NUMÉRATION
La numération devra être effectuée sur des échantillons prélevés avec les précautions indiquées ; sans cela elle est ridicule et illusoire, et n’a aucune signification.
A défaut d’une méthode obligatoire de numération qui s’impose par sa précision, nous pensons qu’on peut employer tout procédé logique qui n’exige pas de matériel encombrant et qui permetd’opérer à l’état de pureté ;~ mais, lorsqu’on aura adopté un procédé quelconque, il faudra s’y tenir rigoureusement ; car, si les chiffres trouvés à la numération n’ont pas de valeur absolue, ils acquièrent une importance considérable aux essais comparatifs, et il importe d’opérer toujours dans les mêmes conditions.
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En effet, en opérant toujours de la même façon et au même moment de la journée, on pourra dire si l’eau de la canalisation d’une ville est bien semblable à celle du réservoir qui l’alimente; et si elle a bien la même composition biologique dans tout le branchement. Si l’on voit tout à coup le chiffre des bactéries augmenter dans un quartier et rester stationnaire dans les autres, on pourra affirmer, avec certitude, qu’il s’est produit là quelque chose d’anormal et d’inquiétant pour la santé publique et qu’il est urgent de faire visiter soigneusement en ce point la canalisation.
En dehors des renseignements généraux qu’on peut demander à la numération pour apprécier la potabilité d’une eau, elle peut encore servir à rechercher si un filtre fonctionne bien, à déterminer le temps de son bon fonctionnement, enfin à comparer entre eux les divers systèmes de filtration proposés pour l’amélioration des eaux.
Voici comment nous procédons pour effectuer' la numération des bactéries d’une eau dont nous ne connaissons pas, même approximativement, la teneur en microbes.
Nous avons renoncé à la méthode des ensemencements fractionnés en bouillon, employée dans quelques laboratoires; et cela à cause du matériel encombrant exigé et de l’incertitude où l’on se trouve de reconnaître aisément s’il n’est pas poussé plusieurs espèces dans le même tube. Malgré quelques inconvénients, la gélatine est beaucoup plus pratique.
Mode opératoire. — Stériliser à l’autoclave à 115®, pendant un quart d’heure, trois flacons bien bouchés à l’ouate contenant le premier 9 centimètres cubes d’eau distillée, le second 99, et le troisième 499. Chacun de ces flacons sera, après refroidissement complet, additionné de
1 centimètre cube de l’eau à examiner, puisée avec pureté dans un des flacons reçus, retiré à ce moment seulement de la glacière. Ces opérations qui se pratiquent à l’aide de pipettes stérilisées de 1 centimètre
cube, donneront ainsi des dilutions au — ? au et
âu ;;77r7:* La première de ces dilutions convient aux eaux oOÜ
pures, celle au centième à la plupart des eaux potables
et celle au aux eaux déjà süspectes. Les eaux qui ouu
exigent des dilutions plus fortes, et, par suite, des multiplicateurs très élevés, n’étant plus potables, il suffit de signaler le fait sans en poursuivre la numération.
Les trois flacons qui contiennentles dilutions ci-dessus, rebouchés aussitôt, seront bien agités dans tous les sens de façon à bien répartir uniformément, dans toute la masse du liquide, les microbes contenus dans le centimètre cube d’eau ajouté pour l’examen.
Pendant ce temps, on aura mis au bain-marie, vers 35^ trois tubes de gélatine remplis à 10 centimètres de hauteur, de façon à bien liquéfier le contenu de ces tubes. On débouchera avec précautions en se servant d’une pince flambée, et on introduira dans chaque tube, avec trois nou velles pipettes stérilisées, graduées comme les premières, 1 centimètre cube de chacune des dilutions. On fera le mélange en roulant, sans secousses brusques, les tubes entre les mains pour éviter les bulles d’air, et on introduira le contenu de chacun de ces tubes dans trois boîtes de Pétri ou fioles plates de Gayon, stérilisées, d’environ 10 centimètres de diamètre intérieur, et cela en soulevant le couvercle supérieur très légèrement, de façon à éviter le plus possible l’introduction des germes de l’air.
