‹ Analyse chimique des quinquinaChapitre 17 sur 25 · XXXVIII. — De la matière jaune du quinq uinagris · texte numérisé non relu

XXXVIII. — De la matière jaune du quinq uinagris

La matière colorante jaune du quinquina gris obtenue par le procédé indiqué paragraphe XIX, ne doit pas être confondue avec ce que plusieurs auteurs ont nommé matière jaune : matière jaune arrière du quinquina. Dans ces corps, la matière colorante jaune était associée à d autres substances , particulièrement à des sels de cinchonine. La matière jaune , que nous signalons ici , est une véritable matière colorante 5 elle n'a pas de saveur marquée ; elle est soluble dans l'eau , l'alcohol et même l'éther; elle est précipitée par le sous-acétate de plomb : ce sel peut fournir le moyen de la séparer entièrement de la cinchonine. Elle ne précipite ni la colle ni l'émétique ni la noix de galle ; elle n'est pas fixée par la magnésie , mais elle paraît avoir quelque affinité avec l'alumine : cette substance ne jouant pas un grand rôle dans le quinquina , nous ne nous y arrêterons pas davatange. -

§ XXXIX . — De l'acide kinique.

L'acide kinique , découvert dans le quinquina par M- Vauquelin, peut être retiré du kinate de chaux en suivant le procédé indiqué par ce savant : on peut aussi le séparer de la cinchonine par le procédé que nous avons indiqué (§ XIX). M. Vauquelin a fait voir que cet acide différait de tous les acides connus par les propriétés suivantes : il est très-soluble , et cependant il peut cristalliser 5 sa saveur est très- acide , légèrement amère : ces sels terreux et alcalins sont solubles et crislallisables. II ne précipite point les sels de plomb , de mercure , ni d'argent 5 il forme avec la chaux un sel qui cristallise en lames rhomboïdales. A ces "détails, nous n'ajouterons que quelques faits qui nous sont particuliers. Nous croyons qu'on doit signaler sa saveur comme purement acide : l'amertume qu'il a , dans quelques circonstances, ne provenant que d'un peu de cinchonine:

qu'il retient alors. L'acide kinique et les kinates alcalins n'ont précipité aucune des solutions métalliques dans lesquelles nous les avons versés. Cependant il faut en excepter le sousacétate de plomb : car, lorsqu'on verse de l'acide kinique dans ce sel, il se forme un précipité blanc qui n'est autre qu un sons-kinate de plomb , et le sous-acétate de plomb est converti en acétate neutre.

Une propriété singulière de l'acide kinique est de fournir par l'action du feu un acide pyrogéné cristallissable : caractère qui rapproche l'acide kinique des acides mucique , tartarique et sorbique. En effet, si on soumet l'acide kinique à l'action de la cbaleur dans des vaisseaux dislillaloires on voit l'acide se boursoufler , noircir et répandre une fumée blaucbe piquante ; il passe un liquide brun buileux très-acide : quelques cristaux se manifestent au col de la cornue. Les cristaux ont été redissous ; la liqueur distillée, filtrée à travers du coton mouillé pour retenir l'huile , a été soumise à une évaporation lente , jusqu'à un certain degré de concentration ; et par le refroidissement , il s'est formé des cristallisations en houpes et à rayons divergens : ces cristaux sont l'acide pyrokinique.

§ XL. — De T acide pyrokinique-*

L'acide pyrokinique est très -soluble dans l'eau et l'ai— cobol ; il est sans odeur ; il paraît devoir être blanc , puisqu'il se dépouille de plus en plus de sa couleur par des cristallisations répétées ; il forme des sels solubles avec les alcalis, la baryte et la chaux; il précipite légèrement l'acétate de plomb et le nitrate d'argent. Il difïère essentiellement de l'acide kinique et des autres acides connus par la propriété qu'il a de former un précipité d'un très-beau vert dans le deuto-sulfate de fer. Il est utile de remarquer qu'il ne précipite ni l'émétique ni la colle ; et qu'ainsi, on ne peut supposer que les précipités verts qu'il fait dans les sels de fer soient dus à une matière tannante; d'ailleurs l'acide ki-

nique employé à la formation de l'acide pyrokinique , n'avait lui-même aucune action colorante sur le sulfate de fer. Du reste, cet acide est tellement sensible à la présence du fer, qu'il prend une couleur verte, lorsqu'on l'unit à de la chaux ou de la baryte qui contiennent des traces de ce métal. *

§ XLI. — Nouveau procédé pour t extraction de la cinchonine.

L'analyse du quinquina gris et l'examen que nous avons fait de ses principes constituans nous ont suggéré, pour l'extraction de la cinchonine , un procédé plus avantageux que celui indiqué dans le commencement de ce mémoire ( § V ). Ce procédé consiste à prendre de l'extrait alcoholique du quinquina gris et à le traiter à chaud par de l'eau aiguisée d'acide hydrochlorique. L'acide dissout la cinchonine et la sépare du rouge cinchonique et de la matière grasse. On traite la liqueur par de la magnésie eu excès : cette base s'empare de l'acide hydrochlorique et retient le rouge cinchonique qui aurait pu être dissous à l'aide d'un excès d'acide hydrochlorique. On lave alors le précipité magnésien ; on le fait sécher au bain-marie et on le traite par l'alcohol qui dissout la cinchonine ; on peut alors obtenir la cinchonine par l'évaporation de l'alcohol.

Quelquefois la cinchonine retient un peu de matière grasse : cela a lieu surtout quand on n'a pas assez étendu l'acide hydrochlorique. Pour le dépouiller de la matière grasse , on peut employer l'éther ou mieux encore le redissoudre dans de l'acide hydrochlorique faible et le reprendre par la magnésie et l'alcohol.

Ce procédé est avantageux en ce que le traitement de la matière résinoïde du quinquina par la potasse est fort difficile à effectuer; car si la solution de potasse est trèsétendue, il faut un temps très-long pour enlever tout le rouge cinchonique : et si la solution de potasse est concentrée . on perce toujours les filtres.

On peut aussi employer avec avantage l'acétate de plomb pour la purification de la cinchonine. Nous nous en sommes servis dans le traitement de plusieurs eaux mères très-colorées, et dans lesquelles il y avait encore de la cinchonine. L'acétate de plomb et surtout le sous-acétate précipitent la matière grasse et les matières colorantes du quinquina, en laissant la cinchonine dans la liqueur à l'état d'acétate. Cependant nous nous sommes aperçus que les précipités entraînaient un peu de cinchonine, surtout lorsqu'on employait le sous-acétate de plomb. Ce procédé nous sera très - utile par la suite dans l'analyse de certains quinquina peu riches en cinchonine.

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