CHAPITRE VI
ÉTUDE DES EAUX POTABLES
D APRÈS LE RÈGLEMENT SUR LE SERVICE DE SANTÉ DE l’armée a l’intérieur
(Notice 35. — Année 1902)
Constitution d'un dossier pour chacune des eaux potables utilisées dans les établissements militaires. — Un dossier doit être établi pour chacune des eaux potables utilisées dans les établissements militaires. Ce dossier comprend :
Une étude complète de cette eau d’après le programme exposé au chapitre ii de la présente notice.
On y joindra, s'il y a lieu, un plan de la canalisation où seront figurés, autant que possible, les détails importants révélés par l’enquête locale. On pourra se servir de plans et cartes du commerce achetés aux frais du service de santé ;
2° Une copie de chacune des analyses dont l’eau a été Tobjet à diverses dates, avec indication du motif de l’analyse ;
3® Une note sur chacune des épidémies dont elle aurait été la cause, faisant ressortir comment l’influence nocive de l’eau a pu être établie ;
4° L’indication, s’il y a lieu, de l’appareil d’épuration employé ; dans le cas où l’eau est consommée sans épuration préalable, le fait doit être expressément affirmé ;
L’indication des corps de troupe et des établissements militaires qui font usage de cette eau.
Les études nécessaires pour la constitution de ce dossier sont faites par les représentants du service de santé, qui se concertent avec les chefs du génie pour la partie du travail concernant la description des ouvrages (travaux de captage des sources, conduites, aqueducs, puits, citernes, etc.).
Ce dossier est établi au nombre d’exemplaires suffisant pour qu’il en soit attribué un à chacun des corps ou établissements intéressés, un à la chefferie du génie correspondante, un à la Direction du Service de santé du corps d’armée, un au Ministre (7® direction).
Le Directeur du service de santé du corps d’armée doit veiller à ce que les médecins chefs de service dans les corps de troupes ou établissements militaires tiennent ce dossier à jour avec le plus grand soin. Chaque année, à la date du 1®'’ juillet, il transmet au ministre (7® direction) les renseignements recueillis pour cette mise à jour. Ces renseignements sont fournis sous forme de feuillets annexes destinés à être insérés dans les dossiers de l’administration centrale. Lorsqu’aucune modification n’aura été notée dans l’année, on affirmera le fait en fournissant un feuillet revêtu de la mention « néant ».
Programme de recherches pour Tétude d^une eau potable. — L’appréciation de la qualité d’une eau potable est un problème extrêmement complexe et difficile, qui ne peut être convenablement résolu que par une étude attentive et prolongée de tous les éléments de la question.
ÉTUDES DES EAUX POTABLES
Les analyses chimiques et bactériologiques fournissent des renseignements très utiles et qui ne doivent jamais être négligés. Mais il ne faut pas oublier que la constitution de certaines eaux est incessamment variable, suivant la quantité et la qualité des infiltrations auxquelles est exposée la nappe qui les fournit. Dans ces cas, très nombreux, les résultats de Fanalyse ne valent que pour l'échantillon examiné.
Il est donc nécessaire d’étudier une eau potable dans ses origines (sources, puits, drains, galeries captantes, galeries filtrantes, rivières...) et dans sa canalisation jusqu’au point où elle est distribuée. Rien ne peut suppléer à cette enquête locale.
Les eaux de profondeur sont généralement pures ; leur qualité devient plus ou moins suspecte, suivant la plus ou moins grande facilité de leur mélange avec les eaux de surface L C’est principalement pour mettre en lumière le fait capital de la possibilité et de la facilité de ce mélange qu’il faut s’attacher à obtenir des- renseignements précis sur les points suivants :
Nature du sol, son degré de perméabilité disposition
1. Les eaux de surface qui gagnent la nappe souterraine après avoir traversé une suffisante épaisseur de terres, sont filtrées de façon parfaite. Cette filtration serait illusoire s’il existait des failles ou des fissures établissant des communications faciles entre les deux nappes.
2. 11 est souvent facile de démontrer que l’eau d’une source, d'un puits... est contaminée par des infiltrations qui traversent un sol trop perméable. 11 suffit de verser au point où ces infiltrations se produisent une solution concentrée de fluorescéine et d’observer le moment où apparaît la coloration dans l’eau.
On peut aussi arroser la surface suspecte avec une solution de sel marin. On constate après un certain temps que l’eau de la source, du puits... a pris la saveur caractéristique, ou encore qu’il y a augmentation du précipité sous l’action du nitrate d’argent.
des couches géologiques, failles et accidents de la région (soulèvements, rupture des couches géologiques) ;
Origine et direction générale de la nappe d’infiltration qui alimente la source ou le puits, ou les drains, ou la galerie captante, ou la galerie filtrante^ ; profondeur de cette nappe, dangers de contamination sur son parcours (terrains soumis à l’épandage, dépôt de fumiers...); utilité d’un périmètre de protection, détermination de ce périmètre ;
Disposition du terrain au point d’émergence de la source ; procédé de captage ;
Débit de la source ou du puits ; influence des saisons et des pluies sur le débit et sur la limpidité de l’eau. Dans le cas où l’eau se trouble à la suite des pluies, il convient d’indiquer après quel temps cette altération devient manifeste;
Qualités physiques et organoleptiques de l’eau ; sa température est-elle constante, et subit-elle notamment l’influence des pluies et des saisons ?
