‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 14 sur 118 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

ANALYSE PHYSIQUE

Les caractères physiques, un peu trop délaissés, devront toujours être soigneusement passés en revue. A eux seuls, ils sont évidemment insuffisants pour apprécier la valeur absolue d’une eau; mais, bien interprétés, ils offrent déjà une certaine garantie et présentent, en outre, l’avantage d’être à la portée de tous et de pouvoir rendre ainsi des services en cas d’urgence.

A l’aide des seules données des caractères organoleptiques et des usages économiques, on sait que les anciens qui ne possédaient pas d’autres moyens d’investigation, étaient parvenus à des résultats vraiment surprenants. Ils attachaient d’ailleurs une très grande importance à la question de l’eau potable, et avaient même la pieuse coutume de couronner de fleurs les sources auxquelles ils avaient bu. Il faut convenir que nous ne leur ressemblons guère sous ce rapport.

L’enquête physique portera sur :

Réaction ;

Température;

Couleur et aspect;

Odeur ;

Saveur ;

Conservation ;

Usages domestiques divers.

Réaction. — La réaction devra être neutre aux réactifs colorés ordinaires; papiers de tournesol sensible et plitaléine du phénol.

Température, — La température d’une eau potable doit être inférieure à celle de Tair en été et lui rester supérieure en hiver. On admet qu’elle peut varier entre 8 et lo"". Prises trop froides, les eaux peuvent fatiguer l’estomac et déterminer des congestions. Au-dessus de 15°, elles perdent une bonne partie de leur gaz, deviennent fades, peu agréables à boire et désaltèrent mal.

Couleur et aspect. — L’eau est incolore sous un petit volume et légèrement bleuâtre sous une plus grande épaisseur. Elle ne doit présenter de teinte ni jaune, ni verte, ni brune, due à des végétaux microscopiques : algues et conferves.

Cependant, l’eau est jaunâtre dans les pays de tourbières, sans pour cela être nuisible à la santé. Les eaux qui contiennent du fer, donnent au contact de l’air, par perte d’acide carbonique et surtout oxygénation, un précipité rouge brun d’hydrate ferrique.

L’eau doit toujours être limpide et d’une transparence parfaite ; mais une eau qui se clarifie vite et spontanément par le repos, n’est pas forcément mauvaise pour cela.

La couleur etla transparence s’apprécient bien à l’aide de tubes spéciaux.

ANALYSE PHYSIQUE

Odeur. — L’eau potable ne doit avoir aucune odeur ; et, pour mieux s’en assurer, on la chauffera vers 50®. On notera surtout l’absence de toute odeur putride due à l’hydrogène sulfuré.

L’eau des citernes dégage bien souvent une odeur spéciale dans les premiers jours ; mais, au bout de quelque temps de fermentation, ces eaux redeviennent inodores et acceptables pour la consommation ; mais en principe toute eau odorante doit être tenue pour très suspecte.

Une eau qui contient des matières organiques en décomposition exhale une odeur de vase ou de pourri. Pour percevoir nettement cette odeur, on remplit d'eau au 2/3 un flacon de 230 à 300 grammes à large ouverture, et on agite vivement pendant deux à trois secondes. On débouche aussitôt le flacon de manière à sentir l’air de la bouteille qui vient d’être agité avec l’eau suspecte. L’odeur est alors manifeste. A défaut de flacon spécial, on peut faire l’expérience avec un verre à boire ordinaire qu’on bouche avec la mainpour agiter le liquide.

En approchant le nez au moment où l’on entrebâille la main, on perçoit facilement l’odeur.

Saveur. — L’eau doit avoir une saveur faible et agréable ; mais, pour la bien apprécier, il faut la déguster entre 15 et 20®. Quelques buveurs d’eau arrivent à émettre par la simple dégustation des appréciations très justes et vraiment surprenantes sur la valeur d’une eau.

Une saveur fade indique généralement un manque d’aération, de gaz carbonique, de sels normaux en dissolution, et souvent la présence de matières organiques en voie de transformation. Ces eaux sont lourdes et indigestes quand elles ne sont pas nuisibles. Un goût salé ou saumâtre indiquera des chlorures en excès ; — l’alu-

mine donnera un goût terreux ; — les sels de magnésie un goût amer ; — et les sels de fer un goût métallique désagréable.

L’eau qui a séjourné sur certains sols peut dissoudre des substances liumiques capables de lui communiquer un goût de moisi assez difficile à définir.

