‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain (volume 2)Chapitre 39 sur 49 · MONSEIGNEUR, MESSIEURS · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR, MESSIEURS

Nous sommes encore sous l'impression de la voix éloquente et pleine de dignité, qui vient de nous esquisser la vie si hien remplie de notre regretté confrère Martens.

Nous sommes rudement éprouvés , Messieurs ! L'année académique n'a pas atteint la moitié de son cours, et déjà la troisième fois, le même deuil nous ramène dans la même enceinte.

Depuis vingt-huit ans, nous avons vu notre savant et illustre confrère k nos côtés, animé toujours du même zèle pour la science, toujours attentif à remplir scrupuleusement ses devoirs, toujours profondément dévoué à ses élèves.

Dans toutes les cérémonies académiques, et surtout dans celles où il s'agissait de rendre un dernier hommage à un confrère, Martens , malgré son âge,

ses infirmités et ses nombreuses occupations, ne se faisait jamais désirer.

C'est avec émotion que nous venons à notre tour lui payer un tribut de reconnaissance et de regrets, qu'il paya tant de fois à d'autres.

Dans une autre circonstance solennelle, j'ai pris la parole , au nom de l'Académie des sciences , pour adresser un dernier adieu à notre savant confrère. Aujourd'hui, Messieurs, c'est au nom de la Faculté des sciences et comme doyen, que je viens rendre le dernier hommage à l'homme d'élite, que la mort nous a si rapidement enlevé , qui laisse parmi nous un vide si profond, des regrets si amers. Nous devons bien l'avouer, Messieurs , l'Université, comme l'Académie, perd en lui un de ses membres les plus actifs, un de ses professeurs les plus instruits, un de ses confrères les plus dévoués.

Les aptitudes scientifiques de notre regretté confrère se manifestèrent de très-bonne heure.

Quoique jouissant d'une faible santé au début de sa carrière, Marlens n'en déploya pas moins une ardeur extraordinaire pour le travail, et il a persévéré, dans ses habitudes studieuses, avec une énergie dont peu d'hommes seraient capables.

Martens est docteur en médecine et en sciences de l'Université de Liège. A peine sorti des bancs du collège, il fit marcher de front l'étude des sciences physiques et l'art de la médecine. L'année même où il se préparait à ses derniers examens, il écrivit deux mémoires : l'un en réponse à une question,

posée au concours par la faculté de médecine, l'autre par la faculté des sciences , et ce qui donnait surtout de l'importance à cet heureux événement, c'est que les deux mémoires furent couronnés le même jour (1).

Le dernier de ces travaux a pour objet : les analogies et les différences que présentent entre eux le calorique et la lumière, et il traite en même temps de la possibilité d'attribuer à un même principe les phénomènes de chaleur et de lumière.

Martens est encore tout jeune, mais il est déjà tel que nous l'avons toujours connu. Aucun obstacle ne pouvait l'arrêter, aucune difficulté ne pouvait le faire reculer. Il aurait pu prendre pour devise : nwnquam retrorsum.

Après de pareils efforts, et surtout après de pareils succès, d'autres se seraient reposés. Le jeune étudiant de Macstricht ne connaît pas le repos. Pour lui, les jours de travail sont de véritables jours de fête. En 1821 , c'est-à-dire l'année qui suivit celle pendant laquelle il avait remporté deux médailles, et il n'avait que vingt-quatre ans, il défendit successivement, et avec un talent remarquable, une dissertation inaugurale, De combustione,x>o\iv l'obtention du grade de docteur en sciences physiques et mathématiques (23 janvier), et une dissertation inaugurale sur La phlhisie laryngée, pour le doctorat en médecine (28 juin). Il dédia la première de ces deux dissertations à l'illustre Minkelers, comme à celui qui dirigea ses premiers pas dans les sciences physiques (2).

Martens se rend ensuite à Paris, où il a le bonheur de rencontrer, à côté des Laënnec, des Dupuytren et des Broussais, Gay-Lussac, Vauqueiin et Thénard, Cauchy, Hachette et Biot.

Son goût pour l'étude, ses vastes connaissances, sa belle intelligence sont bien vite appréciés par ces brillantes illustrations , et , malgré son âge si peu avancé, il est non seulement reçu dans l'intimité par plusieurs d'entre eux, mais Biot, plein de confiance dans sa haute capacité, le charge môme de calculer l'orbite d'une comète.

