‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 3 sur 19 · QUELQUES MOTS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS

il la mémoire de M. l’abbé DE GAZALÈS ,

ancien professeur de l'Université catholique.

L’année 1876 a vu mourir un homme des plus distingués, écrivain, penseur éminent; l’un de ceux qui aiment mieux être que paraître. M. de Cazalès, avant son entrée dans les ordres, avait fait, pendant deux ans à Louvain, les cours de littérature française et d’histoire des littératures modernes. Tous ceux qui l’ont connu ici en ont conservé le plus honorable souvenir. Au moment de sa mort, la presse catholique en France lui a décerné les plus unanimes et les plus éclatants hommages. M. L. Veuillot, entre autres, lui a consacré, dans Y Univers (i) un long article, tout plein de traits personnels et d’appréciatioDS intimes d’une finesse et d’une originalité singulières. Borné par l’espace, nous nous contenterons de reproduire la courte, mais substantielle notice de la Bibliographie catholique.

« Quand nous rendions compte, il y a deux mois, de la dernière œuvre de M. l’abbé de Cazalôs : nos Maux et leurs remèdes , nous étion* loin de penser que ce digne prêtre, qui n’a jamais cherché le bruit et dont le nom est connu cependant de tous les lecteurs sérieux et chrétiens, touchait à ses derniers moments. Nul peut-être,

(1) Nnme.ro du 30 janvier 1870

parmi les ouvriers de la science comme parmi les apôtres de la foi, ne travailla avec un moindre souci de la renommée, et cependant on ne saurait dire quelle connaissance humaine lui fut étrangère. Parfaitement instruit de l’antiquité, possédant également bien les langues et les littératures modernes, sachant, sans nuire à aucun de ses devoirs, se tenir au courant de la littérature contemporaine, ayant le sentiment et le goût des arts, mais par dessus tout prêtre pieux, théologien érudit, il n’a laissé qu’un petit nombre de volumes imprimés, et son œuvre la plus considérable n’est qu’une traduction : la Vie et les révélations de la sœur Emmerich. Tour à tour écrivain périodique en France, étudiant, ou plutôt explorateur de la science en Allemagne, professeur à l’Université catholique de Louvain, directeur de séminaire, député à l’assemblée législative de 1849, chanoine titulaire de Versailles, il n’avait, dans aucune de ces positions, cherché ni l’éclat ni l’importance personnelle, mais seulement le bien à faire do quelque façon que ce fût, selon ce que demande la plus grande gloire de Dieu. »

NOTICE

sur la vie et les travaux de M. le chanoine D’HOLLANDER, professeur émérite de la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain, par Mgr L. G. ROELANTS, professeur ordinaire & la môme Faculté.

Il est des gommes dont le nom ne se prononce qu’avec un sentiment de vénération et de reconnaissance; de vénération, pour les éminentes qualités qui les distinguent; de reconnaissance, pour les bienfaits signalés qu’ils répandent autour d’eux.

Tel est, sans contredit, le nom du vénérable défunt, dont la vie fait l’objet de cette notice. Le chanoine D’Hollander, pendant la longue carrière qu’il a fournie, a mérité l’estime, l’affection et le respect de tous ceux qui l’ont connu; ses collègues, ses élèves, ses amis, tous n’ont qu’une voix pour proclamer bien haut ses vertus.

Prêtre selon le cœur de Dieu, il a montré, par son exemple, comment le ministre de l’autel doit allier, en sa personne, la science avec la sainteté de la vie. Ce double élément, qui prête au sacerdoce son ornement, sa puissance et sa gloire, s’est manifesté en M. D’Hollander avec un vif éclat, et a été en lui la source de fruits abondants de sanctification et de salut.

En dehors des devoirs inhérents aux diverses positions, auxquelles la Providence l’a succes-

sivement appelé, il vaquait à de nombreuses occupations, que son zèle seul lui imposait. Toutes ces tâches, il les remplissait avec une exactitude et une persévérance rares. Il recherchait les occasions de faire le bien, et n’en laissait échapper aucune.

