EN
M. le comte Paul Vandervrecken , commandeur de l'ordre de S. Grégoire, a bien voulu nous communiquer'un recueil de famille, où l'on a réuni un assez grand nombre de pièces, qui se rapportent à la promotion et aux études de son frère Gysbert Jean Alexandre, Primus de 1787, et plus tard licencié en droit. Grâce à cette communication, nous pouvons ajouter quelques détails à la notice sur ce jurisconsulte estimé, qui est mort conseiller à la cour d'appel de Liège, le 7 octobre 1845.
Nous trouvons en premier lieu, dans ce curieux recueil, quelques pièces sur le collège Thérésien de Ruremonde, où Gysbert Vandervrecken fut proclamé en 1785 Primus coronatus. C'était alors l'usage de publier, avec les noms de ceux qui remportaient des prix , les titres des ouvrages , qui leur étaient accordés. Ainsi nous voyons que le 25 août 1784, pour les prix de langue grecque, de doctrine chrétienne, de mathématique, de géographie et d'histoire, les seuls qui fussent décernés dans la classe de Poésie, il reçut de la libéralité et de la munificence de Joseph II , auguste empereur des Romains, et des trè3-
(1) V. les Analectes de VJnnuairê de 4846, p. 264-209.
nobles, très-généreux et très-illustres seigneurs du Magistrat de la ville de Ruremonde, les Orationes de Cicéron (3 vol.) , le premier livre de Y Iliade, Y Origine des lois par Goguet, et enfin un livre que le gouvernement d'alors avait ses raisons de distribuer abondamment dans toutes les classes : de l'éducation belgique , ou réflexions sur le plan d'études adopté par Sa Majesté pour les collèges des Pays-Bas Autrichiens. Un des Régents du collège de Ruremonde, M. Germain, lui donna, au sortir de la classe de poésie, un témoignage , dont les termes flatteurs furent justifiés par les succès de son élève dans la suite. « Je puis vous assurer, écrivait M. Germain, le 27 août 1784, au père du jeune Gysbert, que M. votre fils nonseulement prime entre ses condisciples , mais qu'il a appris les principes et les fondements de ces sciences à un certain degré de perfection , capable de les lui faire rechercher de plus en plus et de lui en montrer la oute, qu'il les aime et les estime, qu'il en sent l'usage et le prix, en un mot qu'il a toute disposition à remplir dignement les différents emplois où la Providence divine l'appellera un jour. Je vous félicite encore davantage sur son caractère, ses mœurs, sa conduite... C'est le meilleur des étudiants, le plaisir et la satisfaction de ses maîtres et de ses parents.» Précédé d'une aussi bonne réputation, il entra à l'université de Louvain en 1785; son acte d'inscription est du 7 décembre de cette année et porte la signature de Leplat. Il prêta le serment d'usage entre les mains du Recteur, P. Wtfyts, le 7 janvier 1786.
Élève du collège du Faucon , il s'y fit bientôt remarquer entre tous ses condisciples. Le fameux Minckelers<i), professeur de philosophie dans ce collège , écrivait le 3 janvier 1786, dans une lettre adressée à M. Vandervrecken , secrétaire du libre et impérial chapitre de S. Servais, à Maestricht, les lignes suivantes : «Quant à M. votre fils, mon cher ami, j'ai l'honneur de vous dire sans vous flatter qu'on ne sauroit être plus content de lui que je le suis à tous égards. Le progrès qu'il fait, et la capacité qu'il a montrée, sont de premier ordre. Son génie et sa conduite nous assurent, qu'il continuera sur le même pied , de sorte que je ne crains pas de prognostiquer, qu'il sera entre les trois premiers de son collège pour ne rien dire de plus. Et ce qui m'a fait le plus sensible plaisir, avec l'exactitude la plus ponctuelle et la conduite la plus irréprochable , il a su gagner les cœurs de tous ses condisciples, comme il a dû gagner ceux de ses préposés. Partant il est aisé de concevoir combien tel fils doit être cher a ses parents et combien est juste l'affection particulière que vous lui portez. Je suis bien assuré qu'il continuera à la mériter de plus en plus et je me ferai en toute occasion un vrai plaisir de lui être utile et de l'aider à cet effet. »
(4) Voir la notice qui a paru sur ce savant dans les Analectes de V Annuaire de 4839, p. î 26 ; l'éditeur de cette notice choisit pour l'orthographe véritable de son nom Minkelers ; les trois lettres autographes que nous avons sous les yeux portent très nettement Minckelers.
