‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain (volume 2)Chapitre 8 sur 49 · IMPRIMEURS LIBRAIRES DE L'UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

IMPRIMEURS LIBRAIRES DE L'UNIVERSITÉ

ADRESSE PRÉSENTÉE PAR L'UNIVERSITÉ AU ROI LÊOPOLD I , A L'OCCASION DU RÉTABLISSEMENT DE LA SANTÉ DE SA MAJESTÉ.

Sire,

Dans ce moment où de tous les points de la Belgique s'élève un cri unanime de joie et d'amour, l'Université catholique de Louvain ne peut s'empêcher de mêler sa voix à ce concert de bénédictions et de remercier le Ciel du rétablissement si désiré de la santé du Père de la Patrie.

Ce nom de Père que la postérité réserve à Votre Majesté, ce nom, la plus douce récompense des bons ^ rois , vous l'avez lu naguère , Sire , dans tous les cœurs accourus sur votre passage.

A cet enthousiasme , à ces transports , à ce saint délire , qui n'eût reconnu l'explosion des" sentiments d'une famille k laquelle vient d'être rendu un chef chéri et vénéré !

Ces sentiments, Sire, ce sont aussi les nôtres , ce sont ceux de toute cette généreuse jeunesse confiée à nos soins et également dévouée à votre royale Dynastie et à nos Institutions Constitutionnelles. Oui , Sire, nous sommes heureux et fiers de le redire à Votre Majesté : jamais l'Université ne le cédera à personne , quand il s'agira de faire preuve de recon-

naissance et d'attachement filial envers le Roi sage et bien-aimé à qui nous devons , après Dieu , la consolidation de notre nationalité et trente années d'une paix et d'une prospérité sans exemple dans nos annales.

Daignez agréer, Sire, l'hommage de notre profond respect et de tout notre dévouement.

Louvain, le H octobre 1862.

LE RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ t

P. F. X. DE RAM

Le Secrétaire, Bagiet,

DISCOURS PRONONCÉ A LA SALLE DES PROMO- TIONS LE 5 NOVEMBRE 1862, PAR P. F. X. DE RAM, RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, APRÈS LE SERVICE FUNÈBRE CÉ- LÉBRÉ EN L'ÉGLISE PRIMAIRE DE SAINT-PIERRE POUR LE REPOS DE L'AME DE MONSIEUR PHILI- BERT VANDEN BROECK, PROFESSEUR ORDI- NAIRE A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE.

MESSIEURS

Comme l'année précédente, la mort est venue consister nos dernières vacances (1). Ce temps de repos s'est transformé encore une fois en temps de deuil et de regrets, lorsqu'un de nos professeurs, plein de force et de jeunesse, nous fut enlevé d'une manière inopinée.

Ce deuil et ces regrets, vous le savez déjà, ont trouvé partout un douloureux écho. Parents, collègues, amis, disciples, tous pleurent la perte de M. le professeur Vanden Broeck.

Dans une pieuse et solennelle cérémonie, accomplie au pied des autels, nous venons de renouveler l'expression de nos plus ardentes prières pour le repos éternel de son âme. Il nous reste à remplir maintenant un autre devoir, celui de consacrer un affectueux souvenir à la mémoire du défunt et de retracer,

en quelques mois, sa carrière brusquement et impitoyablement brisée par la mort , à l'heure où la vie semblait lui sourire avec tout l'éclat et toutes les espérances du printemps.

M. Philibert Vanden Broeck naquit d'une famille honorable à Beggynnendyck , dans la province de Brabant, le 20 août 1820. Jeune — très-jeune encore , il se distinguait déjà par cette grande aménité de caractère dont il fournit constamment tant de preuves dans tout le cours de son existence.

Après avoir terminé, avec un éclatant succès, ses études préparatoires au petit séminaire de Malines, il embrassa l'état ecclésiastique et fut ordonné prêtre le 1 avril 1843.

Il était un de ces pieux étudiants d'élite que les vénérables chefs et fondateurs de l'Université destinent ordinairement à faire une élude plus approfondie des sciences ecclésiastiques et à prendre , à la faculté de théologie, ces grades académiques dont l'utilité et l'importance ont été sanctionnées, d'une manière si formelle, par le saint concile de Trente(2).

