C. Piret, E. Van Esschen
Les délégués de la Faculté de Philosophie,
G. BUSSCHODTS, D. DELENTRÉE, F. TOUBEAU.
Les délégués de la Faculté des Sciences, C. Laval, J. Loncin, A. Van de Putte.
ANALYSE DU MÉMOIRE DE M. LE PROF. F. NÉVE SUR LE COLLÈGE DES TROÏS-LANGUES. — RAP- PORT DE M. DE RAM SUR UN MÉMOIRE ENVOYÉ AU CONCOURS DE 1856 DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE, EN RÉPONSE A LA QUESTION SUIVANTE :
Faire l'histoire du collège des Trois-Langues à Louvain, et exposer l'influence qu'il a exercée sur le développement de la littérature classique, ainsi que sur l'étude des langues orientales (1).
Le travail présenté en réponse à la question relative à l'histoire du collège des Trois-Langues est intitulé : Mémoire historique et littéraire sur le collège des Trois-Langues à l'université de Louvain.
Évidemment, l'auteur, qui ne s'en explique point, a emprunté les premiers termes de ce titre au livre estimé de l'abbé Goujet, publié en 1758, sur le collège de France (2). Mais le plan qu'a suivi l'historien du collège des Trois-Langues diffère sous un rapport essentiel de celui qu'a suivi l'écrivain français, et il nous semble que le titre n'est pas en désaccord
(1) Extr. des Bulletins de l'Académie, tom. XXIII, p. 533-559.
(2) Mémoire historique et littéi'aire sur le collège royal de France. Paris, 4758, 3 vol. in-4*.
avec le développement qu'il a donné à la matière du travail.
Ce travail, dans toutes ses parties, se distingue par l'étendue des recherches historiques et par l'exactitude de la critique littéraire; il dénote un écrivain qui réunit à un degré remarquable les connaissances historiques et les connaissances littéraires.
Une analyse du mémoire pourra dire si mon opinion est fondée , et si l'intérêt que mes propres études et ma position personnelle portent à la question proposée par l'Académie a pu contribuer à formuler un jugement trop favorable. Le rôle de rapporteur, que je n'ai accepté que pour répondre aux instances de la Compagnie , aura donc principalement pour objet l'analyse du mémoire.
Nous avons déjà dit que le plan du mémoire de notre concours diffère essentiellement de celui qu'a suivi l'abbé Goujet. Après des préliminaires qui se rapportent à l'état extérieur des études littéraires en Belgique et à la fondation du collège des Trois-Langues (chap. I-V), l'auteur fait connaître la série des professeurs qui ont occupé, pendant trois cents ans, dans ce collège, les chaires de latin, de grec et d'hébreu (chap. VI-VIII). C'est là une histoire externe et analytique de l'établissement, semblable à celle qui, sous forme de biographies, remplit la majeure partie du livre de Goujet. Mais l'auteur du mémoire fait
succéder à ces études de détail des aperçus synthétiques , qui forment en quelque sorte l'histoire interne du collège des Trois-Langues (chap. IX-XH) ; il s'arrête, comme de raison, surtout au XVlme siècle, parce que c'est dans ce siècle que l'école de Louvain rendit le plus de services et jouit de la plus grande influence à l'intérieur de la Belgique et même au dehors.
Dans son introduction , l'auteur prend soin d'indiquer le point de vue auquel il s'est placé dans ses recherches, et les limites qu'il a dû leur assigner. Il y parle des sources imprimées et des sources inédites dont il a fait usage pour traiter une partie à peine explorée de notre histoire littéraire, et pour parvenir avec quelque chance de succès à l'appréciation des résultats généraux de la fondation du collège : c'est son droit de rappeler que l'histoire des études d'humanités, dans les provinces belgiqu es, n'a point encore été écrite jusqu'ici.
Le principal d'entre les ouvrages manuscrits que l'auteur a consultés et qu'il a fréquemment cités, c'est le recueil de notes élaborées par l'infatigable Paquot pour une édition nouvelle et fort augmentée des Fasti academici de Valerius Andréas , recueil qui a passé de la collection de Van Hulthem dans notre Bibliothèque royale. Plusieurs autres documents inédits lui sont venus en aide pour élucider différents points de son travail; mais, avec une sage précaution, il a réservé pour Y Appendice du mémoire diverses pièces dont la longueur eût entravé l'exposition du sujet dans les principaux chapitres.
Dans un premier chapitre» qui a pour titre : Coup d'œil sur l'étude des tangues et des littératures anciennes dans tes écoles des Pays-Bas , avant l*érection du collège des Trou-Langues, 1400-1520 , l'auteur déblaie le terrain sur lequel il doit asseoir ses premières recherches d'histoire et de biographie. En montrant dans une rapide esquisse que la Belgique a dû conserver, pendant le moyen âge, de même que la plupart des pays de l'Europe occidentale , une partie des méthodes et des traditions littéraires qui provenaient des derniers siècles de l'antiquité latine, il s'est attaché à préciser ce qu'on avait fait à Louvain et ailleurs au XVme siècle et au commencement du XVIme siècle pour préparer les esprits à entrer dans le mouvement littéraire de la renaissance , dont l'Italie était le point de départ.
On voit dans ce premier chapitre quelles furent les conséquences immédiates de l'érection de l'université de Louvain pour l'éducation intellectuelle de notre pays dans le cours du XVme siècle, quelle importance dut avoir la leçon d'éloquence instituée de bonne heure à la faculté des Arts , quelle fut l'influence des études de philologie faites à l'école de Deventer sur la culture des lettres anciennes à Louvain, et de quelle conséquence furent, sous le même rapport, les publications de Jean de Westphalie, premier imprimeur de cette ville.
On voit encore, dans le même chapitre, sous quels
heureux auspices s'ouvrit le XVIme siècle pour l'avenir des études littéraires a l'université de Louvain. Avant 1520, ses collèges ou pédagogies étaient'devenus des pépinières d'humanistes qui travaillaient avec émulation à la réforme des études de grammaire et de philologie latine; ils furent secondés par plusieurs hommes appartenant à la faculté des Arts et à d'autres facultés, et ils trouvèrent un auxiliaire intelligent dans le typographe Thierry Martens, d'Alost, qui s'établit à Louvain vers 1512.
Le premier chapitre est terminé par un aperçu sur la renaissance des lettres. Cette révolution intellectuelle étant jugée fort diversement de nos jours, l'auteur du mémoire a cru devoir toucher en passant à une question générale qui se rattache d'assez près à l'histoire d'un établissement littéraire fondé au commencement du XVIme siècle. A son avis , le mouvement de la renaissance était amené naturellement par le progrès des sciences qui s'était accompli , pendant les derniers temps du moyen âge, dans toutes les écoles de la chrétienté : il était dans les vues des meilleurs esprits, et il trouva de bonne heure une protection légitime auprès des chefs de l'Église catholique. Mais ce mouvement s'est-il accompli jusqu'au bout sans de graves méprises , sans des abus préjudiciables aux intérêts moraux de la société chrétienne? Il ressort des faits que l'Italie, sous les auspices de la papauté, a pris l'initiative de ce mouvement longtemps avant la réforme, et il est historiquement faux de faire intervenir celle-ci ,
comme on le répète souvent aujourd'hui , soit comme cause efficiente, soit comme effet nécessaire de la renaissance des lettres.
