‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 4 sur 19 · I.OUVIIK · texte numérisé non relu

I.OUVIIK

TYI‘. DE VANUNTHOUT FRÈRES.

lui) i nnotirs (le l’UniM-rnUi-.

DISCOURS

prononcé à la salle des Promotions, le 26 juin 1877, par Mgr Namèche, Rectenr Magnifique de l’Université catholique de Louvain, après le service funèbre célébré en l’égiise de Saint- Pierre, pour le repos de l’âme de M. Léon NOËL, professeur extraordinaire à la Faculté de Médecine.

Messieurs,

C’est pour la troisième fois, en moins de cinq ans, que la perte prématurée d’un membre de la Faculté de Médecine nous réunit en cette enceinte. Sovet, Hubert, Noël, quels noms chers et regrettés! Quelles sympathiques émotions ils éveillent en nous, et comme tout en nous et autour de nous nous paraît encore plein d’euxmêmes ! En commençant ce discours, je me ■demande s’il ne serait pas plus sage de vous épargner la fatigue de m’entendre, alors que vos cœurs et vos mémoires vous parlent un lan gage bien plus éloquent que tout ce que j’ai à vous dire du collègue ravi avant le temps à notre estime et à notre affection. Mais une tradition respectable a consacré cet usage, et il y a toujours quelque profit et quelque consolation à mettre en pleine lumière certains traits moins connus d’une belle existence, et à compléter ainsi la ressemblance idéale de ces chers morts

qui ns vivent plus ici bas que dans nos souvenirs.

M. Léon Noël naquit à Piéton, près de Fon taine l’Evêque, le 19 avril 1845, d’une famille patriarchale et richement douée des dons de l’intelligence. Son enfance s’écoula joyeuse au soin du village paternel et d’une riante nature; ses journées toujours trop courtes se passaient à courir avec l’ardeur de son âge le long des prés fleuris à la poursuite des papillons, des cigales, des insectes de toute espèce. Il en formait des collections avec un goût et une persistance qui excitaient l’admiration do ses parents. Les premières leçons do l’école ne commencèrent qu’à l’âge de sept ans, mais il lui fallut très peu de temps pour apprendre à lire, à écrire et à calculer. Les combinaisons de chiffres et de nombres se faisaient chez lui avec une rare facilité.

Au mois d’octobre 1857, le jeune Léon entra au petit séminaire de Bonne-Espérance, pour y 1 faire ses humanités. Il ne pouvait être mieux placé que dans l’une de ces maisons où se sont conservées les traditions saines et éprouvées I des bonnes études et de l’austère et mâle éducation d’autrefois. Il conquit d’emblée la première place de sa classe, et ne la perdit plus [tendant les six années qu’il passa dans cet asile privilégié, et quoiqu’il y comptât une cinquantaine de concurrents.

La bonté île son caractère, la régularité de sa conduite , ses sentiments francs et désintéressés ne le distinguaient pas moins que ses succès ; il fut toujours cordialement aimé de ses condisciples, et il leur inspirait une sorte de respect Sa piété était profonde; il honorait Notre Dame de Bonne Espérance d'un culte particulier et tout filial. Dans sa dernière maladie, il aimait à se replacer sous la protection de Celle qu’il avait, disait-il, tant de fois invoquée dans son sanctuaire privilégié.

On s’attendait à voir lejeune Noël entrer dans les rangs de la milice sacerdotale, et l’on ne fut pas peu étonné d’abord quand on apprit qu’il se proposait de venir étudier la médecine à Louvain. Ce choix était cependant parfaitement raisonné ; c’était une affaire de vocation , et il l’avait longtemps examinée et débattue à la lumière de la foi et sou3 la direction d’un guide éclairé. Pour lui, comme pour Sovet, il s’agissait avant tout, dans les études médicales et dans l’exercice de la noble profession auxquelles elles préparent, d’aller où Dieu l’appelait, en se dévouant au service et au soulagement de ses frères souffrants.

Après avoir passé avec un succès éclatant l’examen de gradué en lettres, notre futur collègue entra à l’Université au commencement de l’année académique 18o4- 1865. Il y montra la môme supériorité que dans ses études prépara-

toires. Candidat en sciences naturelles avec distinction l’année suivante, il conquit tous ses grades dans la Faculté de médecine avec la plus grande distinction, et lermina ses derniers examens de docteur au mois d’août 1870.

C’était le moment oû une guerre horrible ensanglantait nos frontières. Quelque besoin de repos' qu’éprouvât notre jeune médecin, son âme no put résister à l’appel qui lui était fait au nom de l’humanité et de la science. Enrôlé sous la bannière de la croix rouge, il ne perdit pas un seul instant et arriva à Bouillon, le lendemain même du désastre de Sedan. Installé immédiatement dans une ambulance de passage, il se livra au traitement des blessés avec un complet oubli de lui-même. Couché sur la paille, obligé de dévorer à belles dents quelques lambeaux d’une viande grossière, il ne se donna de peine que pour obtenir les objets les plus nécessaires au traitement de ses chers blessés, et ne négligea pour cela ni prières, ni importunités. Le gouvernement prussien apprécia une si généreuse conduite, et lui décerna la croix de la Couronne royale de Prusse

Revenu à Bruxelles, après quelques jours de repos, passés au sein de sa famille, M. Noël s’empressa de reprendre son poste au lazaret établi à la plaine des manœuvres. Ce fut là que vinrent le chercher deux riches époux, qui avaient transformé en infirmerie leur château

de la Soye près Marbihan. Là prisaient vingt blessés, dont trois étaient considérés comme désespérés. Noël eut le bonheur de les sauver tous, sauf un qui succomba victime d'une erreur fatale imputable à lui seul.

Il quitta ce nouveau poste d'honneur et de dévouement au milieu des bénédictions de ses blessés convalescents, emportant l’amitié et la reconnaissance des nobles châtelains si bien faits pour apprécier des services rendus avec tant de soin et de désintéressement. Chose touchante à dire et singulièrement honorabie des deux parts! La veille même de sa mort, M. et Mme Guichard arrivaient tout exprès à Louvain, pour serrer une dernière fois la main du bon docteur Noël.

L’année 1870 touchait à sa fin, lorsque celui-ci revint à Piéton, où tout le monde se réjouissait de le revoir. Il y consacra presque tout son temps au traitement des malades qui accouraient de toutes parts pour se confier à ses 'soins. Précisément en ce moment la variole exerçait ses ravages meurtriers sur les populations environnantes. M. Noël sut vaincre les préjugés encore enracinés dans une partie de dos campagnes, et parvint à pratiquer la révaccination sur une grande échelle. Grâce à son zèle et à son activité éclairée, le fléau ne tarda pas à perdre de son intensité et finit par disparaître. Des cures extraordinaires ajoutèrent au

prestige exercé par notre jeune médecin; et comme il se prodiguait surtout aux malheureux et aux délaissés de la fortune, rien n’égalait l'affection et la reconnaissance que ces pauvres gens lui témoignaient.

Dans l’intervalle, le Gouvernement avait accordé à M. Noël une des bourses de voyage fondées par la loi organique de l’enseignement supérieur, au profit des jeunes gens qui avaient subi les épreuves académiques avec la plus grande distinction. Il partit pour Londres, où il passa six mois, et se rendit ensuite à Paris, où il se trouvait au commencement de janvier 1872.

Ce fut là qu’une lettre de Mgr Laforet alla le trouver pour le prier de se charger provisoirement du cours de médecine opératoire, que la maladie du titulaire, M. le professeur Sovet, ne permettait plus à celui-ci de donner. Il accepta cette charge honorable et la remplit de la façon la plus méritoire. Aussi, je fus heureux de lui exprimer toute la satisfaction de l’Autorité acamique, car mon vénéré prédécesseur n’était ’ malheureusement plus là pour le faire lui- même. Cette occasion me mit alors en relation plus intime avec notre futur collègue, et je n’ai pas oublié l’impression que me firent sa maturité précoce, la droiture de son jugement, la bonté et le désintéressement de son caractère.

En juillet 1872, M. Noël retourna à Londres, pour quelques mois; il visita ensuite Bonn et

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Berlin et fit un troisième séjour dans la capitale de l’Angleterre, où l’attirait l’excellente organisation des hôpitaux et les rapports agréables qu’il avait su établir avec les médecins britanniques. Autant que je puis me le rappeler, pour la spécialité qu’il s’était Alite, ses préférences étaient hautement tournées du côté de l’Angleterre.

Cette spécialité que M. Noël s’était Alite, était, vous le savez, l’oplithalmologie. Ses aptitudes le Tendaient propre A l’enseignement et à la pratique de toutes les branches des sciences médicales. Il le prouva bien quand il fut appelé plus tard A remplacer momentanément l’un ou l'autro doses collègues dans les chaires ou aux examens d’anatomie et de thérapeutique. Ce qui acheva do le déterminer A s’attacher définitivement A l’ophthalmologie, ce fut le choix quo lit de lui notre grand oculiste M. Hairion, dont il avait été l’élève interne, pour le suipléor dans la partie de son enseignement que l’affaiblissement de .ses forces ne lui permettait plus de donner. Nous nous ralliâmes A ce choix avec empresse ment, et M. Noël fut nommé par NN. SS. les Evêques professeur agrégé et chef de clinique ophthalmologique au commencement de l’année académique 1872 1873. L’année suivante, il était promu au grade do professeur extraordinaire.

Ce qu’il fut comme professeur, personne parmi vous ne l’ignore, Messieurs. Nul n’obtint jamais

ii un plus haut degré, l'estime de ses collègues» l’affection et la confiance de ses élèves. Je n’en veux d’autres preuves, que les discours émus, d’un accent si vrai et si pénétrant, prononcés en face de ses restes, au jour de ses funérailles. Tout le monde s’accorde à dire qu’il était, dans ses leçons, d’une clarté, d’une méthode, d’une patience admirable. Dans sa clinique, dans les opérations pratiquées sur les malades, il montrait une sûreté, une habileté manuelle, une délicatesse des plus remarquables.

La carrière de notre regretté collègue fut trop courte pour lui permettre de faire jouir le public des trésors que des connaissances sûres et étendues jointes à une familiarité contractée depuis plusieurs années avec les littératures médicale* de l’Allemagne et do l’Angleterre et à un talent d’exposition peu commun donnaient droit d'en attendre. Il nous a laissé quelques rares échantillons de sa valeur comme écrivain dans le .Bulletin de V Académie royale de Médecine , et dans le Journal des sciences médicales de Louvain. Il fut un des fondateurs de ce journal publié avec tant de succès par les membres de notre Faculté de médecine. Une marque de confiance bien honorable de la part d’un de ses collègues, nous a valu aussi un appendice assez étendu ajouté par M. Noël à la dernière édition de l'Abrégé de Pathologie chirurgicale dû A la plume savante de M. le professeur Haan.

Je ne m’étendrai pas davantage sur la carrière scientifique de M. Noël. Je laisse à M. le Doyen de la Faculté de médecine, qui s’en acquittera à merveille, le soin de traiter à fond cette part de notre tâche commune trop en dehors de ma compétence. Mais permettez-raoi. Messieurs, de vous parler un peu plus longuement de l’homme et du chrétien. Ce qui le caractérisait surtout à mes yeux, c’était la façon sérieuse avec laquelle il traitait toute chose, la haute et calme impartialité qui dictait tous ses jugements, l'absorption aussi complète, je crois, qu’il est humainement possible, de toute recherche personnelle par le sentiment toujours dominant, toujours présent du devoir. Je n’ai connu personne qui me rappelât plus fidèlement cet excellent M. Baguot, que nous avions surnommé l’homme du devoir. M. Noël joignait à cela une bonté, une tendresse de cœur, que la religion avait transformée en cette vertu surhumaine de charité, dont le parfum embauma toute sa vie. Président d’une de nos conférences de Saint-Vincent de Paul, vous avez tous admiré le zèle constant et attentif avec lequel il remplissait ce touchant et miséricordieux apostolat

Cette noble et chrétienne passion du bien, cet amour vrai et actif des pauvres se manifestai! tout particulièrement aussi dans les jours trop rares de repos qu’il passait à la campagne et au sein de sa respectable famille. Comme il aimait

les pauvres, il en était aimé. Aussi à peine avait on connaissance de son retour au foyer paternel, qu’on les voyait accourir et accabler le bon docteur des marques naïves de leur confiance et de leur reconnaissance. Il les écoutait avec une bienveillance qui ne se lassait jamais, s’intéressait à leurs misères morales autant et plus qu’à leurs souffrances physiques, les consolait, les encourageait, et après avoir épuisé pour eux toutes les ressources de la médecine humaine, n’oubliait jamais de leur recommander le recours au médecin céleste par la prière. M. Noël voyait en cela l’accomplissement d’un devoir de charité, et il y perdait moins souvent ses peines qu’on ne pourrait être tenté de le penser. Voici un trait parfaitement authentique à ce sujet. Une personne qui lui tenait de très près — c’est elle-même qui me l’a raconté — l’entendant, aux dernières fêtes de Noël, faire sa recommandation habituelle de prier à un malheureux complètement séparé des pratiques religieuses, crut devoir lui en faire la remarque. Il ne faut désespérer de personne, répondit M. Noël ; j’espère que mon avis ne sera pas tout à fait inutile. Puis, toujours fidèle à lui-même, il invoqua sa grande raison, et ajouta : en tout cas j’aurai fait mon devoir. — Quelle ne fut pas mon admiration, me disait en terminant le té-

moin dont je tiens le fait, quelle ne fut pas mon admiration d’apercevoir, aux Pâques sui-

manies, l’indifférent d’autrefois pieusement agenouillé à la table suinte! .j’éprouvai une douce joie, ajoutait il, en pensant que la recommandation de notre cher défunt n’avait pas été étrangère à ce retour à Dieu.

J’arrive, Messieurs, à la partie la plus douloureuse de ma tâche. Tout jusqu'ici souriait à noire regretté collègue. Un avenir radieux se déployait devant lui. Aux succès de la pratique médicale et du professorat se mêlaient les joies et les espérances du foyer domestique. Dieu lui avait associé une compagne digne de lui, animée comme lui des plus nobles et des plus pieux sentiments, exercée depuis longtemps aux œuvres d’une charité active et éclairée. Elle lui avait donné un fils, qui faisait le bonheur de sa vie. 0 mon Dieu, qui méritait mieux de garder un tel bonheur, si les bonheurs de la terre étaient quelque chose! Vous lui en destiniez un meilleur, incomparablement meilleur, à ce fidèle serviteur, et ce bonheur n’était autre que tous même • ego ero mer ces tua magna nimus.

Dès qu’il se sentit sérieusement frappé par une de ces maladies qui ne pardonnent pas, M. Noël n’eut rien de plus pressé que de solliciter et de recevoir les secours précieux que l'Eglise prodigue avec une tendresse si maternelle à scs enfants souffrants. Dieu, qui voulait le purifier de plus en plus par la douleur, permit que l’épreuve se prolongeât. Cette lutte que

connaît toute chair s’engagea entre la naturequi voudrait vivre, vivre pour ceux surtout, qu’on aime plus que soi-même, et la grâce qui par delà les horizons humains nous ouvre les perspectives d’un avenir où le Christ sera notre vie, et la mort, par conséquent, un gain. Mihi vivere Christus et mori luerum. La lutte fut longue, pénible, mêlée d’angoisses. Notre pieux collègue éprouva cette horreur de la mort, sentit couler sur son front les gouttes de cotte sueur froide, qui signala, pour l’exemple et l’instruetion des élus, l’agonie du divin Rédempteur. Il passa ainsi des semaines, des mois entiers observant de son œil de médecin toutes les phases du mal cruel qui le dévorait, en supputant toutes les chances bonnes ou fatales, se débattant entre la crainte et. l’espérance. Mais dans cette lutte si longue, tant de fois renouvelée. la grâce victorieuse l’emportait toujours .sur la nature Sans doute il espéra longtemps de vivre, il désirait de guérir, il implorait et faisait implorer du Ciel saguérison, mais en implorant toujours aussi la conformité à la sagesse et à la volonté suprême. « Dites bien, ce sont ses propres paroles, quand il faisait écrire pour solliciter des prières, dites bien que je ne demande pas seulement ma guérison, mais aussi la résignation à la volonté de Dieu, La résignaiion, ajoutait-il en insistant; ne l’oubliez pas. «

Enfin, après bien des alternatives diverses,

les pressentiments mauvais s’accentuèrent davantage et devinrent alarmants. Mais la grâce avait triomphé définitivement dans son âme. Le malade, ayant la mort en face, la contemplait désormais sans terreur. Rien n’était resté de cette horreur, de ce tremblement des premiers jours. Déjà sa conversation semblait être dans le ciel, selon le langage de nos saints livres. Les entretiens pieux faisaient ses délices : il éprouvait une joie spéciale à écouter les hymnes de l’Eglise, les chants consacrés à Marie, qu’une voix fraternelle murmurait doucement à ses oreilles.

