FUNÉRAILLES DE MONSEIGNEUR DE TOURNAI
Dès l'aube, la sonnerie de toutes les cloches de la ville annonçait la funèbre cérémonie, et lui donnait déjà ce cachetdmposant qui en caractérisa l'ensemble.
Les premiers trains nous amenèrent, des divers points du diocèse, un nombreux clergé, et foule de personnes notables, qui se faisaient un pieux devoir do venir assister aux funérailles de celui que le Chef de l'Église avait préposé à la garde de leur foi.
Nous ne dirons rien des décors extérieurs du palais épiscopal, ni de ceux qui ornaient la façade et les murs de la cathédrale. Le peuple,,
qui se pressait aux abords, sympathique et recueilli, était bien le plus bel ornement.
A dix heures, un feu de bataillon annonçait la sortie du cortège qui s'était formé à Tévêché. La croix et les acolytes en ouvraient la marche; suivaient :
Les chantres et les prêtres assistants ;
Le Chapitre et divers Prélats, parmi lesquels nous avons reconnu Mgr Vannutelli, auditeur de la Nonciature ; Mgr Namèche, recteur magnifique de r Université catholique; Mgr Weimar, vicaire -général du diocèse de Bruges, et Mgr de Moreau ;
Les chanoines officiants ;
Le poêle porté par des séminaristes, et dont les coins étaient tenus par le Vicaire capitulaire, Mgr Ponceau, et par MM. les chanoines Gilly, Blervacq et Hallez ;
S. Ex. Mgr Cattani, Archevêque d'Ancyre, Nonce apostolique ;
S. G. Mgr Dechamps, primat de Belgique, Archevêque de Malines ;
S. G. Mgr de Montpellier, Évêque de Liège ;
S. G. Mgr Faiet, Évêque de Bruges ;
S. G. Mgr Gravez, Évêque de Namur ;
Et S. G. Mgr Bracq, Évêque de Gand.
Venaient ensuite :
M. le lieutenant-général Frison, aide-de-camp du Roi, délégué spécialement par Sa Majesté avec mission officielle de la représenter aux funérailles ;
Mgr le prince de Caraman, gouverneur de la province du Hainaut, accompagné du commissaire d'arrondissement;
Les parents du vénérable défunt ;
MM. les officiers des milices civiques et MM. les officiers de l'armée avec TÉtat-major de la place, tous en grand uniforme ;
Enfin, une suite nombreuse de notables de la ville, du diocèse et de l'étranger.
Nous avons en outre remarqué le secrétaire de la Nonciature ; M. Domis de Sémerpont, chef de cabinet du Ministre de la justice; MM. Moulart et Bossu, professeurs à l'Université catholique.
Un fort détachement de chasseurs à pied for« mait la haie sur la place, et les lanciers dans la grande nef. La musique militaire sonnait une marche funèbre.
Nous ne dirons rien des décors intérieurs. Denombreux fidèles ornaient les galeries, encombraient le chœur et les nefs.
Après le saint sacrifice de la messe célébré en grande pompe par Mgr Cattani, M. le chanoine Maton lut l'oraison funèbre, qu'avait écrite M. le chanoine Hallez. L'absoute fut ensuite donnée successivement par S. Ex. le Nonce et NN. SS. les é vaques.
La cérémonie dura plus de deux heures ; elle laissera, — ce qui est le propre des fondions de notre sainte religion, — une profonde impression dans l'âme des assistants.
DISCOURS PRONONCE A LA SALLE DES PRO- MOTIONS DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, LE 9 OCTOBRE, JOUR DE L'OUVERTURE DES COURS ACADÉMIQUES, IMMÉDIATEMENT APRÈS LA MESSE DU SAINT-ESPRIT, PAR Mgr A. J. NAMÈCHE, RECTEURMAGNIFIQUE DE L'UNIVERSITÉ.
Messieurs les professeurs,
Messieurs les étudiants ,
L'Université catholique entre aujourd'hui dans la trente-huitième année de son existence. Fidèles aux antiques traditions académiques , et obéissant au besoin de nos cœurs et de nos esprits, nous venons d'appeler les bénédictions d'en haut sur notre œuvre et sur nos travaux. Quoi de plus raisonnable et de plus légitime! La sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit, selon la remarque de Bossuet, ne perd rien à s'humilier devant la sagesse suprême, et Pascal l'a dit avec l'autorité du génie : « La raison doit nous conduire à la foi; elle est bien faible si elle ne va pas jusque là. » Aussi le savant véritable est le premier à proclamer la nécessité d'une lumière plus vive et d'une science supérieure. Nul mieux que lui ne connaît les limites restreintes du savoir humain^ et ne
redoute davantage le danger des affirmations téméraires et des systèmes nés de la vanité des esprits et du dérèglement des imaginations abandonnées à elles-mêmes.
Jamais certes Thumanité n'en a fait une plus triste et plus convaincante expérience qu'à l'époque où nous vivons. Est-il possible, messieurs, de D'être pas frappé de deux caractères contradictoires en apparence du temps présent], et cependant intimement liés l'un à l'autre, et s'expliquant parfaitement l'un par l'autre? La raison liumaine eut elle jamais meilleure opinion d'ellemême, se crut-elle jamais aussi capable d'aborder À elle seule et de résoudre par ses seules forces les problèmes les plus ardus, les questions les plus abstraites et les plus redoutables sur l'origine et la nature des êtres, sur les destinées humaines, sur les conditions et les lois des sociétés, sur mille autres difficultés, devant lesquelles les savants les plus illustres du passé inclinaient humblement leur raison, et confessaient leur insuffisance? Et, d'autre pan, vit-on jamais des systèmes aussi insensés, des hypothèses aussi absurdes, des paradoxes aussi choquants, disons le mot, de pareils monstres de doctrine s'afficher aussi impudemment au grand
Jour, se faire accepter avec autant de facilité d'un aussi grand nombre de prosélytes, et menacer d'aussi épouvantables malheurs et de si
«effroyables catastrophes une société livrée comme
on proie à ces sophistes audacieux, malfaiteurs véritables de la pensée, Titans révoltés contre le ciel, et toujours prêts à bouleverser et à ensanglanter la terre?
Remercions Dieu, messieurs, de nous avoir préservés de ces lamentables écarts, de ces rêves délirants du faux savoir et de Torgueil humain. Us vjantent leur sagesse, disent nos saints livres , et ne montrent que de la folie : dicentes se sapientes, stulti facti sunt (i). Quel beau et consolant spectacle, au contraire, que celui d'une réunion de savants chrétiens, d'hommes profondément versés dans toutes les connais^ sances humaines, abaissant leur raison bornée devant la raison infinie, invoquant tous ensemble le Verbe incarné, splendeur du Père, image de sa substance, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité; le Christ sauveur et illuminateur, qui nous a rendu les clartés obscurcies de la lumière incréée ; le Maître divin, qui se proclame lui-même la voie, la vérité et la vie : via, veritas et vitas ; dont le royaume est le royaume de la lumière! Oui, messieurs, nous avons le droit de le dire, après saint Paul, avec une sainte joie et une légitime fierté : « Nous sommes les fils du jour, nous ne sommes pas les fils de la nuit et des ténèbres. Autrefois nous étions ténèbres; nous sommes aujourd'hui lumière dans le Seigneur. «
(i) Ad Rom., I. 23.
Prions donc, prions avec une intime et inél)ranlable confiance; prions avec cette persévérance qui ne se lasse jamais, et qui n*est jamais trompée dans son attente. C'est particulièrement dans les pénibles travaux de Tétude, dans la recherche obstinée et laborieuse de la vérité scientiâque que cette pratique de la prière est utile et fortifiante. Dieu est la source de toute vérité, ou plutôt il est la vérité même : Detcs veritas ; il est le principe et la fin, Talpha et Toméga de toutes choses. Qui peut mieux nous initier à la connaissance des êtres et de leurs rapports que Celui qui les a faits? Or, remarquons le bien, c'est là toute la science.
Messieurs, un voyageur visitait naguère Fancienne et célèbre université d'Oxford, reste magnifique d'une de ces grandes institutions catholiques du moyen-âge, dont le protestantisme s'est emparé, et où il a régné longtemps en souverain. L'usurpateur a fini cependant par se voir menacé dans sa possession séculaire; le catholicisme expulsé a commencé sa rentrée. Le voyageur, dont je parle, après avoir parcouru ces collèges^ ces bibliothèques, tous ces monuments splendides, aigourd'hui aux mains des ennemis de notre foi, découvrit enfin une modeste chapelle catholique, et là, sur un des ex-voto suspendus devant l'autel, il lut avec attendrissement ces simples, mais éloquentes paroles : « Oravi, et fidem inveni; n j'ai prié, et j'ai trouvé la vérité.
C'était le cri de la reconnaissance d'un de ces hommes droits et courageux, si nombreux, k l'heure qu'il est, en Angleterre, que l'étude et la prière ont ramenés À la religion de leurs aïeux. Nous aussi, niessieurs, ne séparons jamais ces 4eux choses. Étudions et prions pour trouver et pour garder la vérité. Le travail est nécessaire A la culture de cette terre de l'intelligence, que Dieu a donnée à notre âme, comme il a donné à notre corps les champs, les montagnes et les bois. Mais dans cette sublime agriculture de la vérité, pour me servir des expressions d'un illustre prélat (1), notre travail est condamné à la stérilité, si la prière n'attire pas sur lui la rosée du <îiel destinée à le féconder.
Travail et prière, foi et science, charité et patriotisme, voilà, messieurs, les caractères <lu'ont imprimés à notre chère Université ses vénérables fondateurs, qui Tout distinguée depuis son origine, et que nous nous efforcerons toujours de lui maintenir. Il ne nous appartient pas d'exposer ici les résultats obtenus et le bien réalisé par elle jusqu'à ce jour. La modestie sied d'ailleurs aux corporations comme aux individus. Ce qui ne nous est pas interdit, c'est de rappeler avec une humble reconnaissance le témoignage qu'ont bien voulu nous rendre, dans une circonstance solennelle, le Chef auguste de l'É-
(i) Monseigneur Gerbct.
/glise et rèpiscopal belge tout entier. Il y a treize ans, VAlma mater célébrait le vingt-cinquième anniversaire de sa résurrection à Louvain. Les félicitations qui furent alors adressées à notre premier Recteur, d'illustre et rogretié 3 mémoire, resteront toujours pour nous le plus puissant des encouragements, comme la plus utile et la plus respectée des leçons. « Les sentiments de fidélité et de vénération que vous professez envers Nous et envers le Siège de Pierre, disait rimmortel Pie IX, nous ont été très agréables. Ils sont tout à fait dignes d'hommes dévoués à la foi catholique, et méritent nos plus grands éloges. Nous sommes certain que vous et tous les docteurs de l'Université consacrerez tous vos soins, avec plus de zèle et d'eflf')rts que jamais, à soutenir la cause de l'È^lise, à défendre et à propager chaque jour sa doctrine salutaire, à démasquer les ruses impies et multipliées de ses ennemis, et à repousser courageusement leurs erreurs si pernicieuses. »» — - « Continuez, disait à son tour î'éminentissime Cardinal-Archevêque de Malines, monseigneur Sterckx, qui eut une part si considérable dans la création de l'Université, et le dernier survivant alors des prélats qui avaient signé le décret d'érection, continuez, .messieurs, comme vous l'avez si bien fait pendant ce quart de siècle, à instruire dans les hautes sciences cette intéressante jeunesse , qui vous lionne tant de marques de confiance; continuez
à raffermir dans les sentiments chrétiens qui doivent faire son bonheur, et qui sont le plus ferme appui de Tordre social. » — « Vous avez compris et exécuté, voulait bien ajouter monseigneur rÉvêque de Liège, le digne successeur de monseigneur Van Bommel, cet autre ardent promoteur de la création de notre Université, vous avez compris et exécuté, avec Tintelligence et le dévouement qui vous distinguent, la religieuse et patriotique pensée qui engagea TÈpiscopat belge à fonder F Université catholique de Louvain. Cette pensée de TÉpiscopat est aujourd'hui une œuvre, une œuvre glorieuse et féconde, la plus belle, la plus grande œuvre catholique de notre libre et religieuse patrie. » — « Vous avez montré, ce sont les expressions de monseigneur Labis, qui préside si honorablement et depuis tant d'années aux destinées de l'Église de Tournai, vous avez montré, de la manière la plus éclatante, combien est élevé, fécond et salutaire, l'enseignement fondé sur l'union de la science et de la foi. La Belgique, pour son bonheur et sa gloire, en recueille aujourd'hui les fruits nombreux dans toutes les carrières et dans toutes les positions sociales. » — Un autre de nos vénérés Evoques, mort avant le temps, et que l'Université avait eu l'insigne honneur de compter parmi ses professeurs, un prélat qui a laissé une renommée impérissable dans les annales de la religion et de la science, monseigneur Malou, nous adressait
.ces graves et affectueuses paroles : « A nos yeux, rUniversité catholique est une des gloires de l'Église en Belgique ; elle est le fruit de la liberté d'enseignement, conquise en 1830 sur un odieux monopole; elle est, parmi nous, le foyer de cette véritable science, qui sait ajouter aux lumières bornées de la raison humaine les lumières beaucoup plus sûres et plus abondantes de la raison divine ; elle fournit un préservatif efficace contre la fausse science qui, tout en se couvrant du faux nom de progrès, est réduite, comme l'a remarqué saint Paul, à chercher toujours et à ne trouver jamais; elle inspire à ses élèves l'amour de là patrie avec l'amour de la religion, deux sentiments Inséparables dans le cœur de nos pères et naturellement unis dans le cœur de leurs enfants; elle est le palladium de nos espérances pour l'avenir. « — « J'ai applaudi de tout cœur, ^insi s'exprimait monseigneur Delebecque, le vaillant Évoque de Gand, j'ai applaudi de tout <îœur au succès de l'œuvre fondée par l'Épiscopat de la libre Belgique, avec l'autorisation du souverain Pontife. J'ai de plus uni mes vœux à ceux de tout mon clergé et de mes fidèles diocésains, pour que ce grand établissement, où la science unie à la foi forme des hommes instruits, de bons citoyens et de fervents chrétiens, continue è. mériter les bénédictions du ciel et à jouir de la confiance des familles catholiques. » — Mon- .seigneur Dehosselle, l'aimable et doux Évêquede
Namur, joignait son approbation à celle de ses^ vénérés collègues : «* Ce qui m'a réjoui en particulier, disait le prélat, c'est que là où règne admirablement Tunion de la science et de la foi, règne également une union parfaite entre les maitres et les élèves, et que tous sont animés de sentiments dignes de notre grande et chère institution catholique, de laquelle dépend chez nous, en très grande partie, la prospérité de la religion même et de la patrie. »
A Dieu ne plaise, encore une fois, que nous nous enorgueillissions de ces éloges ! Cette belle position, conquise par l'Universiié malgré mille obstacles et mille difficultés, elle la doit avant tout, selon la remarque de l'un des éminents prélats dont nous venons de citer les paroles, à la grâce de Dieu, le père des lumières et Fauteur de tout don parfait, et à la protection toute-puissante de la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, patronne de l'Université; elle la doit ensuite à la sollicitude et aux encouragements de l'Épiscopat. Mais, nous l'avouons, c'est pour nous une bien grande, et, croyons- nous, une bien légitime joie, d'avoir mérité au moins une faible part de ces louanges magnifiques, et d'avoir obtenu de juges aussi autorisés le glorieux témoignage de n'avoir pas été complètement inutiles aux intérêts sacrés et inséparablement unis de la religion, de la patrie et de la scieûce. Six années ne s'étaient pas entièrement écou-
.^ées depuis notre premier jubilé académique, lorsque nous perdîmes notre premier reclenr. Monseigneur de Ram en avait exercé les fonctions pendant plus de trente ans, avec une sagesse et un dévouement que Ton ne saura jamais assez reconnaître. La plupart des premiers compagnons de ses travaux, dont nous conservons le souvenir avec une piété reconnaissante, l'avaient précédé dans la tombe ou Ty suivirent de très près. A ce premier chef de notre Université succéda monseigneur Laforet, qui poursuivit l'œuvre si bien commencée avec un égal dévouement et des succès non moins éclatants. Mal heureusement le travail et les sollicitudes inséparables d'une charge si importante et d'une responsabilité si redoutable avaient brisé ses xorces, et une mort prématurée l'enleva à l'Université, avant qu'il eut atteint le terme de la septième année de son rectorat. Appelé, messieurs, par une disposition secrète de la Providence, j'aime du moins à le penser, et par la confiance de l'Épiscopat à recueillir un héritage, honorable sans doute au plus haut degré, mais dont le poids était da nature à faire trembler des épaules plus jeunes et plus robustes que les miennes, j'ai accepté cette mission périlleuse, sans m'en dissimuler les peines et les difficultés, parce que j'ai cru entendre la voix de Dieu dans celle de mes supérieurs. Fils dévoué de Y Aima Mater y élevé sous son aile, l'ayant servie long-
temps et dans des emplois divers, j*ai cru devoir à cette mère aimée un dernier effort. La Sagesse suprême qui se joue dans les clioses de ce monde, liidens in orbe terraruniy s'est servie plus d'une fois des instruments les plus faibles pour opérer de grandes choses. Après tout nous ne sommes que des serviteurs inutiles du Maître tout' puissant, nous ne devons compte que de nos sueurs et de notre bonne volonté, et les plus heureux, comme les plus habiles, ne sont pas moins obligés de s'incliner devant cette Providence admirable et souveraine qui nous fait tous ce que nous sommes, et distribue selon des lois impénétrables à nos conseils, les succès et les revers. Dieu est sage et bon, messieurs : j'en a> fait l'expérience depuis longtemps, et j'ai la plus ferme confiance qu'il continuera à éclairer devant moi la voie où il lui a plu de me faire entrer, à y affermir mes pas, et à me rendre moins sensible aux ronces et aux aspérités du chemin. C'est la première fois, messieurs, qu'il est donné à votre nouveau recteur de traiter en public des choses de l'Université. J'ai cru que le jour où s'ouvre une nouvelle année académique m'offrait une occasion toute naturelle de. vous entretenir de ce sujet qui nous intéresse tous à un si haut degré, et je me propose, après avoir jeté un coup d'œil rapide sur Tannée qui vient de unir, de vous exposer en peu de mots la jBituation de TUniversité dans le présent, tell»
qu'elle apparaît à mes yeux, et ce qui est exigé de nous pour lui assurer un avenir conforme à nos espérances et digne de son passé.
