Lindanus enseigne à Dillingen. Ses premiers écrits
En 1554, le Conseil académique de Louvain envoya Lindanus comme professeur à rUniversité de Dillingen (Souabe)» récemment fondée par riilustre cardinal Othon Truchsess, évêque d'Augsbourg. Lindanus garda ce poste durant environ cinq ans. C'est pendant ce s^our en Allemagne qu'il noua les relations d'une sincère amitié avec le Bienheureux Pierre Canisius, natif de Nimègue et qui était lui-même Tami d'Othon Truchsess (i). Ajoutons que, dans Tintervalle, Lindanus était venu à Louvain prendre les insignes du doctorat (14 septembre 1556); ce fut encore Tapper qui les lui remit.
Le premier ouvrage de Lindanus a pour titre : De optimo Scripturas interpretandi génère lihri III ^ 1553. Tout en vengeant, contre les théologiens de Wittemberg et de Genève, la Vulgate latine dont le Concile de Trente (IV<> session tenue le 8 avril 1546) venait de proclamer l'authenticité, Lindanus s'attache à faire voir que l'interprète des Livres saints a très-souvent besoin de recourir aux textes originaux, l'hébreu et le grec.
(4j En 1564, l'Académie de DilliogCD fut confiée à la Société de Jésus; Canisius l'accepta au Dom du Pcrc Général. Voir Butlvr» cdiiion dp Mgr I>c Ram, an il décembre.
Le second ouvrage qu*il publia est intitulé : Panoplia Evangelica,sive de verbo Dei evangelico lihri V^ contra omnes hi^us sœculi hœreseSf 1558. Il y réfute viciorieusement les novateurs de répoque, plus évangéliques de nom que de fait, dit-il, en démontrant que la parole de Dieu, derrière laquelle ils 8*abritent à tort, n^eat pas uniquement contenue dans la Bible, mais aussi dans la tradition, et que les deux sources également divines de la révélation sont confiées à la garde de TÈglise catholique. Dans l'édition de 1577, le Panoplia ou Arsenal évangélique fût augmenté de très libri Stromatum contra Martinum Chemnitium,
Les écrits de Lindanus tombèrent entre les mains de Ganisius. Le vénérable jésuite écrivit de Ratisbonne une lettre vraiment paternelle à son ami, le jeune professeur de Dillingen (i). Il lui représente que, de Tavis de plusieurs personnes bien pensantes, Lindanus semble exagérer, dans l'ouvrage de optimo, etc., les défectuosités du texte latin de notre vulgate. Quant au Panoplia, il l'engage charitablement à adoucir, s'il y a lieu, les passages un peu acerbes qui pourraient être échappés à sa plume. « Les » pointes aiguës, dit-il, ne guérissent pas le ma- » lade, mais aggravent le mal. Ne donnons pas
(1) La lettre du B. Canisiu» a été éditée par Mgr De Ram daus VJnnuaire de l'Univtrtité Cath., i86S, pag. 310-518.
n aux Allemands Toccasion de nous reprocher » une ardeur juvénile. Le zèle pour la foi est n louable assurément; mais la vérité demande n à être défendue avec calme. La gravité du style, n la charité et la douceur distinguent le théolon gien pieux. » Le théologien de Louvain, plein d'ardeur pour la foi et d'ailleurs indigné des libelles calomnieux de la soi-disant réforme, avait donc, de Tavis de Canisius, pris des allures un peu vives dans les publications polémiques que nous venons de mentionner.
3. Lindanus est promu à Vévêché de Rure- Yi^onde. Sa sollicitude pour le salut des âmes,
Philippe II ût rappeler dans les Pays-Bas le professeur de Dillingen au moment où les nou> veaux évéchés n'étaient pas encore établis. Il le désigna à l'évêque d'Utrecht pour les fonctions d'archidiacre dans la ville de Leeuwarde, le nomma premier conseiller ecclésiastique, doyen de la collégiale de Notre-Dame à la Haye et inquisiteur de la foi pour la Frise. Dans toutes ces fonctions Lindanus donna des preuves du zèle le plus ardent pour l'extirpation du calvinisme et la conservation de l'ancienne religion. Non content de prêcher et d'agir, il écrivit deux ouvrages en forme de dialogue, Dubitantius et Ruetoardiùs, destinés l'un et l'autre à démontrer la vérité de l'Eglise catholique et la fausseté de la prétendue réforme.
