XXXVII
Nous pourrions terminer ici ce qui regarde la matière tannante du quinquina-, mais cet objet se rattachant à un point de chimie générale (l'existence du tannin ), nous ne voulons passer sous silence aucune observation. Nous avions remarqué une différence dans la manière dont agissent sur les sels de fer le tannin naturel du quinquina et le rouge cinchonique modifié par un alcali. Le premier précipite le sulfate de fer en vert, et la liqueur surnageante est d'un beau vert; le second forme un précipité brun , et la liqueur surnageante est brune. Mais on sait qu'en admettant le tannin comme principe immédiat des végétaux , on est obligé de connaître plusieurs variétés de tannin qui diffèrent principalement par la couleur des précipités qu'ils font dans le sul-
fale de for. Ainsi le tannin de la noix de galle précipite le fer en noir bleuâtre , celui du cachou en vert; et d'ailleurs, si 1 on extrait , par des procédés entièrement semblables , la manière tannante de diverses espèces de quinquina , on voit que ces matières précipitent diversement le sulfate de fer 5 celui du quinquina jaune fait un précipité brun noirâtre , et celui du quinquina rouge un précipité brun rougeâlre. Le rouge cincbonique du quinquina rouge traité par delà chaux, puis rendu libre par un acide en excès, précipite alors le sulfate de fer en vert.
Nous avons dit que la potasse enlevait à chaud à la ma- * tière tannante artificielle, la propriété de précipiter la géla- " line sous l'influence d'un acide 5 nous nous sommes également assurés que la potasse agissait de même sur le tannin naturel du quinquina , et sur celui de la noix de galle-, en effet, si on met de la potasse dans une infusion de noix de galle à froid , et qu'ensuite on sature la potasse par un acide, la propriété tanuante n'est pas détruite ; mais si l'on fait bouillir les liqueurs pendant quelque temps , l'addition d'un acide ne rétablit plus la propriété tannante.
Il suit de ces faits que non-seulement on peut considérer les tannins comme des substances composées et variables , provenant de l'union d'une matière végétale avec un acide , opinion déjà avancée par M. Chevreul, et soutenue par l'un de nous^i) 5 mais qu'on peut encore établir que certaines substances végétales , non susceptibles de s'uuir directement aux acides pour former des matières tannantes, acquièrent cette propriété par suite de la réaction de quelques bases salifiables , et donnent alors lieu à des tannins artificiels qui diffèrent selon la matière végétale et l'acide dont ils sont formés.
Ci) Pelletier , Annales de chimie , tome 87.