Preces ad usum alumnorum collegii SS. Trinitatis ; in
5. Manuale pietalis , e Wilhelmi Nakaleni Cœlcsli Palmelo, Paradiso animes, aliisque concinnalum ; in usum sludiosœjuventutis Gymnasii S S. Trinitatis; Lovanii typis academicis 1791, in-18.
6. Memoria posluma; Xeniolum in an. 1811. Voyez ci-dessous la lettre de M. Raepsaet.
7. Un nombre considérable de pièces de circonstance en vers latins que Collin composait avec une facilité étonnante. On lui doit aussi des pièces de théâtre,
imitées de Térence et de Sénèque; les étudiants les représentaient à l'occasion de la distribution des prix.
Pour compléter ce qui précède , nous ajouterons ici la notice nécrologique publiée en 1811.
a Anno Domini 1759 die 26* mensis Septembris natus est Venerabilis Dominus Hubertiis COLUN , S. R. fi. Diaconus , olim Canonicus Antoniensis , in pago MarnefTe duabus lcucis Hoio distante : qui literarum humaniorum cursum maxima cum laude Trudonopoli emensus , Lovanium venit Philosophiae certamen subiturus , ex quo non sine gloria , primus in tertia linea promotus exivit anno 1758; bine in Collegio majori sacra? Theologiae studio se tradidit, ad annum usque 1762, quo , ex parte venerandœ artium facultatis , Menenas mittitur professor syntaxeos; unde ab eadem facultate Lovanium ad Rhetoricaî prœcepta tradenda in Gymnasio S. S. Trinitatisrcvocatur 17a Maii 1765. Ast, ob vocis tenuitatem , Catbedram eloquentis anno 1774 cum Parnassi sede commutavit , in qua quantis cum meritis , quantoque cum fulgore sederit usque ad annum 1790, quo factus est istius Gymnasii Regens, testantur non innumeri tant uni, quosEcclesiœ et statui inclytos formavit discipulos , sed et Collegx omnes , et ipsi, si quos habere meruerit, inimici; ast testantur prœcipuè et sera testabuntur posteritati innumerabilia cujuscumque generis poëmata, séria, jocosa , grandia, parva, linguâ tum lalinâ tum gallicâ confecta, in quibus omnibus tam felix facilisque detegilur vena , tanta sententiarum gratia, tanta in rébus omnibus concinnitas, ut ab ipso ( liccat poëticè dicere ) Apolline,
comité virtute, dictata potius, quam a Musarum amico singulari et eximio producla esse videantur. Quid dicam de summa ejus in adversis patientia ? Semper sui similis, sorte sua contentus vixit Quid de prudentia ? Summa in co fuit. Quid de humilitate ? Solus videbatur ignorare insignem suam in omni literarum génère scientiam. Quid tandem de admirabili erga omnes obsequio ? In eo difficile est similem reperire. Hanc prœclaram animi dotem in ipso laudabit patria , sed inprimis prœdicabit Lovaniensium Givitas , quœ Jure suo luget ademptum sibi virum bonum et prudenlem, civem obsequiosum, literatura omnis Arislarchum. Quam rectè igilur felix notavit chronographus ! « oCCIDIt InsIgnlspoctarUM prInCeps»scilicetl5 a Julii omnibus Ecclesiae Sacramentis maxima cum pietate susceptis, etmorbi doloribus Christian a cum patientia toleratis , obdorraivit in Domino ; cujus animam precibus vestris commendamus , ut quantocyus œterna requiescat in pace. »
LETTRE DE M. RAEPSAET A SON ANCIEN PROFESSEUR M. COLL1N ; HOMMAGE RENDU PAR M. DE FONTANES A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN.
L'ancien régent du collège de la Trinité publia en 1811 un petit opuscule intitulé : Memoria posluma. Xeniolum in annumMDCCCXI ; L ou va in, 56 pagg. in-18. C'est le catalogue de tous les élèves de poésie et de rhétorique qui avaient remporté des prix depuis 1764 jusqu'en 1797. Collin adressa ce souvenir à ses anciens disciples, etenlre autresàM. Raepsaet qui se trouvait alors a Paris comme membre du corps législatif et qui avait conservé le plus tendre attachement pour son professeur.
Ce savant, auquel nous devons tant de travaux importants sur notre histoire nationale, écrivit à Collin, au mois d'Avril de la même année, la lettre suivante qui est aussi honorable pour le maître que pour l'élève.
a Monsieur — J'ai reçu , il y a quelques jours , votre Memoria posluma. Je vous en remercie beaucoup, et je ne doute pas qu'elle n'ait été accueillie par tous vos disciples avec autant de gratitude qu'elle ne l'a été par moi. Je compte parmi mes plus chers souvenirs de
vous rappeler constamment dans mes souvenirs. Il est impossible pour moi de vous oublier, lorsque je ne saurais rédiger un seul plaidoyer sans que les règles , que j'y suis, me rappellent le maître respectable qui me les a enseignées.
» Permettez-moi , Monsieur , de vous apprendre une anecdote à cet égard , dont tout l'honneur vous appartient. J'ai harangué Sa Sainteté , pendant son séjour à Paris. Je l'ai haranguée en latin dans le style de l'oraison Pro Marcello. Notre président du corps législatif, M. De Fontanes, un des hommes les plus éloquents de la France , s'était procuré une copie de mon discours, et me dit : Xous ne savons plus de tel latin , c'en est encore de VUniversilé de Louvain. Ah ! que les études y étaient bonnes.
» Vous ne cessez de songer à vos disciples; et certes , vos disciples pensent aussi à vous. M. Willems, mon bon ami , m'a communiqué à Paris un projet pour vous donner une marque efficace de notre reconnaissance. Il me tarde de le voir mettre à exécution ; j'y coopérerai efficacement pour la Flandre. C'est une dette sacrée que nous devons à celui qui nous a faits ce que nous sommes.