D’un accès facile, d’un caractère affable, il était très-attaché à ses amis, et se trouvait heureux de les obliger. Sa charité envers les pauvres n’avait d’autres limites que ses ressources.

Ce qui contribuait beaucoup àétendre la sphère de son action bienfaisante, et à multiplier le bien qu’il réalisait autour de lui, c’étaient sa simplicité toute chrétienne, et une profonde humilité. Il pratiquait ces modestes mais importantes vertus avec une perfection, à laquelle tous, à l’envi, se plaisent à rendre hommage.

Tels sont les grands traits qui caractérisent la vie si bien remplie et si édifiante, dont nous avons entrepris de donner un court aperçu.

Jean-François D’Hollander naquit à Melsele, dans le pays de Waes, le 11 septembre 1801; il fût le quatrième de douze enfants. Ses parents étaient d’honnêtes cultivateurs, doués d’intelligence, de probité et de piété. L’éducation qu’il reçut au sein de sa famille, lui apprit, dès sa plus tendre enfance, à chérir la vertu, et l’initia aux habitudes du travail et de la prière.

Les maîtres d’école de Melsele et de Beveren lui donnèrent les premières instructions.

Vers l’âge de treize ans, il alla habiter chez sa tante, béguine à Malines, et commença ses humanitésau collège archiépiscopal de Saint-Jean.

Il s’y appliqua aux études avec un goût vif, animé d’une grande émulation, et se distingua par une parfaite régularité. Il eut à lutter, dans ses classes, avec des compagnons d’une force peu commune; mais il n’en remporta pas moins la palme, à la fin de chaque année. L’un de ses principaux émules fut Pierre-François-Xavier de Rara, dont il devait rester l’ami intime, devenir plus tard le collaborateur dévoué dans la grande œuvre de l’Université catholique, et auquel il eut le bonheur d’apporter, au moment de la mort, les dernières consolations de notre sainte religion (1).

Les jeunes D’Hollander et de Ram cultivaient, l’un et l’autre, la poésie avec succès. Élèves de rhétorique, ils composèrent ensemble un poème, qu’ils offrirent à leur ancien professeur de poé- 8 e, à M. J. B. Van Hemel, de sainte mémoire, le jour de sa première messe (2).

Appelé, dès son enfance, à l’état ecclésiastique, par une vocation décidée, D’Hollander, après sa rhétorique, entra au séminaire de Gand, où il fit ses études de philosophie et de

(i) Mgr de Ram, Recteur magnifique de 1‘ Université de Ltuvuin. par le Pcre V. De Buck, p. 77, Paris, 1868.

(*) Motice sur lu vie et les travaux de Mgr de Ram, par J. -J. Tb«aisten, p. 91, Bruxelles. 1866.

théologie. Là, sous la direction d’hommes consommés dans l’art de former des prêtres , iF apprit à aimer la science sacrée, et reçut cetto éducation cléricale, austère et solide, qui donne au caractère une trempe particulière, et habitue le jeune lévite à s’oublier soi-même, pour être à Dieu tout d’abord, et plus tard, dans le saint ministère, tout à tous.

Les leçons des chanoines Ryckwaert et Vanderghote lui inspirèrent une prédilection marquée pour la théologie morale. En décembre 1824, le prince de Méan lui donna, à Malines, l’onction sacerdotale ; et bientôt après, le 25 février 1825, le jeune prêtre devint coadjuteur à. Cruyshautem. Dès le début, se manifestèrent en lui des aptitudes spéciales pour le saint ministère. Le 30 juin 1830, il fut transféré à Ste-Walburge à Audenarde, en qualité de vicaire ; et le 19 décembre 1833, il fut nommé curé à Verrebroeck. D’Hollander remplit ces divers postes avec une grande sollicitude pour le bien des âmes et avec un succès toujours croissant. On accourait des paroisses voisines pour assister A ses sermons ; les pénitents venaient le trouver de bien loin, pour soulager leur conscience. La vérité évangélique, les avertissements et les instructions à donner aux pécheurs, trouvaient dans son âme et sur ses lèvres des accents qui allaient droit au cœur des auditeurs, des fldêlespieux et repentis. Il était comme un mission-

