‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 132 sur 362 · Faute? ou pour aller en Léonois ? Gf . Tressan, § 282 h · texte numérisé non relu

Faute? ou pour aller en Léonois ? Gf . Tressan, § 282 h

de Gales vint a cort, si ne le vos ai je pas conté, ainz le vos ai laissié a 12599

conter, por ce que mesire Rob. de B. le devise en son livre 1, mes je vos tornerai a autre chose qui apartient a cestui livre meïmes, que je ne vos porroie mie laissier par raison sanz ma matière corrompre 2.

1 . L'arrivée de Perceval à la cour est cependant racontée, dans 12599, plus loin ; voy. au § 282 a.

2. Dana le ras. 12599 commence ici, avec une autre écriture, une longue suite- d'aventures tirées en partie de l'histoire de Lamorat et du roman de Lancelot ; la plupart ne se retrouvent pas dans les autres mss. C'est une partie intercalée : on y trouve le récit de la mort de Lamorat et de l'arrivée de Perceval à la cour, événements que, dans la première partie du ms., le rédacteur déclare ne pas vouloir raconter (v. plus h mt). L'analyse de cette partie commence au § 283 a.

teau endemenlres comme Vorphelin Alixandre et la damoisclle tenoient 99

leur parlement 4 . « Comptez-vous épouser cette demoiselle ? demande Malagrin à Alixandre. — Non, mais vous me feriez plaisir de l'épouser vous-même. — Certes, encore ne la vueil je pas . — Etdonques en feray je mon vouloir. » Malagrin le défie; désarçonné, il lui dit : « Tu ne m'échapperas pas ; avec mon épée que voici j'ai tué dix chevaliers pour Voustrage que ceste damoiselle me fist, et .X. en ay je occis par mon orgueil .X. en trahison. » Long combat à l'épée depuis prime jusques a ves- L'orphelin est enfin vainqueur et coupe la tête à Malagrin ; îais, grièvement blessé lui même, il ne trouve plus la force deremonnr à cheval. Lors vint Morgain a lui et lui promet de le guérir. La îâtelaine le fait porter dans une chambre, et Morgain s'entremist de plaies guérir ; il en a seize, dont une fort dangereuse. La fée lui ipplique un onguent qui le fait souffrir aifreusement ; le lendemain lie lui fait promettre de faire tout ce qu'elle voudra et le guérit par un Uiv onguent. La châtelaine prie Morgain de la faire épouser par ilixuinli'o. La fée répond, si corne celle qui sans blasme en vouloit estre : Venez devant lui ; si orrés comment je l'en prieray. » Elle la mène rès d'Alixandre, mais elle lui avoit davant moult bien de/fendu d'épouîr la châtelaine. L'orphelin refuse donc, et son hôtesse le prie de la Minci à un autre chevalier, suivant la coutume du pays. Il consent; ïrgain ayant appris par la châtelaine qu'elle voudrait Guerin le gros,

1. Dans Malory, elle lui donne des détails, et c'est elle qui fait venir Malagrin.

2. Le combat est plus détaillé dans Malory ; Morgaiu vient pendant la bataille et regarde, avec ' ; châtelaine.

757, etc. vous m'avez toujours porté honneur, et vous m'avez fait du bien plus que je n'en ai mérité. Mais vous en avez mauves guerredon, car ces misérables calomniateurs m'imputent une conduite que je ne tiendrais pas pour la moitié du royaume

99 Alixandre accorde, le lendemain, sa main à celui-ci. Grande joie. Que

vous diroie je ? Endementres que la feste enforçoit, et Morgain la desloyaulx avoit fait appareillier une lictiere davant la porte du chastel : « Ceste noise vous grieve trop, dit-elle à l'orphelin; je vous mènerai à un endroit où vous serez plus à votre aise. » Alixandre se laisse emmener sans soupçons. La fée lui fait boire un soporifique, et l'on arrive, en moins de trois jours, à la Belle Garde, château appartenante la mère de Morgain, qui guérit ici complètement Alixandre ; il en est bien aise (f° 380 d), mais moult lui avint grant corroulx d'une aventure dont il fut tant doulens corne nul plus. Lorsqu'il voit 1 qu'il ne peut quitter la Belle Garde et qu'il avoit acreantè prison, il se désole fort de son inaction forcée et devient pales et mournes. Arrive une demoiselle par un lundi matin, de retour de Gornouaille, où Morgain l'avait envoyée long temps avoit. Elle s'éprend du bel Alixandre et s'estimerait heureuse se il feïst de lui son bon. Elle va le trouver dans la chambre où il est couché et lui demande le sujet de son chagrin, en lui révélant l'amour qu'il lui inspire. « Je n'aime ne moy ne autre, puisque je ne peux sortir de céans, » répond-il. La demoiselle lui dit qu'il ne pourra échapper si elle ne l'aide, et que Morgain le retient pour acomplir son déduit et la volenté de son corps. Alixandre, étonné d'abord , refuse absolument de se rendre aux désirs de la fée. La demoiselle poursuit : « Je vous délivrerai sans vous meffaire dez convenances. Il faut que vous m'aimiez autant qne je vous aime ; dès que Morgain, ma cousine, saura que vous êtes à moi, elle ne pensera jamais a vous, et je donray ce chastel au conte du Pas, par nuit, qui tout maintenant y fera meclre le feu et abactera les murs et les tours a la terre 2. — Et moi, dit Alixandre, je garderai armé la pièce de terre, pendant deux ans , contre tous les hommes de Morgain ; car elle ne me laissa pas la garde du chastel, ançois laissa mon corps en la garde d'autruy , dont je ne doi pas garantir son chastel. » Il rend la demoiselle heureuse, quoique n'étant que débutant en celle chose ; toutevoies encommença il a faire selon la coustume. Elle lui indique une fenêtre par où il pourra se sauver lorsque le château sera embrasé, et lui dit qu'il trouvera ses armes et son cheval tout apprêtés ; puis elle s'en va au comte du Pas , le frère de son père 3 : « Vous m'avez souvent priée de vous indiquer le moyen de s'emparer de la Belle Garde, lui dit-elle ; à cette heure, je vous mectray dedens ; si en ferés tout ce qui vous en gist dedens le cuer. » Le comte, enchanté, promet de faire la demoiselle dame de son hostel. A la nuit , il part avec quatre cents chevaliers ; sa nièce les convoie jusqu'à l'entrée de la Belle Garde et les y fait entrer par une poterne secrète dont elle a la clef. La guete s'est aquoysee. On met le feu au château, dont les habitants, ne pou-

