CHAPITRE XIX
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE
L’analyse bactériologique est la plus intéressante, mais en même temps la plus discutée de toutes les méthodes actuellement employées pour nous fixer sur la valeur d’une eau potable.
M. Duclaux, directeur de ITnstitut Pasteur de Paris, affirme qu’on peut porter un jugement assuré sur la contamination d’une eau, avec les seules ressources de la chimie, sans avoir recours aux méthodes parfois fallacieuses de la bactériologie; et que, pour conclure, il faut admettre la prépondérance des déterminations chimiques sur les déterminations bactériologiques. Cette opinion est généralement admise aujourd’hui par les experts appelés à conclure, et dont le rôle ne consiste pas à créer une agitation plus ou moins factice autour de la question de l’eau.
Il est vrai que, dans le même Institut Pasteur, on enseigne aussi que l’analyse chimique doit être envisagée comme auxiliaire de l’examen bactériologique.
Dans l’intérêt de l’hygiène, il vaudrait évidemment mieux qu’il en soit ainsi; mais nous n’en sommes pas encore à pouvoir apprécier rapidement la valeur d’une eau à l’aide de quelques pipettes, milieux de culture et
réactifs colorés ; et il faudra sans doute attendre longtemps avant de pouvoir se prononcer sérieusement sur la valeur d’une eau, sans faire preuve de connaissances chimiques approfondies.
Malgré les patientes recherches de nombreux expérimentateurs, on peut dire que la bactériologie de l’eau est restée très obscure. Isolée, elle a fait naître des craintes souvent injustifiées, et occasionné des dépenses parfois considérables qui sont loin d’avoir été balancées par des recettes sanitaires, non pas équivalentes, mais à peine appréciables.
Lorsqu’on a une certaine pratique des analyses bactériologiques, ou aperçoit nettement que les difficultés à vaincre sont d’un ordre tout particulier. En effet, les espèces pathogènes se modifient très rapidement dans l’eau en y perdant leur virulence et en passant à l’état de saprophytes ; tandis que plusieurs espèces banales isolées dans des eaux parfaitement saines, ont morphologiquement et même biologiquement beaucoup de points communs avec les espèces ordinairement supectes.
Les méthodes bactériologiques peuvent néanmoins rendre de bons services dans l’appréciation de la valeur hygiénique d’une eau; mais dans l’état actuel de nos connaissances, il ne faut pas leur demander ce qu’elles ne peuvent donner ; et pour éviter de graves mécomptes, il est bon de ne les admettre qu’en sous-ordre, et comme complément de l’analyse chimique.
Théoriquement une eau d’alimentation ne devrait pas contenir de germes ; mais celan’existe jamais en pratique; et l’on doit se déclarer satisfait lorsqu’il ne se développe sur gélatine nutritive qu’un petit nombre d’espèces banales à développement tardif et sans dégagement de gaz infects.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE
Les microbes qui liquéfient la gélatine appartinnent à des espèces septiques, et indiquent presque toujours une contamination par des matières organiques en décomposition. Une eau qui contiendrait un grand nombre de ces germes par centimètre cube, doit, par conséquent, être considérée comme suspecte.
La présence des bactéries intestinales et notamment du Bacterium coli^ indique que l’eau a été contaminée par des déjections animales. Il faut donc rejeter une pareille eau de l’alimentation ; car il j a lieu de redouter le retour à la virulence de ces espèces souvent pathogènes qui produisent l’infection fécale des eaux.
L’analyse bactériologique devrait donc comprendre la numération et la spécification de tous les germes isolés d’une eau ; mais cela entraînerait beaucoup trop loin et rendrait l’analyse beaucoup trop longue et par suite inutile : aussi, en pratique, on limite généralement les recherches bactériologiques à l’isolement, à la caractérisation du Bacterium coU et du bacille typhique ; ce qui n’empêche pas de signaler les autres espèces banales et suspectes rencontrées dans le cours de ces recherches.
La liste des espèces banales et pathogènes retirées des eaux à la suite de cultures sur des milieux artificiels ou des organes des animaux ayant succombé dans les essais physiologiques, est aujourd’hui considérable.
Dans les deux tableaux ci-après, nous indiquons les plus fréquentes et les plus importantes; mais sans entrer dans leur description détaillée qu’on trouve dans tous les traités de bactériologie. Cette distinction en espèces banales et pathogènes me paraît d’ailleurs bien arbitraire: car tout semble indiquer que tous les germes contenus dans les eaux peuvent devenir dangereux, lorsqu’ils se trouvent en contact avec des produits d’origine animale ;
et qu’ils restent au contraire généralement inoffensifs lorsque l’eau ne contient plus que des traces anciennes de ces mêmes matières organiques.
A, — Espèces ordinairement banales