C'est contre les opinions extrêmes des panégyristes et des adversaires de la renaissance qu'est dirigée la dernière partie du premier chapitre : la conséquence qui découle de cette digression tend à justifier les hommes qui ont uni leurs efforts pour donner à la principale école de la Belgique l'honneur de prendre part à son tour à ce grand travail de la rénovation des méthodes et de l'étude raisonnée des langues savantes. Cet aperçu se complète par quelques considérations sur l'avènement des études hébraïques dans le monde chrétien , sur leurs premiers représentants en Italie et en Allemagne, sur les tentatives faites en plusieurs pays pour introduire la culture des langues classiques dans l'instruction publique, par exemple, la fondation de chaires nouvelles à l'université d'Alcala par le cardinal Ximénès, l'établissement d'un collège grec à Rome sous le pontificat de Léon X, l'érection de chaires particulières pour le grec dans les universités de l'Angleterre. La mention de ces faits, empruntés à l'histoire contemporaine, démontre à elle seule la haute utilité de l'entreprise qui se préparait à Louvain et dont la réalisation eut lieu au commencement du XVIme siècle.
Le deuxième chapitre est consacré à la fondation du collège des Trois-Langues , à Louvain , par Jérôme
Busleiden. L'auteur y expose les relations et les vues des hommes qui ont contribué à doter l'université de Louvain de cette institution spéciale pour l'enseignement des langues et des lettres anciennes. La personne du fondateur d'une semblable institution mérite bien d'être connue; la biographie de Busleiden occupe donc avec droit la plus grande partie de ce second chapitre. Quand on a appris à connaître le gentilhomme voué au service de l'Église et de l'État, l'ambassadeur du roi d'Espagne et le dignitaire de la métropole de Malines, on considère avec un plus vif plaisir l'homme lettré et le patron généreux des études.
Après la biographie suit l'examen du testament que Busleiden fit l'année même de sa mort (4517), et dont les dispositions principales se rapportent à l'érection d une école pour les trois langues , latine , grecque et hébraïque. Les intentions du testateur et les mesures qu'il ordonna sont ici l'objet d'une courte analyse qui fait apercevoir à quel point les idées religieuses s'alliaient dans l'esprit de Busleiden à l'amour des lettres et aux sentiments de la plus noble générosité. C'était à peu près le total de sa fortune qu'il léguait à l'école qui devait porter son nom ; sa volonté fut exactement suivie avec l'assentiment des membres les plus influents qui composaient alors la noble famille luxembourgeoise des Busleiden.
Dans le chapitre IIIœe, sur l'érection et les commen-
céments du collège des Trois-Langues , l'auteur met en scène l'ami et le confident de Busleiden, Érasme, qui l'avait encouragé dans ses projets et qui ne négligea rien pour en assurer l'exécution après sa mort.
11 est intéressant de suivre Érasme dans ses démarches et ses efforts tendants à la réussite d'une œuvre qui devait servir les intérêts de la religion et de l'État, suivant les vues de son fondateur, et qui devait donner tant d'éclat à l'université où elle serait établie.
L'auteur du mémoire a mis à contribution les œuvres d'Érasme, et surtout sa correspondance, pour retracer les vicissitudes que la fondation de Busleiden dut subir pendant une première période de vingt années, à partir de l'an 1518, date de l'ouverture des cours. Personne n'a encore, croyons-nous, profité à ce point de vue des écrits d'Érasme , acteur et témoin oculaire en ces affaires ; personne aussi n'a donné un tableau plus complet des commencements difficiles, mais d'autant plus glorieux du collège des Trois-Langues.
Beaucoup de bruit se fit autour de son berceau. Des passions et des intérêts de divers genres se liguèrent pour arrêter le premier essor de cette école. Quand le collège eut été agréé par l'autorité universitaire, en 1520, et qu'il ouvrit ses cours publics dans le local qui est resté son siège jusqu'à la fin du dernier siècle, il fut encore en butte aux insinuations et aux attaques d'un certain nombre d'adversaires, les uns mus par l'ignorance et l'envie, les
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et le culte des belles-lettres, que Léon X lui offrit la pourpre, et que deux autres papes, Adrien VI et Clément VII , donnèrent aux théologiens de Louvain des avertissements formels pour faire cesser l'hostilité ouverte que le carme Egmondanus, secondé par deux ou trois autres membres de l'université, montrait envers l'illustre humaniste (1). Au reste, on sait qu'Érasme comptait de nombreux amis à Louvain ; s'il y rencontra des adversaires , il les provoqua ordinairement lui-même, en oubliant parfois le beau rôle de restaurateur des lettres, pour s'engager avec toute la causticité et la hardiesse de son esprit dans la discussion des matières théologiques les plus délicates.
Quand Érasme eut quitté la Belgique, il ne cessa pas de soutenir les professeurs du collège des Trois- Langues dans leur tâche difficile. De Bâle et de Fribourg en Brisgau , il s'enquit toujours avec sollicitude de leur situation et de leurs efforts ; il les encouragea par ses lettres et par ses conseils; il les exhorta au zèle et à la prudence; il invoqua la protection et la générosité des grands seigneurs et des prélats qui l'estimaient, en faveur du collège dont il désirait voir s'augmenter l'influence et l'action avec l'accroissement de ses ressources. Avant qu'il mourût (1536), il put voir le collège de Busleiden en plein
(4) La lettre que Pighius écrivit, par ordre de Clément VII, le 22 juin 1525, se trouve, d'après l'autographe que je possède, parmi les pièces justificatives du mémoire.
exercice, considéré à Louvain comme une des institutions académiques les plus utiles et fréquenté par une nombreuse jeunesse. En raison de la part qu'Érasme eut à ce résultat par sa constante intervention auprès des professeurs et auprès des amis des lettres, on ne peut séparer son nom de celui de Busleiden , ni lui dénier le titre de second fondateur du CoUegium Trilingue.
Dans le chapitre IVme, qui traite de Y organisation intérieure et de l'administration du collège, l'auteur énumère toutes les particularités qui caractérisèrent rétablissement comme fondation scolaire. Non-seulement il a dû relever les dispositions prises par Busleiden pour l'entretien des trois professeurs de son école et les obligations qu'il leur imposait , mais encore il a défini le pouvoir des proviseurs de l'établissement et le rôle du président qui en avait la direction et la surveillance.
La discipline qui régnait dans l'intérieur du collège dut contribuer beaucoup à sa prospérité. A un tableau des devoirs journaliers des boursiers et des autres pensionnaires sont joints des aperçus historiques sur l'influence des principaux d'entre les présidents (1). Une attention toute particulière est donnée
(4) La série des présidents jusqu'à l'époque de la suppression du collège est l'objet d'une notice à part, dans les pièces justificatives.
à la mission d'Adrien Baecx, qui eut l'honneur de rouvrir et de réorganiser le collège au commencement du XVÏI"* siècle (1606).
