‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain (volume 2)Chapitre 44 sur 59 · MO · texte numérisé non relu

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Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien la lettre des docteurs de Louvain est pleine de dignité et d'énergie, et avec quelle noble sévérité de langage ils exhortent Philippe II, ce prince si susceptible en Tait de remonstrances au sujet de sa politique, à mettre un terme aux souffrances de leurs concitoyens.

Certes, il fallait plus qu'un courage ordinaire pour oser dire au plus puissant monarque de cette époque que, s'il négligeait de remédier promptement à l'état désastreux dans lequel le pays était plongé sous le rapport politique et religieux, il devait redouter, lui et toute sa dynastie, la colère de Dieu qui transfère les royaumes d'une famille à une autre à cause des injustices, des violences et des outrages qu'on laisse commettre, et qui même venge souvent ici-bas, sur la terre, par des châtiments terribles, les tourments infligés injustement à un peuple fidèle, l'oppression des innocents, la spoliation des pauvres, la profanation des choses sacrées : Metuimusque vehementer,ne, si diutius eadem ita fieri sinantur.... advenus potentissimam Tuam Regiam Majestatem, ejusque posteritatem provocent iram omnipotentes Dei, qui, ut Scriptura sacra testatur, transfert regnum a gente in gentem propter injustitias, et contumelias ,-et diversos dolos , quique non sotet etiam temporaliter invitas reUnquere bonorum subditarum vexationes, innocentium oppressiones, pauperum concussiones, piarum fundationum invasiones, personarum ecclesiasticarum absque querelaDeo famulantium spoliationes , aliaque his similia.

Ne pourrait-on pas dire que, dans les considérations d'un ordre si élevé, on retrouve la source des inspirations du génie de Bossuet et du comte de Maistre, proclamant les devoirs de la royauté et traçant la marche de la justice divine dans la punition des coupables?

La lecture du texte original de la lettre prouvera mieux qu'une analyse la valeur de ce document historique resté inconnu jusqu'ici.

« Serenissime et Càtholice Rex.

» Pro ea, quam patriae et imprimis Deo ac sedi apostolicœ necnon catholicae Majestati vestrae debemus, charitate, fide atque observantia, non possumus nos continere diutius , quïn eidem Vestrae Majestati suggeramus muïta passim per hoc Belgium tuum jam annis aliquot publiée gesta esse, acetîamnumgeri, non satis convenienter ; usque adeo ut non tantum temporali prosperitati harum florentissimarum olim regionum plurimum incommodarint, verum etiam ipsi catholicae fidei ac avitœ reîigioni magnam cladem attulerint, metuimusque vehementer, ne, si diutius eadem ita fîeri sinantur, adferant quotidie majorem, atque etiam ad versus polentissimam Tuam Regiam Majestatem^ ejusque posteritatem provocent iram omnipotentis Deî, qui, ut Scriptura sacra testatur, transfert regnum a gente in gentem propter injustitias, et contumelias, et diversos dolos (1); quique

(1) Eocle. cap. X, 8.

non solet etiam temporaliter inultas relinquere bonorum subditorum vexationes, innocentium oppressionés, pauperum concussiones,piarum fundationum invasiones, personarum ecclesiasticarum absque querela Deo famulantium spoliationes , aliaque his similia. Quae tanto majori cum detrimento catholicae religionis hic nobis fieri videntur, quanto plures intelligimus quotidie per ea conjici in impatientiam ac desperationem, et ab obedientia Majestatis Vestrae alienari atque repelli quodammodo , ut transfugiant ad partes rebellium haereticorum , quorum nunc, proh dolor! vires hic adeo invalescunt, ut multis oppidis atque portubus occupatis, etiam potentes exercitus terra manque ducant, omniaque infestent, diripiant, perdant; plerisque etiam in locis, quae redegerunt in suam potestatem, avitam religionem et juge sacrificium penitus extinguant, sacerdotibus omnibus, religiosisque utriusque sexus personis, partim trucidatis, partim reclusis in carceres, partim effugatis atque propulsis, templis insuper ac monasteriis (quod numquam antea sic factum est) funditus eversis.

