin et de la Belgique. ) a Je n'épargne rien, » et vis au jour le jour selon le précepte d'Horace , dans » la confiance que Dieu ne m'abandonnera pas dans ma » vieillesse... Vraiment il faut de l'argent, en Portu- » gai... Il n'existe pas de pays , au monde, plus coûleu x

» comme aussi de plus étranger à l'agriculture que ce » pays... S'il est un peuple engourdi par la paresse , as* » sûrement c'est le peuple portugais , principalement » celui qui habite au midi du Tage , plus près de l'A- Afrique...; tellement que , sans les étrangers, on n'y » trouverait qu'à peine un cordonnier et un barbier... » Je dépense quinze florins par an pour ma seule barbe. » Il n'y a point à marchander ; loin de là , qu'à ce prix » il faut encore prier et solliciter pour ce service comme » pour tout autre... Vous convoquez d'abord votre bar- » bier une ou plusieurs fois...; ensuite vous l'attendez » deux heures...; puis vous lui faites porter son plat et » son pot à l'eau , car ici nous sommes tous nobles , et » nous ne portons rien dans les mains par les rues... * Pensez-vous qu'une mère de famille daigne acheter » son poisson ou cuire ses herbes elle-même ?... Point : » elle ne sert de rien au ménage que par sa langue » pour défendre le titre de ses noces... Tout se fait par » le ministère des esclaves maures ou éthiopiens , dont ftlaLusitanie et Lisbonne, surtout, sont si remplies, » qu'il y en a plus apparemment que de sujets libres... » Point de maison où l'on ne trouve , au moins , une » servante maure , esclave ; et c'est elle qui achète , » qui balaie , qui lave , qui porte l'eau, enfin qui fait atout; véritable jument de somme, ne différant de la » jument que par la forme... Les riches possèdent un » grand nombre de ces esclaves , des deux sexes , avec » lesquels , par un effet de la licence des mœurs , il se

» fait on grand commerce de nouveau nés tu profit du » maître ; celui-ci les cédant , pour de l'argent , à quel- «que amateur éloigné, ou à quelque Maure captif... » Adeo perdite vivit juventus hispanica... Tanta est » flagitioêœ vitœ licentia , mdœimô Ulyssiponœ. Aussi h suis-je enchanté que mon frère , qui était venu » a Lisbonne dans la vue d'y entrer dans une mai- » son de commerce et que j'avais , à cet effet , re- » commandé à Charles Gorréus , marchand français , » n'ait pas pu tenir à ce train de vie et soit reparti pour » la Zélande... S'il était donné aux étrangers de connat- » tre d'avance les diverses incommodités de ce pays , » aucun d'eux n'y voudrait venir..» Quant à ceux qui s'y » trouvent , ils y restent d'ordinaire , les uns par l'ex- 9 tréme nécessité, les autres par goût pour cette affreuse » licence qui flatte les vices, et d'autres , comme moi , » parce que peu sensibles aux privations matérielles , » ils y rencontrent ce qu'ils cherchent , le repos et le » silence... Je ne laisse pas que d'être , par instants , * importuné des misères lusitaniques...; au point que , » sans que Dieu m'a gratifié d'un ami sans prix dans la » personne de M* Jean Petit , docteur parisien , archi- » diacre , évéque de Saint-Jacques du cap Vert, près de » qui je loge , à la table de qui je mange, je ne sais si » j'aurais pu demeurer en Portugal... Bien que Sala- » manque soit autre chose que le Brabant, encore, » avec un peu de volonté, pouvais je y trouver manière » de vivre à la brabançonne, car le pays offre des res-

les autres. — Il écrirait encore à Hoverius , sur la nouvelle de la mort d'Erasme; a En apprenant cette mort , » je n'ai pu retenir mes larmes...; pourquoi ce digne » vieillard n'a-t-il pas vécu assez de temps pour mettre « la dernière main à ses ouvrages ? car c'est pour cela , 9 je pense , qu'il s'était retiré à Bâle... Que Dieu le re- » çoive ! » Ses lettres renferment toujours quelques vues philosophiques pour la conduite journalière , ou d'utiles conseils pour l'enseignement, fonction qui l'absorbait, et dans laquelle il excellait. « Si vous vou- » lez vivre sagement , disait-il à Pollta , ne vous trou- » blez point des nécessités de la vieillesse... Dieu est » puissant...; dès que nous le craignons, nous sommes » assez riches... Savez-vous s'il vous est bon d'être » riche ?... Dieu sait mieux que nous ce qui nous con- » vient... Quand vous étiez petit, votre père naturel » veillait à vos besoins,..; votre père céleste aurait-il , » plus tard , moins de soins de vous ? ... Tout cela , direz- » vous , est de la spéculation , et ne remplit pas ma » bourse..., mais je répondrai : Que vous sert votre » bourse sans la piété ? et avec la piété , qn'avez-vous » besoin de bourse ?» — Ses idées sur la manière d'enseigner les langues n'étaient pas moins sages ; elles se référaient particulièrement à l'usage et aui exercices , aux dialogues familiers ; il promettait des merveilles de cette méthode , et citait , à ce propos, com plaisamment les succès qu'il obtenait avec ses esclaves maures ; car il est bon de savoir qu'il avait fini par se donner trois