Conservation. — Une bonne eau doit se conserver longtemps sans s’altérer. Des épreuves directes portant sur plusieurs jours et même sur plusieurs mois et notamment en été, sont faciles à instituer pour s’en rendre compte.

Usages domestiques divers. — Enfin, l’eau doit être propre à la cuisson des légumes et au savonnage : ce qui n’a pas lieu quand elle contient un excès de sels terreux à base de chaux et de magnésie qui forment des combinaisons insolubles avec la caséine végétale ou des grumeaux avec les acides gras du savon.

Ces eaux dures sont toujours d’une digestion difficile.

Indications fournies par les plantes et les animaux. —

La nature des plantes qui croissent dans les eaux peut aussi fournir des indications très utiles.

Ainsi le cresson ne peut vivre que dans les eaux pures. Il en est de même des véroniques et des épis d’eau.

Les roseaux, patience, menthe, cigüe, joncs et nénuphars, indiquent des eaux de médiocre qualité pour la boisson.

Enfin les carexetles roseaux à balais croissent dans des eaux tout à fait mauvaises. Il faut se méfier également des eaux qui baignent les racines de laurier rose en grande quantité.

ANALYSE PHYSIQUE

Dans le même ordre d’idées, on peut s’en rapporter à l’instinct de certains animaux : ainsi un cheval qui n’a que modérément soif n’accepte l’eau que si elle est bonne. Le chien, au contraire, et tous les carnivores boivent sans difficulté de l’eau malsaine.

En se plaçant au point de vue de la faune et de la florule des eaux, et à la suite de nombreuses observations qui ne permettent cependant pas de conclure scientifiquement, M. Gérardin a pu diviser les eaux en quatre classes d’après la nature et l’organisation des animaux et des végétaux qui y vivent.

Première classe. — La première classe comprend les eaux excellentes dans lesquelles on rencontre :

Deuxième classe. — La seconde classe comprend les eaux bonnes :

ANIMAUX

PLANTES

Poissons.

Crevettes.

Sangsues.

l.arves de libellules.

Physa fontinalis.

ünio pictorum.

Nérites

Lymnées, etc.

Ranunculus sceleratus.

Iris fœtida.

Juncus compressus.

Polygonum amphibiurn.

Zanichellia palustris.

Myriophyllum spicatum.

Carex riparia.

Sparganium simplex.

Potagometon natans.

Sisymbrium nasturMum.

ANIMAUX

J^arves d’éphèmères (Vers

Épis d’eau.

Véroniques.

Phragmites communis.

PLANTES

rouges)

Dytiques.

Valvata piscinalis.

Ancillus lacustris.

Paludina vivipara.

Plariorbis alba.

Troisième classe. — La troisième classe comprend les eaux médiocres ainsi peuplées :

ANIMAUX

PLANTES

Lymnea ovata.

— stagnalis.

Planorbis submarginatus.

— complanatus.

— corneus.

Sangsues noires.

Gyclas cornea.

Bithynia impura.

Roseaux.

Patiences.

Cigües.

Menthes.

Salicaires.

Joncs.

Nénuphars natans.

Carets.

Quatrième classe. — Enfin, la quatrième classe comprend. les eaux infectes dans lesquelles la vie animale est exclue, et où Ton ne rencontre que quelques plantes d’ordre inférieur, telles que les Arundo et Pyragmites.

L’analyse chimique est actuellement la partie la plus précise de l'analyse des eaux; et, comme elle est en même temps la plus rapide; les indications qu’elle fournit ont une portée considérable, si toutefois les échantillons à analyser sont expédiés par grande vitesse; car, sans cette précaution, les dosages très importants de l'oxygène dissous et des matières azotées, perdent beaucoup de leur signification.

Longtemps limitée à l’hydrotimétrie et à la détermination des matières minérales fixes, elle ne pouvait fournir de renseignements bien précis sur la potabilité d’une eau; mais l’apparition de la bactériologie, en stimulant le zèle des chimistes, en les forçant à envisager les matières organiques dangereuses sous toutes leurs formes, et à mieux interpréter leurs résultats analytiques, a conduit les recherches chimiques à un haut degré de perfection qui rend aujourd’hui les meilleurs services pour conclure à la valeur réelle d’une eau, surtout si l’on procède par comparaison avec les eaux pures et les eaux suspectes de la même région.

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