1. Cette aventure, comme on le voit par Malory et ci-après, c'est le serment que Morgain lui fait faire de ne pas franchir le compass du château avant un an et un jour.

2. Malory détaille ici, et le ms. plus bas. 8. Elle lui envoie une lettre dans Malory.

de Logres. Je n'ai jamais pensé vers vous de foie amor, ne ne 757 etc penserai ce Diex plest, quoique le roi Marc ne veuille pas m'en croire. — Si vous m'aimiez comme il le pense, vous

vaut s'échapper, tombent dans les mains du comte. Alixandre 5e gecta 99

hors parmi une basse fenestre la ou la damoiselle l'actendoit tenant prêts son cheval et ses armes. Elle le conduit a la court d'une sienne antein, où il est aisié. Le lendemain, le comte fait abattre les tours et les murs du château el fisl osier les pierres d'illecques, et au quart jour si envoya (a) la damoiselle un sien valet en la fourest d'Arvances pour conter les nouvelle: a Morgain, qui moult en pu courroucée quant elle le sceiist. Et de l'autre part, l'orphelin s'appareilla de toutes armes, et si manda et près et loing aux chevaliers de pris que s'ils osent venir voir K l'emplacement de la Belle Garde, ils ne pourront s'en aller sans joute ou bataille. Cette nouvelle est apportée par un valet à la cour d'une belle demoiselle, qui s'en rit un petit, et puis dist : « Je ne le céderai pas en orgueil à ce chevalier. » Elle fait appareillier ce que lui a mestier et un paveillon bel et riche ; car elle veult aler celle part ou elle cuidera trouver le chevalier. « Ja mon corps ne donray, dit-elle, a nul homme fors a ycellui chevalier qui a oultrance le mectra , et iiendray illecques ma court l'espace d'un an et demi; » si Alixandre n'est pas vaincu, elle lui donra le sien corps et quatre journées d« bonne terri bien arentee et quatre châteaux très forts. Cette demoiselle avoit esté la fille du duc Rancier le pèlerin, qui, ayant passé sa vie en pèlerinage, avait été enterré très devant la porte de Jérusalem (f° 381 d). Sa fille, enfant unique, s'appelle Aylies , et ienoit une terre que l'en appelloit au temps de lors Boveine, et tout le pals d'illecques environ Boveine estoit une eaue et une rivière qui couroit soustivement , et dedens celle eaue avoit l'en mis un buefqui esto\i\t tout d'or, que un grant maistre y mist que l'en appelloit Astrogles, et l' avoit fait faire et ouvrer au temps qu'il vivoit. Et celle \eaue\ si estoit achennee en telle manière qu'il avenoit qu'elle seichoit une fois l'an endroit cebuef, qui tout estoit d'or ; car l'en la faisoit courre d'une autre part, si que l'en pouoit veoir le buef tout appertement et alouchier, mais il estoit fermés et enchennés d'une fort chaîne, qui estoit si grosse que nul ne la pouoit trenchier que l'eaue ne fust retornee ainçois arriéres. Que vous diroye je ? Quant Aylies ot commandé sa volenté, on exécute ses ordres, et elle se rend en celle place. Elle assiste à la joute d'Alixandre avec un chevalier qui vient d'arriver, et qui est renversé avec son cheval ; au moment où le vainqueur va retourner sur ses pas après avoir pourfourni son poindre, elle le saisist parmi le frain, lui dit de s'arrêter, lui raconte que quatre cents chevaliers la tiennent court de seignour prendre déclare prête à l'épouser s'il peut maintenir ce qu'il a entrepris, m lui promettant la seigneurie de sa terre et de ses dix mille hommes. Mir sa prière, il ôte son heaume; Aylies tombe aussitôt amoureuse, et dist entre ses dens que jamais elle n'aura d'autre mari que ce beau chevalier. Elle abat sa guimple, et sa beauté produit sur l'orphelin un tel effet qui 1 se déclare sur le champ son chevalier, el la damoiselle

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