esclaves maures , tant les coutumes ont de puissance. « J'enseigne le latin à mes Ethiopiens Michel Dento , 9 Antoine Nigrinus et Sebaitien Carbo , afin qu'ils puis- 9 sent me servir de lecteurs et de secrétaires , comme » Tiron à Gicéron...; je leur fois décliner muta pendant » le dîner...; ils y font des progrès incroyables... Un m d'eux m'a coûté trente ducats ; je ne les donnerais pas » pour cent... Il m'est agréable d'infiltrer ainsi la raison » chez ces singes. »

Il y avait déjà trois ans révolus que Cleynaerts était auprès de son prince , menant une vie douce et occupée. Il devait encore demeurer nn an avec son illustre élève (tonte Tannée 1857), puis revenir en Brabant ▼en la fin de 1538 , non sans avoir appris solidement l'arabe , et qui sait ? visité le nord de l'Afrique ; en tout cas i non sans avoir fait provision de récits de manière à mentir superbement. Le prince Henri lui témoignait un attachement véritable qu'il payait en retour d'un dévouement sans bornes... « Ni les sollicitations des » grands , ni celles de MM. de Salamanqae , mandait-il » à Hoverins(l), n'ont pu me détacher de lui, et s'il » m'était possible de rester pins longtemps loin de ma 9 patrie, h la cour, c'est à la cour de Portugal que je » resterais...; mais ma tête blanchit..., je veux être en- 9 seveli où les miens reposent... Priez Dieu pour moi... a

Dans Tété de 1557, le prince archevêque ayant dû

(i) A Horeriu» , Br»ga , 9 sept. i538.

aller prendre possession de son siège de Braga , Cleynaerts fut désigné pour le suivre dans ce voyage. Ici encore nous ne pouvons rien faire de mieux que de l'écouter (1):

« II faudrait un volume , mon cher Latomus , pour » vous faire certain de toutes les circonstances de ma » route. Il me suffira de vous instruire de quelques- » unes... Ayant donc loué trois mules de bât conduites » par deux palefreniers , et acheté deux chevaux , an » pour moi, l'autre pour mon domestique, je partis, » dans cet attirail, le 30 juillet, la chaleur ayant un » peu cédé. A voir ma suite et mes bagages , vous m'eus- » siez pris pour un évoque... Nous quittâmes Evora vers » le soir..., il était nuit très-avancée , lorsqu'après avoir » fait erreur de plus d'une lieue de chemin nous atj> teignîmes la première station... Il n'y avait ni pain ni » vin dans l'auberge...; du moins, nos chevaux furent » traités richement , car ils eurent de l'eau, écoutes » bien cela ! de l'eau qui me coûta 3 regalia la cruche , » à peu près ce que le vin coûte en Flandre... J'eus un » lit de deux pieds plus court que moi , et mes gens eu- » rent de la litière... La nuit suivante , au mont Argile , » une cassine seule s'offrit à nous, à peine bonne pour » contenir nos paquets... Point d'écurie pour nos bêtes, » point de lits pour nous , point de foin ni d'avoine (cela » va sans dire , il n'y en a brin dans toute la Péninsule ,

(i) A lacqniê Lalomtu, Braga, ai atoftt i53>].