» Tels sont, Monsieur, les sentiments que j'ai pour vous , et que je conserverai jusqu'à la fin de ma vie. Je suis avec respect, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur : Raepsael. »
NOTICE SUH LE PROFESSEUR G. BUESEN.
Le dernier représentant de l'ancienne faculté de médecine de TUniversité de Louvain, M. le professeur Gkrard Buf.se», vient de mourir, à l'âge de 84 ans. Il était né à Zichen , près de Maestricht ; il avait fait son cours de philosophie à Louvain à la pédagogie du Porc , et en 1780 il avait obtenu la quinzième place du concours général de la faculté des Arts. Inscrit comme élève de la faculté de médecine , il eut des succès si brillants dans ses études , que ses condisciples le choisirent pour diriger leurs exercices scientifiques et pour présider les réunions des bacheliers en médecine : celui qui élait revêtu de ces fondions , portait le titre de Mcdicinœ Baccalaureorum Fiscus et Dec a nus. Le 42 Aoûl 1785 il fit sa licence et publia à cette occasion une dissertation inaugurale qui est intitulée :Di$serlalio medica de Ischuria , quam pro adipiscenda Medicinœ laurea sub auspiciis Àmpl. ac Clar. Viri Dom. Martini Van der Bclen, med. et prof, pn'm., defendet Gcrardus Buesen, etc., et qui a été réimprimée, en 179(3^, dans le tom. III, p. 65—84, de la Collectio dissertationum medicarum in Aima Universitate Lovaniensi multorum onnorum curriculo publiée defensarutn , recueil qui peut servir à constater quel
était l'état des doctrines médicales à Louvain pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle.
Après avoir obtenu le grade de licencié, il alla exercer la médecine à Schyndel, près de Bois-le-Duc. Dès Tannée 1792 l'Université fît des démarches pour l'engager à revenir à Louvain. La chaire de botanique, devenue vacante parla mort du professeur Michaux, lui fut confiée au mois de Septembre de l'année suivante (1) , et lorsque le docteur Vounck devint professeur primaire de médecine, il lui succéda, au mois de Janvier 1794, dans la chaire d'anatomie et de chirurgie.
La dotation de ces deux chaires avait été faite , ou pour mieux dire complétée par le gouvernement, qui s'était attribué de cette manière la nomination des titulaires. Les lettres-patentes de la nomination de M. Buesen pour l'enseignement de Tanatomie sont datées du 17 Janvier 1794. Cet acte renferme des détails qui semblent n'être pas dépourvus d'intérêt. Après avoir mentionné , en général , les droits et les devoirs du professeur , conformément aux lois et constitutions de l'Université, on lui prescrit les conditions suivantes :
a 1° 11 dressera, sitôt que possible, un catalogue » exact de tous les instruments, préparations ana- » tomiques et ustensiles qui sont du département du » théâtre anatomique , tels qu'il les y trouvera ou » qu'ils lui seront remis, en reléguant ces divers
(i) Les lettres-patentes portent U data du 11 Septembre 1793.
d objets dans leurs classes respectives, et dont il re- » mettra une exacte copie, qu'il aura signée, à ceux * de l'étroite faculté.
» 2° Il sera tenu de faire tous les ans les démon- » strations de tous les viscères du corps humain au » théâtre anatomique; ce qui sera d'autant plus avan- » tageux que ces démonstrations ne pouvant s'achever » sur un seul cadavre, il pourra changer de méthode » en démontrant successivement tous les viscères et » fixera mieux par là l'attention de ses auditeurs.
» 5° 11 démontrera successivement tous les os , tant » secs que frais, et ce qui leur appartient, comme » les cartilages, les ligaments et les glandes, ensuite » tous les muscles ; puis les vaisseaux , comme les » artères , les veines et les nerfs : mais les démon- » strations mentionnées en cet article 3 me ne devront d être exécutées que dans le terme de trois ou quatre » ans et cela en conséquence du nombre des cadavres » qu'il pourra se procurer.
» 4° Outre la dissection des cadavres, il s'attachera » à disséquer des animaux vivants, pour autant que » le temps le permettra.
» 5° Il devra fournir tous les ans au théâtre anato- » mique quelques parties préparées pour y être con- » servées, dont il dressera un catalogue exact et relatif » aux parties qui seront numérotées. Il formera éga- 9 lement un catalogue particulier des parties qui ne » seront pas conformées selon l'ordre de la nature , » et dont on pourra faire l'acquisition.
» 6° Il devra remettre chaque année, vers les gran-
» des vacances , à l'étroite faculté de médecine , un » mémoire raisonné, contenant le détail des démon- » strations qu'il aura faites , et attesté et signé au d moins par six étudiants en médecine, qui auront » assisté auxdites démonstrations , afin que ceux de » cette faculté soient d'autant plus à même de savoir » si ledit professeur a rempli ses devoirs et obligations.» — Ces détails prouvent au moins que l'étude de l'anatomie n'était pas complètement négligée à la fin du dernier siècle , comme on s'est plu à le dire avec beaucoup de légèreté , dans l'école qui eut l'honneur de compter parmi ses élèves et ses professeurs le grand Vésale et le célèbre Verheyen.
L'invasion des armées françaises vint bientôt interrompre les succès du jeune professeur. Détenu d'abord comme otage à la porte de Halle à Bruxelles et menacé d'être déporté en France, privé ensuite de ses fonctions , M. Buesen partagea courageusement les souffrances et les persécutions que les membres les plus distingués de l'Université éprouvèrent pendant cette époque de troubles.
Après la dispersion de l'Université en 1797, M. Buesen se fixa à Louvain comme médecin. Homme vertueux et modeste, il y jouit constamment d'une haute considération ; le riche et le pauvre , chacun aimait à lui accorder sa confiance. Exact et ponctuel dans tous les actes de sa vie , il partageait sa journée entre la visite des malades, les exercices de piété et l'étude.