L'année précédente marquée par la perte si regrettable de notre bien-aimé recteur, Ta été encore par celle d'un des plus anciens de nos collègues, admis peu de mois auparavant à réméritat. L'excellent M. Wouters avait occupé, dès l'origine de l'Université, l'une des chaires principales de la Faculté de Théologie, et avait poursuivi vaillamment son enseignement jusqu'à cette dernière année. C'était un savant modeste et un saint prêtre. Malgré le labeur des leçons et les soins donnés à la composition d'ouvrages classiques d'une grande utilité et trôsappréciés au dehors, il avait trouvé jusqu'à ses derniers jours les moments nécessaires pour consacrer une partie de son activité à la direction des âmes, et il nous a laissé, avec le souvenir et le regret de ses relations toujours si pleines de douceur et d'aménité, l'exemple d'une vie sacerdotale admirablement remplie et honorée d'un respect universel. A part ces pertes si douloureuses, la dernière année académique ne nous a donné que des motifs de satisfaction. Le nombre des étudiants s'est accru considérablement, et nous n'avons qu'à nous féliciter du bon esprit qui les anime, de leur assiduité aux leçons, de leur application au travail, du respect et de l'affection qu'ils n'ont cessé de montrer envers
leurs professeurs et envers Tautorité académique. D'abondantes distinctions ont été obtenues devant les jurys d'examen, et il m'est doux de rappeler que le grand prix quinquennal des sciences médicales vient d'être remporté par un des vétérans de notre enseignement universitaire, par notre cher et honoré collègue M. le professeur Hubert.
Des circonstances diverses ont amené parmi nous des changements assez considérables, qui s'opèrent en ce moment. M. le professeur De Jaer a cru devoir déposer les fonctions de secrétaire de l'Université, qu'il exerçait depuis cinq ans, après les avoir acceptées par dévouement, et qu'il a fini» par trouver au-dessus de ses forces. Il a pour successeur M. le professeur Willems, dont l'activité jeune et robuste ne recule devant aucune difficulté, quand il est fait appel à sa bonne volonté. Le vénérable M. D'Hollander, que nos regrets et notre reconnaissance accompagnent dans sa retraite, est remplacé dans sa chaire et dans la présidence du collège du Saint-Esprit par monseigneur Roelants, ancien président du collège belge à Rome, où il s'est fait distinguer par une prudence et une habileté peu communes. Deux autres présidences étaient devenues vacantes, l'une par la promotion de M. le chanoine Cartuyvels aux fonctions de vice-recteur, l'autre par la renonciation do M. le chanoine de Harlez, dont une mauvaise
santé persistante paralysait le zèle et les rares aptitudes. La première de ces positions a été dévolue à M. le professeur Jacops, que l'institut Saint- Louis ne nous a cédé qu'avec douleur; la seconde, celle du collège Juste Lipse, est passée aux mains de M. Dewez, qui y remplissait avec distinction l'emploi de directeur. M. le chanoine Pieraerts, après avoir dirigé avec honneur pendant plusieurs années le collège Saint-Rombaut à Malines, a été appelé à faire le cours si important de religion, confié précédemment à la science éloquente de monseigneur Laforet d'abord, de monsieur le vice-recteur ensuite. Dans la Faculté de Droit, M. Delcour, qui siège aujourd'hui dans les conseils de la Couronne, a été promu à l'éméritat. Il est remplacé dans la chaire qu'il a illustrée, par M. Mabille, un de ses anciens et meilleurs élèves. Un autre ancien étudiant, qui nous avait laissé aussi les meilleurs souvenirs, M. Descamps, supplée M. le professeur Périn dans l'enseignement du droit administratif. La Faculté de Médecine s'est accrue de trois jeunes professeurs, MM. Ledresseur, Noël et Debaisieux, qui s'étaient distingués par les plus brillants et les plus persévérants succès dans leurs études. Ils auront à cœur de maintenir le haut rang que notre enseignement médical a conquis dans la science. A la Faculté de Philosophie et Lettres, M. le professeur Nève, dont les travaux jouissent d'une autorité si bien
méritée dans le monde savant, a désiré éire déchargé du cours de littérature grecque, qu'il faisait depuis quelques années. M. Wiilems a bien voulu encore, sur notre demande, accepter cette nouvelle tâche, en cédant à son tour le cours de littérature latine de la candidature à M. le professeur Pieraerts, qui s*est occupé longtemps de rétude et de l'enseignement de cette branche. Je compléterai l'exposition des changements survenus dans le personnel académique, en rappelant que nos honorés collègues MM. Dupont, Carnoy et Micha ont été nommés professeurs ordinaires, et que M. l'ingénieur Breithof, qui dirige depuis plusieurs années avec le zèle le plus soutenu les travaux graphiques à nos Écoles spéciales, a été nommé professeur extraordinaire.
Je ne puis m'empêcher, messieurs, d'arrêter uji instant votre attention sur les embarras que nous préparent dans un avenir prochain l'exiguité et la distribution défectueuse de plusieurs de nos locaux. En tenant compte de la progression rapide et continue qui s'est produite depuis quelques années dans la population académique, 11 est impossible de ne pas prévoir le moment peu éloigné où nous ne serons plus en mesure de recevoir qu'une partie des jeunes gens qui affluent autour de nos chaires. Dès aujourd'hui nos pédagogies sont manifestement insuffisantes, et nous avons éprouvé la douloureuse né-
'«essité, cette année et Tannée passée, de repousser les demandes d'un grand nombre de familles qui nous suppliaient d'y admettre leurs enfants. Une nouvelle pédagogie affectée aux Écoles spéciales serait un bienfait considérable et ardemment désiré pour les élèves de cette catégorie. Nous espérons que la bienfaisance inépuisable des catholiques belges nous viendra encore une fois en aide à cette fin, car nous savons combien ils apprécient hautement, au point de vue religieux et social, les avantages de ces écoles si impérieusement réclamées par la situation actuelle de rindustrie, et par les dangers croissants dont nous menacent les doctrines immorales et subversives qui ne pénètrent que trop dans les classes laborieuses. Nous espérons aussi que la ville de Louvain, si fiôre à juste titre de son passé, comprendra ce qu'exigent d'elle sa vieille renommée, son honneur et les intérêts les plus évidents de ses habitants. Nous espérons que Louvain ne consentira pas à rester plus longtemps en arrière, sous ce rapport, des autres villes universitaires du royaume.
Messieurs les professeurs, je ne descendrai pas de cette tribune sans avoir rendu hommage aux éminents services que vous ne cessez de rendre à la jeunesse académique, par l'étendue de votre savoir, la solidité de votre enseignement, le zèle laborieux avec lequel vous vous -emparez au profit de vos élèves, de tous les pro-
grès, de toutes les découvertes qui s'accomplissent chaque jour sur ce champ immense de la science, exploité par tant de travailleurs infatigables. C'est pour moi un devoir, bien agréable du reste à remplir, de vous exprimer toute ma reconnaissance pour l'empressement si cordial et si délicat avec lequel vous m'avez secondé aux débuis d'un rectorat improvisé, pour ainsi dire, en pleine année académique. Votre concours, messieurs : ne me sera ni moins nécessaire ni moins précieux à l'avenir. Le bien que l'Université a réalisé dans le passé est dû incontestablement, pour une part considérable, à l'unité de pensées et de sentiments qui a toujours régné dans le corps académique. C'est là notre force, messieurs, gardons la soigneusement; aimons d'un ardent amour la paix et la vérité, pacem et veritatem. Soyons toujours, et plus que jamais, un cœur et" une éitne, cor unum et anima una. Un écrivain ancien (i), frappé des bienfaits de l'union, a remarqué que la concorde fait grandir les petites choses, et que par la discorde s'évanouissent les plus gran- (les : concordia parvœ res crescunt, discordia maœimœ dilabuntur. Mais à quoi bon citer une autorité profane, quand l'Évangile est si explicite sur ce point? Tout royaume, toute maison divisée contre soi-même périra, a dit le divin Maître. Bénissons Dieu, messieurs, d'avoir su.
(4) Sallaste, Jugurtha, X.
goûter les douceurs de celte union des âmes dans l'amour et dans la vérité, d'en avoir senti l'effet fortifiant, d'en avoir recueilli les fruits si suaves et si salutaires ! Enfants communs du Père qui est dans le ciel, frères et cohéritiers de celui qui est un avec lui et qui veut que nous ne soyons qu'un entre nous, ayant la même foi et les mêmes espérances, c'est par là que nous montrerons toujours qui nous sommes, et que nous mériterons que ceux du dehors, nous reconnaissant à cette marque, disent de nous avec envie ce qu'ils disaient autrefois des premiers disciples de notre divin Maître : « Voyez comme ils s'aiment.» Fidèles aux enseignements du Pontife infaillible, défenseurs persévérants de sa cause et de ses droits, tenons-nous serrés autour .de la pierre inébranlable du Vatican, -et laissons passer, sans nous émouvoir, les vents et les tempêtes; Si la fraude, le mensonge, l'iniquité ont pour eux le moment qui fuit. Dieu a l'éternité qui demeure; le Vicaire de Jésus-Christ en terre a des promesses qui ne trompent point ; et vainqueurs ou vaincus dans le présent, les défenseurs de cette sainte cause, les champions de la justice, de la vérité et de l'honneur, n'en sont pas moins assurés du triomphe définitif, et n'en doivent pas moins compter sur les palmes et les couronnes qu'il n'est permis à aucun pouvoir humain de leur ravir. .
Et maintenant, messieurs les étudiants, fils
«héris de Y Aima mater, anciens et nouveaux, je me tourne vers vous avec une ardente sollicitude et un indicible amour. Quel cœur catholique ne tressaillirait pas en vous voyant! Vous ôtes Tespoir de la religion, de la patrie, de ces parents chrétiens, qui en vous remettant entre nos mains, nous confient leur trésor le plus cher, et nous demandent de le leur rendre un jour intact, et, s'il se peut, agrandi des richesses de la vertu et de la science, comme des dépositaires fidèles. Nous comprenons, messieurs, non sans crainte et sans tremblement, tout ce que cette confiance nous impose envers vous de soins et de labeurs.
Quand vous sortirez de TUniversité, chers jeunes gens, ce sera pour prendre votre place, et une place élevée et importante, dans cette société si troublée de notre temps ; pour y former Télite de la nation; pour y exercer une influence puissante et souveraine; pour porter remède à tant de misères physiques et morales par vos lumières, par votre travail et par vos exemples. Vous serez tous, je Tespère, de grands chrétiens et de grands citoyens. Vous prendrez une part active, généreuse, à cette lutte suprême, implacable, «ngagée aujourd'hui entre la vérité et Terreur, -entre la justice et riniqui té, entre Dieu et l'enfer.
