‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 12 sur 19 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

de Monseigneur de MONTPELLIER, Évêque de Liège.

On lit dans la Gazette de Liège du 24 août 1879 :

L’épreuve terrible que nous redoutions, depuis dimanche, de jour en jour ; depuis hier d’heure en heure, vient de frapper le diocèse de Liège la patrie belge, l’Église catholique :

Mgr Théodore-Alexis- Joseph de Montpellier, né au château de Vedrin le 25 mai 1807, chanoine des chapitres de Namur et de Tournai, prélat de la maison de Sa Sainteté, évêque assistant au trône pontifical, nommé évêque de Liège le 27 septembre 1852, sacré dans notre cathédrale le 7 novembre de la même année, s’est endormi saintement dans la mort ce matin, à 11 heures 35 minutes, au palais épiscopal de Liège.

Encore que le trépas envahît déjà visiblement ce corps épuisé par quinze jours d’un mal cruel, l’intelligence, le cœur et la foi ne l’ont quitté qu’avec la vie.

La journée d’hier est restée telle que la matinée le faisait prévoir; mais la faiblesse de l’auguste malade augmentait d’heure en heure, et son temps ne pouvait plus se partager qu’entre

un demi-sommeil et la prière. Il avait fait placer devant lui un grand crucifix : ses regards, déjà voilés des approches de l’agonie, ne s’entrouvraient que pour le chercher; ses lèvres que pour répéter les oraisons que lui suggérait la piété de ceux qui l’entouraient, ou pour répondre à leurs prières ; lui-même les invitait à suppléer à ce qui lui manquait de force pour persévérer comme il l’eût voulu dans ces pieuses invocations — Monseigneur , Monseigneur , disait-il alors en appelant doucement son coadjuteur, encore une petite prière!

Dans la soirée d’hier, il avait fait les adieux les plus affectueux et les plus touchants aux membres de sa famille et aux membres du chapitre que leurs fonctions attachaient plus spécialement à sa personne : MM. de Montpellier, son frère et son neveu, M. de Woelmont son neveu, M. de Moreau, représentant; MM. les chanoines Lupus et Zomers ; ce matin, il n’avait pas voulu se séparer même des gens de sa maison sans les réunir pour une bénédiction dernière.

Ce matin aussi, vers 7 heures, la sainte communion lui a été portée une dernière fois par Mgr Doutreloux, accompagné de Mgr Cartuyvels, de MM. les chanoines Daris, Zomers, et de quelques laïques ; l’évêque l’a de nouveau reçue avec la piété la plus attendrissante, répondant aux prières de l’Église, et s’associant par signes

lorsque la force lui manquait pour parler, aux oraisons sacrées.

Mais ses instants étaient déjà comptés, la respiration devenait de plus en plus courte, déplus en plus embarrassée ; l’agonie commença, elle a duré plus de trois heures, sans enlever un instant au moribond ni le sentiment de ce qui se passait autour de lui, ni la vivacité de sa dévotion; à dix heures, sur la demande de Mgr Doutreloux, il a fait approcher tour à tour les assistants pour les bénir encore, en marquant à chacun qu’il le reconnaissait.

Jusqu’au dernier instant, il n’a cessé de se joindre aux prières dites autour de lui, de répéter le Sub tuurn avec son confesseur et de murmurer toutes les invocations que lui proposait de temps à autre Mgr Doutreloux.

Il ne cessait d’offrir ses souffrances à Dieu, d’invquer la protection du Sacré Cœur, et l’intercession de la sainte Vierge; il a répondu luimêma aux prières des agonisants, récitées, non sans interruptions de sanglots, par son dévoué coadjuteur et par les assistants; son dernier soupir s’est ainsi mêlé à la dernière oraison du prélat, fils de son cœur et de son pontificat, et qu’il appelait la plus grande grâce que Dieu lui ait faite.

La Gazette de Liège avait publié lors des fêtes du XXV* anniversaire de la consécration

épiscopale du saint évêque une notice biographique sur Mgr de Montpellier ; nous la reproduisons :

La famille de Monseigneur était d’origine française, mais dès le xve siècle des Montpellier tenaient haut rang dans une ville de notre ancienne principauté de Liège, la bonne ville de Châtelet; plusieurs même exercèrent auprès de nos princes-évêques des charges importantes. Quelques-uns de leurs descendants s’établirent au pays de Namur, et c’est proche de cette ville, au château de Vedrin, que naquit, le 24 mai 1807, Théodore-Alexis-Joseph de Montpellier.

Son père, François-Adrien de Montpellier d’Annevoie, s’était cru tout d’abord appelé à la carrière ecclésiastique ; il s’était même fait recevoir en 1783 dans le chapitre de Notre- Dame de Huy, comme l’historien Villenfagne à la même époque, dans celui de Saint Denis à Liège; mais la Révolution était survenue, avait fermé nos collégiales, et le seul titre de chanoine ne comportant aucun engagement irrévocable dans les ordres sacrés, il lui avait été loisible de renoncer à son premier dessein pour embrasser une autre carrière. Les circonstances avaient pu détourner François- Adrien de Montpellier de ce service glorieux des autels qu’un de ses fils devait illustrer plus tard; elles n’avaient rien enlevé au gentilhomme chrétien, comme le fit

voir l’éducation de ses fils, de ses convictions religieuses et de la loi traditionnelle des siens.