Nous avons reproduit tout ce qu'il y a d'important dans cette lettre, non pas seulement pour ajouter un témoignage de plus à ceux qui montrent les droits de Gysbert Vandervrccken à l'estime de ses contemporains, mais parce que nous aimons à faire connaître la franche et affectueuse bonté du professeur Minckelers envers un de ses compatriotes. C'est ce double motif qui nous détermine à publier intégralement les deux pièces datées du 24 août 1787.
Le 12 juin 1787 , à 9 heures du matin, l'élève de la Pédagogie du Faucon, artium Baccalaurem, défendit ses thèses (ConcLusiones phitosophicœ , 7 pages in-4°), sous la présidence de Charles Mathias Hermans , artium Doctor et Philosophiœ Professor Primarius, en même temps qu'un autre de ses condisciples, Hubert Antoine de Vries, de Grobbendonck. Cette défense fut sans doute brillante, puisque, deux mois environ après, Gysbert Va ndervrecken fut proclamé primus sur 92 concurrents, et qu'Hubert de Vries obtint la 10e place dans la première ligne (1).
A la fin du cours, les étudiants étaient retournés
(1) H. de Vries a fourni une carrière des plus honorables. Il naquit à Grobbendonck le 49 mai 4766. L'état de sa santé l'ayant forcé de renoncer à l'étude du droit, il quitta Louvain, et peu de temps après il devint écoutette de Halle et d'Echelpoel. Nommé notaire à la résidence de son lieu natal , U y remplit pendant 83 ans les fonctions d'abord de maire* sous le gouvernement français, et ensuite celles de bourgmestre jusqu'à sa mort, arrivée le 22 janvier 4844. Il était membre des états et de la commission d'agriculture de la province d'Anvers.
dans leurs familles ; c'est à Maestricht même que le jeune Gysbert apprit la nouvelle de son triomphe. Voici le texte de la lettre qui lui fut adressée par le Régent du collège du Faucon ; une lettre presque pareille fut écrite de sa part aux parents du Lauréat, et l'on n'y a pas oublié la cordiale invitation aux festins de dimanche et jours suivants.
Monsieur ,
C'est avec la joie la plus sensible que nous vous annonçons que vous venez d'être déclaré unanimement premier de votre cours; nous vous félicitons sur cette glorieuse victoire ; elle est le fruit de votre conduite et de votre application : nous vous attendons samedi prochain avec toute votre chère famille, que nous vous prions d'inviter cordialement de notre part aux festins qui se donneront dimanche prochain et jours suivants : nous avons l'honneur d'être parfaitement
Monsieur,
Vos très humbles et très obéissants serviteurs Le régent , professeurs et sousrégent du collège du Faucon,
J. de Raymaeker (Régent).
Louvain ce 14 août 1787.
Voici maintenant les deux lettres que Minckelers ,
heureux d'avoir vu ses prognostications se réaliser,
adressa au primus et à sa famille.
Monsieur et Madame,
Tressaillant de joie je ne puis me contenter de vous annoncer conjointement avec tout le Faucon la victoire que Monsieur voire très cher fils a remportée. C'est une des plus signalées par la grande valeur avec laquelle il a combattu et par la supériorité très éminente qu'il a prouvée. Permettez donc, Monsieur et Madame, que je lève encore une fois ma voix toute folble qu'elle est pour vous féliciter de tout mon cœur de cette brillante victoire, qui n'est que le digne fruit et la juste récompense de ses talens supérieurs et de ses vertus éminentes , qu'il vous doit comme l'existence avec laquelle il en a reçu de vous les germes précieux, qui ne se sont développés et parvenus à un point de perfection si marquée que par vos soins et votre sagesse avec lesquelles vous l'avez élevé. Les vertus qui le rendent cher à tous sont encore le garant le plus sûr de toute la satisfaction que vous avez à attendre à l'avenir des suites de ce brillant triomphe , et de l'usage qu'il fera de ses sublimes talens.
Le Faucon se glorifiera toujours du beau Laurier dont il se voit aujourd'hui orné par Morfsieur votre très cher fils et moi j'en conserverai toute ma vie le plus doux souvenir. Afin que ma joie soit parfaite il ne me manque pour le présent que le bonheur de vous voir ici avec votre cher Premier, Mademoiselle, Monsieur votre cadet et toute votre respectable et très chère famille. En l'attendant avec impatience,
j'ai l'honnir d'être avec les sentimens les plus sincères et les plus distingués Monsieur et Madame
Votre très humble et très obéissant serviteur
MlNCKELERS.