Messieurs, dans cette lutte acharnée, l'un des plus dangereux adversaires que vous rencontrerez, c'est la fausse science, l'orgueil des sophistes, leur parole empoisonnée, leurs plumes
vénales toujours au service du succès présent et <lu crime heureux. Préparez- vous par Tétude à combattre dignement ce bon combat. Que le vrai savoir, acquis par vous à TUniversité n'ait rien é. redouter le jour prochain où il lui faudra descendre dans Tarène, et en venir aux prises avec cette prétendue science, si vide hélas! mais si arrogante et si prétentieuse. Courage donc, et que la vérité n*ait jamais à rougir de ses défenseurs! Mais la science toute seule ne suffit plus aujourd'hui. Au fond il faut savoir unir la forme, une forme correcte, naturelle et gracieuse. Aujourd'hui il faut savoir parler, il faut savoir écrire, mais surtout et avant tout, il faut savoir penser. Étudiez donc, mais étudiez avec méthode, avec suite, avec réflexion. Sachez toujours vous rendre compte parfaitement de ce que vous apprenez. Au demeurant, il n'importe pas tant de savoir beaucoup que de savoir bien. Jeunes étudiants, tenez surtout en grande estime ces études philosophiques, auxquelles la législation actuelle a fait une part si maigre et si insuffi santé. On se plaint quelquefois d'un certain abaissement dans le niveau des études, selon une expression consacrée. Si le fait est réel, c'est ici surtout qu'il faut en chercher la cause, et il est temps, plus que temps, que le législateur y pourvoie. Pour ma part, je ne me persuaderai jamais que des études supérieures, qui ne sont pas même précédées d'un simple cours de logique, soient
ce qu'elles doivent être. « L'étude de la logique, a dit un célèbre écrivain contemporain (i), est pour l'esprit la meilleure gymnastique connue. » Suppléez, messieurs, par votre travail personnel k cette lacune du haut enseignement. On ne saurait assez répéter ces paroles d'un illustre magistrat (2) à son âls : « Il faut rendre à la philosophie l'honneur qu'elle mérite et la justice qui lui est due. C'est elle qui perfectionne notre raison ; c'est elle qui prépare notre esprit aux autres connaissances, qui le dirige dans ses opérations» qui lui apprend à mettre toutes choses à leur place, et qui lui donne non seulement les principes généraux, mais l'art et la méthode pour s'en servir, et faire usage de ceux même qu'elle ne lui donne pas. » Seulement, messieurs, il ne faut pas confondre la philosophie avec les opinions et les systèmes, ni en faire une science abstraite et purement spéculative. La philosophie, comme un enseignement grave et sérieux doit la comprendre toujours, c'est la sagesse, et la sagesse c'est tout à la fois la recherche du vrai et la pratique du bien. On l'a dit avec un grand sens : « Étudier pour connaître, connaître pour aimer, aimer pour pratiquer, telle est la philosophie, n
Messieurs les étudiants, encore un mot,, et j0 finis. C^jnot c'est l'ancien vice-recteur qui tous-
(1) H. Cousin.
(t) Le chancelier d'Agaessean.
Tadresse. Le bon esprit qui tous anime, votre attachement aux vrais principes, votre confiance
. en vos maîtres, ce respect de vous-mêmes, cette tenue si digne, si convenable qui vous distingue, l*élan admirable avec lequel vous vous associez à toutes les œuvres de charité et de bienfaisance, d'éducation populaire et d'amélioration des classes ouvrières, ces choses et tant d'autres ont été pour moi, dans ces dernières andées surtout, la source abondante des plus douces consolations. Vous avez été en vérité ma joie et ma couronne. Persévérez, chers jeunes gens, sous l'impulsion du prêtre zélé et éloquent, que l'Épiscopat m'a donné pour successeur. Il vous aime comme je vous aime : soyez-lui ce que vous m'avez été. Jeunes gens chrétiens, la fleur, le printemps de la Belgique catholique, pensez à vos mères, dont la tendresse veille de loin, émue et attentive, sur les jours périlleux de votre jeunesse; pensez à cette autre mère, notre glorieuse
^ patrie qui vous attend; pensez au père de vos âmes, à cet auguste Pie IX, spolié et captif au Vatican, mais dont le cœur est toujours libre pour aimer et pardonner, la bouche pour instruire et encourager, la main pour bénir; pensez à tous les vœux qui s'élèvent pour vous, à toutes les espérances qui reposent sur vous. Vous êtes l'avenir, chers jeunes gens : faites (m'il vaille mieux que le présent.
IS^OTICE SUR LA VIE ET LES ŒUVRES DE MONSIEUR LE CHANOINE GUILLAUME- HENRI WOUTERS, PROFESSEUR ORDI- NAIRE A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, PAR M. B. JUNGMANN, PROFESSEUR A LA MÊME FACULTÉ.
La vie d'un homme de bien, toujours féconde -en enseignements salutaires, présente un intérêt 4iuguste, lorsqu'elle s'est consumée tout entière au service de la religion et de la science. En présence de tant d'existences misérablement vouées à des passions et à des soucis éphémères, c'est pour l'esprit un consolant spectacle, de remonter le cours d'une vie consacrée tout entière aux nobles labeurs de l'intelligence et au salut des âmes chrétiennes. Lorsque l'homme qui sut ainsi réunir le prestige du savoir à l'autorité du sacerdoce vient à s'éteindre, il recueille dans l'honneur qui entoure son nom respecté l'hommage des sympathies les plus diverses : le monde lettré se plaît à réunir ses titres à la reconnaissance de l'avenir, et voit d'un œil ému ses travaux, ses ouvrages; le souvenir pieux du fidèle aime à se rappeler les vertus sacerdotales et les mérite? d'une existence qui, pour avoir été lar- ;gement utile aux intérêts de l'Eglise et de la Pa-
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trie, n'a pas un seul instant perdu de vue les intérêts du ciel. Ainsi a-t-il compris la vie, le prêtre pieux et savant dont TUniversité catholique pleure aujourd'hui la perte, et ce n'est pas «ans une riche moisson de vertus et d'œuvres utiles, qu'il a porté sa vieillesse honorée aux pieds du Souverain Juge.
La vie de monsieur le chanoine Wouters flit celle d'un prêtre et celle d'un savant : elle a fait briller d'un nouvel éclat l'antique alliance du sacerdoce et du savoir. Ces deux caractères lui donnent, avec son importance dans la formation scientifique de la génération actuelle, une physionomie particulière; aussi ne pouvons-nous mieux faire, que de classer à ce double point de vue les détails de la notice abrégée, que nous voulons consacrer à la mémoire du respectable professeur.
Henri-Guillaume Wouters naquit à Oostham, village du Limbourg, le 3 mai 1802, d'une famille Justement considérée, moins encore par les nombreux ministres qu'elle a fournis au service des autels, et les magistrats qu'elle a comptés parmi ses membres, que par des vertus chrétiennes héréditaires. Le vénérable curé du village ayant reconnu dans son jeune paroissien les aptitudes les plus heureuses, relevées par une profonde piété, se chargea de lui enseigner les^premiers rudiments des lettres latines, et de le préparer aux études du collège. Ses soins
furent couronnés de succès : à peine admis an collège de Beeringen, le jeune étudiant ne tarda pas à briller au premier rang parmi ses condisciples, et à remporter dans les classes latines les palmes les plus honorables.
Au sortir des humanités, M. Wouters n'hésita pas un instant sur le choix d*un état de vie. Sa foi profonde, sa vertu, sa gravité précoce le désignaient d avance au service du sanctuaire. C'était une de ces âmes privilégiées, qui dès la première enfance éprouvent le désir de se consacrer à Dieu, et sentent ce désir se fortifier en elles de toute l'innocence de leur vie et de toute l'énergie de leurs convictions religieuses. Le jeune Wouters entra donc au séminaire de Liège pour y suivre les cours de philosophie et de théologie, et s'y préparer dans la retraite aux initiations du sacerdoce. Il étudia la philosophie sous la direction de M. le professeur Leurs, et, à la fin de l'année, il obtint le premier prix. Ce succès lui valut une double ovation, telle qu'on en décernait autrefois au Primus de l'Université de Louvain. La première lui fut faite à Beeringen, où vivait encore la mémoire de ses succès précoces ; la seconde l'attendait à Oostham, son village natal. Ses études théologiques furent marquées par le même succès. L'abbé Wouters brilla toujours au premier rang parmi ses condisciples. '
Nous ne parlerons pas en détail de la manière
dont le jeune séminariste se disposa à recevoir dignement les saints ordres. Dans un séminaire où tous sont appelés aux mêmes travaux, aux mêmes exercices de piété, la vie de Tindividu s'efface et s'identifie pour ainsi dire avec la vie de la communauté, dont Tesprit et les tendances se reflètent nécessairement dans les âmes de ses membres. Complètement retiré du monde^ M. Wouters ne songeait qu'à réaliser en luimême le type du prêtre de Jésus - Christ, en se préparant aux travaux du ministère sacerdotal par l'observation exacte de la règle, par la prière, la mortification, et l'étude assidue des sciences ecclésiastiques. Loin de prendre à la légère les devoirs de son austère vocation, il se montrait plutôt porté à donner dans l'excès d'une rigueur exagérée envers lui-même, et bien que plus tard il ait su modérer ce penchant inné pour le rigorisme, son caractère en garda toujours une certaine empreinte, même en comportant tout ce que la charité chrétienne inspire de dévoué pour les autres, et ne se départit jamais de la gravité circonspecte qui le distingua pendant toute sa vie.
M. Wouters fut ordonné prêtre à Malines le 13 décembre 1824, par le prince archevêque de Méan. Mgr Barrett, alors vicaire-général capitulaire du diocèse de Liège, appréciant la piété, l'intelligence et l'excellent caractère du jeune prêtre, l'attacha au grand séminaire en qualité
de sous-directeur. Un peu plus tard, M. Wouters fut chargé de suppléer dans la chaire de théologie morale le vénérable professeur de la Brassinne, auquel il succéda pleinement en 1829. Mgr Van Bommel, nommé évêque de Liège, lui confia le cours d'histoire ecclésiastique avec une partie de celui de théologie morale. Dans Taccomplissement de ces différentes charges, le Jeune professeur profita de l'ascendant que son savoir et sa piété exerçaient déjà sur Tesprit des élèves pour les prémunir contre les doctrines de Tabbé de Lamennais, dans lesquelles beaucoup de membres du clergé saluaient avec transport Fespoir d'une rénovation religieuse. Ses leçons d'histoire ecclésiastique révélèrent la spécialité de son talent. Aussi lorsque l'Université catholique s'ouvrit à Malines en 1834, TÈpiscopat jeta les yeux sur le jeune professeur pour lui confier la mission d'enseigner l'histoire de l'Église dans la naissante Faculté de Théologie.
M. Wouters comprit d'emblée l'importance du •cours que les Évoques lui avaient confié. Tracer l'histoire exacte et véridique du développement successif du royaume de Dieu sur la terre, c'est embrasser une tâche extrêmement difficile et laborieuse, parcequ'elle touche à toute l'extension du christianisme et à toutes les formes de son action sur l'humanité. De nos jours surtout, -où la science découvre tant de nouvelles sources, et réforme tant de jugements erronés à.
Taide de documents inédits, cette tâche impose d'incessants labeurs. Il y a plus : Thistoire des destinées de TÉglise est par elle-même une apologie du christianisme. La perpétuité de l'Église, malgré les défauts et les imperfections de ses membres humains, est une démonstration éclatante de la vérité et de la divinité de la religion : car son développement historique révèle dans toutes ses vicissitudes une direction partieuliôre de la Providence. Il en résulte que l'historien de rÉgllse ne peut négliger de montrer la main de Dieu guidant et protégeant son Église ^ travers les événements de la société humaine ; il trouve à confirmer par là les convictions religieuses de ses lecteurs et à les enflammer d'un amour toujours plus ardent pour l'œuvre divine. Pour atteindre ce but, il doit compléter la partie positive de son enseignement par la partie polémique. Les ennemis de l'Église l'ont attaquée surtout sur le terrain des faits ; rien n'a •été ni épargné ni respecté dans son histoire. Ses principes ont éié calomniés, ses institutions 4énigrées par un mépris et une malveillance systématiques, ses actions présentées sous un jour faux et souvent odieux , ses grands hommes et leurs œuvres bafoués et flétris par les accusations les plus atroces et les plus mensongères. De nos jours plus que jamais, ** l'histoire -est devenue une conspiration contre la vérité. »» Or, si l'esprit de mensonge et ses adeptes s'achar-
nent avec tant de fureur contre l'œuvre divine^ l'historien de TÉglise doit poursuivre jusque dans le dernier détail ces attaques perfides; iî est de son devoir de prendre la défense de sa mère, de la venger des calomnies, de justifier sa conduite, de sauvegarder Thonneur de ses Saints et de ses Pontifes.
Telle est la tâche que le professeur Wouters a remplie pendant trente ans avec autant de sollicitude que de succès. Il avait consacré toutes lea forces de son intelligence aux études historiques ; grâce aux efforts d'un zèle infatigable, à des connaissances théologiques très solides, au plus tendre attachement pour TÉglise, à sa piété fervente, il a su porter la lumière dans les document» les • plus obscurs et résoudre les questions lesplus compliquées avec une rare clarté d'exposition et une facilité qui étonnent. Son enseignement se distinguait par la précision et la solidité. Pénétré d'un amour sans bornes pour l'Église et pour son Chef, il lui était facile de communiquer ces sentiments à de nombreux élèves. Qu'il nous suffise à cet égard de rappeler un fait. On connaît les longues discussions qui passionnèrent les catholiques en différents pays à l'occasion du Concile et de ses définitions doctrinales. Parmi les causes de ce triste phénomène, il faut placer en première ligne une fausse appréciation de plusieurs faits appartenant à l'histoire ecclésiastique. Or, il est consolant de constater, que la
Belgique, loin d'éprouver la moindre sympathie pour ce qu'on a nommé l'opposition au Concile, «'est trouvée unanime à prendre la défense des droits du Souverain Pontife. Y aurait-il exagérer tion à chercher en partie la cause de ce fait honorable dans renseignement de M. Wouters, et é. la prédilection notoire, avec laquelle on le vit pendant un quart de siècle dégager de toutes les ombres de Terreur les faits dogmatiques, impliquant une affirmation des prérogatives du Souverain Pontife ?