Martens trouve le temps de tout voir à Paris; il trouve l'occasion de tout examiner. — Des amphithéâtres il passe aux laboratoires, de YHôtel-Dicu et de la Pxlxé il passe à la Sorbotine, au Collège de France et au Muséum.

Chargé d'un riche butin, plein d'amour pour le travail, il revient dans son pays natal où il s'établit comme médecin praticien. Par la franchise de son caractère et la loyauté de ses actes, il se concilia rapidement l'estime et l'affection de ses compatriotes.

A peine a-t-il donné des preuves de son savoir, que ses confrères le désignent comme membre et secrétaire de la Commission médicale du Limbourg. C'est un nouvel accroissement de travail, et cependant dans le courant de l'année 1823 il trouve le temps d'écrire un mémoire de mécanique transcendante, qui lui vaut, de la part de l'Académie des sciences de Bruxelles, une médaille en argent.

En 1825 il fut nommé professeur de chimie et de

botanique U l'école de pharmacie de Maestricht.— La pratique médicale aurait largement suffi à un homme ordinaire, mais le travail de chaque jour ne fournissait pas assez d'aliments à l'activitédévorantedenolre éminent collègue.— 11 trouve encore le moyen, malgré d'autres fonctions qu'il accepta (3), d'écrire de remarquables articles sur l'emploi comme sur la préparation de divers médicaments (4), ainsi que sur la trop célèbre doctrine médicale qui venait d'envahir l'Europe.

C'est vers cette époque que Broussais avait atteint l'apogée de sa gloire.— La nouvelle doctrine, couvée dans les camps, éclose au Val-de~ Grâce , si pompeusement décorée du nom de médecine physiologique, avait acquis tant de vogue, que, de 1827 à 1836 , on importa en France, année moyenne, 34,200,000 sangsues. Elle faisait rapidement le tour du monde. Le jeune médecin de Maestricht ne se laissa pas prendre à la brillante mise en scène du nouveau système, et combattit la nouvelle et trop facile doctrine avec un talent remarquable (5). Dans un autre ordre d'idées, le célèbre docteur publia, en 1828, son livre De l'irritation et de la folie, qui lui valut un fauteuil à l'Institut (Académie des sciences morales et politiques). Martens n'en lit pas moins une critique sévère et consciencieuse de ce livre dans un journal de Maestricht, et ses articles portèrent si bien coup, que le fils, Casimir Broussais, crut devoir venir en aide à son père (6).

Quoi qu'en ait dit le fils, Broussais était bien ce que Martens avait prétendu , un médecin matéria-

liste pour qui le cerveau secrète la pensée comme le foie secrète la bile. — Nous avons entendu Broussais quelques années plus tard, dans son cours de phrénologie au Val-de-Grâce , développer ses principes de physiologie avec une crudité de langage telle que l'auditoire en était quelquefois révolté.

Nous savons tous que la médecine débilitante inspira à notre confrère une répugnance invincible jusqu'à la fin de ses jours. Et dans les accès * d'asthme qui l'accablèrent quelquefois , l'expérience lui fit recourir plus volontiers aux remèdes excitants qu'aux émollients les plus recommandés.

L'Académie de Bruxelles mit au concours, en 1833, une question pleine d'intérêt sur la constitution des chlorures d'oxyde (7). Marlens n'y lient plus. Il faut qu'il trouve la solution des problèmes posés par l'Académie. Les travaux de laboratoire marchent de front avec les travaux de cabinet , les exigences de la clientèle et de l'enseignement. Il trouve du temps pour tout. Il oblige le chlore à lui dévoiler plusieurs de ses secrets , et envoie un beau mémoire à la classe en répense à cette intéressante question. Van Mons vivait encore. Je me souviens de l'étonnement du spirituel et savant chimiste, en parcourant les pages du manuscrit qui était soumis à son examen. A chaque page Van Mons était arrêté dans sa lecture par la hardiesse des pensées que l'auteur inconnu du mémoire avait jetées avec profusion dans le cours de ce travail ; et cependant Van Mons se connaissait en fait de hardiesses. Les commissaires firent, comme

on le pense bien, un rapport favorable, et le mémoire fui couronné à la séance du 7 mai 1834. A l'ouverture du billet les académiciens furent fort surpris de trouver à côté d'eux , à Maestricht , un chimiste de premier ordre (8).