La réputation dont il jouissait parmi les hommes
de Part engagea les sociétés medico-chirurgicales de Bruxelles et d'Anvers à l'inscrire sur la liste de leurs membres. D'autres sociétés savantes lui accordèrent le même honneur. La société des sciences de Ilaarlera , dans sa réunion du 23 Mai 1791 , lui décerna une médaille d'argent et vota l'impression de son mémoire en réponse à la question suivante : Is het Heulsap in den Pcrsloop uit besmetling niet allcmelyk een hulpmiddcl ter verzagling en slilllng van toevallcn, milsgaders ter voorkoming van derzelver gevolgen ; maar bovendien een hoofdmiddel , waar van men de geneezing der zickte , lot cenen aanmerkelyken trap aanweezig, in cenig tydperk der zelve , met genoegzame veiligheid mag afwagten ? Zoja ; welk is dal tydperk, ofte die bezondere staat der ziekte , hier toc geschikt? En welke is alsdan de bekwaamc loediening y hoevcelheid en herhaaling, in het aanwenden van dit middel, ten deezen einde in acht te ncemen ? Zo neen ; wat moet men alsdan houden van de redenen ter staving der verschillende leere opgcgeevcn ? En 1809 il publia l'ouvrage suivant : Tractaïus de Dyscnteriœ popularis pathologia et medicina genuinis , habitâ multigenœ complicationis ralione , de 230 pages in-12. Cet ouvrage, dont les médecins apprécieront le mérite scientifique , se distingue par cette bonne latinité que la science moderne semble avoir complètement répudiée. M. Buesen était partisan des doctrines médicales qui réglaient à la fin du dernier siècle ; sans rester entièrement étranger au mouvement de la science , il croyait pouvoir accorder quelque préférence aux doctrines
qu'il avait puisées et enseignées lui-même à l'ancienne faculté de médecine de Lou vain ; il pensait que la médecine moderne eût pu avoir plus de déférence pour l'ancienne école. A ce sujet , il avait l'habitude d'appliquer une sentence d'Hippocrate , qu'il avait prise pour épigraphe de son traité sur la Dyssentcrie : Inventa absque ralione calumniari vel ignominiose rejicere , aul maligni est nul ignorantis.
L'Alsu Mater était l'objet des affections et des regrets de M. Buesen. Le 27 Mai 1814 il s'empressa de signer, avec ses anciens collègues , l'acte par lequel on chargea MM. Van de Velde et Van Audenrodede faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir le rétablissement de l'Université (l). 11 ne cessa de prêler à ces deux professeurs le concours le plus efficace afin de réaliser les vœux de tous les catholiques de la Belgique. L'arrêté royal du 25 Septembre 1816 fit disparaître les espérances qu'on avait conçues ; un nouvel établissement académique fut substitué à l'Université fondée en 1425 , et dans cette organisation on prit en quelque sorte pour base d'écarter de l'enseignement tous ceux qui avaient montré le plus de dévouement à l'ancien ordre des choses. L'inauguration de l'Université catholique à Louvain (1 Décembre 1835) combla les vœux de M. Buesen ; ce fut pour lui une véritable époque de restauration. Si son âge avancé n'y eût mis obsta-
cle , il serait rentré dans la carrière de renseignement et il se serait associé au corps qui seul , à son a?is , représentait complètement celui auquel il avait appartenu lui-même.
Un affaiblissement de forces, survenu depuis environ cinq mois , termina les jours de ce vénérable vieillard . Une Cn édifiante couronna sa vie pleine de vertus et de bonnes œuvres ; il mourut , après avoir reçu les saints Sacrements, le 26 Décembre 4841. Deux Gis, qui s'étaient consacrés à Tétat ecclésiastique , le précédèrent dans la tombe, victimes du zèle qu'ils avaient déployé dans les hôpitaux militaires pendant l'épidémie de 1813. L'arrondissement de Louvain honora les vertus du père et les talents d'un troisième 61s en conférant le mandat de représentant à M. le général Buesen , ministre de la guerre (1).
(i) L'infortuné ministre écrivit, peu de jours avant le malheureux événement qui termina sa carrière , une lettre de remercîments à l'auteur de cette notice ; lettre qui témoigne de la vénération que le fils consacrait à la mémoire de son père. M. Gérard a donné un extrait de celle notice dans son mémoire justificatif du général Buesen t p. 6, not. I.
NOTICE SUR M. P. B. VANDERL1NDEN , ANCIEN PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN (1).
Pierre-Bernard Van derlinden naquit à Hoeylaert, village silué entre Bruxelles et Wavre, le 17 Février 1766. Les heureuses dispositions de son esprit et de son cœur se montrèrent de bonne heure et le firent destiner aux études. Le collège de la Ste.-Trinité à Louvain se distinguait alors parmi les nombreux établissements d'enseignement moyen dont la Belgique était dotée; c'est là que le jeune Vanderlinden fut envoyé par ses parents. 11 y fit ses humanités avec un rare succès, remportant les premiers prix dans presque toutes ses classes. 11 s'appliqua ensuite avec ardeur à l'étude de la philosophie et à la fin des deux années, il fut proclamé troisième de la première ligne dans le concours général de toutes les pédagogies en 1787. 11 commença la même année son cours de théologie, et avant de l'avoir terminé , il fut nommé professeur au collège de la Sainte- Trinité. Le 24 Septembre 1791 il reçut la prêtrise des mains du cardinal de Frankenberg , et deux années plus tard il fut appelé à la chaire de philosophie à la
(i) Extrait du Journal hist. et litt. tom. 1X % p. 110.