Le reste du chapitre est rempli par des détails sur l'état financier du collège, depuis sa fondation jusqu'à sa suppression. Il résulte de ces détails, puisés dans un rapport dressé vers i783, que l'institution de Busleiden ne s'enrichit point par de nouveaux dons, comme plusieurs autres institutions académiques de Louvain, et qu'elle traversa l'espace d'en-, viron trois cents ans avec les seules ressources qu'elle devait à son fondateur. C'est là un fait qu'on ne peut perdre de vue pour juger la conduite des hommes qui l'ont dirigée ou qui lui ont appartenu à quelque titre : les moyens d'action n'augmentèrent point pour elle avec les besoins de la science qu'elle était parvenue à satisfaire tout d'abord.
Dans le chapitre Vme, l'auteur traite des trois langues savantes au Xf7me siècle et de l'utilité de leur enseignement public.
Les circonstances de l'érection du collège étant une fois connues, il semble nécessaire de considérer l'opportunité d'une étude régulière des trois langues à chacune desquelles Busleiden avait assigné une leçon spéciale.
L'étude du latin réclamait un enseignement suivi et méthodique pour répondre aux exigences des
sciences dont il était l'organe en quelque sorte unique , et pour satisfaire à l'idée que l'on se faisait alors de l'élégance et de l'urbanité du style ; c'était , d'ailleurs, le latin qui servait de base à toute étude de grammaire et de rhétorique.
Le grec réclamait davantage encore le secours de leçons orales qui élucidassent les éléments de la grammaire et qui en facilitassent l'application à des textes variés. C'était nécessaire au plus haut degré pour l'hébreu dont les difficultés étaient alors immenses, faute de bons livres élémentaires; la connaissance de la langue sainte ne devait cesser d'être réputée mystérieuse et obscure que quand des maîtres judicieux auraient exposé les premiers principes en dehors de toutes les subtilités rabbiniques dont on ne les avait pas encore dégagés.
Tous les hommes éclairés étaient d'accord sur la nécessité d'un enseignement public qui comprît les trois langues, présentant le plus d'intérêt littéraire et scientifique; ils ne les séparèrent point l'une de l'autre dans les plans qu'ils concevaient, et quand Busleiden institua un collège affecté à leur enseignement, Érasme et tous les humanistes vantèrent l'utilité de l'hébreu , comme celle du grec et du latin.
Cependant, pour qu'on ne se figurât point que l'étude de ces trois langues n'aurait guère commencé à Louvain qu'avec les leçons du Collegium Trilingtie, Fauteur du mémoire a soin, avant de parler des pro^fesseurs de cette école , de passer en revue les tentatives faites immédiatement avant eux à Louvain pour
réveiller et répandre le goût des langues et des lettres anciennes. Ce n'est pas la partie la moins curieuse de ce travail que l'histoire des hommes qui ont donné des leçons de grammaire et de philologie dans les pédagogies de la faculté des Arts , peu d'années avant l'ouverture du collège de Busleiden. On ne peut dénier une part dans le succès de cette institution, ni à Paludanus, professeur d'éloquence, nia tous ceux qui donnèrent à la pédagogie du Lys des leçons privées sur les langues grecque et latine, tels que J. Naevius, Jac. Geratinus, Adrien Barlandus et d'autres ; on ne peut non plus oublier les humanistes et les savants étrangers qui ont ouvert dans les mêmes années des cours publics avec l'autorisation de l'université. Citer les leçons du seul Louis Vives sur les auteurs latins, c'est indiquer un des plus puissants auxiliaires que la cause des lettres ait comptés à Louvain à l'époque où la parole d'Érasme avait donné l'impulsion à leur étude. Le moment n'était pas loin où l'on rendrait grâces à Érasme après lui avoir jeté la pierre; il avait été bon prophète en disant : Exosculabuntur illum paulo ante lapidatum Erasmum.
Dans le chapitre VIme, l'auteur s'occupe des professeurs de langue latine. Il s'étend assez longuement sur la vie , la méthode et les travaux de ces professeurs qui ont attiré le plus d'élèves à ce collège et qui
ont exercé une action, fort heureuse sur une grande partie de la jeunesse universitaire. La carrière d'Adrien Barlandus (1), de Conrad Goclenius (2), de Pierre Nannius (3) et de Cornélius Valerius est retracée ici avec d'assez amples détails pour que le lecteur reconnaisse le mérite personnel de ces maîtres , leur habileté comme écrivains et le succès de leur enseignement. Ces détails laissent apercevoir combien il y aurait d'attrait et d'instruction dans des recherches nouvelles et spéciales, historiques et bibliographiques, sur chacun de ces latinistes qui ont transformé la manière d'apprendre la langue et celle de l'écrire.
L'auteur n'a pas insisté sur la vie et les écrits de Juste Lipse , qui n'a pas enseigné au collège de Busleiden , quoiqu'il ait eu le titre et les honoraires de professeur de latin pendant les années où cet établissement fut fermé; mais il a tenté de montrer l'influence que le talent et les opinions de cet illustre savant ont exercée sur le sort des études latines, à Louvain, pendant le XVIIme siècle (4).
(4) L'appendice donne une bibliographie curieuse des nombreu ses élucubrations philologiques de Barlandus.
(î) Au sujet de ce savant, l'auteur du mémoire entre dans des détails intéressants tirés de l'Oraison funèbre , par Nannius , pièce très-rare.
(3) Divers traités de ce professeur ont été consultés par l'auteur, en vue de signaler la direction qu'il donnait à l'étude des humanités.
(4) Selon l'auteur du mémoire , on attend encore une biographie
L'auteur esquisse ensuite la biographie d'Erycius Puteanus, de Vernulaeus et des autres professeurs de latin dans ce même siècle, en faisant ressortir la grande utilité d'ouvrages et de notices biographiques qui seraient consacrés spécialement a chacun de ces hommes (1). Il s'est borné, pour rester dans de justes limites, à indiquer les plus célèbres de leurs travaux relatifs à l'étude de la langue et de la littérature latines,, et à caractériser les méprises auxquelles ils ont cédé , faute de goût ou de jugement , dans leurs œuvres comme dans leurs leçons et leur critique; il n'a pu leur accorder indistinctement un savoir égal à leur ancienne célébrité.
Le chapitre VIIme est relatif aux professeurs de langue grecque. On trouve ici plusieurs biographies élaborées avec le plus grand soin. On y remarque tes notices relatives à Rutger Rescius , qui a formé un grand nombre d'hellénistes, malgré le tort qu'on lui a reproché de s'être laissé absorber par les travaux de son imprimerie ; à Adrien Amerotius , qui donna , en 1520 , un abrégé de grammaire grecque très-riche
complète et critique de Juste Lipse. Le travail de M. de Reiflenberg est loin de combler, sous tous les rapports,' cette lacune de notre histoire littéraire.
(4) C'est encore un des desiderata de notre histoire littéraire auxquels , selon l'auteur du mémoire , de patients humanistes et bibliographes devraient donner satisfaction.
en exemples et en tableaux des formes de la langue; à P. Castellanus , qui avait une érudition sûre puisée directement aux sources , et qui se préparait à une étude approfondie de l'antiquité grecque (1); enfin , à Leemput, un des derniers maîtres du collège , qui a donné un abrégé de grammaire grecque, clair et méthodique, imprimé deux fois (1782 et 4797), et qui , certes, ne mérite pas le dédain qu'a manifesté un de ses élèves , feu M. Van Huit hem (2).