Cette appréciation de Tinfluenco exercée par M. Wouters dans l'enseignement universitaire, trouve sa confirmation dans les ouvrages du regretté professeur. Dès le début de sa carrière professorale il avait compris la nécessité d'écrire un manuel, qui pût servir de base à ses leçons académiques et à l'enseignement des séminaires. On se plaignait généralement de la difficulté de se procurer pour l'étude de l'histoire ecclésiastique un auteur, dont l'étendue fût proportionnée à la durée du cours ordinaire. Il y avait bien des ouvrages de grand mérite, mais qui ne répondaient guère à ce but. Les uns se livrent à des discussions trop longues, ou ;bien embrassent un plan trop vaste ; les autres ^n resserrant les faits dans un cadre trop étroit leur ôtent toute couleur et toute liaison, et enlèvent ainsi aux événements tout ce qui peut servir à les fixer dans la mémoire ; d'autres enfin»
absorbés dans des questions d'antiquités chrétiennes ou de discipline, perdent de vue l'enchainement des faits. Tout le monde désirait donc voir paraiire un manuel, qui, en résumant les faits principaux, et en offrant dans un cadre bien proportionné le récit des événements, laissât en même temps au professeur la faculté de développer à son gré les parties les plus importantes au point de vue du dogme ou de la controverse. C'est dans cette pensée que M. Wouters publia son Manuel d'histoire ecclésiastique en trois volumes, qui parurent en 1842 et 1843 : livre trop connu pour qu'il convienne de le décrire, et trop apprécié dans TEurope entière pour que nous ayons besoin d'en faire Téloge.
Disons seulement que sans entrer dans de profondes discussions, ce livre signale tous les faits qu'il importe d'avoir sous les yeux, lorsqu'on étudie l'histoire d'une époque, et laisse une grande latitude dans le choix des développements ultérieurs. Le style de l'auteur est clair, la narration bien suivie, la disposition de l'ouvrage méthodique et fondée sur les grandes époques de l'histoire (i). Ce Compendium historiae ecclesiasticae a obtenu un succès vraiment remarquable. Cinq éditions belges (2), sans parler des reproductions qui en ont été faites en
(I) Cfr. Journal historique et littéraire, t. IX, p. t8S et 889; l. X» p. ISO.
(S) i* édition en 184S;2* en 1848; 3« en 1887; 4* en 1863; 5* ea 1872.
Espagne et en Italie, démontrent le mérite de cet ou vrage de venu classique en Belgique, en France^ en Autriche, à Rome, et jusqu'à St-Pétersbourg.
Dans le but de compléter son premier ouvrage et de fournir les développements nécessaires au Compendium , le professeur Wouters publia dans les dernières années de sa Vie ses Dissertationes in selecta historiée ecclesiasticœ capita. Quatre volumes en ont paru; le dernier s'arrête au xiv« siècle ; ce que nous en possédons nous fait amèrement regretter que la mort ait empêché Tauteur de continuer son œuvre jusqu'au Concile de Trente, comme il en avait l'intention. Pour donner une idée du contenu, de la forme et de l'excellent esprit de l'ouvrage, nous ne pouvons mieux faire que de résumer l'article consacré aux Dissertations historiques de M. Wouters par la Revue des sciences ecclésiastiques, qui travaille avec tant de succès à la restauration des sciences ecclésiastiques en France (i).
Le choix des questions traitées dans ces dissertations est heureux. Il n'y a pas de point de doctrine ou de discipline générale, attaqué par les ennemis de l'Église ou controversé par les savants, qui ne soit examiné à fond par l'émineni professeur. Sans s'arrêter au détail, il insiste sur les faits et les institutions qui caractérisent chaque époque, et qui mettent en relief la situation et l'action civilisatrice de l'Église. C'est
(1) :<•• 1Î9-130. — Septembre- oclobte 1870, pag. 527.
ainsi que, dans le premier volume par exemple, i Tauteur consacre des dissertations à Tinstituiion de rÉglise, à la primauté de saint Pierre, à la propagation de la religion, au nombre des martyrs, aux mœurs des premiers chrétiens, au oélibat, à la vie monastique. Mais.il ne suffît pas de donner des idées générales; pour être suffisamment complet dans cette matière, il faut fixer les dates, examiner Tauthenticité des documents, définir le sens et la portée de controverses importantes, venger la mémoire des pontifes et des saints. L'an de la naissance du Sauveur, — les actes dits de Ponce Pilate, — le célèbre témoignage de Flavius Josôphe, — les hérésies des premiers siècles,— la controverse de saint Cyprien avec saint Etienne, — la pénitence publique, — les erreurs d'Origône, — la légion Tbébaine, — tels sont les titres de quelques autres «dissertations du premier volume.
La discussion de ces graves sujets implique nécessairement des excursions fréquentes sur Je terrain de la dogmatique proprement dite. Le lecteur ne s'en plaindra pas, quand il aura <îompris que l'auteur n'est pas moins versé dans la science du dogme que dans l'histoire. En général, l'exposé du dogme, quoique succinct, est d'une exactitude irréprochable. Les citations des Pères, sans être trop nombreuses, suffisent pour constater l'origine apostolique de la doctrine et ia haute antiquité des lois ecclésiastiques. Ces
dissertations offrent donc au théologien toutes les données nécessaires pour défendre, expliquer et pénétrer à fond le dogme catholique.
Si le choix des matières est très-intelligent, la méthode de l'auteur convient parfaitement à son but. La dissertation comprend ordinairement trois parties distinctes : l'exposé de la controverse ; la solution de la question avec des arguments à l'appui; la réponse aux objections. Le lecteur possède ainsi en quelques pages le résumé substantiel des doctes travaux de Baronius, de Pagi, de Noël Alexandre, etc., trop développés et trop difficiles à aborder. S'il désire approfondir la matière , suivre les controverses dans tous leurs détails, il consultera avec fruit les sources indiquées en tête de chaque dissertation. Ici l'auteur a su choisir avec beaucoup d'intelligence et de discernement les ouvrages à conseiller aux étudiants.
En fait d'histoire, la science moderne a réalisé des progrès incontestables ; mais toutes ses productions ne conviennent pas également à la jeunesse. A côté d'excellentes recherches et d'appréciations judicieuses, on y rencontre très-souvent un esprit d'indépendance et de témérité dans les matières dogmatiques, qui impressionne péniblement le lecteur pieux. Si par conséquent on était tenté de reprocher au professeur Wouters sa sobriété excessive en matière d'érudition moderne, il faut tenir compte de la nature
et du but de ses dissertations. Quand une fois le» jeunes gens ont appris à considérer les événements au point de vue chrétien , ils peuvent lire sans danger les ouvrages modernes, y distinguer la vraie lumière des trompeuses lueurs, et comprendre la vie de TÉglise se développant toujours plus forte au milieu des imperfections et des misères de ses agents humains.
Mais ce qui fait à nos yeux le grand mérite de ces Dissertations, c'est Texcellent esprit dans lequel elles sont écrites. Loin de faire des concessions au naturalisme sur rétablissement de la religion, en l'expliquant d'une façon naturelle comme le corollaire obligé -de l'état du monde païen, l'auteur met en relief le principe surnaturel, et sa lutte contre les mœurs, la philosophie, les conditions politiques et morales des sociétés antiques. En laissant à la critique tous ses droits, il se plaît aussi à nous faire admirer )a main de Dieu dans les événements humains plus ou moins connexes avec l'histoire de l'Eglise. Pour lui comme pourBossuet « Jésus- Christ fait l'union des deux mondes, puisqu'attendu ou donné, il a été dans tous les temps la consolation et l'espérance de l'univers. »
Les ennemis de TÉglise ont exploité l'histoire dans un intérêt passionné : témoins les prétendus arguments des réformateurs, de Jansénius, des Gallicans et des Fébroniens. Le professeur Wouters fait la révision du procès iu-
tenté à rÉglise, et trouve la cause fondée sur des mensonges et des abus exagérés.
Son livre est une apologie complète de la Papauté. La Papauté n*a pas besoin de nos mensonges, de nos adulations, a t-onditàproposdeFinfaillibilité. Mais aussi elle ne craint pas la vérité. De nos jours on a fouillé toutes les archives, <;ompulsé tous les documents, ramassé toutes les accusations contre les Papes. Qu'en est-il résulté? une justiâcation éclatante des Pontifes incriminés. L'Église peut livrer tous ses actes à la publicité et à la critique *: elle ne craint pas la lumière, parce que toute sa conduite porte Tempreinte d'une origine surnaturelle et de l'assistance de l'Esprit de Dieu. Les abus, les imperfections, les misères inséparables des instruments humains qui la ser\^nt, relèvent encore davantage en elle le caractère divin de l'œuvre de Dieu, qui daigne opérer ces grandes choses par le moyen d'êtres si imparfaits et si fragiles.
Ces vues chrétiennes ont inspiré l'auteur dans l'appréciation des vicissitudes de cette longue et glorieuse histoire. En entreprenant de justifier l'Église et la Papauté sur le terrain des faits, il a rendu un égal service à la religion et à la science. €es Dissertations étaient la préoccupation de ses derniersjours; il aurait voulu les terminer comme un monument de sa foi, .et comme le résumé -d'un enseignement de trente années. Mais Dieu permit qu'après avoir consacré tant de journées
laborieuses à faire connaître, à faire aimer rÉglise de la terre, il passât sans retard et sans longues douleurs à l'Église du ciel. Son œuvre hélas! demeure inachevée; mais les volumes qui ont paru suffiront à perpétuer sa mémoire avec le regret de sa perte. Et d'ailleurs le véné- . rable défunt laisse ici- bas mieux qu'un renom littéraire, c'est-à-dire le prestige d'une vie sacerdotale bienfaisante et sans tache.
Simple, austère et retirée, cette vie n'eut d'au« tre activité publique qu'un professorat destiné à contribuer largement à la formation intellectuelle et religieuse du clergé belge. Les rares moments de loisir du pieux professeur étaient consacrés aux fonctions du ministère sacerdotal. Le confessional qu'il occupait à l'église de Notre-Dame aux Dominicains fut toujours des plus fréquentés. Bien des familles y allaient chercher la consolation et le conseil. « Pendant trente-sept ans» nous disait un homme distingué, M. Wouters m'a servi.de père spirituel. Jamais sa prudence ne m'a fait défaut. Dans les circonstances les plus difficiles de la vie, il me fut un ami sincère et un conseiller précieux. Grâce à la simplicité de son caractère, à la fermeté de ses principes, il devinait comme par intuition la solution prompte et satisfaisante des cas les plus compliqués. »
Depuis 1848 jusqu'à sa mort, M. Wouters dirigea la congrégation des Filles de Marie de Fin-
stitut Paridaens (i). Sans parler des sollicitudes nombreuses et délicates qu'impliquent des fonctions de ce genre, il nous suffira de constater que le vénérable défunt fut toujours à la hauteur de sa tâche ; il possédait à un haut degré cet art que saint Grégoire appelle l'art des arts, celui du gouvernement intérieur des âmes. Sa direction ferme et persévérante initiait les cœurs aux pratiques de la perfection religieuse, avec d'au-
(I) L'iD$titat Paridaens fut créé à Louvain en 1805 par les soins de M. De Venise, licencié en théologie et président du collège de Mous en l'ancienne Université de Louvain. Il ent pour fondatrice et supérieure M"* C. Paridaens, une de ces âmes d'élite, qui par la Providence divine avaient été destinées au commeucâmcnt de ce siècle à relever les ruines religieuses amoncelées par la révolution française. Après avoir fait partie d'une première congrégation dis*persée par la tourmente, elle parvint a établir a Louv.iin, le jour de l'Assomption 4805, une maison d'enseignement, où elle se voua avec dix compagnes animées de sa ferveur à l'éducation chrélienne de la jeunesse. La petite communauté s'installa d'abord dans l'ancien couvent des Récollets Irlandais, occupé aujourd'hui par les Frères de la doctrine chrétienne. En 1810 M"* Paridaens flt l'acquisition de l'ancien collège de Hollande, que l'institut occupe encore aujourd'hui. Des constructions successives eu ont fait un des plus beaux et des plus prospères établissements d'instruction du pays. L'Institut ^e M"* Paridaens formait d'abord une association laïque. En 1836 elle fut érigée en congrégation religieuse piir son Éminence le Cardinal-Archevêque de Malines. La congrégation prit le nom do FiUe* de Marie, et la vénérable Fondatrice en fut la supérieure jusqu'à sa sainte mort, arrivée le 31 mai 1838. — Grâce à l'habile et sage direction des supérieures, secondées parle concours de religieures dévouées, l'institut jouit d'une réputation méritée parmi les établissements consacrés à l'éducation chrétienne de la jeunesse.
tant plus de succès, qu'il ajoutait aux paroles la confirmation de l'exemple dans sa vie austère, rotirée^du monde, iiumble et mortifiée. Son extérieur toujours grave, sa conversation sérieuse ei douce, ses manières empreintes d'une réserve sacerdotale, tout reflétait en lui la candeur de l'àme, la droiture du caractère et l'inspiration d'une piété sincère et profonde.
Durant le cours de l'année 1870, M. Wouters éprouva les premières atteintes des infirmités de l'âge, qui lui rendirent l'enseignement pénible et difficile. La mort d'une sœur, fidèle compagne de sa, vie, avait porté un rude coup à sa santé déj& chancelante et minée par un travail opiniâtre et continuel. Aussi en 1871 11 sollicita l'éméritat, qui lui fut gracieusement accordé par NN. SS. les Évêques. Tandis qu'il se disposait, â la faveur d'un repos si honorable, à mettre la dernière main à ses travaux historiques , la mort vint apporter un terme aux efforts de son zèle. Le 30 décembre un coup d'apoplexie mit son existence en danger. Il succomba la veille de l'Epiphanie à une nouvelle attaque, après avoir reçu Avec une tendre piété les saints sacrements de l'Église.— Il repose, suivant son désir, à côté de sa sœur, près des tombes de la congrégation qu'il avait tant d'années dirigée dans les voies du salut, au cimetière de Wilsele, où ses dépouilles mortelles attendent le jour de la résurrection glorieuse.
MARTIN DORPIUS ET LES ETUDES D^HUMA- NITÉS DANS LES ÉCOLES DE LOUVAIN AU COMMENCEMENT DU XVI« SIÈCLE. — ESQUISSE D'HISTOIRE LITTÉRAIRE, PAR M. LE PROFESSEUR FÉLIX NÈVE.
Dorpius est mort jeune, et il n'eut pas le temps de mettre la main à de longs écrits ; cependant son nom est conservé avec honneur dans les fastes de la théologie à l'ancienne université do Louvain. C'est que les meilleurs esprits d'entre les théologiens de son temps avaient en estime son savoir et fondaient sur lui de grandes espérances : ils comptaient sur son concours pour soutenir la lutte que plusieurs avaient engagée de bonne heure avec Luther et d'autres champions de la Réforme. Mgr De Ram lui a donné place avec raison parmi les jeunes maîtres de VAlma Mater dignes de prendre part avec leurs aînés aux grandes controverses religieuses (i).
Nous pourrons exposer en peu de mots les titres de Dorpius comme théologien, comme dignitaire de l'Université de Louvain à la fin du premier siècle de son existence. Nous parlerons ensuite plus longuement du rôle qu'il a rempli
(1) Duquiêitio hittorica de iU quae contra Luther um Lovanientei theologi egerunt (Bruxelles, 4843, 4*. — Elirai l des Nouv. Mémoiret 4e rAcadémie, tome XVI}.
comme humaniste et comme défenseur des études classiques À Tépoque de la renaissance de» lettres dans les provinces belgiques : c'est là Tobjet des récentes recherch^s que nous allons consigner dans la présente esquisse.