Les nouveaux évéchés avaient été créés en
1559, 1560 et 1561, et quelques évêques de la province de Malines étaient déjà installés du temps de Marguerite de Parme (i). Philippe II désigna Lindanus pour le gouvernement de FEglise de Ruremonde, et le Souverain Pontife ratifia cette nomination (1562). L*élu avait essayé vainement de se soustraire au lourd fardeau qu'on lui imposait. Contraint de céder il reçut la consécration épiscopale à Bruxelles, le 4 avril 1563, des mains du cardinal Qranvelle, assisté de François Sonnius, évêque de Bois-le-Duc, et de Pépin Rosa; évêque de Salubrium in part, infid. Néanmoins Topposition des états de Gueldre et les troubles excités par les religionnaires ne lui permirent pas d*entrer aussitôt en fonction à Ruremonde (t). Il retourna donc provisoirement à la Haye pour y combattre de nouveau Thérésie par la parole et la plume. L'arrivée des Gueux iconoclastes en 1566 le força de quitter cette ville et de se soustraire, par la fuite, à la rancune fanatique des persécuteurs qui avaient juré de se débarrasser de sa personne (3). Il se-
(I) Voyei notre notice sur SonniuM et Rythoviut dans Icc AnalecUi.
(i) Philippe de Montmorency, comte de Bornes, rinstrumeni dit Taciturne, le parent et l*ami du comte d*Egmont, s'était toujours montré fort complaisant à Tégard des sectaires dn comté de Uornes et surtout de Weeri qui en était le chef lien.
(8) Des assassins, armés de pistolets, attendaient à rentrée du Haagtehe Boich le passage de l'é^èque. Celni-ci prit, par un heureux hasard, une antre route.
journa successivement à Dordrecht, sa Ville natale, à Bruxelles et & Louvain. C*est dans cette retraite momentanée qu'il rédigea, à la demande de Marguerite de Parme, un opuscule flamand et latin, où il réfutait la confession dite dC Anvers^ œuvre du semi-confessioniste Flaccus Illyricus.
4. LindantAs est installé à Ruremonde. Ses travaux dans Je ministère épiscopal.
Fernando Alvarez de Tolède, duc d'Albe, ayant pris les rênes du gouvernement général, Lindanus put enân faire son entrée À Ruremonde, où il fut reçu par les autorités civiles et militaires, displosis majoribitë tormentis, expansisqice vexillis, et aliis lœtitiœ signis editis (i). Le 11 mai 1569 il prit possession canonique de la cathédrale du St- Esprit, en présence de deux représentants du Duc, Josse Cranevelt, chancelier de Gueldre, et Guillaume Ghent. Il voyait une vaste et dangereuse carrière s^ouvrir devant lui : il y entra sans sourciller (s).
A peine intronisé, 11 se mit en devoir de célébrer le premier synode diocésain et d'y promulguer le saint Concile de Trente. Le territoire du diocèse (3) fut distribué en neuf districts
(4) Hatmu. 1. II, c S.
(9) « Quam qnidem densissimam negotiorom tylTam Lindanns ingressiis, Don diu sibi qniescendam putavit. » Haveiu, 1. II, c. S.
(5) La coDvtitutioD de Pie IV Regimini univergalit Buleiiœ, en dalo dn 7 août IK6f , désigne les localités des quartien de Ruremonde et de Nimégue^ des êeigneuries de Cuyck, Keêul et Fauquenumt et enfin du Conité de Horneê pour Taire partie du diocèse de Ruremonde.
archipresbytéraux que Havensius énumère en cet ordre : Ruremonde, Fauquemont, Venloo, Grave, Nimôgue, Battenburg, Gelderen, Kessel et Weert. Une cour ecclésiastique, composée de neuf fonctionnaires, fut établie à grands fixais pour faire exécuter les décrets disciplinaires du Concile.
Dès la première année, TÉvêque parcourut toutes les paroisses d'une grande partie du diocèse, prenant partout des notes exactes sur les moindres détails, évangélisant par lui-même et par des prêtres de sa suite les populations au milieu desquelles il se trouvait, administrant le sacrement de confirmation dans les villes et les campagnes. Son zèle pour amender les mœurs fort corrompues du peuple et guérir les tristes plaies du sacerdoce eut à s'exercer particulièrement dans la ville et la banlieue de Weert, infectées plus que toute autre localité des doc trines de Thérésiarque Genevois (i). Dans ses courses pastorales il faisait aussi visiter scrupuleusement les magasins des libraires. Les bibles hérétiques et les écrits pernicieux, tels que la Ruche romaine, de Byencorf der Roomschen kercke^ pamphlet de Marnix do Ste-Aldegonde, étaient saisis et livrés publiquementaux flammes.