Des membres de notre faculté de théologie, autrefois les maîtres et devenus plus tard les collègues de M. Vanden Broeck , se rappellent avec quelle ardeur et avec quels succès élonnants il fréquenta les cours qui devaient le conduire au noble but que ses supérieurs lui avaient assigné. En 1844, il reçut le grade de bachelier; en 1846, celui de licencié. Dès lors, ses maîtres et ses condisciples augurèrent que le suprême degré de la science lui était réservé.

Cependant, comme préparation au doctorat, et afin qu'il pût jouir de la récompense due à ceux qui se distinguent exceptionnellement dans leurs études, Son Éminence Révérendissime le Cardinal Archevêque de Malines lui accorda la faveur de se rendre à Rome où il devint un des premiers pensionnaires du nouveau collège ecclésiastique belge.

Vous savez , Messieurs , que la loi sur renseignement supérieur renferme une disposition spéciale en faveur des étudiants belges qui ont obtenu avec la plus grande distinction le grade de docteur en droit , en médecine, en philosophie ou en sciences. Annuellement six bourses de mille francs peuvent leur être décernées pour les aider à visiter des établissements étrangers et compléter ainsi leur éducation scientifique (3). L'encouragement donné aux études profanes manquait aux études ecclésiastiques. îl appartenait à l'initiative toujours si intelligente du vénérable Métropolitain de la Belgique de combler une regrettable lacune; il appartenait et à Lui et à ses vénérables Suffragants de créer, en faveur des hautes études ecclésiastiques , quelque chose d'analogue à ce qui existait depuis longtemps en faveur des autres branches de renseignement académique.

Grâces aux soins de l'Êpiscopat, secondé si efficacement par le zèle et le dévouement de Mgr Aerts , l'on vit naître à Rome, en 4845, un collège ecclésiastique belge (4). Cette institution placée au centre de Tunité catholique , là où se trouve aussi le centre et le foyer principal de la science sacrée , est destinée

à offrir, principalement aux gradués les plus distingués de notre faculté de théologie, un paisible et généreux asile , où l'étudiant est mis à même de compléter ses éludes en visitant les nombreuses institutions scientifiques de la Ville éternelle.

Le clergé belge obtint ainsi l'immense avantage de posséder à Rome , à l'instar de ce qui existe pour plusieurs autres peuples catholiques, un collège national placé sous la haute protection du Saint-Siège.

M. Vanden Broeck arriva à Rome, vers la fin de 1846, lorsque le collège se trouvait encore provisoirement établi dans une dépendance de l'église de Saint-Julien des Flamands. L'acquisition d'un vaste local , avec une église et un jardin, situé agréablement dans la rue du Quirinal , vint bientôt consolider l'existence de rétablissement dont le souverain pontife Grégoire XVI avait approuvé l'érection dans les termes les plus flatteurs. Cette approbation fut un précieux encouragement pour celui auquel nosËvéques avaient confié la mission d'organiser le nouveau collège (5). Aussi, pour pouvoir s'y consacrer tout entier, le président, Mgr Aerts, renonça à ses fonctions de recteur de l'église de Saint- Julien et n'eut qu'à se féliciter d'avoir trouvé, parmi les élèves de son collège, un successeur plein de zèle et de bonne volonté.

M. Vanden Broeck remplit donc, pendant quelques années, les fonctions de recteur de Saint-Julien ; mais ces fonctions ne l'empêchèrent point de poursuivre le but scientifique pour tequel il avait été envoyé à Rome. Il y fréquenta les cours théologiques des pro-

fesseurs les plus renommés , et il eut môme l'avantage d'y être admis à l'Etude de la Congrégation du Concile , c'est-à-dire , qu'il fut choisi pour être du nombre de ceux que Ton charge de faire les rapports préparatoires sur les questions à traiter dans une Congrégation dont YÈtude est considérée, à juste titre , comme la meilleure école théorique et pratique de la science canonique (6).

Pendant mes deux derniers voyages à Rome, il m'est arrivé plus d'une fois d'avoir la satisfaction de constater que M. Vanden Droeck y avait laissé des souvenirs bien honorables ; plus d'une fois, des personnes d'un haut rang me parlèrent de lui avec un vif intérêt, en se rappelant l'aménité de son caractère et la vivacité de son esprit.

Il quitta Rome vers la fin de 1849, époque à laquelle il revint à Louvain pour s'y préparer à subir les rudes et glorieuses épreuves du doctorat.