La série des professeurs de grec n'est pas aussi brillante que celle des professeurs de latin ; cependant on doit considérer les premiers d'entre eux comme les fondateurs de l'étude et de l'enseignement de cette langue dans les Pays-Bays. A ce titre, quelques-uns auraient droit à une biographie critique et détaillée, embrassant leur méthode et leurs écrits; mais le mémoire, déjà assez étendu , ne comporte pas ces développements, et nous devons savoir gré à l'auteur d'avoir su se borner à l'essentiel.
(*) L'auteur do mémoire a examiné plusieurs traités de Castellanus qui témoignent d'un savoir précis uni à beaucoup de goût dans la forme, et qui l'auraient rendu le digne émule de Meursiua et des érudits de la Hollande, s'il eût vécu plus longtemps.
(2) M. de Rciffenberg et d'autres ont entendu comme moi avancer par ce bibliophile que Leemput n'était pas en état de traduire Ésope. J'ai connu plusieurs anciens étudiants de Louvain qui avaient suivi le cours de Leemput r et qui parlaient avec éloge et avec reconnaissance des leçons de leur professeur et de la clarté de ses explications des principaux modèles de la littérature grecque.
Dans le chapitre VIIIme, l'auteur expose avec assez de développement l'histoire des professeurs de langue hébraïque (1). En cette branche d'enseignement , le collège rendit d'ancienne date et longtemps des services signalés aux sciences théologiques. C'est un beau nom scientifique que celui de Jean Gampensis , qui donna, en Belgique % le premier traité sur la langue hébraïque (1528) et qui eut l'honneur de compter à son école Nicolas Gleynaerts. C'est encore un nom digne de respect que celui d'André Gennep, dit Baienus, qui forma, pendant une longue suite d'années, une école d'hébraïsants capables de se livrer avec fruit aux études d'exégèse biblique.
Valerius Andréas, au siècle suivant, a relevé l'enseignement de l'hébreu, qui n'a plus été suspendu jusqu'à la suppression du collège. Son successeur , Jean de Sauter, ne manqua ni de zèle ni d'habileté. Dans la seconde moitié du XYIII™6 siècle, on dut encore rendre un sincère hommage au dévouement de Paquot. L'auteur du mémoire nous fait connaître tout ce que ce savant et laborieux membre de notre Compagnie a fait lui-même pour attirer de nouveau
(4) Il y a des renseignements fort instructifs pour la connaissance des relations établies, au commencement du XVI*** siècle, entre les principales écoles européennes, dans la biographie des trois étrangers qui occupèrent tout d'abord la chaire d'hébreu , un juif espagnol et deux Anglais.
l'attention des théologiens sur la langue hébraïque et les applications de la philologie à la science des Écritures : la plupart de ces travaux de Paquot, auxquels , en présence de ses grandes publications, on n'a point paru jusqu'ici prendre garde, existent encore en manuscrit dans notre Bibliothèque royale. L'auteur pense qu'il ne serait pas inutile de faire, au point de vue de la théologie et de l'exégèse, un examen critique de ces travaux, et à ce sujet il signale encore une lacune de notre biographie nationale qui n'est certainement pas comblée par la notice de M. Goethals sur Paquot, dans ses Lectures, t. II.
Les quatre derniers chapitres du mémoire sont réservés à l'appréciation des résultats scientifiques et littéraires du collège. Les deux premiers , le lXme et leXme, concernent le XVIme siècle, qui fut le temps de la splendeur de cet établissement; dans l'un, on examine avec quels procédés et dans quel esprit furent alors dirigées les études littéraires et philologiques; dans l'autre, on recherche et on apprécie tour à tour les fruits principaux que la Belgique retira de ces études.
Dans le chapitre IXme se présentent d'abord des aperçus historiques et littéraires sur les textes qui servirent à l'enseignement des langues grecque et latine, sur le choix des classiques païens et des écrivains chrétiens qui furent expliqués en concurrence
dans ce but, ainsi que sur la préférence donnée à quelques auteurs pris comme modèles du goût littéraire : c'est à propos de ces questions que l'auteur expose les conseils que Barlandus donnait aux humanistes et parle des suffrages d'Érasme acquis à la conduite prudente des professeurs du collège des Trois-Langues. Puis viennent d'autres aperçus sur les divers genres de composition auxquels s'appliquaient les études latines renouvelées avec plein succès par les maîtres du même collège (1). Ensuite, c'est le tour des études grecques en faveur desquelles le zèle des professeurs fut si bien secondé par l'activité de Thierry Martens et par l'intelligence de Rutger Rescius. Il était juste de faire hommage aux hellénistes du collège des Trois-Langues de cette belle collection d'impressions grecques que Thierry Martens offrait à la jeunesse universitaire , remplie d'ardeur pour l'étude des langues anciennes (2). Enfin , il s'agit de la version des auteurs grecs en latin comme d'un des
(i) La plupart de ces maîtres appartenaient à Tordre ecclésiastique, et out travaillé à répandre la connaissance des classiques anciens dans une juste mesure.
(S) L'auteur du mémoire a mis ici à profit les notices bibliographiques qui ornent l'ouvrage du père Van Isegbem sur le célèbre imprimeur d'Àlost. Nous avons relevé pilleurs une singulière méprise de cet écrivain sur la Profession de Rutger Rescias, méprise qui a été rectifiée par deux cartons. Voyez les Bulletins de l'Académie, t. XXI, part. I", p. 365, les Considérations sur l'histoire de l'université de Louvain, p. 46, et la Revue catholique, t. III, série *■•, p. 598.
travaux qui ont fait avancer le mieux la philologie à Louvain; l'exemple de Nannius et les observations judicieuses de ce maître sur les avantages et les difficultés de semblables traductions démontrent l'importance de cette tâche sous le double rapport de la philologie et de la littérature ; en même temps que le traducteur mettait en valeur toutes les ressources de la- phraséologie et delà syntaxe latine, il enrichissait les écoles des monuments d'une autre langue et d'une autre civilisation de l'antiquité. Qu'on sache bien, toutefois, que ce labeur n'eut rien d'exclusif, les Pères de l'Église grecque y eurent leur part à côté des écrivains du paganisme, et c'est Érasme lui-môme qui, dans une lettre éloquente à un président du collège des Trois^Langues (1), recommanda aux membres de cette école de chercher dans les œuvres des Pères les préceptes de l'art oratoire appliqué aux idées chrétiennes.
L'hébreu ne fut pas moins bien partagé que le grec dans le même siècle. L'étude de cette langue avait été fondée par les leçons ainsi que par les livres de Campensis et de Nicolas Cleynarts ; André Gennep n'eut plus qu'à la faire fructifier par la lucidité de son enseignement. On ne peut douter que les fruits n'en aient été fort abondants , quand on voit plusieurs théologiens belges s'occuper des saintes Écritures avec le
(4) Fribourg, 4527. — L'auteur du mémoire a traduit en grande partie cette lettre.
secours des langues , et surtout quand on voit l'appel fait par Arias Montanus à l'université et à ses théologiens pour l'édition de la Polyglotte d'Anvers.
