Les trois triomphes, ode présentée qui
après avoir été couronné à Louvain comme Premier, et avoir reçu les honneurs du triomphe à Maestricht sa patrie, faisoit aussi son entrée triomphante à Ruremonde où il a fait son cours d'humanités, le 10 sep-
tembrc 1787. A Ruremonde de l'imprimerie de A. €L Mackay et P. Minkenberg, 16 pp. in-8°.
L'auteur de cette ode est De la Haye, professeur de poésie au collège de Ruremonde ; il l'a fait suivre de notes intéressantes et il n'a pas oublié de remarquer qu'en 1787, parmi tous les collèges royaux, celui de Ruremonde avait eu seul l'honneur de compter un primus à l'Université de Louvain. La poésie du professeur De la Haye n'est ni des plus faciles ni des plus correctes : elle a cependant une certaine vigueur, dont on doit savoir gré à un auteur vivant dans le pays de Ruremonde. On en jugera par cette strophe sur les concours académiques de Louvain > comparés aux jeux de la Grèce, décrits par Pindare. Louvain, imitant de la Grèce Le louable goût des beaux arts, Par un ascendant de sagesse N'a point adopté ses écarts :
Des jeux fatiguans et stériles, Des combats sanglans, inutiles, Des Grecs obtenoient les faveurs; Mais la Belgique Académie Aux seuls fruits brillans du génie Dispense de justes honneurs.
2. — Eruditissimo Domino , Domino Gisberto Joanni Alexandro Van der Vrecken, Mosae-Trajectensi, Philosopliiae Laurum omnium suffragiis Lovanii promerito Epinicion. Ruraemundae, id. 1787. 16 pages in-4°. Ce recueil, d'une seule pagination, contient une
pièce de vers latins , puis avec un titre spécial , une
pièce flamande et se termine par rénumération d'un certain nombre d'inscriptions, où le nom d'Alexandre, le nœud gordien , les armes de la famille du lauréat et des familles qui y sont alliées ont exercé la verve des versificateurs et auteurs de chronogrammes.
3-4. — Deux pièces in-folio, Tune latine, l'autre flamande, de l'imprimerie de J. Gruyters, félicitations à l'occasion du banquet que la Société (Prima societas, Eerste Societeit) lui offrit.
5. —Une autre pancarte in-folio est de l'imprimerie de Mackay et Minkenberg. Elle contient divers chronogrammes flamands et latins. Il en est un qui joue sur le nom de Vrecken; Latine, avarus, dit l'auteur, un licencié, dans l'un et l'autre droit, E. V. G. Geeten.
gïsberto Van Der VreCken,
traJeCtïno, prIMo LoVanïensI;
Ut seqUïtUr :
HIC PRO gIsberto tantUs CUr pLaUsUs? orIgo
EST RUiLEMUNDa: STlRPlS ET ARTlS El :
aC Longe Ut soCIos nUnC VICIt In arte sophLb LoVanII, sic hIC seMper et In reLIqUIs;
PORRO ANlMALIS El TRAJeCtI EXORDÏA VlTiE; AST hIC IstIUs, QUjE RATlONlS ERAT.
pro Van Der VreCken Laeta ergo sïngULa fIant, raptIs In paLMIs QUI peraVarUs : ïo!
La pancarte a' 38 lignes : en voilà sans doute assez.
6. — Il est inutile de décrire un autre recueil de chants flamands en A pages in-4°, à 2 colonnes, sans nom d'éditeur, commençant par ces mots : Tôt Lof van G. Fan der Vrecken.
7. — Versameling van aile gedenkwaerdige stukken, opgedragen aan den zeer Geleerden Heer, mynhecr G. J. A. Van der Vrccken... 1er gelegenheid van deszelfs plegtige Inkomste binnen Roermond , alwaar hy syne mindere studien volbragt had. — Hier by zyn gevoegt aile de Jaarschriften , Zinspreuken en verdere Vreugdbedryven die door geheel de stad zyn te zien geweest. — Te Roermond uit de drukkerye van A. C. Mackay en P. Minkenberg, 64 pages, in-8°.
Ce recueil contient, outre les 5 premières pièces, imprimées à Ruremonde, que nous venons d'énumérer, le discours latin adressé au primus lors de sa visite au collège. Quelques pièces flamandes , le récit du cortège, l'indication des inscriptions, toutes choses dont le titre détaillé fait déjà suffisante mention.