» Quae nullo pacto diutius silentio nostro dissimulanda, sed aperte potius Majestati Tuse Catholicse insinuanda duximus , ut eis per tuam potentiam, Rex invictissime, cito efficax remedium adhibeatur. Quod (salvo judicio meliori) aegre liât, nisi aut Serenissima Tua Gatholica Majestas pro suo paterno erga afflictum nunc Belgium affectu, ipsa hue veniat; aut (si id omnino non licet) talem gubernatorem praBficiat, de

quo omnes confidere possint, quod gratiam et condonationem,quam aVestraeMajestatis clementia exspectant, resipiscentibus et misericordiam implorantibus reipsa libenterque sit exhibiturus et fideliter servaturus ; et quod ita rebelles atque obstinatos hsereticos sit persecuturus, ut protegat intérim bonos catholicos et fidèles Regise Tu» Majestatis subditos , quorum hic , laus Deo , longe maxima adhuc copia superest.

wAlterum horum ut cito fiât, quia in mora non modicum periculum inest, supplices rogamus clementissimam Catholicam Majestatem Tuam, quam Dominus Jésus Ghristus Ecclesiae suae protegendœ diutissime servet incolumem.

» Lovanii XV kalend. junias anno 1573.

» Sic subscriptum : Serenissimae Catholicse Majestatis Tuas fidèles et devoti sacellani (1). Decanus et doctores sacrce theologicae facultatis Lovaniensis, qui omnes propria manu subscripserunt :

» Joannes Molanus, Lovaniensis Decanus Facultatis pro tempore.

Michaël De Bay.

Augustinus Hunnœus.

Cornélius Reneri , Goudanus.

(4) En vertu du diplôme de Jean IV, de l'an U17, l'abbé de Parc près de Louvain , était archickapelain des ducs de Brabant. Le titre de chapelain fut donné plus tard aux docteurs, membre» de la faculté de théologie; mais on rencontre peu de pièces dans lesquelles ils s'en servent comme dans celle-ci. Voyez Chiftlet, Aula •ocra principwn BelgU; Antv., 1650, in-4*.

Robertus Malcotius, Lovaniensis.

Frater Balthazar Textor, Dominicanus.

Henricus Gravites f Lovaniensis.

Joannes Lens, Belliolanus.

Frater Antonius Senensis, Dominicanus.

Laurentius Gualteri Westerhovius.

Henricus Crockaert ab Ânderlecht.

Frater GuaUerus Rotarius, Augustinensis.

» Superscriptio : Serenissimœ et Hatholicœ Majestati PhUippi secundi Régis Hispaniarum invictissimi. »

TABLE

Faveurs spirituelles accordées par Sa Sainteté, le pape Pie IX, à l'Université catholique de Louvain. 5

Bref du Saint-Père aux rédacteurs de la Revue

catholique. 1 0

Bref du Saint-Père à M. le professeur Bcelen. 14 V immaculée Conception de la Sainte Vierge solennisée à V Université catholique; discours du père Speclman. — Fête académique de Saint Thomas. 1 7 Discours prononcé à la salle des promotions le 25 octobre 1855 par P. F. X. de Ram , recteur de V Université catholique de Louvain, après le service funèbre célébré en V église primaire de Saint-Pierre pour le repos de Vâme de M. Jacques Guillaume Crahay, professeur ordinaire oie physique et d'astronomie à la faculté des sciences. 43

Monument consacré à la mémoire de M. le vicerecteur fVaterkeyn. 61 Notice sur le docteur Binterim. 63 Notice sur le docteur de Backer. 66 Notice sur M. W. F. Van Genechten, premier en

philosophie en 1791. 68

Notice sur V ancienne Faculté de Médecine de Louvain et spécialement sur Jean Walter Viringus ; par M, le prof. Ferd. Lefebvre. 70

Opinion des théologiens de Louvain sur la ré- . pression administrative de la mendicité en 1562 et 1565. 87

Profession de foi de François Bauduin oVArras devant les théologiens de Y Université de Louvain , en 1 563 ; par M. le prof E. Nève. 1 14

Détails sur les derniers moments du comte (TEgmont, par un docteur en théologie de Louvain. 128

Les docteurs de la faculté de théologie de Louvain et le duc éTAlbe, en 1573. 136

PUBLIÉS PAR

P. F. X. DE RAM

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