Le moment de la séparation flnalo était proche. Une grande crise physique et morale l’avait précédé. Muni du pain des forts, entouré de tous les siens, il le vit venir avec une connaissance, une sérénité parfaite, s’entretenant des détails de sa sépulture et de ses funérailles, comme s'il ne se fut pas agi de lui-même. Il dicta ensuite des recommandations destinées à son fils, toutes pleines des sentiments les plus chrétiens et marquées au coin d’une sagesse fondée sur sa foi et sur son expérience paternelle. Quand la mort fut sur le point de le toucher de sa main glacée, le calme, la confiance, l’espérance ne l'abandonnèrent point. Quoiqu’il ne parlât plus, il suivait avec un intérêt visible les prières qui se récitaient autour de lui ; ses lèvres pâles et desséchées se collaient avec amour sur

le crucifix et sur les saintes reliques. C’est ainsi qu’il s’endormit doucement de ce sommeil îles .justes, que suit et que couronne le réveil de l’immortalité bienheureuse.

Beaucoup d’entre vous, Messieurs, connaissent, au moins par la gravure, cette page immortelle où un pinceau magistral nous a montré saint Augustin et sa mère Monique, au rivage d’O^tie. échangeant en face de l’horizon immense d’une mer azurée, leurs pensées sur cette bienheureuse immortalité. Permettez-moi «le vous citer quelques passages de cet admirable entretien, le Phédon d’un Pla'on chrétien, tel qu’il nous est rapporté par le saint docteur au livre IX de ses Confessions :

« Peu de temps avant le jour où ma mère devait quitter ce monde — jour que nous ignorions et que vous seul connaissiez, Seigneur — il arriva, sans doute par l’effet de vos secrets desseins, que nous nous trouvions seuls, elle et moi, appuyés à une fenêtre d’où nous avions vue sur le jardin de la maison que nous habitions à Ostie. — Là, seuls et sans témoins, nous goûtions une ineffable douceur à nous entretenir ensemble ; oubliant le passé et n’envisageant que l’avenir, nous cherchions entre nous quelle devait être cette vie éternelle des saints, que l’œil de l’homme n’a point vue, dont son oreille n’a point entendu parler, et que son cœur naturel ne comprend pas. Mais nous tournions nos

coeurs vers vous, nous les ouvrions avidement à ces eaux célestes dont vous êto3 la source vivante, afin qu’aprês nous en être abreuvés, autant que nous pouvions le faire, nous fussions capables de nous élever on quelque mesure à l’intelligence d’un si grand mystère.

« Comme nous étions arrivés à cette conclu sion, que toutes les jouissances charnelles, que tous les plaisirs, que toute la splendeur de la vie corporelle ne sont absolument rien auprès des délices de cette autre vie, remplis d’un enthousiasme croissant, nous nous élevâmes plus haut et nous parcourûmes graduellement tous les objets matériels, jusqu’au ciel lui-même avec le soleil, les étoiles et tous les astres. Puis nous nous enfonçâmes plus avant encore dans ces profondeurs, continuant de penser à vous, de parler de vous, .d’admirer vos ouvrages; enfin nous arrivâmes à nos âmes, mais nous passâmes encore pardessus pour atteindre cetto région de la plénitude infinie, où vous nourrissez éternellement vos élus de i’aliment de la vérité, où la vie est la sagesse même, où tout ce qui existe puise l’existence, et non seulement tout ce qui existe, mais tout ce qui a existé et ce qui existera, tandis qu’elle même n’a point été faite, mais existe aujourd’hui telle qu’elle a été et sera toujours, ou, pour mieux dire, elle n’a point été et ne sera point, mais elle est seulement, puisqu’elle est éternelle... Et pendant que

nous parlions en nous élançant avec ardeur , vers cette céleste contrée, nous en touchâmes le bord d’un coup d’aile de notre cœur ; et, après ces prémices de vie spirituelle, nous redescendîmes en soupirant, à ces accents de notre bouche, à cette parole humaine, qui ne naît que pour mourir, souffle fugitif, pur néant, Seigneur, auprès de votre Verbe éternel, qui vit en luimême sans vieillir jamais et qui renouvelle toutes choses !

« Nous disions donc : si une âme pouvait s’élever complètement au-dessus du tumulte de la chair, se délivrer des vains fantômes de la terre, des eaux, de l’air et des cieux, échapper â elle même en s’oubliant, en oubliant ses pensées, ses imaginations et ses rêves, et toute langue humaine, et toutes les choses qui commencent et qui finissent (car si elle les écoute, elles lui disent : nous ne nous sommes point faites nous-mêmes, c’est l’éternel qui nous a créées) : si donc toutes se taisaient... et qu’alors cet être éternel lui parlât lui-même, non par la voix d’aucune créature, ni même par celle d’un ange ou d'une nuée du ciel, mais directement, lui -même et lui seul, comme en ce moment, le vol de notre pensée nous a élevés jusqu’à la sagesse éternelle et suprême... et si cet état se continuait, si cette âme se sentait absorbée, abîmée dans le bonheur de sa sublime vision, de telle sorte que ce court moment, cet éclair

d’intuition, après lequel nous avons tous soupiré, fut pour elle une vie immortelle, ne seraitco pas là l'accomplissement de cette parole : entre dans la joie do ton Seigneur»?

Oui, Messieurs, eette pensée de l’immortalité bienheureuse est la consolation, la force, l’espoir invincible du chrétien. C'est par elle que nous ne pleurons point comme ceux qui n’ont point d’espérance. A la lumière de cette pensée tout se relève en nous, tout s’agrandit, la moindre de nos actions, la moindre de nos paroles, a un retentissement infini, une valeur, si on l’ose dire, qui s’escompte dans l’éternité; les ombres les plus noires s'éclairent, la souffrance prend une signification et devient l’épreuve; contre l’injustice nous avons un recours, contre la tristesse une consolation; le mot de désespoir disparaît de la langue de l’homme.

0 Seigneur Jésus, o Christ rédempteur et sauveur, vous êtes la résurrection et la vie; celui qui croit en vous, ne meurt à line vie passagère et misérable que pour renaître à une vie de bonheur et d’immortalité. — Essuyons nos larmes. Messieurs. A qui pourrions nous appliquer cet oracle divin avec plus de confiance qu’au cher et regretté collègue, dont nous venons de rappeler la foi, les vertus et les travaux? Qui avons nous connu de plus digne que lui d’entendre ces ravissantes paroles : « Bon et fidèle serviteur, entrez dans la joie de votre Seigneur. »

ÉLOGE

de M le professeur Léon-Ghislaln NOËL, prononcé en la salle des promotions, le 26 juin 1877t par M. le professeur Eugène HUBERT, doyen de la Faculté de médecine. '

Messeigneurs,

Messieurs,

Il y a un an, le cœur étreint dans une de ces douleurs que la langue humaine ne peut exprimer, j'écoutais, au pied de cette tribune en deuil, le dernier hommage que vous rendiez à la noble existence qui venait do s’éteindre. Vous disiez quel savant, quel professeur et quel homme rUniversilé avait perdu... j’aurais seul pu vous dire quel père la main de Dieu m’arrachait!

Un nouveau deuil rassemble la famille académique : la mort qui ravissait l’an dernier à la Faculté de médecine un professeur dans l’épanouissement de la vie et dans toute la maturité du talent, lui en enlève aujourd’hui un autre dans toute la fleur de soS espérances. Dans la nouvelle douleur qui nous frappe, je sens se raviver l’ancienne et je ne puis m’empècher de comparer deux hommes qui, aux versants opposés de l’existence, se ressemblaient, non seulement par les qualités maîtresses de l’intelligence qui permettent à l’homme de science d’aller haut et par la passion du travail qui lui permet

d'allor loin, — mais encore par la droiture du caractère et l’austérité cle la vie qui rendent estimable, par la tendresse et la générosité du cœur qui rendent aimable et enfin, par la modestie qui fait pardonner toutes les supériorités.

S’il est permis d’augurer, d’après l’éclat des aurores, quelle sera la chaude radiation du midi et la sereine majesté du couchant, — j’aurai fait suffisamment l’éloge du jeune homme en vous le montrant au matin de la vie, promettant de tenir tout ce qu’au bout île sa longue et glorieuse carrière, le vétéran avait tenu.

Permettez -moi Nd’évoquer devant vous cette figure douce, blonde, délicate, que le livre avait pâlie et que l’habitude de la table de travail avait un peu inclinée en avant. Rien on elle qui attirât le regard de la foule dans laquelle elle semblait vouloir glisser inaperçue. La voix même était douce et voilée, comme celle qu’on émet dans une chambre de malade, mais la parole était si claire et si juste qu’elie pouvait se passer de sonorité et qu’elle se faisait entendre, parce qu’elle se faisait écouter.

Au propre comme au figuré, Leon Noèl n’é ait point de ceux qui se fraient bruyamment, et à coups de coudes, un chemin dans le monde et, s’il était partout au premier rang, c’est quo les rangs s’ouvraient, spontanément et respectueusement, devant sa supériorité. C’est ainsi qu’étudiant, se présentant au concours pour l’internat,

il remporta la palme sans avoir à la disputer, ses camarades ayant tous reculé devant une lutte dont ils reconnaissaient eux-mêmes l’inégalité. Je pourrais vous dépeindre l’élève et le proposer comme le modèle accompli de la jeunesse studieuse et chrétienne que l’amour du travail et que la foi, — comme des ailes, — soulèvent au-dessus des frivolités et des égarements vulgaires; mais j’ai hâte d’arriver au professeur, auquel ma qualité de Doyen me vaut le douloureux honneur d’adresser, au nom de la Faculté do médecine, un suprême témoignage de regrets et d’affection.

En 1872 un mal étrange saisissait brusquement et en pleine vigueur, un jeune professeur sur lequel Y Alma Mater avait fondé de grandes espérances. Dans la ruche universitaire chaque abeille a sa tâche et nul rayon ne peut demeurer inachevé. H fallut donc suppléer le travailleur tombé à l’improviste, et M. Michaux, M. Lefebvre et moi, nous nous partageâmes le fardeau qu’il laissait en chemin. C'est en ce moment que Noël fut appelé de Londres, où il poursuivait ses études, pour donner les exercices pratiques et les répétitions que le cours de médecine opératoire ainsi improvisé nécessitait.

L’année suivante le répétiteur qui avait fait ses preuves était chargé de l’enseignement que

Sovet ne devait plus reprendre et il s’y consacrait tout entier. Noël possédait toutes les qualités qui font le bon professeur de médecine opératoire : des connaissances anatomiques et chirurgicales approfondies, un grand sens critique dans l’appréciation des méthodes ; une parole claire dans l’exposition des procédés ; une main adroite dans l’exécution et enfin une patience admirable à diriger les élèves dans les exercices où ils doivent apprendre à manier le tranchant de l’acier avec sûreté et précision.

Malgré les occupations de cet enseignement laborieux, Noël est appelé à remplacer, pendant un semestre, le professeur de pathologie générale, et telles sont ses aptitudes que personne ne s’aperçut que la plus élevée des branches de la médecine, n’avait pas été de tout temps l’objet principal de ses études.

Sa voie cependant n’était pas dans ces directions : l’ancien interne du service d’ophtlialmologie, fidèle à ses premiers succès, avait poursuivi ses études favorites et il était naturellement désigné pour suppléer son ancien maître, fatigué de 37 années d’enseignement pratique, dans la chaire qu’il abandonnait après l’avoir illustrée.

En 1837 M. Hairion, qui était à la fois professeur à la Faculté et médecin de bataillon, créait en Belgique la première clinique des affections oculaires, syphilitiques et eutanées et l’installait

à l’hôpital militaire. Deux ans plus tard le Gouvernement accordait au clinicien la plus haute marque (le confiance en établissant à Louvain, pour le mettre sous sa direction, l’Institut opluhalmologique central de l’armée.

Une loi, — qui a l’avantage d’accorder aux fonctionnaires, après une longue carrière, un repos mérité, et l’inconvénient d’enlever aux administrations, civiles ou militaires, leurs travailleurs les plus précieux, ceux auxquels Page a donné l’expérience sans ôter l’activité, — obligea, en 1867, M. Hairion à prendre sa retraite comme médecin attaché à l’armée. Les portes qu’il avait fait ouvrir se refermèrent quand il ne fut plus là pour les en empêcher. L’Université, perdant l’accès des locaux militaires, transporta pour le Professeur qu’elle était heureuse de garder, ses cliniques à l’hôpital St-Pierre. Disons tout de suite qu’elle ne perdit rien au transfert et que la réputation du maître attira bientôt à l’hospice civil deux fois plus d’ophthalmiques que l’hôpital militaire n’en pouvait fournir.

Très attaché à l’œuvre qu’à travers bien de difficultés vaincues, il venait de créer une deuxième fois, M. Hairion ne se décida à l’abandonner que lorsqu’il put la transmettre dans des mains sûres. C’est ici que nous allons trouver Noël dans sa vraie voie et je no puis adresser à sa mémoire d’éloge plus complet, qu’en

vous le montrant digne de la suppléance écrasante dont en 1874, il était honoré.

Lisez dans un ouvrage de thérapeutique l’histoire d’uu médicament quelconque : après l’énumération de ses propriétés physiologiques et thérapeutiques, vous trouverez invariablement la longue*. liste des maladies contre lesquelles il a été essayé.

Ouvrez ensuite un traité de pathologie interne et, faisant suite à l’histoire de chaque affection morbide, vous rencontrerez la longue liste des agents médicamenteux par lesquels on a essayé de la combattre. Est on médecin pour connaître ees deux listes parallèles et pour prendre banalement dans l’une les substances qui correspondent aux maladies cataloguées dans l’autre? — La médecine se bornerait à cela s’il y avait des maladies et s’il y avait des spécifiques.

M. Hairion rendait aux étudiants le service de leur montrer qu'il n’y a pas de maladies, mais des malades, et qu’il n’y a pas non plus de spécifiques, mais des agents thérapeutiques qui, comme les armes de précision, manquent toujours le but à être maniés à l’aveuglette.

Permettez-moi, Messieurs, de vous faire pénétrer un instant dans une de ces cliniques pour vous faire apprécier à sa valeur, un enseignement que, dans aucune des nombreuses universités étrangères que j’ai visitées, je n’ai trouvé plus élevé et plus complet.

Digiti

Un nouveau malade arrive dans les salles; il est aussitôt confié à un élève qui lui fait subir, sous la direction du tnaitre, l’examen le plus minutieux Cet examen terminé, le sujet est-il malade, demandait le professeur, quels sont les désordres anatomiques et fonctionnels qu'il présente? Quelle va être la marche du processus morbide? Avons nous quelque empire sur cotte marche? Pouvons nous laisser l'organisme seul dans la lutte ou faut il lui venir en aide ? Y a-t-il intérêt à arrêter ou à modifier l'évolution de la maladie et, s’il faut intervenir, dans quel sens le faut il et comment le peut-on ?

Cette discussion approfondie et toujours lumineuse avait pour but de préciser les indications qu’il y avait à remplir et, par conséquent, d’éclairer vivement la voie dans laquelle devait s’engager une thérapeutique désormais sûre d’elle- même, sans vacillations et sans craintes.

Jusqu’ici la parole a été au savant et au théoricien; le moment d’agir est venu et vous ne vous étonnerez pas que le traitement atteigne les dernières limites de la perfection scientifique, si vous vous rappelez que celui qui va l’ordonner a étudié le médicament avec autant de soin que la maladie, que ses ressources sont inépuisables, et que le thérapeutiste hors ligne est doublé de notre premier professeur d’hygiène.

C’est à cette école que Noôl avait été élevé.

aven un soin tout particulier, par un maître dont il s’efforçait de continuer les traditions et qu’il serait peut-être parvenu à égaler le jour où le temps lui aurait apporté la seule chose qui lui manquât encore, la maturité, ou l’autorité de l’expérience.