Je crains, Messieurs, d'avoir trop insisté sur son séjour à Rome et sur l'établissement du collège ecclésiastique belge; mais, on se plait toujours à parler de ce qu'on aime, et d'ailleurs, il m'était bien permisse pense, de vous entretenir d'une institution qui est en quelque sorte un complément de notre faculté de théologie et dont la haute importance est de jour en jour mieux appréciée; — institution dont M. Vanden Broeck se glorifiait d'avoir été un des premiers pensionnaires, et à laquelle, pendant sa dernière maladie, il légua un témoignage dlafleclion et de reconnaissance.

Le 28 juillet 1851, eut lieu sa promotion au grade de docteur en théologie. Celte promotion figure au nombre de nos plus brillantes solennités académiques ; elle fut honorée de la présence de l'Êpiscopat belge tout entier, de Mgr Gonella , nonce apostolique, et d'un illustre confesseur de la foi , Mgr Fransoni , archevêque de Turin (7).

M. Vanden Broeck avait subi les épreuves du doctorat avec la plus grande distinction. Sa dissertation inaugurale traite des apparitions divines dans l'ancien Testament (8), question sur laquelle on a professé tour à tour des opinions diverses, mais dont l'étude est restée d'une grande importance pour l'interprétation de l'ancien testament, pour l'intelligence delà doctrine des Pères, et même pour la controverse moderne avec les rationalistes et les incrédules touchant la divinité de Jésus-Christ et son incarnation réelle et véritable. Dans les deux premières parties de ce travail, dont la troisième n'a pas été publiée, on remarque une grande précision jointe à une lucidité parfaite, un style à la fois simple et élégant, animé et incisif. Devant interroger souvent la tradition, l'auteur a su néanmoins être sobre de citations et compenser par un heureux choix de textes le grand nombre de ceux qu'il a dû négliger. C'est ainsi, comme le remarquait une Revue scientifique (9), que M. Vanden Broeck parvint à donner une étude complète sur une bien vaste question, en se renfermant dans les limites étroites d'une dissertation inaugurale.

Si le mois de juillet 1851 fut l'époque d'une brillante solennité académique, le même mois fut aussi pour nous une époque d'affliction et de deuil : le regrettable professeur Tils mourut, le 9 juillet, à la quarante-troisième année de son âge (10) !

Être trouvé digne de succéder à un homme placé si haut comme philosophe et comme théologien dans l'opinion du monde savant, c'est sans doute une des distinctions les plus honorables qui puisse être accordée à un jeune docteur. Elle échut en partage à M. Vanden Broeck. Dans la réunion du Corps épiscopal du mois d'août de la même année il fut nommé professeur extraordinaire de théologie dogmatique générale. En 1855, il obtint le titre de professeur ordinaire.

Le cours dont il était chargé comprenait la démonstration chrétienne, la démonstration catholique et le traité de Locis theologicis. Le jeune professeur remplit sa lâche avec zèle et avec succès. Doué d'une conception vive et facile, favorisé d'une éloculion nette et élégante, il possédait l'art d'intéresser ses auditeurs. Toutefois, avouons-le pour éviter tout éloge exagéré, on aurait désiré peut-être, dans certaines parties de son cours quelque chose de moins subtil et quelque chose de plus positif et de plus approfondi.

Pour compléter l'appréciation de la carrière scientifique de M. Vanden Broeck, il me reste à dire ici quelques mots de deux remarquables discours qui ont été imprimés.

Un pieux et noble sentiment a introduit parmi

nous l'usage de prendre pour sujet du discours inaugural , que chaque professeur fait à son tour aux promotions en théologie , l'éloge historique d'un de ces savants docteurs qui ont illustré notre ancienne Alma Mater : — usage qui éloigne de nous le reproche d'appartenir à une génération insouciante et sans respect pour ses devanciers : Incuriosa suorum œtas (11); — usage offrant le doux et glorieux reflet d'une pieuse et patriotique pensée que résume une maxime bien connue :

Et pius est Patrice facta referre labor (12).

Cette expression, nous nous l'approprions et nous disons à notre tour :

Et pius est SciïoljE facta referre labor,

M. Vanden Broeck acquitta généreusement sa dette filiale par deux discours que nous venons de mentionner, l'un prononcé en 1853, sur la vie et les écrits de Ruard Tapperus (15), l'autre prononcé en 1858, sur la vie et les écrits de Jean Driedo (U). C'étaient deux illustres disciples d'un maître beaucoup plus illustre encore; l'un et l'autre avaient été formés à l'école d'Adrien VI. Pour caractériser d'un seul trait la célébrité acquise par ces deux docteurs, il nous suffira de rappeler que les Pères du concile de Trente regardèrent Tapperus comme un oracle de la science théologique (15), et que Ton doit à Driedo, qui mourut avant l'ouverlure du concile (16), les ègles d'herméneutique adoptées presque textuelle-

ment par cette auguste assemblée dans ses décisions sur la Vulgate.