pédagogiedu Porc. 11 occupa cette charge jusqu'en 1797, époque où la célèbre Université fut supprimée par ordre de la république. La persécution, qui pesait alors sur le clergé , le contraignit de se tenir caché ; il se retira à Hoeylaert, où il chercha sa consolation dans la prière et dans l'étude qui avaient fait jusque-là le charme de sa vie. Lorsque la tourmente révolutionnaire commença à s'apaiser, le professeur Vandcrlinden ne put contenir plus longtemps son zèle , et il ouvrit à Louvain un cours de théologie pour plusieurs jeunes gens qui aspiraient à l'état ecclésiastique ; il continua à donner ces leçons avec d'autres anciens professeurs, jusqu'à la réouverture des séminaires, cl il prit ensuite la direction du couvent des Sœurs-Noires à Louvain. Sa prudence et son zèle y furent mis à de rudes épreuves; mais l'habile et courageux directeur surmonta toutes les difïicultés et Gt de son couvent une communauté vraiment modèle , par sa sagesse autant que par l'exemple d'une vie pieuse et retirée; il sut y établir la régularité et la concorde ; la maison prospérait autant sous le rapport matériel que sous le rapport spirituel , et les religieuses rendaient de grands services par leur zèle et leur charité dans le soin des malades. M. Vanderlinden se plaisait dans ces modestes fonctions ; mais malgré son goût pour la retraite , il fut nommé après le concordat de 1801 , examinateur synodal pour l'arrondissement de Louvaiu. Les circonstances rendaient cette charge fort difficile alors ; il la remplit conjointement avec celle de directeur jusqu'à la ûn de sa vie. Là ne se bornaient pas ses occu-
pations ; il s'intéressait encore activement à d'autres communautés religieuses surtout au pensionnat de M le Paridans, aujourd'hui les Filles de Marie. Il jouissait d'ailleurs à un haut degré de la considération publique, et le clergé en particulier avait la plus grande confiance dans ses lumières et dans sa prudence. Aussi avait-on toujours recours à ses conseils dans les casdif- ' /ici les et dans les affaires importantes. En 1830, Mgr. de Méan joignit à ses autres fonctions celle de vice-doyen ; et la même année il fut élu membre du congrès national par le district de Louvain. Il était alors âgé de 64 ans ; il avait d'ailleurs une santé faiblo et était sujet à de fréquentes indispositions ; cependant son dévouement au bien public lui fit accepter le mandat de ses concitoyens; mais il ne put le garder longtemps. Pendant tout le temps qu'il siégea au congrès , il fut un des membres les plus assidus et les plus actifs, et ses lumières furent plus d'une fois utiles dans les graves questions qui se débattaient alors ; cependant il n'essayA qu'une fois de prononcer un discours dans une séance publique ; mais il avait la voix si faible qu'il ne put parvenir à se faire entendre (1). Il donna sa démission quatre mois après l'ou-
(i) Ce discouru n'a jamais paru dans les journaux. M. Vanderlinden y combattait l'art. ï»5 de la constitution aur l'origine du pouvoir, «t il y démontrait , d'une manière très-solide , l'absurdité du principe de la souveraineté du peuple , telle que l'entendait l'école philosophique et révolutionnaire du dixhuitiïme siècle. Il croyait que les termes de cet article excluaient l'autorité de Dieu; ta plupart de ses collègues ne partage aient point cet avis ; et en disant que le pouvoir
yerturedu congrès, et il put ainsi de nouveau s'employer entièrement à ses fonctions ecclésiastiques. Sa * . santé se raffermit peu à peu et il sembla avoir repris une nouvelle vie ; cette circonstance lui permit d'accepter au commencement de 1S33 > la charge de doyen de la ville et du district de Louvain. La môme année , Mgr. Sterckx, archevêque de Malines, le nomma son vicaire-général ; cette nomination fut accueillie par les applaudissements unanimes du clergé dont il était un des membres les plus anciens et les plus considérés. Cette nouvelle position augmenta considérablement ses occupations ; il continua cependant à demeurer à Louvain : mais il se rendait toutes les semaines à Malines pour assister au conseil. Il resta en même temps doyen de Louvain , et il rendit en cette qualité d'importants services à cette ville. Les communautés religieuses, les établissements de bienfaisance et d'enseignement furent surtout l'objet de ses soins assidus. Wous ne pouvons nous empêcher de faire mention ici du zèle qu'il déploya lors de l'érection de l'Université catholique en 1854, et principalement Tannée suivante lorsqu'il fut question de transférer cet établissement à Louvain. Il avait conservé pour l'ancienne Université une estime qui allait jusqu'à la vénération ; et comme il la voyait revivre dans l'Université catholique , il désirait vivement que celle-ci pût s'établir dans la ville
émane dr la nation , ils admettaient cependant qu'il tient primitivement de Dieu ; c'est dans ce sens que les drfputés catholiques l'adoptèrent .
même que l'autre avait tant illustrée , et où ses principaux «Milices subsistaient encore ; aussi n'épargna-t-il aucune peine pour atteindre ce but; il contribua par ses conseils et par ses démarches à doter Louvain d'une si précieuse institution, et il en fut jusqu'à la fin de sa vie un des protecteurs les plus dévoués. Cependant son grand âge commença à lui rendre ses fonctions trop fatigantes , surtout celles de vicaire-général , et il demanda à en être déchargé. Apres deux années d'instances , Mgr. l'archevêque consentit enfin en 1857 à lui donner sa démission , mais en lui laissant le titre de vicaire -général honoraire. 11 n'en eut pas moins jusqu'à la fin une vie fort active par les occupations que lui donnaient sa charge de directeur des Soeurs-Noires et celles de doyen. Sa santé s'était fortbien soutenue , lorsqu'il fut attaqué d'une maladie de poitrine qui le conduisit au tombeau. Dès le commencement il sentit la gravité de son mal , et il se résigna avec une piété exemplaire à faire à Dieu le dernier sacrifice. Au bout de peu de jours, il fut réduit à un état désespéré , et on lui administra les sacrements des mourants; il eut aussi la consolation de recevoir la bénédiction du vénérable archevêque , Mgr. le cardinal Sterckx, qui l'estimait beaucoup, et qui, après l'avoir honoré de son amitié pendant sa vie, voulut lui donner encore cette dernière marque de son attachement. Il termina enfin le 15 Avril 1842, une vie pleine de bonnes œuvres devant Dieu et devant les hommes. Il mourut à Louvain au couvent des Sœurs- Noires où il demeurait depuis quarante et un ans.—
Le coDvoi funèbre se fit au milieu d'un concours considérable de toutes les classes de la population qui témoignaient d'une manière non équivoque leurs regrets et rattachement qu'elles avaient pour le sage et vertueux vieillard. Le clergé a perdu en lui un guide prudent et éclairé , les pauvres un bienfaiteur dont les abondantes aumônes soulageaient leurs misères ; tous , un modèle de vertus chrétiennes et sacerdotales.