L'auteur du mémoire a déterminé les rapports du docte Espagnol avec l'université, à l'aide de l'éloge historique écrit en espagnol par un membre de l'Académie d'histoire de Madrid , dom Gonzalez Carvajal , et il s'est appuyé sur une pièce inédite (reproduite à Y Appendice) pour éclairer la part de conseil, de surveillance et de travail qui fut demandée à l'université, en 1568, par Arias Montanus. Il a aussi recherché ce qu'a fait dans l'exécution des BibLa regia, Augustin Hunnaeus , théologien d'un profond savoir, qui avait étudié et enseigné l'hébreu au collège des Trois-Langues, et avec lui Cornélius Reineri, dit Goudanus, qui lui fut adjoint dans la révision des textes; il a également indiqué quel fut le mérite d'un jeune linguiste qui leur fut associé, Jean Harlemius, de la Compagnie de Jésus, ancien professeur du collège des Trois-Langues. André Masius, ancien élève du même collège , qui a fourni à la Polyglotte la grammaire et le dictionnaire syriaques, est cité à la suite de ces théologiens.
Le chapitre IXme est terminé par des extraits des sonnets , composés par Guy Lefèvre de la Boderie , en l'honneur des savants de notre pays qui ont concouru, avec des savants étrangers, à l'achèvement des travaux de linguistique qu'exigeait la publication des Biblia regia d'Anvers.
Tout le chapitre X™ est destiné à mettre en lumière les conséquences fort heureuses que l'érection du collège de Busleiden eut pour la culture intellectuelle de la Belgique et des pays voisins, dans le cours du premier siècle de son existence.
Cet établissement, a dit l'historien anglais Hallam (J), produisit une foule d'hommes distingués par leur érudition et par leurs talents. L'auteur du mémoire l'a démontré en examinant tour à tour divers ordres de faits. Le premier qu'il prend en considération, c'est l'éducation littéraire que reçurent, au collège des Trois-Langues, des hommes de haute naissance destinés à la conduite des affaires et a 1 exercice de hautes magistratures. Érasme avait deviné juste quand il énumérait tous les genres de services que rendraient au souverain et à l'État ceux qui sortiraient de cette école. Valerius Andréas n*a pas manqué de la glorifier de ce chef, dans son panégyrique de l'université prononcé en 1627.
H n'y a pas moins d'intérêt dans la revue que tau ensuite l'auteur de toutes les données qui prouvent Tinfluence des leçons du collège des Trois-Langues sur plusieurs sciences , et spécialement sur l'éducation et sur renseignement des humanités; il constate quelle large part les langues anciennes obtinrent alors dans les études d'une foule de théologiens, de juns-
(*) Hiitoire de la littérature «te l'Europe , t. 1, P- *78'
consultes et de médecins , et quel changement s'opéra dans la plupart des écoles secondaires, grâce à la diffusion des méthodes et des livres des professeurs de Louvain. Ici sont énumérés de nombreux traités de grammaire grecque et latine qui virent le jour à la faveur de l'impulsion donnée récemment aux travaux de philologie; ici encore sont appréciés à leur juste valeur les bienfaits de l'enseignement judicieux des Goclenius et des G. Valerius, qui répandit dans toute la Belgique l'usage d'une excellente latinité et les meilleures notions du beau littéraire.
Ensuite, l'attention du lecteur est attirée sur diverses circonstances qui révèlent suffisamment l'essor donné aux études littéraires pendant le XVIme siècle, lorsque le collège de Busleiden était en pleine activité. Pour satisfaire aux habitudes studieuses de la jeunesse, des leçons publiques sur les langues furent faites par des savants étrangers en dehors de celles du collège : aux noms d'Hieronymus Elenus , de Boètius Epo et d'Amyot il faut joindre ceux de deux juifs allemands convertis , Jean- Isaac Levita et son fils Etienne, qui donnèrent, à Louvain, des leçons d'hébreu pendant le professorat de Gennep (1). Puis, tandis que le goût des lettres classiques se répandait dans toutes nos villes, ornait les loisirs de nos anciens magistrats et provoquait même quelquefois
(1) Une biographie de ces deux étrangers a été tirée par l'auteur du mémoire des notes inédites de Paquot et placée parmi les pièces justificatives.
des travaux remarquables au milieu des plus modestes fonctions de l'enseignement (1), des humanistes et des philologues qui étaient sortis du collège des Trois-Langues, Suffridus Pétri , Godefroid Fabricius , Jean Boscius, étaient appelés dans les universités allemandes d'Ingolstadt et d'Erfurt, pour y occuper des chaires d'éloquence et de belles-lettres.
Ce sont là des témoignages qui donnent, nous semble-t-il, la meilleure idée de l'activité qui avait régné autour des chaires de Busleiden , au grand profit de l'université de Louvain et de toutes les institutions analogues dont celle-ci était alors le centre et la lumière.
Mais il est encore un autre résultat qui devait être exposé à la suite de ces premières données , c'est la création d'une vaste école d'érudition littéraire et philologique qui brilla dans les Pays-Bas et au dehors dans la seconde moitié du XVIme siècle et au commencement du XVHme. Cette école compta parmi ses représentants les plus fameux qui se glorifièrent d'avoir reçu des maîtres de Louvain les éléments des sciences et des lettres : André Schott, Juste Lipse, Laevinus Torrentius, Livinaeus, Guillaume Canterus, et avec eux des latinistes habiles, des critiques exercés, des historiens et des philologues aptes à l'investigation de toutes les questions et à l'explica-
(1) L'auteur relève ici le bel exemple de P. Leopardus, professeur à Hondscbote.
tion de tous les monuments. La Belgique le disputait alors à toutes les autres nations dans le champ de la littérature classique ; et si elle avait pu, au commencement du siècle, revendiquer la renommée d'Erasme parmi les chefs du mouvement littéraire et les arbitres de l'opinion, elle pouvait se glorifier, à la fin du siècle, du nom de Juste Lipse, qui n'était inférieur dans la science à aucun autre du même temps (1).
Le chapitre Xme est terminé par deux rapprochements dignes de remarque. Le collège des Trois-Langues a fondé chez nous l'étude des langues savantes et a produit un mouvement littéraire favorable au progrès de toutes les sciences, à l'époque même où les principaux maîtres du parti de la réforme en Allemagne se plaignaient hautement du désordre et de l'abandon de leurs écoles; si, à la fin du même siècle, le malheur du temps priva la Belgique des lumières d'un grand nombre de ses enfants les plus distingués qui se fixèrent sur le sol étranger , il est juste de rappeler qu'ils avaient puisé leur savoir à l'université de Louvain.
D'autre part, pendant son premier siècle, le collège desTrois-Langues, fondation d'un particulier, a
(4) Un tableau complet de la Belgique savante et littéraire à cette époque aurait dépassé les proportions du mémoire; ce serait plutôt l'objet d'un ouvrage à part dans lequel on montrerait ce que les écoles étrangères, celles de Hollande et d'Allemagne, ont dû à la Belgique du XVI** siècle : il conviendrait peut-être d'y faire attention pour le concours de 4887.
exercé en faveur des lettres anciennes une action fort étendue qui autorise un parallèle avec le collège royal de France, érigé, en 1530, par François Ier. Si ce parallèle manque de toute justesse dans les siècles suivants , puisque l'établissement de Paris a été doté par les rois de nombreuses chaires pour diverses sciences, cependant au XVIme siècle, le rôle des humanistes qui enseignèrent dans l'une et l'autre école présente une très-grande ressemblance, et, à l'époque de Juste Lipse, notre école de philologie et de critique n'avait peut-être rien à envier à l'école de Paris.