Les détails qui suivent se rapportent plus particulièrement aux eaux de puits :
Profondeur du puits, profondeur de la nappe d’eau (pour les puits artésiens, on fera connaître à quelle hau-
1. Il arrive souvent que Feau des galeries, dites filtrantes, établies à proximité d’une rivière provient en grande partie de la nappe souterraine qui descend des coteaux voisins : on a voulu, en creusant ces galeries, se procurer de Feau de rivière filtrée, on a obtenu de Feau ayant à peu près la même origine et la même qualité que celle des puits de la région.
Pour établir avec certitude Forigiue de Feau à recueillir dans une galerie filtrante, il faut étudier comparativement Feau de la galerie, celle de la rivière et celle des puits voisins (variations relatives des niveaux, des températures, de la teneur en germes et de la composition chimique).
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teiir au-dessus du sol s’élèvent les eaux jaillissantes); s’il y a un cours d’eau ou un, étang voisin, détermination du niveau de la nappe d’eau du puits par rapport au niveau de l’étang ou de la rivière, quelle relation y a-t-il entre les variations saisonnières de ces deux niveaux ’ .
Mode de puisage de l’eau (seau, pompe). Le puisage est-il fréquent, et, par suite, l’eau fréquemment renouvelée ?
Diamètre du puits, nature de ses parois, leur étanchéité, existence d’une margelle, mode de couverture. Cette couverture suffit-elle à mettre l’eau du puits à l’abri des poussières?
Nivellement du terrain dans lequel le puits est foré (ce terrain est-il disposé de sorte que les eaux de surface se dirigent vers le puits, ou s’en éloignent, ou stagnent sur place ?) ;
Conditions de voisinage (maisons, latrines, écuries, abreuvoirs, lavoirs, égoûts, eaux résiduelles... avec indication des distances au puits). Le sol a-t-il été imperméabilisé au voisinage immédiat de l’orifice du puits ?
Lorsque l’eau distribuée provient d’une rivière, on fera connaître la longueur approximative de la rivière depuis son origine jusqu’à la prise d’eau, les villes, villages, établissements industriels, les causes de souillure diverses existant sur les rives en amont de cette prise, avec indication des distances.
Dans tous les cas où il existe une canalisation, on l’étudiera avec soin :
1. Les mêmes indications seront fournies pour les galeries filtrantes.
Aqueducs ou à ciel ouvert;
Diverses sortes de conduits (maçonnerie, ciment, poterie, fonte) et de joints, leur étanchéité. A quelle profondeur sont placés les conduits? L’eau circule-t-elle sous pression? Quelle est la valeur de cette pression? Possibilité d’infiltrations sur les divers points du trajet.
Réservoirs, nature de leurs pa^^ois, étanchéité, mode de couverture, cause de souillure résultant d’une installation ou de conditions de voisinage défectueuses ; l’eau y est-elle fréquemment renouvelée ? Ces nettoyages sont-ils fréquents?
Citernes (mêmes renseignements que pour les réservoirs). En outre, on indiquera la nature des surfaces destinées à recueillir les eaux pluviales, les causes de souillure de ces surfaces et les moyens d’y remédier (barrière pour en défendre l’accès lorsqu’il s’agit des glacis d’un fort...), le dispositif employé pour laisser perdre la première eau qui tombe, les mesures prises pour empêcher l’introduction de corps étrangers ou de poussières par les divers orifices des citernes. Les tuyaux de conduite qui aboutissent aux citernes sont-ils à l’abri de toute infiltration (eaux de lavage, urines...)? Existe-t-il un filtre à l’entrée des citernes ? Comment est-il constitué ? Est-il nettoyé souvent? Quel est le mode de puisage de l’eau ? Lorsque les citernes ne sont pas alimentées par les eaux de pluie, on indiquera l’origine de l’eau qu’elles contiennent (source, etc...), la qualité et le mode d’adduction de cette eau.
Dans les cas où l’eau n’est consommée qu’après épuration (filtres, etc.), on fera connaître la nature des appareils employés, les conditions de leur installation et les mesures prises pour mettre l’eau purifiée à l’abri de toute souillure.
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En résumé, l’application d’une eau potable doit se faire d’après l’ensemble des indications qu’auront fournies :
1° L’étude des caractères physiques et organoleptiques ;
L’analyse chimique ;
3° L’analyse bactériologique ;
4° Enfin et surtout l’enquête locale qui fera connaître les dangers de contamination auxquels une eau est exposée, leur importance relative et les moyens d’y remédier.
Cette enquête restera toujours ouverte et enregistrera au fur et à mesure les améliorations apportées au captage, à la canalisation... ou, au contraire, les dégradations survenues et les causes de souillure nouvelles.
Lorsqu’une eau est suspecte, les analyses chimiques et bactériologiques devront être multipliées ; elles seront faites aux moments qui paraîtront les plus favorables pour vérifier la contamination que l’on suppose exister (après les chutes de pluies, pendant les périodes de sécheresse).
On sait avec quelle rapidité les microbes pathogènes introduits dans une eau peuvent disparaître, il conviendra de prélever les échantillens destinés à l’analyse dès les premières manifestations des maladies dont on soupçonne l’origine hydrique.