La clinique ophthalmologique exige de celui qui en est chargé. de grandes qualités : l’oculistique est peut-être la branche de l’art de guérir la plus avancée dans la voie du progrès et, à cause des théories ardues qui la compliquent, c’est peut être la plus difficile à exposer clairement

Noël connaissait â fond les sciences exactes auxquelles l’oculistique est redevable de ses découvertes et de sa précision, et sa parole, d’une rare clarté. Unissait toujours par mettre les problèmes les plus élevés à la portée de ses auditeurs.

L’œil est sans doute une des plus admirables merveilles de la création, acerrimus sensuum : il en est aussi une des plus délicates. Noël avait exercé ses doigts à effleurer, pour ainsi dire, ces tissus fragiles qu’un grain de poussière suffit pour irriter profondément et, comme ces tireurs réputés, il ne prenait de café ni ne fumait, pour n’ôter à ses mouvements rien de leur exquise précision.

Quoique son adresse manuelle fut incomparable, il ne se permettait jamais ces escamotages

brillants, mais dangereux, qui tentent les jeunes chirurgiens : il opérait posément et sûrement, son but n’étant pas d’aller vite, mais d’aller bien — ni de paraître adroit, mais de l’être en réalité.

Le spécialiste était chez lui doublé d’un médecin complet et l'opérateur adroit, d’un thérapeutiste formé à l’école de M. Hairion. Ces remarquables qualités de parole et d’action — et une complaisance qui ne se lassait pas à répéter le point difficile ou incompris — à le présenter sous d’autres formes jusqu’à ce qu’il fut saisi, — avaient tait de lui un professeur admiré et aimé dont la réputation ne tarda point à franchir les limites de l’école.

La clientèle venait à lui, même de loin, et elle aurait bientôt absorbé tout son temps s’il avait pu oublier que le premier devoir d’un jeune professeur est d’être, avant tout, tout entier à son enseignement. Aussi sut-il défendre son temps et ne pas accorder à la pratique plus d’heures qu’il ne pouvait en dérober à la science.

Outre la clinique des maladies oculaires, Noël avait encore dans ses attributions la clinique des maladies syphilitiques et cutanées et, dans celle-ci comme dans celle-la, il se lit remarquer par la même clarté d’exposition et par la même sûreté de vues dans un champ où les théories contradictoires, comme des herbes folles, dérobent à chaque instant le bon chemin.

* Dans les cours difficiles et disparates dont il est successivement chargé, il fait preuve d’une trempe d’esprit tout-à-fait exceptionelle et il montre, à un âge où l’on a encore tout à apprendre, une étendue de connaissances et une maturité de jugement que l’on ne possède en général qu’au bout d’une longue et laborieuse carrière. »

Un fait suffirait â mettre en lumière l’organisation merveilleuse du jeune savant. Deux années de suite un interrogateur fait défaut, au jury de candidature pour l’anatomie générale, au jury de doctorat pour la thérapeutique, et, si interroger bien est à-peu près aussi difficile que bien enseigner, Noël montra qu’il n’y avait pas de cours de médecine auquel il ne fut préparé, qu’il ne possédât à fond, et qu’au besoin il n’eût professé avec éclat.

Le jeune professeur, qui a donné presqu’autaut de cours différents qu’il est resté d’années dans l’enseignement, ne laissera pas que le souvenir d’une capacité hors ligne et un dévouement à toute épreuve : les fardeaux écrasants qu’il a si vaillamment portés ne l’ont pas empêché de marquer d’une façon durable son passage dans la science par des écrits dont je vais essayer de vous faire apprécier le mérite.

Le premier de ces écrits, intitulé Observa -

tions cliniques , a eu les honneurs de l’impression dans le bulletin de l’Académie de Médecine. L’une de ces observations, relative à une tumeur enchondrômateuse développée à la base du crâne, est surtout remarquable — et par le soin avec lequel tous les symptômes morbides ont été recueillis et analysés, — et par la précisiez avec laquelle le diagnostic a été déduit des faits observés, — et, enfin, par la confirmation que l’autopsie est venue donner à toutes les prévisions de la théorie. — Le fait clinique a donné à notre regretté collègue l’occasion d’insister, d’une part sur l’importance qu’offre l’examen de l’œil au point de vue du diagnostic des lésions intracrâniennes, — et, d’autre part sur les compressions excessives auxquelles le cerveau peut s’accoutumer, sans être trop troublé dans ses fonctions, lorsqu’elles s’établissent graduellement.

Rien n’est difficile à faire comme le sommaire d’une science; les maîtres même ne s’y risquent que rarement et la littérature médicale est bien pauvre de bons résultats. L 'Abrégé de Pathologie chirurgicale de M. Haan est un modèle du genre : clair, concis et complet. En donnant une nouvelle édition de ce livre précieux, qui conserve à l’élève la substance de ce que le professeur a développé dans ses leçons, M. Haan a confié à Noël la rédaction des chapitres relatifs aux affections oculaires et a témoigné ainsi au

jeune homme une confiance qui a dû le toucher autant qu’elle l’honorait.

Cette confiance, Noël l'a pleinement justifiée : son résumé d’ophthalmologie ne dépare pas l’œuvre magistrale, il la complète.

au dernier Congrès périodique international des sciences médicales (session de 1875), la section ophthalraologique, dont Noël était secrétaire, avait voté à l’unanimité la proposition suivante : « Considérant que l’interdiction des lunettes dans les rangs, peut priver l’armée active d’éléments utiles et nuire considérablement au recrutement des cadres, en faisant reléguer des hommes intelligents dans des services auxiliaires, — la section est d’avis qu’il y a lieu d’admettre l’usage des lunettes dans les armées « Elle avait admis, mais sans émettre encore de vote sur cette question, — parce qu’elle ne lui paraissait pas suffisamment mûrie, — que le plus haut degré de myopie incompatible avec le service militaire est le n° 5 métrique (l). Le point sur lequel les données manquaient complètement était le degré d’acuité visuelle au loin, chez les myopes non munis de verres. Noël entreprit d’élucider ce côté inexploré de la question et une série d’expériences, conduites avec beaucoup d’habileté, lui permit de poser les deux conclusions suivantes (2) :

(1) C’est-à dire 1/7 à 1/8 de l'ancienne nomenclature.

(î) Bull, de l’Acad. roy. de mcd. de Belg. 1876. p. 1107.

Dig

1° Chez les myopes non munis de verres, les coefficients d’acuité visuelle pour les grandes distances présentent des différences individuelles considérables que l’on peut représenter par le rapport de 1 à 2 ; *

2° Chez les myopes non munis de verres, le clignement augmente l’acuité visuelle dans la proportion moyenne de 2 à 3; l'amélioration est d’ailleurs variable suivant les sujets.

Au moment môme où Noël faisait connaître les résultats doses recherches, M. Maurice Peri in prononçait, à l’Académie de médecine de Paris, un remarquable discours sur la question à l’étude. L’éminent professeur du Val de-Gràce arrivait aux mêmes conclusions que le jeune professeur de Louvain et reconnaissait comme lui, qu’en principe, la myopie est une base tout à fait insuffisante pour déterminer s’il y a lieu d’exonérer un milicien du service.

Dans une étude publiée par le Journal des sciences médicales de Louvain (î) et dédiée aux praticiens, Noël a réuni les éléments , épars dans la science, de l’histoire thérapeutique de l’atropine en ophthalmologie En rapprochant les faits il est parvenu à jeter quelque lumière sur certains effets généralement attribués au médicament, mais non suffisamment prouvés, entre autres l’influence qu’il exerce sur la tension oculaire.

(I) De l’atropine en ophtalmologie, 4876, p. 89,

A combien de milliers de malheureux le chloroforme a-t-il épargné les tortures des opérations sanglantes, et quel est le chirurgien qui n’a pas recours à ces vapeurs bienfaisantes qui endorment la sensibilité et suppriment la douleur? Aucun auteur cependant ne fait mention d'un phénomène que Noël a découvert, le pouls veineux que présentent, à la période du réveil, plus de la moitié des chlorophormisés. Noël a étudié avec un soin minutieux ces battements dont les veines jugulaires devienent le siège, et il a examiné, mais sans se montrer pleinement satisfait d’aucune, les différentes hypothèses que l’on pourrait invoquer pour les expliquer (1).

** Le fait observé par Noël, dit le rapporteur » de l’Académie (2), intéresse à la fois la physio- » logie pathologique, pour l’étude des troubles " de la circulation veineuse; la thérapeutique, " pour la détermination de l’influence physio- » logique du chloroforme; la chirurgie, par les » conséquences pratiques qui peuvent en dé- » river. «

Enlevé à l’âge de 32 ans, notre regretté collègue ne pouvait pas nous laisser de nombreux écrits, mais les pages qu’il nous lègue portent toutes le cachet de leur origine et sont aussi

(1) Du pouls veineux comme symptôme habituel de l'action pliysio- •ogique du chloroforme. (Uullet. de l’Acad. 4876,, n*8).

(3) II. le professeur Boddaert, de Gand, Ballet, de l'Acad. 1878, «*». p, 748.

remarquables par la solidité du fond, que par le charme naturel de la forme : c’est une intelligence élevée, vigoureuse et droite qui les a pensées; c’est une plume facile, sobre et élégante qui les a écrites.

Tous ces travaux cependant, conduits de front et menés à bonne fin en si peu de temps, ne suffisaient pas encore pour absorber la dévorante activité qui s’agitait en lui. Entre nos heures occupées que de temps nous émiettons sous prétexte de repos! Noël ne connaissait pas ces gaspillages et, sentant que la vie devait lui échapper bientôt, il avait autant hâte de la bien remplir que le poète épicurien latin avait hâte d’en jouir.

Laissez- moi vous montrer, rapidement, ce que cette vaillante nature entendait par se délasser. Noël se fait membre de la Société de médecine des étudiants — et aussitôt les jeunes gens qui la composent, et qui connaissent la valeur de l'homme, s’empressent de le mettre à leur tête pour diriger avec M. Masoin, leurs débats et leur donner l'impulsion.

Il fonde un Cercle de Botanistes dont il devient l’âme et où, toutes les semaines, il vient traiter les questions les plus élevées de la physiologie végétale.

Cette petite société, où l’on ne s’occupe que de

plantes, lui donne l’idée de réunions plus nombreuses où toutes les sciences naturelles auront accès, où chacun apportera ce qu’il sait pour en faire part aux autres et, avec quelques amis, la plupart ses collègues, il crée le Cercle scientifique de Louvain , une petite académie des sciences, et môme des lettres, qui présente, joints à l’utilité des discussions sérieuses, tous les charmes des causeries amicales.

Une œuvre importante encore est à créer : l’école de médecine n’a pas d’organeetune publication périodique pourrait relier les élèves qui s’en vont à leurs anciens maitres et leur permettre de continuer à profiter des enseignements de ceux-ci. Cette œuvre demandera des labeurs et des peines : Noël n’est pas de ceux qui reculent devant la longueur et les escarpements d’une route quand elle conduit à un but élevé. Il est des premiers à embrasser l’idée généreuse qui a germé au sein de la Faculté et des plus ardents à la faire aboutir. Le Journal des Sciences médicales perd en lui un de ses collaborateurs les plus zélés et les plus précieux : possédant parfaitement plusieurs langues étrangères, au courant des progrès accomplis dans toutes les branches de l’art de guérir, et doué d’un remarquable talent d’écrivain, il est assurément un de ceux qui auraient le plus contribué à poser honorablement dans le monde scientifique, le recueil périodique que les professeurs de Louvain ont fondé.

Le cœur de l’ami que nous avons perdu n’avait pas moins de généreuses ardeurs que son esprit n'avait d’indomptable activité et, si nous trouvons dans sa vie quelques heures qui ne soient pas remplies par le travail, c’est qu’elles étaient occupées par la charité. Le temps qu’il mesurait au client riche il le prodiguait à l’indigent souffrant, qui lui paraissait avoir d’autant plus de droits à ses soins qu'il était plus malheureux. Dans la mansarde et dans l’atelier où il a passé, on bénit sa mémoire et la reconnaissance dos pauvres nombreux qu’il a soignés a une voix qui doit être entendue dans ces Cieux où le verre d’eau donné au nom du Christ ne reste pas ignoré.

Mais il ne lui suffisait pas d’accueillir tous les pauvres qui venaient consulter le médecin : sa charité le poussait au devant d’eux et il était Président d’une conférence de St-Vincent-de- Paul. Il aimait cette admirable société qui essaie d’adoucir les misères humaines et de faire descendre l’espérance chrétienne dans les cœurs des déshérités où des aveugles, encore aujourd’hui, sèment le doute, l’envie et des colères dont l’explosion, peut-être bientôt, bouleversera le monde !

Vous avez encore tous vivante dans vos souvenirs, l’émotion qui vous saisit le cœur au son

du canon de Sedan et à la vue des légions de blessés devant lesquelles s’ouvraient toutes iarges nos frontières. Noël fut des premiers à arriver au devant de tant de misères à secourir et Bouillon fut le théâtre où, nuit et jour, corps et âme, il se consacra au service des blessés. Ce dévouement, qui ne connut ni fatigues ni relâche, fut remarqué au milieu de tous les dévouements que cette sanglante époque vit surgir et le jeune chirurgien reçut la croix de la Couronne royale de Prusse.

JL

J’arrive au terme de ce long exposé d’une courte existence.

Noël a vu la mort s’avancer de loin et lorsqu’elle appuya sa main glacée sur sa poitrine, elle ne le surprit pas : il avait vécu en la regardant venir! Du peu d’heures qu’il avait, passé sur la terre, il pouvait se rendre le témoignage de n’en avoir perdu aucune; aussi, à compter les œuvres, que de longues vies sont plus courtes que la sienne?

Quelque bien préparé qu’il fût, il avait trop d’attaches dans le monde pour le quitter sans douleurs : des amis, — tous ceux qui l’ont connu; de vieux parents, éprouvés comme Rachel; — une jeune femme; — un enfant qu’ii ne lui aura pas été donné de voir et dont le petit berceau se prépare dans les larmes; — et un

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fils qui apprenait à peine à bégayer le nom de son père, ce sont là des racines qui plongent trop avant dans le cœur humain pour qu’on puisse les en arracher sans le déchirer !

A un mal qu’il savait implacable, Noël opposa une résignation sans défaillance, et pendant les longs mois de sa cruelle agonie, aucune plainte ne s éleva de son cœur vraiment chrétien.

La mort n’est pas une fin, c’est une renaissance, ou un comrpencement, qui n’effraie pas le juste.

Au point de vue matériel, nous nous décomposons tous les jours et de mille manières : que reste-t-il du corps qui nous portait il y a dix ans? Sans que nous nous en soyons aperçus n’est il pas mort tout entier et depuis longtemps? La trame de nos tissus s’use, se transforme et se renouvelle incessamment. Au moment de la mort seulement ces renouvellements cessent et, abandonnée par le souffle divin qui l’animait, notre substance quitte le tourbillon individuel pour rentrer dans le tourbillon général : les éléments actuels de notre corps reviennent à leurs formes les plus simples et vont former la trame d’autres organismes vivants. Qui comptera les atomes que le cyprès, l’immortelle et le brin d'herbe ont empruntés à la tombe?

Naître, du reste, n’est- il pas plus effrayant en-

core que mourir ? Que le germe puisse entendre la parole de Job : vous naîtrez de la femme, vous vivrez peu de jours et vous serez rempli de misères! Qu’une voix lui crié: Veni foras! sortez des ténèbres qui voua enveloppent; sortez du bain chaud où vous flottez, nourri aux dépens d’un être que vous ignorez; venez respirer l’air, voir la lumière, entendre le son, manger le pain, lutter pour vivre! Avec un esprit incliné et une chair faible, venez être libre de choisir entre le bien et le mal et, après que vous aurez épongé sur votre front les sueurs de la vie, vous serez jugé, et peut-être vaudra-t-il mieux alors pour vous que vous ne fussiez pas né! Que le germe puisse entendre cette voix et diles-moi s’il ne sera pas plus épouvanté de * naitre que nous pourrions l’être de mourir?

Léon avait mieux que les enseignements de la science et d’une vaine philosophie pour l’empêcher de se troubler devant la mort : il avait derrière lui, ses œuvres; devant lui, la perspective ouverte aux serviteurs fidèles et les assurances de Celui qui a dit : « Je suis la Résurrection et la Vie. »

Sans doute la tombe est un tunnel plein d’ombres et d’épouvantes du côté qui est tourné vers nous — mais en s’y engageant, Noël savait qu’à l’autre bout il trouverait la lumière, la justice, et aussi la bonté de Dieu !