naire pour sa paroisse et pour les localité» voisines. Aujourd’hui encore les personnes d’âge y parlent avec éloge de l’excellent vicaire ou curé, du bon M. D’Hollander. C’est que la bonté de cœur, qui doit être le trait caractéristique du prêtre dans le saint ministère, exerce sur les âmes une puissance indicible d’attraction. A travers cette qualité, les fidèles voient mieux percer dans le prêtre l’image du divin Sauveur, dont le ministre sacré est le représentant, et qui nous convie, nous prêtres, avant tous autres, & apprendre do Lui à être doux et humbles de cœur.

Cependant la place de professeur de théologie morale était devenue vacante au séminaire de Gand. L’évêque du diocèse, Mgr Vandevelde, confia cette chaire importante à M. D’Hollander, le 27 octobre 1834, et lui donna rang parmi les chanoines honoraires de la cathédrale de Saint- Bavon, le 27 décembre de la même année.

Grâce à l’expérience qu’il avait acquise dans l’exercice du ministère paroissial, et aux études qu’il n’avait cessé de poursuivre dans ses moments de loisirs, le jeune professeur répondit, en tout point, par un enseignement substantiel et lucide, à l’attente deson évêque.Toutefois ce professorat n’était pour M. D’Hollander qu’un acheminement vers un enseignement plus approfondi.

Dans leur réunion de 1840, les évêques belges le nommèrent professeur de théologie morale à

l’Université de Louvain, pour remplacer M. Verkest, qui était entré dans la Compagnie de Jésus. L’obéissance et l’esprit de dévouement purent seuls déterminer M. D’Hollander à quitter son cher séminaire de Gand. Il embrassa 3a nouvelle carrière avec un zèle et un courage à toute épreuve : il continua ainsi à Louvain, sur un plus vaste théâtre, en faveur d’élèves de tous les diocèses du pays et de nombreux disciples venus de l’étranger, tout le bien qu’il avait procuré à ses lévites de Gand. Le recteur magnifique de l’Université, Mgr de Ram, donna au nouveau professeur le titre de docteur en théologie, honoris causa , le 5 avril 1841 ; le même jour où il accorda ce grade à M. le professeur Tits, de Louvain, à M. Rohrbacher, professeur au séminaire de Nancy, et à M. Kloth, curé de St-Jacques, à Aix-la Chapelle d).

Le professeur D’Hollander a composé pour ses élèves un bon cours de morale : c’est une compilation faite avec ordre et tirée des théologiens les plus recommandables. Le traité de Pœnitentia mérite une mention spéciale, au point de vue de la méthode qui y règne et des règles pratiques qui y sont tracées. L’auteur, dans ses écrits, ne s’occupe qu’accidentel lement des écrivains et des publications du jour, dont

(4) De laudibui qnibus retercs l.ovaniense» theologi efferri po<- ♦tint. Oratio P. J. de Ram, p. 4(1. Lovanii 1(48.

le renom n’est souvent qu’éphémère, et en tout cas trop peu établi pour qu’ils servent de norme au jeune moraliste.

M. D’Hollander traite toutes les questions importantes, en étayant constamment et avec un choix judicieux, sa doctrine sur les arguments, les maximes et les conseils des maîtres de la science morale. Saint Alphonse de Liguori surtout était son guide; il avait l’image de ce saint devant lui, dans son cabinet d’étude. Bien avant que l’Église eût décerné à Saint Alphonse les honneurs du doctorat, M. D’Hollander avait sans cesse les yeux fixés sur lui, comme sur l’étoile tutélaire qui devait le conduire à travers les voies difficiles et souvent ténébreuses de la science, dont l’enseignement lui était confié.

