LINDANUS, EVEQUE DE RUREMONDE
« Le rëvérendissime seigneur Lindanus, ëvên que de Ruremonde, que noui? avons eu naguôre *» le bonheur de voir à Rome et qui nous a prêté *» le secours de ses lumières, n*est pas seulement « un homme des plus renommés pour sa science >• universelle, mais il porte les nobles insignes » d*un vaillant confesseur de la foi. Avec un coup» rage inébranlable il a souffert Texil, la pro- » scription et des adversités inouïes. Plus d^une » fois il a bravé la mort pour la cause de la Rôn ligion (i)... Je porte une très-haute estime à » Lindanus, & cause de ses connaissances variées *• et profondes et de la sainteté de sa vie. Ce pré- •> la^qui s'oublie lui-même et ne semble respirer f* que pour TÈglise catholique, a remporté souf* vent de belles victoires sur Thérésie, et il en *• remportera d'autres encore; Combattant tous n les jours, serrant de près Tennemi et se plan çant à Tavant-garde, il cueillera peut-être un » jour la palme du martyre (2)... »
C'est en ces termes que le cardinal Baronius
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{i\ A.Duok. m Itoftyr. ftom.
(t) Voir à la fin de cettA Eiqnisse. Annali Ecele».
nous dépeint Lindanas, lorsque celui-ci était encore en vie. Quelques années plus tard il pleura la mort « de cet incomparable défenseur »» de la vraie foi, de ce demi-mariyr, »» en joutant que rÉglise faisait en lui une perte bien sensible, et que le monde catholique, apprenant son décès, en a été profondément afSigé : qiAem tcUem ac tantum fidei catholicœ professorem et defensorem,.. et absque sanguine martyrem^ gravi jactura totius Eccîesiœ, cathoîicus orbis ingemuit, (Annal. Eccl. sous Tan 53, n» XXXII.) Nous voici donc devant une des plus grandes figures que présente Thistoire religieuse des Pays-Bas au XVI« siècle. En relatant d*une manière très-sommaire quelques faits saillants de la vie de Lindanus, nous suivrons, en le contrôlant, un historien digne de foi et qui a été à même d'être bien renseigné. Nous voulons parler d'Arnold Havensius, docteur en théologie à TUniversité de Louvain, prieur de la Chartreuse de Gand et auteur du Commentaritis de erectione novorum in Beîgio Episcopatuum (Cologne 1609). Le deuxième et le troisième livres de cet ouvrage sont consacrés à la biographie des deux premiers évéques de Ruremonde, Wilhelm ou Guillaume Lindanus et Henri Cuyckius, tous deux docteurs de r Université brabançonne. Havensius a été aussi le guide principal de*J. Knippenberg, Historia Ecclesiastica ducattcs Gelriœy Bruxelles,
1 . Origine de Lindamcs, Ses éttcdes littéraires^ philosophiques et théologiques,
Lindanus signait Wilhelmus Damasi LindanuSf ce qui nous indique qu'il était ïils de Damase Van Lindt ou Van der Linde. Né à Dordrecht, en 1525, d'une famille patricienne de la Hollande méridionale et probablement originaire du village ci-devant seigneurial de Linde ou Lindt dans le Zwijndrechtsche Waard (i), il vint en Brabant à Tàge de douze ans et alla faire ses humanités dans Técole latine que dirigeaient les frères dits de St-Jérôme ou de la Vie Commune, à Meir, village du comté de Hoogstraten. De là il se rendit à Louvain et y acheva, en 1543, son cours biennal de philosophie.
Le Collège des Trois-Langues , fondé par la générosité de Jérôme Busleiden, 8*était ouvert en 1518. Le jeune Guillaume de Lindt y cultiva la littérature latine sous la direction de Conrad Goclenius, westphalien de naissance, et de Pierre Nanninck (Nannius) d*Alkmaar. Il apprit la langue d'Homère et de Démosthône sous Rytger Rescius de Maeseyck, Adrien Amoury (Amerotiûs) de Soissons et Thierry de Langhe (Langius). Enfin André Gennep, dit Balenus du lieu de sa
(i) Cette soigiieurie appartenait à la famillv de If'iiMeniar. Deux commune» de ce uom, de groote et de kleine Lindt, existent encore. (Ceci corrige iin*^ doiihie erreur do Havensius.) Voir Jardrijktkiindig IFoordenbock der Kederlanden door Van der Àa, I. VII. (GuhiKlieu). 1846.)
naissance, initia notre jeune hollandais à la langue hébraïque (i).
Inscrit à la matricule de la faculté théologique, Guillaume fréquenta les leçons des sommités de la science. Ruard Tapper d'Ënckhuyzen, Jacques Latomus (Masson) de Cambron, Josse Ravesteyn de Thielt (Thiletanus) et Jean Léonard Van der Eycken de Hasselt, furent les maîtres de celui qui devait devenir à son tour Tun des plus savants hommes de son siècle.
Ck>nvaincu que les langues savantes pouvaient lui fournir des armes pour la défense de la foi, il alla en France approfondir les lettres grecques et la langue hébraïque et faire même connaissance avec les commentaires des rabbins. Revenu de cette pérégrination scientiûque, il reçut les saints ordres en 1552 et fut ensuite promu à la licence en théologie par Ruard Tapper, chancelier de l'Université. Durant environ deux ans, il resta Thôte et le commensal de cet éminent théologien. Sous sa direction, il se livrait au culte des saintes lettres et se mettait au courant des controverses religieuses de Tépoque. Il pré-
(4) Balenns , né à Balen eo Campine , avait luccédé en 4SSt u Jean Campensit (Van Campen) dans la chaire d'bébren. Sur tous co* savants voyez le Mémoire historique et littéraire êur le Collège tlee Troie Langmeê par M. le prot'csseuV Félii Nève. Bruxelles, 1866. (Tome XXVIII îles Mémoires couronnés par rAcadénie royale de Belgique.).
parait aussi dès lors les matériaux de son premier ouvrage.