L*homme distingué qui est connu dans les monuments littéraires sous le nom de Afartinus DoRPius, était originaire de la Hollande ; il portait les prénoms de Martin- Barthélémy, et il appartenait à une famille Van Dorp, qui était réputée noble. Né en 1485 à Naeldwyck, il est mort en 1525 à Louvaiu; où il avait passé la plus grande partie de sa vie, après y avoir fait ses études. La Hollande obéissait alors aux mêmes souverains que la Belgique : on peut donc revendiquer pour notre science uationale les savants et les écrivains qui, venus des provinces du nord, avant leur séparation d*avec celles du midi, ont puisé leur instruction dans la vieille université brabançonne et se sont mis ensuite à son service.
Martin Dorpius, après avoir achevé ses humanités au collège du Lis, avait été proclamé cinquième de la première ligne au concours de philosophie, Tan 1504; il fut appelé peu après à professer la théologie et la philosophie dans le înéme collège qui était supérieur aux autres collèges de la faculté des arts dans Tétude de la
grammaire et des lettres. C'est là que Dorpius, jeune encore , déploya son activité et fit dans la jeunesse des prosélytes pour les études classiques, pendant nombre d'années : nous reviendrons à ce début de sa carrière à Louvain, en traitant plus loin de ses essais et de ses opinions littéraires.
Plusieurs hommes d'autorité avaient jeté les yeux sur Dorpius pour de plus hautes fonctions. Jean Briard d'Ath Tàvait déterminé à faire un cours complet d'études théologiques, et le Père Ménard, bénédictin, qui était le trente- sixième abbé d'Egmond ou Hecmund près d'Alcmar en Hollande, avait fortifié sa vocation pour Tétat ecclésiastique, en lui conférant des prébendes et des bénéfices (i), et en lui assurant les loisirs nécessaires pour l'achèvement de ses nouvelles études. Dorpius était déjà sur les bancs de la théologie quand il composait une harangue solennelle pour la reprise des cours académiques à la fin de l'an 1513, et il se nommait théologien, en publiant la même année ce discours oflîciel dont nous parlerons explicitement ci- après.
(1) Ayaut reçu les ordres sacrés, Dorpias aurait obtenu les deux dires d'Overschie et de Sehiedam, mais sans les desservir. Nouh empruDtoQS ce renseignement à la notice sur Dorpius insérée par le bibliolhécaire Goclhals. an tome I" de ses Lectures relatives A r histoire des sciences et des lettres en Belgique, Bruxelles, 4857, pag. *l'ii.
C'est à Ménard, comme à son protecteur, que Dorpius a dédié cette pièce, annonçant qu'il se I)roposait de faire de même poUr plusieurs autres écrits (1); nous y trouvons des preuves de la reconnaissance du futur maître de théologie; le passage est assez peu connu pour que nous osions le citer : « Tu siquidem unus amplo sa- »' cerdotio otium mihi ad studia iranquillum " suppeditasti; Tu me scholaribus tumuliibus » eripuisii; Tu sacrae Thêologiae mancipasti; » proindô meritô ingratissimus videar, nisi »' quantum in literls profecero, quidquid compo- » suero, quidquid edidero... nisi denique et me, » et mea omnia tibi uai deberi ingénue profi- » tear. »
En 1515, Dorpius fut promu à la dignité de docteur en théologie; quelque temps après il prit rang dans la faculté de théologie comme professeur d'Écriture sainte, et, après la mort de Lucas Walter de Conitz (4 septembre 1515), il fut nommé président du grand collège du Saint- Esprit avant la séparation de ce collège en deux
(il Oratio Martini Dorpij theologi de laudibu» sigillatim cujusque diiciplinarum ac amenissimi Lovanii Academiaeque lovuniensis. LouvaïQ, lSi3, 5i i'euiilets ia V, imprimerie de Thierry Uartens (Oio</raj)hie de Th. Martens d'Aloât, par le F^ Vau Isegbem, 4882, pag. %iOni). - Nous citons ce documeol d'après la réimpressioo de €. Fr. de Nélis dans soq voianie inacbevé d'Analeeteê, qai e»! i^iissime comme tes premières éditions du \.VI* siècle (page» S à 66).
sections (i) : quand il eut résigné cette charge, le 1 4 novembre 1519, elle échut au célèbre théologien de son pays, Ruardus Tapperus, d'Enkhuysen. Pour le premier semestre de Tan 1523, il fut élevé à, la charge de Recteur de l'Université, alors que cette charge était exercée pendant six mois seulement (2) : ce qui est une preuve de la hauto considération dont il jouissait dans toutes les Facultés. Deux ans plus tard, une grave maladie enleva Dorpius à renseignement et aux lettres, 1(*31 mai 1525, à Tàge de quarante ans. Suivant ses volontés, il fut enterré à la Chartreuse i\o Louvain, où on lui éleva un mausolée en marbre, portant pour inscription les beaux veri=i composés par Erasme, en preuve de son admiration et de ses regrets (3). Dorpius avait légué à la maison des Chartreux, outre les éditions dos Saints Pères, qu'il avait réunies pour sa bibliothèque, la somme de deux cents florins d'or.
(1) Valère André, Faxti aeademici p. t88; ib. p. 99 et 101, pt ta notice de VÂnnuaire de VUniv. cath., ann. 1839, p. 983 sur le grand et le petit collège des Théologiens.
(2) Fasti, p. 41. — Molanns, Rerum Lovan. libri XIFy édit. de Ram, P. I, p. 477 (Brux., 1861 in-4". Publication de la commission royale d'histoire.
3) Il nous semble superflu de transcrire les vers d'Erasme : ils sont très connus par la Bihliotheca helgica de Valcre André et de Foppens, et ils ont été reproduits par Mgr De Ram, dans son mémoire cité sur Ips théologiens de Lonvain (p. 12), avec IVpitaphiî moins répandue composée par L. Vives, et que Mgr Namècheav^it pris soin de réimprimer dans son mémoire couronné eu 1841 sur le savant espagnol (page 17).
Passant à la partie de notre tâche qui doit nous arrêter le plus longtemps, nous avons à citer des écrits de Dorpius, courts il est vrai, mais qui sont de nature à donner une bonne idée de son talent et de ses vues. Ces écrits, sortis pour la plupart des presses de Thierry Martens, à Louvain même, sont au nombre des raretés bibliographiques : mais plusieurs ont été réimprimés avec grand soin par le savant Corneille- François de Nélis quand il était bibliothécaire de TUniversité et directeur de la typographie académique au siècle passé. Nous profiterons de nouveau de la consultation de ces précieuses feuilles destinées à un volume \ÏAnalectes, comme nous l'avons fait naguère pour mettre Dorpius à son rang dans nos aperçus historiques sur la fondation du collège des Trois-Langues (i>.
Sans cette prévoyance de M. de Nélis qu'on pourrait appeler « sauveur de Dorpius » sospitator Dorpii^ il nous serait plus difficile encore (le parler du mérite de l'humaniste qui fut si bien apprécié par ses contemporains. Mais nous avons recours cette fois à une autre source d'informations, les épitres latines encore inédites de
(1 ) Métiioire hist. et littér. sur le collège de» TroU-Lan§uea à l'Université de Louvain. Bruxelles, 1856. 1 vol. iu-4 (Tome XXVIIl de* Mëin. couronnés par l'Académie royale de Belgique).
Jérôme Busleiden à Martin Dorpius qui avait gagné toute son affection (i). Ainsi nous pourrons rapprocher du témoignage d'Érasme et d'autres écrivains les encouragements donnés au jeune théologien qui avait brillé à la Faculté des Arts, par un homme aussi distingué que le fondateur du collège des Trois- Langues. On verra en même temps avec quelle courtoisie le s latinistes de la Renaissance dans notre pays échangeaient leurs opinions, et avec quelle confiance ils travaillaient à Tavancement des bonnes études, ou des bonnes lettres, bonae litterae^ comme ils appelaient aussi les lettres classiques. C'est comme maître de la Faculté des Arts que Martin Dorpius a remporté des succès précoces et rendu d'insignes services à l'éducation littéraire de la jeunesse. Peu après qu'il avait obtenu une des premières nominations au concours de 1504, il fut appelé à professer la rhétorique et la philosophie au collège du Lis. C'était celui des collèges ouverts aux Artiens qui avait le plus de renommée pour les études d'humanités : ^prU mum apud Lovanienses politioris literaturae domicilium, selon l'expression de Dorpius luimême. Il avait été dirigé par les meilleurs maîtres en ce genre, par exemple, Jean Despautôre,
(1) Mous tiroas les extraits de ces épîtres du manuscrit des écrit latins de Busleiden que possède notre bibliotlièque royale : Hieronymi Buslidii Carmina^ Epistolae et Oiatione» (n" 15676 77}, et qui provient du fonds Van Hullhem.
et il rétait alors par Jean Nevius, de Hondschote, qui en devint le président et qui fut l'hôte d'Érasme; il était habité par des humanistes instruits qui ont pu y donner des leçons sans avoir rang de professeurs de la Faculté, Jean Borsalus, Jacques Ceratinus et bien d'autres.
Adrien Barland eut mainte occasion de rencontrer Dorpius dans ces mêmes années où il donnait des leçons privées avant de recevoir des titres officiels. Il nous a transmis lui-même le souvenir de ses relations véritablement douces avec un maître qui ne s'entretenait que d'études, à la promenade même, et qui ne se préoccupait à tout instant que des intérêts de la jeunesse. C'est dans ce chapitre de son traité d'histoire où il fait le plus touchant éloge de Dorpius en annonçant sa mort inopinée (i) :
« Solebam ego illum offîcii causa nonnunquam » adiré, ac fere pomeridianis horis, nunquam » non studentem ac libris immussantem inveni. » Sereno cœlo descend ébat mecum in pomarium» « quod aedibus suis adjectum habebat. Nec ullus ^ intérim dum ambulatur, nisi de literis, et » recte instituenda juventute illi sermo erat, « non ignare id aetatis velut lotius reliquae vitae « jacifundamenta. Quid de singulari ejus dicam
(1) Chronica ducum Brabantiae, cap.i84 (Bittoriôa, etc. recueil des <Bavres principales de Barland, Goloniae, 1603, p. 131). Nous réser- ■voDs à notre épilogue les paroles éloquentes qui s'appliquent à toute la carrière de Dorpius.
-» innocentia? Neminem sciens loesit unquam. ^ Nulli hominum invidit. Nihil quod non sanc- « tum et honestum esset appetivit. «
Plusieurs de nos latinistes de Tépoque ont interprété exclusivement quelques auteurs de Tâge classique de la littérature romaine ; Dorpius attendit de bons résultats de la connaissance fami- Jière des comédies de Plaute. Non seulement il s. expliqué aux jeunes gens le texte de ces comédies; mais encore il les a formés par des avis et des exercices à la représentation de quelquesunes, YAulularia et peu après le Miles Glorio- ^ws. Sans nui doute, il prenait cette récitation dramatique comme un moyen d'émulation, et aussi comme une sorte de stimulant pour .donner aux humanistes de Thabileté et de la souplesse dans l'imitation du langage familier des Latins. C'était bien là une de ses visées, et il s'y laissait a,Iler avec d'autant plus de complaisance qu'il 5'était essayé lui-même dans la composition de monologues et de dialogues en vers qui avaient une étonnante affinité avec son modèle. Le poète latin de Naeldwyck a montré autant d'imagination que de bonne humeur; autant de grâce que de sagacité philologique, dans des pièces assez longues où il devait se piquer de rivaliser avec un ancien. Ce sont ces prologues écrits tout exprès pour l'exhibition des comédies de Plaute, improvisations de circonstance, à l'effet d'exciter un franc rire dans un auditoire d'étudiants»
novices ou gradués, pour leur faire mieux goûter le sel de Tintrigue dans la pièce originale ;. ce sont également ces scènes composées habilement par le professeur de rhétorique pour suppléer à la partie perdne de VAulularia dont un humaniste italien, Urceus Codrus, avait déjâ^ tenté de combler les lacunes.
Il nous serait fort difficile de placer dans cette esquisse les tirades en vers que Dorpius avait données pour introduction à deux pièces de Plante : déjà nous les avons reproduites intégralement dans un travail antérieur où nous devions fournir la preuve des procédés ingénieux par lesquels le maître de rhétorique avait de bonne heure mis en faveur le style et la manière des poètes latins (1). La séance la plus mémorable fut celle du 3 septembre 1508, où Dorpius convoqua le public instruit de Louvain, au collège du Lis, à. neuf heures du matin, pour assister à la représentation de VAulularia, qui eut un grand succès d'hilarité et d'enthousiasme : la petite troupe exercée par l'auteur du prologue et des scènes complémentaires, le grex lilianus, comme il l'appelait, fut récompensée par des rires et des applaudissements.
Les textes sortis de la plume aiguisée de Dor-
(i) V. outre le prologue compose pour le Mile», le prologue plu» long de<>tiué à VAulularia, dans uotre Mémoire hitt. et litt. tur le col' Ugede» 7rot« /anytte« pages 1 1 7 à iiO,et daus l'appeadice, pp5M$-iOi^
pius n'ont pas vu le jour avant 1514; mais, quand Thierry Martens les imprima dans cette année -avec d'autres productions du même écrivain (i), il y joignit les suffrages que celui-ci avait recueillis de la bouche de ses émules ou de quelques amateurs de la belle latinité. Dorpius était alors assez avancé dans ses études théologiques pour prendre le titre de licencié : il devait recevoir Tannée suivante celui de docteur.
Disons tout d'abord en quels termes choisis les amis de Dorpius ont exprimé leur jugement sur 4ses Plautina, travail de restauration qui exigeait un esprit ouvert à la plaisanterie et un heureux choix d'expressions : on entendra combien ils avaient été frappés de son habile imitation du style du grand comique latin; on remarquera également les restrictions qu'ils ont apportées à l'éloge du poète improvisé. C'est aux Analectes de Nélis que nous empruntons des extraits de cette correspondance littéraire empreinte d'une respectueuse amitié (2).
(I) Martini Dorpii sacre théologie {ft.\c) lieentiati Dialogue : in quo yenue et Cupido omne» adhibent rereutias : ut Hereulem animi anei jpitem in euam militiam invita Firtute perpeUant. — Ejusdem Thomn» Julularias Plautinœ cum prologi» aliquot in Comediarum actionee : «f pauculie carminibue... (suivent deux opuscules latins d'autMirs «ontemporains). — Volume ln-4* de 36 fenillets, iropr. à Louvain -et daté du S7 février ISIi. — Voir la Biographie de Th. Martens 4)ar le P. Van Iseghem. n* 81, pages fie-SA?^
(%) Pages 85-88 du volume iaaclicvé.