Aussi sa doctrine fut-elle toujours sûre. Probabiliste prudent et sage, il gardait cette voie moyenne, qui, en prémunissant contre les duretés impitoyables des rigoristes et les fâcheuses condescendances du relâchement, dirige et soutient les âmes dans le chemin du bien, avec force et douceur, et les mène au Dieu de justice et de miséricorde. Dans le vaste champ de liberté ouvert, en morale, aux sentiments des théologiens, il montrait à ses élèves le côté fort et le côté faible des opinions multiples et divergentes qui se présentaient sur sa route. Les jeunes prêtres apprenaient ainsi à tirer un parti sage, selon les circonstances, des controverses agitées

dans les écoles, et de la latitude laissée à^a discrétion et au jugement bien exercé du confesseur et du directeur.

Qui ne le sait? Dans les appréciations morales, le théologien doit tenir compte des dispositions des hommes et des choses dans le pays où il exerce son ministère. Cette considération n’avait point échappé au professeur D’Hollander. Aussi le voyons-nous citer fréquemment les auteurs belges et invoquer leur autorité dans les questions, où leur témoignage pouvait être ou nécessaire ou utile.

M. D’Hollander n’a jamais pu se résoudre à éditer son cours : sa modestie y mettait un obstacle insurmontable. Toute publication, même par feuilles d’autographie, lui répugnait et l’effrayait. Plutôt que de publier, sous une forme quelconque, pour ses élèves, le résultat de ses recherches et de ses veilles, il préférait s’imposer les rudes labeurs d’une dictée, qui néanmoins n’était pas continue, mais opportunément entrecoupée d’exercices fréquents et intéressants de casuistique. Ce n’est pas à dire que son travail ne fût pas digne des honneurs de la publication. Bien des regrets exprimés souvent par les élèves et par des personnes compétentes sont la preuve du contraire.

Fruit de longues années d’études, et d’une expérience consommée, le cours de M. D'Holl&nder eût rendu des services signalés à la

science morale, et au confesseur désireux de s'instruire.

Une part moindre y est faite à la spéculation. M. D’Hollander voyait avant tout, dans ses élèves, des hommes destinés à la vie pratique du prêtre ; son principal soin était de les y préparer, et de les initier surtout au ministère si important et souvent si difficile du Sacrement de la Pénitence.

L’instruction du jeune clergé n’occupait pas exclusivement le professeur D’Hollander. Poussé par sa piété et son zèle, il consacrait au saint ministère tout ce qui lui restait de loisirs. Il croyait, avec raison, que l’homme d’étude, quand il est prêtre, doit par intervalles, s’éloigner des chemins arides de la science et de la spéculation. L’âme s’y dessèche, y languit; elle sent peu-àpeu le parfum de la dévotion se dissiper en elle. Au contraire, le prêtre se retrempe au contact des âmes; la vigueur spirituelle s’accroît en lui, grâce aux exercices des saintes fonctions, qui furent, dès le jour de sa vocation à l’état éccîésiastique, le but de ses aspirations, et le grand besoin de son cœur. Cette heureuse diversion ranime le zèle sacerdotal de l’homme d’étude, vivifie en lui la piété qui est utile à tout et à tous, et rend l’esprit plus apte à reprendre ensuite les travaux de la science.

M. D’Hollander l’avait compris. C’est ainsi qu’il fut pendant douze ans le confesseur des

frères de Charité à Louvain. Tous les huit jours pendant le carême, et tous les quinze jours, le reste de l’année, il faisait à ces bons et humbles religieux une conférence sur la vie spirituelle.

Ce fut seulement à la suite d’une maladie, que, par ordre de ses supérieurs, il renonça vers 1852, à ce ministère, dont il s’était acquitté avec une assiduité exemplaire.

Pendant de longues années et jusque vers la fin de sa vie, il dirigea la congrégation du pensionnat de Mlle Claes, de cet établissement qui a si bien mérité de la ville de Louvain, pour avoir contribué activement à former l’éducation des jeunes filles de la bourgeoisie.

M. D’Hollander portait fréquemment la parole, comme prédicateur, aux fêtes solennelles dans les églises de la ville de Louvain.

