‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 32 sur 118 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

ANALYSE MIGROGRAPHIQUE

L’analyse micrographique des eaux est un peu négligée depuis l’application des méthodes bactériologiques ; cependant, elle est indispensable pour nous révéler la présence de parasites intestinaux et autres, si fréquents dans les pays chauds ; et qui s’introduisent souvent dans l'organisme par leurs œufs déposés dans les eaux.

Tels sont : les Ascarides lombricoïdes, les Oxyures, l’Ankylostome duodénal, les Pilaires, les Ténias, les Distomes, la Bilherzia hematobia et même la sangsue de cheval, de la grosseur d’une aiguille à tricoter quand elle n’est pas gorgée.

Ces parasites déterminent des troubles nerveux réflexes et empoisonnent parles substances toxiques qu’ils secrétent et qui passent dans le sang à la suite des lésions de la muqueuse intestinale. Ils sont, en outre, les véhicules et les agents d’inoculation d’un grand nombre de bactéries pathogènes.

Il est probable que l’anguillule intestinale et l’amibe du côlon, si fréquentes dans certaines dysenteries, ne sont que des agents d’inoculation des bactéries qui pullulent dans cette redoutable affection.

On trouve egalement dans l’eau des organismes inférieurs végétaux et animaux : algues, infusoires, petits crustacés; des corps minéraux et résidus de diverses industries.

Lorsqu’on a affaire à une source pure, tout cela est facile à éviter par un meilleur captage ; mais si l’eau est superficielle, il faudra l’épurer par l’un des moyens qui seront exposés plus loin.

Les corps que fait découvrir l’analyse micrographique ont une signification différente suivant leur nature.

L’argile et le limon en suspension lui donnent un mauvais aspect.

Les débris végétaux : débris de feuilles mortes, grains de pollen, déchets de fabrique, ont l’inconvénient d’entrer tôt ou tard en décomposition.

Les fibres musculaires doivent faire soupçonner la présence des matières fécales.

Les algues sont de nature inoffensive et on peut les admettre en petite quantité. Elles jouent d’ailleurs un rôle épurateur : ainsi on a calculé que 10 grammes d’algues détruisent, en dix jours 18 centigrammes de substance organique. Elles enrichissent, en outre, l’eau en oxygène.

Dans les eaux qui avoisinent les brasseries, on peut rencontrer des moisissures et des champignons ferments.

Les bactéries filamenteuses sont parfois gênantes à cause de leur énorme développement qui peut arriver à obstruer une canalisation.

Les espèces les plus redoutables sous ce rapport sont les Crenothrix^ surtout lorsqu’elles croissent dans une eau ferrugineuse ; mais elles ne sont pas nuisibles à la santé.

La contamination la plus dangereuse est celle par les

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matières fécales ; car même lorsqu’elle a disparu, elle peut y laisser des œufs de vers intestinaux qui conservent pendant longtemps leur vitalité dans l’eau, en y donnant naissance à des embryons ciliés, doués de mouvement, dont l’introduction dans l’organisme sera nuisible à sa santé.

Pour rechercher ces parasites et leurs œufs dans l’eau, on procédera par décantation après repos ; ou mieux à l’aide du centrifugeur.

On examinera d’abord à la loupe, puis au microscope à 300 grossissements.

Les œufs du Tœnia solium sont sphériques avec coque striée.

Les œufs de V Ascaris lumbricoïdes offrent une surface irrégulièrement dentelée et mamelonnée.

Les œufs de YOxyuris vermicularis ^ offrent un embryon enroulé en spirale.

Les œufs de V Ankylostomum duodenale ont un contenu brunâtre, finement granuleux, et leur enveloppe est simple et extrêmement mince. L’œuf se développe dans l’eau au bout de quelques jours en donnant naissance à une larve vermiforme dont l’extrémité céphalique est plus mince que le corps et dont l’extrémité caudale se termine en pointe. Les larves sont animées d’un mouvement sinueux très rapide. Les animaux adultes vivent dans l’intestin grêle de l’homme, y sucent le sang et produisent ainsi des chloroses graves.

Les œufs de Bistomumhepaticum et lanceolatum^ se développent également dans l’eau en donnant naissance à un embryon cilié flottant librement dans le liquide.

La recherche des amibes dans l’eau, est à peu près impossible; parce que, au sortir des selles, elles se déforment, se contractent et s’enkystent pour résister.

Les organismes appartenant au règne animal et au règne végétal qui peuvent vivre dans l’eau sont donc extrêmement nombreux et variés. . Leur description entraînerait beaucoup trop loin.

Parmi les animaux, on trouve des représentants des groupes suivants : rhizopodes, infusoires flagellés et ciliés, — vers, — arthropodes.

En dehors des organismes végétaux déjà signalés, nous allons décrire rapidement les bactéries filamenteuses, à cause des inconvénients qu’elles peuvent présenter.

Les bactéries filamenteuses se distinguent des algues par l’absence de chlorophylle; mais les dépôts de petites granulations qu’elles renferment font souvent croire à la présence d’une matière colorante, ce qui rend une différenciation très difficile. Contrairement aux bactéries proprement dites, leur accroissement n’a'jamais lieu que d’un seul côté : il n’y a de division cellulaire que dans le sens où les filaments vont toujours en diminuant de diamètre, tandis que chez les schizomicètes dont le diamètre reste le m.ême, la division a lieu dans les deux sens.

Les espèces suivantes sont intéressantes au point de vue de l’hydrologie :

a) Beggiatoa. — Les espèces de ce genre se développent bien dans les eaux riches en combinaisons organiques, comme les eaux sulfureuses où les eaux résiduelles des fabriques de sucre. Elles possèdent la faculté de produire au milieu de leur tissu des dépôts de soufre sous forme de petites granulations. Lorsqu’elles meurent, elles se décomposent en donnant naissance à de l’hydrogène sulfuré. Elles peuvent de cette façon, ainsique par leur énorme accroissement, contaminer l’eau à un haut

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degré, empoisonner les rivières, et détruire la vie animale. L’espèce la plus ordinaire est le Beggiatoa alba.

b) Grenothrix. — Les Crenothrix prennent parfois un si grand développement, qu’ils peuvent troubler l’eau et même donner lieu à la formation de dépôts abondants. On peut en rencontrer dans les eaux de source de bonne qualité et notamment dans celles qui contiennent un peu de fer.

Dans ce cas, le fer se dépose dans les filaments sous forme d’un pigment brun d’hydrate de sesquioxyde de fer. Il arive alors souvent que des masses de dépôts bruns obstruent complètement les conduites d’eau. Là où il n’y a pas de dépôts ferrugineux, ou' observe de très nombreux articles qui sont courts, discoïdes et peuvent en se divisant, donner naissance, comme les spores contenues dans une enveloppe gélatineuse, à des individus isolés. A cause de cette particularité, on a donné à cet organisme le nom de Crenothrix polyspora,

c) Gladothrix. — Le cladothrix est le champignon aquatique le plus commun. Par sa structure, il ressemble beaucoup au crenothrix, seulement les filaments sont plus minces et plus ténus. 11 présente aussi çà et là des dépôts ferrugineux ; mais sa fausse ramification constitue une différence caractéristique.

Nota. — Comme il a déjà été dit, les examens micrographiques devront être effectués sur les sédiments, déposés après quelque temps de repos ou mieux rassemblés au centrifugeur ; mais on devra également examiner la pellicule superficielle.

Enfin, on fera bien de fixer les éléments vivants à l’aide d’une solution à 1 0/0 d’acide osmique.

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