L’éblouissement qui attend la créature hu-

Mt

maine à la naissance, l’attend aussi à la mort et, quittant sa chrysalide, l’âme déploie ses ailes dans les cieux éternels entrevus par la Foi !

Le spectacle de toute une vie tendue sans relâche vers le devoir, vers le vrai, vers le bien, est digne de l’admiration des hommes : Noël nous a donné cet admirable spectacle et ce grand exemple et, s’il nous laisse le cœur rempli de regrets, il le laisse aussi rempli d’espérances 1

DISCOURS

prononcé à la salle des Promotions de rUnlversité catholique de Louvain, le 3 octobre 1877. Jour de l'ouverture des cours académiques, après la messe du Saint-Esprit, par Mgr NA- MÈCHE, Recteur Magnifique de l'Université.

Messieurs les Professeurs, Messieurs les Étudiants,

Il y a un an, à pareil jour, après avoir invoqué, comme nous venons de le faire, les lumières de l’Esprit- Saint, nous saluions avec une joie pleine d’espérance l’ôre nouvelle, qui s’ouvrait devant l’instruction supérieure. Nous allions commencer l’application d’une loi longtemps désirée, et si bien acceuillie, ici du moins, parce que c’est une loi de liberté et de confiance envers les hommes de la science et de l’enseignement. Sans doute, disions-nous, le régime nouveau ajoute à notre responsabilité, en nous abandonnant davantage à nous- mêmes; mais sans dissimuler ce qu’il pouvait y avoir de redoutable dans cette épreuve, nous exprimions l’avis que l’Université catholique en sortirait triomphante. Aujourd’hui, Messieurs, je suis heureux de le dire, Dieu a béni nos efforts. Ce qui n’était qu’un espoir l’an dernier est maintenant une réalité, et si toutes les difficultés ne «ont pas surmontées, les plus graves ont dis-

Di

paru ; nous n’avons besoin que de temps et de persévérance pour consolider et étendre les bienfaits de l’organisation nouvelle. Parmi ces bienfaits, je signalerai surtout l’allure plus franche de l’enseignement, le reveil de la spontanéité à moitié éteinte par le mécanisme de l’ancien système d’examen, et par une conséquence nécessaire, une ardeur nouvelle, un élan plus généreux au prolit de la science et du travail.

- La progression qui se manifeste d’année en année dans le nombre de nos étudiants, s’est affirmée plus nettement encore dans le cours de l’année académique qui se termine aujourd’hui. Ce nombre a Uni par s’élever au chiffre de treize cent et onze. Je n’ai pas besoin d’ajouter que l’esprit de la jeunesse universitaire continue â se montrer excellent. Chaque fois que l’occasion leur en a été donnée, nos étudiants l’ont saisie avec empressement pour faire éclater leur attachement aux vrais principes, leur dévouement lilial à l’Eglise et à son Chef auguste et bien-aimé, les sentiments si vrais d’affection et de respect, ces liens si doux pour les uns et pour les autres, qui, comme ceux d’une famille bien ordonnée, les unissent à leurs maîtres, à. tout ce qui symbolise à leurs yeux la grande famille universitaire. Vous n’avez pas oublié. Messieurs, avec quelles marques de vénération et de tendresse fut accueilli notre éminent Car-

dinal, dans la visite qu’il a bien voulu nous faire au printemps dernier, et quelles paroles, quelles effusions d’amour et de reconnaissance d’une part, de paternelle bienveillance de l’autre part, furent échangées alors.

Deux faits, deux événements, si vous me permettez ce mot, car ce sont bien des événements pour nous, ont pris place, cette année, dans nos fastes académiques. Le premier a été l’inauguration de notre nouvel institut anatomique. Cet institut réunit, vous le savez, et ,je crois pouvoir le dire sans crainte d’être contredit ici ou au dehors, tous les moyens d’instruction réclamés par l’état actuel de la science et de l’enseignement macroscopique et microscopique, comme on dit aujourd'hui. Bien qu’exclus des gros budgets et tenus à distance des caisses publiques par la justice libérale, les catholiques ont montré qu’ils ne le cèdent à personne, quand il s’agit de l’intérêt des études et du véritable progrès scientifique. — Le second événement que je rappelle avec bonheur, est la manifestation si exceptionnelle qui est venue couronner avec tant d’éclat les éminents services rendus à la science et à l’enseignement par notre très-cher et très honoré collègue, M. Van Beneden. Vous avez encore présents à la mémoire et le caractère élevé, pur de tout esprit de parti, imprimé à cette belle fête, et les paroles hautement chrétiennes que nous fûmes heureux de receuillir alors de la bouche de ce

noble vétéran des travaux et des luttes de l’intelligence, si chaleureusement et si glorieusement acclamé ce jour-là par ses émules et par ses élèves.

Mais à côté de ses joies, l’année 1876-1877, comme toutes nos années hélas ! a eu ses douleurs. Nous avons perdu trois de nos collègues les plus aimés, et sans contredit, les plus dignes de l’être. Le premier, le vénérable M. D’Hollander, avait longtemps occupé une de nos principales chaires de théologie et présidé le Collège des théologiens. Qui d’entre nous ne se rappelle avec émotion la piété douce et affectueuse de cet excellent vieillard, son inépuisable complaisance, ses attentions délicates, l’assiduité empressée avec laquelle, pendant les quelques années d’un éméritat si légitimement acquis, il s’associait à toutes nos réunions et particulièrement à nos cérémonies religieuses ! Nos paroisses, nos communautés, nos établissements n’oublieront pas les services rendus par un zèle sacerdotal qui ne se lassait jamais. Après lui la mort, qui atteint tous les âges, a mis sa main glacée sur l’un des plus jeunes d’entre nous, sur ce cher M. Noël, l’une des meilleures espérances de l’Université, si l’on peut employer ce mot d’espérance en parlant d’un homme, chez lequel la maturité du caractère, de la raison et du savoir semblait Suppléer au défaut des années. Enfin, il y a quelques

mois à peine, nous avons perdu ce bon M. Ruigeerts, si remarquable par je ne sais quel mélange bien tempéré 'de droiture, de simplicité antique et d’originalité d’esprit. C’était, il faut le répéter à son honneur, le type du professeur dévoué et oublieux de lui-même ; c’était aussi l’oracle du notariat en Belgique et au dehors. Ce n’est pas sans un profond attendrissement que je rappelle ici les noms de ces trois collègues, de ces trois amis, et que je sens revivre en moi le souvenir de relations si sympathiques, si bien marquées au coin d’une commune confiance, dont l’interruption laisse dans l’àme un vide irréparable.

Je m’arrache à cette pensée. Messieurs, pour vous entretenir des changements qui s’opèrent parmi nous au commencement de cette nouvelle année académique. Et d’abord il m’est doux de vous annoncer que nos honorables collègues, MM. Breithof, Descamps et Mabiile ont été promus par NN. SS. les Évêques au rang de professeurs ordinaires. Mais j’ajoute avec peine que M. le professeur Nôve n’a pas cru pouvoir continuer plus longtemps son enseignement, et a réclamé l’éméritat, qui lui était si bien dù d’ailleurs. Je me console par l’espoir que les loisirs faits à notre très- cher et très-digne collègue lui permettront de nous enrichir de quelques nouveaux fruits de sa plume si exercée, de cette plume qui lui a conquis dans le monde de l’orien-

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talisme une place éminente. M. Collard, qui est nommé professeur extraordinaire, remplace M. Nève dans sa chaire d'histoire des littératures anciennes, ce qui contribue aussi à adoucir nos regrets, car nous savons tout le zèle et toute la préparation que notre jeune collègue apportera à ces difficiles leçons. NN. SS. les Évêques ont donné pour successeur à M. Noël un jeune médecin luxembourgeois plein d’avenir, auquel des travaux très-importants et trèsreraarqués d’anatomie et de physiologie ont fait une notoriété considérable déjà dans la science et dans la presse médicale. M. Nuel est nommé professeur ordinaire. Dans la Faculté de Droit, un de nos anciens élèves, qui nous avait laissé les meilleurs souvenirs, M. Rensonnet, avocat à Verviers, remplace M. Rutgeerts, dans la chaire de droit notarial et de droit fiscal, avec le titre de professeur extraordinaire.

Vous n’ignorez pas. Messieurs, que NN. SS. les Évêques ont cru pouvoir supprimer, sans trop d’inconvénients, les cours élémentaires qui étaient donnés depuis un certain nombre d’années dans la Faculté de Théologie. Un résultat avantageux de cette suppression a été de pouvoir transporter au Collège du St-Esprit l’École normale des humanités avec ses élèves. Le spacieux local abandonné par eux reste ainsi à la disposition de l’Université, et les moyens d’en tirer un excellent parti ne nous manqueront certainement point.

On se méprendrait complètement sur les intentions de l’Episcopat si l’on voyait dans la disposition prise au'Sujet du Collège Juste Lipse une déviation de la pensée qui a donné naissance à l’enseignement normal. Jamais l’on n’a été convaincu davantage de la nécessité de cet enseignement ; jamais aussi le bien produit par cette institution n’a été plus évident. Le côté pratique de l’œuvre et du travail s’est surtout développé, et j’ai constaté moi-même avec bonheur, aux derniers examens, les progrès accomplis dans cette voie. Nos établissements catholiques ont là une pépinière do maîtres soigneusement préparés à l’art si difficile d’instruire lajeunesse, et surtout de former les cœurs et les intelligences au moyen de l’enseignement des letlres. Tout mon désir serait de voir une section scientifique couronner l’institution, et nous pourvoir dans l’avenir de professeurs de mathématiques, initiés à ces vues élevées et à ces méthodes rationnelles qui permettraient, au jugeaient des juges les plus compétents, de donner cet enseignement mieux et en moins de temps. N’est-ce pas là l’idéal que nous cherchons tous ? Eh bien, je crois exprimer l’avis de tous ros honorables collègues qui professent ces matières à notre Université, quand j’affirme que cet idéal, loin d’être impossible à atteindre, est une chose facilement réalisable, quand on le voudra sérieusement. A ce propos, permettez-

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moi de vous citer ce passage curieux d’un écrivain un peu enthousiaste peut-être, mais à coup sûr très sincère et très versé dans cette spécialité : - Je veux indiquer, dit le Père Gratry, une simplification fondamentale qui doit vivifier et accélérer dans une incalculable proportion l’enseignement des mathématiques. Je suis heureux de pouvoir m’appuyer en ce point sur l’autorité de deux mathématiciens éminents, M. Poisson, dont les ouvrages sont entre toutes les mains, et M. Coriolis, ancien directeur des études de l’école polytechnique, homme d’autant d’expérience que de pénétration. M. Poisson, pendant les dernières années de sa vie, travaillait à renouveler en France, l’enseignement des mathématiques par la méthode que je vais dire, et qui est aux anciennes méthodes ce que notre nouveau moyen de locomotion est aux anciens. Mais les efforts de l’illustre et habile géomètre ont échoué contre la force d’inertie et le droit de possession des vieilles méthodes.

» M. Poisson disait que toutes les parties des mathématiques devaient être enseignées par la méthode infinitésimale. Or, un jour qu’il avait préconisé ia méthode des infiniment petits comme une méthode générale et toujours applicable et de démonstration et d’investigation, un autre mathématicien illustre crut l’arrêter tout court en lui disant : Qu’est-ce que les infiniment petits? Je ne sais, continue toujours le

Père Gratry, ce qu’a répondu M. Poisson. Mais, quant à la méthode, qu’importe la réponse ? Il suffit qu’avec notre notion, telle quelle des infiniment petits, qui sont ce que Dieu sait, aussi bien que le point, la ligne, la surface, le solide et le reste, il suffit, dis-je, que l’introduction do cette notion soit la voie, sans comparaison la plus facile et la plus courte, pour trouver et montrer la vérité mathématique.

» Nous citions un autre mathématicien compétent, M. Coriolis, lequel peu de temps avant sa mort, nous avouait qu’il eût aimé à consacrer le reste de ses forces à la réforme, dans ce sens, de l’enseigneûient mathématique : tout ramener à la méthode infinitésimale était, disait-il, l’idée de toute sa vie, comme professeur et comme directeur des études. A ses yeux l’enseignement des mathématiques, tel qu’on le donne aujourd’hui en France, était le plus lourd, le plus pédant, le plus fatigant pour les élèves et pour les maîtres qu’il fût possible de voir, et présentait le plus étrange exemple de routine qu’eût offert aucun enseignement dans aucun temps. Quand on parle comme on le fait souvent, nous disait- il, de la routine des séminaires dans l’enseignement théologique, on est loin de se douter que l’enseignement mathématique est victime d’une routine incomparablement plus lourde et plus barbare. »

Voici maintenant la conclusion du Père Gra-

try. Je ne la juge pas, je suis trop incompétent pour cela. Je crois seulement qu'on ne doit pas la rejeter a priori et sans examen, et pour tout dire, je suis d'avis que l’immobilité, l’attachement systématique à des méthodes surannées ne vaut pas mieux en mathématiques qu’en toute autre chose : « D’après ces autorités, ces raisons et bien d’autres, je ne pense pas qu’il soit téméraire d’affirmer qu’une seule année d’études par la méthode infinitésimale, convenablement appliquée et présentée, donnerait, non pas plus d’acquis de détail, mais plus de résultats utiles ; plus d’intuition géométrique, et surtout plus de développement des facultés mathématiques, que le séjour même de l’école polytechnique, qui est de deux ans, et qui suppose d’ordinaire trois années d’études préalables. »

J’aurai fini, Messieurs, ce que j’avais à vous dire sur la mise à exécution de la loi nouvelle, quand j’aurai ajouté un mot sur les bourses universitaires et sur les concours dont le législateur a fait une obligation au gouvernement, je n’ai pas besoin de déclarer, qu’en ce qui nous concerne, nous ne réclamons en cette matière, comme en toutes les autres, que justice et impartialité sévères. Nous applaudirons à toutes les mesures qui nous garantiront css conditions, et nous sommes, croyons-nous, en droit de les exiger. Le gouvernement, qui ne se hâte

qu'avec une sage lenteur, a commencé à peine de prendre les mesures d’exécution, et, je le dis avec regret, le système adopté n’est pas celui qui répond le mieux à la lettre et à l'esprit de la loi, A la justice distributive et aux droits de l’enseignement libre. Je sais bien qu’il y a des précédents, et c’est aussi la seule excuse que puisse invoquer le gouvernement, mais nous sommes en présence d’une loi nouvelle. On pourrait articuler bien des choses à l’encontre de cette application de la loi; je n’en dirai qu’une, mais qui, à elle seule, en est la condamnation éclatante. Dans ce système, qui fait une part égale dans la répartition des bourses à chaque université, le père de famille qui place son fils à telle université de l’État, a au moins quatre chances de lui faire obtenir une bourse sur la chance unique accordée au père qui place le sien à l’Université catholique. Il m’est pénible de parler ainsi, mais il est des choses qui doivent être dites, ne fùt ce que pour, fermer la bouche à ces discoureurs qui nous accusent sans cesse d’accaparements et de privilèges suspects, et j’ai cru remplir un devoir en le faisant à cette tribune.

Et maintenant, Messieurs, si nous jetons un regard sur les dernières années que nous venons de traverser, nous pouvons je crois, en bénissant le Ciel do la protection visiblement étendue sur notre œuvre, nous rendre le témoignage modeste, mais vrai, que nos travaux ne sont

restés ni sans fruit ni sans honneur. Cette œuvre, Messieurs, nous la poursuivrons avec le sentiment plus fort que jamais de sa grandeur et de son utilité. Nous tâcherons d’y apporter toutes les améliorations dont elle est susceptible, de la développer, de la perfectionner dans la mesure de nos ressources et de nos moyens. Le travail incessant qui s’accomplit dans le domaine de la science nous en fait une obligation rigoureuse. Les richesses qui s’ajoutent chaque jour aux trésors amassés jusqu’ici, les sources toujours plus abondantes qui s’ouvrent de toute part, ne nous permettent pas un instant de repos, si nous voulons, et nous le voulons certes, que notre enseignement reste à la hauteur du progrès scientifique. Vous ne vous contenterez pas de cela, Messieurs les professeurs. Vous continuerez à apporter votre pierre à la construction do cet édifice, qui s’élève chaque jour plus imposant, plus majestueux. J’en attesta tant de productions remarquables sorties dans ces dernières années de la plume des professeurs de Louvain. Je ne puis les citer toutes, tant l’énumération en serait longue. J’affirmerai seulement qu’il n’est pas une de no3 Facultés qui ne m’eût fourni une liste des plus respectables.