Nous nous rappelons avec bonhëur, la célébration du mois de mai, dans l’ancienne paroisse de Notre-Dame aux Fièvres. Une congrégation de la Sainte-Vierge, qui aujourd’hui encore existe florissante chez les RR. PP. Jésuites, avait introduit à Louvain cette tendre dévotion des enfants de Marie. Tous les ans, pendant plusieurs jours, M. D’Hollander prêchait devant les jeunes congréganistes, parmi lesquels se trouvait l'élite des étudiants de ce beau collège de la Haute- Colline, dont l’existence a été cruellement brisée en 1850. Une foule considérable venait unir sa piété à celle des congréganistes, et accourait

pour entendre M. D’Hollander. Sa parole était douce et onctueuse, souvent éloquente; toujours elle pénétrait les âmes. L’orateur avait un extérieur qui inspirait je ne sais quelle confiance et quel respect. Telle était la dignité avec laquelle sa prédication se produisait, que bien de fois nous avons entendu autour de nous cette parole naïve, mais pleine de sens : il prêche comme un évêque.

M. D’Hollander dut renoncer à ces prédications, lorsqu’en 1853 NN. SS. les Evêques le mirent à la tète du collège du Saint-Esprit, pour remplacer M. Ubaghc. H fut le troisième président du collège des théologiens, depuis le rétablissement de l’Université. Cette nouvelle mission l’obligea à concentrer plus spécialement son zèle sur les affaires de l’administration, les soins de l’économat, et mille autres détails qui sont du ressort de la présidence. M. D’Hollander remplit ce poste avec le plus grand dévouement.

Il a laissé, comme président, des souvenirs bien agréables dans la petite communauté des professeurs, qui étaient ses commensaux au collège du St- Esprit. Collègue excellent, plein de pré-* venance et de cordialité envers tous, il coopérait largement par sa bonne humeur et une franche gaieté, à la distraction d’une société d’hommes voués, sans relâche, aux travaux arides de la science ; et qui viennent, à la faveur des repas communs, chercher et goûter quelque peu de diversion et de délassement.

Quant aux élèves du Collège, ils gardent encore le souvenir de l’intérêt que le président leur portait. Avec quelle bonté et quelle charité * il savait par des admonitions particulières et par les conférences qu’il donnait régulièrement à ses étudiants, leur inspirer l’amour du travail et de la piété ! Comme il possédait bien le secret de taire passer dans le cœur des jeunes ecclésiastiques, toute l’ardeur dont son âme brûlait pour la gloire du Seigneur et la pratique des vertus sacerdotales !

Nonobstant ses nombreuses occupations comme président et professeur, M. D’Hollander garda, jusqu’à la fin de sa vie, la direction des religieuses Carmélites, dont il avait été chargé depuis octobre 1842. Il excellait dans l’art si difficile et si délicat de conduire les âmes dans les voies de la perfection chrétienne. Il s’y était préparé par une vie pieuse et notamment par la pratique de la méditation journalière. Le succès de la direction, surtout des âmes saintes, n’est qu’à ce prix. Six mois seulement avant sa mort, il dut, par motif grave de santé, renoncer à l’habitude qu’il avait de se lever tous les jours à quatre heures et demie et de passer une heure entière à faire à genoux l’oraison mentale. Sa mémoire sera à jamais vivace dans la sainte communauté, dont il fut pendant tant d’années le Père spirituel. Un éloge succinct, mais complet, sorti de la plume de la Révérende Mère

Prieure des Carmélites, le lendemain du décès de M. D’Hollander, caractérise suffisamment les qualités qui distinguaient le directeur des filles du Carmel.

« Notre digne directeur, écrivait-elle, notre » digne directeur, qui a toujours témoigné à » notre chère communauté un parfait dévoue- » ment, tâchait d’inculquer à tous ses membres » un ardent amour pour Dieu, tant dans sa direc- * tion que dans ses exhortations et ses sermons. » Il s’y appliquait avec un zèle, un dévouement » et une ferveur à toute épreuve. Ses paroles » étaient fort puissantes, parce qu’elles étaient » appuyées de l’exemple d’une ferveur toujours » soutenue. »

M. D’Hollander ainïait beaucoup la vie religieuse; il avait une estime profonde pour ceux qui y consacrent leur existence. Il voulut luimême contracter des liens plus intimes avec l’état religieux, et s’associa au Tiers-ordre de St-François.

