‹ Analyse chimique et bactériologique des eaux potables et minérales; épuration des eaux; législationChapitre 4 sur 118 · LXAÜ ET LES MUNICIPALITÉS · texte numérisé non relu

LXAÜ ET LES MUNICIPALITÉS

La question de l’approvisionnement d’une ville en eau potable est une opération très compliquée et assez difficile à réaliser rapidement, même en y mettant beaucoup de bonne volonté. L’accomplissement des nombreuses formalités exigées par l’Administration, en limitant l’initiative des municipalités, diminue dans une large mesure la responsabilité qui leur incombe dans une épidémie d’origine hydrique.

D’après les arrêtés ministériels qui régissent l’étude de l’adduction des eaux potables, les villes doivent tout d’abord faire procéder à des études techniques préliminaires par une Commission d’experts nommée par le Ministre de l’Intérieur, et composée de deux géologues attachés à la carte géologique de France, d’un chimiste et d’un bactériologiste.

Cette Commission, assistée par le service des travaux de la ville intéressée, entreprend alors l’examen des terrains, le régime des sources reconnues, et effectue des analyses chimiques et bactériologiques à des époques régulièrement déterminées et notamment à l’époque des grandes pluies et à la période de sécheresse maximum.

Les sources reconnues bonnes par la commission sont alors proposées au Conseil municipal, qui, en cas d'adoption, transmet le dossier à la sous-préfecture et de là au Conseil d’arrondissement. Après cette seconde approbation, le dossier est adressé au Ministère de l’Intérieur qui soumet le rapport des experts et la délibération du Conseil municipal au Comité consultatif d’Hygiène publique de P^rance, où fonctionne un laboratoire spécial de contrôle pour l’analyse chimique et microbienne des eaux d’alimentation.

En cas d’avis favorable, l’Administration municipale est invitée à établir un projet et devis détaillés qu’elle soumet à l’approbation du Conseil municipal et à l’examen du Conseil supérieur des Travaux publics, en justifiant que la ville est en état de l’entreprendre.

Enfin, après l’avoir soumis aux diverses enquêtes que comporte l’affaire, on le transmet au Conseil d’Etat pour qu’il soit rendu exécutoire par décret.

A ce moment seulement, on peut songer à mettre en adjudication le captage, la canalisation d’adduction, la construction des réservoirs et la distribution en ville.

Toutes ces formalités, qui ne peuvent être accomplies qu’avec une sage lenteur, ont évidemment été instituées pour donner au public un maximum de garanties ; mais elles ne conduisent le plus souvent qu’au triomphe de la paperasserie, de l’irresponsabilité et de l’insécurité, si l’on n’a soin de les compléter par des mesures portant sur l’examen du captage, la valeur de l’eau réellement captée, et enfin, par une protection efficace des sources ; c’est-à-dire en adoptant les obligations imposées aux particuliers ou aux sociétés qui exploitent des eaux minérales dans des conditions qui donnent généralement entière satisfaction. Le contrôle de l’administration dis-

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paraît donc au moment où il serait le plus nécessaire ; mais les municipalités peuvent et doivent y suppléer.

Dans le rapport des experts, la géologie de la région, fort longuement étudiée, tient presque toujours une place prépondérante ; et Ton y perd trop souvent de vue le véritable but à atteindre.

Les considérations générales sur la valeur relative des sources, la fissuration des roches calcaires, le peu de sécurité des sources qui s’y forment, la disparition et l’enfouissement des sources, le déboisement, etc., sont certes des notions fort intéressantes à connaître; mais elles pourraient être résumées plus simplement et occuper une place plus modeste, afin d’accorder plus d’importance à la question de l’eau proprement dite, envisagée d’après les données de l’hygiène moderne.

Enfin, les analyses chimiques et bactériologiques confiées à deux opérateurs différents, souvent éloignés l’un de l’autre, ne laissent évidemment rien à désirer comme précision dans les résultats analytiques; mais dans ces conditions les conclusions et interprétations sont forcément établies sans vue d’ensemble et parfois même sans connaissance suffisamment approfondie de la région, et manquent, par suite, trop souvent d’indications pratiques que ne comportent pas les analyses ordinaires ; mais qu’il est néanmoins indispensable d’envisager lorsqu’il s’agit de l’alimentation d’une ville en eau potable.

Ainsi, dans un cas, on aura oublié de noter la saveur de l’eau ; dans un autre, on aura négligé d’examiner son action sur les canalisations métalliques. Dans un troisième, on aura omis les épreuves de conservation ou négligé de rechercher la manière dont l’eau se comporte au point de vue de la pullulation des bactéries lorsqu’elle

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est soustraite à son milieu habituel en passant sur la table du consommateur; ou enfin, on n’aura pas recherché d’une façon spéciale les l)actéries filamenteuses dont le développement peut aller jusqu’à obstruer les canalisations.