Une chose, Messieurs, qui mérite d’être signalée particulièrement, et qui l'a été en effet â une autre tribune par un honorable membre du Corps enseignant de l’État, c’est le développe-

ment qu’ont pris à Louvain les études orientales. Vous apprendrez avec plaisir que nous avons pu, dans le courant de cette dernière année académique, acquérir pour l’Université un corps de caractères zends et sanscrits, et que l’on imprime en ce moment à Louvain une grammaire sanscrite en caractères originaux. Ce sera, et cela aussi est presque un événement, la première impression de ce genre sortie des presses belges.

Pour terminer cet exposé, vous ne trouverez pas mauvais, Messieurs, que je parcoure d’un coup d’œil rapide l’enseignement de chacune de nos Facultés, et que je constate, en passant, les progrès qui ont été accomplis, et ceux qu’il serait désirable de voir réaliser dans l’avenir.

En Théologie, le travail, les études fortes sont plus que jamais en honneur. Ou en a la preuve chaque année dans les examens et les défenses de thèses qui mettent fin aux cours académiques. C’est une véritable jouissance pour l’esprit que le spectacle dont on est témoin alors. On ne sait assez admirer ce langage net et précis, cette habileté à. saisir et à serrer une question, cette agilité savante qui permet de suivre l'adversaire à travers les mille dédales d’une argumentation, quelquefois pleine de subtilité, sans jamais déserter le terrain de la lutte. Il est impossible de n’être pas frappé de la supériorité que donnent dans la discussion ces habitudes de rigoureuse

dialectique. On est frappé de voir comment tout se ramène à cette forme syllogistique, à cette logique sévère, dont Aristote a formulé les lois avec tant de génie il y a plus de deux mille ans. Je me permets de dire que les élèves des autres Facultés pourraient prendre là de très- utiles leçons. Ce que je désirerais pour nos jeunes théologiens c’est une initiation un peu plus large aux trésors de la littérature et de l’art religieux, une familiarité un peu plus personnelle avec tous ces chefs-d’œuvre nés de la foi et du génie inspiré et agrandi par le christianisme. Je ne croirai notre programme complet que quand j’y verrai figurer, avec un cours de patrologie, l’explication suivie et régulière de quelque grand monument do l’un ou l’autre de nos pères grecs et latins. Si l’on veut introduire sérieusement les classiques chrétiens dans nos cours d’humanité, il faut commencer par initier nosjeunesecclésiastiquesàcetteétudedes Pères, qu’il est bien difficile d’aborder seul plus tard, môme en supposant, ce qui n’arrive presque jamais, que le temps ne fait pas défaut. J’exprimerai un autre désir à l’adresse des étudiants en droit canon.. J’espère qu’il sera possible un jour de les faire entrer en connaissance avec le droit romain, dont les affinités avec le droit ecclésiastique sont si intimes et si nombreuses.

Je passe à la Faculté de Droit. La loi actuelle a rendu un service signalé aux étudiants de cette Faculté, en rétablissant l’examen pour

on grand nombre de cours relégués auparavant parmi les cours dits à certificat. Ces cours, Messieurs, étaient précisément ceux qui constituent les principes de la science du droit. Or, il n’a jamais été aussi nécessaire de bien établir ces principes -Jamais il n’a été aussi nécessaire de remonter à cette loi éternelle, qui est la source et le type immuable de toutes les lois humaines. Tout ce qui s’en écarte est nul et sans valeur aux yeux de la conscience, parce que, selon la parole immortelle de Bossuet, il n’y point de droit contre le droit. Quel abime entre cette notion chrétienne de la loi humaine, qui ne lui reconnaît de valeur qu’autant qu’elle est conforme aux prescriptions de la justice suprême et de la droite raison, stabüis ordinatio rationiSy et cette théorie libérale qui la fait naître du nombre, et par conséquent de la force, et qui, après lui avoir assigné cette origine, après l’avoir subordonnée à tous les caprices, à toutes les passions de la multitude, la met au dessus de tout, même de la justice, même de la conscience! Jamais doctrine plus monstrueusement tyrannique ne s’est étalée avec un pareil cynisme. C’est la foule, c’est César, maîtres absolus du genre humain ; c’est la réalisation de l’odieuse formule de Rousseau : le peuple n'a pas besoin de raison pour valider ses actes. On ne saurait donc trop insister sur les origines du droit ; on n’en saurait suivre avec trop de soin

les développements au sein de nos sociétés chrétiennes. Et c’est pour cela qu’il faut suppléer aux lacunes que laisse encore la loi actuelle dans l’histoire du droit. Je sais bien qu’il y a une introduction historique aux cours de droit civil, mais c’est bien peu pour combler ce vide énorme, qui embrasse presque tout le moyen âge, c’est à dire, ce que j’appellerais volontiers les siècles chrétiens de l’histoire. J’ajouterai que s’il me paraissait désirable tout à l’heure de voir nos jeunes canonistes se familiariser avec la connaissance du droit romain, il me semble qu’il serait très avantageux aussi à nos docteurs en droit de ne pas rester étrangers à cette législation ecclésiastique, qui a exercé une influence si considérable sur la formation de notre droit moderne et sur nos institutions sociales et politiques en général.

Un progrès que je désirerais aussi dans les études du droit, c’est qu’elles fussent un peu moins chose de mémoire, de réceptivité , si je puis m’exprimer ainsi, un peu plus chose de réflexion, de travail spontané et d’intelligence. Aujourd’hui le professeur étudie, discute, compare trop souvent aux lieu et place de l’étudiant, qui se contente de consigner le résultat de tout ce travail dans son cahier et de le confier laborieusement à sa mémoire. J-e verrais volontiers nos jeunes gens s’habituer peu à peu à travailler par eux-mêmes; je serais heureux de les voir.

dans leurs réunions, s’exercer à traiter des questions juridiques ou sociales en rapport avec leurs études habituelles. Il importe sans doute, et plus que jamais, de se former de bonne heure à la discussion publique, de cultiver le talent de la parole, mais à une condition cependant, c’est de ne parler que des choses que l’on connait dans une certaine mesure au moins, et telles sont certainement celles qui font l’objet journalier de nos études. Oratio, a dit le prince des orateurs romains, si res non subest db oratore percepta et cognita , aut nulla sit necesse est, eut omnium irrisione ludatur.

La Faculté de Médecine soutient vaillamment la renommée qu’elle s’est acquise depuis longtemps en Belgique et au dehors. Nous ne nous contentons pas de maintenir les résultats acquis, nous faisons, nous avons fait des progrès considérables Al’heurequ’il est, les travaux d'histologie, les exercices d’anatomie microscopique sont installés et fonctionnent chez nous dans les meilleures conditions. Vous le savez. Messieurs, la tendance de l’école médicale de Louvain a toujours été d’établir et de conserver une sage harmonie entre l’intérêt scientifique et l’intérêt professionnel. Nous nous efforcerons de lui maintenir ce caractère ; nous tâcherons, de plus en plus, par le développement de nos cliniques, de nos laboratoires, de nos exercices de tout genre, de meure l’élève autant que possible en

présence de la nature et des faits. Le meilleur enseignement est sans contredit le plus intuitif.

Segnius irritant animos demissa per aurem

Quam quæ sunt oeulis subjecta fidelibus...

En terminant ce qui concerne la Faculté de Médecine, je suis bien aise de vous dire, Messieurs, que nous nous occupons depuis longtemps de la création d’une polyclinique obstétricale, et que nous avons l’espoir le mieux fondé de pouvoir l’inaugurer très prochainement.

Dans la Faculté de Philosophie et Lettres, nous avons rétabli l’enseignement du grec pour tous les élèves de candidature. Nous n’avons jamais compris qu’on puisse vouloir conserver l’étude sérieuse du latin sans celle du grec, et nous partageons pleinement l’avis d’un bon juge en cette matière, feu M. Baguet, qui avait choisi pour l’uno de ses thèses de doctorat cette sentence de Wyttembach : - Sine græcis litteris nulla estsalus in latinis, dimidiumque et lucis abest et suavitatis. « Nous avons ajouté aux cours de doctorat des leçons d’encyclopédie philologique. Tout notre désir est de fortifier et de compléter ces études de littérature classique, si négligées souvent, si peu sérieuses, si peu appréciées, quand elles ne sont pas complètement abandonnées. La loi a ajouté aux mêmes cours l’étude comparée des littératures modernes de l’Europe. Chose excellente, si le peu

de temps dont on dispose permettait d’aborder la lecture des textes, et de se familiariser avec ces grandes œuvres littéraires, dont le nom est dans toutes les bouches , mais que les profanes se contentent de saluer de loin, et les profanes ici, il faut bien l’avouer, c’est presque tout le monde. Quant à la littérature française, le moment me semble venu, bien que cela soit en dehors du programme officiel, d’initier nos jeunes gens à la connaissance de cette poésie chrétienne du moyen âge, si mâle et si saine, de ces chansons de geste , dont le Chant de Roland est le type le plus accompli, et qui doivent êtro désormais la première pierre de l’enseignement de la littérature dans nos collèges. — Dans la philosophie proprement dite, nous tâchons d’imprimer â notre enseignement ce caractère pratique, qui en fait une arme redoutable contre les erreurs du temps et les dangers qui menacent tout à la fois la religion, l’ordre social et la raison ellemême. Nous nous efforçons d’affermir dans les jeunes esprits ces grandes vérités, ces vérités fondamentales, Dieu, lame, la liberté humaine, la distinction du mal et du bien, si impudemment niées ou contestées aujourd’hui jusque dans le monde de la science. Nous nous appliquons à leur rendre familières ces règles de la logique, cette dialectique vigoureuse, ces procédés syllogistiques, dont nous parlions tout à l’heure et qui ont toujours fait la terreur de»

faux sages et des demi-savants. Dans ce temps de sophismes et de sophistes, il est plus nécessaire que jamais de savoir démêler promptement le côté faible des mauvais raisonnements, de savoir mettre à nu la pauvreté intellectuelle de ces docteurs sans principes de la grande et de la petite presse, qui, toujours occupés à attaquer nos croyances, seraient très-souvent fort embarrassés si on les sommait de décliner leur symbole A eux, et de s’expliquer sur les vérités les plus élémentaires de la raison.

J’arrive enfin, Messieurs, à la Faculté des Sciences, et je m’applaudis tout d’abord d’y voir rétabli cet enseignement sérieux de la philosophie, dont l’absence était signalée depuis longtemps dans nos programmes comme une aberration sans précédent et sans excuse. Il faut bien le dire, l’ignorance ou la négation des vrais principes philosophiques exercent aujourd’hui, dans le monde scientifique, de cruels ravages. C’est là surtout qu’il n’est pas rare de rencontrer, en ce moment, A côté du savoir le plus étendu, une faiblesse ou une dépravation inouie du raisonnement. Grâce à cela, on en est venu, dans certaines écoles, à professer sans vergogne et avec un grand appareil de prétendues démonstrations et de mots techniques, les doctrines les plus désolantes, les plus monstrueuses, j’ai nommé l’athéisme et le matérialisme. — Un progrès réalisé dans cette Faculté est le cours

de microscopie végétale inauguré par M. le professeur J. B. Carnov. Quoique ce cours ne fût que facultatif, il n’en a pas moins été suivi avec assiduité, par un grand nombre d’étudiants, et nous le croyons appelé à rendre de précieuxservi ces dans l’avenir.— Jecrois devoir ajouter ici une remarque générale sur les cours de la candidature on sciences naturelles. Ces cours s’adressent à des jeunes gens qui ne font que les traverser, comme une préparation à d’autres études, et notamment aux études médicales. De là une nécessité impérieuse pour les professeurs de ne pas perdre de vue la destination professionnelle de leurs élèves Je reconnais qu’il faut aussi satisfaire aux exigences légitimes de la science, et qu’il y a là une question de jugement et d’appréciation très-délicate. Mais il est évident que dans le doute c’est l’intérêt de l’élève qui doit prévaloir, parce que cet intérêt s'identifie ici avec l’intérêt du pays, et que le pays nous demande avant tout, non des savants de cabinet et de laboratoire, mais des médecins, des ingénieurs, des praticiens instruits sans doute, mais instruits en vue de leur profession et des besoins auxquels ils sont appelés à satisfaire.

Nos Écoles spéciales continuent à répondre pleinement ’à notre attente et au but de leur institution. On pourrait pourtant y trouver une lacune; qui, du reste, a déjà été signalée. Sans

loucher à l’organisation actuelle, excellente pour la plupart des élèves, n’y aurait-il pas lieu de diriger dès l’abord les études d’une catégorie particulière de jeunes gens dans un sens plus restreint, et de leur permettre d’atteindre ainsi, au bout de trois ans par exemple, à l’un des diplômes soit d’ingénieur métallurgiste, soit d’ingénieur mécanicien, soit d’ingénieur chimiste, ou même d ingénieur agricole? Cette modification serait, pensons-nous, accueillie avec reconnaissance par ces familles respectables, dont la situation liuanciôre et industrielle assigne d’avance une carrière déterminée à leurs enfants. J’attire sur ce point l’attention de la Faculté.

Je vous ai entretenus jusqu’ici. Messieurs, et , trop longtemps peut-être, de notre mission scientilique. Mais nous en avons une autre à remplir, car nous sommes aussi une grande institution religieuse et nationale. Nous avons à préparer les jeunes gens qui nous sont confiés à remplir dignement, comme chrétiens et comme citoyens, la place qui les attend dans une société troublée, et au milieu d’une situation pleine de menaces et de périls.

Partout, écrivait naguère un éloquent prélat, partout des foules aveuglées s’excitent dans l’ombre à se ruer sur une société qui s’est livrée d’avanceau nombre et à la vigueur de leurs bras. L’absence de tout principe, l’ambition de tout

posséder, J’espoir de tout détruire, l'audace croissante des uns, la faiblesse et les illusions incurables des autres, préparent l'heure des suprêmes épreuves, et les sourds tremblements du sol annoncent les catastrophes.

L'âme du peuple a été séduite. Et cependant ce peuple a de nobles instincts. Son âme est simple et droite. La pensée du dévouement le transporte, toutes les grandes causes parlent à son cœur. Mais ces sentiments ne sont pas les seuls de la nature humaine. A côté des aspirations vers les choses d’en haut, il y a les entraînements vers la terre et la servitude des sens. Quand ces instincts se développent, la volupté devient peu à peu maîtresse du monde. C’est le résultat où nous ont conduits des arts, des sciences, une industrie qui se sont faits les esclaves de la matière. Nous avons vu le peuple abandonner ses champs, remplir nos villes et nos ateliers, oublier ses antiques mœurs, tomber par le scandale de nos spectacles, de notre littérature, de nos désordres publics, au niveau de la corruption païenne.

Or, lorsqu’un peuple en est là, il est sur la route de l’apostasie. Quand la volonté est pervertie et fixée dans le mal, la pensée d’une règle, d’un frein supérieur, d’un législateur, d’un juge, d’un Dieu enfin, lui devient forcément odieuse. C’est le moment où les sophistes trouvent le chemin de son cœur, et y font péné-

trer ce qu’un historien de Rome appelle la doctrine du mépris des dieux. Une fausse science s’est levée, et devant ses attaques forcenées, les philosophes eux-mêmes se sont émus, et l’un d’eux a fait entendre ces graves et tristes paroles : « L’idée de Dieu est en péril. « A quoi l’un des chefs les plus fameux de la conspiration athée n’a pas craint de répondre : - Cela ne suffît pas, il faut lui porter les derniers coups. •

Et ce qu’ils disent ils le font.

Après avoir nié la cause intelligente et libre de l’univers, on se tourne vers l’homme, et courbant son front vers la boue, on fait passer devant lui les plus vils animaux, depuis le ver jusqu’au singe des forêts, et on lui dit : voilà tes ancêtres ! Comme eux tu n’as pour père que le néant, et le néant pour espérance. Comme eux, tu n’as que des sens à satisfaire. Ton Dieu, ton âme, la science désormais les condamne, l’imposture seule ou l’imbécilité peut les soutenir.