Ces travaux sur les chlorures d'oxyde forment l'œuvre capital de notre confrère au point de vue du chimiste expérimentateur.

On sait que de la réaction du chlore sur les alcalis et les terres alcalines résultent des produits fort importants dans les arts industriels et la médecine comme agents décolorants et désinfectants. On ne possédait , à cette époque , que des notions fort incomplètes et généralement peu exactes sur la préparation et les propriétés de ces matières. Leur signification chimique était surtout fort obscure. Deux opinions étaient en présence : l'une ancienne, défendue par Gay-Lussac , les regardait comme des chlorures d'oxydes; l'autre récente, proposée par Berzelius, en faisait un mélange de chlorure et d'hypochlorite.

Martens se livre à de nombreuses expériences sur les produits; uniquement préoccupé des faits, il se rangea franchement du côté de Gay-Lussac. Les chlorures décolorants sont pour lui des chlorures d'oxydes et la théorie de leur formation se réduit à la juxtaposition pure et simple du chlore aux éléments primitifs, oxygène et métal de l'oxyde.

Le chlore fait toujours l'objet des études de prédilection de Martens. C'est qu'en effet ce corps

simple, remarquable sous tant de rapports, peut donner lieu aux réactions les plus intéressantes et les plus neuves.

Il revint à diverses reprises sur les faits qu'il avait annoncés , et , en 1837, il étudia avec soin certaines propriétés du chlorure de soufre.

Parmi ses travaux de chimie expérimentale, nous pouvons citer encore ses analyses chimiques des eaux minérales de Spa et de Tongres, qu'il a publiées, à quelques années d'intervalle, dans les Bulletins de l'Académie royale de médecine en 1843 et 1833 (9).

Le 8 novembre 1834 , sur la proposition des membres désignés à cet effet , M. Martens fut nommé correspondant de l'Académie avec M. Matleucci, de Forli, qui a acquis depuis une si haute célébrité par ses curieux et innombrables travaux sur les phénomènes électriques.

En 1835, appelé par le Corps épiscopal à la chaire de chimie et de botanique , il se rendit de nouveau à Paris , et s'y prépara à ouvrir dignement ces cours à la fin de cette année. Presque en même temps qu'il commença son enseignement, l'Académie des sciences de Bruxelles lui décerna le titre de membre effectif.

Martens partage dorénavant , entre les recherches de laboratoire et les études botaniques, les rares moments que lui laisse l'enseignement de ces deux branches importantes.

Je voudrais vous donner une idée, Messieurs, de la fécondité de notre digne confrère; mais le nombre

de ses travaux est si grand, que je vous fatiguerais, rien qu'en faisant l'énumération des titres de ses publications (10).

Je ne puis toutefois me dispenser de faire une exception pour ses recherches sur la composition moléculaire des corps. Ces travaux font son principal titre de gloire, et ont fait l'objet de ses méditations pendant toute sa carrière scientifique.

Martens était un remarquable penseur et le chimiste-physicien dominait en lui le chimiste expérimentateur. Son goût prononcé pour les études philosophiques et mathématiques, la nature spéciale de son intelligence, trop élevée pour se contenter de la simple constatation des faits, mais trop scientifique pour les abandonner jamais dans ses méditations, le rendaient très-apte à traiter ce genre de questions. C'est cette tendance particulière de son esprit qui a produit ses travaux sur les classifications des espèces chimiques, sur la composition moléculaire des corps, et qui l'a poussé, il y a quelques années, à rompre une lance avec notre illustre professeur de philosophie M. Ubaghs. Qui de nous ne se rappelle d'avoir assisté avec le plus vif intérêt à ce tournois littéraire sur le terrain du Dynamisme (11)?

Le premier travail qu'il publia, étant encore simple étudiant à Liège, sur les analogies et les différences que présentent entr'eux le calorique et la lumière, révèle déjà une préférence marquée pour ce genre de travaux.

Il a abordé plus tard une autre question non moins

importante et non moins élevée dans le domaine des sciences physiques, celle de l'affinité.

