NOTICE SUR LE COLLÈGE D'ALNE OU D'AULNE
§ I. Fondation du collège.
Les nombreux collèges de l'ancienne Université formaient deux classes distinctes , les collèges académiques proprement dits et les collèges unis à l'Université (Collegia Academiœunita). Dans cette seconde classe étaient les collèges de plusieurs ordres monastiques qui, à ce titre et en remplissant certaines conditions (1), participaient à tous les droits et privilèges accordés à l'Université par le Saint-Siège ou par les souverains du pays. Parmi ces collèges de la seconde catégorie se trouvait le collège de l'abbaye d'Aine ou d'Aulne, près de Thuin dans le Hainaul, de l'ordre de Cîteaux, sous l'ancien diocèse de Liège (2).
Edmond Jouvent, de Maricnbourg, avait fait ses études en théologie à Louvain et y obtint le grade de licencié. Il devint abbé d'Aine le 23 février 1622. • Le nouveau prélat, dit M. Lebrocquy (3), s'était imposé la noble mission de faire revivre , non-seulement dans le monastère d'Aine, mais encore dans
(1) Voyez Femulœi Acadcmia Lovanientis , édition de Chrétien Van Langendouck , p. 129.
(2) Voyez Gallia christ, nov. tom. III p. 1H6, et Guil. Lebrocquy, Histoire de Vabbaye d'Aulne, d'après le manuscrit de dom Norbert lier set y dernier abbt f d'Aulne , etc. Bruxelles, 18G2 , iu-12.
(3) Ouvr. cit. p. 91.
toutes les maisons qui en dépendaient, l'esprit primitif de la règle de Cîteaux. Ami des sciences et savant lui-même, il savait que l'ignorance et l'oisiveté sont la mère de tous les vices; il dirigea toute son activité pour faire renaître , par la voie du travail et de l'étude , l'ancienne gloire de son monastère. C'est dans ce but qu'il réorganisa la bibliothèque qu'il lit distribuer en deux salles et à laquelle il donna un classement méthodique (1). C'est surtout dans ce but qu'il fonda, à Louvain, au prix de bien des difficultés et des dépenses , un collège destiné à servir de demeure aux jeunes religieux de son ordre qui devaient venir étudier à l'Université la philosophie et la théologie et y prendre des grades académiques : Collegium hoc instUuît, dit le continuateur de Vernulaeus , ut sui , monastica disciplina domi bene imbuti, studiis pietatem exornarent.
(t) La bibliothèque d'Aine était célèbre d'ancienne date par ses mauusrrits dont Sandcrus nous a conservé la liste dans sa Bibliotheca belgica manuscripta , part. Il p. 334-262. Lorsque les docteurs de Louvain s'occupèrent de leur édition des œuvres de saint Augustin , la bibliothèque d'Alue à elle seule leur fournit vingt anciens codites , comme le remarque Molanus. Voyez les Anakctet de 1862 p. 227, et Molanus HUtoriœ Lov. lib. XIV, tom. I p. lxxxiii de l'introduction.
C'est l'abbé Jouvcnt lui-même qui envoya à Sandcrus, avec uue lettre en date du 7 mars 1636, la liste qui vient d'être mentionnée. Ce môme abbé restitua, en 4631 , au couvent d'Orienté uue somme de trente mille florins qu'il avait empruntée pour l'acquisition des livres de la bibliothèque. Ceci prouve combien était grande alors leur cherté cl surtout combien était grand le zèle du vénérable abbé pour faire fleurir les études dans son monastère.