(I) Son xcle y produisit peu à peu de grands fruits. Pins tard le curé de Weert écrivit à l'évèque qu'eu 458S il y avait eu iMO cooimuDions pascates, et en 1S84 environ 4160.
On sait que les deux premiers conciles provinciaux de Malines furent tenus en 1570 et 1574. Au premier concile, Lindanus prononça un éloquent discours contre le relâchement de la discipline sacerdotale. Gomme son illustre collègue d*Anyers, François Sonnius, il avait préparé les délibérations en rédigeant un remarquable mémoire (i), où il expose les moyens de faire refleurir la religion dans les contrées flamandes. (Test en particulier sur les instances réitérées de Lindanus que les deux assemblées épiscopales avaient été convoquées. Le cardinal Granvelle, qui voulait faire différer à une autre époque le concile de 1574, eut le tort de se plaindre à son vicaire général Morillon des humeurs hétéroclites^ c'est-à-dire du zèle, de ses suffragants, spécialement de Lindanus (t).
Les années suivantes, Lindanus convoqua encore à plusieurs reprises son clergé à des synodes diocésains et continua la visite des paroisses rurales et urbaines. En même temps il se prépara À ouvrir un séminaire à Ruremonde et demanda des subsides au roi ; mais les désordres de la funeste année 1572 ne lui permirent pas de mettre ce salutaire projet à exécution. On verra dans la suite que Téducation du clergé resta toujours une de ses plus constantes préoccupations.
(i) Syn. Belg. t. I, pag i5-63.
(t) nid., page 47t.
Le 23 juillet 1572, la cité épiscopale tomba, par la violence Qt la trahison, au pouvoir de Guillaume d*Orange. La soldatesque du prince y commit d'incroyables excès, particulièrement dans les églises, les couvents et les habitations des bourgeois papistes,
La riche bibliothèque de Lindanus et sa maison furent dévastées de fond en comble ; plusieurs chanoines et d'autres prêtres furent impitoyablement massacrés ; à la Chartreuse douze moines et le vénérable Paul de Waelwyck, chapelain et secrétaire de Lindanus , reçurent la couronne du martyre (i). Quant À Tévéque luimême, cédant aux instances réitérées du magistrat qui Tavertissait que les Gueux en voulaient surtout à sa personne, il dut se résigner à abandonner momentanément ses ouailles. Forcé de se déguiser pour échapper au poignard et aux pistolets des ennemis qui épiaient son passage, il prît la route de Maestricht (2). De là il se rendit à Liège, Louvain, Gand, Douai et Anvers, en attendant de meilleurs jours. Rentré dans les murs de Ruremonde à la fin d'octobre, il vit
(i) Havensius, i. II, c. VI et Vil. Bvtler^ei. de P. F. X. de Ram» au SS juillet.
(S) iam dudam magno in enm odio hœretici flagrabant... Itiqne iolios admoDitus, ac simul uoasideraos suam praeseDUi^m magii obfularam omnibus suis quam prorutnram... tandem acquievit .. Obscderanl autem ho«l«t» itînera , speraotes eum înlcrcipei'C. Uavens. 1. II, c.'VII.
avec douleur les ravages causés par les bandes mercenaires du Taciturne. Reprenant avec une nouvelle ardeur le cours de ses travaux apostoliques, il se remit à prêcher, réconcilia les lieux saints profanés et répara peu à peu, autant que ses ressources le permettaient, les ruines du sanctuaire.
5. Fermeté de Lindanus devant le duc d*Albe, Suite de ses travaux.
Nous regrettons de ne pouvoir raconter au long tout ce que le vigilant pasteur des âmes entreprit, tout ce qu*il eut à souffrir au milieu des désordres dont la Gueldre fût alors le théâtre. Il y a néanmoins un fait peu connu et trop honorable pour sa mémoire pour que nous le passions sous silence. Nous abrégeons considérablement le récit très- détaillé de Havensius.