Quand toutes les fêtes furent passées , le bachelier ès-arts dut sans doute se reposer pour pouvoir ensuite se mettre avec ardeur à l'étude du droit ; cette étude fut rapide et fructueuse, aussi, avant de prendre congé du Primus , voulons-nous le saluer de son titre de licencié. Il soutint sa Disputatio et sa Repetitio, devant le professeur primaire de droit, le docteur Dominique Joseph Hyacinthe de Nelis. Dans la Disputatio, qui eut lieu le 20 juin 1792, et qui se compose de trois thèses , nous remarquons la 3e : Tanta est vis matrimonii , ut qui antea sunt geniti, post contractum matrimonium legitimi habeantur; à quo bénéficie) nec adutterinos excludi, probabititer sustineri potest. La Repetitio est du 4 juillet 1792, elle se compose, selon l'usage, de 4 thèses et de Yimperlinens.
NOTICE SUR PETRUS CASTELLANUS, PROFESSEUR DE GREC ET DE MÉDECINE A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN; PAR M. LE PROF. FERD. LEFEBVRE.
Au commencement du XVIIe siècle , il y eut à l'Université de Louvain un homme qui, après avoir écouté pendant deux ans les professeurs de philosophie de Douai , s'était livré à l'étude de la jurisprudence et avait couronné son cours de droit en obtenant à Orléans le diplôme de jurisconsulte , qui abordant ensuite les études littéraires se fit dans le monde lettré de l'époque une brillante réputation, et qui finit par s'adonner avec passion et non sans gloire à l'enseignement de la médecine.
Cet homme s'appelait Pierre Castellanus ou a Castello.
Je me propose de consacrer quelques lignes à la mémoire du philologue et du médecin que l'ardeur de savoir consuma dans la fleur de ses années. Quoique la mort ne lui ait pas laissé le temps de tenir les promesses de sa jeunesse, il y aurait de l'ingratitude à laisser dans l'oubli le nom d'un homme qui mit au service de YMma Mater une rare érudition , une éloquence attique et un dévouement à la science dont il fut la victime. Mais sa vie s'est écoulée dans sa chaire et dans sa bibliothèque ou au chevet de quelques obscurs malades ; il a passé sans bruit, cherchant la vérité et faisant le bien. Il y a donc peu de choses à
en dire. Aussi ce n'est pas une biographie que je veux écrire; c'est à peine une notice, un mot de souvenir, presque rien.
Pierre Gastellanus naquit le 7 mars 1585 à Grammont, au sein de cette Flandre qui a donné tant d'hommes éminents à l'Université brabançonne. Son père était chambellan du duc de Parme, Alexandre Farnèse : il avait nom François. Ses frères et leurs
descendants inconnus conservèrent sans doute leur nom de famille dans l'intégrité de son orthographe flamande ; mais Pierre, en entrant dans la république des lettres , en revêtit la livrée latine ; il est donc arrivé à la postérité sous le nom de Petrus Castellanus, sans qu'il nous soit possible de discerner, à travers ce travestissement romain , le véritable nom belge de notre savant. Est-ce en effet un Castellan, un Du Chastel , ou plutôt un Van Kasteele ? C'est ce qu'il serait difficile de décider et j'ai lieu de croire que le lecteur s'en soucie médiocrement. Au surplus , il n'est pas impossible que son père soit arrivé dans notre pays à la suite d'Alexandre Farnèse et que, grâce à/ son origine italienne ou espagnole, il portât lui-même le nom de Castello.
Le jeune Gastellanus fit ses humanités à Mons, puis à Gand. Il se rendit ensuite à Douai où il continua à se livrer à l'étude des langues anciennes sous la direction d'Andréas Hoyus de Bruges. Il suivit en même temps les leçons de philosophie de Philippe Du Trieux, ancien professeur deLouvain, dontl' Aima Mater avait fait présent à sa fille, l'université de
Douai. Il rencontra sur les bancs de cette école le célèbre Valère André qui devait l'aider un jour à relever de ses ruines le collège des Trois~Langues. En quittant Douai , Gastellanus se rendit à Orléans pour y continuer ses études de grec. Quelle étoile le conduisait si loin de sa patrie? peut-être que son père, s'aftachant à la fortune de son mattre, suivit en France le duc de Parme dans les diverses expéditions que ce grand capitaine y dirigea vers la lin du 46e siècle et que la famille de Gastellanus se créa ainsi des relations dans ce pays ou même s'y fixa après la mort d'Alexandre Farnèse. J'aime mieux croire pourtant qu'Orléans possédait à cette époque quelque savant helléniste dont la renommée attira Castellanus. Quoi qu'il en soit, il se livra à ses études favorites avec tant de succès qu'il fut jugé digne d'enseigner lui-même les langues au sein de l'école où il était venu compléter son éducation littéraire. Mais l'étude du grec et du latin ne fournissait pas un aliment suffisant à cette nature ardente et affamée de savoir. H se fit un passe-temps de l'étude des lois et il prit ses degrés en jurisprudence à l'école de droit établie à Orléans.