Le chapitre XI,ne est une revue des circonstances qui révèlent la situation du collège des Trois-Langues au XYIIme siècle. L'enseignement des sciences poursuivit alors son cours dans les facultés de l'université, et la langue latine, qui fut leur organe, se soutint à un niveau assez élevé. Il y eut encore des hommes habiles, laborieux et dévoués dans le nombre de ceux qui occupèrent les chaires de Busleiden ; mais ils ne réussirent pas cependant à rendre à cet établissement spécial l'empire qu'il avait eu sur l'éducation de la jeunesse et sur la destinée des hautes études. Il arriva que plusieurs de ses maîtres , d'ailleurs fort renommés de leur temps, abandonnèrent la voie qui leur avait été tracée par leurs prédécesseurs : ils altérèrent sensiblement les principes du goût littéraire qui avaient dominé naguère dans toutes les
productions de la nouvelle littérature latine, et ils cessèrent de diriger les forces de l'élite de la jeunesse vers les travaux d'une érudition classique, féconde et solide comme celle de l'âge précédent. Quelques abus qui s'étaient introduits dans les habitudes vdu corps enseignant rendent raison de cette différence si marquée d'un siècle à l'autre , dans les résultats généraux de la môme institution.
Le chapitre XIIme résume les conclusions que l'on peut tirer de la biographie des professeurs du collège des Trois- Langues, ainsi que d'autres données historiques sur l'état du collège pendant le XVIUme siècle. Il ne manqua pas d'hommes zélés parmi ses maîtres, et il y eut dans le même temps, parmi les théologiens et les autres membres de l'université, des esprits éclairés qui firent valoir Futilité de l'étude des langues savantes , non-seulement pour la théologie et l'Écriture sainte, mais encore pour bien d'autres sciences. L'auteur du mémoire a pris la peine d'indiquer quelques thèses défendues publiquement en faveur de cette opinion, et il a exposé les réclamations faites en 1722, avec beaucoup de sens et beaucoup d'énergie, par J.-B. Schoeps, pléban de Saint-Pierre, dans l'intérêt des études grecques qu'il voyait languir. Malheureusement, on ne s'entendit pas pour prendre des mesures efficaces qui eussent restitué à l'enseignement des langues et des lettres sa première portée el
une partie de son premier éclat : il est à regretter qu'il n'y ait pas eu, au siècle passé, accord entre les pouvoirs constitués pour donner ce genre de secours et d'appui à la culture des différentes sciences que des leçons régulières ont maintenues à une hauteur incontestable au sein de l'université jusqu'à ses derniers jours.
Le collège de Busleiden avait fourni une carrière d'environ trois cents années ; il eut un âge glorieux qu'on appellerait volontiers avec l'auteur du mémoire son âge héroïque. Quand le collège fut réduit plus tard aux seules ressources de sa fondation (fondation fort modeste, comme il est démontré au chap. IVrae), et quand il ne porta plus son action dans une sphère aussi étendue , on ne peut mettre en doute qu'il n'ait encore rempli une mission d'utilité pratique auprès d'une partie de la jeunesse.
Il nous reste à dire un mot des pièces justificatives et des deux index qui sont placés à la suite du mémoire.
Parmi les pièces justificatives qui forment Y Appendice, la plus étendue est l'extrait du testament de J. Busleiden, relatif à la fondation du Collegium Trilingue. Cet extrait est aussi intéressant que curieux, en ce qu'il montre sous son vrai jour la direction et l'élévation de l'esprit du fondateur, ainsi que le régime intérieur d'un de ces anciens collèges académiques de
Louvain , où les pratiques de la vie chrétienne se conciliaient avec les devoirs et les travaux de l'éducation scientifique. Le testament est publié au tome IV des Diplomata de Miraeus , mais l'extrait dont nous parlons ne nous paraît pas inutile ou déplacé à la suite du mémoire.
Les autres pièces de Y Appendice, la plupart inédites, viennent toujours à l'appui de quelque fait important que l'auteur a voulu mettre en lumière dans le corps de son travail.
\J Appendice est suivi de l'ébauche de deux tables alphabétiques auxquelles l'auteur, comme il le déclare, aimerait à pouvoir donner un plus grand développement.
L'une est un Index Littéraire, énumérantles auteurs anciens publiés , expliqués , traduits ou commentés , soit par des professeurs du collège, soit par leurs collaborateurs et leurs élèves , ainsi que les livres de grammaire et de philologie qui appartiennent à la même école.
L'autre est un Onomasticon, ou index historique et biographique, renfermant les noms de tous les personnages mentionnés dans le mémoire, à titre de professeurs ou de présidents, de protecteurs des lettres , de savants et d'écrivains.
Puisque plusieurs chapitres du mémoire donnent une sorte de programme des travaux qu'il importerait d'accomplir pour faire l'histoire des humanités, celle des lettres latines et celle de l'érudition classique en Belgique, nous croyons que le complément de ces deux tables serait d'une grande utilité.
Si l'Académie adopte les conclusions que je vais lui soumettre , l'auteur du mémoire pourrait être autorisé à donner, dans certaines limites , quelques développements aux deux tables : il serait invité à donner à Y Index littéraire ce degré d'achèvement qui en rendrait l'usage utile à ceux qui s'occuperont dorénavant de recherches d'histoire littéraire et de l'histoire de la pédagogie ; il serait invité de même à donner à YOnomasticon assez de développement pour faciliter la consultation du mémoire relativement à chaque personnage, mais sans renseigner dans cette table les faits particuliers attribués à chacun des hommes cités. De la sorte, l'un et l'autre index ne dépasseraient guère, me semble-t-il, une feuille ou une feuille et demie d'impression.
Après une analyse trop longue peut-être , mais que le mérite du mémoire justifie, les conclusions du rapporteur se formulent aisément : L'auteur a rempli de la manière la plus distinguée les conditions du concours , et son œuvre sera , à mon avis , une des plus remarquables monographies historiques éditées par l'Académie; en conséquence, j'ai l'honneur de proposer à la Compagnie de décerner à l'auteur la médaille d'or et de voter l'impression du mémoire dans le recueil in-quarto des mémoires académiques (1).
(4) Le mémoire, formant X et 448 pp. in-4*, a été imprimé dans le tom. XXVIII des Mémoire* couronné* de l'Académie.
dans ce but, ainsi que sur la préférence donnée à quelques auteurs pris comme modèles du goût littéraire : c'est à propos de ces questions que l'auteur expose les conseils que Barlandus donnait aux humanistes et parle des suffrages d'Érasme acquis à la conduite prudente des professeurs du collège des Trois-Langues. Puis viennent d'autres aperçus sur les divers genres de composition auxquels s'appliquaient les études latines renouvelées avec plein succès par les maîtres du même collège (1). Ensuite, c'est le tour des études grecques en faveur desquelles le zèle des professeurs fut si bien secondé par l'activité de Thierry Martens et par l'intelligence de Rutger Rescius. Il était juste de faire hommage aux hellénistes du collège des Trois-Langues de cette belle collection d'impressions grecques que Thierry Martens offrait à la jeunesse universitaire , remplie d'ardeur pour l'étude des langues anciennes (2). Enfin, il s'agit de la version des auteurs grecs en latin comme d'un des
(1) La plupart de ces maîtres appartenaient à l'ordre ecclésiastique, et ont travaillé à répandre la connaissance des classiques anciens dans une juste mesure.