Louvain ce H août 1787.
Mon très cher ami,
Voila à la fin le beau moment aussi ardemment désiré que longtemps prévu, de la déclaration de votre victoire , l'une des plus signalées que nous connaissons. Ravi de joie je vous en félicite de tout mon cœur. L'ennemi étoit plus que je ne me l'étois imaginé, la victoire que vous avez remportée avec tant de supériorité n'en est que plus glorieuse et ma joie n'en est que plus grande. Je me réjouis d'autant plus de votre brillant triomphe , mon cher ami , qu'il est le digne fruit et la récompense bien méritée de votre application , de vos grands talents et des belles vertus dont vous avez reçu de vos chers parents les germes avec l'existence et le développement le plus parfait par l'excellente éducation qu'ils vous ont donnée avec tant de soins que de sagesse. Je vous connois trop bien, mon cher ami, pour ne pas être entièrement rassuré , que l'éclat de ce brillant triomphe ne vous éblouira aucunement mais qu'au contraire cette récompense si bien méritée vous servira d'aiguillon pour continuer dans la pratique des vertus qui vous rendent cher à Dieu et aux hommes, et pour faire tout ce dont vos talents supérieurs vous
rendront capable pour la plus grande gloire de Dieu, pour la satisfaction de vos chers parens et pour le bien être, de vos semblables.
En vous attendant avec impatience, je vous embrasse et je me dis avec l'amitié la plus sincère et la considération la plus parfaite Mon très cher ami
Votre très humble et très obéissant serviteur
MlNCKELERS.
Louvain ce iA août 1787.
Nous manquons de détails précis sur les fêtes de Louvain à l'arrivée du Primus. Nous savons qu'une cavalcade alla le chercher à Tirlemont et qu'on ne lui fit pas faute de chansons en flamand, en français et en latin. La notice de 1846 a reproduit le 7e couplet de la chanson du Faucon (1). Nous donnerons ici le premier avec son refrain. Si quelque amateur avait la fantaisie de faire exécuter ce chant d'une ancienne fête académique, on trouve encore dans le recueil que nous dépouillons les deux parties de violon , de clarinette, de cor, de hautbois et la partie de basse.
Amis, chantons la gloire
Et le bonheur du Faucon;
Célébrons la victoire
D'un vainqueur aimable et bon :
(1) Elle a été imprimée en latin et en français « chez J. B. Vanderhaert, près de la place», en deux éditions, chacune de 4 pages in-8% avec Voir,
Nous lui devons la conquête De cet illustre laurier;
Refrein i Nous lui devons cette ^te
( Cette fête du Premier.
Voici la première strophe de la Cantilena Falconisr qui a six couplets :
Falco laetis triumphavit
Gaput ci ne tus frondibus, Sophiaeque coronavit
Justis Primum lauribus.
Primum quamvis exoptarunt
Plurcs non raetuimus; Ante diem quem. cantarunt (bis) Faustius nos canimus.
Parmi les pièces de vers latins qui furent composées à l'occasiondc la fête il étaitd'usaged'en faire sur les quatre Pédagogies, dont les. élèves concouraient ensemble (1), puis sur toutes les.matières de l'examen. Obligé de choisir un petit nombre de citations, nous nous sommes arrêté à celles qu'on va lire. La première nous paraît une des meilleures et des* plus significatives : elle est adressée au candidat par la magistrature de Ruremonde (2).
(4) Selon que le Primas appartenait à Tune ou à l'autre- des Pédagogies, on exaltait l'emblème du collège aux dépens des autres. Le Musée académique en fournit un curieux exemple ; le tableau n* 4(M, qui figure le triomphe d'un primus du collège du Porc en 4778, le baron de Sécus , a été décrit dans la notice sur celui-ci.
(*) Les autres citations se rapportent à Louvain. Staes n'a rien dit des têtes de 4787.
Fortia Castra jacent, marcesctmt Lilia plena,
Exanimis Porcus, Falco superemïnet omnes, Trajectense mieans per singula sidéra sidus,
Lovaniense decus, felix genitura Parentum; Talia serta tibi genuerunt ostia Rurae
Eccc ! Magistratus solennia gaudia jungit. Les trois autres sont tirées d'une copie de toutes les inscriptions placées dans le collège du Faucon. Lilia flavescant; stet inexpugnable castrum
Sydera scandât aper, volitat super omnia Falco. Castra resistebant, florebanl Lilia, crispas
Ostcntabat aper, dente minace, jubas; Falco nihil... sed jam quo victor Falco triumphat »
Frendet aper, marcent Lilia, castra patent
àCRÏ PROSTRATlS DENTqUE PUGNA HOSTlBUS EXULTAT PRAEDaqUE POTiTUS OPIMa
eXCUtIens aLas VoLItat sUper oMnIa faLCo.