NOTICES SUR MM. VAN BRABANT , ET BAYARD, ANCIENS PROFESSEURS A LOUVA1N.
Jgak-Frauçois Vaw Brabatt , ancien professeur de syntaxe au collège de la Trinité , est décédé à Bruxelles le 28 Novembre 1841. Il était né à Hasselt. Il Ct ses études en philosophie au collège du Porc , et au concours général en 1786 il obtint la 23 e place. Pendant qu'il étudiait la théologie au collège du St.-Esprit, il fut nommé professeur au collège de Menin. Le 4 Juillet 1793, l'Université l'engagea à revenir àLouvain pour y enseigner la syntaxe, et il fut admis comme membre du conseil de la faculté des Arts.
A l'époque de la tourmente révolutionnaire, Van Brabant partagea le sort des prêtres déportés à l'île de Ré. Revenu de l'exil à Bruxelles en 1800 , il remplit les fonctions de chapelain des dames de Berlairnont, fonctions qu'il a continuées jusqu'à sa mort. Il était en même temps directeur de l'école dominicale, à laquelle il vouait des soins tout paternels. Une profonde piété, l'austérité de ses mœurs, une bonté et une douceur qui donnaient du charme à ses discours, sa grande charité envers les pauvres, dont il était le
père , tout a fait regretter ce prêtre vénérable qui avait consacré sa vie entière à l'utilité du prochain et au salut des âmes.
M.Van Brabant a écrit quelques pièces de circonstance , entre autres les Epistolœ Magislri Joannis qui se rapportent aux affaires du collège philosophique.
Un autre membre de l'Université est décédé à Bruxelles le 4 Janvier 4841 , M. Ciwrles-Josepu Bavard , né à Chimay le 10 Janvier 1769. En 1793 il fut nommé professeur primaire de philosophie à la pédagogie du Porc. Les renseignements nous manquent pour compléter la notice de ce respectable ecclésiastique qui avait été à LouYain le condisciple de Mgr. Delplancq, évôque de Tournai , et qui fut toujours un de ses amis les plus intimes.
ADRIAM VI P0NTIFIC1S MAXIMI PILECONILM, ORATIO QUAM IN SOLEMNI PRjOIIORUM DIS- TRIBUTION COLLEGI1 LIT. HUM. ALTICOL- LENS1S, DIE KONA MENSIS AUGUSTI 1842, II A BUT ALPIlbNSUS DE BECKER RHETOIUCES ALI MM S (1).
Magnifiée hujus Academiœ Rcctor gravissime , honoratissime ;
Qui hujus urbis commodis invigilas , Consul de hâc Academiâ oplime mérite;
Qui rébus civilibus et sacris prœestis , viri summo honore habendi;
Prœses profcssoresque doctissimi;
Commilitones dilectissimi ;
Cœierique quolquot adesiis , cives et hospites , auditores exoptatissimi.
Quum dimidium propejam eiHuxisset sœculum post Lovaniensem Academiam conditam ; quum magno doctissimorum hominum in haoc urbem concursu , jam
(l) Il a été établi, depuis la réorganisation du collège des humanité* , que le discours latin de la distribution des prix aurait pour objet iVloge de l'un des hommes célèbres qui ont illustre ITnivcisité de Louvain.
œstimarent omnes, quant as spesanimo fovere possent de hâc nova studio rum palacstra ; quum futuris saeculis magnos illajam tune polliceretur fructus ionumeris adolescentibus virtutem et omnes honestas artes ex hoc fonte certatim hau rient ib us ; earum erat in hàc Academiâ quam maxime assiduus cultor , qui pauper primùm , deinde quùm ad summos pervenisset honores, unâ suâ doctrinà et praeclaris dotibus fretus, tune actu perfecit quod ei adolescenti iri animum succurrerat consilium : hujus scilicet studio ru m sedis , hujus ipsius gymnasii in quod hodie convenimus majoris nobiliorisque efïïciendi ; ut ita magis aperta foret via juventuli litterarum studiis dévot®. Hic vir quis tandem ille sitjam omnes percepistis. Ipsius noinen hujus œdiûcii frontem condecorat; huic domui prasidio adhuc et gloriœest. Quisenim, quum Adrunui VI nominaverit , non se nominasse existimet maximum Academiœ nostrse lumen , virum , in 1er tôt saeculi decimi sexti prœclaros homines praecipuo quodam loco ponendum et honore habendum.
0 utinam possem summi illius viri meritis parem orationem afferre ! Utinam saltem raanifestum utcumque facere possem nostrum in cum gratum animum !
Verum, Auditores ornatissimi, si vobis videor , pra5ceps suscepisse consilium , quum debili et inconditâ voce magnum illum Adrianum celebrare aggredior , spero quidem mihi excusationis loco futuram pietatis atque acceptorum beneficiorura mémorise profession cm.