En 1609 Castellanus fut rappelé en Belgique pou* occuper une chaire au collège des Trois-Langues.
Mais cette grande institution était descendue des hauteurs où l'avaient placée pendant le siècle précédent les Goclenius , les Nannius , les Rescius , les Langius, les Campensis et tant d'autres. Ce n'était plus le temps où l'on y voyait accourir non-seulement des
jeunes gens de toutes les provinces Belgiques , mais des Français, des Anglais, des Espagnols, des Italiens, où l'on y formait cette génération d'écrivains, de philologues et de savants dont les noms représentent la vie littéraire et scientifique parvenue chez nous à son plus haut point de splendeur (1). L'ombre d'Érasme ne planait plus sur cette institution qui* lui avait été si chère et, malgré son dévouement, Juste- Lipse était mort sans avoir la joie de la voir sortir de ses ruines. Car l'œuvre de Busleiden n'était plus qu'une ruine : des chaires muettes dans un collège désert.
Cependant l'ordre renaissait peu à peu et l'on s'occupait à Louvain de restaurer le collège des Trois- Langues. Dès 1606 on mit à la tête de l'établissement un homme instruit et énergique, Adrien Baecx, de M alines. Lorsque , trois ans plus tard , Castellanus reprit l'enseignement du Grec , le nouveau président avait déjà relevé la chaire de latin et il y avait appelé, d'accord avec les proviseurs , Erycius Puteanus que l'on considérait alors comme un autre Juste-Lipse. En 1611 la chaire d'Hébreu fut à son tour confiée à Valère André.
En voyant l'enseignement des Trois-Langues confié
(I) Mémoire historique et littéraire sur le Collège des Trois-Langues à l'Université de Louvain , par Félix Nève , professeur à la faculté des lettres de l'Université de Louvain. J'emprunte à ce savant ouvrage , couronné par l'Académie royale de Belgique , les détails suivants sur la vie littéraire de Castellanus.
( itt )
à un pareil triumvirat, les amis des belles-lettres eurent le droit d'espérer que le collège de Busleiden reprendrait bientôt son antique splendeur. Le temps ne manqua pas aux professeurs de la restauration , car Castellanus enseigna 23 ans , Puteanus 39 et Valère André 43. Si ces brillantes espérances ne furent pas complètement réalisées , on ne peut en accuser le professeur de Grec. Écoutons là dessus le jugement d'un homme compétent : « C'est Pierre Castellanus qui eut surtout le pouvoir d'exciter l'intérêt des meilleurs esprits pour une étude qui présentait tant d'aspects différents. Son érudition était solide et bien digérée et sa diction latine remarquable. M. de Nélis n'a pas craint de rehausser le nom de Castellanus comme celui d'un des hommes qui avaient fait le plus pour la conservation du bon goût dans les études. Bien mieux que Puteanus et qu'aucun autre , Castellanus était capable de fonder une école de critique historique et littéraire qui se fût tenue au niveau de celles de la France, de la Hollande et des autres pays; mais il mourut jeune et après lui non-seulement les lettres grecques , mais encore toute érudition positive et utile basée sur une philologie judicieuse tombèrent en discrédit (1). »
Tout en se livrant avec son ardeur accoutumée à l'enseignement et à des recherches sur les antiquités grecques, Castellanus se mit à étudier la médecine. Le 23 octobre 1618 , il fut proclamé docteur avec
(1) F. Nève, ouvrage cité.
Michel Ophémius qui devait occuper la chaire d'anatomie et de chirurgie^ l'université, le même jour où François Sassenus, docteur de l'université de Padoue, fut inscrit à la matricule de Louvain avant de monter dans une chaire qu'il devait céder plus tard à Gastellanus.