La première épître est celle de Joannes" Nevius, qui avait connu Dorpius au collège du Lis et qui mourut président de ce collége^ en 1524.
« Nimis tu quidem, doctissime Magister Mar- » tine, severus, immô iniquus plané judex indus- » triae tuae, cui adeô placet malô, quod Plauti » Aululariae complemento tam docte, tam ele- » ganter, tam lepidô, tam denique (quantum ipsa » judicare possum) Plautinô concinnasti... Facis » itaqu3 quod esse a Poëtis alienissimum solet : » quos sua Poèmata semper plurimum amare *> consuesse, scripsit Aristoteles. At, inquis (quae » tua est modestia), Poëiae nomine me non equi- « dem dignor. Agis saltem lucubrando Poètam. y> An ergo décorum personae commode serves,^ » tu videris. Verum quando me quasi Aristar- »» chum quemdam esse vis, quem honorem nun- » quam receperim , deprehendi isthic paucis- » sima : non, hercle, quae obeliscum commenta »» putem ; sed de quibus coram loqui velim tecum. n Vale. »
La seconde pièce est une épître de Jean Borsalus ou Van Borsselen, latiniste distingué, de Middelbourg en Zélande, qui avait connu Dorpius pendant de longues années, et qui donna des leçons au Lis avant 1518. Les écrits de Borsalus n'ont pas été publiés : mais quand il quitta Louvain, on avait reconnu ses titres à la chaira de latin qui fut conférée à Barlandus, lors de Tou-
verturedu collège des Trois- Langues (i). Voici le commencement de Tépître de Joannes Borsalus :
« Quod nuper Plauti Aululariae quasi tumul- « tuario opère adjecisti, id non legi modo, ve- ^ rùm ilerum iterumque relegi, non sine maximà « (iia me Deus amel) et admiralione et voluptate. •» Est enim, quantum ego judicare possim, ea « foelicitate conscriptum, ut ejusdem prorsus » farinse cum reliquà comediae parte, et Plauti « ore emissum, non adjecticium videatur. Sive » enim inventionem, sive orationis filum spec- » tes, nihil hic Plautinum desiderare possis. Sca- » tet namque jocis, facetiisque ac ridiculis, non » indecore affectatis, sed ità ad Plautinum mo- » rem effictis decenter, ut nihilo sint Plautinis » illis inferiores. Tum oratio ipsa tam est co- »♦ piosa, tam facilis fluitansque, et vetustatis om- « nis, tum in rébus, tum in verbis emulatrix, » tamque (ut uno verbo dicam) Plautina, ut si » sine titulo tuam et Plautinam proferas, nequeat » facile, utra utrius sit, nisi ab oculatissimo disn cerni
Georges d'Halluin (ou Halewyn), seigneur du pays d'Halluin, ami des sciences et protecteur des maîtres de belles-lettres dans toute la Flandre, écrivain lui-même (2), avait adressé de son
(i) Mémoire cité, pages 1i9, 130, i32 et 439. — Voir aussi Paquot Mémoire» pour Vhitt. littémirey etc. tom. I, p. 0 (éd. in-fol).
(2) Ce personoage bien coddu dauâ l'histoire de ce même temps»
côté ses félicitations au professeur de Louvain, dont Jean Dospautère lui avait communiqué en manuscrit les éiucubrations poétiques : on ne lira pas sans intérêt cet hommage d'un Mécène de l'époque, qui n'a pu se défendre d'un enthousiasme irréfléchi pour l'auteur latin, popularisé tout à coup par Dorpius dans nos écoles.
Georgius Haîoinus Bitionis Hàloinae Dominus Dorpio S.
^ Quum superioribus diebus in solo meo natali » Flandria, in oppido meo Cominiensi moram « traherem : Despauteriumque Ludi Literarii « nostri magistrum convenirem... is mihi chars> tulam ostendit Martini cujusdam Dorpii ma- »* nibus scriptam, in qua Plautinae Aululariae r prologum offendi, multo quidem ingenio, ac » prisco illo lepore elucubratum. Cumque diu n stetissem admirabundus , quisnam esset ille y mortalis tam audax, qui linguae latinàe delif> ciis aliquid supplere ausus fuerit : in mentem » mihi venit versus ille Maronianus, audentes f» fortuna juvat. Tu igitur, mi Martine, etsi ** oculis mihi incognitus es, cura ut calamo sis f> mihi familiaris; et Plautum judicio Priscorum n linguae latinae Deum, ut Larem Penatesque
et qui Tilt ambassadeur de Charles V auprès du roi Henri VITI, avait composé entr'autres écrits six livres de reitauratione lingwB Zo/iftoB, imprimés à Anvers, eu 15SS. — Il avait rais à la làte de recelé latine de Comines, qu'il protégeait tout particnlièrement, le célèbre grammairien Despautcre qui y fiuit ses jours en IStO.
-r, cole ; et si quid in eo a te elaboratum fuerit, ■» mihi mittas velira. Illum namque mihi Paeda- "»• gogum, Grammaticum,Vocabularium, ac deni- * que Patrem adoptavi (i). Vale, et cum Cicérone » te oro, ut obviae sint mihi tuae literae. Vale. «
Nous empruntons aux mêmes feuillets rarissimes de Nélis la dédicace que Dorpius fit de son recueil littéraire à Jérôme Busleiden, conseiller royal qui avait la réputation d'un homme de goût. L'épitre nous apprend que Fauteur des Plautina n'avait pas vu les vers d'Antonius Codrus écrits pour une restitution de VAulularia semblable à celle qu'il avait tentée, et qu'il aurait renoncé à l'entreprise s'il avait dû, lui Hollandais, faire concurrence à un Italien, lui maître de philosophie, entrer en rivalité avec un poète. Cette déclaration donne d'autant plus de prix à la tentative d'un humaniste originaire du Nord qui préludait aux succès des écoles néerlandaises dans le culte de la belle latinité. Nous allons laisser parler Dorpius lui-même du travail de son choix :
« Annum ab hinc quintum, Vir clarissime, ^ cùm discipulos ad Aululariae Plautinae actio- ■n nem instituerem (nihil enim tenacius eorum ■r* haeret memoriae, quàm quod ejusmodi laudis
(1) On dirait avec feu de Reiffcoberg que Georges d'Halluio s'est risqué bien fort dans cette louange de Plaute, jusqu'à l'appeler ^on père. « Celui-ci est un peu fort, il faut en convenir. » IF* Mi' Moirt sur l'aDcienne université, pp. 28-t9 et pp. 69-70. #
« gloriaeque aemulatione discunt) ne imperfecta « foret actio, comediam ipsam eàdem metrorum » lege, eâdem tum verborum, tum ridiculorum » licenliâ, complevi, quâ auctorem ipsum fuisse » usum deprehendere potui. Neque enim majo- »» rem, opinor, religionem, val anliquitatis, vel « carminum, a me requiret quispiarn, quam n Plautus, Scenae Princeps, praestiterit... Porrô »» sciebam Antonîum Codrum eadem in arena » laborasse. Sed neque illum tum videram : y*- neque si vidissem, malô coliocatum iri la- » borem censuissem , si in hoc etiam scripti » génère stilum exercerem : ne quis forte arbi- » tretur cum illo me voluisse de gloria certare : « Juvenom cum sene, Hollandum cum Italo, » Philosophantem cum Poëta : postremô (ut caen tera praeteream) qui secundariam duntaxat »» operam in ea studia impenderem, cum eo, »» qui politioribus docendis liiteris grandaevus n evasisset. Utcunque se res habet, labor hic » meus adeô viris aliquot doctissimis non disn plicuit, ut et crebris litteris et in celeberrimis y> etiam oppidis Actionis calcule comprobave- »» rint : videarque non meo magis, quam iiiorum »» periculo, haec editurus. Adjeci Prologos in »» Actiones, et paucula carmina : quae omnia » tui faustissimi nominis auspiciis in publicum » edere volui, quod olim recens composita quum- " ad te misisset litteratorum candidissimus , y» Jaannes Borsalus Canonicus Middelborgensis,
y* fores aperuerint amicitiae inter nos mutuae ; n quam tu quidem tàm sedulô foves, ut epistolas » ad me aliquot, hômo arduissimis rébus occut patus, miseris quae utramque impleant ma- » num : et jusseris, ne islhac in Hollandiam n meam iter faciam, quin in sedes tuas divern tam,artificio quidem ornatissimas, sed Domini y* humanissima liberalitate ornatiores (i). Te igin tur oro, Clarissime Buslidi, ut Dorpii tui dica- » tionem gralanter accipias : neque tam librum » ad te mitii tibi persuaiieas, quàm ipsum anif» mum mittentis. Vale. »
La réponse que fit Jérôme Busleiden à cette épitre dédicatoire de Dorpius s'est conservée parmi les Epistolae que le Conseiller de Malines avait fait transcrire à la suite de ses autres écrits latins : de même que les autres pièces du môme recueil, les sept lettres adressées à Dorpius ne portent aucune date, mais celle que nous allons analyser en premier lieu a été écrite sans nul doute en 1514 après réception du volume imprimé à Louvain chez Martens. On y trouve avec Texpression fort affectueuse d'une sympathie personnelle , le langage étudié qu'un amateur des nouvelles publications latines aime à pren-
(i) On a inséré pirmi les Carmina de BusleidcD, cncon^ inédits, les vers et les inscriptions symboliques qu'il avait répandus à proHision dans son hôtel de Malines, dont il avait voulu fairo la réunion de tous les bommes d'études (êtudiotorum omnium amciliabulum).
dre pour traduire son enthousiasme. Busleiden comprend dans ce même morceau de littérature ëpistolaire le dialogue dans lequel Dorpius avait mis en œuvre la célèbre allégorie de Prodicus, le choix d'Hercule, pour l'approprier à un intermède dramatique, et les tirades en vers qu'il avait fait servir à la représentation de VAulularia complétée (i) :
Martino Dorpio philosopho. — « Clara illa y» nusquam sat à me perlecta tui ingenii monu- >» monta mirum placuere. Maxime quibus (inter n coetera) adsumptas illas agendas personas, » Virtutis, Veneris, Cupidinis, Herculis, tum « probe (quae tua dexteritas est) egisti : suum n cuique tribuendo habitum, servando deco- " rum... Quae omnia et singula quum tu ita >> spectante coram et adplaudente candida juven- »» tute, tam dexterrima, felici praesentanea acf> tione sis (ut audio) prosecutus ; nil ergo mirum, r» si hinc olim adplausus, numéros, puncta, cal- » culos, suffragiajure meritoque tuleris.
» Praeterea non sine summa voluptate legi y> Tomum tuum illi Aululariae Plautinae addi- » tum. Quo sane uno (si meam roges sententiam) » nil potuit aut propius acoedere, aut magis gern manum additum iri, âlo texturae, tam beliisr» simae dictionis, tui lepidi et festivissimi Plauti. ^ Adeo ut si forte ille manibus posthabitis redux,
<f) Ms. de Bruxelles, fol. tiO-tiB (extraits).
f» nobis quandoque redivivus appareret : Tomum y» illum, certô nèquaquam abs te mutuatum, ne- *» que tibi acceptum : eoeterum tanquam quid 9* suum, suamque legitimam foeturam, gloriam ^ agnosceret, gesliens amplecteretur...
f» Postremo quod me unum adhuc de Maevio- * rum Baviorum grege, tuorum nusquam inter- » moriturorum monumentorum honore digna- ^ lus est (cujus scilicet nomen, si quod sit) graf» vissimo judicio luculentissimae epistolae tuae, y* posteritati commendasti : gratiam tibi ago ■y* plurimam, habiturus quamdiu vivam, relaïur» rus ubi potero.. . Sat tenes quid velim. Quare ne y (quod aiunt) Sus Minervam epistolam clau- « deus, receptui cano. Vale. »
La fin de la même lettre renferme plusieurs passages relatifs à la vocation connue de Dorpius pour la théologie , à remploi de son talent d'écrivain dans des études d'un genre plus élevé. Nous y reviendrons dans la suite de notre esquisse.
La harangue que Dorpius prononça le !«' octobre 1513 devant T Université est un des morceaux les plus curieux qui soient sortis de sa plume (i).
(i) Oratio Marti Dorpii theologi de laudibu» sigiUatim eujusque dis- 4:iplinarum etc., dicta Kaleodis Ojtobribus, anno M.CCCCG.3[I1I. etc. — Louvain, Th. Martens, vol. in-'i* de 3t feuillets, impr. vers la fin ^e Tau 15i5 (Volume mentionné ci-dessus § 1}. — Voir de Reiffenl)crg, ly Mémoire, Bruxelles, I83f, pag. 71 7S.
La charge qui lui fut donnéet, en cette circonstance compte au nombre des honneurs les plus grands que pouvait recevoir un maître âgé de moins de trente ans. L'orateur a pris son siijet de haut; il a disserté sur les avantages particuliers de toutes les sciences, et il Ta fait dans un style latin qui ne manque ni de verve ni d'originalité.
Si important que soit ce document pour apprécier l'opinion que l'on avait à Lou vain sur toutes les branches d'un enseignement encyclopédique» l'espace nous manque pour le faire connaître avec quelque détail. Dorpius a mis dans son tableau une largeur de vues incontestable, et présenté en termes choisis et pesés la définition des sciences d'après les notions reçues de son temps dans la plupart des universités de l'Europe. Il a débuté par les trois arts qui formaient le Triviuyn dans les anciennes écoles, la Grammaire, la Dialectiqicey et la Rhétorique. C'est sur ce sujet qu'on aimerait à entendre le professeur de la Faculté des Arts ; mais, après avoir dit ailleurs dans quel esprit il l'avait exposé (i), nous ne pouvons qu'affirmer la haute idée qu'il se faisait de l'enseignement littéraire. Vers la fin du discours, il a expressément déclaré que la Faculté de Théologie avait donné son constant appui aux maîtres es- arts pour qu'ils préparas-
(1) Mém. sur le coll. des Trois Langues^ p. 1131 16.
sent la jeunesse, pendant un terme suffisamment long, aux études les plus sérieuses et les plus ardues. Aux quatre sciences de l'ancien Qi^adrù vium^ qu'il décrit sous les noms d'Arithmétique, de Mitsique, de Géométrie et (['Astronomie , Dorpius rattachait la physique et la médecine; il passait de là à la métaphysique 'et à. la philosophie morale, ensuite à la science des lois qui était en effet une des branches de la morale ou de réthique dans les écoles des anciens. Ainsi montrait-il toute l'importance de l'enseignement du droit dans le Studium générale de Louvain, et son utilité dans toutes les carrières publiques. De cette revue des plus hautes sciences humaines, Dorpius passe à la théologie qui est leur maîtresse à toutes ; i] recourt à une prosopopée pour mieux en démontrer l'excellence, et il reprend avec non moins de verve la même tournure oratoire pour glorifier la science des Écritures comme une des sources de la théologie même. On aperçoit, en cet endroit, dans l'accent convaincu et enthousiaste de l'orateur, l'écrivain qui se préparait à recevoir deux ans plus tard le bonnet doctoral. Mais il revient à la philosophie pour lui assigner sa mission qui est de guider dans toutes les sphères qui lui sont ouvertes, la raison humaine éclairée par la foi. Il est ici l'écho des grandes écoles du christianisme ; il ne nomme point cependant les plus célèbres docteurs du moyen âge, les maîtres de la Scholastique.