» mais seulement de l'orge et de la paille pour les ani- 9 maux et du froment pour les humains...). Un lapin 9 que nous avions acheté par prévision fit tout notre » souper...; la nuit se passa à la belle étoile... Je dormis » quelques heures sur mes paquets , jambes pendantes ; » après quoi nous cheminâmes tout le jour avec l'espé- 9 ranced'un bon repas , parce que nos muletiers nous » avaient conté des merveilles du pays au delà du Tage, » que nous devions ce jour-là franchir... En effet , de » l'autre côté du fleuve , une auberge s'offre à nos » yeux... Je gourmande la lenteur de mes gens...; enfin 9 j'arrive. — Monsieur l'hôte , salut , avez-vous de la «paille?... Sur ce, Polyphème (car ce n'était pas » moins), sans daigner me regarder, laisse tomber 9 fièrement ces mots : « Il n'y a point de paille ici... » 9 O misérable Lusitanie ! Beati qui non viderunt , et 9 crediderunt !... J'enrageais... , enfin nous eûmes un 9 peu de paille au moins pour nos botes... Même céré- » monie pour l'orge. 11 n'y a point d'orge..., puis on en 9 obtint quelque peu à force de prier... Avez -vous des 9 œufs? — Ce n'est pas la saison. — Avez -vous des 9 poules? — Nous n'avons point de poules... Cependant 9 mon estomac aboyait... J'avise un plat de jus dans le- 9 quel ou avait fait cuire du lard. — Donnez-moi de ce 9 jus. — Cela ne vaut rien pour la santé. — N'importe : 9 j'y tremperai mon pain ; — Non. — Vous reste- 1- il un 9 peu de lard ? — Non. — Avez- vous du poisson J — Ce » n'est pas jour de pèche Enfin l'idée me vient , en

» tremblant d'un nouveau refus , de demander des » oignons. — On y ta voir, me dit mon bote , et quelque » temps après il m'apporta deux oignons dont Je dévo- » rai l'un et donnai l'autre à Guillaume... Après ce beau » festin , je demande un lit* — Ce n'est pas la saison , » me répond le cyclope. Avex-vous idée de cbose pa- » reilie ? Il y a une saison pour les lits dans eet heureux » pays !... J'en eus un pourtant moyennant 20 regalia a portugais qui valent bien 5 écus ailleurs... Les poètes » ont dit que le Tage était aurifère ; c'est , sans doute, » parce qu'il enlève votre or, non parce qu'il apporte le » sien... Non a ferendo ,sed ab aufèrendo auro... Quoi a de plus, mon ami !... Cependant notre sort s'adoucit » en avançant au delà du Tage... Nous gagnâmes Colm- » bre..., et après treize jours de fatigue , nous entrâmes, a le 12 août , dans Draga , lieu qui me platt beaucoup... » Demain 22 , si Dieu le permet , je partirai pour Saint- » Jacques de Compostelle , qui n'est qu'à trente lieues » d'Ici , tandis qu'il y on a soixante fortes d'ici à Evora... » Plaise au ciel que Tété prochain me ramène près de d vous , comme j'en ai le dessein !... »

L'homme propose et Dieu dispose. Au Heu de revenir en Brabant, dans l'année 1538, comblé des amitiés de son prince ,. avec une pension honnête pour finir paisiblement ses jours au sein de la terre natale, entre ses amis et ses livres , il en alla tout autrement pour le pauvre Clejynaerts; mais il faut être juste , ce fut bien plus par sa faute que par celle du sort. Pourquoi s'obstinait-

H à ce malheureux projet d'arabiquer ( arabkari ), en Afrique , pour ensuite croiser le fer de l'argumentation avec les docteurs musulmans? car tel fut le principe de ce qui nous reste à raconter touchant cet aimable, vertueux , savant et malheureux homme , digne d'une belle place dans la suite de l'intéressant livre de Valérien de Belluue et de Tollius, sur le malheur des gens de lettres (i).

Cleynaerts accompagna donc l'archevêque Henri dans son pèlerinage à Saint-Jacques de Gompostelle. De retour à Braga, il contribua, par ses conseils et par ses soins, à l'établissement d'une nouvelle école pour la jeune noblesse portugaise, où il obtint une excellente place pour son ami Vasée , lequel était alors à âalaman* que dans une grande détresse. Cette place obtenue , il fallut se remettre à braver les inconvéniens de tout

(i) De Infelicitale lilteratoram , Venise, 1620, in-i? ; et Genève, Idgerlhoa Brjges, 189 1 « id-8. Tout intéresse* t qu'est ce livre « il est à refaire. Outre que son catalogue des Victimes do la littérature ett incomplet , le plan de l'ouvrage même est défectueux , parce qu'il fait entrer , dans les causes de malheur pour les gens de lettres , les accidents communs a tous les nommes * et les vices comme lés psfiions qui Atteignent toute» les professions du monde. Ce n'eut pa# une mer* veille que la peste, l'impiété, l'avarice , la prodigalité , la fraude rendent an auteur malheureux; ce qu'il fallait montrer , et qui eût excité Que pitié utile et philosophique, c'était la condition spécialement maloeutente de* gens de lettres, ( Voir dams les Soirées littéraires de Coupé, tom. XVI , un bon extrait de ce livre, et celui intitulé des Calamités des poètes grecs, dans les articles Corneille Tollius et Joseph Barberius.)