Je cite ces exemples pour mieux montrer que la mission du chimiste doit être très large et très indépendante; et que son rôle ne peut se borner à répondre à un questionnaire établi à l’avance, ou à fournir un simple bulletin d’analyse destiné à être annexé à des hypothèses géologiques démenties à chaque instant par les faits; enfin qu’il n’y a que des inconvénients à émietter les responsabilités dans une question de cette importance; mais chez nous le mot de Beaumarcliais sera longtemps vrai; et la composition des Commissions n’aura rien de commun avec la logique.

Les meilleures eaux pour l’alimentation d’une ville, c’est-à-dire celles qui conviennent le mieux pour la nutrition, sont celles dont le résidu salin est compris entre 150 et 250 milligrammes par litre, avec de bonnes proportions d’oxygène et de gaz carbonique dissous pour en faciliter la digestion. Ces eaux moyennes appartiennent généralement aux terrains cristallins ou métamorphiques ayant le quartz et l’argile pour éléments constitutifs.

Les eaux provenant des terrains calcaires sont plus chargées et toujours plus ou moins lourdes et indigestes ; mais il est parfois impossible de s’en procurer d’autres dans beaucoup de régions.

Les eaux de source provenant d’eaux pluviales qui ont très peu circulé et surtout très peu emprunté aux terrains parcourus, ne sont pas non plus toujours recommandables, même en cas de pureté chimique et

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bactériologique, à cause des inconvénients suivants qui sont d’autant plus accentués que leur composition les rapproche davantage de l’eau distillée :

1° Comme susceptibles, à cause de leur délicatesse excessive, de contracter très facilement un mauvais goût communiqué par les terrains sur lesquels elles se forment. Cette remarque ne s’applique pas généralement aux sources granitiques qui sortent de la roche vive ;

Comme pouvant attaquer rapidement les canalisations métalliques en en dissolvant les métaux toxiques et surtout le plomb employé presque exclusivement pour le service des maisons. Les nombreux accidents saturnins survenus autrefois dans la Marine de l’E tat et confirmés récemment par les empoisonnements de Vitré, doivent toujours faire envisager cette hypothèse et instituer au besoin des expériences directes, pour permettre de se prononcer en parfaite connaissance de cause dans un sens ou dans l’autre L f.e mécanisme de cette attaque est d’ailleurs assez compliqué, et la pauvreté minérale de l’eau n’est pas suffisante pour l’expliquer scientifiquement, car des eaux fortement chargées de substances salines peuvent produire des piqûres très graves. Dans ce cas, il faut faire intervenir les nitrites, les gaz dissous, la composition biologique de l’eau et aussi la pureté des métaux employés.

J’ai démontré le fait dans une étude purement scientifique^, qui m’a valu, à la Chambre des Députés, une

1. Pour recherche et dosage du plomb : voir à Métaux toxiques.

2. Recherches chimiques et microbiologiques sur les altérations et la protection des métaux usuels en eau de mer. — Piqûres des carènes et corrosions des tubes de chaudières (Revue maritime et coloniale^ janvier, 1895).

attaque humoristique de la part d’un de nos hommes politiques les plus en vue h

M. Beechmann, ingénieur en chef du Service des Eaux et de l’assainissement delà ville de Paris, rencontra un peu plus tard la même ignorance, lorsqu’il fut amené à déclarer que « les machines à pomper les eaux d’égout s’usaient beaucoup plus vite que les autres». IJnjournaldu matin du 6 juillet 1901, qui relate l’incident, dit que cette déclaration provoqua dans la salle un rire fou !

Ce mélange de politique et d’eau d’égout est vraiment curieux, et mérite d’être signalé.

A Haïphong (Tonkin), j’ai vu des caisses neuves eu fer, recevant les eaux pluviales, être trouées en quelques mois, alors que des caisses semblables qui ne recevaient que les eaux du fleuve, se conservaient aussi bien que possible.

Les dangers provenant de l’attaque du plomb par les eaux à faible degré hydrotimétrique, sont donc très réels ; mais on peut les éviter en employant des tuyaux de plomb bien étamés à l’intérieur à l’étain fin, et en prenant toujours la précaution de laisser perdre la première eau qui a séjourné la nuit dans ces tuyaux. Pour remplacer le plomb, on a aussi indiqué le fer étiré et la fonte coaltarée.

3° Enfin, les eaux qui ne laissent qu’un très faible résidu salin à l’évaporation, sont considérées comme insuffisantes, et même plus ou moins dangereuses pour l’alimentation.

On a constaté, en effet, que l’usage prolongé de pareilles eaux pouvait produire de sérieux troubles gas-

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