(î) L'auteur du mémoire a mis ici à profit les notices bibliographiques qui ornent l'ouvrage du père Van Isegbem sur le célèbre imprimeur d'Alost. Nous avons relevé pilleurs une singulière méprise de cet écrivain sur la Profession de Rutger Rescius, méprise qui a été rectifiée par deux cartons. Voyez les Bulletin* de l'Académie, t. XXI, part. I", p. 365, les Considération» sur l'histoire de l'université de Louvain, p. 46, et la Revue catholique, t. III, série V, p. 598.
travaux qui ont fait avancer le mieux la philologie à Louvain; l'exemple de Nannius et les observations judicieuses de ce maître sur les avantages et les difficultés de semblables traductions démontrent l'importance de cette tâche sous le double rapport de la philologie et de la littérature ; en même temps que le traducteur mettait en valeur toutes les ressources de la phraséologie et delà syntaxe latine, il enrichissait les écoles des monuments d'une autre langue et d'une •autre civilisation de l'antiquité. Qu'on sache bien, toutefois , que ce labeur n'eut rien d'exclusif, les Pères de l'Église grecque y eurent leur part à côté des écrivains du paganisme, et c'est Érasme lui-môme qui, dans une lettre éloquente à un président du collège des Trois-Langues (1), recommanda aux membres de cette école de chercher dans les œuvres des Pères les préceptes de l'art oratoire appliqué aux idées chrétiennes.
L'hébreu ne fut pas moins bien partagé que le grec dans le même siècle. L'étude de cette langue avait été fondée par les leçons ainsi que par les livres de Campensis et de Nicolas Cleynarts ; André Gennep n'eut plus qu'à la faire fructifier par la lucidité de son enseignement. On ne peut douter que les fruits n'en aient été fort abondants , quand on voit plusieurs théologiens belges s'occuper des saintes Écritures avec le
(4) Fribourg, 4527. —L'auteur du mémoire a traduit en grande partie cette lettre.
jusqu'à ceux que leur délicatesse dérobe à nos observations, tel est le programme que cette génération savante semble avoir pris à tâche de réaliser.
Ce cadre gigantesque n'a pas été rempli, il s'en faut; mais, sans parler du prodigieux avancement des sciences expérimentales, dont il a été l'auxiliaire plus qu'on ne semble aujourd'hui l'avouer, là nécessité de perfectionner l'instrument de ces profondes recherches fit faire des pas immenses à l'analyse ellemême, dont chaque difficulté nouvelle semble retremper les armes et multiplier les ressources. Par une réaction naturelle , les théories de la mécanique , sous l'influence des progrès de l'analyse , se généralisèrent et reçurent de vastes développements, en même temps qu'elles se trouvaient rattachées à un principe fondamental : ainsi fut créée la mécanique rationnelle, l'intermédiaire entre l'algèbre pure et les sciences d'application. Parmi celles-ci, aucune n'était plus digne de solliciter les recherches des géomètres que la théorie, tant de fois ébauchée, du mouvement des corps célestes : entre les mains des hommes dont nous avons cité les noms , le principe de l'attraction , développé et poursuivi dans ses dernières conséquences , vint rendre raison des perturbations imperceptibles que l'astronomie la plus parfaite pouvait seule saisir dans les cieux, il servit à en donner la mesure , à en dénoncer d'autres qui échappaient à l'observation.
Si la complication des éléments du problème n'a pas permis d'étendre à la physique entière un travail
aussi complet et aussi satisfaisant, on ne peut cependant se défendre d'un sentiment d'admiration à la vue de ce qui a été fait dans cette voie. La physique mathématique prend naissance au sein de cette école : elle ne fait que d'apparaître, et déjà Fourier, Poisson tentent de soumettre au calcul les phénomènes de la chaleur; Laplace, Gauss abordent les actions capillaires ; Ampère fonde sur des faits bien étudiés sa consciencieuse théorie de l'électricité dynamique; enfin, d'un système dédaigné depuis longtemps sort une optique nouvelle, et l'analyse, développant les lois des vibrations lumineuses, voit surgir de ses formules compliquées des phénomènes inaperçus, inattendus, que l'expérience vient pleinement confirmer.
Si donc l'extension de l'analyse mathématique et son usage presqu'exclusif pour résoudre les questions du système du monde caractérisent nettement Técole d'Euler et de Lagrange , la multitude et la perfection des œuvres qu'elle a produites suffisent pour justifier sa renommée, et attirer l'attention sur les géomètres qui lui ont appartenu. En outre, l'élégance que les savants de cette école ont su répandre dans leurs écrits mathématiques rendra toujours ceux-ci précieux à méditer, et, sous ce rapport, le géomètre qui nous occupe tient un rang distingué dans la science.
Gaspard-Michel-Marie Pagani , né le 12 février 1796, a San-Giorgio , dans la Lomellina (États-Sardes) , fut orphelin de très-bonne heure : il reçut néanmoins,
sous la direction d'un parent de sa mère, une éducation soignée, qui développa rapidement les heureuses facultés dont le ciel l'avait doué. Sa jeunesse, absorbée par de fortes et brillantes études, s'écoula sans presque éprouver l'influence des événements extérieurs , si ce n'est dans une circonstance qui lui fait trop d'honneur pour être passée sous silence : son frère aîné, appelé à faire partie d'une garde créée par l'empereur Napoléon , n'abandonnait pas sans répugnance sa position déjà faite, pour la carrière des armes , lorsque le jeune Pagani (il avait alors de seize à dix-sept ans) vint s'offrir à sa place au général Despinoit, qui accepta ce dévoùment d'un frère et ne tarda pas à concevoir l'opinion la plus favorable du mérite du jeune piémontais.
Cependant Pagani quitta le service au bout de peu de temps , pour revenir à ses chères études , qu'il reprit à l'université de Turin sous l'impulsion de deux mathématiciens éminents, MM. J. Plana et Georges Bidone. Il se préparait alors à la carrière d'ingénieur civil, et il obtint ce titre à la suite de plusieurs examens brillamment subis sur l'analyse, la mécanique et les sciences d'application (12 août 1816, 9 janvier et 23 juin 1817). Les termes dans lesquels son diplôme lui lut délivré sont des plus flatteurs, et montrent que les connaissances spéculatives du géomètre ne faisaient aucun tort à l'habileté et à l'expérience de l'ingénieur : c'est là un des côtés les moins connus de cette intelligence, qui a tant de fois étonné ses amis par des aptitudes multiples.
condamné. Plusieurs hommes qui occupaient un rang élevé dans la science ou dans le monde, MM. Quetelet, de Nieuport , d'Otrange , d'autres encore, appréciant aussitôt l'étendue et la solidité de ses connaissances, lui témoignèrent un vif intérêt, et s'efforcèrent de lui adoucir ce que les premiers moments de son séjour à Bruxelles durent avoir de pénible. Plusieurs élèves s'attachèrent à lui ; bientôt il fut répandu dans la société des notabilités de la science et de la littérature , et s'associa aux efforts qui se faisaient autour de lui pour développer l'esprit scientifique au sein de la nation.