voyage dans la Péninsule ibérique , et faire à cheval les soixante lieues qui séparent Braga de Salamanqoe , afin d'aller chercher Vasée, et terminer quelques affaires laissées en arrière dans cette ville lors du départ pour Evora. Les deux amis réunis vinrent ensuite saluer le prince archevêque à Coimbre, où il était momentanément; après quoi ils retournèrent ensemble a Braga , où Vasée fut installé, par Cleynaerts, dans une chaire principale, avec de gros appointements (I). Ce fui pendant ce dernier séjour à Braga que la destinée de notre Brabançon s'accomplit. Soit qu'il eût alors terminé l'engagement pris avec son prince , avec le roi Jean III , soit qu'il ne pût résister au désir de visiter l'Afrique mauresque avant de regagner son pays , il se sépara définitivement de son élève au mois de novembre 1 538 , pour faire , disait- il , son tour du midi de l'Espagne , et recueillir , avec force livres arabes , quelque esclave distingué dans les lettres orientales, qui pût lui servir de guide, en Brabant, dans les travaux qu'il méditait. Mais , préalablement , le prince archevêque régla généreusement avec lui les récompenses dues à ses services, et des sommes d'argent convenables lui furent assignées tant pour son voyage que pour sa pension viagère. Une partie de ces munificences fut sur-le-champ même réalisée, et l'autre, solennellement promise , dut être considérée comme telle également. Hélas! il y a bien loin

(i) Braga , férrier i538, i François ■overius.

de Braga à Fez, et en 4540 il y avait bien plus loin qu'aujourd'hui : or , on sait que la distance tue les promesses encore plus que le temps.

Grenade, 12 juillet 1539 , à Jacques Latomus. — «Quoique vous n'ayez rien répondu à mes nombreuses » lettres, je veux vous apprendre tous les pas que me » fait faire la soif de l'arabe, à moi qui, jadis, ne pouvais » me résoudre à sortir du logis ... Je quittai donc Braga » en novembre de Tannée dernière , après y avoir fondé » une école à laquelle nous avons laissé pour maître » notre cher Vasée , avec des gages de centum millium, nid est, quingentorumrherunsùtmp*ra.n... Voilà les » théologiens grammairiens aussi riches que les cha- » noines de Cambrai. M'en soyez pas jaloux... J'avais en- » tendu parler d'un certain captif maure , actuellement sdans le midi de l'Espagne , lequel, étant fort lettré t » convenait parfaitement à mes projets. Je me décidai » donc à me rendre à Murcie et à Grenade, en passant » par Salamanque , Tolède et Se ville. . . Arrivé à Coïm- » bre, un ami me signala dans Se vil le un certain potier » arabe de grande science et «en haute estime chez les » musulmans. . . Me voilà cheminant vers la Bétique, en » me détournant pour aller embrasser, à Ëvora, mon s cher bote Jean Petit, l'évéque de Saint-Jacques du » cap Vert, que l'on m'avait dit mort, et que je retrouvai » aussi plein de santé que de tendresse pour moi. . . Dé~ » barque dans Séville , je cherche , au milieu de tous les » potiers arabes, celui qui devait m'instruire. . . Point :

» je trouve , a » place, nu vieillard aux mains calleuses » et souillées d'argile, qui se refuse à me donner le » moindre renseignement, la moindre leçon... Je rais

* alors marché , poor 90 oboles par jour, avec nn Tuni- » sien qui consentait à me suivre en Flandre et a m'y en- »seigner l'arabe, si toutefois l'argent qu'il attendait de » Pes , poor sa rançon , ne venait pas... Cet argent vint ; » il me mllatdoncrecouriralllenrs... Le TnnUkni m'avait » toutefois désigné on Arabe des pins doctes, alors eapttf » a Alméria , à trente lieues par delà Grenade, je jetai » les dés en l'air et partis poor Grenade , non sans » crainte de devenir pins Arabe que je ne voudrais, par » l'effet des Incursions des Maures d'Afrique, sans coin p-

