II. ANALYSE CHIMIQUE
Conditions dans lesquelles les échantillons d^eau destinés à Tanalyse chimique doivent être recueillis et expédiés. — Les échantillons d’eau destinés à l’analyse chimique doivent être recueillis dans des bouteilles neuves en verre non coloré d’une capacité de 1 à 2 litres. Il faut 3 litres d’eau pour une analyse chimique ordinaire.
Les bouteilles seront lavées et rincées avec le plus grand soin : au moment de la prise d’échantillon, elles seront encore rincées deux ou trois fois avec l’eau à ana-
lyser et les bouchons, en liège neuf, seront lavés dans dans cette même eau.
Pour faire un prélèvement dans une source, une rivière ou un réservoir, on y plonge si cela est possible, la bouteille même et à une certaine profondeur. 11 faut éviter de puiser beau à la surface ou au fond. Si Ton est obligé de se servir pour l’emplissage d’un vase intermédiaire, ce vase sera préalablement lavé et rincé comme les bouteilles elles-mêmes. Quand on doit faire le prélèvement au robinet d’une canalisation ou à la pompe qui dessert un puits ou une citerne, il faut laisser couler l’eau assez longtemps pour être assuré de ne pas recueillir le liquide qui a séjourné dans les tuyaux de la pompe ou dans le conduit qui reliele robinet à la canalisation générale. Les bouteilles seront remplies exactement jusqu’au point où le bouchon doit pénétrer; le bouchon sera enfoncé autant que possible, coupé au ras du goulot et cacheté à la cire.
Chaque bouteille sera revêtue d’une étiquette indiquant le nom de l’eau prélevée et le lieu du prélèvement.
On se procurera sur place les bouteilles et les caisses d’emballage nécessaires.
Les expéditions seront dirigées sur l’hôpital le plus voisin où existe un pharmacien militaire : elles seront toujours faites en magasin, c’est-à-dire à domicile et habituellement en petite vitesse. La vitesse accélérée ne sera employée que dans les cas urgents ou sur prescriptions spéciales, ou encore dans les conditions de poids et de distance spécifiées aux paragraphes numérotés et 2® de l’article 10 de l’Instruction du 28mail89o.
Lorsqu’il existe dans le même établissement un laboratoire de bactériologie et un laboratoire de chimie, les échantillons d’eau qui pourraient être adressés en même
ÉTUDES DES EAUX POTABLES
temps aux deux laboratoires ne seront jamais contenus dans une même caisse et constitueront des envois séparés .
Renseig'nements à fournir pour Tanalyse. — On adressera au chimiste expert des renseignements sur beau à analyser identiques à ceux qu’il est prescrit de fournir pour toutes les analyses bactériologiques.
On complétera ces renseignements par l’indication de la nature géologique du terrain dans lequel l’eau est captée.
Comptes rendus des analyses. — Les comptes rendus des analyses chimiques seront fournis dans les mêmes conditions que ceux des analyses bactériologiques.
Remarques. — Ce règlement contient des prescriptions très précises et très pratiques qui peuvent être adoptées partout ; mais on y voit un peu trop la préoccupation d’assurer la prédominance de l’examen bactériologique sur les déterminations, chimiques; et l’analyse de l’eau ainsi comprise peut constituer un danger au lieu de réaliser un progrès.
En limitant en effet, comme on le fait trop souvent, l’analyse de l’eau à la recherche du coli bacille et à celle du bacille typhique, et en la déclarant ensuite potable si l’on n’y a pas rencontré ces deux espèces pathogènes, on s’expose à laisser consommer sans la stériliser une eau parfaitement toxique et bien capable de produire l’infection typhique.
Les bactéries ne sont pas en dissolution dans l’eau, mais seulement en suspension plus ou moins homogène; et en opérant aussi correctement que possible, on peut parfaitement passer à côté des espèces pathogènes, sur-
tout si elles n’y sont qu’en petit nombre. — Dans une rivière poissonneuse, deux pêcheurs également habiles ne prennent jamais la même quantité de poisson, et la pêche peut être nulle à certains endroits de la rivière ou à certains moments de la journée.
Plus que partout ailleurs, un examen bactériologique négatif d’une eau n’a donc aucune signification ; et on ne doit en tenir compte que dans une très faible mesure.
L’analyse chimique et l’examen bactériologique effectués par deux opérateurs différents rendent aussi les conclusions définitives bien difficiles à établir; et à ce point de vue, le service de santé de la Guerre ferait bien de copier l’organisation et le fonctionnement du laboratoire du Comité consultatif d’Hygiène de France.
Enfin, on ne s’explique pas l’envoi en petite vitesse d’une eau destinée à l’analyse chimique : car l’eau n’aura plus en arrivant au laboratoire sa composition d’origine, notamment pour l’oxygène dissous et les substances azotées les plus dangereuses ; et ensuite si l’analyse est demandée en vue de mesures à prendre, il y a tout intérêt à en connaître le résultat le plus tôt possible.