Dorpius a compris dans sa harangue Téloge de Louvain, Y Oppidum Lovaniense^ comme siège de TUniversité, et il accumule à cette occasion des traits descriptifs pleins de fantaisie parfois, mais analogues à ceux qu*ont recueillis avec amour les anciens historiens de VAlma Mater. Il a fait suivre cette glorification de la localité des louanges qu'il croit juste de décerner à la célèbre école, pour la sagesse de ses statuts, la gravité de ses maîtres et la discipline de ses élèves : TUniversité n'avait pas encore atteint la fin de son premier siècle, et son représentant osait la saluer comme un des plus solides appuis des États de Bourgogne. La péroraison s'adresse à toutes les classes de la nation, à toutes les catégories d'étudiants, aux personnes de toute condition et de toute éducation. Appel leur est fait pour venir puiser abondamment aux sources de la science, après s'être voués tout d'abord au culte de la philosophie.
Puisque la harangue officielle de Dorpius à l'Université mérite considération dans le nombre de ses travaux littéraires, il ne sera pas inutile de joindre à l'analyse du contenu quelques remarques sur la forme : elles seront de quelque intérêt, nous osons le croire, pour qu'on juge du ton et des ressources de l'éloquence latine, oomme les entendaient le célèbre maître du Lis et la majorité de ses collègues. Non seulement il a pu faire de fréquentes allusions à des passages
ooniîus de TÊbriture, mais encore il a cité maint trait de Thistoire profane, ainsi que des définitions et des sentences empruntées à des auteurs de rantiquité (par exemple Cicéron, Horace, Quintilien, Pline, Juvénal, etc.), comme si bon nombre de ses auditeurs s'étaient déjà familiarisés avec ces choses par des leçons ou par des lectures. On peut de ce chef faire honneur à Dorpius lui-même de quelque érudition latine. Mais on serait fortement surpris, quand on Ta vu rendre de si solennels hommages à la théologie chrétienne, de trouver dans sa prose un si fréquent emploi d'expressions mythologiques et d'exclamations payennes; ce ne peut être seulement l'étude des classiques latins qui lui suggéra cette habitude ; ce fut bien plutôt l'imitation des écrivains de la Renaissance, surtout des Italiens, qui empruntaient des périphrases et des épithôles aux auteurs profanes pour parler des dogmes de la religion chrétienne et des choses de l'Église (i). Il interrompt quelquefois son récit par de telles exclamations : per Jovem! jper Deos immortales! Dit Deaeqice! DU boni! Mercle! Il s'écrie en demandant aux lois la garantie de la paix : Quis hominumve deûmve jpraestabit? Il met au nombre des pouvoirs de la théologie , celui d'arracher des victimes aux
(i) Nous le pensons avec de Nélis qui a consacré une longue note ^page 48) à des rapprorbements qui le prouvent.
démons, Dits infernis, et de retirer des âme»* coupables de la « gueule de Cerbère », e Cerberi faucibus. On sait assez que d*excel lents et pieux poètes latins ont fait abus, jusqu'au xvip siècle» de tout l'appareil mythologique du Parnasse ancien ; mais il importait de noter le tribut qu'a payé à cette méprise littéraire, véritable anachronisme, un esprit aussi droit que celui de Dorpius, incessamment attiré vers les hautes réalités de la théologie.
Que dire de la latinité du discours d'apparat d'octobre 1513? Élégante et correcte, pleine de tours variés, elle atteste assez chez l'écrivain la connaissance des classiques latins. Seulement elle n'est pas cicéronienne, comme celles d'u» grand nombre de nos prosateurs du même siècle qui se sont merveilleusement approprié la langue de Rome. On y reconnaît le travail; mais le style ne s'y soutient pas en périodes habilement travaillées, comme elles abondent dans les écrits des époques suivantes : les pensées y sont souvent développées à l'aide de synonymes. Le choix des mots présente une fréquente inégalité» d'autant plus étrange que des mots peu usités s'y rencontrent plus d'une fois à côté d'autres mots de formes et de désinences qui sont d'âges différents.
Nous allons entendre la forme littéraire que le conseiller de Malines a donnée à son suffrage, quand il eut reçu de Dorpius le texte de YOraJtify
de lavdihus accompagné d^une lettre remarquable. La mention, par extraits, de cette pièce inédite (1), mettra de nouveau sous leur vrai jour les relations épistolaires qui exigeaient un patient travail de nos anoiens érudits; on observera sur le champ que les plus sincères et les plus dévoués, parmi lesquels on compterait chez nous Jérôme Busleiden, ne pouvaient pas se défendre de certaine recherche, de certaine surcharge, même en s*adressant à leurs amis et à leurs protégés, sachant bien que leurs pages seraient mises sous les yeux de plus d'un lecteur.
Martino Dorpio philosopho.
Quem litterae béant bonae, Mores honestant optimi^ Delitiae BusUdii Martine salve candide !
« Ardens olim tuarum desiderium, multo » tamen foenere compensando (quae tua libera- « litas est) levasti : quando non solum doctisn sinia epistola (qua vel soia id poteras) sed n copia quoque luculentae orationis tuae celebri yy eruditorum corona habitae adfatim praesti- » tisti... Ad tuam dictionem redeamus : cujus » splendidae opiparaeque lectionis sapor con- » dissimus ad nostrum (insuétum lalibus) pala- » tum tenuit, ut terque quaterque gustatus,
(1) Carminay^ic. fol. 444-li8.
« acriorem sui adpetentiam relinquens : esto * »» mirificô recreaverit, nondum usque satiavit : » Favus si quidem dîstillans labia tua, et eloquia » casta ori meo dulcia, esurienti ambrosiam, »» sitienti nectar miscuere, pascentia me suis y* incomparabilibus dapibus, bellariis mensisque •» secundis... Ubertate orationis satiasti nos, « Martine, et vino suaviloquii tui meracissimo r* inebriasti; quandoquidem longe praestaret »» me, hoc non tam imbutum quam disertum, ita »» agere ebrium : quam qui nunc sum, jéjunum « perstare et aridum, ne gutta quidem Castalii » îbntis, vel torrentis eloquentiae vel Mannae^ »» tantopere abs te laudatae Philosophiae tuae *» respersum..k
» Quod longius quam vel destinaveram vel an- »» gustia petit epistolaris progressus sim : dona- »» bis multo in te amori nostro ; qui quum exubef* rans immensus sit et immodicus, nil mirum si *» modum ipsum non curaverit. »»
Amor meus Dorpi vale : Precone quo tam nohilU Pectoribus mortàlium Insedit amor artium.
Au nombre des écrits de Dorpius publiés à Louvain chez Thierry Martens, nous citerons à dessein le sermon qu'il avait prononcé Tan 1510
sur rAssomption de la sainte Vierge (i) ; la dédicace de ce petit livre fut faite en 1514 par Fauteur, habitant encore le Lis {ex Lilio\ à Jean Briard qui avait déterminé sa vocation pour los études ihéologiques ; dans le même volume, il avait compris un de ses anciens discours (1510) pour la défense d'Aristote contre Laurent Valla et les nouveaux adversaires du philosophe grec principalement en Italie. Lorsque Dorpius publia son sermon pour la fête de l'Assomption, il portait déjà le titre de licencié en théologie ; il n'est pas surprenant que ses contemporains, alors même qu'ils s'adressaient à l'écrivain, considéraient déjà en lui le futur dignitaire de la première des facultés. C'est ce qu'on va entendre dans une lettre assez longue et fortement travaillée par laquelle Busleiden louait l'auteur de l'homélie, et consultait le jeune théologien dont les aptitudes étaient généralement vantées. Voici quelques passages de cette lettre, qui a dû être écrite entre les années 1514 et 1515 (2) : Martino Dorpio philosopha atque theologo gr^avissimo.
Selon toute apparence, le conseiller d'État avait réclamé, par un billet autographe, un exemplaire de Thomélie sortie des presses de
(1} Martini Dorpii Naldiceni a<icrœ Theologiœ Licentiati Coneio de dive (sic) f^irginis deiparae in cœlum Jêsumptione — Oratio in laudetn Jri$toteli$, etc. vol. in 'i* de H feuillets (LouTftin, 4514). Y. la Biographie de Th. Marient, n" 80, pp. 245-246.
(f) Hier, Butlidii Carmina, etc. f. 250-255.
Martens ; « qui nuperrimè ad te epistolam dede- » rioi : quà veluti hamo inescato, prendere dea- *• tinaveram homiliam illam tuam Christiferae y* Virgini sacratam (i)... » Après avoir plaisanté sur le succès de sa ruse qu'il renouvellera plus d'une fois, il passe à des sujets plus sérieux; il soumet à Dorpius des points de la doctrine chrétienne, fondés sur les Écritures, mais touchant lesquels il sent le besoin d'être instruit davantage : « Scilicet quo inprimis ego te consultissif mum Theologum, super his potissimum conn sulam : quae nondum sat (ut vellem) mihi « constant atque liquent. Tametsi nequaquam de « tide illorum (quod impium foret) addubitem. » Sed contra solum, ut certior eorum nobis, te » docente, insinuetur agnitio... »»
Busleiden finit ainsi celte consultation théologique qu'il a poursuivie dans les termes les plus humbles : « Proinde tenuitas nostra, doceri semn per praesto et obvia, operae pretium duxit... » te virum pientissimum, in lege Domini erudi- » tum, sacrarumque litterarum adipe saglnan tum, imprimis consulere : ut pote qui candore
(1) Dans ooe antre lettre de Bnsleiden, sans date, romme tontes le sont (Ms. f. S56 S7 ), il est qnpstion de la même bonaélie, ainsi qae d'ane hymne latine de Dorpius dont nous ne voyons pas de traces dans ses œuvres imprimées : « Luculens pean tuum (Divae) Viri^ni abs te dictum nuncnpatumque ea quidem voluptate perleg i, qna ta pietate exarasti... » On conjecturerait avec quelque vniisemblaoce que le mot du péan désigne par figure le sermon en prose oratoire.
^ vellet, doctrina sciret, ingenio et eloquentia ^ posset, insipientiam super his nostram eru- ^ dire. Sicque erudiendo, ad sublimiora illa « divinorum eloquia, super mel ori mep dulcia, » te duce tandem provehemur. Quorum viam yy (si Hieronymo credimus) nemo unquam sine » doctore ingressus est. Vale. »
C'en est assez de ces emprunts faits à la correspondance littéraire de Busleiden pour établir quelles espérances ce dignitaire ecclésiastique fondait sur la haute intelligence de Dorpius désormais acquis à la théologie ; ils montrent également que les félicitations du prélat à l'écrivain lui étaient dictées par son amour éclairé des belles lettres et par son désir d'encourager les maîtres qui en propageaient le goût. Ainsi devons nous juger le prix qu'il attachait à des rapports créés entre eux par des sentiments élevés et à tout témoignage de la bonne volonté de son correspondant déjà célèbre; nous en donnerons une dernière preuve en citant une de ses lettres de remerciement en échange d'une belle épître latine de Dorpius (Ms. pp. 205-207) ;
« Docta illa et cordata (qua me dignatus es) « epistola mirum me adfecit, recreavit, tenuit. » Qua imprimis (quod antea multorum âde et « constanii fama acceperam) sum miriflce, vel » super fldem expertus : scilicet quoties et quan- » tus tu unus, inter candidates politioris litera- ^ turae viros jam pridem emineres; qualemve
» inter illos principem tibi locum mea quidem »» sententia vindicares... »
Busleiden lui-même se glorifiait à Ta van ce d avoir si bien placé son estime en la personne de Dorpius, de Ta voir jugé favorablement, tout en restant au-dessous de la vérité. Il se promettait de l'encourager plus encore, de le recommander aux hommes de science : « Quod sic eo »» libentius prsestare est animus : quod non igno- » rem, in te commendando (quem nemo non »• praedicat) me posse tum invidiam qua plerique » laborant, deprecari; tumque hinc mihi non » nihil gratiae et doctrinae apud complures ven natum ire : de te hoc unum sperando quod » Marci Tullii studiosis asseveranter repromi- » sit Quintilianus ita inquiens : 111 um sese jam »♦ doctum arbitretur cui Cicero placuerit. « Puisque Busleiden a eu de son temps le rôle incontesté de Mécène, on avouera qu'il n'aurait pu donner une forme plus expansive à l^'espèce de prédilection que les essais de Dorpius lui avaient fait concevoir : il s'abritait en quelque sorte sous la renommée future de son protégé.
Après la mention d'écrits d'une assez grande notoriété, il ne sera pas sans intérêt de passer en revue les petits poèmes et les épi très dédicatoires de Dorpius, qui lui servaient à recommander les élucubrations de quelques hommes de
son temps. Nous les retrouvons dans divers volumes imprimés à Louvain, par Thierry Martens : le dernier historien de notre ancien typographe n'en a omis aucun dans la description (le ces curieux volumes.
Il est permis de croire que Dorpius a pu donner ses soins à un recueil de satires latines composées par Gérard Geldenhauer de Nimôgue, de longues années avant que ce savant, aprôs s'être brouillé avec Érasme, ait passé du côté des réformateurs. Ce recueil avait paru en 1515 à Louvain sous ce tiire (i) : Gerardi Noviomagi Satyrae VIII à Martino Dorpio approbatae.
Notre savant humaniste avait fait précéder d'une épître un volume de Martens intitulé Aesopi Fahulae (1513) : il disait y avoir recueilli des fables d'Esope traduites en prose latine par des hommes capables, tels qu'Érasme et Guillaume Herman de Gouda, et qu'il en a ajouté quelques unes d'auteurs latins (2). Comme il signait ex nominatissimo Lilianorum gymnasio, on augurerait qu'il destinait cette publication aux jeunes humanistes (3). Quand Martens a publié en 1520 un volume du même contenu (4), Dorpius
(1) V. vaii Ispghom, u" 87 p. 251-232, et V. André BibUoth. Belyica.
[i] Ibid. u' 75, p. Ui-Àô, d'après Panzer, Annales typogruphici . ■ (5) Il sVlail liiargti daus le même d«*S!>eiQ de revoir la vtM>ioa laliiie de la Paraenésis d'Isocrate par Rodolphe Agricola, casti(ialore Martino Dorpio. — Ibid. Opuscula aliquot, elc, u* *J0, p. 354.