• ter que j'avais mille dangers à courir sur une route » traversée par de hautes montagnes couvertes de neige, j» ao milieu d'un hiver pi os rigoureux que de coutume* . . » Grâce à Dieu, ma course fut heureuse... A Grenade, » j'entrai en marché pour l'achat de mon savant arabe, » par l'entremise du vice-roi, marquis de Mondesar. » Mais quel effroi !... on me demande 200 dncats. . ., «j'hésite. Au bout de deux mois, on en veut 300... a Alors le vice-roi me propose de mettre l'Arabe à ma a disposition, si je consens d'abord à lui montrer le grée a ainsi qu'à son fils...; dure alternative !... Retarder mon a retour dans ma patrie ou revenir sans Arabe!... Je » prends an milieu, je m'engage avec le vice-roi pour » jusqu'en août de cette année. . . Voici juillet venn ; le a marquis de Mondesar veut encore me garder avec lui

»daas l'Albambra. — Achetez «moi mon Arabe, lui » dis-je , et je vous reste jusqu'en janvier 1540... — Je » vous rachèterai, dût- il me coûter mille écus d'or ! . . .

* — C'est dit. — Me voici donc encore à Grenade pour 9 six mois. .. ; je les emploierai à conquérir des manus-

• crits arabes que mon esclave m'expliquera plus tard. . . 9 Je dis conquérir et non acquérir , car il ne s'en vend b point ; mais le cardinal de Burgos m'a promis d'inter- » poser son crédit auprès de l'empereur pour m'en pro* ■ curer de ceux qni sont chez les inquisiteurs et qui me » seront plus utiles qu'à Vulcain... Savez -vous ce qui re- » double mon ardeur pour l'arabe ? le voici : mon ami, » le frère Victoria de Salamanque , m'a prévenu que la » détestable secte de Mahomet faisait de grands ravages b dans une bonne partie de l'Espagne aussi bien qu'en » Grèce, et m'a confirmé dans mon dessein de la corn- » battre par des écrits arabes , chose qni ne s'est jamais » faite... Je veux donc étudier à fond YAlcoran et le b Sunna, qui est un livre où sont rapportés les faits et o gestes de Mahomet... J'ai déjà fort avancé cette étude... » Que de chimères! — (Suit un long détail des absur- » dites dogmatiques de l'islamisme, aujourd'hui trop » connu pour être rapporté ici, bien qu'il puisse être » utile aux savants de le consulter.) — Ces gens-là s'aub torisent de l'Évangile contre nous, comme nous nous » servons de l'Ancien Testament contre les Juifs... C'est » sur ce point que je veux les attaquer... Comment s'avi- » sent-ils de recevoir , autrement que nons, un livre

9 que no» connaiiaiona «00 mbhim lenr prophète? » No«s causerons un jour pissas long de cela ensem- » nie... Voici moo hinëraire projeté. . . Eo janvier pro- 9 ehain (1540), je retournerai en Portugal faire mes » adieux ao roi età mon prince avant de rejoindre le toit » paternel... le songe a passer par rilalie pour voir » Rome... D'Italie, je vons reviendrai par l'Allemagne, » à moins que la crainte de quelques retards nouveaux » et l'idée des accidents d'une longue roulé ne m'arré- » tent... Ecrivez -moi par la facile voie des négociants a qui correspondent de Séville à Anvers... a

Gibraltar, 7 avril 1540, à Jacquet Latomus. — c Ne 9 me prenez plus pour un grammairien...; je travaille à 9 de plus grandes choses. . . Je vais combattre nne détes- 9 table secte qu'il est honteux d'avoir laissé neuf siècles » tranquillement se propager. .. On a bien écrit en latin » contre elle...; mais à quoi bon ?. . les mahométans ne 9 lisent pas le latin... Que sert-il de leur offrir un re- » mède qu'ils ne peuvent prendre?... Je veux les réfuter 9 en arabe et répandre partout chez eux mes raisons.- 9 Déjà je parle facilement arabe. ..je ne me sers point 9 d'autre langue avec mon maître. . . J'ai laissé ce derj> nier au vice-roi de Grenade pour le reprendre à mon 9 retour d'Afrique et le mener ensuite avec moi en Flan- 9 dre.. ., car je vais faire un tour en Afrique, ne pouvant » parvenir à me procurer des livres et manuscrits » arabes en Europe ... Me voici à Gibraltar . . . Quand la 9 mer le permettra, je passerai à Fez, qui est un centre

» de commerce et de science musulmane, à trente lieues » environ des présides portugais... Consolez-moi dans » mon exil par vos lettres... Je n'ai pas encore été no» » noré d'un mot de vous depuis huit ans que je vous ai » quitté...»