Ce fils Théodore, après avoir reçu au foyer paternel les premiers éléments du savoir et ces traditions d’une piété héréditaire, avait commencé ses hamanités au collège d’Alost sous la direction d’un prêtre que la confiance des populations flamandes devait appeler plus tard à siéger parmi nos constituants : M. le chanoine Van Cornbrugge.

Il y rencontra parmi ses condisciples Mgr Bracq, aujourd’hui évêque de Gand, Mgr Schepers, le fondateur des Frères de la Miséricorde, le R. P. Desmedt, le futur missionnaire, Adolphe Dechamps, le futur ministre. Relations de courte durée. Un arrêté du roi Guillaume ferma le collège de M. Van Cornbrugge, en 1825.

L’expatriement devint le prix auquel il fallut acheter l’achèvement d’une éducation catholique : ce fut le parti que choisirent, pour leurs enfants, nombre de grandes familles alors également chrétiennes, les Montpellier, les Malou,les Van den Peereboom, les Van den Branden de Reeth, dont les fils se retrouvèrent en France, au célèbre collège de Saint Acheul, dirigé par les Pères Jésuites.

Théodore de Montpellier termina ses études sous la conduite de ces religieux, puis rentra dans le monde; fortune, intelligence, noblesse de race et noblesse de cœur tout lui assurait une

position brillante, tout le conviait à se fixer dans une vie honorée et facile. Dieu l’appelait à une destinée plus utile et plus rude : ce fut vers Dieu qu’il se tourna.

Peut être cependant ne distinguait-il pas encore la route à suivre dans les obscurités de l’avenir, quand il partit pour Rome en compagnie d’un ami, dont le fils, Mgr Van den Branden représente aujourd’hui la Belgique dans la maison du Saint Père, et envoyait hier à l’ancien ami de son père, la dernière bénédiction de Léon XIII. Comme tant d’autres, le jeune descendant des Montpellier trouva dans la Ville Eternelle la lumière qui devait diriger sa vie. Elle lui apparut dans les conseils des cardinaux Odescalchi et Pacca et le guida tout d’abord vers l’Académie noble, ecclésiastique; il y suivit le cours de théologie sur les mêmes bancs où s’asseyait celui que l’on a vu monter depuis, sous le nom de Léon XIII, au trône du Souverain Pontife et prit ainsi les grades de la science sacrée en même temps qu’il franchissait les degrés de l’ordre sacerdotal.

Pendant ce temps la Belgique conquérait son indépendance. Un frère du futur évêque de Liège se plaçait à la tête du mouvement national, dans son pays natal, enrégimentant les mineurs de ses environs pour seconder l’œuvre de la délivrance. Du fond de l’Italie, le jeune séminariste s’associait à ces efforts, non-seulement de ses

vœux et de ses sympathies, mais encore de sa plume. Lui-même aimait à le rappeler dans la suite : ses débuts d’écrivain furent ces lettres patriotiques qu’il prit sur lui, à peine âgé de 23 ans, d’adresser à une revue italienne, alors fort en vue , pour venger d’injustes attaques l’œuvre de l’établissement de la Belgique.

Un amour toutefois, un seul, l’emportait dès lors dans son cœur de patriote sur l’amour du pays, en s’y mêlant étroitement : le dévouement à l’Église et à son Chef suprême.

« Comment, s’écriait-il il y a deux ans, com- « ment ne pas défendre l’Église; comment ne » pas défendre surtout le centre de cette unité, » son chef, Pie IX? Oui, j’aime Pie IX, je l’ai « toujours aimé -J' espère l'aimer éternellement. » Cet amour de l’Église et du Pape je l’ai pris » à Rome, il y a quarante à cinquante ans; si » j’ai fait quelque bien, c’est à lui quejeledois et » à cette première éducation de la Ville Sainte : » Dieu en soit à jamais béni ! »

Aussi, à peine ordonné prêtre, les fonctions les plus apostoliques du saint ministère furent celles qu’il embrassa de préférence : participation aux missions qui se donnaient tous les mois à Rome; confession dans le célèbre oratoire nocturne du Caravita; visite et distribution de l’enseignement religieux aux détenus des prisons.

Ainsi avait débuté Pie IX quelques années au-

paravant. Et les honneurs de la prélature allaient récompenser le zèle du jeune abbé de Montpellier, comme il en avait été pour celui du jeune comte Mastaï, quand, déclinant ces honneurs pour n’obéir qu’à l’ambition de servir plus utilement l’Église, il quitta Rome, malgré les instances du cardinal-vicaire, et vint se mettre à la disposition de son évêque, Mgr Barret. C’était en 1835; en 1836, il entrait dans le chapitre de la cathédrale de Namur, et, dès ce jour, aucune œuvre catholique ne se fonda dans ce diocèse sans qu’on y trouvât mêlé le nom du chanoine de Montpellier.

« Si l’église de Liège se glorifie de posséder un grand évêque, un prélat accompli, l’église de Namur se glorifie de le lui avoir donné. — disait en 1877, en des jours plus joyeux, Mgr l’évêque de Namur, — c’est dans mon diocèse qu’il a fait ses premières armes ; c’est mon diocèse qui a reçu les prémices de son zèle; son souvenir y est demeuré populaire, il reste toujours béni dans ces villes et dans ces villages évangélisés par lui, dans ces champs fécondés par ses sueurs apostoliques, dans le cœur de vieux pécheurs convertis par ses missions, dans la mémoire fidèle de ces anciens instituteurs instruits, soutenus, formés par lui ; de ces prêtres dont il a secondé les débuts et partagé les travaux ; il n’y

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