Le tableau effrayant tracé par cette plume éloquente, vous paraît sans doute. Messieurs, un peu chargé pour notre Belqique. Et, en effet, il importe de distinguer. Il y a, je le reconnais, une Belgique, très-nombreuse encore, qui n’a pas dégénéré de la foi et des mœurs de nos pères, Dieu en soit loué ! Mais il y en a une autre, fort bruyante, fort ardente, animée d’un esprit de prosélytisme audacieux, impie, et celle-là n’a pas le droit de se plaindre d’y être

peinte avec trop d’infidélité. N’avons-nous pas, nous aussi, nos solidaires, nos libres-penseurs, nos propagateurs, plus ou moins conscients, plus ou moins voilés, de l’athéisme et du matérialisme? N’avons-nous pas des journaux, et en bon nombre, occupés à démolir, avec nos saintes croyances, toutes les bases de l’autorité et du respect? N’avons-nous pas cet empoisonnement moral des masses renouvelé chaque matin à des doses toujours plus effrayantes? Pouvons-nous compter encore ces écrivains sans princi pes, sans retenue, ces malfaiteurs de plume, qui ruinent et assassinent les âmes, comme d’autres, moins coupables, s’attaquent à la vie et aux biens de leurs semblables? De quoi rougit-on aujourd’hui dans cette Belgique? Est-il un excès devant lequel s’arrête le cynisme des orateurs et des écrivains? Plaise à Dieu que nos craintes soient exagérées! Mais le monde se gouverne surtout parles idées, le peuple passe vite de la théorie à l’action, et, selon la parole de nos saints livres, quand on sème le vent, on finit par moissonner les tempêtes.

Quoi qu’il en soit, Messieurs, notre devoir à tous est de combattre avec plus d’énergie, avec plus de constance que jamais. Quand l’ennemi entoure la cité, tout le monde doit veiller aux murailles; quand l’attaque est partout, la défense ne doit manquer nulle part.

Dans ce combat, dit encore l’éloquent prélat,

que nous citions tout- à l'heure, il est des armes qui conviennent à tous : ces armes ce sont la prière et l’exemple.

La prière, celle des petits, des simples, des pauvres, comme celle des savants et des grands de la terre, sait également fléchir le cœur de Dieu, le porter à se souvenir de ses miséricordes, et nous sauver de nos propres erreurs. Mais si la prière est indispensable, elle ne saurait suffire Avec elle il faut les œuvres, et l’œuvre première, parce qu’elle est encore l’œuvre de tous, c’est l’exemple; l’exemple nécessaire surtout dans un siècle de défaillance, où le mal ne vient pas moins de la faiblesse des bons que de la perversité des méchants. Ceux-ci ne dominent que parce qu’ils s’affirment; les bons sont surtout vaincus parce qu’ils tremblent et se dissimulent.

La prière et l’exemple sont le devoir de tous, mais il est un devoir particulier pour ceux qui peuvent défendre, par la parole ou par la plume, leur foi attaquée. Ici la loi de la défense est dictée par l’attaque. Pour préserver la place, il faut voir où l’ennemi porte ses coups. Ce qu’il attaque surtout c’est l’Église, et, dans l’Église, son Chef suprême, le Vicaire de Jésus-Christ. C’est contre les enseignements do Pierre qu’il lance tous ses traits, contre cette parole qui remue le monde sous une pression de haine ou d’amour, contre ce Syllabus qui n’est autre chose que la

déclaration des droits de Dieu opposée h la déclaration des prétendus droits de l’homme. Cette déclaration ne condamne pas la liberté comme on l’affirme; elle ne condamne que ceux qui ne veulent pour la liberté ni régie, ni loi, ni législateur, parce qu’ils ne veulent pas de Dieu. La liberté, la morale, la science, tous ces grands noms qui parlent au cœur de l’homme sont notre patrimoine, nous les avons seuls conservés, définies pendant de longs siècles. Ne permettons pas à l’incroyance de s’emparer des noms antiques de la vérité, pour nous accuser ensuite de condamner la vérité elle-même. Tous les maîtres de la vraie science ont été serviteurs de Dieu. Newton, liacon, Pascal, Leibnitz, Cuvier l’adoraient dans ses œuvres, et ne demandaient pas à la nature de rendre de faux témoignage contre son auteur.

Enfin, Messieurs, si la science conduit à Dieu parce que Dieu est lumière, la charité le révèle aussi parce que Dieu est amour. La charité ne s’adresse pas seulement aux misères du corps, mais elle soulage aussi les plaies non moins profondes des âmes; elle les panse, elle les üuérit, non par de vaines complaisances ou par la diminution de ia vérité, mais par la miséricordieuse tendresse qui voit le Maître, le Père bien- aimé dans le plus petit, dans le plus misérable de ses enfapts. Guérissons doucement ces blessures, comme on guérit les blessures de

celui qu’on aime. Ces âmes égarées ne les faisons pas s’égarer davantage en ne leur montrant que de l’indignation et de la haine. Le péché le mérite sans doute, mais le pécheur ne mérite que la pitié.

La prière, l’exemple, la science, la charité, tels sont donc les remèdes propres à guérir notre siècle, s’il est encore guérissable. Si le mal qui le travaille est trop profond, dit en terminant Mgr Lavigeriev dont je regrette d’affaiblir les paroles en les abrégeant, si le mal est trop profond, notre pauvre société périra, et ce sera pour Dieu un autre moyen de faire triompher sa cause. Toutes les autres causes ne triomphent que par la vie; celle-là, quand elle paraît vaincue, triomphe toujours par la mort.

L’année académique 1877-1878 est ouverte. Vierge sainte, Siège de sagesse, Mère, Patronne toute-puissante et bien-aimée, nous la mettons sous votre protection que nous n’avons jamais invoquée en vain : monstra te esse matrem.

NOTICE sur M. le professeur RUTGEERTS.

Louis -Joseph -Napoléon Rutgeerts naquit à Anvers le 7 septembre 1805. Il eut pour père le notaire Charles Rutgeerts et pour mère Marie- Joséphine de Lincé, Allé d’un autre notaire d’Anvers qui joua un rôle considérable dans la révolution brabançonne, en qualité de secrétaire du Congrès de 1790, de conseiller et d’ami intime de Henri Vander Noot.

Après avoir fait de fortes études à l’athénée royal d’Anvers, Louis Rutgeerts se rendit à l’université de Louvain, au mois d’octobre 1827. 11 y subit tous ses examens avec la plus grande distinction (summis cum laudibus) et prépara, pour sa promotion solennelle au doctorat en droit, une dissertation inaugurale sur l’abolition de la peine de mort, vaste problème à la fois juridique et humanitaire, qui était alorsà l’ordre du jour dans les colonnes de la pi esse quotidienne et qui, depuis cette époque, n’a pas cessé de l’être dans les régions élevées de la science. Il réunissait et groupait les éléments de cette dissertation, quand un arrêté du Gouvernement provisoire, du 16 décembre 1830, vint rendre facultatif l’usage du spécimen inaugurale , que la législation néerlandaise avait rendu obligatoire. Privé des conseils de son savant maitre et ami Birnbaum, qui avait été forcé de se retirer

en Hollande, Rutgeerts usa de la permission et se contentade se faire délivrer, en 1831,lediplôme de docieur on droit.

Obéissant une vocation nettement caractérisée, le jeune docieur se fixa à Louvain et y ouvrit des cours privés de droit romain et de droit civil, pour les élèves qui se préparaient à subir les épreuves du doctorat. Le Gouvernement provisoire, en supprimant la faculté de droit de Louvain, pour la rétablir trois semaines plus tard d'une manière insuffisante, avait jeté le désordre dans les études juridiques, et les élèves étaient heureux de trouver, à côté des chaires officielles, un enseignement lucide et méthodique embrassantles branches principales de l’examen G). Le succès obtenu par Rutgeerts fut aussi prompt que complet. Plus d’une fois le nombre deses auditeurs égalacelui des étudiants qui fréquentaient les cours analogues professés à l’université.

Rutgeerts se trouvait dans cette position modeste, mais lucrative, quand les Évêques belges, profitant de la liberté d’enseignement, reconquise par la révolution de septembre, transférèrent, en 1836, l’université catholique de Malines à Louvain.

(!) Après avoir supprimé ta ficnltë de droit de Louvain, le !8 décembre !850, le gouvernement la rétablit le 3 janvier suivant, en la composant de trois protessenrs et d’un lecteur.

Mgr de Ram, qui excellait dans le choix intelligent de ses collaborateurs, ne tarda pas à discerner les services que l'habile répétiteur des cours du doctorat était en mesure de rendre à l’université naissante.

Aucun enseignement spécial pour les aspirants au notariat n’existait dans les universités du royaume. Mgr de Ram, qui tenait à placer au premier rang la grande école religieuse et scientifique qu’il avait l’honneur de diriger, résolut de créer cet enseignement à Louvain. Il obtint l’assentiment du Corps épiscopal pour l’établissement d’une chaire de droit notarial et de droit fiscal, et, le 22 avril 183H, il confia cette chaire à Rutgeerts, que ses traditions de famille et ses connaissances spéciales rendaient éminemment propre à l’accomplissement de cette tâche

Lejeune professeur ne tarda pas à justifier la confiance de l’éminent recteur de l’université catholique. Dés cet instant jusqu’aux derniers jours de sa longue carrière, il s’attacha avec une infatigable persévérance, non-seulement à former des notaires instruits et dignes de la confiance des familles, mais encore â améliorer l’institution même du notariat, qui touche par tant de côtés aux intérêts les plus élevés de la société civile. Nous en fournirons plus loin de nombreuses et irrécusables preuves.

Bientôt le zèle et le dévouement de Rutgeerts furent mis à une nouvelle épreuve.

M. Antoine Ernst, ancien ministre de la justice, devenu professeur de droit romain à l’université catholique, étant atteint d’une maladie mortelle, Mgr de Ram pria le professeur de droit notarial de se charger provisoirement, pendant l’année académique 1842-1843, du cours d’Institutes. Quoiqu’il eût fait des études de droit romain sous la direction de maîtres tels que Holtius et Warkœnig, qui jouissaient d’une réputation européenne; quoiqu'il eut lui-même, pendant sept années , professé cette science dans ses cours privés, il hésita longtemps à accepter la succession d’un professeur aussi justement estimé que M. Ernst. 11 huit toutefois par céder, et le Corps épiscopal, après le décès de M Ernst, lui confia le cours d’Institutes à titre définitif. Il s’acquitta si bien de ces nouvelles fonctions que, vers le milieu de l’année académique 1849-1850, ses élèves lui offrirent, en témoignage de leur reconnaissance, son portrait lithographié par l’éminent artiste Schubert.

Cependant le notariat était resté l’objet principal de ses préoccupations et de ses études. Ses premiers écrits eurent pour objet la réforme de la législation qui régit cette grande institution nationale.

Tandis que, depuis 1814, tous les pays détachés de l’empire français avaient successivement modifié cette législation, le notariat était toujours régi chez nous par la loi organique du 25 ven-

tôse an XI. Sans se faire le détracteur de cette loi, qui est sous certains rapports un vrai chefd’œuvre, Rutgeerts crut devoir émettre son avis sur les modifications qu’on pouvait faire utilement subir à la législation française. En 1843, il publia une brochure intitulée : Quelques réflexions sur le projet de loi du 7 février 1843 relatif au ressort , à la résidence et au nombre des notaires , comparé avec la nouvelle loi organique de la Hollande du 9 juillet 1842 (i). Trois ans plus tard, toujours préoccupé du même sujet, il fit paraître une seconde brochure ayant pour titre : Notes communiquées, à titre de renseignement, aux membres de la Chambre des représentants et du Sénat , sur le nouveau projet de loi organique présenté à la Chambre des représentants, dans la séance du 9 avril 184fi, par M. le ministre de la justice (2).

Une autre réforme était indispensable. La plupart des aspirants au notariat négligeaient complètement les études théoriques. Ils se contentaient du léger bagage de Connaissances pratiques qu’on acquiert en remplissant, pendant quelques années, les fonctions de clerc. La loi, beaucoup trop indulgente, n’exigeait d’eux d’autre garantie d’aptitude qu’un certificat de capa-

(I) Louvain, Vanlintliout et Vaoriezande, septembre '813; Cl pp. in 8».

(8) Lnuvain, Vanlinthout et Vaodezaode, 4816; 89 pp. in-f*.

cité délivré par la Chambre des notaires de leur arrondissement, composée de collègues et d’amis de leurs patrons.

Adversaire déclaré do cette situation anormale, Rutgeerls se mit en rapport avec plusieurs ministres de la justice et lit vivement ressortir la nécessité d’astreindre les futurs notaires à fréquenter les cours universitaires et à subir les épreuves requises, non plus devant la Chambre de discipline, mais devant un jury d’examen, comme tous les autres aspirants aux professions libérales. Ses vœux furent réalisés en 1849. Une loi du 15 juillet de cette année renvoya les aspirants devant le jury et composa l’examen de candidat notaire des matières suivantes : le code civil, les lois organiques du notariat, les lois financières qui s’y rattachent et la rédaction des actes.

Nous venons de dire que Rutgeerls, en vue de fortifier les études et d’améliorer la législation du notariat, s’était mis en rapport avec plusieurs ministres de la justice. L’un d’eux, M. le baron d’Anethan, qui avait ainsi trouvé l’occasion de l’apprécier, le nomma, en 1846, membre de la Commission chargée d'élaborer un projet de loi sur l’importante matière des privilèges et des hypothèques II fut l’un des trois rapporteurs de cette Commission, dont les travaux servirent de base à la loi du 16 décembre 1851, qui nous régit encore, et il remplit si

bien son rôle que ses collègues lui volèrent des remerciments unanimes.

Cette mission officielle, si bien accomplie, fut bientôt suivie d’une autre, d’autant plus flatteuse qu’elle émanait de l’initiative d’un adversaire politique. En 1848, M. de Haussy, ministre de la justice, appela Rutgeerts à siéger au sein de la Commission chargée de la révision de la loi organique du notariat. Il est généralement connu que le professeur de Louvain a contribué pour une large part au succès des travaux de cette Commission. Les principes qu’il mit en avant, les modifications qu’il indiqua, les résolutions qu’il proposa de prendre, reçurent presque toujours l’assentiment de ses collègues. Aussi M. Faider, successeur de M. de Haussy, se fit-il un devoir de reconnaître les services éminents rendus parle professeur de Louvain, en lui écrivant, « qu’il pouvait se flatter d’avoir « largement contribué au perfectionnement de « l’institution du notariat. »

En 1853, Rutgeerts déployant son activité dans une autre sphère et travaillant avec une ardeur toujours croissante, mit au jour un ouvrage remarquable, qui lui assigna immédiatement une place distinguée dans la science nationale. Dès le début de sa carrière professorale, il avait été vivement frappé des inconvénients résultant de l’absence d’ouvrages didactiques sur les matières qui faisaient l’objet de son ensoi-

gnement. Tout ce qui concernait le notariat était traité accessoirement et d’une manière insuffisante dans les manuels et les traités de droit civil, de procédure civile et de droit commercial Ni en Belgique, ni en France, il n’exisfail un ouvrage spécial sur la science notariale proprement dite.

Rutgeerts avait pris la résolution de combler cette lacune, et il réalisa son dessein avec un succès complet, en composant un livre exclusivement consacré à la science notariale et aux lois financières qui s’y rapportent.

Il publia, en deux volumes, un Manuel de droit notarial et de droit fiscal. Deux éditions, quoique tirées à un nombreconsidérable d’exemplaires, furent promptement épuisées, et l'auteurreçut des félicitations chaleureuses, d'abord de notaires et de fonctionnaires belges, puis d'un grand nombre de notaires français, hollandais et allemands. Toutes les publications spéciales consacrées au notariat firent un brillant éloge de la science du professeur qui avait osé, le premier, combler une lacune si longtemps et si vainement signalée par les hommes compétents. Devant tous les tribunaux du pays,, ses opinions furent bientôt invoquées avec autorité, dans toutes les matières qui touchent aux deux importantes branches du droit national qui avaient fait l’objet de ses études. Le gouvernement lui-même crut devoir attester publique

ment le mérite du professeur de Louvain. Pour récompenser les services qu’il avait rendus comme membre du corps enseignant, comme publiciste et comme membre de deux Commissions officielles, le roi Léopold Ier lui décerna, le 5 mars 1856, la croix de chevalier de son ordre.