Tandis qu’il remplissait vaillamment les diverses fonctions qui lui incombaient, ou par nécessité de position, ou par libre choix, il contribuait largement au soutien de toutes les œuvres catholiques. Nous invoquons ici le témoignage des zélés protecteurs et des pieuses promotrices de ces œuvres. Nous interrogerions volontiers ces veuves délaissées, et d’autres infortunés que la honte empêche de demander

publiquement l’aumône. 11 n’est pas d’asile ouvert par la charité aux orphelins, aux enfants, aux vieillards, où le nom de M. D’Hollander ne soit connu et ne soit en bénédiction. Il se trouve consigné dans les registres de toutes nos pieuses associations. Aussi plus d’une larme coule aujourd’hui des yeux des pauvres, parce que M. D’Hollander ne tend plus vers eux sa main charitable. Mais en même temps monte vers le Ciel une prière pour son âme et une action de grâces vers le Dieu de bonté, qui se manifeste aux hommes par l’intermédiaire de ses fidèles serviteurs. C’est, qu’en effet, M. D’Hollander faisait passer aux pauvres toutes ses épargnes. Il a rendu à ses héritiers eu qui lui restait de son patrimoine ; rien de plus. Tout sou avoir, au-delà des dépenses qi^e nécessitait son entretien, constituait régulièrement l’obole du pauvre et du malheureux.

Cette foi vive qui éclatait dans les œuvres de charité envers le prochain, se manifestait non moins puissamment par une grande piété. Aucune fête ne se célébrait dans quelqu’église de paroisse ou de communauté religieuse, que M. D’Hollander n’y accourût, pour honorer le mystère, ou invoquer le saint du jour, ou pour gagner une indulgence. Nulle adoration où il ne vînt se prosterner en prière devant son Sauveur •t son Dieu.

Aussi longtemps que sa santé lui a permis de

sortir, on l’a va faire, en habit de chœur, l’heure d’adoraUon mensuelle qu’il s’était choisie pour l’œuvre des églises pauvres.

M. D’Hollander, qui jusqu’alors avait joui d'une santé généralement robuste, sentit peu à peu les infirmités de l’âge survenir et se développer en lui. Sur sa demande, NN. SS. les Evêques le déchargèrent du fardeau des fonctions qui pesait sur lui, et ils daignèrent le promouvoir à l’éméritat, en 1872, le récompensant ainsi de ses longs et nombreux services. Pendant l’éméritat, M. D’Hollander n’en continua pas moins à donner des preuves de son attachement sincère à l’Université. Son plus sensible bonheur était de se retrouver avec ses collègues. Pas une cérémonie académique qu’il ne se fit un devoir d’encourager par sa présence. Ni les incommodités do l’âge, ni les rigueurs de la saison, ni les intempéries de l’air, rien no pouvait le retenir, dès qu’il s’agissait de témoigner de son persistant intérêt envers la grande cause qu’il avait toujours généreusement servie.

Il ne lui fut pas donné de jouir pendant beaucoup d’années de Yotium cum dignitate. Bientôt commença la longue série des crises, qui mirent ses jours en péril. Vers les Pâques de cette année, le mal s’aggrava au point que nous perdîmes l’espoir de le conserver plus longtemps. Toutefois, grâce aux ressources dont disposait sa forte nature, il parvint â se remettre. Il eut

même la consolation de pouvoir dire, pendant plusieurs semaines encore, la sainte messe et de desservir son couvent des Carmélites. Enfin il fit une rechute dont il ne devait plus se relever; tout présageait une fin prochaine : «J’en suis convaincu, nous dit-il, dans une de nos dernières visites, la mort est là, mais je ne la crains point. » C’était la parole confiante du juste. M. D’Hollander reçut les derniers sacrements avec la piété que nous lui connaissions, et avec un calme parfait. Il s’éteignit doucement et rendit sa belle âme à Dieu, son Créateur, dans la matinée du 4 décembre. Les funérailles furent célébrées solennçllement en l’église paroissiale de Saint-Quentin. Le digne frère du défunt, M. l’abbé D’Hollander, directeur des Carmélites, à Termonde, conduisait le deuil. Après lui venaient les autres membres de la famille, le corps académique, une foule d’étudiants, d’amis et de connaissances. Sa Grandeur Mgr Bracq, évêque de Gand, et son chapitre étaient représentés, à cette funèbre cérémonie, par deux vénérables chanoines, anciens élèves de M. D’Hollander, MM. Sonneville et Vandermoeren, professeurs du grand séminaire de Gand. La dépouille mortelle du défunt a été déposée dans le cimetière d’Héverlé-lez Louvain. Requiescat in pace.