Ceuta, i 5 avril i 540, à Jacques Latomti*.— ctNous soin* » mes restés près d'un mois à Gibraltar en partie a cause 9 du mauvais temps, en partie pour attendre Pâques, afin 9 d'entendre encore chanter V alléluia en Europe , et 9 peut-être pour la dernière fois. Que Dieu miséricor- 9 dieux, qui sait tout, nous soit en aide en Afrique ! ... 9 Après avoir essuyé une horrible tempête , pendant no* 9 tre court trajet, nous sommes débarqués sur la grève, à a une lieue.de Ceuta, que nous avons gagné péniblement 9 à pied, tandis que notre bâtiment reprenait la mer pour m ne nous rejoindre que deux jours après... Plaise au ciel 9 que, l'année prochaine, notre navigation de retour 9 soit heureuse. . .! Je vous assure que j'ai eu grand' » peur ... Je vous donnerai des détails de notre voyage à » Fez. . . On dit que nous aurons cinq nuits à passer à la 9 belle étoile, et des roches escarpées à franchir avant 9 d'arriver... Pour un docteur de Louvain, tout cela 9 n'est guère moins qu'une image de la mort... Pries » Dieu pour nous, cher maître, et recommandez-nous 9 aux prières de nos amis...»

Tétuam (royaume de Fes, empire de Maroc), 21 avril

4340, à Jacques Latomus. — a Samedi dernier, j'ai a quitté Ceula, où je suis resté quatre jours, dans le

» temps que les musulmans célèbrent leur Pâque ... In- » slruit que fêtais de leurs mœurs singulières , par mon » maître, l'esclave de Grenade, j'ai causé plus de sur- » prise que je n'en ai éprouvé. . . Je ne craignais ni les » mabométans ni les juifs, qui affluent ici , tant parce » que j'étais résolu de me comporter avec eux de façon » à m'en faire plutôt aimer que haïr, sans pourtant m'y » confier, que parce que j'étais porteur de lettres de mon » captif arabe au roi, dans lesquelles il se loue de mon » humanité envers lui.. Je me suis donné pour un gram- » mairien venu dans l'intention d'apprendre la langae i» arabe, pour ensuite l'enseigner dans les collèges chré- » tiens. . . Ces gens-là furent si étonnés de voir un Fla- » mand qui parlait leur langue, qu'ils m'entourèrent et » ne me laissèrent pas respirer. . . Gomme je m'exprime » plus correctement qu'eux , ayant appris l'arabe dans » les livres, leur admiration était grande. . . ; ils me pri- »rent pour un orateur, et m'amenèrent un jeune éco- » lier du Fez, connu par ses succès d'école... : je le pous- » sai avec avantage sur la grammaire, ce qui fut pour » moi on grand et bruyant triomphe . . . Tout se prépare » bien pour mon voyage de Fez... Dieu me soit en aide... » Priez-le toujours pour moi ...»

Fez, 8 mat 1540, à Jacques Latomus. — «Le 29 v avril, étant partis de Tétuam , nous passâmes deux: » nuits sous la tente, après avoir fait seulement deux » lieues, parce que nous fûmes surpris de pluies violen - » tes, qui coupèrent notre chemin d'affreux torrents des-

( li« )'

» cendus des montagnes. . . Le beau temps revenu, nous » nous remîmes en route, et, le 4 mai , nous entrâmes à » Fez , très grande tille dont je vous parlerai en détail » quand j'aurai mis ordre à mes affaires... J'tfi salué le » roi en arabe , et nous avons lié conversation ensem- » ble...; il m'a fait beaucoup de caresses, m'a tout pro- » mis, et m'a jnré que je serais entretenu de toutes cho- » ses ici, que, de plus, on me rendrait mes déboursés, et » qu'on me laisserait emmener mon Arabe de Grenade » en Flandre, pourvu que je lui rendisse la liberté, et » que je le fisse venir de Grenade à Fez, où sa réputation » est universelle... Je ne me fie guère à ses promesses. . . « le vous ferai part de l'issue de cette affaire...»

Fez Juillet 1540, à Jean Petit, évéque de Saint- Jacquet du cap Fort, à Evora. — a Si le roi de Fez est de » bonne foi avec moi, j'aurai fait un heureux voyage en » Afrique, car je lui ai vendu 300 ducats l'Arabe de » Grenade, que j'avais fini par acheter 180... J'ai entre- » pris une grande œuvre, à laquelle je vais tenter d'asisocier tons les princes chrétiens, celle d'introduire, » chez les musulmans, la controverse chrétienne en lan- » gne arabe... Si les princes ne m'aident pas, je m'adres- » serai directement aux académies...»