Ces efforts n'étaient pas sans résultat : sous l'impulsion de quelques hommes actifs, une heureuse tendance se manifestait en Belgique vers les travaux de l'intelligence. Pagani se trouva lancé, plein de jeunesse et d'élan , dans ce mouvement bien fait pour le passionner, et y apporta le concours de ses connaissances acquises et d'une organisation pleine d'avenir.
Dès 1824, un essai sur l'équilibre des systèmes légèrement déformables lui valut l'approbation de l'Académie; le 7 mai de la même année, la médaille d'or fut décernée à son mémoire sur les lignes spiriques. La question, proposée en 1821 sur l'avis du commandeur de Nieuport, était celle-ci : On sait que les lignes spiriquts ou sections annulaires sont des courbes formées par l'intersection d'un plan avec La surface du solide engendré par la circonvolution d'un cercle autour d'un axe donné de position. On demande l'équation générale de ces courbes, et la discussion complète de cette équation.
Le mémoire de Pagani (1) porte l'épigraphe : Nisi utile est qtwd facimus , stulta est gloria , — ce qui peut être regardé comme une censure du choix de la question : les lignes spiriques en effet, sur lesquelles on possède seulement quelques recherches de Perséus, résumées par le commentateur Proclus, ne paraissaient pas à Pagani appelées à jouer un rôle bien important ni dans la nature ni dans les applications industrielles. Son travail est divisé en deux parties : dans la première , qui n'a que quelques pages, l'auteur établit l'équation de la surface annulaire sous une forme simple, tout en la préparant de manière à donner toutes les courbes qui répondent à la question : il en déduit immédiatement l'équation générale des lignes spiriques et les caractères auxquels on reconnaît qu'une équation du quatrième degré représente une telle ligne.
La seconde partie a pour objet la discussion de l'équation, le point important du problème posé par l'Académie : après avoir groupé les formules qui sont les éléments nécessaires d'une étude semblable , l'auteur détermine la base sur laquelle il fonde la division des lignes spiriques en trois genres, d'après le nombre et les relations de leurs branches, — il étudie successivement les variétés qui se rencontrent dans chaque genre; une récapitulation , qui présente sous une forme très-concise les principaux résultats de la discussion , termine son travail et le résume.
(t) Mémoire* couronnés par l'académie de BruxeUe* , t. V, 1814.
Le mémoire , écrit avec beaucoup de simplicité et de méthode, manifestait déjà ces précieuses qualités de lucidité et d'élégance qui distinguent les écrits de Pagani et dont il avait puisé le secret dans une étude approfondie des travaux de Lagrange. C'est là, nous semble-t-il, le principal mérite du mémoire sur les lignes spiriques, auquel on aurait tort d'attribuer une valeur exagérée comme expression de ce que pouvait tenter son auteur : travail accidentel , provoqué par une question de concours, il ne se rattache par le fond ni à ses recherches postérieures, ni aux affinités naturelles de son intelligence, bien qu'il porte dans sa forme l'empreinte du talent de Pagani comme analyste. Ainsi , il résout complètement , soigneusement, la question proposée, mais rien de plus; les propriétés géométriques des lignes spiriques n'y sont pas mentionnées : en un mot, c'est l'œuvre d'un algébriste habile plutôt que d'un géomètre. Cependant, si l'on observe que dans un cas particulier la ligne spirique est une lemniscate , cette courbe si curieuse par les propriétés dont elle jouit, n'est-on pas amené à penser que la recherche des propriétés géométriques des lignes spiriques eût été de nature à répandre un vif intérêt sur ce mémoire? Cette idée ne paraît pas avoir tenté Pagani, dont l'esprit tourné vers l'analyse n'avait aucune sympathie pour les spéculations de la géométrie pure.
Il en est tout autrement du mémoire qu'il présenta en réponse à la question proposée par l'Académie sur le mouvement du fil flexible, et qui fuf également
jugé digne de la médaille d'or (1). Ici le sujet rentrait dans le cercle de ses études de prédilection , et Pagani agissait sur un terrain où il se sentait maître : en outre, la question touchait par plusieurs points aux plus récents progrès des méthodes analytiques dans la physique mathématique, ce qui doublait l'attrait d'une étude sérieuse et l'honneur du succès. Aussi ce mémoire, longuement médité et très-soigné dans la forme , peut-il être regardé comme l'un de ses meilleurs travaux , et l'un de ceux où il a laissé la plus profonde empreinte de lui-même.
Mais déjà Pagani appartenait à l'Académie, lorsque le résultat de ce concours fut connu : le 28 mars 1825, à la suite d'un rapport très-favorable de MM. Quetelet et Dandelin sur son mémoire relatif au principe des vitesses virtuelles , il fut élu à l'unanimité membre de l'Académie. L'écrit qui lui valut cet honneur (2) appartient à une suite d'études auxquelles son auteur revint à de longs intervalles , et qui avaient pour but de donner aux théories générales de la mécanique une exposition plus claire et plus simple , une forme plus élégante et plus précise qu'on ne l'avait fait avant lui.
Ici, Pagani s'était proposé : d'établir à priori et
(4) Une médaille d'argent avait été antérieurement accordée à M. Martens, aujourd'hui professeur de chimie et de botanique à l'Université catholique, et qui s'occupait alors accidentellement de questions mathématiques.
(*) Mémoire* de l'Académie royale de Bruxelles , iom. III.
d'une manière rigoureuse le principe des vitesses virtuelles dans toute sa généralité, sans rien emprunter à la science que les axiomes fondamentaux; — d'en tirer par une méthode nouvelle et très-simple les équations générales de l'équilibre des corps solides;—enfin, en combinant ce principe avec celui de d'Alembert, de démontrer les théorèmes généraux sur le mouvement des systèmes isolés ou continus. C'était en quelque sorte une perspective de toute la mécanique rationnelle, où les grandes théories de cette science, condensées en quelques pages, devaient former néanmoins un ensemble et s'enchaîner à la suite du principe fondamental avec autant de facilité que de rigueur.
Lorsque Lagrange eut donné pour base à la mécanique analytique ce même principe des vitesses virtuelles , qu'il eut montré comment toute la science en découlait par un procédé de calcul toujours le même, la démonstration à priori du principe que Lagrange avait placé en létc de son livre comme un axiome devint l'objet des recherches de plusieurs géomètres, parce qu'il semblait en effet que ce fut là tout ce qu'il restait à faire pour couronner l'édifice. Mais , comme l'a remarqué le profond auteur de la théorie des couples (1), cette entreprise n'a pas dû réussir, et aujourd'hui le principe des vitesses virtuelles forme un corollaire des lois de l'équilibre , au lieu de leur servir de fondement. C'est assez dire que
(4) Poinsot, Mémoire sur l'équilibre et le mouvement dee tuetèmes.