L'acte de combinaison des corps n'est pas un acte solitaire de simple juxtaposition; cet acte est toujours accompagné de certains phénomènes physiques, de production d'électricité, de dégagement de chaleur, quelquefois de lumière. Toute cette partie se rattache directement à la grande question de l'affinité, de cette force qui apparaît comme cause première au sommet de l'édifice chimique (12).

Les études profondes de notre confrère en physique , les connaissances solides et étendues de toute matière le plaçaient dans les meilleures conditions pour aborder avec succès cette grande question de philosophie chimique.

Sur les ruines de la théorie du phlogistique de Stahl, Lavoisier a établi la chimie moderne, en découvrant, en 1774, qu'un des éléments de l'air est susceptible de se combiner avec les substances métalliques. L'air n'est plus dès ce jour un des quatre éléments, comme on le répétait depuis Aristote : l'air est un mélange de plusieurs corps simples. Berzelius, développant, dans l'ordre de l'affinité, les idées de Lavoisier sur la constitution intime des corps composés, met ensuite au jour sa célèbre théorie électro-chimique, et cette théorie régna, peut-on dire , sans partage à l'époque où Martcns fit son éducation scientifique.

Les corps composés résultent, d'après cette doctrine, de la combinaison de deux éléments ou de

deux groupes d'éléments, l'un électro-positif, l'autre électro-négatif, et tous les composés chimiques définis sont envisagés de la même manière.

Martens embrassa cette théorie avec une ardeur marquée et jusqu'à son dernier mot écrit est consacré à sa défense.

Dès 185G il publia un mémoire sur la théorie de l'affinité chimique et la composition moléculaire des corps, et, à partir de ce moment, il n'est pas d'année qu'il ne donne à l'Académie soit un mémoire, soit des notices , tantôt sur les actions électriques, tantôt sur la production du fluide galvanique dans les piles, tantôt sur la passivité des corps métalliques (13).

Mais, à partir de 1830, la découverte des radicaux multiples, signalée d'abord parM.Dumas,vintébranler le système de Berzelius, et Gerhardt, que la mort est venue enlever si jeune à sa famille et à la science , fonda sa nouvelle école vers i845. La théorie des substitutions prit la place de la théorie électro-chimique, et, au lieu d'un dualisme électrique , la composition des corps fut représentée par des formules unitaires.

Les corps composés, d'après la nouvelle doctrine, ne sont plus qu'un tout unique, une molécule complexe, formée d'atomes de différente nalure, susceptibles d'être remplacés par d'autres atomes.

Dans ses derniers écrits , Martens a eu toujours pour but de démontrer que , si les corps simples , à radicaux simples, ont une nature d'électricité propre, les radicaux multiples en possèdent une égale-

ment, et ne doivent en aucune façon être assimilés, dans leur réaction, aux corps composés ordinaires.

Pour notre collègue, les deux théories de Berzelius et de Gerhardt sont également vraies, mais à la condition de n'être pas exclusives. Elles ne s'excluent pas, en effet, elles se complètent. Il y a des substances chimiques à formules dualistiques , il y en a d'autres à formules unitaires. Entre ces deux classes de composés il existe des différences , et ces différences, Marlens s'efforce, dans ses derniers écrits, de les mettre en relief.

Au mois de novembre dernier, il fit encore une communication sur cette matière à l'Académie royale de Belgique, et, dans une des dernières séances de l'Institut de France (Académie des sciences), M. Dumas communiqua, sur le même sujet, une lettre de notre collègue, datée du 2! décembre (14). Celui-ci préparaitméme une notesupplémentaireàsa dernière communication, quand la mort est venue le surprendre.

La théorie électro-chimique n'a pas eu de partisan plus fidèle, de défenseur plus tenace et plus vigoureux que notre collègue Marlens, et ses travaux resteront un de ses plus beaux titres à l'estime et au souvenir des générations scientifiques futures.

Les études de botanique de Martens marchent constamment et partout de front avec ses autres travaux. —Déjà en 1819 il prépare des plantes sèches pour se faire un herbier, et depuis lors il ne cesse plus de collectionner. Sans méconnaître l'importance des

plantes spontanées et leur valeur scientifique, il les accepte, qu'elles soient cultivées ou non, des mains des voyageurs comme de celles des jardiniers.