Il est curieux d'assister au développement de ces aptitudes diverses et presque inconciliables. A trente-trois ans , c'est-à-dire à un âge ou tant d'hommes sont encore à chercher leur voie, Castellanus était revêtu du titre de jurisconsulte; il était regardé comme un des plus savants et des plus purs hellénistes de son temps ; archéologue éminent , ses recherches sur les fêtes des Grecs , sur leurs mois et leurs années sont restées comme un monument d'érudition du meilleur aloi , et voilà que nous le retrouvons couronnant son front jeune encore de ce titre de docteur que l'université, toujours avare de cette suprême distinction , environnait de tant d'exigences et de tant d'honneurs pour en rehausser l'éclat. Castellanus était le 88e docteur de la faculté de médecine; si l'on retranche de ce chiffre 14 médecins qui avaient été créés docteurs à l'étranger , on trouve que l'université de Louvain pendant les deux premiers siècles de son existence n'avait admis au doctorat que 74 personnes , et pourtant tout le corps médical des Pays-Bas se recrutait dans son sein, sans compter les étrangers qui accouraient de toute part à ses leçons. '
En abordant ce nouveau champ d'étude, Gastella-
nus obéissait-il seulement à cette inquiète curiosité de savoir qui semble sans cesse tourmenter sa pensée? Il est permis d'en douter. Les traditions académiques le représentent comme un homme doué d'une âme aimante et dévouée. Peut-être s'est-il quelque peu lassé dans ces recherches de philologie et d'archéologie, sciences magnifiques mais sévères, illuminant l'esprit sans rien dire au cœur. En s'adressa nt pour la première fois à une science qui doit sortir chaque jour du monde des spéculations pour descendre dans un monde qui vit, qui sent et qui souffre, peut-être Castellanus cherchait-il quelqu'aliment pour des besoins intimes et longtemps négligés.
Le nouveau docteur ne tarda pas à entrer dans la faculté. Mais je m'arrête un instant pour faire connaître le nouveau théâtre sur lequel Castellanus allait déployer les ressources de son génie fécond. A cette époque , la faculté de médecine comptait six membres. En première ligne venaient les deux professeurs primaires. Ces deux chaires constituaient les pierres angulaires de l'édifice : leur fondation remontait à l'origine même de l'université et pendant quelque temps il n'en exista pas d'autre.
Les titulaires étaient nommés et salariés par les magistrats de la ville. Cependant les privilèges de la commune avaient subi une légère atteinte au commencement du 17e siècle. A la suite d'un conflit de 30 ans élevé au sujet de la collation de L'une de ces chaires entre le gouvernement et les magistrats
de Louvain , le sénat de Brabant, invoqué comme médiateur entre les deux pouvoirs, avait décidé en 1601 , qu'à l'avenir , avant de conférer la chaire disputée, les magistrats seraient tenus d'en référer à Sa Majesté ou à son lieutenant et d'obtenir pour le nouveau professeur une espèce d'exequatur. En retour de cette concession arrachée à la commune après de fières résistances , le pouvoir royal s'engagea à payer cent quarante florins annuellement au titulaire de la chaire patronée.
La seconde série comprenait deux professeurs ordinaires de seconde fondation. La ville les désignait également, mais sur l'avis de la faculté. Par suite d'une fondation du pape Eugène IV, faite en faveur de cette nouvelle création en 1443, ils étaient chanoines de St.-Pierre et y jouissaient d'une prébende. Mais ils cédaient le pas aux professeurs primaires qui avaient le privilège de présider les promotions et les autres solennités académiques.
Enfin en 1617 Albert et Isabelle créèrent deux nouveaux professorats dont les titulaires nommés et rétribués par le pouvoir central prirent le titre de professeurs royaux. Les quatre professeurs d'ancienne fondation , c'est-à-dire les professeurs primaires et les professeurs chanoines devaient enseigner la médecine théorique et la médecine pratique , c'està-dire les branches qui répondent à ce que nous appelons aujourd'hui la pathologie spéciale, la clinique et la thérapeutique; des deux professeurs royaux l'un devait enseigner l'anatomie en hiver et
la chirurgie en été, l'autre était chargé des institutes de médecine qu'il expliquait en prenant pour guide le premier canon d'Avicenne. Cette branche correspond à notre pathologie générale, car, comme le dit Àvicenne dans sa préface : primus liber generalis medicae scientiae res persequitur. On attendit une promotion pour avoir des hommes dignes des nouvelles chaires créées par les archiducs.