Les agents espagnols du fisc qui s'emparaient, au nom du roi, des biens des Gueux et des rebelles, ne craignaient pas de mettre aussi la main sur les revenus ecclésiastiques au préjudice du service divin, des prêtres et des pauvres. C'était une injustice criante et une violation manifeste du saint Concile de Trente, qui défend sous peine d'excommunication lataesententiae de confisquer et d'usurper alicujus ecclesiae, seu ct^tMvis saectdaris vel regularis heneficii,.. bona, census acjura,,.. quae in ministrorum et pauperum nécessitâtes converti debent (sess. XXII, cap. XI de reform.). Afin de
maintenir cette loi canonique et de sauver les droits tant du clergé de la Gueldre que des indigents, Lindanuss'adressad'abord au licencié Juan Vargas, Président du Conseil des troubles (i), et lui fit de vive voix et par lettres les plus énergiques remontrances; puis, se rendant en personne près du duc d*Albe en son camp de Nimôgue, il lui remit un avertissement écrit dans lequel il se plaint, avec une liberté tout épiscopale , des iniquités que les questeurs royaux couvraient du nom du gouverneur -général. Voyant que toutes ses démarches demeuraient sans résultat, il osa lui déclarer ouvertement que son devoir l'obligeait de fulminer sans retard la sentence d'excommunication encourue de fait par don Vargas, et qu'en outre tout officier fiscal du diocèse, coupable de coopération au même crime, serait désormais repoussé, comme indigne, de la Table sainte. Dans une seconde entrevue, le prélat renouvela ses protestations devant l'impitoyable gouverneur. Celui-ci,éionné d'entendre faire ces menaces à Vargas, «ce grand défenseur de la foi catholique**, comme il l'appelait, répondit de ce ton d'arrogance qui lui était habituel : « Nous défendons le droit du roi ; il ne •» vous appartient pas d'intervenir : êtes-vous f peut-être légiste? êtes-vous canoniste? n Je ne
(I) L*<>spaffnol Vargas, licencié èt-droiU, avait pour afses$<>ur principal Lois del-Rin. doctenr os-droiti, liriigeois de naissance, nais espagnol d'origine.
suispoM professeur de droit civil ni de droit canon, répliqua Lindanus avec fermeté, mais je crois comprendre les lois et les saints canons, lorsqu'ils me prescrivent ce que fai à faire. Nous défendons, nous, les droits de Dieu et les intérêts des églises, et notzs avons juré de les garder intacts. Oui, nous voulons rendre au roi ce qui appartient au roi, mais aussi nous voulons que Von rende à Dieu ce qui appartient à Dieu. L'Espagnol, frappé peut-être des remontrances hardies de Tévéque, mais craignant surtout de voir son confident Vargas frappé des anathômes de TÈglise, finit par donner une légère satisfaction, en restituant au clergé de Grave et au chapitre de Nimôgue les revenus des bénéfices injustement confisqués au profit du gouvernement. Ceci se passa dans le courant de 1573. A la fin de cette année le terrible lieutenant du roi avait comblé la mesure. Il fut rappelé en Espagne, laissant les Belges, même royalistes, profondément exaspérés contre Philippe II.
Il me faut glisser, pour ne pas devenir trop long, sur les travaux entrepris par notre évêque, durant les cinq années suivantes, pour le triomphe de Tancienne religion et les intérêts tant spirituels que temporels de ses diocésains (i). Qu'il
(i) ■ Nec tantnm cooatus est »alutein animarum promovere, sed ttiam pius paitor ovicnlis sibi commissiv in temporalibus studuittiib-
suffise de dire qu*il se vit forcé, en 1576, de quitter secrètement Ruremonde (i), où il n*y avait plus de sûreté pour lui, et de se retirer à Fauquemont et de lÀ à Liège. De Liège il se rendit & Luxembourg, pour aller présenter ses hommages au nouveau gouverneur, don Juan d* Autriche, et lui faire connaître le triste état de son diocèse. Après la défaite des confédérés au combat de Gemblours, il accompagna le vainqueur à Louvain en février 1578. C'est de là qu*il partit avec deux domestiques, au milieu d'octobre, pour ritalie et TEspagne, aân d'obtenir justice, des cours de Rome et de Madrid, contre les réfractaires du chapitre de Maestricht, qui se reAisaient obstinément à exécuter les règlements relatifs à la dotation de Tévéché (2).
6. Lindanus à Rome et à Madrid, Son retour dans les Pays-Bas.
Lindanus, accueilli avec une bienveillance exceptionnelle par le pape Grégoire XIII et les cardinaux Stanislas Hosius, Guillaume Sirlet, Antoine Caraffa, Félix de Montalfe, César Baro-
venire, operamqoe dédit oeiudcbitisexactionibus opprimerentiir.» Bavnê. I. H, c. XIII.