En général cependant les botanistes ne tiennent pas plus, pour leur herbier, aux plantes cultivées, que les zoologistes ne tiennent, pour leurs musées, aux animaux domestiques. La culture, comme la domesticité, modifie trop souvent les individus, pour qu'on ne voie pas dans ceux-ci des représentants dégénérés de l'espèce. Martens ne partage pas cet avis et entasse toujours.

Il aimait les fleurs avec passion; non pas seulement comme nous les aimons , dans un frais parterre, mais encore desséchées et sans vie, entre les feuilles de son herbier. Qui de nous ne l'a vu, une plante à la main, marchant lentement, la téte inclinée, ayant l'air de supputer, au milieu de la rue, combien il lui faudrait encore d'espèces pour compléter un genre ou combien il lui manquait de représentants pour parfaire un groupe naturel?

Martens s'occupait tour à tour de la physiologie des plantes et de leur acclimatation , de l'agriculture et du défrichement des landes, de la maladie des pommes de terre et de la sophistication des farines ; mais c'est vers la botanique descriptive que ses goûts le portèrent plus particulièrement (15).

Ayant reçu en 1840 d'un missionnaire belge, M. Duerinck, habitant l'Amérique septentrionale, une collection de plantes sèches, il donna la description des espèces nouvelles dans les Bulletins de l'Académie,

et plus tard il s'associa avec Galeotti pour faire connaître les Fougères et la plupart des plantes phanérogamiques que celui-ci avait découvertes pendant son voyage au Mexique. Sur 951 espèces il en décrivit 434 nouvelles. Plusieurs botanistes lui ont fait l'honneur de donner son nom à des plantes nouvelles. Il y a un salvia et un poiypadeum Martensii et un achimenes Martensiana (16).

Dans une autre circonstance il a décrit un cas fort remarquable d'hybridilé dans les fougères qui a été observé au jardin botanique de Louvain, et il a fait connaître un des phénomènes les plus curieux que contiennent les annales de l'horticulture. 11 y a quelques années un agave, cette plante séculaire qui est censée ne fleurir que tous les cent ans , donna en été des fleurs majestueusement étalées sur sa tige pyramidale, et, au lieu de périr ensuite, comme c'est la règle, il poussa, l'été suivant, cinq fortes tiges chargées d'une innombrable masse de fleurs. Les rejetons mémos, de un à trois ans, se chargent de boutons à fleurs sur des tiges de deux à trois pieds de hauteur.

Il revient aussi à notre collègue une très-large part dans la confection de la Pharmacopée belge. Marlens fut désigné avec Sauveur, de Hemptinne et Mareska pour faire la révision de notre formulaire officiel des préparations pharmaceutiques Nous ne craignons pas de le dire : cette publication , et même la traduction, auraient vu le jour au moins dix ans plus tôt, si notre collègue avait eu seul la direction de cet impor-

tant travail. La rédaction est presque entièrement de lui et de Hemplinne est le seul qui ait fait des expériences au début de l'entreprise (17).

M. Martens a écrit aussi quelques notices biographiques, entr'autres celles de J. Rega, de Servais Augustin de Villers et de François Favelet, tous les trois docteurs et professeurs de l'ancienne Université de Louvain (18).

S. M. le roi des Belges a voulu récompenser les grands services rendus à la science par notre laborieux conf rère en le décorant de l'ordre de Léopold, et plusieurs Sociétés savantes ont tenu à inscrire son nom parmi leurs membres effectifs ou leurs correspondants (19).

Cette trop énergique activité devait rapidement user sa constitution. Chargé d'un enseignement aussi divers et aussi étendu que celui de la chimie et de la botanique, toujours vivement préoccupé des découvertes de la science comme des événements politiques, remplissant par suite de son enseignement le principal rôle dans les jurys d'examen, depuis deux ans nous avons vu décliner notre confrère et le vigoureux ressort de la vie s'est à la fin rompu. Martens a rendu le dernier soupir au milieu des consolations de la religion et des soins affectueux de sa courageuse famille. Il a succombé à une maladie dont la marche brusque et rapide a déjoué tous les efforts de Fart, toutes les tentatives du dévouement.

Conservons le souvenir d'un collègue estimé de tous , et rappelons-nous que Martens manifestait en toute circonstance un cœur loyal, sincère et obligeant.