Bien des fois, les professeurs et les élèves, que l’air pur et les charmes de la promenade attirent

vers la riante campagne d’Héverlé, iront visiter la tombe de leur collègue, de leur maître, de leur ami. Leur cœur s’y épanchera en pieux souvenirs et en prières; ils se souviendront de la parole de l’Esprit-Saint : sancta et salubris est cogitatio pro defunctis exorare. II Mach. xii,

HONNEURS EXCEPTIONNELS accordés par le Saint-Père à MM. Emile et Léopold ERNST. — Éloges décernés à la mémoire de M. Antoine ERNST, leur père, professeur à. l'Université.

S’il est un nom vénéré à juste titre parmi nous, c’est celui que nous avons inscrit en tête de ces lignes. L’Université n’oubliera jamais ce qu’elle doit aux trois glorieux frères qui ont porté ce nom avec tant d’honneur, et qui lui rendirent des services si signalés dans les premières et difficiles années de son existence. On n’a pas oublié les paroles de Mgr de Ram, disant les derniers adieux à M. Oérard Ernst, Ernst aîné, comme on l’appelle plus souvent, au moment où la tombe allait se refermer sur les restes mortels de ce professeur vénéré : « Si jamais il m’est permis de croire que j’aie rendu un service à l’Université; si jamais il m’est permis de rappeler un titre qui puisse me donner droit à la reconnaissance des élèves, à la reconnaissance de mes collaborateurs, j’alléguerai celui d’avoir déterminé M. Ernst à se fixer parmi nous (1) ». Ainsi parlait notre premier Recteur de l’homme éminent, qu’il « vénérait, ajoute-t-il, comme son père et son guide. » *

Nous eûmes le bonheur de conserver jusqu’à ces dernières années M. Lambert Ernst. Mal-

(4) Diicoars prononce au cimetière de Parc lez-Lonvain, le 40 octobre 484t. Annuaire de 4843, page 67.

heureusement le mauvais état de sa santé empêcha pendant de longues années cet excellent professeur, cet excellent homme de remonter dans la chaire, qu’il avait illustrée. Un biographe impartial et compétent a dit de lui à propos de ses débuts dans la carrière du droit : « Il ne songeait pas alors à l’enseignement, bien qu’il pût, non moins que ses frères, avoir foi dans son aptitude, comme la suite le démontra (1). »

MM. Gérard et Lambert Ernst furent surtout des hommes d’enseignement. M. Antoine Ernst, non moins distingué, non moins éminent comme professeur, fut de plus un orateur politique, un homme d’Etat du premier rang. Nous n'avons pas à nous étendre ici sur cette partie de sa carrière. Nous nous contenterons d’invoquer une seconde fois le témoignage de l’écrivain impartial que nous venons de citer : « Ernst emporta dans sa retraite la conscience de n’avoir jamais cherché, dans le cours de son long ministère, que le bien de son pays. On a dit justement de lui qu’il fut toute sa vie plus désireux d’être utile que de le paraître. Simple dans ses goûts, consciencieux jusque dans les moindres détails des affaires, sévère envers lui -même, sincère, loyal et désintéressé, il n’hésita en aucune circonstance devant l’accomplissement du devoir, ei ne mit point sa popularité dans la

(I) M. Alphonse Leroy, Liber memorialit. col #58.

balance, en regard de l’intérêt public tel qu’il le comprenait (1). ».