Natus est Adrianus apud Batavos, in urbe Trajecto ,
die vigesimâ octavâ Februarii anni miliesimi quadringentesimi quioquagesimi noni ; Adriano paler fuit FloreDtius, vir animi prohitate et civili industriâ , potius quam honestis opibus insignis : nam quamquam vcterc et illustri familiâ ortus , angustâ adco re familiari utebatur ut, quum in filioà p ri mis statim pueritiœ ioitiis miram indolem, uobileque ingenium deprehenderet, et ob id eum altius omnioo erudiendum arbitrait u r, pecuniam, vel in frugalissimœ vitae sumptus , suppeditare non posset. A primis igitur annis , Adrianus inopiâ circumventus, omnibus egens rationibus ad na ti vas dotes evolvendas, quanto tameu ardebat studio comparante sibi doctrinœ , quaui caligine licet circu infusa m jam tune mens pra oculis habebat ! Unum erat in votis , literas nempe discere : Pater vero , et si desiderare debuisset filium suum laborum participera eûicere , ut reliquat familia; aliquatenus subsidio sic esset , tamen non potuit non suâ de filio spe commoveri , ipsiusque fi 1 i i lacrymis , ut sibi scholas adiré per patrem liceret exorantis. Bono esto animo , pater oplirne! hujus amoris, bujus in lilium devotionis, nunquam te pœnitebit. Labores sudoresque tuos sat superque compensait.
Adriani precibus ergo , Auditores ornatissimi , benignam tandem praebuerat aurem pater; Adrianus spei compos, scholas adiré potuit. Tune ut avis quœdam per longum tempus servituti addicta , si quando servitutis vincuia ruperit, statim inconsideratà pennà per omne vagaturspatium, nu Hum curans periculum, sic juvenis ille statim atque animo litterarum studio-
sissinio morem gerere potuit, omnes remisit ardoris sui habenas: acerrimo atque inconsiderato cursu , in hanc novam sibi aperlam irruit viam. At mox illud indomitum studium mitigavit ratio ; et sumens in manibus has primum remissas habenas, prudentiori cursu dircxit ingenium.
Pluribus verbis vos detinere non est animus , intra primos hos annos quos in variis natalis soli scholis transegit Adrianus ; hoc unum addam, prœcocis ingenii speciminibus ab ipso datis, jam tune prasensisse ejus magistros, quantara suî exspectationem moveret, et jam tune non ambiguë declarâsse parentum spes omnes , quantaecumque forent , ab ipso Adriano vincendas ac superandas esse.
Adolescentem nostrum comitemur nunc, Auditores ornatissirni , Lovanium migrantem, hanc nostram Academiam ingredientem , toties antea Yotis suis expetitam. Ibi , ut ita dicam , nova Adriano incipit vita. Quum a primis statim diebus egregium su) periculum fecisset, facile impetravit , utinCollegio Porcensigratuito aleretur. Hoc itaque modo , Adrianus , pâtre Florentio annuaî impensœ raetu liberato , sese ita liberalibus studiis exercuit , ut nemo eo attentius aut ardentius studiis operam navare dicerctur. Nulla fere eum unquam a scholis juvenilis voluptas evocabat. Erat in eo tanta discendi félicitas, ut, quae aliis vel essent obscura , vel nimiâ commentantium subtilitate abstrusiora , ea jucunde rimanti apprehendentique longe facillima viderenlur. Ita paucis annis singulas scholarum classes ingenio et doctrinâ facile princeps ,
secundissimo cursu percucurrit. Quanta , rogo , Auditores ornatissimi , Adriani nostri fuit alacrilas ! Quam incitatus litterarura amor! Quantum studium ! Quoties in templis, imo etiam medîis in civitatis viis ad nocturnas luccrnas noctem integram litterarura studiis impertiit !
Jam vcro adventabat dies, quâ prîmum tottantisque exantlatis laboribus prœmium Adriano obventurum erat. Ecce enim anno millesimo quadringentesimo septuagesimo octavo , Primus apud pbilosophos in eximiû illâ celebrique concertatione renuntiatur. Eflingite vobisanimo, Auditores ornatissimi, Adriani victoris gaudium ac delectationem. Cogitate parentum ac propinquorum Ixtitiara! Intuemini omnes i lias in Adriani honorera orna tas vias ! hos alacres vultus ! popuîi concursum , triumphalem pompara I Àudite ses campanarum undique sonans! hœc omnia ora Adrianum celebrantia , Adriani nomen in cœlum ferentia !
At forsitan , fortunâ suffragante , sese insolenter extulit Adrianus? Quot enim alii viri , bumili etiam loco nati, postquam ipsis arriserat fortuna, insanâ laboraverunt deinde ambitione patriœque fuerunt perniciei ? Sed ab Adriano nibil hujusmodt exspectandum erat. Quin potius buncsequamur juvenem in paternam domum redeuntem et ad pedes parentum palmas illas, praeteritorum laborum pretium, sicut et futurorum honorum auspicatissiraum omen, deponeutem* Quid tandem hic majorcm nobis moverc débet admirationem? Utrum discipuli progressus, an fîlii pietas? Imo vero , utrumque nostram admirationera concitatururn censeo : ambo hscc enim nobis etiam hujus
magni viri pulchrum eximiumque animum depingunt. Perinde ut quum intuemur ex roarraore pretioso egregiam statuant, quid nobis presertim laudandum sit pri mura nescimus , aut marmoris splendor , aut opus eximiâ arte elaboratum.
Nullus exinde conspiciebatur honoris gradus , quo non dignus appareret Adrianus; Philosophie mox professor deiectus est ; non illius utique philosophie, quae nunc non uno in loco adeo non juvenem rectis praeceptis imbuit, ut contra ejus animum non modo a virtute sed etiam ab omni verâ rerum cognitione detorqueat. Hœc nunquam Lovaniensis Académie fuit philosophia , nunquam fuit Adriani ; probos ille atque eruditos dabat patrie cives , omni vi atque operâ alla boraturos , ut florentem efficerent religionem , magnam felicemque efficerent patriam.