Les discours de M. Vanden Broeck ont contribué à donner un nouveau lustre à la gloire de ces deux docteurs dont les écrits , avec ceux d'Adrien VI , devraient se trouver en tête d'une vaste collection des œuvres de nos anciens théologiens de Louvain , enrichie d'éclaircissements, de notices biographiques , littéraires et critiques. Le plan d'une pareille publication existe depuis longtemps; le concours du défunt était acquis à cette entreprise dont nous provoquons l'exécution , avec les vœux les plus ardents, dans l'intérêt des études théologiques.

La France nous a donné les grandes et utiles collections de M. l'abbé Migne. L'école prolestante de l'Allemagne a réuni les écrits des porte-drapeaux de la révolte religieuse du seizième siècle , sous le titre de Corpus Reformatorum. Pourquoi hésiterait-on en Belgique à rassembler, sous le titre de Corpus Veterum theologorum Lovaniensïum , les monuments épars çà et là de cette école théologique que Louvain a vue naître vers l'époque d'Adrien VI, — école qui eut des représentants illustres pendant les siècles suivants et qui restera à jamais célèbre par son zèle à défendre la foi de nos pères, par son attachement à l'Église et au Saint-Siège (17)?

L'Université qui comptait M. Vanden Broeck parmi ses membres se distingue , de l'aveu de ses adversaires mêmes , par ce double attachement. Aussi le défunt était-il fier et jaloux de se montrer toujours

l'enfant le plus humble et le plus dévoué de l'Église ; comme professeur et comme prêtre, il était pénétré des plus vifs sentiments d'amour et de respect envers le saint et grand Pontife dont le nom , comme on l'a dit un jour , est et restera à jamais sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs.

Le professeur Vanden Broeck aimait bien vivement son àlma Mater ; tout ce qui touchait de loin ou de près aux intérêts de l'Université était de nature à préoccuper son esprit. Il aimait non moins vivement son pays, et l'on peut dire de lui qu'il était un patriote dans toute la véritable force du terme. Ce patriotisme lui inspirait je ne sais quelle généreuse passion pour l'étude de sa langue maternelle. Il cultivait la littérature flamande et il s'honorait d'être membre de notre société Met Tyd en Vlyt , aux réunions de laquelle il assistait régulièrement.

Dans les relations sociales chacun admirait la franchise, la générosité et l'affabilité de son caractère; la bonté de son cœur était réellement parfaite. Il me semble , Messieurs , que sous ce rapport , je ne puis mieux vous dépeindre M. Vanden Broeck qu'en m'appropriant une expression latine qui le représente trait pour trait et de la manière la plus complète : Natura benevolentissimus (18).

Excellent collègue , ami dévoué , prêtre zélé et exemplaire, combien de titres n'avait-il pas à l'estime dont il jouissait? Jeune, doué d'une forte constitution, quel long avenir n'avait-il pas devant lui? Hélas ! rien n'est plus fragile que la vie de l'homme. Une maladie

violente surprit inopinément M. Vanden Brocck. Résigné à la sainte volonté de Dieu , entouré des consolations de la religion et de l'amitié, il mourut à Louvain, le 15 août 1862, d'une mort en quelque sorte subite et qui causa partout une profonde consternation.

ô Marie , Vierge sainte et immaculée , votre serviteur Philibert, qui s'est toujours honoré de figurer au nombre des enfants les plus dévoués à votre culte, quitta la vie terrestre le jour même de la fête de votre glorieuse Assomption! — Marie, douce mère de miséricorde et d'amour, vous nous permettrez d'espérer que ce jour là aussi votre toute-puissante protection est descendue sur lui comme une rosée céleste ; — nous espérons donc que déjà il jouit, dans le lieu de paix et d'amour sans fin , du bonheur réservé aux bons et fidèles serviteurs de votre fils notre divin Rédempteur; oui, nous avons la confiance que la parole qui fait renaître l'homme dans la sénérité de la lumière et dans la joie pleine de Jésus-Christ s'est accomplie pour le défunt : Euge serve bone et

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