Rutgeerts ne s’endormit pas sur ses lauriers. Les succès qu’il avait si légitimement obtenus devinrent, au contraire, un nouveau stimulant pour son dévouement et son zèle Ayant préparé de longue main un travail complet sur les droits de succession et de mutation, il fit paraître, en 1862 et 1863, un ouvrage en deux volumes, intitulé : Manuel du droit de succession, du droit de mutation par décès et du droit de mutation par décès en ligne directe et entre époux (î). Le livre fut parfaitement accueilli. Il comblait, lui aussi, une lacune de notre littérature juridique II n’existe en Belgique aucun traité où les questions qui se rattachent à la perception des droits de succession soient traitées d’une manière aussi lucide et aussi complète. L’ouvrage est devenu pour ainsi dire classique parmi les préposés de l’enregistrement et les receveurs des droits de succession.

En 1866, au lieu de livrer au public une nouvelle édition de son Manuel de droit notarial ,

(4) Louvain, Foateyn, f vol. in-**.

il composa un savant commentaire de la loi du 25 ventôse an XI, où toutes les questions théoriques et pratiques intéressant le notariat sont traitées avec une science rare et une expérience consommée (1). L’auteur ne se contente pas de faire ressortir la portée juridique des termes du texte; il explique et coordonne toutes les dispositions législatives et toutes les décisions judiciaires qui s’y réfèrent. Il fait connaitre les modifications que la législation notariale a subies en France et en Hollande, et il résume la jurisprudence administrative qui a prévalu dans ces deux pays. 11 signale les imperfections du système actuel et indique les améliorations dont il est susceptible. L’auteur fournit, en un mot, aux notaires, aux juges et aux membres du barreau un moyen prompt et facile de connaitre, sur chaque question importante, les solutions adoptées par la doctrine et par la jurisprudence en Belgique, en France et en Hollande.

A cette époque surgit une vive controverse entre les notaires des villes et ceux des campagnes. Les premiers demandaient le maintien et les seconds réclamaient énergiquement l’abandon de la répartition des notaires en trois classes. Rutgeerts, devenu en quelque sorte l’oracle du notariat belge, ne pouvait rester étranger à cette controverse, qui, d’abord ex-

;t) Louvain, Fonleyn, f vol. iu •*.

cîusivement placée sur le terrain de.3 principes, avait fini par revêtir un caractère politique et électoral. Outre plusieurs articles remarquables, publiés dans les colonnes du Moniteur du notariat , il jeta dans la mêlée les brochures suivantes : Considérations sur la révision du nombre des notaires (i). — Mémoire sur la question du ressort des notaires (2). — Réponse du professeur Ruigeerts au Mémoire de M. Van Overstraeten , notaire à Louvain (3). — De l'immixtion des agents d'affaires dans les fonctions notariales en Belgique , en France, en Hollande et en Allemagne, et des moyens qu'on peut employer pour l'empêcher (4). Il rencontra cette fois des contradicteurs, parce qu’il touchait à des questions délicates qui permettent, suivant le point de vue où le lecteur se place, de formuler des opinions différentes et d’aboutir à des conclusions opposées ; mais ses contradicteurs eux mêmes étaient unanimes à reconnaître, dans ces publications de circonstance, l’œuvre d’un esprit indépendant et. convaincu, possédant une longue expérience et une incontestable érudition.

La dernière publication de Ruigeerts a été

(I) l.onvain, Fonteyn, 18*8, 87 pp. in 8 • et six tableaux Matistiques

(8) l.onvain, Fonteyn, 1878, 88 pp. in-8*.

(J) Louvain, Fonteyn, 187*. in 8*.

(*) Bruxelles, Thiry. 187*. 85 pp. :u 8*.

celle du résumé du cours de droit fiscal qu’il professait à l’Université catholique. Les trois premières parties, comprenant les droits d’enregistrement, de timbre et de succession, parurent en 187d; la quatrième, consacrée aux droits d’hypothèque? sortit des presses l’année suivante (1). Ce cours a le grand avantage d’indiquer et de résumer toutes les décisions législatives, administratives et judiciaires postérieures à la publication du Manuel de droit fiscal II est d’une importance capitale pour les étudiants qui se préparent à subir l’examen de candidat notaire.

Ce fut alors, après trente-huit années consacrées à renseignement et à la science, que le digne et dévoué professeur devint l’objet d’une imposante et touchante manifestation. Le 25 novembre 1876, ses anciens et ses nouveaux élèves lui offrirent son buste en marbre, dans la salle des promotions de l’Université, en présence des membres de sa famille, de ses collègues et de ses amis, parmi lesquels figurait l’une des lumières du notariat français, M. Albert Amiaud, accouru de Paris, pour joindre ses hommages à ceux de la jeunesse belge (2). M. le notaire Van

(l) Bruxelles, Bruylant-Christophe, I sol. in 8*. La préface de la quatrième parité porte la date de mai 1877.

(i) M. Amiaud a public, entre antres écrits, le Tarif général et raitonné de s notaires. Cet ouvrage, qui sc distingue par une profond» érudition et un remarquable esprit de recherches, est dédié à Rutgeo fis.

Mous, <le Bruxelles, se fit l’éloquent organe de la gratitude et île l'affection des souscripteurs; il énuméra tous les services que son maître vénéré avait rendus à l’enseignement, i\ la science et au notariat; il lui dit notamment, aux applaudissements unanimes de l’assemblée : » Prenant

- l’initiative d’une démonstration justement mé- » ritée, vos élèves actuels ont fait appel à tous

- ceux qui les ont précédés dans vos cours, et ” qui ont su, comme eux, apprécier la valeur de

votre enseignement. Je les remercie au nom » de tous ceux qu’ils ont ainsi convoqués. Nous * avons été heureux do répondre à leur appel

- et de nous joindre à eux pour vous renouveler

- l’expression de notre reconnaissance et vous *» témoigner notre admiration pour vos savants

- travaux.... Votre mérite nous donne l’or- •> gueil de nous rappeler que c’est à vos leçons

- que nous devons les principes de nos connais-

- sances dans la science du notariat. *

Nous étonnerons probablement nos lecteurs eu ajoutant que Rutgoerts, sans cesse livré à l’enseignement et à l’étude de matières qui n’avaient rien «le poétique, aimait à faire des vers et consacrait au culte des muses une partie <los heures qui n’étaient pas absorbées par ses travaux habituels. Le fait est cependant incontestable. Sans être précisément doué de l’inspiration poétique, les idées ne lui manquaient pas et il rimait avec une extrême facilité. Ses petits

Dig

poèmes lui valurent même, à deux reprises,, une distinction flatteuse.

En 1840, la ville d’Anvers, voulant dignement honorer l’anniversaire biséculaire du décès de Rubens, par l’inauguration de la statue du grand peintre, la société royale des sciences, des lettres et des arts avait mis au concours l’éloge en vers de l’illustre artiste. Le jeune professeur de droit fiscal répondit à cet appel et soumit au jugement du jury un poëme de trois cents vers, qui fut couronné à l’unanimité dessuffrages. Le 15 avril 1840, la mélaille d’or fut solennellement remise au lauréat, au pied de la statue de Rubens, par le ministre de l’intérieur^ M. Rogier. Dans la préface du poëme, Rutgeerts S'exprime ainsi : « Ce n’est ni un vain désir » de renommée, ni l’espoir d’un succès litté- » raire, qui m’ont engagé à envoyer ce poëmo » au concours ouvert par la Société royale des » sciences, des lettres et des arts. L’amour de * ma ville natale et le désir de seconder, selon - mes faibles moyens, les efforts de mes hono- •» râbles concitoyens pour célébrer dignement « la fête du prince des peintres..., m’ont seuls » fait entreprendre une tâche qui était, sans » doute, au-dessus de mes forces; mais la gloire » de mon illustre compatriote est venue me sti- « muler au fond de ma retraite et j’ai cédé A » mon enthousiasme, sans consulter mon talent. « J’espère que le public jugera avec indulgence

» l’œuvre littéraire d’un homme qui ne s’est « jamais occupé que d’études sérieuses et posi- » tives, qui a peu ou point cultivé la poésie et •> qui ne peut trouver d’autre excuse d’avoir " osé entrer dans une pareille lutte, que dans

- Tardent désir de joindre sa faible voix au con-

- cert de louantes qui s’est élevé en l’honneur ■» de l’immortel peintre d’Anvers. « Vingt-deux ans plus tard, en 1862, un autre petit poème, resté inédit, sur l’expulsion des Maures d'Espagne. lui fît décerner par la reine rsabelle la croix de chevalier de Tordre d’Isabelle la catholique (i).

Le professeur Rutgeerts mourut le 12 juillet 1877, en laissant de profonds et unanimes regrets parmi tous ceux qui l’avaient personnellement connu. Loyal, franc, désintéressé, toujours prêt à payer de sa personne, ne cherchant jamais à se procurer des avantages personnels au détriment de ses collègues, il jouissait à juste titre de l’estime, de la confiance et de l’affection de tous les membres du corps académique. A un cœur aimant et dévoué, h un esprit vif et primesautier, il joignait cette bonhomie, parfois un peu rude, qui nous étonne, en même temps qu’elle nous charme, dans les écrits des savants belges du seizième siècle. Comme

U) l.’êlofp en vert de Ituben* n été pnblié à Bruxelles, rlie* I.ebroit, en <854 ; 34 pp. in 8*.

tous les hommes qui sentent vivement, il s’animait en discutant; mais ses reparties, toujours tempérées par la bonté de son cœur, ne dépassaient jamais les limites des plus strictes convenances. Son dévouement envers les étudiants qui fréquentaient ses cours était réellement, illimité. Il leur prodiguait ses conseils, il jouissait de leurs succès, il souffrait de leurs revers, et nous l’avons vu, à diverses reprises, profondément affligé, parce que quelques-uns de ses élèves avaient subi des échecs devant le jury d’examen. Mgr Namèehe a parfaitement caractérisé l’homme et le professeur, en disant, dans son discours du 3 octobre de cette année : « Nous « avons perdu ce bon M. Rutgeerts, si remar- » quable par je ne sais quel mélange bien tem- « péré de droiture, de simplicité antique et

- d’originalité d’esprit. C’était, il faut le répéter

- à son honneur, le type du professeur dévoué •* et oublieux de lui-raème ; c’était aussi l’oracle ■» du notariat en Belgique et au dehors. « Le portrait est fidèle.

Le nom de Louis Rutgeerts figurera avec honneur parmi ceux des ouvriers de la première heure, qui ont posé les assises et fondé la ronoraméede l’Université catholiquede Louvain.

J. J. THONISSEN.

Inauguration de l'Institut anatomique de Louvain.

Nous lisons dans le Bien Public du vendredi 11 mai 1877 :

1/ Université catholique, toujours attentive à serrer de près le mouvement de la science, vient de signaler encore son autonomie par , une création nouvelle de premier ordre. A cette époque où les découvertes de la chimie et tes applications du microscope ont permis de pêne trer plus profondément dans les secrets de l’organisme, la physiologie et l’anatomie, ces bases des sciences médicales, ont subi des modifications considérables. Il importait que l’enseignement supérieur mit ces découvertes et ce3 méthodes perfectionnées à la portée non seulement de quelques théoriciens spécialistes, mais de tous les adeptes éclairés de l’art de guérir. C’est pourquoi Louvain, prenant encore une ^ois une généreuse initiative, a constitué de fond en comble un Institut médical organisé d’après toutes les lumières de la science contemporaine, et où les étudiants pourront se familiariser avec les travaux les plus délicats de l’histologie et -avec tous les procédés perfectionnés de la science. L’autorité académique a réuni dans un vaste et bel édifice peu distant du principal des hôpitaux de Louvain, les nouveaux laboratoires

de microscopie, le musée anatomiqne, les salles de dissection, et un splendide amphithéâtre, capable de contenir tous les élèves de la Faculté de médecine et destiné aux démonstrations orales des professeurs. L’inauguration du nouvel Institut s’est faite le 21 avril dernier, par une solennité académique précédée de la bénédiction religieuse. Les professeurs de la Faculté de médecine, plusieurs membres du corps professoral et Mgr le vice recteur assistaient à cette cérémonie. Le nouvel amphithéâtre, malgré ses larges proportions, avait peine à contenir la foule enthousiaste et charmée des étudiants en médecine. Les Fanfares de l'Université, toujours disposées à prêter leur concours éclatant aux fêtes de la jeunesse universitaire, remplissaient le local de bruit et d’harmonie.

A onze heures, Mgr Namôche, recteur de l’Université catholique, revêtu des habits sacerdotaux, lit son entrée et procéda, au milieu d’un religieux silence, à la bénédiction des murs de l’édifice.

Puis, ayant pris place au fauteuil de la présidence, il prononça d’une voix grave et émue l’allocution suivante :

« Messieurs, nous avons pensé que nous ne pouvions mieux préluder à l’inauguration de notre nouvel Institut anatomique que par la cérémonie religieuse à laquelle vous venez d’assister. S’il est un lieu où la présence de la reli-

gion soit appelée spontanément, un lieu où les graves considérations de la dignité de l'être humain régénéré par le Christianisme, où les douces et réconfortantes pensées d’une vie supérieure devant laquelle la mort elle même est désarmée, doivent s’imposer à tous les esprits, c’est assurément celui-ci. Qu’est ce, Messieurs, pour le médecin chrétien que ces restes de notre mortalité, sur lesquels il concentre toute son attention et toutes ses études? C’est le tabernacle désert d’une âme immortelle qui ne l’a pas abandonné à .jamais, mais auquel la toute-puissance souveraine la réunira au jour marqué dans ses décrets. Ce sont les débris de ce corps, chefd'œuvre de la création visible, façonné à l’originq par la main du Créateur, et qui doit renaître un jour pour ne plus mourir. Ce corps, lié indissolublement aux destinées d’une âme rachetée par le sang divin, voyez de quels respects l’Église, notre mère, se plaît à l’entourer même quand il en est momentanément séparé par la mort, que le péché a faite. Voyez quels honneurs touchants elle lui rend dans la pompe de ses funérailles, comme elle protège de ses bénédictions, et, au besoin, de ses anathèmes le lieu bénit où il dort dans l’attente d’une résurrection glorieuse !

Fils de l’Église catholique, apprenez de votre mère quel esprit doit présider aux travaux auxquels vous allez vous livrer dans cette en-

•ceinte. En étudiant dans la mort même les secrets de la vie, vous saurez tenir votre âme A la hauteur de ces grandes pensées. Vou3 n’oublierez pas le Créateur, en analysant les merveilles de ce chef-d’œuvre de scs mains, do cet organisme humain, qui proclame si hautement 1a sagesse infinie de son auteur. Je n’insiste pas sur ce point, mais je ne puis m’em pécher de vous citer ce passage admirable d’un ancien, d’un des hommes les plus illustres do votre profession, de Galien. Le grand médecin de Pergame a écrit ce qui suit au livre III du célèbre traité d’anatomie De usu partium : «En * écrivant ces livres, je compose un hymne à « Celui qui nous a laits. Je pense que la solide « piété ne consiste pas tant à lui sacrifier plu- - sieurs hécatombes de taureaux et A lui offrir » les parfums les plus exquis, qu’A reconnaître » et annoncer sa sagesse et sa bouté. Avoir mis » toutes choses dans l’ordre et la disposition les » plus propres A les faire subsister, avoir voulu « que tout se ressentit de ses bienfaits, c’est une « marque de sa bonté qui mérite nos actions de « grAces ; on voit briller sa sagesse en ce qu’il « a trouvé le moyen d’établir ce bel ordre que •* nous admirons, et il a signalé sa toute-puis- « sance en faisant tout ce qui lui a plu. »

» J’ai encore, Messieurs, un devoir A remplir. Il y a deux ans, vous vous en souvenez, nous étions en présence d’une très-grande difficulté.