Non multo post hanc morum et doctrinae acceptam mercedem , sacerdotum omnium suifragiis , Lovanii in templo maximo decanus est effectus , qui tune ut ho diequeinhâc nostrâ urbe inter sacratos homines erat summaî dignitatis locus. Id quoque sacerdotium alium honorem secum traxit ; is fuit in Academiâ prœcipuœ potestatis prxcellenliœ magistratus. Vice-Cancellarium vocabant, in scholis collegiorum omnium cuncta moderantem ; tanto hujus magistri moderamine, qui discipuli non in omnibus artibus profecissent ? Dignum te Adriano professore prœbuisti , Erasme , tu vere omni rétro posteritati ostendisti , quid tandem efficere possint solertis magistri impensœ curœ, quum his respondeat diligentis discipuli aptum et accomodatum
ingenium.
nùc usque intra scholarum parietes sese continuerant Adriani virtutes ; sed majus iis aperiendum jamjam erat exemplorum spatium. Per id tempus , Philippus-PuIcher, Hispaniae rex, Maximiliani Caesaris filius, apud Burgos morbo correptus interierat, relicto Garolo septenni filio, imperii amplitudine et Caesaris Domine potituro.
Huic ipse avus Maxirailianus quum praeceptorem esset dalurus , unum Adrianum praecipuâ quacsitum curâ delegit , repudiatis, qui se ambitiose obtulerant vcl, amicorum studio producti, ingenium va ri i s artibus ostenlabant. Enim vero , gravis ille et pius imperator , non modo optimarum litterarum magistrum, sed optirnorurn etiam morum egregium formatorem tanta& indolis et fortuna? puero adhibendum existimabat. Nec Adrianus Caesaris opinionem fefellit. « Quum nemo » ( sunt verba Pauli Jovii , in nostrum Adrianum alias » non semel iniqui ) fere ipso solidae doctrinae opinione v celebrior, nemo sobrietatis et castimoniae laude or- » natior, nemo vifcae modestiâ, innocentià, religione » praeclarior haberetur. »
His enim exacts disciplinai prœceptis Garolum ado- Jescentem , per se naturâ docilem et ingenio pacatum , ad has , quas in ipso maximo atque optirao imperatore nos Belgae praesertim agnoscimus et admiramur , incomparabilis justiliae , probitatis et clementiae laudes provexit.
Sed non , auditores ornatissimi , Belgarum tantum gratusesse débet in Adrianum animus; dicnobis,in~ felix Hispania, quis fuerit ille vir, qui, quum in
summo versarcris discrimine, quum Garoli Quinti respuerent auctoritatem Ilispani , quum jam Hispana terra Civium suorum sanguine redundatura esset, die nobis , inquam , quis fuerit ille vir qui te conquassatam procumbentemque erexerit, te in pristinum restituent statum, qui pacem inter diversas illas furentesque parles reconciliaverit ? Quis fuerit ille vir, qui prudentissimis legibus delapsa aedissoluta revinxerit, qui te gravissimo modo afllictam jacentemque reposuerit, teque paulo post universis gentibus mon s t rayent felicissimâ pace fruentem divitiisque enitescenlera?... Àdrianus ille fuit, Adrianus, Lovaniensis Academiae eximius illeprofessor , Caroli Quinli magister...Et quibus munitis viis usus est ille ad tanta conficienda miracula ? Quid tandem ipsi fuit adjumento ?... Divinum tantum iugenium. Caetera orania ipsi contraria.
Ferdinandus, imperio adhuc utens, Adriano adversatus erat; insitas enim menti Carolo infestas habebat opiniones , et tamen ut has ipse abjiceret , ut etiam haeredem totius imperii Carolum institueret, efFecit Adrianus. Erat enim ad teraperandas régis alfectiones tune exulcerati et ad vindictam vergentis ingenii vehementer accommodatus, tum ipsâ morum sanctissimorum existimatione, tum suayissimis Philosophia; Christian» prœceptis, quibus rex ipse prudentiae et religionîs laude insignis facile obtemperabat.
Ferdinando autem mortuo omnes fortasse eluctatum esse Adrianum existimatis difficultates. Neutiquam tamen resitase habuit, Auditores ornatissimi. Quum
avi sui Ferdinandi haereditas Carolo evenisset , minima laborum perfecta pars erat : nunquam sane exercitatior magisque in ambiguo fuit Hispania. Adrianus finera bellis ci ul i bus imposuit , quamvis viri , tanto omnium Hispanorum in odio , prœstaret vicem ; quamvis ipse alienigena diversis ab Hispanorum utens raoribus eorum iram potius quam fîduciara in se ipsum concitaturus videretur; quamvis nispania jam tota imperium Caroli detrectavisset. Ac tanto furore ardebant in Belgas Hispani , ut omnes cives nostros in Hispanià versantes crudelissimâ morte mactaverint. Atque in hoc infelicissimo rerum cursu , Adrianus non modo odium a se removit , sed etiam revcrentiam sibi peperit, hocqueapud ipsos rebellionis principes , cœterorum Belgarum sanguine perfusos, sufliciat allegasse unum hoc exemplum.
Erat tum Val I isole t i Adrianus , regiis copiis evocandis et parandis intentus , quum ad hanc urbem rebellium exercitus accedit. Adrianus urbe egressus, dum abire con tendit, hostium duces habet obvios. li summo cum honore verborum eum cohortantur ut redire in urbem et conquiescere velit ; « satis superque enim » perspectam esse omnibus Hispanis ipsius virtutem, » innocentiam, moderationem ; atque ita ipsum atque » ipsius nomen omni tempore propensissime culturos ; r> se et tum Osa ris nom ini parère , et perpetuo fidem » servaluros ; sic decrevisse bene méritas de regum » Domine civitates; nolle eas turpissimaB servitutis » compedes diutius perferre , quos avarissimi et ini- » quissimi viri adolescents régis prœsides nihil taie
> exspectantibus innexuissent. » Àdrianus itaquc, tranquillo vultu, postquam ita necesse erat, armatis hoslîbus paret. Verum quum noctu clam aufugisset ejusque fugam graviter tulissenl Vallisoletani , tamen familiam eu m uni verso apparatu ad eum in viola tam postero die, prœclarâ vénération is ac observant iae lestificatione demiserunt... Paucis post diebus, Adrianus, qui eloquentiâ ad persuadendum eflicacissimâ proximioris II ispaniae partis incolarum acceoderat animos et ad suam sententiam perduxerat omnes , exercitum informare , ad pugnam procedere, rebellantes devincere, atque in flispaniâ tolâ pacem reconciliare.