C’est ce grand homme de bien, ce noble caractère que le Saint-Père a honoré récemment d’une façon éclatante, dans ses deux fils, MM. Emile et Léopold Ernst. Il leur a accordé, à eux et à leurs descendants par primogéniture, dans la ligne masculine, le titre de baron à perpétuité. Il l’a fait, disent les lettres pontificales, pour reconnaître le zèle religieux et la charité avec lesquels ils marchent sur les traces de leur glorieux père. Il faut lire, dans ces lettres mêmes, le magnifique témoignage rendu par Pie IX à la "piété, à la grandeur du caractère , à la puissance de Vesprit, à l'excellence du savoir , à l'intégrité de la vie de M. Antoine Ernst.

Nous transcrivons ce document précieux sur l’original, qu’une confiance dont nous sommes touché et honoré, a mis entre nos mains. Ce sont les lettres adressées à M. Léopold Ernst; celles qu’a reçues son digne frère, M. Emile Ernst, sont identiques.

Plus P. P. IX.

Dilecte Fili , salutem et Apostolicam Benedictionem. Illustria pietatis et caritatis suorum natu majorum exempla referentes ex more institutoque Romanorum Pontiflcum Prædecesso-

(I) Ibid., col. 197.

rum Nostrorum dignos censemus, qui Pontiflciæ benevolentiæ cumulentur signiflcationibus, splendidisque titulis ad suos quoque posteros transmittendis augeantur. Jam vero quum tu, dilecte Fili, egregiam nominis laudem, quam cia. me. parenstuusob ejus pietatem, animi ma* gnitudinem, ingenii vim, doctrinæ præstantiam, vitæque integritatem liberis suis transraisit, non modo studiosissime servandam, sed et tuis vir* tutibus ac pietatis caritatisque operibus ampliflcandam adni taris, in eam mentem venimus, ut amplissimo titulo te, tuosque posteros honestemus. Te igitur et omnes ac singulos, quibus hæ Litteræ Nostræ fa vent, peculiari benefleentia prosequî volontés, et a quibusvis excommunicationis, et interdicti, aliisque ecclesiasticis sententiis, censuris, et pœnis quovis modo, vel quavis de causa latis, si quas torte incurreritis, hujus tantum rei gratia absolventes, et absolutos fore consentes, Apostolica auctoritate Nostra hariim Litterarum vi, Te, tuosque posteros ac descendentés in primogeniâli tantum linea masculina, dùminodo iû batholica religione, et in obsequio erga Bmi Pétri Cathedram perseverent, atque ex legitimis nuptiis sint progeniti, Barones faciinus^, eligimus, ac renuntiamus. Proinde tibi, dilecte Fili, tüisqüe posteris prædictis concedimus, ut hoc nobili titulo in publicis tabulis, in diplomatibus quibusque, et Apostolicis etiam Litteris, dici et appellari , utque omnibus et sin-

gulis honoribus, juribus, privilegiis, prærogati* vis, indultis, quibus alii honorificentissimo hoc titulo insigniti ex juris præscripto, vel exusu, aut consuetudine utuntur, fruuntur, uti fmi libéré ac licite possitis et valeatis. Decernentes h as Litteras Nostras Armas validas et efficaces existere et fore, suosque plenarios et integros effectua sortiri et obtinere, dictisque in omnibus et per omnia plenissime suffragari; sicque in præmissis per quoscumque Judices ordinarios et delegatos etiam causarum Palatii Apostolici Auditores, et alios quoslibet quacumque præeminentia et potestate fungentes, et ftmcturos, sublata eis, et eorum cuilibet quavis aliter judi* candi et interpretandi facultate et auctoritate, judicari et deüniri debere, ac irritum et inane, si secus super his a quoquam quavis auctoritate scienter, vel ignoranter contigerit attentari. — Non obstantibus in contrarium facientibus quibuscumque.

Datum Romæ apud S. Petrum sub Annulo Piscatoris die Vt Augusti MDCCCLXXV.

Pontiücatus Nostri Anno Trigesimo.

Subscriptio erat :

Dilecto Filio-Lhopoldo ERNST, Mechliniensis Diœcesis.

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