‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 5 sur 118 · Journal Officiel^ du 9 décembre · texte numérisé non relu

Journal Officiel^ du 9 décembre

l’eau et les municipalités

triques en agissant sur le protoplasma des cellules. Ces eaux absorbées rapidement par osmose par les sels dissous dans les cellules, peuvent en distendre les membranes au point de les déchirer et de détruire leur vitalité. Les eaux privées de sels calcaires ont cependant des partisans, car elles passent pour empêcher le développement des calculs vésicaux et les dépôts d’urates et d’oxalates urinaires. Elles se diffusent rapidement et constituent des eaux de lavage intime des cellules et des organes, et notamment des reins : leurs propriétés diurétiques peuvent donc être mises à profit pour éviter lés maladies provenant d’un ralentissement delà nutrition; mais, quand leur pauvreté minérale est excessive, on peut dire qu’elles conviennent peu pour l’alimentation, et qu’elles ne suffisent pas toujours pour réparer les pertes de l’organisme. Pour l’alimentation d’une ville, on ne peut donc les employer qu’en les mélangeant avec les eaux de source les plus minéralisées de la région.

Enfin, pour mieux montrer l’embarras dans lequel se trouvent souvent placées les municipalités, ajoutons qu’une seule source vaut bien rarement les frais d’adduction, et que, pour en augmenter le débit et justifier les dépenses parfois considérables de l’opération, au lieu de faire un sérieux captage par puits cimenté, on a généralement recours à des drains, tranchées, galeries, etc., c’est-à-dire à des pratiques qui permettent de recueillir une mixture formée d’eau de source et d’eaux de surface. On arrive ainsi à constituer une eau à peu près potable en temps ordinaire, mais toujours plus ou moins suspecte à l’époque des pluies, à moins de lui faire attribuer un périmètre de protection considérable, en transformant toute la région en un véritable désert inacces- •

sible aux hommes et aux animaux : ce qui n’est pas toujours facile à réaliser.

On engage tout d’abord les dépenses au nom de l’hygiène ; mais, une fois les fonds votés, on écarte avec soin les hygiénistes indépendants, et le service des eaux passe entièrement entre les mains de l’Administration dont la compétence en matière d’hygiène laisse forcément à désirer. On capte des sources en ne tenant pas suffisamment compte des constatations matérielles résultant d’analyses librement exprimées. Enfin on gaspille des sommes considérables pour la réalisation de projets grandioses en se préoccupant trop de la quantité et pas assez de la qualité.

A ses attaques précises, les ingénieurs du Service des eaux, mis ainsi directement en cause, répondent par les arguments suivants qui ont bien leur valeur : c’est l’augmentation constante de la population des villes et le gaspillage effréné de l’eau de source qui nous obligent à accroître le débit de nos sources primitives par l’eau recueillie à Faide de drains ou meme par de l’eau épurée artificiellement; mais l’eau n’est livrée à la consommation qu’après examen complet ; et si nos théories sont parfois en défaut e^t nos prévisions dépassées, cela tient à la nature même de la question qui nécessite à chaque instant des expériences dispendieuses. Enfin nous pourrions citer également bon nombre de dépenses faites autrefois au nom de l’hygiène et qui, depuis, ont été reconnues parfaitement inutiles.

L’hygiène est évidemment science de progrès, et personne n’est responsable des défauts qui étaient ignorés la veille; mais raison de plus pour abandonner des pratiques condamnées par l’expérience et la science.

Il résulte de toui cela que les intéressés consomment

l’eau et les municipalités

bien rarement l’eau dont l’amenée à été autorisée par le Comité consultatif d’ Hygiène publique, derrière lequel ou ne manque cependant jamais de se retrancher lorsqu’il survient une épidémie d’origine hydrique.

Toutes ces discusions sur la qualité' et la quantité sont évidemment fort intéressantes; mais dans l’intérêt général elles durent vraiment depuis trop longtemps ; et c’est sans doute pour les faire cesser que le Préfet de la Seine, en prenant un arreté de constitution du Bureau d'Hygiène, a mis dans ses attributions, « l’étude et le contrôle au point de vue de l’hygiène, du captage et de la distribution des eaux ; la surveillance médicale et locale des sources, ainsi que celle du filtrage des eaux d’alimentation ».

Le Conseil municipal de Paris est encore allé plus loin dans cette voie, en invitant l’Administration à signaler au public par voie d’affiches ou par la voie de la presse, toutes les modifications introduites dans la distribution de l’eau potable. Quand par suite de travaux, d’accident quelconque, ou en cas de sécheresse; de l’eau de rivière sera substituée à l’eau de source dans un arrondissement, le public, prévenu, pourra prendre des précautions; et on évitera ainsi la fièvre typhoïde.

Tout cela est très logique; et les agglomérations importantes dont l’approvisionnement en eau potable laisse à désirer, devraient bien montrer un peu plus d’initiative et faire leur profit de l’expérience si chèrement acquise par la ville de Paris.

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