Ita, fatente Jovio, pristinam t ranquil latem nispaniœ perturbât» redintegratam stabilitamque in eâ suam potentiam laîtus agnovit Carolus.
Interea temporis, renuntiatus fuerat Adrianus Dertunensis episcopus , paucisque post annîs , puniceo pileo a summo pontifice Leone decimo ornatus. Verum , Auditores ornatissimi, nondum ad summum honorum fastigium ascenderat Adrianus; infimo enim loco natus , supra omnes erigendus crat i I le ; frons triplici coronâ redimenda. Summi pontificatûs digpitate ornatus fuit die nonâ Januarii anni millesimi quingentesimi vigesirai secundi, quum nemo unquam , ab ullâ sacrorum comitiorum memorià , vel minore suâ ambitione , vel tenuioribus amicorum studiis supremum hune pontificatum adeptus fuisset.
Longum est, Auditores ornatissimi , ea omniaenumerare , quœ brevissimo unius anni spatio in hâc Pétri cathedrâ gessit Adrianus ; maximos in ecclesiasticâ dis-
ciplinâ restaurandâ impensos labores ; in ayerlendis a Christianorum région i bu s , aeternis illis religionis , litterarum , verbo, omnium bonarum artium hostibus ; in propagandâ apud sylvestres HIos recentis orbis incolas Cbristi salvatoris fîde , unàque cultioris ingenii litterisque subacti beneficiis.
Sed quod omnino silentio praeterire non possumus , Belgii sui , Lovanii sui non oblitus est Adrianus ; imo vero sœpe professus est sibi fuisse jucundius Lovanii gymnasium cum studiorum laude moderari , quam Romœ pontificiâin sede Christianam rempublicam administrare.
Erasmum , iteratis vicibus, Romam advocavit, enixuque affectuque plenissimis precibus eum exoravit , utcalamum in hos ccelesiae falsi nominis reformatores converteret. « Pro eâ, » aiebat , « quâ te pro- » sequimur charitate , proque famaî et veraî gloriae » tuae desiderio , te hortari non omiltimus , ut contra » novasistashaercses,stylum istum qui tibi , Deibe- » nignitate , felicissimus contigit, exerceas, quum » mullis de causis tu pnmnciam hanc tibi potissimum » a Deo reseryatam reputare merito debeas. Inest » enirn tibi magna ingenii vis , varia eruditio , scri- » bendi promptitudo , quanta, nostrâ memoriâ , pau- » cissimis aliis , ne dicamus nul lis ; quibus sane doti- ¥ bus ad ejus honoris et fidei Ecclesiœque defensionem » uti debes, qui eas tibi solâ suâ benignitate elargitus » est... Quœ cura ità sint , non debes, fili Erasme, » tu qui, a puero ad hoc a; ta Us, quasi per omncs gradus » eas artes, quascumque tractavisti, semper aliquid
» meditando et scribendo juvisti, ad banc rem isti v professioni, isti aetaii debitam , diutius subsistere , » cum idem in te ad scribendum vigeat ténor, judi- » cium longe sit firmius , doctrina vero etiam locuple- » tior accesserit quam priùs. »
Ab omnibus ergo nationibus , Auditores ornatissimi , sed a nobis praî cœteris , maximœ referendae sunt Adriano gratis ; Adriano illi , qui Lovaniensem Academiam beneficiis ornavit, qui huicLovanio gloriœ prœcipuus auclor fuit, qui hauc sedem de suo instituit ac dotavit. Itaque si alia? génies majora fortasse ab î 11 o bénéficia accepta oblivione delevisse videntur, nos aliter sentire ostendamus; bénéficia Adrianum non apud immemores Lovanienscs collocavissc monstremus. Adrianus, Auditores ornatissimi, Adrianus e vitâ excessit, non e nostrû utique memoriâ.
Quotieshoc intuebimur monumentum, Adriane,te in eo sedem elegisse recordabimur : tuam in Lovaniensem Academiam beneficentissimam mentem memoriâ recolemus : tuoque exemplo , tuo ardore inûammati , honests œmulationis studio provocati , dignos Adriani beneficiis nos praebebimus , dignos etiam magistrorum nostrorum curis.
Vos igitur, Commilitones dilectissimi , qui nunc mecum bumanitatis studiis finem imposuistis , qui his studiis philosopbicis, quorum Adrianus quondam palmam eodem in loco reportavit, vos dedituri estis, summi illius viri vestigiis ingredimini. Via certe nobis munitior aperta est ut ad bunc perveniamus terminum y quem per summas diflîcultates tantùm invenit Adria-
nus. Enim vero, non ille hos ha huit magistros, qui a primis studiis prudentissimâ manu iugcnii nostri habenas direxerunt; non vigilantissinii professores eum in omnibus instituerant artibus.
Frustrà ego, professores meritissimi, frustra eonarer grates vobis persolvere, pro omnibus curis quas in nostram educationem felicitatemque impendistis, ut mentem nostram optimis prœceptis atque institutis imbueretis. Nulla verba haec exprimere possent quai in animo hodie agitantur meo. Itaque boc unum addam , nos deinceps omnem etiam daturos esse operam ut agendi ratio nostra vestrao sollicitudini respondeat ac conseil U at , ut tôt curae non inutiles évadant.
Vos etiam, Garissimi Gommilitones, qui nondum integrum hoc humaniorum studiorum curriculum emensi estis, omnibus contendite viribus , ut et vos aliquando has consequamini palmas quae studiorum amantes manent discipulos. Omnia pectora honesta instiget certatio; Lovaniensis gymnasii estote decus, Academia? hujus dulcissima spes. Habeant in vobis sanctissima religio, dilecta patria , bonœ litterae, alumnos omnibus yinculis sibi devinctos , propugnatores imperterritos.