NOTES

(1) Le 5 octobre 1890 Martens remporta le prix pour un mémoire en réponse à la question suivante posée au concours de 1819-1820 par la faculté de Médeciuc de Liège : « Purgantia medicamina ordinandi methodus reclior indicetur : pnelata validis argumentis fulciatur. Explanetur modus agendi substantiarum purgantium in tubum intcstinalem et in organa corporis universalia : quo facto , e re erit , morbos purgantia flagitanles summatim ac generatim designare; quibus vero préparation i bus dosibusque adhibenda sint, hse specialiter seduloque describantur. »

Un second mémoire de M. Martens fut couronné en même temps par la faculté des Sciences de Liège , et parut, comme le premier, en 1820 dans les Annales de cette université : Il traite : « Des analogies et des différences que présentent entre eux le calorique et la lumière, et de la possibilité d'attribuer à un même principe les phénomènes de chaleur et de lumière.» Ann. Âcad. Leod. t. III, 1819-20.

(2) Dissertatio inauguralis physica de combustione ... Leodii, 1820, in-4° (23 janvier).

Dissertatio inauguralis medica de phthisi laryngea ... Leodii, 1820, in-4° (28 juin).

(3) Il était membre et secrétaire du bureau d'administration de l'athénée de Maeslricht. En 183 1 il accepta les fonctions gratuites de médecin intérimaire de l'hôpital de Maeslricht, en remplacement du titulaire, qui était absent pour cause de maladie et il remplit ces fonctions jusqu'à la fin de son séjour à Maestricht. C'était un poste de dévouement, surtout en 1832, quand le choléra sévissait en cette ville.

Malgré ses nombreuses occupations , et tout en conli-

nuapt à donner le cours de chimie pharmaceutique à 1 école de pharmacie de Maestricht, il remplaça, pendant l'hiver de 1834 à 1835, M. Crahay comme professeur de physique à l'athénée , lorsque celui-ci fut appelé à la chaire de physique de l'Université catholique.

(4) Observateur médical de Liège, t. I, 1827; t. IV, 1828.

(5) Mémoire sur la médecine physiologique du Dr Broussais, publié par la Commission médicale de Nord-Hollande. Amsterdam, 1829, in-8°.

La question proposée par la Commission médicale est conçue en ces termes : a Puisque dans nos provinces méridionales on se voue, avec ardeur, à la médecine dite physiologique du Dr Broussais, et qu'on lâche aussi de la faire adopter dans nos provinces septentrionales, on demande : une indication concise de cette doctrine , accompagnée de son application raisonnée aux maladies et de considérations critiques sur son utilité ou sur les dangers qu'il y aurait d'en suivre les préceptes dans les provinces septentrionales. »

Nous voyons à la même époque un autre médecin distingué de l'Université de Liège, Schmerling, qui s'est fait plus tard un si beau nom par ses belles recherches sur les ossements des cavernes , se mettre en travers de celte séduisante théorie et rester fidèle aux principes qui avaient pour eux des siècles d'expériences et d'observations.

(6) Éclair eur de Maestricht, 25 et 28 septembre, et 9 octobre 1828.

Le n° du 26 octobre 1828 contient une réclamation de Casimir Broussais, datée de Paris 18 octobre, et à laquelle Martens répond dans les nos des 27 et 28 octobre, 1er et 7 novembre.

(7) Mémoire sur les chlorures d'oxydes solubles, en réponse à une question proposée par l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, 1834. La question

est posée en ces termes : « Sous quelle forme et à quel degré de saturation le chlore se trouve-t-il dans les chlorures d'oxydes solubles? A quels corps peut-on unir ces composés chimiques sans altérer leur nature? Enfin quel est leur mode d'action comme moyen désinfectant?» [Mémoires couronnés ... t. X , 1855. Bulletins de l'Académie royale des sciences ... de Bruxelles , 1" série, t. II, 1835, p. 199.)

(8) a Les rapporteurs sont unanimement d'avis, dit le procès-verbal , que l'auteur a résolu la question dans toute son étendue, et a prouvé qu'il possède à fond les principes de la philosophie chimique. — Il a incorporé sainement dans son ouvrage, ce qui était connu sur l'objet de la question, et par des expériences concluantes, il a éclairé ce qui était douteux. » Bulletins de V Académie royale des sciences, vol. I, p. 129. La médaille d'or que M. Martens a reçue de l'Académie porte pour inscription :

Page 1