Fez, 4 décembre 1 340 , à Jean Petit, à Evora. « Je vis » ici, au milieu des juifs, qui sont plus surpris de voir » qu'il y a encore des chrétiens , que nous ne le sommes » devoir qu'il y a encore des juifs... Ils ne savent rien de » nous, si ce n'est que nous ne les brûlons. . . Que nous

» sommes cruels et insensés! Ne vaudrait-il pas bien a mieux les réfuter, par la raison et la science, que de » consumer, eux et leurs litres, qu'ils seraient les pre- • miers Métruire, une fois que nous les aurions rendus a chrétiens sincères...? Les apôtres n'ont persécuté per- » sonne, et ont conquis les esprits... Nous avons expulsé aies juifs d'Espagne...: quel fruit en avons-nous ré- » tiré...? Nous ne voulons ni esclaves ni marchands d'esaclaves, disons-nous; mais n'est-il pas mieux de le» » garder esclaves que de les brûler libres ?... Quand on a paierait quelques juifs, en Europe, pour nous traduire a et nous expliquer le talmud, et nous mettre à portée » de savoir ce que nous leur prêchons et de nous prè- » cher, où serait le mal, si ce n'est dans les préjugés?...» Fez, 9 awrU 4541, à Jacques Latomu$,à Cambrai. c La seule mention que j'ai reçue de vous, dans les ietatres de Rutgerus,m'a si fort ému, que j'ai cru vous a parler... Enfin vous étiez vivant au mois de septembre » dernier. . . ; pufesé-je vous revoir ainsi bien portant au a mois de septembre prochain î... Voici tantôt neuf ans a que j'ai quitté ce cher Louvain,où je voulais revenir dès a l'année 1538, tant je me laisse emporter par le goût a des lettres arabes. . . Je me suis mis en tôte de combat* a tre celte honteuse et détestable secte des mahométans, a non plus avec des armes étrangères , telles que le grec » et le latin, mais avec ses propres armes, c'est-à-dire » avec sa langue et ses livres sacrés... C'est, VMleoran et » le Sunna à la main , que je prétends ruiner YAlcora*

» et le ridicule Sunna aux yeux des Arabes, en discours » arabe. . . Dans ce but, je suis venu, l'an dernier, à Fez» » ville située à quarante lieues du détroit de Gibraltar... »Une grande rumeur a suivi mon arrivée... Chacun se » disait qu'un lettré chrétien était arrivé, à qui l'on ne a devait rien révéler, de peur d'exciter du trouble plus » tard. . . , tant et si bien m'avait diffamé secrètement ce » même maître arabe , mon esclave à Grenade, qui avait » écrit, en ma faveur , des lettres ostensibles au roi » maure, si flatteuses pour moi. Fex est une grande , po- » puleuse et antique cité, qui renferme, dit-on, quatre 9 cents temples ou mosquées et autant de bains. . . ; un 9 grand nombre d'esclaves chrétiens y languissent dans » des travaux vulgaires. . . L'ancienne ville est distante 9 d'une demi-lieue de la nouvelle , où se voit le palais 9 du roi... A quelque distance encore , est la ville Juive, 9 laquelle, entourée de murs particuliers, possède huit à » neuf synagogues et 4,000 habitants, la plupart très- 9 instruits, et paie un tribut au souverain arabe... À Fez, 9 tout le savoir musulman consiste à mettre dans sa mé- » moire YAhoran et le Sunna qui traite des actions du 9 prophète. . . Du reste, il y a peu de livres. . . Les maho- 9 métanssont de très subtils scolastiques et très-enclins 9 aux hérésies entre eux. .. II n'y a pas longtemps qu'un 9 de leurs docteurs pensa payer de sa tête l'opinion que 9 Mahomet n'avait jamais péché... J'avais fait ici marché 9 avec le roi pour certains livres arabes ; mais j'ai bien 9 appris là ce qu'était la foi punique ... Ce n'est pas Uni

» le roi que j'accuse, toutefois, qu'un monstre de Porto - » gais d'Afrique, lequel s'acharne à faire avorter mon » voyage. . . Mais Dieu me protège et me fournit chaque » jour les moyens d'échapper à cet infâme. . . Nous som- » mes , dans cet instant , la proie des sauterelles dites » locustes, qui deviennent à leur tour la proie des nom- » mes... En une seule nuit elles ravagèrent toutes les » moissons , et le lendemain les paysans en apportèrent » des charettes pleines à Fez, où on les sale et on les » mange... Quant à moi , je préfère une perdrix à vingt » locustes... Incessamment je partirai pour Grenade. . . » Priez Dieu pour moi!...»