La pièce suivante (1) nous a encore paru demander une mention par son originalité. On feint que la .colombe, enfermée dans le vide du récipient de la machine pneumatique, se plaint de ne pouvoir louer le premier :
(4) Nous ne reproduirons pas d'après la copie citée les distiques ou autres pièces où l'on fait parler Geometria, Figura XVI de me chanica , Follis hydrottaticue , kemiêphœria Magdeburgetuia , antiia communié , Ignis Vapor , Electricita* , Phtues lunœ , Edifia , Len* eonvexa , microteopium , IrU ; les vers mis au bas des emblèmes ; les chronogrammes placés à la porte de la chapelle, à celle du réfertoire, à celles des auditoires de logique et de physique.
Columba in reapiente aère vacuato.
Àereum gemebunda nequit per inane Palumbus Ducere vitales auras; qui spiritus insit Prime tibi, egregii mores, habitusque loquuntur.
Le primus ne fit pas long séjour à Louvain ; des fêtes magnifiques l'attendaient à Maestricht et à Ruremonde. C'est le 27 Août qu'il fit son entrée solennelle dans la première de ces deux villes : l'espace nous manque pour analyser le récit trèsdétaillé du cortège triomphal, où les autorités, toutes les institutions Civiles et religieuses étaient représentées , et pour parler des fêtes et des grands repas qui durèrent jusqu'au 17 septembre (1). Nous nous bornerons à citer les documens imprimés qui en contiennent tous les détails, et à faire mention de trois curieuses pièces qui s'y rapportent. C'est d'abord une
(4) Beknopt verhaal , der vreugde-feest , ter inhuldiging van den Wel Edelen en Zeer Geleerden Heer G. J. A. Van der Vrecken... ingebuldigd binnen Maestricht den XXVII Augusty MDCCLXXXVII.— Maestricht, H. Landtweter, in de kleine straat, n* VII , in de dric Kronen. — 50 pages in-4* compactes à fi colonnes. — Leesche op J. G. S. Van der Vraike Maestriecbtenaer en Prima van Leuve op te Weys Lest was eene Keukemeid , die wierd van een Student gevrcid, 1787. Sans nom d'imprimeur , 4 pages in -4* , caractère gothique, 4fi couplets. — Couplet* à l'honneur du premier. Air : avec les jeux du village, une page in-4°, sans date et sans nom. — Nous remarquerons que lé Primus de l'Université de Louvain en 4784 et en 4790 fut un Maestricbtois ; celui de 4790 , Théod. Dominique Bexs , élève de la Pédagogie du Château , fit son entrée triomphante à Maestricht le 80 août et Ton publia une relation flamande des fêtes sens le même litre que ci-dessus (fifi pages in-4*).
longue pièce latine de félicitations , que le chapitre de St.-Servais lui adresse , comme à un de ses membres, par le chanoine J. Cruts, (scholasticus) ; c'est ensuite une lettre des plus flatteuses, par laquelle Charles, comte d'Arberg, évéque d'Ypres, remercie de l'invitation qu'on lui a faite d'assister aux fêtes du 27 et du 28; enfin la comtesse de Hoen, chanoinesse de Munsterbilsen, adresse ses félicitations et celles de ses compagnes à la mère du lauréat, et elle accepte dans une gracieuse lettre l'invitation d'assister avec 7 chanoincsses au grand souper du 29. Pendant les fêtes de Maestricht, le primus fut appelé àRuremonde où on lui préparait de nouvelles ovations. C'est le H septembre qu'il y reçut les honneurs d'un troisième triomphe. Le cortège ne fut guère inférieur par sa pompe et la décoration des rues à celui de Maestricht. L'illumination fut même regardée comme ayant eu certaines parties plus remarquables. Quoi qu'il en soit, grâce sans doute aux anciens professeurs du lauréat, on peut aujourd'hui encore juger de l'énorme quantité de vers latins, flamands et français , de la profusion de chronogrammes par lesquels on voulut célébrer le triomphe du primus. On verra que nous n'avons rien dit de trop , en parcourant les titres des publications suivantes.