‹ Analyse chimique des quinquinaChapitre 25 sur 25 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Fait a l'Académie des Sciences ,

Par MM. PINEL, THÉNARD et HALLÉ ,

Sur un Mémoire de M. Chomel , intitulé : Observations sur V emploi des sulfates de quinine et de cinchonine dans les fièvres intermittentes.

L'académie nous a chargés de lui rendre compte d'un Mémoire de M. F.-J. Chomel , intitulé : Observations sur Vemploi du sulfate de quinine et cinchonine dans les fièvres intermittentes.

L'objet de l'auteur était de constater si les substances connues sous le nom de quinine et de cinchonine , c'est-àdire, les alcalis caractéristiques des quinquina jaune et gris , combinés à l'état de sulfate , rendus plus solubles dans cette combinaison , et conservant sous cette forme l'amertume qui distingue les quinquina qui les fournissent , en conserveraient aussi la propriété fébrifuge dans des proportions comparables à celles dans lesquelles ils sont contenus dans les écorces dont on les extrait.

Il fallait pour cela donner ces sulfates à des malades auxquels on aurait jugé convenable de donner le quinquina luimême. Il fallait aussi les donner dans des circonstances flans lesquelles il parût constant que les fièvres ne se seraient pas terminées spontanément en peu de temps , sans ce secours , ou celui du quinquina.

C'est ce que M. Chomel a fait , en ne donnant le sulfate que quand les accès se succédaient avec persévérance et sans perdre de leur intensité. En évitant de les donner après les influences qui peuvent changer la mesure et la marche de la fièvre , comme les changemens de lieu et de régime , l'effet d'un vomitif, et attendant alors qu'une suite d'accès eût annoncé que la marche de la maladie conserve sa persévérance , il a commencé presque toujours l'administration des sulfates par une dose de six à huit grains : il l'a augmentée ensuite , il Ta doublée si elle était insuffisante ; et dans les fièvres obstinées , il l'a portée encore plus haut en plusieurs prises.

Ce médicament a été donné le plus ordinairement dissout dans une ou deux cuillerées d'eau , et dans les heures qui précèdent l'accès. On a recommandé une abstinence absolue d'alimens pendant les quatre ou cinq heures qui en suivent l'administration : la boisson a été une eau acidulée avec le sirop tartareux et une infusion de chicorée sauvage.

Le nombre d'observations rapportées par M. Chomel est de quatorze : sur dix d'entre elles ( de la ire. à la 7e. , et de la xie. à la i3e. ) la cessation de la fièvre a été due au sulfate de quinine; elle a eu lieu, ou immédiatement après la première dose ou après la deuxième -, et dans ce dernier cas, l'accès qui avait suivi la première avait été considérablement affaibli. Les doses ordinairement efficaces ont été de six à douze grains : on les a portées une fois à 26. Le sulfate de cinchonine a été employé dans un cas seulement (la i4eobservation ). Il a dû être porté de 6 à 20 , et de 20 à 24 grains pour obtenir un effet complet. Dans deux observa-

tions, la n\ et la 12e., le sulfate cîe quinine a été suivi immédiatement de succès , dans l'une à la dose de cinq grains seulement, dans l'autre à celle de huit et de douze grains, quoique dans la première le quinquina en substance eût été donné à la dose de demi-once , sans autre effet que le retard de l'accès et un peu de diminution dans son intensité et sa durée ; et que dans la seconde l'extrait eût été donné, sans aucun effet, à la dose d'un grain.

Dans la i3e. observation, on avait mis en usage, sansaucun succès d'abord, la matière résiueuse du quinquina à la dose d'une et de deux onces ; puis la partie ligneuse à celle d'une once. En troisième lieu , le sulfate préparé avec la quinine extraite du quinquina de Garthagène donné à la dose de 24 grains -, mais c'est immédiatement après ce dernier que le sulfate de quinine préparé avec la quinine extraite du quinquina jaune , donné à la même dose , a termiué définitivement la fièvre.

Enfin , dans trois observations ( la 8e. , la 9e. et la 10e. ) ,. l'effet a été nul ou incomplet aussi-bien après l'usage du. quinquina qu'après celui du sulfate de quinine. Dans l'une de ces observations (la 8e.), la fièvre a cédé à l'usage des bains de vapeurs 5 dans une autre (la 10e. ), on a obtenu la cessation absolue de la fièvre par l'interdiction absolue de toute autre boisson que de l'eau pure jointe à l'abstinence totale des alimens.

