‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 133 sur 362 · Dans l'espaiv d'une année, llsiory · texte numérisé non relu

Dans l'espaiv d'une année, llsiory

Lùseth. — Tristan. 13

757, etc. seriez le chevalier le plus déloyal du monde. — Vous dites vrai, et de celé ovre et de celé pensée me gart li hautismes Diex! — Or, dites-moi pourquoi vous m'avez mandée. » Tris-

respont et dit que jamais ne pensera fors seulement a lui, et lors s' entrecommandent a Dieu, et quant la damoiselle fu descendue, tant lie et tant joyeuse comme nulle plus, atant ez vous venir cellui chevalier qui i plus estoit désirant de prendre la a femme que de nulle chouse du monde. Et quant il vit A lixandre, il lui fait présenter, par son écuyer, une liace de glaives. Ce chevalier, qui est fort renommé, s'appelle Herlaux le barbu; il n'y avait point de tournoi où il n'eût le loz et le pris jusques atant que les chevaliers de la Table Roonde en mouvoyent, et il n'a pas encore été désarçonné. Alixandre, exalté par la présence de la belle demoiselle qui vient de lui parler, renverse Herlaux, et au cheoir qu'il fist lui des^ noua un de ses bras ; puis il triomphe d'un autre adorateur de la demoiselle, Ilugon, qu'il envoie prisonnier à Aylies. A l'heure de vespres, il retourne à son hôtel, où la damoiselle 2 l'actendoit pour descendre. Après le souper elle lui demande comme un don de ne plus asseoir son cuer en elle, puisqu'il est aimé d'Aylies, la Belle Pèlerine. A ce moment vient une messagère, de la part d'Aylies, demander à Alixandre son nom et son pays. La demoiselle répond qu'il n'est pas, comme la Belle Pèlerine, de la parenté du roi Ban, et promet de renseigner celle-ci « ançois que je me couche ». Ayant couchié Alixandre, elle va au pavillon d'Aylies, qui la reçoit bien , car auques l'amoit de tout son cuer, lui apprend que l'orphelin est le cousin de Tristan, lui raconte les aventures qu'il a eues dernièrement et passe la nuit avec elle. Aylies rêve qu'un chevalier, venant devers la cour d'Arthur, mectoit Alixandre a outrance sans cop de glaive ne d'espee. Elle en est fort inquiète ; la demoiselle parvient à la rassurer. Le lendemain, l'orphelin attend, armé, la chevalerie qui voudra jouter avec lui. Il désarçonne Lievri, un chevalier de la vielz boue (sic), Herni le marchis, et, enfin, un chevalier qui de merveilleuse proesse estoit 3. Survient un déloyal chevalier de la coui d'Arthur, amoureux de la Belle Pèlerine. Voyant Alixandre absorbé par une profonde rêverie où l'a jeté le souvenir d'Aylies, il se pourpensa de le prendre parmi le frain et de le pourmener de ça et de la, ainsi comme s'il n'eùst nul pouoir de soy de/fendre. Alixandre lui demande s'il veut jouter. « Non, répond l'autre ; ançois me tieng pour vostre chevalier. r> L'orphelin tourne sa chiere par devers la Belle Pèlerine, et le nouvel arrivé en profite pour mettre à exécution son lâche projet. Alors la cousine de Morgain se déguise en chevalier, va frapper Alixandre en boutant et s'enfuit. L'orphelin, revenu à lui, renverse un des assistants, qui rient, et se tourne ensuite vers le traître, qui se sauve. Il aperçoit la demoiselle, qui se désarme, et, ayant appris la vérité, s'amuse beaucoup d'avoir été frappé par une femme. Aylies croit son rêve accompli et charge la demoiselle de lui faire savoir le nom du traître. Elle apprend aux chevaliers désarçonnés par Alixandre que leur vainqueur est de Cornouaille : les voilà donc forcés de ne pas porter

1. Pas encore mentionné. — Dans Malory, Aylies s'en va aussi à la cour d'Arthur. 2 C'est-à-dire la demoiselle qui était cousine de Morgain et nièce du comte du Pa». 3. Appelé Pcrin de la Montaine dans Malory.

tan rappelle la promesse qu'a faite Marc, quand ils ont quitté 757> etcle royaume de Logres, de lui pardonner pleinement. Cependant on lui dit que le roi vet sa mort porchacent, « et por

les armes avant un an tout entier; ils s'en vont désolés. Quant au 99

mauvais chevalier d'Arthur, la demoiselle tant espia qu'elle conta puis a la Belle Pellerine que ce fu Mordret, qui avait déjà souvent fait preuve de desloyauté. Que vous diroyeje? Cellui jour en abati Alixandre .VIII. ; Mordret s'en alla tout honteux, et Aylies se dit avec joie qu'elle ne pouoit faillir a cellui qu'elle amoit {. Les chevaliers désarçonnés s'en allèrent après avoir jeté leurs armes, courrouciez de grant manière f" 384 a). Mais atant laisse ore ly contez a parler d 'Alixandre et retorne a parler d'un tornoiement que le hault prince Galleosl avoit fait crier ou royaume de Sorelois, ou il ot abatu maint hardi chevalier, plains de grans proesces 2.