Or, nous l'avons déjà dit, un an après, le 23 octobre 1618, Pierre Castellanus et Michel Ophémius furent promus au doctorat et le même jour François Sassenus, docteur de Padoue, reçut de l'université ses lettres de naturalisation en obtenant d'être inscrit sur la liste de ses docteurs. Ophémius fut nommé immédiatement professeur royal d'anatomie et de chirurgie et Sassenus fut appelé à la chaire des institutes.
Deux ans après Sassenus mourut jeune et regretté.
Castellanus fut appelé par les archiducs, à recueillir son héritage. Il n'abandonna toutefois le collège des Trois-Langues que beaucoup plus tard. La faculté de médecine accueillit avec joie le successeur de Sassenus. Et ce n'était pas un médiocre renfort : Castellanus arrivait en pleine possession de cette langue grecque qui conserve le plus beau monument de médecine pratique , les œuvres Hippocratiques , fondement de l'enseignement médical de l'époque; il parlait la langue de Celse avec une élégance merveilleuse et capable de réconcilier pour toujours les étudiants en médecine avec le latin du Marché-aux-Poissons(l).
(1) Pendant les laborieux commencements du Collège des Trois-
Comme nous l'avons déjà dit, Castcllanus continuait à enseigner le grec concurremment avec la médecine. Mais, en 1632, sa santé minée par des fatigues excessives le força d'opter entre les travaux qui avaient charmé sa jeunesse et l'enseignement de la médecine qu'il professait avec un rare succès. Il se décida pour celle-ci et après vingt-trois ans d'enseignement, le 19 janvier 1632, il descendit de cette chaire qu'il avait restaurée, trahi par ses forces, mais non par son ardeur.
Bientôt averti par sa faiblesse toujours croissante , il cessa l'enseignement de la médecine ellemême et reporta toutes ses pensées vers les choses éternelles. Car, pour me servir du langage de l'épo- -que, c'était un homme éminent par la doctrine et par la foi et d'une grande sainteté de mœurs : Vir doctrinal fide et morum sanctitate prœstans. Il résolut donc de consacrer ce que Dieu lui donnerait encore de vie à se préparer chrétiennement à une mort qu'il croyait du reste éloignée encore. Mais la mort est souvent pour les médecins, comme pour le reste des chrétiens, ce larron mystérieux qui vient au moment où on ne l'attend pas ; elle le surprit au milieu de sa
Langues , établi non loin dn Marché-aux-Poissons , les étudiants partageant les préjugés de quelques-uns de leurs maîtres , manifestaient bruyamment leur hostilité contre la nouvelle institution : Nous ne voulons pas, disaient-ils, de ce latin du Marché-aux-Poissons, mais bien du bon vieux latin de notre mère la faculté. Non loquimur latinum de foro pucium , sed loquimur latinum matri* noteras facultatif (F. Nève, ouvrage cité).
pieuse préparation le 25 février 1632. Gasteilaiius n'avait que 47 ans. Il fut enterré dans l'église de St. -Pierre à Louvain , au pied de l'autel de son patron.
Castellanus avait épousé vers 1614 Anne Exaerde, issue d'une noble famille de la Flandre. Je dirai pour les amateurs de généalogie qu'il eut cinq enfants, deux fils et trois filles. Les deux fils, Gérard et Thomas, se vouèrent à l'état ecclésiastique et tous deux furent successivement recteurs de l'Église de Notre-Dame de St. -Pierre, près de Gand, l'aîné étant mort jeune et ayant été remplaeé par son frère dans les mêmes fonctions.
Des trois filles, l'afnée, Catherine a Gastello, épousa François Typoets d'Eesbroek, patricien de Louvain.
Les destinées de la seconde , Barbe Thérèse, sont ignorées.
La dernière fille de Castello, du nom d'Antoinette, était aveugle et d'une grande piété. S'étant trouvée guérie de sa cécité sans aucun secours humain et dans des circonstances fort extraordinaires , elle se voua à la retraite et à la prière, sans abandonner sa mère dont elle entoura les vieux jours de sa tendresse et de ses soins. La veuve de Castellanus ne mourut qu'en 1671.
Castellanus a laissé plusieurs ouvrages dont voici les titres :
1° Ludus sive convivium salurnale. Lovanii, 1616, ex typis Mazii, in -8°.