(I) « In carraca duobos ant tribus teoi saccis oansta delitèsceoi, «BO romitatns comité qui os carrncae opplebat. » tbid.
(f) Six prébendes de St-Servais, à Maestricht, avaient été ooies à l'évècbé do Ruremonde. Le chapitre, prétendant qoe ses droits étaient lésés, ne votilnt pas reconnaître l'incorporation et en avait appelé au tribunal de la Rote à Rome.
nius, etc. (i), leur ei^osa le but do son voyage et fit connaître en môme temps le lamentable état de la religion dans la Basse-Oermanie.
Ses affaires terminées dans la Ville sainte, il prît le chemin d'Espagne et eut à Madrid plu< sieurs audiences de Philippe II. Parmi les propositions qu'il se ât un devoir de recommander & la sollicitude du monarque, fut celle de créer, à Louvain, un nouveau collège uniquement destiné à former de bons ouvriers pour le ministère paroissial. Le jurisconsulte Vende villius, membre du conseil du roi à Bruxelles (s), fut Tun de ceux qui appuyèrent le plus vivement cet utile projet. La fondation fut décrétée par lettres patentes du roi en date du mois de mars 1579. Un peu plus tard le roi ât transmettre à Lindanus, par l'entremise du prince de Parme, la somme de trois mille ducats destinés À couvrir en partie les premiers trsÀs d'établissement. Le Collegium ou Seminarium Regium s'ouvrit à Louvain, en 1581, sous la direction du révérendissime évoque Jean Streyen que l'intolérance protestante avait expulsé du siège do Middeibourg (3). N'oublions pas d'ajouter, chemin
(4) Il avait déjà eu le bonheur de jouir, à Milan, de Taffectueuae hospitalité du saint cardinal-arcbeyôqae, Charles Borromée.
(t) Il illustra pins tard le siéf^ épiscopal de Tournay par la sainteté de sa vie et mourut en 159t.
(5) Voir les ÀnaUcUê pour êêrvir à l'hi$toire f.eclésia§tique à* Belgique^ t. I, pages 4B0 et 46t.
faisant, que Lindanus légua, par son testament, une bonne partie de son patrimoine au collège du Roi. Tant il tenait à cœur de former des prêtres dignes de leur vocation.
Dans son voyage de retour il eut de nouveaux dangers à braver, les chemins en France étant infestés par des Huguenots, aussi terribles que les Gueux des Pays-Bas. Néanmoins il apprit avec joie que la ville de Maestricht, située & l'extrémité de son diocèse, s'était rendue & Alexandre Farnôse, prince de Parme (29 juin 1579).
Il arriva dans cette ville le 21 décembre. Dans les premiers mois de l^année suivante il parcourut de nouveau le pays de Fauquemont qu'il retrouva dans un état plus que jamais déplorable. Le bon pasteur rassembla, autant que possible, le petit troupeau de catholiques qui s'y trouvait encore; il consola et instruisit ses ouailles, leur donna des confesseurs et des prédicateurs pour le carême et le temps pascal, et réconcilia les églises profanées. Ce qu'il ne pouvait achever par sa présence personnelle, il s'efforça de le faire par des lettres pastorales et des instructions écrites. Dans l'automne (1580) il se retrouva au milieu de son peuple à Ruremonde, où il fut reçu, avec de grandes démonstrations de joie et de respect, par les autorités municipales et tous les bons bourgeois.
En 1581 et 1583 les villes de Bréda et de Bois- le-
Duc, reprises par le prince de Parme, rentrèrent dans Tobéissance du roi. L'ëyêque de Ruremonde reçut mission du vainqueur d*y aller rétablir le culte catholique et de pourvoir aux* besoins spirituels de cette pariie du Brabant. C*est durant cette excursion qu*il entreprit une solide réfutation de la confession d*Augsbourg dans Topus» cule Concordia discors Protestantium. Les vingt-trois discours flamands, dans lesquels il avait vengé, & Bréda, les dogmes que répudiaient les sectaires, ont été également livrés à la publicité. Bois-le-Duc raccueillit comme un envoyé de Dieu. La population éminemment religieuse de cette ville voulut même Favoir pour évéque, et les magistrats étaient d'accord avec le clergé pour envoyer au roi une supplique dans ce sens. N'oubliant pas son propre troupeau dans son absence, il donna des instructions à Clément Crabbeels, son vicaire-général à Ruremonde.