Toute entreprise folle a bientôt son terme fatal : celui de la croisade Gleynaerts était arrivé après une année et quelques mois. Premièrement, le roi de Fez, prévenu des desseins secrets du voyageur et naturellement soupçonneux comme tous les barbares, mit autant de soin à le frustrer de tout livre et de tout manuscrit arabe qu'il avait mis d'empressement à lui en promettre. Secondement, après l'avoir engagé , pour de l'argent , à faire venir à Fez ce fameux Arabe de Grenade, acheté si cher , il voulut s'acquitter en lui donnant deux esclaves chrétiens. A peine Cleynaerts avait-il consenti à cet échange , dans l'espoir d'en tirer profit en Espagne , à peine cet excellent homme avait-il agréé les propositions du roi de Fez , qu'un scélérat, mu sans doute par un esprit de rivalité dans le commerce infâme d'esclaves chrétiens et maures, non-seulement le priva de ses

deux captifs d'échange en répandant le bruit qu'ils étaient ses parents, ce qui détermina le prince perfide à augmenter infiniment leur prix, mais encore l'assaillit de tant de calomnies, l'entoura de tant d'embûches, que pour sauver sa vie il n'eut à prendre d'autre parti que de repasser en Espagne. Mais ce parti lui-même était devenu presque impossible au pauvre Brabançon. Sa bourse était épuisée. On lui devait de toute part, et de nulle part, malgré lettres et suppliques, il ne venait d'argent. Un certain comte de Linarès, Espagnol, lai devait 100 ducats pour un parent qu'il lui avait racheté ; l'ami Vasée lui devait, mais surtout le prince Henri de Portugal, l'archevêque de Braga, son cher élève , lui devait un argent bien sacré. Vaines ressources ! vaine attente! point d'argent. Dans cette extrémité, Cleynaerts dépêcha son fidèle Guillaume en Portugal avec des lettres pressantes pour son prince. Guillaume revint les mains vides. 11 est vrai que le voyage l'ayant fatigué outre mesure , ce fidèle serviteur tomba malade au retour et causa bientôt à son maître un surcroît de dépenses et de tribulations. Au milieu de toutes ses peines, Cleynaerts ne perdait ni son courage, ni ses idées, ni sa gatté naturelle...Il mandait à Jean Petit, le seul ami qui ne l'abandonna point alors et qui lui fit passer quelque somme dont Vasée plus tard le remboursa : « Je ne mourrai pas » de faim pour n'être plus nourri par le Portugal... Dieu a m'appelle à de hautes destinées..., j'espère en lui » etc.» Il mandait encore au même : a Mon pauvre Guil-

» Uume est tombé malade d'une Mvre tierce, en rêve-

• nant de Portugal où je ratais envoyé. .. Un astrologue » juif, de 80 ans , mon bon ami , à qui Je montre le latin » et qui réassit assez bien quand H a ses Innettes, m'a » guéri mon domestique et m'a prédit que Je serais nn a Jour cardinal on même pape... SI je sols jamais pape, » je lancerai nn bref ainsi conçu : c Nous interdisons à » l'évêque de Sala et à l'évêque deTarga de toucher

• leur revenus d'Afrique avant de savoir l'arabe. . .» En- 6n,Cleynaerts, ayant réuni toutes ses ressources, se mit en route pour l'Espagne, avec le projet «après avoir passé par Cadix et Grenade, d'aller lui-même trouver son prince en Portugal , pour en obtenir les moyens assurés de retourner dans sa patrie et d'y vivre; mais il avait encore un tribut à payer à la terre d'Afrique avant d'en sortir et d'acquitter le tribut suprême. En quittant Fes , au commencement de septembre 1541, à deux lieues tout au pins de cette ville, et dans une bourgade asses gratuitement nommée Azyle, le cbeval arabe qu'il montait «'étant mis à ruer, comme s'il eût voulu venger Mahomet, notre professeur tomba rudement, se cassa l'épaule et fot retenu quarante jours sur un grabat, par suite dé cet accident. Aussitôt qull futrétabli, il s'embarqua et rejoignit, sans autre encombre, à Grenade, son protecteur le vice-roi. Là, de tristes certitudes ne tardèrent pas à lui fermer les chemins du Portugal et du Brabant, en lui fermant le trésor portugais. De raconter comment cela se fit , c'est ce que nous ne sau-

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