L'accroissement do la population universitaire, le progrès dos études médicales, les exemples qui nous étaient donnés à l’étranger, tout nous imposait l’obligation urgente d’améliorer et d’agrandir nos installations anatomiques. La Faculté de médecine, toujours si soucieuse des besoins de notre enseignement, s’était émue do cette situation. Mais où trouver les ressources nécessaires pour satisfaire des vœux si pressants et si légitimes? Dans ce pays de liberté, la pluie d’or des budgets ne tombe guère que sur les champs trop souvent altérés des écoles officielles. Au gré de beaucoup de g«ms, les établissements catholiques et libres passeraient pour bien osés s’ils réclamaient une petite part de ces largesses qui coulent si abondantes chez leurs émules, et ils «loi vent s’estimer trop heureux quand ils ne sont pas traités de turc à maure par les pouvoirs publics. Pour ces grands redresseurs des abus d’autrefois, la spécialité des catholiques en fait d’enseignement paraît devoir se réduire de plus en plus à payer largement l’impôt au profit de tout le monde, eux exceptés bien entendu. Quoi qu’il en soit, fort heureusement l’inépuisable générosité d’un do nos vénérés évêques, d’un prélat au cœur d’or, nous vint en aide, et, grâce à lui, nous avons pu élever l’édiflce que nous inaugurons en ce moment, et qui répond pleinement, je le crois, à tous les besoins de l’enseignement et à toutes les conditions actuelles de la science.

ogle

« C’est, j’ai le devoir de le dire. Messieurs, sur les plans et sous la direction de M. le professeur Helleputte que le nouvel Institut a été édifié. Il est construit dans ce style chrétien du moyen âge, qui traduit si bien les aspirations de la foi, ces espérances par lesquelles l’âme s’arrache à la terre et s’élance vers l’infini. Ce style, qui semble spiritualiser jusqu’à la matière elle-même, est, par sa date, contemporain de ces grandes universités du moyen âge, nées elles aussi d’une pensée chrétienne, groupant dans un magnifique ensemble, sous l’abri de la religion, toutes les branches des connaissances humaines guidées et protégées par elle. C’est une harmonie de plus entre notre nouvel Institut et sa destination. M. le professeur Ledresseur a veillé, de son côté, avec un dévouement et une activité infatigables, à ce que rien ne fût négligé pour satisfaire à toutes les exigences de la science et de l’enseignement.

» J’exprime à l’un et à l’autre, au nom de l’Université, toute ma reconnaissance.

" Et maintenant, chers jeunes gens, sous l’œi! de Dieu et la direction de vos maîtres bienaimés, prenez possession de ces salles, de ces appareils, de tous ces moyens d’instruction préparés pour vous. Priez, étudiez, travaillez, devenez des médecins savants, religieux, dévoués, dans un esprit de foi et de charité, à tous les labeurs, à tous les sacrifices que réclame le sou-

lagement de vos frères souffrants. Voilà votre champ de bataille à vous. Quelle noble et belle mission! Quel homme plus respectable, plus digne de la reconnaissance publique, quel plus grand bienfaiteur de l’humanité que le médecin chrétien véritablement digne de ce nom ! Quelle vie plus méritoire devant Dieu et devant les hommes! Préparez-vous y dignement, laborieusement, courageusement, persévéramment. Fils de l’Université catholique, honorez votre mère. Soyez toujours sa meilleure gloire comme sa plus précieuse récompense Qu’elle puisse toujours, vous montrant à ses amis et à ses ennemis, leur dire à tous : jugez -moi par mes œuvres. Voilà les fruits de mes sueurs et de ma tendresse ! *

Ce discours écouté dans un profond silence souleva une triple salve d’applaudissements et d’acclamations enthousiastes

Après Mgr le Recteur, M. le professeur Ledresseur de la Faculté de médecine, prit la parole dans les termes suivants :

« Messeigneurs, Messieurs, au moment où s’ouvrent pour les étudiants de Y Alma Mater les portes de ce nouvel Institut, je suis dominé par un sentiment de légitime fierté et de reconnaissance. Je me sens fier d’appartenir à une institution qui ne veut être dépassée par aucune autre, quand il s’agit de cultiver la science et de la communiquer à ses disciples. Je me sens fier

«le pouvoir «lire qu’à l'heure actuelle aucune autre université belge n’est mieux dotée que celle de Louvain pour les études anatomiques. Mais, je me hâte de l’ajouter, tout honneur en revient à nos chefs, à N N. SS. les Évêques, à notre vénéré Recteur, à la Faculté «le médecine et aussi, dans une autre sphère, à notre habile et actif architecte M. le professeur Helleputte. •

* Toujours soucieux des progrès scientifiques de l’Université catholique, qui forme sans conteste l’un «les beaux fleurons de sa couronne, l’Épiscopat belge a prouvé qu'il n’enteud reculer devant aucun sacriflco pour conserver à la Faculté de mé lecine le rang distingué qu’elle a toujours occupé «lans la science. Qu’il reçoive ici môme l'hommage de notre gratitude. Et pourquoi ne le dirais-je pas? honneur surtout et reconnaissance spéciale à cet évêque généreux qui, par un don vraiment royal, a si puissamment contribué à l’érection ue ce nouvel Institut! Le souvenir de Mgr de .Montpellier restera désormais attaché à ce nouvel amphithéâtre comme celui de l’illustre Rega l’était à celui que ' nous avons dû abandonner.

- Monseigneur, à vous aussi notre reconnaissance! C’est sous vos auspices, c’est à l’aide de vos encouragements, que cet Institut s’est élevé. Tout le monde connaît l’intelligente et paternelle sollicitude avec laquelle vous observez et favorisez le développement scientifique de la

grande institution nationale qui vous est confiée. Vous avez compris les besoins do notre enseignement médical; et, avant même qu’une loi récente en fit une nécessité, vous aviez résolu d’organiser des cours pratiques d’histologie. Vous aviez compris que les sciences médicales sont avant tout des sciences d’observation, et que, par l’observation seule, on peut y réussir. Convaincu que les progrès de la médecine ont tous été engendrés par l’observation persévérante et attentive des savants, soit sur le vivant, soit sur le cadavre, vous avez compris que, à l’heure actuelle, un enseignement médical est d’autant plus solide et plus estimé, qu’il repose sur plus do moyens d’études pratiques, et qu’il est plus dégagé des spéculations d’une théorie aventureuse. — Merci, Monseigneur, d’avoir donné cette généreuse impulsion à notre enseignement pratique! Merci de nous en avoir si généreusement procuré les moyens!

- Quant à vous. Messieurs et honorés Collègues , laissez-moi vous remercier chaleureusement aussi des encouragements que vous avez accordés à l’œuvre qui s’achève. — C’est vous qui en avez pris l'initiative, c’est de vous qu’en est venue la première inspiration. — Vous avez tenu à ce que vos élèves dévoués d’hier, vos jeunes collègues d’aujourd’hui puissent marcher, marchent dans la voie que vous leur avez si vaillamment tracée. Vous avez tenu à

jt

leur donner des laboratoires qui leur permissent de suivre pas-à-pas les progrès de la science, et de maintenir intacte la renommée de la Faculté de médecine de Louvain que vous avez faite si belle. Mais surtout vous avez tenu ù instruire cette nombreuse et vaillante jeunesse qui se presse à vos leçons. Soyez assurés que vos jeunes collègues et vos élèves, je ne crains pas de l'affirmer en leur nom, en conserveront toujours le souvenir reconnaissant.

» Messieurs, j’ai presque promis à notre ex cellent architecte de sacrifier à sa modestie les éloges que je me proposais bien de faire de son œuvre. Eh! qu’importent mes faibles éloges? Ils passeraient comme toute parole passe. L’édifice qu’il a construit restera debout, si Dieu le protège, pendant de longues années. Il se chargera bien, plus éloquemment que je ne pourrais le faire, de redire avec honneur le nom de celui qui l’a élevé. Mais, si l’éloge peut se taire, je me sens invinciblement entraîné à le remercier du zèle, de l’activité, du dévouement sans bornes qu’il a mis à diriger ces constructions. Témoin journalier de ses labeurs, que de fois, en le voyant présider à ces travaux avec une si bienveillante et si intelligente attention, je me sui3 senti pénétré d’un vif sentiment d’admiration et de gratitude ! Il faut bien que je l’ajoute aussi : c’est par une heureuse inspiration qu’il a choisi pour construire ce noble édifice, le

style essentiellement chrétien du moyen âge, le style, qui malgré ses proportions modestes, rappelle celui des grandes cathédrales qu’élevait jadis la toi de nos pères, et les merveilleux monuments des franchises municipales, qui sont la gloire de la cité, comme s’il eût voulu symboliser le caractère essentiel de l’enseignement de Louvain : « Union de la science, de la foi et des traditions nationales! » {Applaudissements.)

» Messeigneurs, Messieurs, il y a un siècle et demi, l’antique Université de Louvain célébrait aussi à quelques pas d’ici, l’inauguration d’un nouvel amphithéâtre d'anatomie. Pendant le rectorat d’un professeur illustre, sous son impulsion et en partie au moyen de ses ressources personnelles, on avait vu s’élever le bel auditoire, dont l’Université catholique était flôre à juste titre. Nous avons abandonné â regret ce monument historique, illustré par le nom de son auteur et par l’enseignement des célébrités qui nous y avaient précédé. Mais il fallait céder devant les exigences nouvelles de la science et devant des nécessités toutes matérielles et partant plus impérieuses. L’amphithéâtre de Rega était devenu trop étroit pour loger le nombre croissant de nos élèves. Cette surabondance d’auditeurs y rendait les démonstrations difficiles et incomplètes. La salle de dissection, trop petite, mal éclairée et imparfaitement ventilée, ne pouvait plus contenir, sans quelque

danger pour leur santé, les étudiants de plus en plus nombreux qui la fréquentent. Notre musée anatomique aussi était à l’étroit. Son exiguité ne permetfait pas d'y loger convenablement la collection déjà riche qu’il devait contenir. Enfin ces laboratoires de microscopie, dont l’établissement devenait chaque jour plus nécessaire, et devait du reste bientôt être prescrit par une loi, n’y existaient pas. Il fallait donc les y construire et cela, sur un terrain appartenant à la Ville, à côté d’écoles communales récemment bâties et dont l’établissement avait considérablement diminué l’espace dont nous pouvions disposer. Ou bien, comme la Ville le proposait, consentir à transporter ailleurs l'Institut tout entier. C’est ce dernier parti, Monseigneur, que vous avez eu l’heureuse inspiration d’adopter avec l’assentiment de Nosseigneurs les Évêques.

» La propriété où nous nous installons aujourd'hui se présentait, au point de vue du but que nous poursuivions, dans des conditions extrêmement avantageuses. Situation exceptionnelle, vastes terrains qui permettaient d’établir une communication directe et facile avec l’hôpital et de construire toutes les installations scientifiques requises, grands et solides bâti tnents dont. 1’appropriation pouvait se faire d’une manière favorable; tout semblait devoir arrêter sur eux le choix de l’Université. Bientôt on mit la main à l’œuvre pour y apporter les

transformations nécessaires. Après un an à peine d’un travail rapide (et je me plais ici à rendre hommage à l’activité déployée par notre entrepreneur} nous entrons aujourd’hui en pleine possession du nouvel Institut.

» Laissez moi, Messieurs, vous le dépeindre en quelques mots. Pardonnez moi la complaisance que je pourrais mettre à vous décrire ces locaux et les richesses scientifiques qu’ils contiennent déjà. Vous êtes tous dévoués de cœur et d’âme à notre chère Université, c’est une partie de ses trésors que je veux étaler devant vous.

" Et d’abord notre nouvel auditoire. Je ne veux rien dire ni de sa beauté ni de ses qualités architecturales; je me bornerai à vous signaler les avantages matérhds qui répondent si bien à sa destination spéciale. Ladisposition étagée «les gradins permet à chacun des auditeurs de suivre sans obstacle les démonstrations qui se font soit au tableau soit sur les pièces anatomiques; deux cents étudiants peuvent y trouver place ; la lumière y est largement déversée par une surface éclairante d’environ soixante mètres carrés... Il oifre des conditions d’aération aussi satisfaisantes que possible et par le volume d’air considérable qu’il contient (1250 mètres cubes environ) et par la ventilation incessante qu’y entretiendront deux poêles appelant de l'extérieur un air pur qu’ils y déverseront chauffé

Enfin, au point di vuo de l’acoustique, notre amphithéâtre est soumis aujourd’hui â une épreuve décisive.

» Notre nouvelle salle de dissection présente aussi des avantages utiles à signaler. Elle possède largement les trois choses indispensables dans ces sortes de laboratoires : l’air, la lumière et l’eau. Une surface éclairante de 40 mètres carrés y distribue une lumière uniforme et largement suffisante. Enfin des réservoirs d'une contenance de 3600 litres, alimentés parles toits et au besoin par une pompe aspirante et foulante, fourniront de l’eau en abondance.

» La transformation des bâtiments préexistants a permis d’y approprier trois grands locaux : le musée d’anatomie et deux laboratoires de microscopie.

» Notre musée est maintenant plus vaste. Nous y avons étalé avec une attention scrupuleuse les nombreuses préparations d’anatomie normale et pathologique que nous devons pour la plupart à l’infatigable activité de notre vénéré prédécesseur et maitre M. Van Kempen. Oui, cette collection déjà si complète et si instructive est bien son œuvre... Chacune de ses préparations porte son empreinte, et témoigne de son grand talent et de son indomptable ardeur au travail. Nous la garderons avec un soin jaloux, comme nous conserverons le souvenir ému de son auteur. Elle fera revivre au

milieu de nous l’exemple si éloquent d’une vie de travail, d’abnégation, de dévouement, entièrement consacrée au culte de la science. Ah ! combien nous eussions été heureux de voir cet excellent protecteur, ce conseiller dévoué et sagace, venir à notre tête s’installer dans ce nouvel Institut! Combien nous eussions désiré de Je voir continuer longtemps encore un enseignement si apprécié!... Hélas! une infirmité pénible l’a forcé, vert encore, de prendre une retraite prématurée, où l’ont suivi nos affectueux regrets .(Acclamations prolongées... Tous les yeux se tournent avec émotion vers le vénérable professeur émérite auquel l'orateur adresse un hommage aussi bien mérité , et qu'une infirmité , due à quarante années d'un labeur infatigable , empêche d'entendre et la parole qui le remercie et les applaudissements répétés d'une jeunesse remuée à la fois par la compassion , la reconnaissance et l'enthousiasme.)

* Il me reste. Messieurs, à vous dire quelques mots de nos laboratoires. Deux grandes salles éclairées de l’est et de l’ouest par huit et par neuf grandes fenêtres, au bqsoin par la lumière du gaz, sont aménagées et outillées pour recevoir les travailleurs. Ils s’y présenteront, nombreux et empressés. Ils comprendront que ces travaux d’histologie pratique forment le complément nécessaire, l’adjudant le plus utilo de

leurs études théoriques. L’anatomie de texture comme l’anatomie descriptive ne s’étudie avec fruit que par l’observation directe. Pour l’une comme pour l’autre, on peut dire que voir , et bien voir , c'est savoir!

» L’organisation des laboratoires marque un stade nouveau dans le développement des études et des sciences médicales; c’est en 1842 que le premier fut ouvert à Gottingen, sous la direction de R. Wagner. L’utilité des travaux pratiques et les résultats auxquels ils conduisirent, furent tellement frappants, qu’en moins d’un demi-siècle toutes les universités de l’Europe ont obéi à cette impulsion. Actuellement en Allemagne, en Angleterre, en France, et pour ainsi dire, dans tous les pays où la science est cultivée, on s’occupe d’organiser des institutions semblables, et la valeur des écoles est cotée au taux de l’activité que déploient ces laboratoires de travaux pratiques.

* Et maintenant, Messieurs, à nous de répondre à l’intelligente sollicitude qui nous ouvre ce champ fécond du travail et de la science. A nous de lui faire porter ses fruits. A nous de soutenir, par notre ardeur et notre persévérance au travail, l’honneur de cette Faculté de médecine que les œuvres de nos devanciers ont placée si haut dans l’estime publique et dans la reconnaissance de nos concitoyens. Fils dévoués de l 'Alma Mater , nous lui apporterons le concours

de notre zèle et de notre dévouement le plus absolu dans l’intérêt de votre savoir et de votre avenir. Notre plus douce récompense sera de vous voir apprécier dignement cette institution nouvelle et les efforts de tous ceux qui s’intéressent à vos progrès dans la science, et de répondre par votre zèle à toutes les espérances que l’Université, la religion et la patrie ont placées en vous. »

Trois salves d’applaudissements répondent à ce discours. L’assemblée se sépare aux 'sons joyeux de l’air national. Le soir de brillantes sérénades aux flambeaux ont été données à Mgr le Recteur, à M. le professeur Helleputte, architecte, à MM. les professeurs Ledresseur , Verriest, Masoin, directeur des cours pratiques de l’Institut médical, à M. le professeur Van Kempen. Le lendemain les travaux étaient en pleine activité dans tous les locaux de l’Institut médical.

La faveur de l’ AUTEL PRIVILÉGIÉ

accordée par Notre Saint Père le Pape Pie IX à la chapelle du Collège du Saint-Esprit (tu

prus p. p. ix

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