2° 'EopToXoytov, sive de Festis Graecorumsyntagma,
in quo plurimi antiquitatis ritm illustrantur. Antverpiae, exofficina typographica Hyeronymi Ferdussii, 1617, in-8° 300 pages.
3° Vitae illustriorum medicorum qui toto orbe ad haec usque tempora ftoruerunt. Ântverpiae apùd G. a Tongris, 1617, in-8° 255 pages.
4° Laudatio funebris Aiberti Belgarum Principis, dicta Lovanii in cotlegio Trilingui à Petro Castellano Graecarum Hier arum et medicinae prof essore Regio. Lovanii, excudebat Henricus Hustenius, 1622, in-4° 62 pages.
5° Kptû<p*yU, sive de usu carnium libri IF. Ântverpiae apud Ferdussium, 1628, in-8°296 pages.
Jetons an coup-d'œil sur ces ouvrages. Les trois premiers appartiennent à la vocation littéraire de l'auteur. Or, comme. nous sommes à une époque où il est notoire que les médecins ne sont plus aptes, comme au temps de Castellanus , à honorer à la fois une chaire de grec et une chaire de médecine, le lecteur aura la condescendance de me permettre d'emprunter l'appréciation des travaux de l'helléniste à une plume autorisée.
La première des publications de Castellanus , dit M. Nèvc (1), le Ludus sive convivium saturnale présente une conversation familière et piquante sur une foule de points de littérature et de critique, écrite à la manière des polygraphes de l'antiquité. Il y a beaucoup de sel dans ce morceau latin mêlé de citations
(4) Mémoire cité, p. 245 et passim.
grecques qui était le Ndébut littéraire de son auteur. Le mérite de ce jeu, comme il l'a appelé, a paru assez grand à M. de Nélis pour qu'il l'ait réimprimé au siècle dernier dans ses Analectes (1), et ce docte prélai n'a pas craint à ce propos de rehausser le nom de Castellanus comme celui d'un des hommes qui avaient fait le plus pour la conservation du bon goût dans les études : Conditor illius vit doctrinâ omni libérait eruditus qui voce olim et calamo bonarurn artium studia apud Lovanienses propugnare cum primis annisus est.
Le second ouvrage de Castellanus est un traité plus sérieux , plus étendu et tout-à-fait savant. C'est une dissertation raisonnée sur cette partie des antiquités grecques, tirée par Castellanus de la lettre des monuments anciens. On voit qu'il avait consulté par luimême une foule d'auteurs classiques grecs et latins pour définir et décrire chacune des fêtes qu'il a comprises dans son traité..
Quant à l'oraison funèbre de l'archiduc Albert, c'est un modèle de cette latinité élégante et châtiée qui commençait déjà à se perdre du temps de Castellanus.
Nous rentrons maintenant sur le terrain de la médecine.
Les vies des médecins illustres constituent un ouvrage important quoiqu'il soit resté incomplet. Voici comment Castellanus raconte au bienveillant
(4) Tome I, pp. 96-459.
lecteur l'origine de son livre et les projets qu'il médite pour le compléter :
«J'aime, en lisant, à glaner suivant l'usage antique; je me reprocherais comme une lecture perdue toute lecture qui ne laisserait pas de traces sur mes tablettes. En feuilletant les ouvrages de médecine, pour les besoins de mon enseignement, je ne néglige pas les auteurs. Je tiens note de leur doctrine et, pour ne pas me montrer ingrat envers ceux qui m'instruisent, j'esquisse leur physionomie et j'écris en quelques mots l'éloge dont ils me paraissent dignes. Nourrissant l'espoir de parcourir tout le champ de la médecine, je commence par vous livrer cet essai. Je sais que j'omets beaucoup de choses et des meilleures, mais enfin non omnia possumus omnes.
Adieu, lecteur, sois indulgent pour mes efforts (1).»
Cette composition pour laquelle Gastellanus a puisé de ses propres mains aux sources grecques et latines —et il en était fort capable— témoigne a la fois de son goût pour la médecine et de l'attention avec laquelle il a lu les œuvres de ses devanciers. La date même de ce livre, qu'il a publié une année avant son doctorat, atteste avec quelle conscience il se préparait à cette épreuve solennelle et à la mission de l'enseignement dont il caressait peut-être l'espérance.