L'abbaye d'Aine possédait à Louvain une maison située dans la rue de Namur-, à l'angle droit de la montagne des Carmes. En 1627 , dom Jouvcnt fit approprier celte maison, et il inaugura son nouveau collège en 1629, sous le patronage de saint Bernard, comme il conste par l'inscription placée autrefois audessus de la porte d'entrée :
D1VO • UERNARDO • SACRATUM ALNENSE • COLLEG1UM • ALSP1CI1S • REV • A DM • D EDMUNDI • JOUYENT • ABBATIS • ALNKNS1S • XXXHl PRO • SUO • QL'U • IN • MTEHAS • rEUEBATUR • AMORE D • C • ANNO • M • D • C • XXIX
Le collège était placé dans une des situations les plus agréables de la ville , et le fondateur ne recula devant aucune dépense pour rendre cet établissement digne du but élevé qu'il s'était proposé. Nous empruntons au continuateur de Vernulœus la description du collège (1) : «Praeclaro saccllo collegium hoc insigne est; habitalioncm domino Prucsidi et studenlibus commodam satis habet, ad quam non tantum abbatiœ Alnensis sed et alios studiosos admittit. Horto patulo, amœno et frugifero gaudet, qui ad occiduum solem subsidente paulatim solo gratissimum longe lateque per civitatem et ultra Lovanienses muros Bruxellam versus prospectum prsebet; sed et orientis solis amœnitate ne inquilini destituerentur, eminentem ultra œdificium in quadro turrim
(I) Ouvr. cit. p. Ui.
nabot hoc collegium etiam suo per civitatem prospectai gratissimam. »
Pour ce qui concerne l'entretien de rétablissement et de ses pensionnaires, le fondateur eut soin de lui assigner une rente annuelle sur les revenus de la mense abbatiale et du monastère d'Aine. En outre, il obtint du chapitre général de l'ordre de Cîteaux , en faveur du collège de Louvain , les mêmes privilèges que ceux dont jouissait, à l'Université de Paris, le collège des Bernardins qui fut fondé en 1246 par Ëticnne de Lexington , abbé de Clairvaux et qui devint, en 1320, commun a tout l'ordre de Cîteaux (i). Les efforts de dom Jouvent tendaient à faire revivre les dispositions d'une bulle de Benoît XH touchant les études monastiques. Ce pontife avait décrété que dans chaque monastère considérable l'enseignement de la grammaire, de la philosophie et de quelques autres branches serait donné aux jeunes élèves de la maison , sans admettre à ces leçons des auditeurs étrangers à l'ordre, et que pour les études supérieures on enverrait aux Universités ceux qui montreraient le plus de dispositions a l'étude. D'après la bulle pontificale les chanoines réguliers peuvent étudier aux Universités et y prendre des grades en théologie et en droit canon , mais les Cîterciens en théologie seulement (2).
(i) Voyez Crevier, Histoire de l'université de Paris . tom. I p. 490 et 49Î.
(î) Ouvr. cit tom. II p. 3M.
Le collège d'Aine subsista dans un état florissant , jusqu'à la fin du dernier siècle. A l'époque de la dispersion de l'Université, les bâtiments lurent confisqués et vendus par les révolutionnaires français ; plus tard on les transforma en demeures particulières dont la partie principale a été acquise et appropriée pour le nouveau collège Américain de l'Immaculée Conception (1).
L'abbaye d'Aine conserva constamment avec l'Université les relations les plus amicales. Lorsque, pendant les troubles sous l'empereur Joseph II et à l'occasion de l'établissement du séminaire général , plusieurs professeurs de la faculté de théologie et d'autres membres de l'Université encoururent la disgrâce du gouvernement et furent obligés non-seulement de quitter leurs chaires, mais même de s'enfuir de Louvain , ils reçurent à Aine de l'abbé Gérard Gérard, anoien élève du collège de Louvain, une hospitalité qui était de nature à adoucir les peines de leur exil. Au nombre de ces proscrits se trouva le docteur Vande Velde, président du grand collège du Saint- Esprit. Il résida presqu'une année entière à Aine. Ce célèbre professeur, un des hommes les plus savants de son époque et bibliophile des plus instruits, aimait à se rappeler les jouissances qu'il avait goûtées dans son Otium Alnense au milieu d'une des plus riches bibliothèques du pays.
(1) Voyez ci-dessus p. 233.