Dans tous les cas où Je sulfate a réussi , on a eu soin de prévenir les rechutes en continuant pendant quelque temps l'usage du remède , après la cessation de la fièvre , mais à doses décroissantes.

Il y a deux cas , dans l'un desquels une saignée indiquée par une céphalalgie intense, et dans l'autre une indigestion n'ont point renouvelé les accès ; ce qui cependant a lieu très-fréquemment après l'administration du quinquina.

Nous ne croirions avoir rempli qu'imparfaitement les désirs de l'Académie , si nous ne citions pas ici un Mémoire-

publié antérieurement à la lecture de M. Chomel .par M Double, médecin d'une expérience très-etendue et d un Mérite bien connu , beau-frère de M. Pelletier , a qui nous sommes redevables de la découverte des deux alcalis dont il est ici question. Le Mémoire de M. Double contient les détails de six observations faites sur des fièvres tierces ^et double-tierces, quartes et double-quartes : les six malades étaient de différens âges ; et dans ce nombre était un entant de o ans , et une femme dont la santé était troublée par les irrégularités de l'âge critique. L'administrat.on du sullate de quinine a eu généralement un succès immédiat et complet, et presque toujours après les premières doses. Les doses journalières étaient partagées en plusieurs prises ordinairement données matin et soir. Les doses totales jusqu'au succès n'ont pas excédé celles qu'a employées M. Chomel dans les observations dont nous avons rendu compte.

Ainsi la somme totale des observations faites jusqu'ici , tant par M. Chomel que par M. Double, pour constater la propriété fébrifuge de la quinine et de la cinchonine données sous la forme de sulfates , est de vingt ; une seule a été consacrée à l'épreuve du sulfate de cinchonine.

Parmi ces observations , dix-sept sont favorables aux espérances qu'on avait de trouver dans les sulfates du quinine et même de cinchonine, des fébrifuges qui pourront souvent remplacer le quinquina , avec l'avantage de pouvoir être donnés sous un volume qui en rendra l'administration -généralement plus facile : il faut espérer que des observations ultérieures confirmeront ces premiers succès. Les trois observations qui n'ont pas été aussi heureuses , o^ raient des fièvres qui ont également résisté à l'usage du quinquina , et par conséquent elles ne détruisent pas les espérances que les autres font concevoir.

Ces mêmes observations autorisent à croire que, parmi les principes qu'on extrait des quinquina , la quinine et la cinchonine sont les seuls auxquels est véritablement attachée la propriété fébrifuge des écorces qui les fournissent. Cependant, les observations de M. Chomel peuvent donner lieu à une nouvelle question , si la quinine est un principe toujours identique et fébrifuge. Par lui-même , le principe

extrait du quinquina Carthagène est-il véritablement un,

dans son état de pureté, comme la quinine e«Ed quinquuia jaune , la propriété de formel des sulfa fébriles £ ? Cette même observation conduit à demander ïi a qu mine reconnue comme fébrifuge tire quelque avantage , pour la médecine, de son association dans les quinquina avec les autres principes contenus dans ces écorces.

Au reste, M. Chomel se propose de faire, par l'observation un examen comparatif des différentes méthodes de traiter les fièvres intermittentes, en mettant en parallèle leurs moyens et leurs succès respectifs , ainsi que les phénomènes qui les accompagnent et les caractérisent, observes dans les Afférentes circonstances qui peuvent diversifier leurs avantages.

Nous pensons que les efforts de M. Chomel méritent d'être* encourages par l'approbation de l'Académie , et qu'il convient que son Mémoire , vu l'importance des résultats qu'il présente , soit imprimé parmi les Mémoires des savans étrangers , en y joignant toutefois comme complément historique, un extrait des observations déjà publiées par M. Double sur le même sujet.

Signé Pi nel , Thénard , Hallé , rapporteur.

L'Académie approuve le rapport et en adopte les conclusions.

Certifié conforme à l'original :

Le secrétaire perpétuel conseiller d'état , officier de T Ordre royal de la Le gion-d' Honneur.

Signé Baron Cu vieil

(i) Cette réflexion de M. le docteur Halle est tellement juste, que je vais m'empresser de préparer de la quinine de quinquina Carthngèue \ pour mettre M. Chomel, qui n'a fait qu'une observation avec cette quinine, à même de varier ses essais et d'éclaicir ce point important. Mais, en attendant , les pharmaciens devront toujours préparer leur quinine avec le quinquina jaune ou rouge. J. P.

Page 1