Dans ces biographies , il donne d'abord une notice sur la vie du médecin dont il s'occupe , il cite ses
(4) Ad leclorem : page i , traduction libre.
œuvres principales et il caractérise , toujours avec précision et souvent avec bonheur, le génie propre et la valeur de l'auteur. Son allure rapide, sa diction à la fois riche et correcte rappelle le plus élégant des biographes romains, Cornélius Népos. Il fait de cette façon l'histoire d'environ 180 médecins.
Que si on peut lui reprocher des omissions importantes, quelques erreurs de fait ou de doctrine, il faut se souvenir que ce livre n'est que le fragment d'un grand ouvrage qu'il méditait et qu'à l'époque où il rassemblait ces notes, la médecine n'avait pas encore produit les historiens érudits dont les œuvres nous seraient aujourd'hui d'un si grand secours pour un pareil travail. Pour apprécier un ouvrier qui meurt ainsi sur la brèche, il faut tenir compte nonseulement du labeur accompli jusque là, mais des espérances qu'il aurait pu réaliser si la mort l'avait laissé faire.
La seconde œuvre médicale de Castellanus, c'est son traité de l'usage des viandes. On peut caractériser cet ouvrage en peu de mots : C'est un livre dans lequel l'auteur, en remontant lui-même aux sources, a résumé admirablement et apprécié avec sagesse tout ce que la médecine a produit de meilleur sur une question spéciale , soit que cette science parlât grec avec Hippocrate et Dioscoride, soit qu'elle écrivît en latin comme Celse et la plupart des auteurs qu'on appelait modernes à cette époque et qui sont déjà des anciens pour nous, soit enfin qu'elle empruntât l'idiome arabe d'Avicenne ou d'Averrhoès. Le méde-
cin qui voudrait faire l'histoire de cette partie importante de la diététique trouverait des ressources immenses dans l'œuvre de Castellan.
Mais ceci n'est qu'une question d'hygiène. Essayons d'apprécier Castellanus à un point de vue plus général. S'il avait assez vécu, Castellanus se serait élevé au rang des meilleurs médecins de son temps : il possédait en effet deux grandes forces, d'abord une érudition vaste et solide et, ce qui est plus rare que l'érudition , un grand fond de bon sens ; mais arrivé à cette hauteur même il ne serait pas comparable à notre Verheyen et à notre Rega.
C'est que la médecine à cette époque était lancée dans une voie fausse. On en faisait trop une science d'autorité. La grande préoccupation des meilleurs esprits de l'époque était de s'initier aux canons d'Avicenne et des arabistes, à quelques livres d'Hippocrate et de Galien et à les commenter avec plus ou moins de bonheur. On semblait oublier que la médecine est avant tout une science d'observation, qu'elle doit puiser surtout ses éléments dans l'étude de l'homme et que ses canons doivent s'écrire au lit des malades et se compléter dans un amphithéâtre. Hippocrate, Aetius et Paul d'Egine né sont de grands maîtres que parce qu'ils ont été de profonds observateurs et qu'ils n'ont déduit des faits que les conclusions qu'ils renferment. Mais, au lieu de considérer leurs écrits comme de grandes voix de l'expérience dont on doit recueillir avec respect les échos arrivés jusqu'à nous, on les traitait comme des oracles dont
les arrêts commandent un respect serviîe. Précisément parce qu'on ne se rendait pas compte de ce qui fait leur valeur, on mettait sur la même ligne le sage Hippocrate, c'est-à-dire le médecin qui a le mieux vu et le mieux conclu, et Avicenne, commentateur subtil qui n'a presque rien lu de ses propres yeux dans le livre de la nature.
Pour aller reprendre la médecine comme par la main et la ramener dans les voies tracées par Hippocrate , il fallait des hommes comme il en parut un peu plus tard : Sydenham en Angleterre, Verheyen à Louvain , Sennert en Allemagne , Baglivi à Rome , Bonnet à Genève pour ne pas citer la pléiade brillante de la France.
Castellanus était arrivé trop tôt. Plus tard il eût mis au service d'une science mieux dirigée sa grande érudition et son 'infatigable ardeur. Mais il n'était pas fait pour imprimer à la médecine un revirement devenu nécessaire; ses études, ses goûts, son érudition même ne le mettaient pas en mesure de faire dérailler la science, si on veut bien me passer cette expression , de la voie de l'autorité pour la rejeter dans le chemin de l'expérience.