282. d. Or dit ly contes que au primier jour du tournoyement se leva Grand tournoi le haut prince Galeohot auques matin, et aussi firent tous les barons et les de Soreloischevaliers, qui grant talent avaient de tournoier. Le tournoi commence; les dames, avec la reine Guenièvre 3, sont aux loges. Dinadan porta cellui jour armes avec honneur, à l'insu de Galehout et auques en repost. Et quant il vit que Lancelot issi du renc, il s'en issi hors du tornoiement. Que vous diroie je? Cellui jour porta armes le roy de Norgales, et le fist très bien a l'aide de Blioberis de Gaunes et de Hector des Mares. Et sachiés que Lancelot avoit changées ses armes, et ce avoit il avoit (1. fait) par la prière au roi Baudemagus de Gorre. Il désarçonne Hector sans le connaître, et puis Blioheris, qu'il saisist au hiaume et flatist contre terre. Le roi de Norgales se rue alors, avec ses chevaliers, sur Lancelot et se sciait emparé de lui, si le roi des Cent Chevaliers ne l'eût secouru. Hector et Blioheris montent sur des chevaux de chevaliers renversés. Lancelot, faisant des merveilles de prouesse, est reconnu par Meleaguant, qui, s'élanoant contre lui, est arrêté par Sanses, chargé par le roi Bademagu de chercher toutes les occasions de jouter avec son fils. Les deux chevaliers s'ahattent l'un l'autre; Meleaguant est sauvé par ses chevaliers de Gaule. A l'heure du dîner, le tournoi finit. Un messager vient de la part d'un chevalier demander à Galehout la permission pour son maître d'amener le lendemain une demoiselle au tournoi : (lie sera à celui qui pourra le vaincre ; quant à lui-même, il se rangera au parti de Sorelois. Lancelot, croyant que l'inconnu a peur de lui, déclare qu'il la quicte du tout ; il est vertement blâmé par Dinadan, à qui Galehout impose le silence, en lui reprochant son absence au tournoi : « En nom Dieu, riposte Dinadan, cuidiez vous quejevous ressemble ? » )n apprend au prince que Dinadan y avait fait une courte apparition,

1. Dana Malory, Alixandre et Aylies vont dans le pays de [foliote.

2. Ci- tournoi, où ne figurent ni Tristan ni Alixandre l'orphelin, parait avoir été détache du roman de i'alamèdes.

;s. Le mis. ne raconte ]>as. comme Malory, que Galehout était allé a la cour d'Arthur demander au roi la permission de faire crier un tournoi en Sorelois ; tout en contentant) Arthur avait refuse d'y assister lui-même, niais il avait permis à (iiienicvre d'y aller, ot (ialchout était retourné avec la reine, Lancelot et de nombreux chevaliers de la Table Ronde.

757, etc. ceste chose vous mandai ge de bon cuer selonc Deu et selonc reson. Si vous savez quelque chose de cette haine du roi, dites-le moi, je vous prie. Je me tiendrai sur mes gardes, je

99 et ce dernier déclare que s'il s'en était allé, c'est qu'il n'y pouvait

choisir ne veoir point de son preu. Le messager rapporte la permission accordée par Galehout à son maître, qui, à l'avis de la g reignour partie , est Palamède. Or dit li contes que la seconde jornee du tournoiement que Palamedes ' s'estoit a cellui point mis après la beste glatissant , mais une damoiselle l'en avoit oslé et conduit jusques en Sorelois, ou le tournoiement estoit par maintes fois, tout ainsi comme vous orrés. La terre de cette demoiselle lui avait été disputée par un chevalier voisin , Gorois , qui était en la chambre de Sorelois, c'est a dire en la maistre cité. Elle s'était adressée à Galehout, qui, étant très occupé, l'avait envoyée à un comte Flanner, qui marchissoit a euh , et qui avait accordé quarante jours à la demoiselle pour aller chercher un champion. Chez Arthur, elle n'en trouva pas, la cour n'étant pas a cellui point bien appareillée de bons chevaliers qui ceste chouse osassent entreprendre. Sagremor, malade, lui conseilla d'aller dans la forêt , où il savait tout certainement que la beste glatissant se trouvait, pour demander du secours à Palamède. Ge dernier la reconduisit chez Flanner, triompha de Gorois, amena ensuite la demoiselle au tournoi et se logea avec elle chez une vesve dame. La demoiselle lui aurait accordé son amour, s'il n'avait été païen 2 . — Palamède change d'armure; son enseigne est la beste glatissant. Il espère remporter une victoire complète, puisque Lancelot lui a quicté le champt. Le fils de la veuve est envoyé à la cour de Galehout pour demander que l'en lui donnast a mengier pour un chevalier estrange avec sa demoiselle, et l'en lui donna a grant planté. Palamède se couche de bonne heure. Mais a tant laisse ore ly comptes a parler du secont jour du tournoiement et retourne a parler de la tierce partie du tournoiement, comme s'en suit.

Or dit li contes que au tiers 3 jour du tournoiement se leva le haut prince Galeoth auques malin. Il veut éprouver lui-même le chevalier inconnu. Palamède tient bon, et Galehout, s'étant déclaré vaincu, est attaqué à son tour par Dinadan, qui, ne parvenant pas à le vaincre, lui donne rendez-vous pour le lendemain. Galehout, s'étant aperçu trop tard, à la risée générale, qu'il a combattu avec Dinadan, est assailli ensuite par Meleaguant, l'ennemi de Lancelot, et le blesse à la gorge. Ayant renversé un autre chevalier de Gorre, il est attaqué par les gens de Meleaguant et sauvé par Henri le marchis, qui intervient avec cent cinquante chevaliers. Meleaguant aurait été fait prisonnier sans le secours du duc de Cambenic. Le connétable de Galehout envoie Emont 4 avec quarante chevaliers, qui n'avaient jamais été désarçonnés, pour prendre part aux combats. Le prince sort du tournoi; sans Emont, le parti de Sorelois aurait été vaincu. Au dîner, Galehout

1. Sic. Les événements «le la seconde journée ne sont pas donnés dans 99, a moins que l'arrangeur ou le scribe ne se soient trompés de compte.

Page 1