[i] Ibid. a' 153, pp. 305-506.
y a placé une dédicace à des maîtres de la Flandre qu'il estimait, Jean Leupe, Jacques Pape et Jean de Ninove (ou Despautère) : eruditisnmis in Flandria ludimagistris.
On lit seize vers ïambiques de Dorpius en tête des VII livres de Richard de St- Victor sur TApooalypse, imprimés en 1513 (i); on lit également une recommandation qu*il a écrite en vers pour rédition faite en 1512 des Quaestiones concinnae 42t argutae de Hugues de St- Victor sur les Épîires de saint Paul (2). Peut-être s'était-il chargé de Ja correction des Quaestiones quodlibeticae de Hadrianus Florentius, parce qu'il a placé au Te vers du titre de cet in-folio une épitre dédicaloire à son patron, l'abbé Ménard d'EgmonJ (3), •et au revers du dernier feuillet une sentence Jatine en manière d'avis.
C'est encore chez Martens que fut imprimée, -en 1515, la lettre de Dorpius qui pouvait alors ^'appeler professeur de théologie, à Érasme, sur V Éloge de la Folie, et dans le même volume Ja réponse apologétique d'Érasme (4). Si curieuses que soient ces deux épitres dans l'histoire des rapports «l'Érasme avec les savants des provinces belgiques et en particulier avec les maiires
(I) lbid.,D'70, p. »G-37.
(i) Ibid., n'd'i, p. i33.
(3) Ib., D* 8K, p. SSO (impression de iSiSJ.
(•i) Les titres de ces pièces out été reproduits dans la descriplioa «lu n* 91, par le P. Van Isnghera, livre cité, pp. t55-S56.
de rUniversilé de Louvain, nous ne pourrions nous en occuper, sans faire, en cet endroit de notre esquisse, une digression qui s'écarterait de son objet spécial : l'occasion se présentera bientôt de parler de la sympathie profonde que le jeune professeur de théologie avait inspirée au publiciste de Rotterdam. Des pièces imprimées une première fois en 1515, il ressort que Dorpius, sollicité par ses collègues et amis, entre autres par Jean Briard, de combattre le traité d'Érasme de Moriae encomio qui avait fait partout grand bruit, avait reproché à l'auteur les témérités de son langage (jui seraient tournées contre la foi et contre l'Église. Érasme ne flt pas attendre sa réponse; il se défendit de toute pensée hostile à la religion chrétienne, et il usa de tels ménagements envers son accusateur que celui-ci renonça à la polémique qui n'était qu'entamée (1). Leurs relations d'amitié n'en souffrirent pas, et elles se continuèrent comme par le passé. Il est vrai de dire que c'est seulement après la mort d'Érasme, que son Éloge de la Folie fut l'objet d'une censure publique, quand l'écrivain fut stigmatisé comme auxiliaire et complice des réformateurs, s'il n'était pas convaincu d'avoir fait acte de révolte et profession d'hérésie. Il est arrivé à Dorpius de parler avec certaine
(4} Voir la Fie d'Érasme par de Burigni, tome l", pp. f00-20i- (Paris, 4757J.
verve des abus qui s'étaient produits dès la fin du xv® siècle dans quelques institutions ecclésiastiques : Thomas Morus, son ami, lui rappelait avec quelle vivacité il avait dénoncé la vie molle et luxueuse de quelques prélats et chefs d'abbaye dans sa dédicace de 1514 à Ménard, abbé des bénédictins de Hecmund, que nous avons mentionnée ci dessus. Cependant Dorpius n'a jamais pactisé avec les novateurs, et il était au nombre des professeurs signataires de la Censura dirigée en 1519 contre Luther par la Faculté de Théologie. Peut-être resta-t-il suspect à quelques maîtres de l'Université, parce qu'il donnait son patronage à ceux qui poursuivaient la rénovation des études littéraires. Mais on aurait peine à prouver qu'il ait manqué de prudence dans ses paroles ou dans ses écrits, ^ En publiant l'introduction à ses leçons sur les Ëpîtres de St-Paul, le professeur de théologie y joignit des dissertations sur l'enseignement des saintes Écritures, sur l'usage des versions et des textes grecs dans la critique sacrée, et sur l'habileté dans les langues savantes. Tous ces points de vue étaient indiqués dans des pièces faisant suite à son discours d'ouverture (i) : on soutiendrait d'autant mieux qu'il a parlé avec mesure
(1) La première pulilication en fat faite à Anvers, chez Michel fiillenius, inU*. Oratio in prœleclionem epiêtolarum divi Pauli, de Àaudihui Pauli, etc. La seconde eut lieu à Bàle, chez Froben, en 45iO.
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-de ces questions alors pleines d'actualité, qu'il n'y portait pas de prétentions personnelles. Quand il encourageait l'étude du grec pour l'interprétation des Écritures, son avis était désintéressé : car il avouait ne pas savoir cette langue, mais il conseillait de recourir aux travaux des autres, comme il le faisait lui-même (i); c'est sur le témoignage d'autrui qu'il avait disserté De sacrorum codicum ad graecos castigatione dans des leçons qu'il avait l'intention de publier. De nrême, sans cultiver l'hébreu, il requérait des futurs théologiens quelque habileté dans la langue sacrée, or ses instances étaient assez fortes pour qu'Érasme ait pu écrire en 1518 : Dorpius hebraicae factionis duœ est {JSpist. part. I, col. 307). Dans ces mêmes années, Nicolas Cleynarts et Jean Campensis avaient formé quelques disciples dans leurs leçons de langue hébraïque sans encourir la défiance des chefs de l'Université. Dorpius ne s'était donc pas trompé en préconisant des études de grammaire qui devaient, avant la fin du siècle, et au grand honneur de nos écoles, donner des collaborateurs éminents à la Polyglotte d'Anvers, aussi biea que des théologiens éclairés au Concile de Trente.
(i) C'est ropinion de Paqiiot dans ses notes manuscrites sur les Fasti de V. André (tome I, fol. 63); nous l'avons exposée nagnère au cliap. V de notre Mémoire sur le coll. des Trois-Langues. pag. i26-l%7. Ou douterait avec Paquot que Dorpius eût lui-même les iustrnments nécessaires pour pousser assez loin ses commentaires exégétiques. 40.
C'est donner son complément à cette noticalittéraire que de rapporter, en finissant, les témoignages rendus à la mémoire de Martin Dorpius, aussitôt après sa mort en 1525, par de grands écrivains. Les vers latins, élégiaques et ïambiques, qu'ils composèrent pour lui faire honneur, ont été recueillis en grande partie en un volume imprimé à Bàle, chez les Froben, en 1528 (1) sous le titre (ÏÊpitaphia. Il comprenait, outre les deux morceaux que nous avons mentionnés plus haut comme des œuvres d'Érasme et de Louis Vives (2), des pièces portant les noms de latinistes renommés dans nos provinces, tels que Jacques Volcardus de Berghe - St -Vinoc , François Craneveldt et Alard d'Amsterdam, ainsi que ceux des deux premiers professeurs de langue latine au collège de Busleiden, Adrien Barland et Conrad Goclenius. Ces hommes avaient connu personnellement Dorpius et lui avaient voué un profond attachement.
Mais, si belle et si classique que soit l'expression de leurs regrets, il nous importe plus encore de citer les termes dans lesquels Erasme, éloigné des Pays-Bas a fait comprendre aux savants qui
(4) Molauus, Rer. Lovan. libri Xiy^ tomus T, p. 6i3.
(t) Vtpitaphium d'Erasme a la date certaine de novembre 15t6^ comme la lettre au prieur des Cbartreax de Louvaiu, J. Heemsted^ qui rac<.x)mpagne .CEfMf . t. III, col. 899).
( ni )
étaient ses correspondants en tout pays Testime qu'il avait pour le caractère et les talents de Dorpius, nommé par lui d'autres fois Dorpiics noster.
Même après la lecture de l'épitaphe en ïambes qui a été généralement admirée, on verra volontiers la lettre qu'Érasme adressait de Bâle, le 2 juillet 1525 (i), à Adrien Barland; il y joint dea pensées chrétiennes au langage désolé de l'amitié :
« Dorpium studiis ereptum acerbissime fer- » rem, si nostro dolore possit hue revocari. y* Nunc nos ad illum properamus, ille ad nos n redibit nunquam.
» Mortuus est omnibus rébus bonis florens, et » optimum putans esse tum mori quum dulcis- « simum esset vivere. Erat futurus magnus si » vixisset; verum, nunc felicius magnus est apud » Christum, uti spero. Solus propemodum erat » aequus politioribus literis, quas quidem mire »» studio conantur opprimere, mea sententia rem « satis rectè consulentes suis etiam studiis quae » sola florere cupiunt... »
Le même jour, Érasme déplorait la mort de Dorpius dans une lettre à Maximilien Transylvanus (1) ; mais, préoccupé du mauvais vouloir
(I) Opp. Eratmi, X III, col. 876. — C'est à la fiu de cette lettre de 1525 qu'Erasme se lamente sur la décadeuce des études en Alleinagne, à cause des troubles de la réformation.
(i) Ibid., 1. 1, col. 875 (Bâle, t juillet).
-de certains théologiens envers les lettres, il se laissait aller à Tinsinuation que Dorpius n'avait pu exercer une plus grande influence en leur faveur, parce qu'il n'avait pas montré une aversion assez forte, au gré de plusieurs, pour les erreurs de Luther :
« Periit Martinus Dorpius, qui solus ingénue » favebat rectioribus studiis, nec perindo ac »» coeteri detestabatur quidquid ullo pacto Lu- ^ theri dogmatibus est affine ; ea res eflfecit, ut » illius favor non multum adferret momenti, nec n ità multum tribuebat pseudomonachis. «
Ce serait abuser des termes de cette lettre que de croire à une certaine condescendance de Dorpius pour la doctrine du réformateur de Wittemberg : tout au plus induirait-on de ce passage ou de quelques autres que Dorpius usait, dans les termes, de plus de ménagements que ses collègues envers les personnes et qu'il semblait porter moins d'animosité ou moins d'énergie dans la controverse (1). Le suffrage d'Erasme, indépendamment de ses jugements assez souvent variables sur les personnes, n'en sont pas moins axîquis au jeune théologien qui s'était fait généreusement, en vue de l'avenir, le promoteur des études d'humanités et de la culture des langues savantes.
(i) Dans une lettre à Germanus Brixitis (col. 88i), Érasme avaoce comme une conjecture que le mauTais vouloir des M<a*o/cccv0*0< '(ennemis dî>s Muses) a pu abréger les jours de Dorpius.
Ea plus d*une occasion, Érasme s'est loué d'avoir encouragé Martin Van Dorp, au début d'une •carrière qui promettait d'être féconde : il ne s'attribuait pas d'autre mérite, quand on rapportait à sa direction la célébrité précoce de son compatriote. Mais il s'est plu à le revendiquer pour la Hollande, sa terre natale, quand il relevait les noms des hommes distingués de son temps, qui y avaient vu le jour C'est ce qu'on lit dans son épître de 1521 à Nicolas Evorard, président du gouvernement de Hollande et de Zélande (i); c'est son pays qu'il avait félicité plus d'une fois d'une si pure renommée : « Quoties » enim illi sum gratulatus Martinum Dorpium »» qui nostratium Theologorum unus, scholasti- » cam Theologiam cum melioris literaturae pe- » ritia, qui solidam sapieniiam cum vera elo- »» quentia conjunxisset?»» Là aussi il augurait bien des efforts incessants de son ami, qui se surpassait lui-même : « nisi quod Dorpius assif» duo studio seipsum quotidiè vincit»», comme il a dit naguère, quand il le voyait encore à Louvain (2): ** Dorpius optimisstudiissesedelectat. «
Il n'est point de déclaration plus belle et plus complète en faveur de Dorpius, comme théologien et comme savant, que la page que Vernulaeus lui a consacrée dans son Academia Lova-
(1) Lettre d'Aaderleclit, Epist., col. 676. ji) Lettrf du «I jaillet 4520, Epitt., col. 517.
niensis (i) ; le maître d'éloquence du xvii« siôclea glorifié, en termes élégants et fleuris à l'excès, . le professeur de rhétorique du xvi« :
« Optanda hic eloquentia, ut Martinus Dorpius » laudetur. Is est in cujus ore Suada sessitavit, »» in cujus pectore omnes scientiae domicilium n habuerunt. InLiiiensiGymnasiopulcherrimum » ipse Lilium,et cum Rhetoricam Philosophiam- '* que docendo gratissimum odorem efTudisset, » in Theologum eximium effloruit. Dicam cum « Adriano Barlando, qui ei quondam familiaris- » simus (2). Plus in uno hoc viro amisit Schola « Lovaniensis, quam aut dici aut aestimari po- »» test. Miré Poëtarum omnium fabulas tenebat : » Oratorum et Historicorum libros omnes excus- » serat : Dialecticorum argutias callebat : Phy- " sices apcana pervestigaverat. In sacris lilte- » ris nihil tam arduum et diflîcile, de quo non " subtiliter et accu raté disputant. Quam latinus ''et elegans, planeque Romanus illi sermo? « Quanta divinorum eruditio? Addo ego :
♦» Dorpius ingenium sacra cum panderet arte. « Caelestes habet hic, fama ferebat, opes. »»
(1) Lovaaiî, 4667, 4*. p. 448 (c. X. iUuaVes tiuologi Lovanientea). (S) Daus les Chronicu ducum Brabantiœ, c. 484, cités ci-dessus, § 11.
TABLE
Décès de Mgr Laforet, deuxième recteur tnagniflqtte de V Université . 5
Éloge funèbre de Mgr N. /. Laforet, recteur magnifique de V Université catholique de Louvain, prononcé après le service célébré, au nom de T Université catholique, en V église de Saint-Pierre, le 29 février 1872, par le chanoine Cartuyvels, vice-recteur 40
Décès de Sa Grandeur Mgr Gaspard - Joseph Làbis, évêque de Tournai, . . 82
Discours prononcé à la salle des Promotions de V Université catholique de Louvain, le 9 octobre, jour de Vouverture des coursacadémiques, immédiatement après la messe du Saint-Esprit, par Mgr A. J, Namèche, recteur magnifique de V Université 96
Notice sur la vie et les œuvres de M, le chanoine Guillaume -Henri Wouters, professeur ordinaire à la Faculté de Théologie de V Université catholique de Louvain, par M, B. Jungmann, professeur à la m^éme Faculté 118
Martin Dorpius et les études d^humanités dans les écoles de Louvain, au commencement du xvi« siècle. — Esquisse d'histoire littéraire, par M. le professeur Félix Nève 135
t»fc