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Ces boîtes, soigneusement étiquetées avec la date et le chiffre de la dilution, seront portées sur une surface bien lisse et horizontale et remuées avec précaution de façon à arriver à un mélange bien intime et à une égale répartition des bactéries contenues dans la dilution ensemencée.
En hiver, la gélatine reviendra vite à l’état solide en emprisonnant les bactéries qui seront obligées de pousser là où elles se trouvaient au moment de la solidification. En été, pour arriver rapidement à faire faire prise à la gélatine, on est souvent obligé de déposer les boîtes sur une plaque refroidissante horizontale.
Quand les boîtes sont bien solidifiées, on les porte dans une étuve dont la température peut varier entre 18 et 22° ; et on les y maintient un certain nombre de jours qui peut aller de trois ou quatre jusqu’à quarante jours : cela dépend de l’activité des germes liquéfiants que contient l’eau. La richesse de l’eau en germes est toujours proportionnelle à l’intensité des cultures. On fera bien de visiter chaque jour les boîtes de Pétri et de faire la numération le plus tard possible; mais avant en-
Fig. 6. — Étuve pour cultures.
vahissement de toute la plaque par les liquéfiants.
Pour gagner du temps, et se rapprocher davantage des températures qui conviennent le mieux aux bactéries pathogènes, on cultive généralement vers 20®. On fera bien de conserver cette façon de faire ; mais en même temps, on pourra laisser les colonies de l’eau se développer dans des boîtes exposées à la température ordinaire. On se rapprochera ainsi davantage de la réalité ; et l’on pourra se faire une meilleure idée de l’activité et jusqu’à un certain point de la virulence des germes contenus dans l’eau, surtout si l’on opère par comparaison avec les eaux potables de la même région.
A la suite de cette pêche à la pipette, les résultats obtenus ne peuvent donner exactement le nombre exact des microbes aérobies et anaérobies facultatifs contenus dans une eau : d’abord parce que les microbes qui paraissent réunis par groupes dans les eaux sont très difficiles à dissocier et à répartir uniformément dans les dilutions; en second lieu, parce que les microbes qui poussent lentement ne peuvent souvent appparaître que quand les plaques sont déjà envahies par les liquéfiants.
Ce dernier inconvénient peut être évité par l’emploi de la gélatine gélose, et surtout par celui de la gélose qu’on ensemence vers 40®, au moment où elle va se solidifier.
En faisant plusieurs plaques de même dilution et de dilutions diverses et en prenant une moyenne, on aura ainsi une meilleure numération.
La lecture des colonies est facilitée en disposant le fond des boîtes de Pétri sur un papier noir quadrillé à la craie, et le dénombrement en est très facile, quand il n’existe pas plus de 40 colonies par boîte.
Le nombre des colonies apparues, multiplié' par 10, 100 ou 500, donnera le nombre des microbes contenus
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE l'îQ
dans un centimètre cube de l’eau ensemencée ; et on dira alors :
Le nombre des colonies aérobies apparues sur gélatine
nutritive comptées au bout de jours^ est de par
centimètre cube comprenant liquéfiants^,.., non lé-
quéfiants et moisissures.
Les boîtes de Pétri sont faciles à contaminer par les moisissures ; aussi on n’en tiendra compte que s’il s’en développe en même temps dans les fioles de Gayon.
. Si l’on écoutait certains hygiénistes, il faudrait rejeter de l’alimentation toute eau qui donnerait plus de 300 germes par centimètre cube, et même 100 lorsqu’il s’agit d’une eau filtrée. Or il y en a bien peu dans ce cas.
M. Miquel classe les eaux de la façon suivante d’après leur teneur en microbes :
Bactéries par centimètre cube.
Eau excessivement pure. .
de
— très pure
— pure
— médiocre
— impure
— très impure