§ II. Présidents du collège.
Le fondateur rédigea pour les étudiants de son collège un règlement conforme à la règle de Cîteaux.
Il en contia la direction à un président , choisi parmi les religieux de l'abbaye, qui devait être gradué en théologie et qui était chargé de diriger les étudiants dans leurs études et de présider les thèses et les discussions qui avaient lieu, une fois par semaine, dans l'auditoire particulier de la maison. Quelquefois même on y faisait des cours privés de théologie. Le fameux Caramuel y Lobkowitz, qui prit à Louvain le grade de docteur en théologie le 22 septembre 1638, demeura longtemps au collège d'Aine où il s'appliqua à la composition de divers ouvrages et où il donna , pendant quelque temps, des leçons de théologie (1).
i. Le premier président, nommé par le fondateur, fut Jérôme Reyers, de Saint-Trond , licencié en théologie. Il occupa ces fonctions pendant dix ans, jusqu'à ce qu'on le rappela à Aine pour y remplir celles d'économe et de prieur. C'était un homme supérieur par l'intelligence et par ses vertus. Après la mort de dom Jouvent, arrivée le 25 ou 26 octobre 1655, il fut élu pour lui succéder dans la dignité abbatiale qu'il
(i) Voyez Paquot, Mémoires , tom. Vlll p. îî»3. Cet écrivain , de Tordre de Citeaux remarque, avec raison, que Caramuel ne fut pas président du collège, comme l'a dit Nicolas Antonio. Vovcz les Anakcte* de 1840, p. 45, not. 5.
exerça jusqu'au 16 février 1670, date de son décès (1).
2. Lorsque Reyers quitta la présidence, vers l'an 1647, il eut pour successeur Maximilien Robaux qui avait fait avec lui sa profession religieuse à Aine et qui prit aussi en même temps que lui le grade de licencié en théologie à Louvain. Robaux mourut dans l'exercice de ses fonctions, en 1653, et fut inhumé dans la chapelle du collège où son prédécesseur consacra a sa mémoire l'épitaphe suivante :
REVERENDO • ERUD1TISSIMOQUR • DOMINO
DOM • MAXlMlMANO • ROBAUX SACR • THEOL • LICENTIATO • REL1GIOSO PRESB • ALNENSI • PRJESIDl • COLLEGI1 • LOVANU F RATER • H1ERONYMUS • REYERS EJUS • IN • PROFKSSIONE • SACERDOTIO • ET • LICENTIA • SOCIUS PONERAT • MORTUO • AN • M - D • C • LUI • MENS • NOV
3. Innocent Bastin 9 de Thuin, venait de faire sa licence en théologie et était bien jeune encore lorsque l'abbé d'Aine, dom Jouvent, lui confia en 1653 la direction du collège. Malgré sa jeunesse, un de ses contemporains n'en fait pas moins un brillant éloge en le nommant vir gravis, dodus et sedulus (-2). Les religieux d'Aine confirmèrent cet éloge en choisissant en 1670, après la mort de Reyers, dom Innocent Bastin pour abbé de leur monastère. Il mourut en 1676, à l'âge de 50 ans, trentième année de sa profession. L'inscription suivante, placée sur sa
(1) Voyez Lcbrocquy, ouvr cit. p. 400.
(2) Van Langendonck daus la continuation de Vernulaeus , p. 144, édit. de 1607.
tombe dans l'église de l'abbaye, rappelle sa mémoire :
Prœfuit Alna tibi septcm Innocentius annis, Quam cito florentem mors inimica rapit !
Divini officii cantusque invictus amator OccidU et nostrœ perdila gemma domus.
4. Basile de Behault, de Binche, qui devint abbé d'Aine en 1678, après le décès de dom Humbert Hubart, et qui mourut en 1682, administra pendant quelques années le collège.
5. Un autre abbé d'Aine, Maur Carrion, élu en 1708, résida longtemps à l.ouvain comme président du collège.